Aujourd'hui, c'est le jour J : on débarque à Beauxbâtons.

Une équipe de joueurs de Poudlard a été formée : Potter a été pris gardien, comme je l'avais prédit, et Chuck Woles, mon capitaine de Gryffondor, est poursuiveur. Contrairement à ce que je croyais, les batteurs de Poufsouffle n'ont pas été pris, en revanche, au profit de l'un des Serdaigle, Philip Downs (qui suit les cours avancés de DCFM avec moi) et Cedrella Beurk, une Serpentard à l'air dédaigneux en septième année. Robert Peterson est l'attrapeur et capitaine de l'équipe. Enfin, les autres poursuiveurs sont Hamish Selwyn, un Serdaigle de ma promo, et Tiphany Parker, une Poufsouffle d'un an mon aînée.

Ce qui fait donc trois Serdaigles, deux Gryffondors, une Poufsouffle et une Serpentard. Autant vous dire qu'il y a eu des cris pour le nombre important de joueurs de Serdaigle, surtout de la part des Serpentards. Mais la décision a été prise et rien ne pouvait empêcher McGonagall de la retirer. C'était elle qui avait choisi quels élèves formeraient l'équipe de Poudlard avec l'aide de Mr. Picsec, arbitre aux matches et professeur de Vol.

Le matin du 3 février, quand mon réveil sonne, je saute sur mes pieds en même temps que mes amies. D'un regard, nous comprenons qu'aucune de nous trois n'a dormi. Je file à la douche et range mes dernières affaires de toilettes dans ma valise. Celle de Judith est pleine à craquer de vêtements, et cette pensée me fait sourire intérieurement. Elle n'aura jamais le temps de porter tout ça…

Je m'habille très vite de vêtements chauds et descends avec ma valise et Pilpel, mon hibou, dans sa cage de voyage, mes deux amies avec leurs animaux et leurs sacs sur mes talons. La salle commune est en effervescence. La vingtaine d'élèves qui partent en voyage sautillent dans tous les sens. Sans regarder plus longtemps le spectacle, je passe le tableau de la Grosse Dame et lui dis au revoir en tournant à peine la tête vers elle.

Il est six heures du matin, et la Grande Salle n'est occupée que par deux professeurs et deux Aurors qui doivent nous accompagner, et bien entendu tous les élèves qui partent. Ils ont l'air bien réveillés et discutent joyeusement, quelle que soit leur maison. Une fois que nous avons terminé de déjeuner – et après que j'ai entreposé quelques pommes et des corn flakes dans mes poches – les élèves sont conduits par les professeurs et les Aurors dans le Parc de Poudlard pour nous guider vers notre moyen de transport. Pour les curieux, nos professeurs sont Zacharias Smith et Neville Londubat, et je ne connais aucun des deux Aurors. Ils semblent être un peu plus jeunes qu'eux.

Nous allons droit vers le lac, où se trouve un immense bateau à voiles, flottant sur l'eau brillant à peine ; c'est l'aube, le soleil ne s'est pas encore levé, et le ciel a pris une teinte bleu-gris, exactement la couleur de mes yeux.

Nous embarquons à l'intérieur. Ça tangue, et j'ai peur pendant un petit moment de rendre mon petit déjeuner pendant le voyage. Une fois sur le pont, nous sommes redirigés vers une pièce à l'intérieur, où se trouvent diverses cabines, un peu comme dans le Poudlard Express.

– Qu'est-ce que j'ai hâte qu'on arrive ! je m'exclame.

– Oh, moi aussi, dit Judith. Et Pepsi aussi.

Son chien n'arrête pas de japper de bonheur depuis ce matin. C'en est presque insupportable, mais j'ai l'impression que rien ne peut altérer ma bonne humeur.

« Tiens, tu utilises des mots comme ''altérer'' maintenant ? »

Bonjour à toi aussi.

– Je n'en dirais pas autant de Plumasil, marmonne Roxanne en regardant son hibou à l'air sévère.

On jurerait qu'il nous fait la tronche. Quel casse-l'ambiance, cet oiseau… Le mien dort profondément, pour une fois. Je me demande si je dois m'inquiéter.

