Ouille.
J'ai mal partout.
Ce sont les deux premières pensées cohérentes qui émergent de mon esprit embrumé. Je sors lentement du brouillard, respirant calmement, en me ressassant ce que j'ai appris de ma conversation avec Kara. Petit à petit, mes sens commencent à m'apporter quelques informations. Là où je suis, il fait chaud et doux. La pièce est faiblement éclairée, si j'en juge par la lumière qui passe à travers mes paupières. Je me trouve sur un meuble long et moelleux, et un tissu me recouvre.
Conclusion : je suis dans un lit.
Diable. Qui donc a bien pu me mettre dans un lit ? Je m'apprêtais à balancer l'Horcruxe, et là, plus rien… Faudrait qu'on m'explique.
« Si tu veux, je t'explique. »
Ah. Elle est encore là.
J'ouvre lentement les yeux. La pièce est sobre, aux murs vert et argent. Une commode en ébène près d'une porte noire à la poignée dorée et travaillée, juste en face de moi. Mon lit est relativement petit, les draps sont vert pâle. A côté du lit se trouve une chaise, et ma cape est accrochée au dossier. Dans un coin de la chambre, je remarque un bureau recouvert d'anciens grimoires. Je suis sans doute dans une maison sorcière, et Serpentard qui plus est à en juger par les couleurs.
Et, bien sûr, assise sur le rebord du lit, se trouve la silhouette fantomatique de Gondul, l'air passablement inquiet.
« Ça va ? »
Je n'oublie pas que tu as essayé de tuer le frère de l'une de mes meilleures amies, assassin.
Elle grimace, gênée.
« Ecoute, j'ai fait ça pour te protéger. Toi, tu n'as pas besoin de moi pour vivre… Mais moi, si. Tu peux me détruire sans problème. Ou même simplement m'abandonner. »
Sa voix n'est plus métallique et glacée, elle est presque douce, et emprunte d'une très grande tristesse. Ce détail me surprend.
« Mais je suis un peu de toi. Je suis ton passé… »
Ça, Kara me l'a dit. En face de moi, son visage s'assombrit.
« Tu as parlé à l'une des autres, alors. Que t'a-t-elle dit ? »
Plutôt que penser de longues phrases, je matérialise dans mon esprit l'image du corps ensanglanté de Kara, devant les six autres Valkyries. Puis les deux corps tendus comme un arc de Gondul et Hildr, séparées par un bouclier magique, dans la nuit noire de Scandinavie. L'Horcruxe ferme douloureusement les yeux.
« Maintenant, tu sais. »
C'est à mon tour de me sentir gênée. Je n'ai pas l'habitude de la voir triste et mélancolique. Pour changer de sujet, je lui demande par la pensée :
Où suis-je, alors ?
« Eh bien, tu t'es évanouie en vol, parce que tu retenais trop ton âme avec toi. Tu n'as pas encore la puissance de rester aussi longtemps dans cet état. J'ai puisé dans toutes mes forces pour te sauver, et ça a failli me détruire, mais ta vie passe avant la mienne. Ne me déteste pas d'avoir essayé d'anéantir ce sorcier. Tu ne peux pas imaginer ce que j'ai pu ressentir quand j'ai senti la magie entre mes doigts… La tentation était trop forte. Mais je saurai m'abstenir à l'avenir, je te le promets… Je ne te veux aucun mal… »
Tu t'es éloignée du sujet. Et je pense que je te pardonne. Mais je ne peux pas encore te faire confiance. Alors, que s'est-il passé après ?
« Je t'ai évité une chute trop dure, mais pas à ton balai. Il est en mille morceaux, il n'y a plus rien à faire. Tu es tombée dans la neige, dans un quartier peu fréquenté de Londres. Un garçon a apparemment suivi ta chute de sa fenêtre, parce qu'il est immédiatement venu de ramener à l'intérieur après. Je crois qu'il est le seul à t'avoir vue tomber. Heureusement, parce que si c'était un moldu… »
Je ressens un vague pincement au cœur à l'énoncé de la triste fin de mon Comète. Bah. Après tout, il était vieux. Je m'en rachèterai un autre…Et je le connais, ce garçon qui m'a ramassée par terre, au fait ?
« Oui. Il s'agit de James Potter. »
! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
« Du calme. »
! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
« J'ai dit du calme ! »
Non mais… ! ! ! Sérieusement, il fallait que je tombe devant SA maison ? De toutes les maisons de Londres ?
