De retour dans la salle commune des Gryffondors, mes deux amies me tombent dessus.
– Qu'est-ce que t'as encore été faire ? demande Roxanne.
– As-tu une fois de plus essayé de t'échapper ? renchérit Judith.
– Du calme, je réponds en souriant d'un air assuré. J'avais juste un truc à faire.
– Et c'était quoi ? interroge Judith.
– Je te le dirais quand tu me diras, d'une, pourquoi tu en veux tellement à Lenny Perry – et ne viens pas me dire que c'est juste à cause de Robert Peterson – et, de deux, ce que tu étais partie faire le soir où on s'était toutes désillusionnées en même temps.
– Ça, je te le dirais quand toi, tu m'auras dit ce que tu fabriquais dehors ce soir-là, rétorque-t-elle.
– J'étais avec les jumelles Jones. Je n'en dirai pas plus.
Elles écarquillent toutes les deux les yeux, et je ne peux m'empêcher d'avoir un petit rire.
– Je dois parler avec Albus, je vous laisse… A plus tard !
Et, cela fait, je me faufile entre elles et me dirige d'un pas rapide vers l'escalier de mon dortoir. Je prends en vitesse dix gallions que je fourre dans la poche de ma cape, puis ressors et me rends au dortoir des garçons. Je me presse jusqu'à la porte du dortoir des cinquième années et vérifie que le nom d'Albus est bien indiqué dessus avant de frapper. Je regarde ma montre : neuf heures trente. J'ai intérêt à me grouiller.
Je toque à la porte et entre avant d'avoir eu une réponse. Deux garçons sont assis en pyjama et lisent tranquillement un bouquin. Un jeune homme aux cheveux noirs embroussaillés se tient au milieu de la pièce ronde, son pyjama à la main.
C'est encore plus parfait. Je me jette sur lui, et, dépassé par les événements, il ne fait pas attention à son vêtement de nuit qu'il laisse tomber sur le tapis. Je m'en empare prestement et cours à l'extérieur de la salle en gloussant.
« En gloussant ? » s'étonne Gondul avec une moue dégoûtée.
Oh, crois-moi, ça me coûte de jouer aux dindes.
Je descends quatre à quatre les marches des escaliers et file hors de la salle commune, en entendant les cris indignés d'Albus dans mon dos. Il me poursuit. C'est parfait. J'accélère.
– Ginger, qu'est-ce qu'il te prend ? Rends-moi mon pyjama !
– T'as qu'à me rattraper ! je m'exclame en continuant de pouffer de rire.
Si quelqu'un me croise, je considère que je n'ai plus de vie sociale. Déjà qu'elle était quasi-inexistante…
Arrivée au bout du couloir, je bifurque et descends les escaliers mouvants en glissant sur la rampe j'ouvre la porte de la première salle à ma droite à la volée, la referme à clé derrière moi et continue vers l'autre porte au fond de la pièce qui donne sur la salle de cours attenante. J'en sors et surprends Albus, la porte à côté, qui vient de réussir à ouvrir la porte close. Il pousse un juron et s'approche rapidement de moi. J'éclate de rire en reprenant ma course, le cœur lourd de ce que je vais devoir faire.
Je me suis attachée à Albus. Mais il vaut mieux faire ça maintenant, ou sinon : je vais le regretter, il va le regretter, et Lucy va le regretter.
« Beaucoup de regrets dans cette histoire. »
Tant qu'on y est, je vais avoir besoin de toi dans cette manœuvre.
« Dans quelle mesure ? »
Je prends le couloir menant vers la gauche. Plus que deux couloirs et on arrivera au couloir abandonné des Enchantements. Maintenant, il faut que je sache où est Lucy Ackerley. Précisément.
Gondul, comprenant la demande, cours au-devant de moi et disparaît à l'angle du fond du couloir. Elle revient très vite.
« Elle est dans la salle Alohomora », m'informe-t-elle.
Parfait. Merci, les jumelles Jones. Il est dix heures moins le quart, pile. Elles ont réussi à tenir le pari à vrai dire, le contraire m'aurait étonnée.