Au décollage, nous sommes priés de nous asseoir sur les sièges et d'attacher nos ceintures, merci de votre attention. Oui, vous avez bien lu : décollage. Le bateau a été construit dans les dix jours qui ont précédé le jour de départ, de telle sorte que deux immenses ailes blanches se déploient de part et d'autre de la coque. Un sort d'invisibilité a été appliqué sur le navire pour éviter d'être vus par des Moldus. Dans notre cabine, nous sommes cinq : Roxanne, Judith, Philip Downs et John Crease, les batteurs de l'équipe de Serdaigle, et moi-même bien sûr.

– Alors, c'est qui, vos correspondants ? demande Crease.

– La mienne, c'est Amélie Vermeil, déclare fièrement Roxanne. Elle m'a écrit qu'elle était dans l'école des Enchantements.

– L'école des quoi ? demande Philip, intrigué.

– Des Enchantements, répète docilement Rox. Là-bas, à Beauxbâtons, ils sont répartis dans cinq écoles différentes à la fin de leur deuxième année selon leurs résultats à des examens, et leurs études ne sont pas les mêmes d'une école à l'autre.

– Et c'est quoi, les quatre autres écoles ?

– Je ne sais plus. Et toi, qui est ton correspondant ?

Philip sort un morceau de parchemin tout déchiré de sa poche.

– An… And… André Bé… Béryl, lit-il avec difficulté.

– Mon dieu, Downs, murmure Judith d'une voix blanche, ne me dis pas que c'est une lettre ?

Il lui lance un regard vaguement désolé :

– Bah, euh… si.

J'éclate de rire avec Crease et Roxanne.

– Et toi, demande Roxanne à Judith, c'est qui, déjà ?

– Lumina Belleroy, répond Judith en haussant les épaules. Elle a l'air plutôt sympa, mais elle ne parle pas très bien anglais.

– Je ne te parle pas du mien, Lucien de Lescanvre, dit John en levant les yeux au ciel et en prononçant ce nom avec un accent français ridicule.

– C'est incompréhensible ?

– Non. On a échangé deux lettres. Je lui en ai envoyé une en français, en essayant de me souvenir de mes cours de cet été. Ca ne voulait probablement rien dire, c'était un gros délire. Il m'en a renvoyé une dans un anglais parfait et très sobre. Je n'ai pas osé lui répondre.

– La rencontre va être marrante, je suppose, dis-je d'une voix qui se voulait compatissante.

– Et toi, finalement, avec qui tu vas rester ? me demande Judith.

Je sors moi aussi un morceau de parchemin de la poche de mon pull rouge et or, mais ce morceau-là est propre et bien plié. Je lance un regard éloquent à Philip Downs et l'ouvre.

– Sy… roh là là comment tu prononces ce truc ? je demande en montrant le papier à Jude.

– Saï-ki, énonce-t-elle. Psyché Verdoré. Tu ne connais pas le conte de Psyché ? Une histoire très intéressante…

– Je la connais aussi, dit Downs. Je l'ai trouvée dans la bibliothèque sorcière de mon père. Vraiment très bien.

– Ah bon ? dit Judith en fronçant les sourcils. Je croyais que c'était un conte moldu…

– Apulée était un sorcier, explique John.

– Vous pouvez parler en anglais, s'il-vous-plaît ? geint Downs, et tout le monde se met à rire.

OoOoO

Une demi-heure avant la fin du voyage, nous entendons beaucoup de bruit autour de notre cabine. Nous décidons de sortir. Dans les couloirs du bateau, tout le monde s'agite et se précipite vers l'extérieur.

– J'ai l'impression de jouer dans un remake du Titanic, marmonne Judith, mais personne n'y prête attention.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? crie John par-dessus le vacarme.

Chuck Woles daigne lui répondre avant de repartir dans la foule en mouvement :

– Il paraît qu'on peut voir Beauxbâtons depuis le pont !

– Comment ça ? je m'écrie, mais il est déjà parti. On est au-dessus des nuages, on ne peut pas voir la terre !

– Mais qui t'a dit que Beauxbâtons était sur terre ? me crie Claudia Jones avant de se faire entraîner par sa sœur.

Intriguée, je me précipite dehors, mes camarades et mes amies sur mes talons, ressentant le frisson de l'excitation me parcourir les épaules.