« Au moins, il t'a complètement soignée. Son elfe de maison s'en est chargé, du moins. »
J'entends un bruit de pas devant la porte. Sans réfléchir, je referme les yeux et essaie d'avoir l'air profondément endormie.
La porte s'ouvre tout doucement, sans un bruit. Le parquet grince légèrement sous les pas d'une personne qui s'assoit sur la chaise placée près du lit.
J'entends un soupir.
Mais qui c'est, bon sang ? Je suis hyper curieuse. Mais il ne faut surtout pas que j'ouvre les yeux. Sinon… En fait, je ne sais pas pourquoi il ne faut pas que j'ouvre les yeux. Peut-être que c'est surtout que je ne saurais pas quoi dire si l'individu en question me demande pourquoi j'ai quitté Poudlard. Je me vois mal répondre « Bah, en fait, je m'ennuyais un peu, alors… »
« James Potter », me prévient Gondul.
La porte grince à nouveau, faisant nettement plus de bruit que la première fois.
– Chut ! grommèle James. Elle dort encore.
– Elle a dormi toute la nuit, remarque inutilement un autre chuchotement venant de l'entrée.
« Lily Potter », m'avertit à nouveau mon Horcruxe.
Bieeeen. Il ne manque plus qu'Albus et le trio Potter sera au complet. Oh, non, pas Albus. Il ne doit surtout pas venir. Je n'ai pas envie de jouer les petites amies énamourées devant ses frère et sœur. Je n'en ai vraiment pas le cœur.
– C'était pour te dire que Papa revenait bientôt, murmure Lily. Je viens de recevoir un coup de Cheminée.
– Ah. Pourquoi n'était-il pas venu hier soir au repas de Noël ? Maman je veux bien, son père est malade, elle voulait rester près de lui. Comme Albus d'ailleurs. Mais Papa…
– A cause de cette histoire de Détraqueurs, tu sais ? Il a passé toute la nuit à les pourchasser, et ensuite il a dû les ramener en Ecosse… Il faut qu'elle reste ici, poursuit-elle. Papa veut lui parler à son retour.
Silence. Je n'ouvre toujours pas les yeux même si je meurs d'envie de voir leurs visages.
– Bon, eh bien, j'y vais, marmonne Lily.
D'un pas léger, elle franchit la porte et la referme derrière elle. A nouveau, un long silence s'installe.
Il ne voudrait pas s'en aller, lui aussi ?
– Ginger, tu es réveillée ? murmure-t-il enfin.
Je ne réponds pas, ne fais aucun mouvement. Qu'il se casse, c'est tout ce que je demande.
Le parquet sous la chaise grince, comme s'il se penchait. J'arrive à ressentir sa proximité. Son souffle chaud dans mon cou… J'entends sa respiration lente, régulière. Bientôt, j'arrive à sentir une légère odeur de menthe. Je l'inspire avec satisfaction, comme on savoure un excellent repas. J'aime tellement cette odeur. Son odeur.
Bon sang mais qu'est-ce qu'il me prend ? J'ai l'impression de me prendre une baffe quand je réalise que je suis en train de SENTIR l'odeur de ce crétin avec satisfaction. N'importe quoi !
J'ouvre les yeux, et pendant la fraction de seconde la plus étrange de ma vie, je me retrouve à fixer les yeux de Potter, à quelques centimètres des miens. Ses pupilles sont presque envoûtantes, ce dégradé de bleu et de marron est fascinant… La fraction de seconde suivante, je réalise que je suis bel et bien en train de m'extasier sur les yeux de l'abruti de service et me mets à hurler. Surpris, celui-ci a un large mouvement de recul et tombe de sa chaise.
– Non mais ça va pas bien ? je m'écrie, le cœur battant la chamade.
Qu'est-ce qu'il voulait faire cet imbécile ?
« Tu veux vraiment savoir ? »
Je tourne la tête vers le fond de la pièce où s'est réfugiée l'Horcruxe. Elle m'observe, narquoise.
– Non merci, je rétorque.
Potter tourne la tête, déboussolé, mais ne voit rien d'autre, évidemment, que le mur. Il me dévisage encore plus ébahi qu'avant. Maintenant, il doit me prendre pour une folle.
– Tu… euh… tu vas bien ?
– Oui merci, je réponds sèchement en commençant à retirer le drap.
