– Prête à morfler ?

– C'est moi qui devrais te poser la question.

Potter me lance un ultime regard moqueur puis se concentre sur Pendleton, alors que la porte de la salle de classe vient de s'ouvrir sur les jumelles Jones, les joues rosies par le froid du dehors. Qu'est-ce qu'elles fabriquaient hors du château ? Peut-être vaut-il mieux ne pas savoir.

– Pour l'évaluation, commence le prof sans ambages, vous allez passer en duel singulier, puis double.

– Double ? interroge Philip Downs.

– Deux contre deux. Vous apprendrez à attaquer à plusieurs de cette façon. Evidemment, vous ne serez pas avec l'autre élève de votre maison.

Les jumelles lèvent automatiquement la main en même temps.

– Oui ?

– On ne pourrait pas être ensemble pour les doubles ? demande Claudia.

– On se connaît par cœur, renchérit Emma.

– Un affrontement serait inutile, poursuit Claudia.

– Très bien, les interrompt Pendleton. Vous serez donc ensemble. Je vais organiser des poules, et à la fin de chaque match, nous ferons des remarques constructives sur votre façon de vous battre. Pour commencer, Enderson et Champrun.

La blonde Poufsouffle se lève de sa chaise, l'air vaguement menaçant. Je retiens un rire et me place face à elle.

– Commencez.

OoOoO

« Gondul, j'ai honte de toi. »

Pas la peine d'en rajouter. Je suis déjà assez mal à l'aise comme ça. Visiblement, la Poupouf s'est bien entraînée pendant les vacances. En tout cas, elle m'a fait manger la poussière en bonne et due forme. Pour ma part, j'espère qu'elle va longtemps se trimballer son œil au beurre noir dans Poudlard. Ca lui fera les pieds.

Sincèrement, Angèle Champrun sait bien se battre. Elle manie les sorts avec aisance. Elle n'est pas d'un naturel belliqueux, mais quand il faut se défendre, elle a plus d'un tour dans son sac. Elle maîtrise les Informulés à la perfection, et, surtout, sa façon de penser est remarquablement différente de celle du commun des mortels. Ses associations d'idées pour passer d'un sort à un autre sont super bizarres. Ce que je veux dire, c'est que quand on est à fond dans un combat, on ne réfléchit presque pas, tout simplement parce qu'on ne peut pas dire à l'adversaire : « Une minute, je cherche ce que je vais t'envoyer dans la face ». On passe de façon automatique d'un sort à un autre par exemple, si votre adversaire s'essaye à un sortilège d'Aguamenti, vous êtes pratiquement sûr de vous prendre des flammes dans la tête très peu de temps après. Pourtant, après l'Aguamenti de Champrun, j'ai reçu un sortilège de Jambencoton auquel je ne m'attendais pas du tout.

– Alors, dit Pendleton, que pouvez-vous dire de leur façon de se battre ? Potter, interroge-t-il.

– Enderson ne réagit pas très vite, annonce-t-il avec un immense sourire.

Le mot « imbécile » lui brûle les lèvres. Crétin congénital.

– Elle ne sait pas s'adapter aux sorts des autres, dit Emma.

– Ou peut-être qu'elle ne s'adapte pas assez vite, concède Claudia.

– Elle ne lance pas souvent de sortilèges de Bouclier, remarque Philip Downs.

– Par contre, elle a un bon jeu de jambes et elle esquive bien, note Gilbert Hoover.

Hourra ! Quelqu'un qui m'aime bien !

– Et personne n'a rien à dire sur Champrun ? demande Pendleton.

Blanc. Il pousse un gros soupir.

– Bieeeen… Ce que vous pouvez être bornés ! Champrun ne se déplace pas assez, ne cherche jamais à esquiver, et ne fait qu'attaquer. Ce qui sont trois gros points faibles, Champrun. Il faudra arranger ça.

Inutile de dire que si Champrun ne se déplace ni n'esquive, c'est parce qu'elle porte des talons. Et qu'elle n'utilise pas de sortilèges de défense parce qu'elle a dû lire dans « Sorcière Hebdo » que ce genre de sorts pouvait abîmer le maquillage. Comment je suis au courant ? Je suis tombée sur le magazine en question aux toilettes du Dortoir des Gryffondors et je n'avais rien de mieux sous la main, c'est tout. N'allez pas croire que je suis accro aux âneries écrites dans ce torchon.