Je me laisse rattraper par Albus, faisant semblant d'être fatiguée par la course effrénée. Je sens brusquement sa main serrer la mienne comme dans un étau d'acier. Il me retourne, presque brutalement, me mettant dos au mur et face à lui. Nous sommes juste devant la salle Alohomora.
Avec tout le bruit qu'on a fait, elle a forcément entendu. Plus question de reculer. Il est désormais temps de briser tout contact avec Albus Potter. Mon cœur se serre à cette idée.
Je le regarde droit dans les yeux et tente un sourire innocent. Cela le fait sourire à son tour et il se penche vers moi, ses yeux verts étincelants. Alors que nos lèvres ne sont plus qu'à quelques centimètres les unes des autres, je lui demande :
– Est-ce que tu m'aimes, Albus ?
Son visage se décompose brusquement, et il a un petit mouvement de recul. Comment peut-il prendre sérieusement ce que je viens de dire ? Ca sonne tellement niais ! Cela dit, je ne vais pas me plaindre : sa réaction est exactement celle que j'escomptais. Il se met à balbutier :
– Je… euh… mais, tu… non… ?
– Tu aimes toujours cette salope de Lucy Ackerley, hein ? je grince en essayant de mettre toute ma haine dans l'énoncé de son nom.
C'est tellement peu crédible, et tellement peu naturel. Pourtant, il fronce les sourcils et s'écarte franchement. Il grogne alors, l'air furieux, en détachant chaque mot :
– Ne. Dis. Plus. Jamais. Ca. De. Lucy.
– Tu l'aimes, c'est ça ? Tu l'aimes, hein ? je m'écrie.
Transformation en Barbara Hobbers terminée.
– Oui ! Oui, je l'aime, t'es contente ?
– Je la déteste. Tu passes ton temps à parler d'elle. Lucy par-ci, Lucy par-là… Elle m'a volé mon petit ami. Une vraie salope, je répète en le regardant droit dans les yeux. Et je le pense sincèrement.
« Quelle menteuse. »
Gondul, tu réalises que je suis en train de jouer la scène la plus dramatique de ma vie d'actrice ? Alors prends du pop-corn et tais-toi.
« Tu massacres l'art du théâtre. Shakespeare se retourne dans sa tombe. »
On s'en fout.
– Alors on n'a plus rien à se dire, énonce lentement Albus.
– Plus rien, je répète en prenant un air assuré.
Je passe devant lui, arborant un visage de marbre, et disparais à l'angle du couloir. Je n'entends pas ses pas contre le parquet il ne m'a pas suivie. Et maintenant, voyons si Lucy Ackerley a quelque chose dans le ventre.
Une porte grince. YES. Elle a tout entendu, c'est parfait. Maigre consolation en regard du sacrifice d'une amitié qui m'était chère.
– Lucy ? dit Albus, l'étonnement transparaissant dans la voix. Tu… ?
Il n'acheva jamais cette phrase, quelqu'un s'étant visiblement jeté sur lui pour l'embrasser furieusement. Les bruits de succions me parviennent.
Dé-gueu-las-se.
« Je confirme », grimace Gondul debout près de moi de là où elle se trouve, elle peut voir le couloir. « C'est immonde. Oh. », murmure-t-elle, ses yeux s'écarquillant, puis ses sourcils se fronçant. « Ca devient encore pire. » Elle pince les lèvres, désapprobatrice, et ajoute : « Tu sais, ça me rassure que les Valkyries ne puissent pas faire… ça. On s'en va maintenant, ou je vais vomir. »
L'enchaînement très rapide de cette multitude d'expressions faciales exprimant toutes le même sentiment me font sourire. L'air vaguement…verte, Gondul prend la direction de la tour de Gryffondor sans attendre de voir si je la suis.
Mission accomplie, en tout cas. Ce plan n'était pas pratique parce qu'il me faisait perdre quelque chose d'important – mais au moins il marche. Et c'est le principal dans un plan visant à mettre deux personnes en couple, non ?
Maintenant, il est temps d'arborer un masque de circonstance. Je rentre dans les toilettes les plus proches de mon couloir (sur le chemin du retour), histoire de me composer un visage super-triste. Je vais voir Jude et Rox après, et vu la scène que j'ai jouée devant Albus, j'ai intérêt à avoir l'air malheureuse.