Avant de réaliser que le vêtement que je porte n'est pas le mien. Je repère mes vêtements posés sur un bureau.
– QUI m'a déshabillée ? je rugis, hors de moi.
– C'est Toffy ! C'est notre elfe de maison, s'empresse de répondre Potter, visiblement inquiet pour sa vie. On n'allait pas te laisser dans tes vêtements sales et trempés !
Furieuse et honteuse, je saute de mon lit et me rue vers la porte dans une pitoyable tentative de fuite. Potter se place en travers de mon chemin. Je m'apprête à le pousser sans ménagement, quand il brandit sa baguette juste sous mon nez. Je me mets à loucher dessus et recule, incertaine.
– Tu n'iras pas plus loin, dit-il d'une voix légèrement tremblante, mais quand même bien plus assurée qu'avant. Tu restes ici. Mon père veut te parler quand il rentrera.
Il se recule lentement, pas à pas, vers la porte, baguette toujours pointée sur moi. Il finit par l'ouvrir dans son dos, et, sans me lâcher du regard, la fait pivoter sur ses gonds. Avant de passer l'encadrement de la porte et de la refermer. A clef.
C'est pas vrai ! Où est ma baguette ?
« Il l'a gardée dehors. Dans le salon, je crois. Habille-toi, je vais t'aider à t'évader. »
Je ne peux pas rester ?
« Sûrement pas. Pour trois raisons : la première, c'est que tu n'as pas envie de rester ici, et qu'on ne force pas une Valkyrie contre son gré impunément. La deuxième, c'est qu'une Valkyrie doit toujours être libre. La troisième, c'est que si Potter senior te voit, il va te soumettre à de nombreux sortilèges pour voir si tu n'as pas été manipulée ou quoi que ce soit et finira par se rendre compte que ta bague n'est pas un simple bijou mais un objet de magie noire. Et quelque chose me dit que Potter n'aime pas du tout les Horcruxes. »
Pourquoi les Horcruxes en particulier ?
« Pressentiment. Quoi qu'il en soit, il risque de découvrir le pot aux roses. On ne va pas prendre de risques il faut partir au plus vite. »
Ca me paraît sage. M'habillant en vitesse, je commence à penser à l'endroit où je compte aller.
« Il en est hors de question. »
– C'est moi qui commande ici, je rétorque en mettant mon sac sur mon dos. Et de toute façon, je dois bien y retourner un jour où l'autre.
« As-tu ne serait-ce qu'une seule bonne raison ? »
J'en ai trois. La première, c'est que je ne suis pas une sorcière accomplie et que tu ne seras peut être pas toujours avec moi pour me dire quoi faire. La deuxième, c'est que j'ai mes amies là-bas. La troisième, c'est qu'il y a là-bas des choses que j'aimerais encore apprendre et que même les études ne me révéleront pas. Qui est réellement Hedvig Virtanen ? Et que trafique Erik Gongs, le timide garçon des cours supplémentaires de DCFM ?
« Mouais. Comme tu veux. »
T'as pas l'air très emballée, si je ne m'abuse. Bon ! Je suis habillée. Comment je récupère ma baguette maintenant ? Tout est fermé.
« Une seconde. Je devrais pouvoir y arriver. Avec un peu de magie bien sûr. »
Trouve un autre moyen. Je ne me laisserai plus totalement contrôler par toi.
« Cette maison est très ancienne et pleine d'énergie magique. Je peux en puiser, comme je l'ai déjà fait sur toi. Et c'est comme ça que je compte ouvrir cette porte. »
Ah, et… tu peux faire tout ce que tu veux ?
« Non », soupire-t-elle, légèrement attristée. « Je ne peux que me contenter de sorts mineurs tels que Alohomora ».
Et, comme elle dit cela en pointant son doigt sur la poignée, il y a un déclic et la porte s'entrouvre.
Coooool.
Je me glisse à l'extérieur. Je débouche sur un couloir long et étroit, bordé d'au moins une dizaine de portes, recouvert au sol d'un long tapis rouge et or – des Gryffondors sont passés par ici – qui étouffe le bruit de mes pas rapides. Les murs sont couverts de tableaux magnifiques, la plupart représentant des paysages d'automne ou de printemps. Mais je n'ai pas le temps d'en observer les détails.
« En effet, concentre-toi un peu, s'il-te-plaît. Maintenant, tu tournes à gauche, tu descends ces escaliers et… stop. Attends. Il y a quelqu'un dans le salon », me signale-t-elle en marchant devant moi.