Ensuite, je me bats contre trois autres élèves – Philip Downs, Erik Gongs et Gilbert Hoover, mais je ne triomphe que de Downs et de Hoover… Pas du mystérieux Gongs qui est vraiment super doué – et plus tard, je m'amuse bien à critiquer Potter quand il passe à son tour sur le grill. Je ne me suis pas encore battue en simple contre lui mais notre pari tient toujours si nous nous affrontons en double. Je suis mise avec Erik Gongs, Philip Downs est avec Angèle Champrun, et Potter forme un duo avec Gilbert Hoover. Faute de temps, nous ne pouvons pas nous battre contre tout le monde, et, pour Erik et moi, il est décidé que nous ne nous battrons que contre les jumelles et le groupe de Potter.

Hahaha. Je vais lui latter la tronche.

Visiblement, la même pensée vient de passer dans le petit pois qui lui tient lieu de cerveau.

Nous commençons par les jumelles. Eh bien, la défaite a été cuisante. La façon de se battre d'Erik est très souple, et il s'adaptait sans problème à mes mouvements. On aurait dit qu'il avait été formé pour se battre aux côtés d'autres sorciers. Mais face aux Jumelles, à leurs mouvements coordonnés et leurs changements de stratégie toujours synchronisés sans qu'elles n'aient à en parler… Nous ne faisions clairement pas le poids.

– On n'aurait pas pu les battre, souffle Erik, et pour la première fois j'entends sa voix une voix très douce, et relativement aiguë pour un garçon. Les jumeaux sorciers ont un lien magique entre leurs cerveaux qui fait qu'ils peuvent se parler par la pensée.

Hum hum, ça me rappelle quelque chose.

« A moi aussi, comme c'est curieux et bizarre, et quelle coïncidence…»

Tandis que les jumelles partent avec un grand sourire vers leurs prochains adversaires – Philip et Angèle – Potter et Hoover se dirigent vers nous. Gilbert arbore toujours son air très professionnel quant à l'autre idiot, il me sourit, hautain.

– Gongs, je dois te demander une faveur, je marmonne tout en lançant un regard meurtrier au crétin en face de moi.

– Hmm?

– Fais tout ce que tu peux pour qu'on ne perde pas ce match.

Il rougit.

– Euh, j'ai fait de mon mieux aussi tout à l'heure pour qu'on gagne contre les jumelles…

Je lève les yeux au ciel.

– Il FAUT qu'on gagne ce match, d'accord ?

– D'accord, d'accord… souffle Erik.

Parce que Gongs est la seule personne qui est d'accord pour m'aider. N'est-ce pas ?

« Je t'ai dit que je ne changerais pas d'avis, ça ne sert à rien d'essayer de m'émouvoir. »

Hmph !

– Allez-y, dit Pendleton.

Je commence par lancer un gigantesque sortilège du bouclier pour repousser les attaques très rapides de nos adversaires. La seconde d'après, je fais un bond de côté pour éviter un sortilège de Jambencoton tandis que Gongs recule de trois pas pour éviter un sort de Hoover. On dirait que ça va se jouer en un contre un, finalement… Avec Potter, nous enchaînons les sorts sans discontinuer. J'arrive à l'atteindre avec un sortilège de Beigne – ma création, ma fierté – et lui me lance un Tarentallegra. Je ne peux plus empêcher mes jambes de danser et ne contrôle plus mes mouvements.

« Tu aurais pu l'éviter, celui-ci… »

Ignorant superbement ce commentaire superflu, j'implore du regard Gongs, qui tourne la tête juste à ce moment-là et me lance un simple Finite Incantatem. Je me charge de le protéger d'un Expelliarmus bien placé auquel Hoover ne s'attendait pas, puisqu'il tentait d'attaquer Gongs celui-ci vient de créer une barrière magique entre Potter et nous, arrêtant son Aguamenti ; et sitôt le bouclier disparu, nous lançons en chœur un Expelliarmus tellement puissant qu'il fait tomber Potter en plus de lui faire lâcher sa baguette.