Une longue plainte s'élève derrière moi, alors que je me regarde dans le miroir.
Et crotte.
Les toilettes de Mimi Geignarde.
– QUI vient me gêner dans mes nuits solitaires ? gémit-elle.
« De qui s'agit-il ? »
Tiens, encore ici ? Si tu veux vomir, il y a des toilettes pour ça.
« Je m'en suis remise. Alors, qui est-ce ? »
Une fille fantôme qui a étudié à Poudlard il y a pratiquement un siècle. Elle est morte dans les toilettes et depuis, elle les hante.
« Quelle existence de rêve. »
N'est-ce pas.
– Bonsoir, Mimi, dis-je poliment en me frottant les yeux pour qu'ils aient l'air un peu rouge.
Celle-ci sort de la cabine des toilettes où elle était réfugiée, et met quelques secondes à me reconnaître.
– Tu es Ginger Enderson, c'est ça ? Qu'est-ce que tu fais ici ? … Mais… Tu pleures… ?
Cette fille n'a pas les yeux en face des trous. J'ai les yeux à peine rougis. D'un autre côté, elle est morte. Mais mieux vaut ne pas lui dire la vérité au sujet de la vraie cause de ma « rupture » avec Albus, elle pourrait la raconter à tout le monde et mon plan tomberait à l'eau. J'ouvre un robinet, m'asperge le visage pour qu'elle ne puisse pas remarquer qu'aucune larme n'a coulé, et murmure d'un souffle plein de trémolos :
– Albus m'a quittée.
« Très réussi. »
Merci. Je songe sérieusement à une carrière d'actrice.
« Après tes performances d'il y a dix minutes, j'aurais tendance à faire profil bas à ce sujet. »
Hé !
– Les amours sont éphémères, annonce Mimi d'un air docte qui la rend surtout ridicule. La seule chose qui dure, c'est la mort.
« J'adore cette fille », me dit joyeusement Gondul en flottant vers elle.
– Ça me rappelle le jour où je suis morte…
C'est le signal pour que je me casse. A partir de maintenant, elle va me dire à quel point sa vie était triste et comme une malheureuse du nom de Hornby était méchante et cruelle avec elle. Qui ne le serait pas avec une pleurnicheuse de première comme Mimi Geignarde de toute façon ?
– Ecoute, ne le prends pas mal, mais je vais devoir y aller. Je risque de me faire attraper par le concierge.
– Tu me trouves inintéressante, c'est ça ?
Comment diable a-t-elle deviné ? Mais je sais que c'est la question piège. Avant qu'elle n'ait eu le temps de se remettre à pleurer, je prends mes jambes à mon cou. J'ai le temps de m'enfiler trois couloirs d'affilée avant de me cogner dans quelque chose. Je m'effondre par terre, certaine d'être tombée sur Rusard. Or, devant moi,…
Il n'y a personne.
Je n'ai pas le temps de m'étonner de ce mystère qu'un bras surgit de nulle part, me force à me relever et me tire vers lui. Je me retrouve contre Potter qui n'était pas là il y a deux minutes.
– Hé ! Mais qu'est-ce que…
Il me bâillonne avec sa main et recule avec moi jusqu'à ce que nous ayons tous deux le dos contre le mur. Je m'apprête à protester quand un son m'immobilise. La voix du concierge. J'arrête de gigoter et, en regardant autour de moi, je remarque que ma vision est comme… troublée.
Bien sûr. La cape d'invisibilité. Potter m'a entraînée là-dessous pour me sauver d'une rencontre avec le concierge. Et c'est pour ça que je ne l'ai pas vu quand je lui ai foncé dedans.
J'entends des bruits de pas accompagnés de grommellements indistincts venir de gauche et Potter et moi nous retournons tout doucement pour que la cape d'invisibilité ne nous découvre pas et nous cache impeccablement. Le concierge surgit à l'angle du couloir il parcourt l'allée sans s'arrêter en passant devant nous et continue jusqu'à disparaître à l'autre bout. Nous attendons que le claquement de ses chaussures contre les dalles s'évanouisse dans le silence de la nuit. Enfin, quand il n'y a plus aucun bruit, je me permets de mordre – assez violemment – la main que Potter a gardée contre ma bouche.