Nous sortons par la porte que tout le monde emprunte, et un vent frais me frappe le visage et emmêle davantage si c'est encore possible mes longs cheveux roux. Je m'approche de la rambarde et me fraye un chemin parmi les élèves, jusqu'à arriver à la proue du bateau. Et là, je ne peux rester que stupéfaite.

Oui, Beauxbâtons n'est pas sur terre. C'est une île volante.

L'île vogue élégamment parmi les nuages. Une eau bleue qui la recouvre scintille sous le ciel sombre ; il est tard, nous avons voyagé toute la journée. Sur l'eau se distinguent trois zones différentes : un point vert qui doit être un parc, une espèce de petit champignon dont la tête est un enchevêtrement de toits, et enfin, une structure élancée et blanche. On ne voit pas très bien d'ici, mais je suis trop curieuse.

Je ferme les yeux et me transforme partiellement en corbeau. Je ne l'ai plus fait depuis ma fugue. Je sens mes yeux se modifier sous mes paupières, et j'arrête là la transformation. A présent, mes iris sont sans doute noirs. Et ma vision doit être décuplée, pareille à celle d'un oiseau.

J'ouvre les yeux, et je perçois nettement les détails de l'île. Le champignon est une petite ville aux rues sinueuses, bordée d'un côté d'une forêt touffue, pas aussi grande que notre Forêt Interdite. Le point vert est un grand parc, où je distingue un stade, des pâturages peuplés de quadripèdes – impossible de préciser de quel genre d'animaux il s'agit vu d'ici – et des champs. Et puis il y a le château.

Le château de Beauxbâtons est circulaire, et comme troué au centre. Le bâtiment serpente de façon à former une large boucle blanche. Les tours sont fines et s'élèvent haut, les architectures mêlent différentes époques, différents styles, différentes sortes d'élégance. L'édifice est absolument superbe. Je n'ai jamais rien vu de tel.

J'entends quelqu'un prendre sa respiration et je me tourne vers Potter, juste à côté de moi, qui s'apprête à me lancer une réplique cinglante. Il s'arrête au dernier moment et ses yeux fixés sur les miens se figent de surprise.

Oh non. Mes iris sont noirs. Il a du remarquer la différence de couleur. Je bats des paupières pour la rendre bleue à nouveau, et ma vision devient soudainement moins forte.

– T'as un chat dans la gorge, Potter ? je lance cyniquement en espérant qu'il pensera qu'il a simplement divagué.

– Tes yeux…

– J'ai de jolis yeux, je sais, merci, dis-je très vite, mais je ne te retournerai pas le compliment. Je déteste mentir.

Je lui lance un sourire éblouissant et m'enfuis aussitôt vers les cabines en me frayant à nouveau un chemin dans la foule.

« Toutes mes félicitations ! Tu as failli te faire prendre ! Dois-je te rappeler que toutes les précautions sont à prendre, entourée comme tu es ?»

Merci, j'avais remarqué ! Mais je ne me ferai plus avoir. Dorénavant, je ferai attention.

-X-X-

Tous les élèves qui avaient un correspondant attendaient dans le Hall d'Entrée où nous devions retrouver les Anglais. Les autres élèves étaient aussi surexcités que nous – enfin, excepté moi qui vivais depuis le départ de Cathy dans un état apathique – mais s'ils venaient tous dans le Hall, on n'aurait pu accueillir personne de plus. Je restai avec Ben et André, faute de mieux, et observai mollement par l'immense fenêtre ronde qui donnait sur le Parc de Beauxbâtons ; entre celui-ci et le château, il n'y avait rien de plus que le lac.

– A ton avis, comment vont-ils arriver ? me demanda André.

– Par la voie des airs, je suppose, soufflai-je de mauvaise grâce.

– Evidemment, fit André. Mais je veux dire : tu penses qu'ils vont eux aussi venir en carrosse ?

– Bah, oui. Je ne vois pas vraiment de quelle autre façon ils pourraient parvenir à l'île…

– Sait-on jamais, marmonna Benjamin.

– Oh, regardez ! s'écria quelqu'un, et la fébrilité des élèves autour de moi s'accrut.

Je me retournai vers la fenêtre et plissai les yeux pour mieux voir. Un point noir qui grandissait à vue d'œil s'approchait du château, planant relativement haut dans les airs. Mais…

– Ce n'est pas un carrosse ! s'exclama André, et un bruissement de conversations parcourut la foule d'étudiants.