Je fais un immense sourire à Potter et celui-ci me foudroie du regard. Il n'a pas l'air malin, avec son œil au beurre noir. Je vous ai déjà dit combien j'aimais le sortilège de Beigne ?

A ce point précis de mes réflexions, j'entends une immense explosion et Hoover, Potter, Gongs et moi nous retournons en même temps. Les jumelles sortent d'un énorme nuage de fumée, couvertes de suie, souriant de toutes leurs dents bientôt, la fumée se dissipe et je peux distinctement apercevoir les baguettes de leurs adversaires dans leurs mains. Philip fixe le vide, ébahi par cette attaque imprévue et assez surprenante, et Champrun, effondrée par terre, a l'air d'avoir envie de commettre un double-meurtre.

– Bien, dit Pendleton, pas le moins décontenancé du monde, en se lançant un sortilège que je ne connais pas pour nettoyer ses vêtements quelque peu abîmés par l'explosion.

« C'est un Essuie-suie », signale Gondul. « Pratique mais peu connu ».

Sans doute parce que les gens n'ont pas souvent l'habitude de se voir recouverts de suie par surprise.

– Intéressant, ce sortilège, reprend Pendleton en éteignant une flammèche sur son bureau. Vous l'avez inventé vous-même ?

– Oui, dit Emma en faisant un énorme sourire.

– En deuxième année, affirme Claudia.

– Très pratique, ajoute Emma.

Quelques minutes après, nous sommes libérés. Emma et Claudia, comme d'habitude, filent vers un nouveau rendez-vous anonyme. Champrun s'exclame qu'elle doit ab-so-lu-ment prendre une douche, que toute cette poussière est tout bonnement in-sup-por-ta-ble.

– Pau-vre-de-toi, ai-je scandé d'un air désolé.

Si les regards pouvaient tuer à distance, alors je serais sans doute morte. Et ressuscitée juste après, cela va sans dire. C'est tellement rassurant d'être une Valkyrie, parfois.

-X-X-

–Belle journée, hein ?

– Mer-veil-leux, me répondit mollement Cathy.

Elle s'étala sur son lit et ferma un instant les yeux, épuisée. Voyant qu'elle désirait se reposer, je sortis le livre que j'avais reçu à mon anniversaire et décidai d'apprendre quelques sorts. Kalevala vint de s'installer sur mes genoux alors que je m'arrêtais de feuilleter le livre, les pages ouvertes à un enchantement intéressant.

Essayons celui-ci : le sortilège d'Illusion. Je marmonnai les mots écrits sur le livre tout en agitant ma baguette. L'un des marque-pages posés sur mon bureau se transforma aussitôt en souris grise et immobile. Kalevala se jeta dessus, toutes griffes dehors, et la pauvre bête – la souris, pas mon chat – explosa en une myriade de morceaux de papiers. Le chaton miaula.

– Sale bête, murmura Cathy.

– Ne dis pas ça de mon chat. Et je te signale que c'est toi qui me l'as offert.

– Ce que je regrette davantage chaque jour.

Je me retournai vers mon livre. Le sortilège d'Illusion était en fait un sort permettant de transformer l'apparence d'un objet, mais pas sa nature. Le marque-pages était donc resté marque-pages, mais Kalevala et moi avions vraiment cru qu'il s'agissait d'une souris. Pas mal. Je ferais mieux de le retenir, ça pourrait être utile.

La porte s'ouvrit d'un coup, la poignée claquant contre le mur, et la fille qui venait d'entrer s'écria :

– Devinez ce qui sera affiché dans moins d'une semaine dans le Hall d'Entrée ?

– Je ne sais pas, un poster du directeur en bikini ? répliqua Cathy sans réfléchir.

– Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je, gagnée par l'excitation de Violette, tout en me levant de la chaise de mon bureau.

Elle ferma les yeux, inspira lentement puis expira pour reprendre son souffle, et s'écria en rouvrant les yeux :

– Les résultats. Dès lundi prochain, à midi !