– Aïe ! s'exclame-t-il en la retirant brusquement.
– Merci, je grince en dardant un regard noir sur lui.
– Merci pour… ?
– Pour avoir retiré ta main.
Il lève les yeux au ciel, exaspéré.
– Tu comptes rester ici ou rentrer au dortoir ? me demande-t-il.
– Rentrer. Ce que je voulais faire est terminé, je déclare.
Nous commençons à marcher vers la tour Gryffondor. Ma curiosité attisée par sa présence, je l'interroge :
– Qu'est-ce que tu faisais dehors ?
– Je devais voir ma petite amie.
–Euh… c'était bien ?
– On a cassé, m'annonce-t-il sèchement.
« C'est la soirée des séparations. »
Dis-donc, toi, t'aurais pas pu me prévenir qu'il y avait Potter dans les parages ?
« Je ne pensais pas que ça t'intéresserait… » murmure-t-elle avec un drôle de sourire.
– Et toi ? me demande-t-il.
Flûte ! Je suis sensée être abattue et tout ça, non ? Essayons de rattraper le coup. Je pousse un soupir à fendre l'âme et lui dis :
– Je voulais voir Albus et ça s'est mal passé… On a cassé.
– Bien.
– Comment ça, « bien » ? je m'énerve.
– Je me demandais quand est-ce qu'il allait réaliser avec quoi il sortait.
Je le fusille du regard et il éclate de rire. Crétin.
Je suis triste d'avoir sacrifié en deux minutes mon amitié avec Albus. Cela me tenait vraiment à cœur. Mais s'il est heureux avec Lucy, je suis heureuse pour lui. Après tout, c'est grâce à moi s'ils sont ensembles maintenant…
« Pas grâce à toi seulement… »
Mince ! Les jumelles ! Je leur avais dit que je les payais ce soir !
– En fait, je lance tout à trac, je ne rentre pas tout de suite au dortoir.
– Tu veux que je t'accompagne ?
– Je suis assez grande pour y aller toute seule, je sais me repérer dans le château, merci, je réplique en fronçant légèrement les sourcils.
– Oui mais tu n'as ni cape d'invisibilité ni... ni aucun moyen de savoir qui tu peux croiser dans les couloirs.
« A part un Horcruxe, bien sûr », fait judicieusement remarquer Gondul, ce qui me fait sourire.
– Parce que toi si ? je lui demande, moqueuse. Ah, oui, tu as cette carte des Marcheurs ou quelque chose comme ça, non ?
– Comment tu sais ça ? s'exclame-t-il, complètement ahuri.
Je m'apprête à lui dire que je l'ai vu s'en servir au début de l'année, mais le problème, c'est que si je lui révèle ça, il saura que j'étais aussi dans les Archives. Et je n'avais aucune raison d'y être. Il sera curieux et on n'en sortira pas.
– C'est, euh… Roxanne qui m'en a parlé.
– Etrange, parce que moi, je n'en ai jamais parlé à Roxanne. Et c'est la carte des Maraudeurs, au passage.
Oups.
– Mais, euh, c'est son père qui lui en a parlé. Il avait la carte, avant…
– Mais son père ne sait pas que moi, en ce moment, j'ai la carte, ajoute-t-il en commençant à sourire, ravi de m'avoir prise au piège.
– Il aurait pu penser que ton père te l'avait léguée, je tente d'une petite voix.
– Mais mon père clame haut et fort qu'il s'agit d'un trésor familial et qu'il refuse de le voir ailleurs que dans son bureau…
Je cherche désespérément une autre invention, mais Potter me coupe avant même que je ne puisse répondre :
– Quand est-ce que tu m'as vu avec ?
– Au début de l'année, dans la salle des Archives, je soupire. J'avais entendu du bruit et je m'y étais cachée.
Il fronce les sourcils.
– Marrant. Je ne t'ai pas vue dessus.
– Tu as du mal regarder… Ou alors c'est la carte qui commence à vieillir.
« Ou alors c'est que tu n'es pas humaine… »
– Mouais… ça doit être ça. Bon, je t'accompagne ?
– Non. J'y vais seule.
– Où vas-tu ? me demande-t-il.
– Ça me regarde.