Le mouvement de ses yeux d'un coin à l'autre de la pièce m'indique que la personne en question s'agite en tous sens.
« C'est un elfe qui fait le ménage », m'explique-t-elle.
Au bout de trente secondes, elle m'ordonne d'avancer d'un simple geste de la main, me révélant que la créature est partie vaquer à d'autres occupations. Je reprends donc ma marche et entre dans le salon d'un pas rapide.
« ATTENDS ! »
Trop tard.
Potter vient d'entrer par la porte en face. Baguette en main.
Oh mer…credi.
Plus de temps à perdre. Je me jette sur la table où se trouve la mienne tandis qu'un sort fuse près de mon oreille gauche, explosant une assiette derrière moi. J'attrape ma baguette à temps et lance un formidable Bouclier qui repousse violemment Potter. Le temps qu'un elfe soit entré dans la pièce pour voir ce qu'il s'y passe, j'ai déjà filé.
– Et maintenant ?
« Tout droit, tourne à droite, puis à gauche, et derrière la cheminée, ouvre la porte. C'est la porte d'entrée. »
Je suis ses consignes à la lettre. Mais la porte s'avère être fermée. Cependant, comme par magie, sans mauvais jeu de mot, la porte s'ouvre tout de même. Sauf que derrière, il y a quelqu'un.
Je vous le donne entre mille : THE Harry Potter.
Il ressemble exactement à toutes les photographies de l'époque où il avait détruit Voldemort, avec quelques cheveux blancs en plus on dirait un mélange d'Albus et de James. Je l'ai déjà vu de près au Chaudron Baveur, juste avant ma première année, mais à l'époque je ne savais pas encore qui c'était. Mais là… C'est juste… Wow.
Il a l'air plutôt surpris, et n'a pas le temps de réagir alors que je sens mon bras s'abaisser dans un étrange réflexe acquis en cours avancé de DCFM pour le projeter en bas des marches du petit escalier devant l'appartement. Il atterrit lourdement dans la neige. A une vitesse hallucinante, il dégaine sa baguette.
Combat singulier avec l'homme qui a tué le plus grand mage noir du siècle. Ca devrait aller, non ?
« Cette fois-ci, tu vas être obligée de me laisser t'aider », me lance Gondul, assise au pied des marches, me voyant esquiver les sorts de Potter senior, non sans mal malgré les cours avancés du professeur Pendleton.
Hors de question. Tu ne le tueras pas !
« Mais non », soupire-t-elle, lasse.
Elle se lève et m'attrape le bras. J'ai l'impression de me recevoir une douche glacée à cet endroit du corps. Mon bras s'abaisse, créant simultanément un bouclier et lançant un sortilège d'aveuglement à Harry Potter. Pris par surprise, celui-ci tombe par terre.
« Transplane, vite ! Le sort ne durera pas longtemps. »
Je ne sais pas transplaner !
« Alors cours ! Par ici ! »
Je la suis à toute vitesse, mes pas résonnant sur la route déserte et déblayée. Je bifurque dans une ruelle étroite.
« Maintenant, tu te transformes et on file d'ici. »
Je lance les sorts de rétrécissement et de désillusion sur mes affaires et m'envole sans plus attendre. Il était temps Potter venait d'apparaître au bout de la rue, et ne m'a observé qu'une fraction de seconde sous ma forme de corbeau avant de repartir en courant vainement à ma recherche.
OoOoO
Après des heures et des heures de vol épuisant, qui furent tout de même bien moins solitaires qu'à l'aller, j'arrive à Pré-au-Lard. Je me pose sur un toit en tuiles rouges. Les muscles de mes ailes hurlent à la mort.
« Petite nature. »
C'est pas toi qui t'es fatiguée toute la journée, alors tais-toi.
Gondul hausse les épaules et se tourne vers la forme sombre du Château de Poudlard. Les tours se découpent nettement dans le ciel violacé. En regardant à mon tour la maison de mes cinq dernières années, je ne peux m'empêcher de me sentir heureuse. Home sweet home !
« Poudlard a bien changé », commente-t-elle simplement.
Pas depuis la dernière fois que je suis partie en tout cas.
« En ce qui me concerne, la dernière fois que je suis venue ici, c'était en 1607. »
Ah oui, quand même, ça ne date pas d'hier.