Cathy se redressa brusquement, soudain très pâle, et en même temps presque verte, les yeux écarquillés de terreur. Elle balbutia :

– Déjà la semaine prochaine ? Mais… je… je croyais que c'était plus tard, en mars ou quelque chose comme ça…

– Oui, mais cette année, ils ont décidé de faire vite, s'exclama Violette.

Cathy devint plus verte encore.

– Je… je vais aux toilettes.

Elle sauta de son lit et fila à la salle de bain attenante à notre chambre sans un regard pour Violette.

Moi aussi, à présent, je sentais le stress monter en moi. Il était certain que Violette avait réussi ses examens. Yune aussi : elle était très bonne dans toutes les matières. Mais Cathy et moi, nous l'avions bel et bien raté et n'étions pas pressées d'avoir nos résultats.

Il paraissait que les élèves de Poudlard passaient leurs BUSES en 5ème année. A Beauxbâtons, nous les passions en décembre de la 6ème année. D'habitude, nous les recevions environ une semaine et demi après la rentrée. Pas aussi tôt après les vacances ! C'était sans doute à cause des élèves de Poudlard qui venaient cette année passer deux semaines à Beauxbâtons. Il fallait virer quelques personnes pour pouvoir en intégrer d'autres.

Je m'explique. A Beauxbâtons, en décembre, tous les élèves passent des examens. A partir de la cinquième année, les meilleurs peuvent recevoir des cadeaux. Animaux magiques et objets rares, ou bêtes livres, bourses et voyages pour les vacances, mais, aussi, pour les tout premiers du classement, des stages. D'authentiques stages dans des endroits prestigieux pour des métiers qui ne le sont pas moins, qui commencent à la mi-janvier et s'achèvent à la mi-avril, juste avant les vacances de Pâques. Bref, chaque année, une quinzaine d'élèves quittent l'école pour quatre mois de découvertes.

Evidemment, moi, je ne pensais pas avoir quoi que ce soit comme cadeau. Je savais que Yune et Violette étaient bien parties pour avoir les meilleurs résultats. Mais moi-même, je n'étais pas très pressée d'être confrontée à mes notes.

Yune arriva en courant dans la chambre, un grand sourire aux lèvres.

– Vous avez entendu la nouvelle ? s'écria-t-elle, la voix aiguë d'émotion.

– Moi aussi, j'vais aux toilettes, marmonnai-je, me sentant nauséeuse.

OoOoO

– Sérieusement, Amélie. Tu les as réussis, pas vrai ?

– Ne sois pas lourd, André. Pour la cinquième fois, non, j'ai complètement raté mes examens.

André Béryl, assis en face de moi, fronça les sourcils tout en se servant des pommes duchesse. Cathy, qui d'habitude se jetait sur tout ce qui ressemblait de près ou de loin à des frites, n'en avait pratiquement pas pris, ce qui était en soi assez inquiétant. Elle avait toujours l'air vaguement… verte. En tout cas, André releva la tête, et, plongeant ses yeux dans les miens, il dit, d'un air presque catégorique :

– Bien. Maintenant, toute modestie mise à part, tu as réussi, non ?

Je soupirai. Désespérant comme ce garçon manquait de tact. Mais malgré cela, il était assez sympathique, donc je me retins de lui envoyer une baffe dans la figure. Je fis semblant de balayer la Salle à Manger du regard – mouvement que j'avais perfectionné au fil des années pour repérer Armand Béryl à l'insu de tous parmi les nombreuses tables – et recommençai à manger.

– Non, André. J'ai raté, R-A-T-E, épelai-je. Et je suis sérieuse. S'il te plaît, arrête de remuer le couteau dans la plaie, maintenant.

– Mais…

Ben, assis juste à sa droite, lui donna un petit coup de coude pas très discret et le regard qu'il lui lança le fit taire, avant qu'il ne s'exclame :

– Désolée Amélie ! J'avais pas réalisé, pardon…

Il se passa la main dans ses cheveux bruns, chose qu'il faisait quand il était gêné, tout en me fixant avec ses yeux dorés en attendant de connaître ma réaction. Je levai les yeux au ciel et marmonnai :

– Tu sais que je t'adore, Andros… Je ne peux pas t'en vouloir plus de deux minutes.