– Tu sais très bien que je peux te suivre sur la carte des Maraudeurs, dit-il avec un grand sourire.
Sauf que s'il fait ça, il va se rendre compte que je n'apparais pas dessus. Et il risque de commencer à se poser des questions. Et il ne vaudrait mieux pas.
« S'il devine que tu es une Valkyrie, tu peux dire adieu à l'éternité. Ne prends pas de risque et laisse-le t'accompagner. »
Je vois mal comment il pourrait deviner que j'en suis une…
« Sait-on jamais. »
Je soupire lourdement et lève les yeux au ciel d'un air théâtral.
– C'est bon, Papa, tu peux m'accompagner.
Je me mets à marcher vite et il calque rapidement son pas au mien. Tels des fantômes, nous traversons le château désert. Mes ballerines noires claquent contre les dalles du sol et se répercutent contre les murs, tandis que ses chaussures à lui émettent un bruit léger et presque inaudible, froissant le silence ambiant.
– Qu'est-ce que tu faisais dans les Archives ? me chuchote-t-il, intimidé peut-être par les flammes des rares torches fixées aux murs qui se reflètent dans les miroirs couvrant ceux-ci, donnant un aspect surréaliste au lieu.
– Ça aussi, ça me regarde. Je me promenais, comme toi, non ?
Il ne répond rien. Nous arrivons finalement à la volière, et je m'approche d'un oiseau discret. Pas le mien, bien sûr. Si des gens voyaient une chouette hyperactive débarquer dans la salle commune des Serpentards en se cognant le crâne contre tous les murs, ils penseraient tout de suite à moi. Je suis la seule à avoir un tel animal dans l'école.
Je sors un morceau de papier de ma poche, pose dix gallions dessus, dos à Potter pour qu'il ne me voie pas, puis emballe le tout. Je tire un ruban de la poche de ma robe – sans doute une robe appartenant à Roxanne, elle se balade toujours avec des tas de rubans dans les poches – et m'en sers pour fermer le paquet.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Ça me regarde, je répète en l'accrochant à la patte du hibou.
Je m'approche de l'oreille de l'oiseau et lui murmure de voler voir les jumelles Jones immédiatement. Il pousse un faible hululement et s'envole.
– C'était pour qui ?
– Je te l'ai déjà dit.
– Hein ?
– Ca me regarde !
Nous rentrons à la tour Gryffondor, le silence meublant notre voyage. Ce n'est qu'une fois devant la Grosse Dame que je réalise à quel point je suis proche de Potter. En me tournant vers lui pour le remercier, nos visages ne se trouvent qu'à quelques centimètres de distance. Mon cœur commence à battre la chamade.
Et pourtant il n'y a pas de raison, non ? Ce n'est pas comme si je venais de piquer un sprint.
Nous nous fixons quelques secondes, immobiles, foudroyés, avant d'avoir tous deux un brusque mouvement de recul. Je toussote et murmure, très gênée :
– Bonsoir, James.
Je me sens rougir. Zut. Vous avez déjà vu une rousse comme moi rougir ? Le résultat, c'est qu'on dirait que ma tête prend littéralement feu. Cela fait des années que j'essaie de ne plus rougir et j'avais bien réussi… jusqu'à aujourd'hui.
– Bonsoir, Ginger, marmonne-t-il, l'air affreusement gêné et choqué en même temps.
Sans un regard, je me retourne et donne le mot de passe au tableau qui me laisse entrer. James entrera dans cinq minutes, pour que personne ne sache que nous venons de rentrer ensemble.
« Tiens tiens, c'est « James » maintenant ? Plus de « Potter » ? »
Une seconde, j'ai dit James ? Ouh-là, je suis fatiguée moi. Je voulais dire Potter, bien sûr. Hé ! Attends une minute… Moi aussi, il m'a appelée Ginger et non Enderson ! … Ouais, il devait être fatigué aussi.
« Les amis s'appellent par leurs prénoms », remarque Gondul.
Ouais. C'est pour ça que c'est bizarre, parce que ce mec n'est pas mon ami. Vu ? Arrête de sous-entendre que je l'aime bien ou quoi. C'est mon pire ennemi.