– C'est un bateau ! s'écria alors un autre, et cette fois, le vacarme envahit la pièce, se répercutant contre les murs à l'infini.

En effet, c'était un voilier. Il dépassa le Parc, puis se posa sur le lac dans une grande gerbe d'eau, déclenchant les exclamations de tous. Je ne pus empêcher mes yeux de s'écarquiller. Je devais admettre que c'était assez impressionnant.

Le bateau vogua jusqu'à la Grande Tour où nous nous trouvions, et s'arrêta auprès de l'un de ses pieds, en dessous de nous. Les élèves ne tarderaient pas à s'y déverser pour emprunter les APM (Ascenseurs à Propulsion Magique) qui les mèneraient jusqu'à nous.

L'atmosphère était électrique, et malgré mon manque d'entrain, je devais admettre que je ressentais en moi une pointe d'excitation. Les professeurs Lombrat et Balatoile s'escrimèrent pendant quelques minutes à ramener le calme dans le Hall.

Enfin, les portes des ascenseurs s'ouvrirent, laissant passer des élèves vêtus de longues robes noires sobres qui observaient un silence religieux. Les quatre adultes qui les accompagnaient se dirigèrent vers nos professeurs et engagèrent une conversation polie.

Tout d'abord, tout le monde resta figé, ne sachant que faire. Puis, une fille des rangs en face aux cheveux d'un roux flamboyant s'avança vers nous et demanda en anglais au premier élève qu'elle croisa :

– C'est toi, Saïki ?

Je ne connaissais personne portant ce nom. L'élève en question secoua la tête et partit vers le groupe d'élèves français à la recherche de sa correspondante. Et tout le monde se mit en mouvement pour trouver le sien ou la sienne. J'aperçus brièvement Armand Béryl passer une main dans ses beaux cheveux blonds – ce qui me rappelait que les miens étaient restés d'un blanc pur les semaines dernières, jusqu'à aujourd'hui, sans que j'aie pu avoir le moindre contrôle dessus, comme d'habitude – puis il se tourna vers ses amis, Psyché Verdoré, Théophile Frégate et Stéphane Larmaret, et échangea quelques mots avec eux.

– Bonjour, me dit une fille blonde à l'air parfaitement débile avec un fort accent anglais, en souriant de toutes ses dents. Tu Céline ?

– Non, répondis-je en anglais. C'est la fille brune, là-bas, ajoutai-je en la montrant du doigt.

Elle partit sans me remercier.

– Bonjour ! Tu es Amley ?

Je fronçai les sourcils et me tournai vers la fille qui venait de me parler dans sa langue natale. Elle avait la peau mate et de longs cheveux noirs qui formaient de lourdes boucles. Ses yeux brillaient d'un éclat bleu singulier.

– Amélie, la corrigeai-je en insistant sur chaque syllabe. Et toi, tu es Roxanne ? demandai-je.

– Roxn, dit-elle en souriant.

Drôle d'accent.

– Si tu préfères, soupirai-je, toujours dans sa langue. Enchantée.

– Moi aussi. Tu as un très bon accent anglais !

– Merci.

– Quelque chose ne va pas ? m'interrogea-t-elle en fronçant les sourcils.

Tiens, elle avait l'œil. Ou alors c'étaient Ben et André qui étaient totalement aveugles et n'avaient pas remarqué mon mal-être de ces derniers jours.

– C'est… compliqué.

– Viens, je vais te montrer mes amies, s'écria-t-elle en me tirant par le bras.

Elle m'entraîna vers une fille aux longs cheveux blonds et aux yeux clairs. Elle avait l'air d'une beauté fatale. Elle était accompagnée de Lumina, une fille qui était de l'école des Potions.

– Coucou, me salua Lumina avec un sourire emprunt de pitié qui me repoussa.

N'allez pas croire que je ne l'aimais pas, mais je détestais qu'on me prenne en pitié. J'avais un minimum d'orgueil, quand même.

– Ta correspondante est sympa ?

– Son nom est Judith, m'expliqua Roxanne en anglais. C'est l'une de mes deux meilleures amies.

– Elle parle anglais ? demanda celle-ci à « Roxn ». La mienne ne comprend pas un mot de ce que je lui raconte, c'est désespérant.

Lumina fit un grand sourire :

– Qu'est-ce qu'elle vient de dire ? J'ai rien compris.

Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour.

– Je crois qu'elle t'aime bien, répondis-je simplement.

Roxanne me tira à nouveau par le bras et rejoignit la fille rousse qui avait brisé la glace la première quelques minutes plus tôt, en zigzagant parmi les groupes qui se formaient. La rousse avait des yeux sombres, un visage pâle, et ses cheveux étaient excessivement emmêlés. Je n'avais jamais vu rien de tel.

– C'est épouvantable, je ne trouve pas cette Saï-ki à la noix, maugréa-t-elle en anglais en voyant Roxanne arriver. Oh, tu as ta correspondante ? Elle a vraiment des cheveux bizarres.

Roxanne se raidit.

– Euh, Gin… Elle comprend très bien l'anglais.

« Gin » pâlit et se tourna vers moi.

– Oh, euh… Euh… Hem… Désolée, je savais pas, ça m'a échappé, j'le pensais pas du tout ! Je m'appelle Ginger, tenta-t-elle en me tendant la main pour me la serrer. Tu dois être Amley ?

Je regardai sa main sans faire un geste, et au bout d'un certain moment, elle la retira lentement, l'air effroyablement gênée.

– Amélie, la corrigeai-je d'une voix glaciale.

Quand on disait du mal de moi, je ne prenais pas de gants.

-X-X-

Wow, la gaffe ! A présent, cette Amélie risque de me détester. En fait, je crois qu'elle me déteste déjà. Roxanne échange un regard désolé avec moi.

« Même moi, j'ai un minimum de savoir-vivre… »

Toi, tu es la fille qui a fui la société donc tu n'as aucune leçon à me donner sur le savoir-vivre.

– Tu ne connaîtrais pas une fille qui s'appelle Psyché, par hasard ? je demande à Amélie.

Elle fronce les sourcils.

– Personne à Beauxbâtons ne s'appelle comme ça, me répond-elle.

On entend à peine son accent français. Elle parle un anglais quasiment parfait. En attendant, moi, je suis bien avancée. Je sors la lettre de Psyché Verdoré de ma poche et la lui tend. Elle me l'arrache des mains d'un petit geste sec et la parcourt des yeux.

– C'est Psyché, ça se prononce Psishé. Pas « Saï-ki. »

Ca m'apprendra à écouter les âneries de Judith !

– Ah, d'accord. Tu la connais ?

Elle se tourne vers une fille aux cheveux bruns et courts, au fond de la salle, près d'une immense fenêtre ronde, discutant avec un garçon aux cheveux blonds très pâles.

– C'est elle, là-bas, me dit-elle.

Je remarque que le rouge colore ses joues. Serait-elle amoureuse de la fille ? Ou du garçon ? Oui, c'est plus probable, il n'est vraiment pas trop mal, voir carrément super beau.

– Merci beaucoup, je m'écrie en souriant.

Aucun muscle de son visage ne tressaille. J'ai entendu dire que les Français disait des Anglais qu'ils étaient flegmatiques. C'est un comble.

Je me dirige vers la fille aux cheveux bruns et m'arrête devant elle. Elle interrompt sa conversation avec le garçon blond qui me regarde d'un air intéressé.

– Tu es Ginger ? me demande-t-elle dans ma langue, avec un accent pas trop mauvais.

– Comment t'as deviné ? (1)

Elle fait un petit sourire et se tourne vers le garçon pour lui dire un truc en français.

« Elle vient de dire ''Elle a le sens de l'humour, c'est déjà ça'' », me traduit Gondul.

Tiens, tu parles français, toi ?

« Entre autres. D'une vie à l'autre, j'ai eu l'occasion de vivre dans divers endroits, principalement en Afrique et en Europe. »

Psyché a les yeux verts, des traits aristocratiques et un air noble, et porte des vêtements punk. Quant au garçon, il est plutôt grand, musclé, et ses yeux sont bleu clair, comme un ciel d'été. Ses traits sont fins et ses dents très blanches. J'appelle ça un sourire de dentifrice.

– Salut, me dit-il en exposant ses incisives, ses canines et ses molaires.

« Tu connais le nom des dents. Je suis impressionnée. »

Pas de sarcasme !

Non, sérieusement, c'est ridicule. En un mot, il a réussi à me montrer à quel point il parlait mal l'anglais. En plus, je ne suis pas spécialement belle. Qu'est-ce qu'il me veut ?