Il me fit un sourire éblouissant. Ben eut l'air content de lui.

– Alors, qu'est-ce que vous avez fait pendant les vacances ? demanda Yune.

Chacun parla à tour de rôle. Armand Béryl était situé à une dizaine de mètres de notre table, exactement derrière André. Si je me penchai légèrement sur le côté, j'avais une vue remarquable sur lui et les autres penseraient que je regardais André. Quand je sortis de ma rêverie, quelques minutes d'observation plus tard, je remarquai que celui-ci – André, le frère d'Armand – était tout rouge. Gênée, je détournai le regard et sentis mes joues se colorer également.

Ce qui était sans doute du plus bel effet avec les cheveux roux que j'arborais ce jour-là.

– Qui s'est inscrit pour recevoir les élèves de Poudlard ? demanda Violette.

– Hm ? C'est quoi, ça ?

– Tu sors de quelle planète, Amélie ? s'esclaffa Cathy. Faut bien que quelqu'un fasse visiter l'île de Beauxbâtons aux élèves de Poudlard. Un élève de Beauxbâtons s'occupe d'un élève de Poudlard, et vice-versa. On peut s'inscrire si on va à Poudlard.

– Mais personne n'a envie de se trimballer un Anglais pendant deux semaines, remarquai-je.

– Sauf si ça nous permet de nous rendre à volonté dans la Vielle Ville, objecta Ben.

– Sérieux ? m'écriai-je, ravie.

– Après, faut savoir parler anglais. Moi, je m'y suis inscrit et je n'en parle pas un mot. Ca va être drôle, je le sens.

Justement, j'étais pratiquement bilingue. Ok, mon accent n'était pas super, mais on pouvait parfaitement me comprendre. Le père de Violette et ma mère avaient connus nos parents respectifs en Angleterre et nous avaient appris la langue de Shakespeare quand nous étions jeunes. Devoir faire la visite guidée n'était pas particulièrement enchanteur, mais avoir accès libre à la Vieille Ville, c'était un cadeau. La Vieille Ville, ou Ville de Beauxbâtons, était l'unique ville sur l'île. Elle était très ancienne – on disait qu'elle datait du XVIème siècle – et certains de ses habitants n'avaient jamais vu la terre ferme. Vous l'ai-je déjà dit ? Beauxbâtons est une île volante. Si ça vous rappelle un long métrage japonais, ne pensez pas à un heureux hasard. Ce film a été inspiré de la légende de Laputa, introduite par Jonathan Swift dans son roman Les Voyages de Gulliver. Swift était un célèbre Cracmol, qui du point de vue d'un moldu possédait une imagination débordante, mais, pour un sorcier, n'était qu'un homme qui décrivait le quotidien des êtres magiques. L'idée de Laputa, l'île peuplée et volante, lui a été directement inspirée de notre île à nous de Beauxbâtons.

La Vieille Ville regorgeait de mystères, de petites ruelles sombres et de passages secrets, d'objets aux pouvoirs immenses et oubliés, de civilisations discrètes mais toujours existantes à travers certaines ruines laissées en état. Et je ne parlais même pas des parcs du XVIIème siècle qui fleurissaient partout, des boutiques de mode et des cafés autour de la Grande Place de la ville, et du fleuve suspendu qui coulait de part et d'autre de l'île pour se jeter au bord de celle-ci, arrosant de pluie les régions de France par-dessus lesquelles nous passions.

Quartier libre pour la Vieille Ville, en résumé, c'était carrément géniallissime.

– Où est-ce que je signe ? m'exclamai-je.

– Le panneau, dans le Hall d'entrée, me répondit Ben. Je crois qu'il reste encore quelques places.