« Pire ennemi ? Tellement puéril comme appellation. Moi, je pense plutôt que… » commence-t-elle avec un demi-sourire.
Je m'en fous de ce que tu penses, bonne nuit.
Et sur ce, je monte à mon dortoir. Dans les escaliers, je me frotte vigoureusement les yeux une fois de plus. Faut que j'aie l'air un peu triste. Je viens de casser, quand même.
J'ouvre silencieusement la porte de la chambre. Une lumière, posée sur la table de chevet de Roxanne, éclaire un peu la pièce plongée dans la pénombre. Judith lit un manuel d'Arithmancie, allongée sur le ventre sur son lit, les jambes pliées, ses pieds se balançant lentement d'avant en arrière. Ses coudes sont posés sur le matelas et sa tête, sur une main, l'autre entortillant une mèche de cheveux blonds autour de son index. Roxanne, quant à elle, est assise en tailleur sur son coussin et lit un roman à l'eau de rose, la couverture montrant deux tourtereaux en train de s'embrasser sous le titre, « Amour et Vérité ». Toutes deux lèvent la tête à mon entrée.
– Qu'est-ce que tu faisais ? demande aussitôt Roxanne.
Judith plisse les yeux.
– Attends… tu as pleuré ?
Je garde le silence et m'essuie machinalement mes yeux non-mouillés par les larmes avec la paume de ma main.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? s'écrie Roxanne en sautant sur ses pieds, debout sur son matelas.
– Chut, tu vas réveiller Pepsi, murmure Judith en désignant le Croup endormi au pied de son lit. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'exclame-t-elle pourtant moins d'une seconde plus tard, soudain alarmée.
Je souris tristement et murmure :
– Albus et moi on a… on a rompu. Il m'a dit qu'il était amoureux de Lucy Ackerley.
Judith fronce les sourcils.
– Quelle saleté ! Je vais la détruire.
– Tout de suite les grands mots, je marmonne en chassant un demi-sourire, ravie de voir que mes amies se préoccupent autant de moi. Non, ça ira. Je m'en remettrai.
– Tu l'aimes ? me demande Roxanne après un court silence.
– Non, je réponds après un petit instant de réflexion. Et je ne l'aimais pas. Je l'appréciais, c'est tout.
OoOoO
La semaine suivante fut la plus bizarre de m a vie. Outre mes excellentes notes dans toutes les matières, je devais avoir l'air triste quand je croisais le chemin d'Albus – alors que j'étais ravie de le voir au bras de Lucy. Celle-ci me lançait toujours un regard victorieux particulièrement agaçant quand nous nous voyions. Du coup, j'étais à nouveau seule en Médicomagie – vous savez, ce cours inutile avec Pomfresh – mais je n'avais plus besoin du petit frère de mon pire ennemi pour tout m'expliquer puisque j'avais un Horcruxe cultivé avec moi.
Avoir des bonnes notes sans travailler, ne plus être suspectée par les profs… Je crois bien que je commence à me faire à cette vie.
-X-X-
Le jour arriva où les résultats de l'examen furent affichés. Toute l'école fut sur des charbons ardents en attendant midi, heure où l'on devait enfin savoir ce qu'il en était. A la fin des cours, tout le monde se rua sur les panneaux du Hall d'Entrée. Tout le monde sauf Cathy et moi, qui prîmes notre temps pour sortir de la salle de classe. Nous rangeâmes très lentement nos affaires, peu pressées de savoir à quel point nous avions raté notre examen.
Nos bottes bleues claquaient contre le sol en marbre blanc des couloirs. Le soleil les inondait de lumière, les reflets bleus du ciel envahissant tous les recoins du Château. Les mouettes au-dehors criaient. Je voulais me sentir bien et oublier cette affreuse boule dans ma gorge.
J'attachai mes longs cheveux noirs, tout en discutant de tout et de rien avec Cathy, pour éviter de penser à l'endroit où nous nous rendions.
– Tu as une correspondante, toi ? me demanda Cathy.
– Oui, répondis-je. Je me disais que ça pourrait être sympa de faire ami-ami avec un Anglais.
– Avec une Anglaise, tu veux dire, me rectifia Cathy. Le directeur a ordonné que les élèves ne soient en charge que d'étudiants du même sexe qu'eux.