– Tu parles anglais ?

– Non.

– Ah, parce que je trouve navrante la façon que tu as de draguer tout ce qui passe.

Il me sourit, et la brunette explose de rire.

– S'il-te-plaît, ne lui explique pas, je prie la Française alors que le garçon demande quelque chose à ma correspondante dans sa propre langue, sans doute pour lui demander une traduction.

– Comme tu voudras, me répond-elle.

– C'est qui, son correspondant ? je demande pour meubler la conversation.

Elle fronce les sourcils et pose la question au blond. Pas besoin d'être bilingue pour comprendre ce que « James Potter », en français, veut dire en anglais.

– Je te préviens tout de suite, on restera avec mes amies, pas les tiens, je m'exclame.

– Ah, et pourquoi ?

– Parce que je ne peux pas blairer James Potter.

– « Blairer » ? répète-t-elle, circonspecte.

– Supporter.

Elle hoche la tête pour marquer sa compréhension.

– Si ça se trouve, moi, je ne peux pas « blairer » tes amis à toi, je ne vois pas pourquoi tu serais prioritaire.

– Euh… Parce que je suis l'invitée ?

– Et moi, je suis sur mon territoire, réplique-t-elle.

« J'aime bien cette fille, elle a du répondant. »

– Hé, la rousse ! T'as pas bientôt fini d'embêter tout le monde ?

Inutile de dire qui vient de lancer ceci.

– Psyché, je te présente James Potter, je soupire en lui montrant le crétin binoclard.

Elle grimace légèrement.

– Appelle-moi « Dal ». Dahlia, c'est mon deuxième prénom. Nettement moins ridicule. Il ressemble beaucoup à Harry Potter, remarque-t-elle en l'observant.

– Normal, annonce-t-il d'un air très fier. C'est mon père.

Il attend quelques secondes dans cette posture orgueilleuse les compliments, les exclamations ou les questions empressées habituelles. Mais rien.

– Vaniteux donc stupide, résume sobrement Dal.

– Tu es quoi, pour me dire ça, toi ? s'écrie-t-il, furieux, en dardant un regard brûlant sur elle.

Elle laisse passer un silence glacé

– Je suis, répond-elle lentement, la fille de Persée Verdoré et Iris Verdoré, anciennement Iris Corolla. Tout plein de suffisance que tu es, je suppose que, comme tu es obnubilé par toi, toi et toi, tu ne t'informe pas des familles importantes du monde sorcier autres que celle de ton père. Eh bien imagine-toi que les Corolla et les Verdoré sont les deux familles les plus nobles de France, que ses branches s'étendent sur tout le continent et rejoignent quelques branches royales moldues ; imagine-toi que mon père a bâti une fortune immense, et que tous les riches sorciers lui lèchent les pieds pour qu'il leur jette ne serait-ce qu'un regard ; imagine-toi que ma mère est trois fois championne d'Europe de Duels ; imagine-toi que je suis la fille des personnalités les plus éminentes de la France magique et l'héritière de la plus grosse fortune européenne. Voilà ce que je suis.

Potter est figé. Ha ! C'était bien envoyé, quand même. Même si moi aussi, je suis impressionnée par ses origines qui sont assez… sympas. James Potter la fixe pendant quelques instants, puis lui dit finalement :

– J'espère que tu n'as rien contre les gens qui n'ont pas de pedigree, parce qu'Enderson n'en a aucun.

« Ah, tu crois ça ? »

– Même si Enderson n'avait pas de parents et était née dans la misère, je continuerais de penser qu'elle sera toujours mieux que toi, gamin.

– Ça tombe bien, je n'ai pas de parents et je suis née dans la misère.

Elle se tourne vers moi :

– Tu permets ? Je suis en train de le descendre.

– Je suis sérieuse. Je suis orpheline.

Ses yeux s'écarquillent.

– Oh ! Désolée. Je ne savais pas… Enfin, ça n'a pas l'air de te faire beaucoup de peine…

– Nan, répondis-je en souriant. Après dix-sept ans, on a l'habitude.


(1)En anglais, « Ginger » est le surnom donné aux filles rousses. Et c'est là que vous comprenez à quel point l'auteur est super-original dans le choix des noms des personnages.