J'engloutis mon dessert en moins d'une minute et filai au panneau en question pour inscrire mon nom. Je ne manquai pas, au passage, de jeter un coup d'œil discret à la table d'Armand Béryl. Il riait à gorge déployée, ses lèvres rouges découvrant son sourire merveilleux, ses yeux bleus brillants de joie. La fille assise en face d'elle souriait modestement, et je ressentis une pointe de jalousie avant de reconnaître Psyché Verdoré, une fille sympathique mais un peu distante avec qui je me serais bien entendue si elle n'était pas aussi détachée des autres. Il faudrait que je lui parle, un jour, pour que je puisse m'immiscer dans son groupe et parler avec Armand. Quelle bonne idée ! Il fallait que je la mette en œuvre d'ici peu. Oui, excellente idée. J'irais lui parler dès que possible.

-X-X-

La routine reprend son cours. Les insultes échangées avec Potter fusent gaiement, et j'en oublie presque ce baiser heureusement évité avec lui. Nous avons commencé les cours de Transplanage et la prof est venue me voir en personne pour me féliciter… de ma nullité. Elle dit qu'elle n'a jamais vu ça de sa carrière. C'était très délicat de sa part de me l'annoncer comme ça, devant tout le monde – devant Potter – haut et fort.

Gondul semble désespérée quand je passe des tests en classe et me souffle systématiquement toutes les bonnes réponses. En une semaine, je n'ai jamais récolté d'aussi bonnes notes. Par exemple, ce vendredi matin, les profs de Sortilèges et d'Histoire de la Magie doivent nous rendre nos devoirs faits la veille. On appelle Flitwick et Binns les Speedy Gonzalez de l'école. Ils corrigent toujours tout du jour au lendemain. Certains trouvent ça impressionnant, moi je trouve que c'est plutôt flippant.

En Sortilèges, j'ai toujours globalement eu des bonnes notes (des E et parfois quelques O) donc mon O est passé presque inaperçu. Flitwick a bien souligné comme mon devoir était bon, mais il a tendance à s'épancher sur les talents des élèves, donc personne n'y a fait particulièrement attention. Par contre, en cours d'Histoire de la Magie, mes notes ont toujours été au ras des pâquerettes, comme dit Roxanne : quand je n'avais pas un P, j'étais aux anges. Et là, c'est le choc pour toute la classe.

– Enderson, O, dit-il en me désignant ma copie sur son bureau.

Toutes les conversations s'éteignent, toutes les paupières s'entrouvrent, tous les yeux s'écarquillent. Ca vaut aussi pour mes amies et moi. Un O ? Personne n'en a jamais vu de sa vie en Histoire de la Magie. Je me lève très doucement, m'attendant presque à voir Binns s'exclamer « Poisson d'avril ! » – même si nous sommes en janvier et que Binns ne fera des Poissons d'avril que quand ses cours deviendront intéressants, c'est-à-dire quand les poules auront des dents – c'est bien plus crédible qu'un O sur mon bulletin en Histoire de la Magie.

– Un O ? murmure quelqu'un sur mon passage. Il a dit un O ?

A mon passage, les élèves me couvent d'un regard révérencieux, comme s'ils voyaient en moi une nouvelle divinité. Je m'approche du bureau et mets précautionneusement ma main sur la copie. Rien de bizarre. Ce n'est pas une blague. Je me résigne enfin à regarder la note.

O.

Oui, c'est vraiment un O. Un rond, rouge, magnifique, glorieux, sur un coin de ma copie. Je n'ai jamais vu de O plus beau de ma vie.

« Je te signale que j'étais derrière toi pour te donner toutes les réponses. Ce n'est pas si glorieux. »

Non mais c'est un O, Gondul. Un O en Histoire de la Magie… Je crois qu'en fait tu peux pas comprendre.

« En tout cas, j'en vois un qui ne partage pas ta joie. »

En me retournant pour rejoindre ma place, je croise le regard brûlant de Potter.

– Potter, P, poursuit Binns, comme si la scène qui venait de se passer n'avait rien d'héroïque, ou même, pour rester dans le ton, d'historique.

Je retiens un éclat de rire mais ne peux m'empêcher de sourire. Il se lève sans détacher ses yeux des miens, et me souffle, très bas, en passant près de moi :

– Tu as triché, j'en suis sûr. Compte sur moi pour découvrir comment.

– Bon courage, mon vieux, je réponds tout aussi bas en élargissant mon sourire.