– Pourquoi ?
– Parce qu'ils dormiront dans le même dortoir, pardi.
Cathy était la seule personne que je connaisse à utiliser le mot « pardi ».
– Toi, tu en as une, de correspondante ?
– Ouais, répondit-elle. J'ai oublié son nom. Arrête de me regarder comme ça ! Je ne la connais même pas, alors qu'est-ce que ça change ? Je lui écris ce soir.
Le bruit s'accrut dans les couloirs nous nous approchions de notre but. Nous entendions des cris de joie et des pleurs. Tout résonnait contre les murs, ce qui créait un écho assez effrayant. Nous arrivâmes enfin dans le Hall d'Entrée.
Le Hall d'Entrée était une pièce relativement grande, et particulièrement haute. Des escaliers en colimaçons couvraient ses murs et conduisaient à diverses portes qui permettaient de se rendre dans plusieurs endroits du château. Deux immenses baies vitrées, l'une face à l'autre, baignaient le Hall de lumière. Cinq panneaux d'affichages d'au moins deux mètres de haut étaient dressés au milieu, juste à l'endroit où le carrelage bleu nuit changeait de couleur pour prendre des teintes moins sombres. Les élèves s'y pressaient, les yeux brillants d'excitation et d'appréhension. Je fus prise d'un malaise, et je sentis également Cathy se crisper près de moi. Nous échangeâmes un regard, puis rentrâmes dans la foule.
Cathy se dirigea vers le quatrième panneau, son nom de famille commençant par un S. Moi, j'allai vers le tout dernier. Je me fis deux fois marcher sur les pieds et dus jouer des coudes pour pouvoir traverser cette masse vivante et gesticulante. Enfin, j'arrivai devant les panneaux, couverts de feuilles remplies de noms. Je cherchai le mien du regard, nerveuse. Et enfin, je le trouvai.
VERMEIL Amélie 30/03/2005
Arithmancie : Bien
Créatures magiques et êtres humains : Médiocre
Défense face à la Magie Noire : Médiocre
Etudes de Runes : Passable
Sortilèges et Métamorphoses : Excellent
Physique de la Magie : Passable
Potions : Bien
Appréciation : PASSABLE
Prix : REFUSE
OUF. Il fallait avoir deux appréciation « Bien » ou mieux pour valider ces examens et j'en avais eu trois, et dans les matières que je considérais les plus importantes : Arithmancie, Sortilèges et Métamorphoses et Potions. Après, il n'était pas particulièrement surprenant que j'aie totalement raté mon épreuve de Créatures Magiques et Etres Humains et celle de Défense Face à la Magie Noire – j'avais toujours été nulle dans ces matières-là – mais j'étais quand même déçue pour la Physique de la Magie et les Etudes de Runes. Evidemment, je n'avais pas de prix, mais je m'y attendais bien.
Je me frayai un chemin jusqu'à Cathy. En peu de mots criés au-dessus de la foule, elle m'expliqua qu'elle avait elle aussi validé quatre AIGLES, en CMEH, DFMN, Sortilèges et Métamorphoses et Vol – c'était sa matière optionnelle. Nous sortîmes de la foule en parlant à grands bruits et Yune et Violette nous tombèrent dessus en hurlant quelque chose comme :
– HIIIIIIIIIIIIIIIIIII !
– Tu peux parler intelligiblement ?
– On a été prises ! s'écria Yune. On va avoir nos stages ! Violette et moi partons au bureau des Chevaliers Sorciers !
– C'est génial ! hurla Cathy en les étreignant toutes les deux.
Les Chevaliers Sorciers étaient les policiers et les inspecteurs de la communauté sorcière française. Il en existait de toutes sortes avec des noms différents dans le monde. En Angleterre, il me semble qu'ils s'appelaient les Aurors, par exemple.
Bref, c'était vraiment génial pour elles. Evidemment, je n'allais pas les voir pendant des mois, mais j'étais ravie pour Yune et Violette. Elles allaient avoir beaucoup de portes ouvertes après leurs études.
Et puis de toute façon, ce n'était pas comme si j'étais seule. Il y avait Benjamin, André et Cathy, bien sûr.
Et puis il y avait Armand.