Après cinq courtes minutes de pause, je me force à repartir. Je m'envole de nouveau et vais droit vers le château. Quand je me trouve à quelques mètres de la façade, je commence à chercher une ouverture quelconque. Même si je me doute que personne n'aurait l'idée d'ouvrir une fenêtre par un temps aussi glacial.
Ah, si. Il y a un crétin qui a ouvert la fenêtre. Je me pose sur le rebord de celle-ci. A l'intérieur, un couple d'élèves de quatrième année s'embrasse fougueusement.
Beurk.
J'entre discrètement et file par la porte ouverte derrière eux, sans qu'ils me voient, trop occupés qu'ils sont à leur activité. Je m'élève jusqu'à me trouver juste en-dessous du plafond, pour que personne ne me voie. Je me pose en travers d'une arcade.
Personne dans les parages, Gondul ?
« Personne. Tu peux y aller. »
Je me transforme en humaine et me laisse tomber. J'atterris accroupie par terre et me relève rapidement, avant d'enchaîner les couloirs jusqu'au tableau de la Grosse Dame. Je prononce le mot de passe et celle-ci, étonnée, me laisse entrer dans la salle commune.
Pleine à craquer, bien sûr. Tous me dévisagent avec des yeux ronds. Un silence s'installe.
– Euh… Bonsoir !
Et je file à mon dortoir avant qu'on ne me pose de questions.
Je referme derrière moi ma porte à clef, en écoutant d'une oreille distraite les remarques de Gondul :
« La dernière fois, j'étais à Serpentard. Mais ça m'est déjà arrivé de jeter un œil côté Gryffondor. C'est vraiment différent. Autrefois, la décoration était plus sobre. Que c'est mal rangé, dans ta chambre ! »
Evidemment, j'ai déjà prévu ce que je vais dire à toute l'école pour expliquer ma fuite. C'est stupide, mais au pire, j'écoperai d'une grosse punition. Après tous, nous ne sommes qu'en vacances. Ce n'est pas comme si j'avais séché les sacro-saints cours de Poudlard.
Je me déshabille rapidement et prends une bonne douche, pour la première fois depuis ce qui me semble être des semaines. Ce que ça fait du bien ! Une fois propre, je revêts des habits secs et descends pour le dîner, évidemment certaine de me faire démonter par les profs. C'est donc avec une certaine appréhension que je franchis la porte de la Grande Salle.
Tous les regards se braquent sur ma petite personne et l'angoisse monte d'un cran. Je jette un très bref coup d'œil à la table des enseignants et remarque qu'ils sont tous plus abasourdis les uns que les autres. Ca aurait pu être comique, dans un autre contexte. Je marche très vite jusqu'à la table des Gryffondors, écoutant à peine les nouvelles remarques de Gondul sur ce qu'elle voit – « La table des professeurs est bien plus longue qu'avant. Par contre, le plafond magique n'a pas changé… » – et je m'assois à côté d'une tête connue. L'élève en question me dévisage, ébahi.
– Hey, dis-je en désespoir de cause, voyant qu'il ne me parle pas. Euh… Quoi de neuf ?
– Pas grand-chose. Et toi ? dit-il, un fin sourire aux lèvres. Quoi de neuf ?
– Oh, trois fois rien, je réponds à mon tour. On s'ennuie, ici.
– C'est pour ça que tu es partie ? me demande Freddy Kreeps.
Freddy Kreeps, le batteur de l'équipe de Gryffondor ! Rooh, ne me dites pas que vous l'avez déjà oublié.
– Ouais. Entre autres. Mais j'ai pas très envie d'en parler.
– Il y a quelqu'un qui meurt d'envie d'en parler, justement, dit-il en me montrant d'un léger signe de tête la table des professeurs.
Si les regards de McGonagall pouvaient tuer les gens sur place, je serai morte depuis un moment. Je soupire.
« Elle, tu vas être obligée d'aller lui parler. Pas de moi, bien sûr. »
Tu n'es pas le centre du monde, Gondul. Je ne comptais pas lui parler de toi.
Vexée, celle-ci ne répond pas.
– Et, euh… Tu vas rester ou tu repars bientôt ? me demande Freddy.
– Je voulais aller aux Bahamas, mais la directrice ne sera sans doute pas d'accord, malheureusement…
– En effet, c'est bien dommage… Oh !