OoOoO

L'entraînement de Quidditch de l'après-midi est rude. Woles veut absolument que nous gagnions la coupe cette année – on est bien partis – et surtout, veut nous inscrire à l'équipe de Poudlard. Cette année, les meilleurs joueurs de Quidditch toutes équipes confondues du collège seront réunis dans une seule équipe et joueront sous le même drapeau contre nos condisciples de Beauxbâtons, sur leur terrain bien français. Malheureusement, moi, je n'y serai pas. Je peux vous dire que je regrette.

Potter est bien senti pour être pris comme gardien, et Chuck Woles a l'air d'être bien parti pour être sélectionné comme poursuiveur. Après, pour Roxanne, c'est pas dit. Et Daniel Robins n'est ni en sixième, ni en septième année, donc il est hors course. Quant aux batteurs, on en a de bien meilleurs à Poudlard ceux de Poufsouffle, par exemple, sont redoutables. Nos batteurs n'ont aucune chance.

Il va falloir songer à passer à la phase 2 du plan que j'ai concocté pour faire tomber Lucy Ackerley dans les bras de son Albus adoré… Dommage pour moi, mais tant mieux pour lui. Je crois que je pourrai me passer du garçon pour le reste de ma scolarité ici. Par contre, je vais avoir besoin de l'aide d'anciennes amies… Si on peut appeler ces filles des amies, bien sûr.

Le soir, vers 21h, j'ai déjà pris mon dîner et me dirige d'un pas assuré aux cuisines du château. Une fois arrivée, je cherche du regard les jumelles les plus craintes de Poudlard et je les retrouve sans peine. Je m'assois en face d'elles.

– Bonjour, Ginger ! s'exclame l'une des deux, peut-être Emma.

– Quoi de neuf depuis la dernière fois ? ajoute Claudia.

– Inutile de vous le dire, je suis certaine que vous le savez déjà, je marmonne en attrapant un bout de pain.

– Oui, confirme Claudia, les yeux brillants. Cette escapade à travers le passage de la sorcière Borgne était vraiment bien imaginée.

– Comment vous… ?

– Oh, c'était une soirée chargée, je me souviens, me coupe Emma. Tu te rappelles, c'était le soir où on avait vu un bonhomme en papier courir dans tous les sens.

– Carrément bizarre, dit Claudia en grimaçant légèrement.

Sans chercher à savoir de quoi elles parlent, je les interromps.

– J'aimerais faire un pari.

Elles se retournent vers moi, une lueur intéressée se reflétant dans leurs yeux noirs.

– Dix gallions que vous n'êtes pas capable de faire sortir Lucy Ackerley de sa chambre à dix heures moins le quart, ce soir, et qu'elle se trouve dans l'une des salles du couloir abandonné des Enchantements. Et sans qu'elle ait l'impression que quelqu'un l'y ait entraînée, je précise.

– Cela va de soi.

– Bien entendu.

– Pour qui nous prends-tu ?

– Et c'est tout ?

– Euh… Comment ça c'est tout ? je demande, légèrement dépassée.

– C'est assez simple, comme requête.

– Ah bon, je réponds, presque ahurie.

– Donc, dix gallions. Tu nous paieras quand ?

– Dès ce soir. Par hibou. Ca vous va ?

– C'est parfait, disent-elles en cœur, le même sourire sur les lèvres.

– Bonne soirée, alors.

Je me lève et repars sans me retourner. Je remarque du coin de l'œil Erik Gongs, penché sur un livre, marmonnant à toute vitesse. Je me demande bien ce qu'il fabrique.

Mais parfois, il est bon de freiner sa curiosité. Ce qu'il fait ne me regarde pas et même les jumelles refusent d'en parler. Dans ce cas, je ferais peut-être mieux de le laisser tranquille… pour le moment.

« Si ça t'intéresse, il lit un livre de magie noire », me prévient Gondul.

Je m'en fiche, je ne veux pas mettre mon nez dans ses affaires. Pas pour l'instant.

« Comme tu voudras. »

Concentrons-nous sur notre tâche, maintenant. La phase 2 est prête à être enclenchée. C'est parti.