Un petit papier atterrit dans sa soupe, accompagné d'une plume grise du hibou qui vient de l'apporter. Le plat gicle de partout. Je le ramasse, essuie le bout de mes doigts avec une serviette, puis ouvre le papier plié en quatre. D'une écriture fine et penchée, légèrement tremblante, il est écrit :
« DANS MON BUREAU A NEUF HEURES »
Coup d'œil à ma montre, neuf heures moins dix. Je lève la tête : la directrice vient de partir.
– Ca va barder, dit mollement Freddy en s'essuyant lentement son visage couvert de soupe. Bon courage.
– Merci… J'en aurai besoin.
A nouveau la peur au ventre, je me lève, glisse une pomme dans ma poche, puis sors de table. Répétons le discours que je vais tenir à McGo : Bonsoir madame, je suis vraiment désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris, je me sentais très seule et j'ai essayé de savoir qui étaient mes parents, …
« Je parie que ce que tu vas lui dire ne ressemblera pas du tout à ça. »
Tais-toi ! C'est pas le moment de parier sur mon dos. Où en étais-je ? … j'ai essayé de savoir qui étaient mes parents, mais je n'ai rien trouvé. Et quand les Détraqueurs m'ont attaquée, j'ai eu peur et je suis tout de suite revenue. Je suis vraiment navrée de vous avoir inquiétée, je…
Oh, ça y est. J'arrive dans le couloir du bureau de McGo. Je m'approche de la gargouille en gardant l'entrée et rejoins de ce fait la vieille directrice qui m'attend d'un pas ferme.
– Bonsoir madame, je….
– Pas ici, m'interrompt-elle d'une voix implacable. Pégase, dit-elle en se tournant vers la gargouille.
Celle-ci s'incline, et un passage s'ouvre derrière elle. Nous montons les escaliers-escalators. Elle ouvre la porte et m'invite à l'intérieur. Tout est exactement comme la dernière fois.
« Non, la dernière fois, c'était plutôt vert », me contredit Gondul. « Le directeur était un Serpentard ».
Sans me préoccuper de cette remarque superflue, je m'assois nerveusement et regarde le tableau du professeur Dumbledore. Celui-ci m'observe avec un air amusé.
« Lui, il n'était pas là. »
Gondul, s'il-te-plaît, la ferme. Je suis hyper nerveuse, c'est pas le moment.
– Eh bien ? me demande McGonagall.
Je me force à tourner la tête vers elle et à regarder dans ses yeux insondables. Ses traits sont figés.
« On dirait une vieille chouette. »
Tais-toi !
« Oh, ça va. J'essayais de te détendre. »
Je dis alors très vite :
– Je suis absolument désolée, je sais pas ce qu'il s'est passé, j'étais seule et j'avais pas de parents, et les Détraqueurs sont arrivés, désolée de vous avoir inquiétée.
« Pari gagné ! » se réjouit Gondul.
La vieille chouette, euh, je veux dire, le professeur McGonagall, a haussé un sourcil. Voyant que je ne dirai rien de plus, elle pose ses poings sur son bureau et me dit très lentement, d'une voix grave :
– Vous avez inquiété toutes les autorités moldues et sorcières du pays pendant trois jours. Trois journées entières. J'aimerais des explications plus précises.
Son regard fixe me terrifie. Je me liquéfie sur place et balbutie :
– Je… euh… Je me sentais très seule, c'était Noël, j'avais pas de famille, et j'ai voulu savoir où elle pouvait être, ma famille je veux dire, je devais savoir, vous comprenez ?
« Manifestement, non », commente Gondul.
– Je serais curieuse de savoir comment vous vous y êtes prise pour sortir de Poudlard en pleine nuit.
Si je parle du passage secret, non seulement il sera fermé pour toujours, mais en plus je dénonce Potter qui m'en a parlé. Le pauvre n'a rien fait pour mériter ça.
« 'Le pauvre' ? Avant c'était 'le crétin'. Dois-je conclure que ce changement est dû au fait qu'il ait failli t'embrasser ce matin ? »
Arrête ! Ne me reparle plus de ça ! Je dois rester concentrée.
Je garde le silence. La directrice soupire.
– Bien. Vous aurez donc deux mois de colle pour cette petite sortie. Et cent cinquante points en moins pour Gryffondor.
Je vais me faire défoncer par mes petits camarades. Je commence à me lever, croyant que l'entretien est terminé, mais McGo m'interrompt alors que j'ouvre la porte :
– Et vous ne participerez pas au voyage à Beauxbâtons.
