Je regarde autour de moi. Roxanne et sa correspondante qui me déteste discutent toutes les deux, et Judith essaie vainement d'engager la conversation avec la sienne, qui n'a pas l'air de comprendre grand-chose. Je me tourne vers Psyché Verdoré, aliais Dal, ouvre la bouche, puis la referme. Je ne sais pas quoi lui dire.

– Serais-tu en train de te transformer en poisson, Enderson ? me raille Potter. Tu en as déjà l'intelligence…

– Tu as déjà prouvé que tu n'en avais pas tellement plus, d'intelligence, riposte mollement Dal à ma place. Si j'étais toi, je me tairais.

Potter lui lance un regard noir et accepte de se taire. Je souris de contentement mais n'ajoute rien. Cette fille est vraiment géniale.

Qu'en penses-tu, Gondul ?

« Je n'en pense rien du tout. Il y a quelque chose de très curieux dans cette école », me confie-t-elle d'un un drôle d'air, flottant quelques mètres au-dessus des élèves et plissant les yeux.

Dans quel sens ?

« Dans le sens que c'est étrange. Je serais incapable de te dire de quoi il s'agit mais… quelque chose ne tourne pas rond. »

Mouvement de foule nous nous dirigeons vers les mêmes ascenseurs étranges que nous avons empruntés pour monter dans ce Hall d'Entrée. Je ne me préoccupe pas plus des paroles inattendues de l'Horcruxe.

– Maintenant, on va au Réfectoire, m'explique Dal sans se soucier que je la suive ou non.

A côté d'elle, ses amis discutent tranquillement. Il y a le blond qui avait l'intention de me draguer tout à l'heure, un beau brun ténébreux et un troisième, qui a l'air plus jeune que les deux premiers, aux cheveux blonds et foncés, mi-longs et assez gras. Leurs correspondants respectifs les suivent : Potter, Arthur Wright et… Robert Peterson.

– On ne restera pas avec eux, je rappelle immédiatement à Dal.

Elle se tourne vers moi et me lance un regard froid, alors que nous venons d'entrer dans les ascenseurs de verre. Les portes se referment sans bruit sur la trentaine d'élèves entrés à l'intérieur et la plate-forme coulisse pour nous entraîner vers le bas.

– Oui, mais ce sont mes amis et je n'ai pas envie de rester avec les tiens. Je te l'ai déjà dit. Peut-être que le garçon à lunettes a raison tu as la mémoire d'un poisson rouge.

Je manque de m'étrangler d'énervement. Mais elle a l'air de plaisanter.

– Bon, eh bien on n'a qu'à manger tous ensemble, je soupire.

– Si ça t'amuse.

-X-X-

Roxanne Weasley était très sympa. Elle parlait avec les mains, un sourire avenant plaqué aux lèvres. En dix minutes de conversation, elle avait brièvement essayé de me présenter Poudlard. Ce que ça avait l'air bien ! Les points pour les maisons, les salles communes, les passages secrets, les salles cachées depuis un millénaire…

– Un millénaire ? m'exclamai-je, ahurie.

– Oui! Poudlard a été construit i peu près dix siècles par quatre sorciers.

– Beauxbâtons, c'est beaucoup plus récent, lui répondis-je. L'école n'a été construite qu'au XVIIème siècle.

– Rox !

Nous nous tournâmes toutes deux vers la nouvelle arrivée : la rousse de tout à l'heure à qui j'avais sèchement parlé.

– Les amis de Psyché ont pour correspondants Potter et Wright, je n'y survivrai pas, s'écria-t-elle d'un air très théâtral en posant sa main sur le cœur. Bref, tu viens. Tu as vu Jude ?

– Non… Attends, elle est peut-être avec cet attroupement, là-bas ?

Je reconnus immédiatement une chevelure bleue caractéristique dans le groupe d'étudiants.

– C'est le groupe de Perséphone Verdoré, leur révélai-je. Elle a pas mal d'amis et Lumina Belleroy en fait partie.

– Oh, Verdoré ! Comme ma correspondante ! s'exclame la rousse.

Elle arrivait à faire des connexions entre ses neurones ! Bieeen…

– C'est sa sœur, lui dis-je en me retenant d'y ajouter « triple idiote ».

La blonde sortit du groupe en voyant ses amies près de moi et s'approcha.

– On mange ensemble ? lui proposa Roxanne. Ginger nous invite à dîner avec elle.

– C'est adorable de votre part, Miss Enderson, sourit Judith. Mais j'ai bien envie de faire connaissance avec ma correspondante, voyez-vous ? Ce sera pour une autre fois…

– Il y aura Arthur Wright à notre table, insiste Ginger.

– Je ne vois pas du tout ce que tu insinues, s'écria Judith en rougissant furieusement, avant de filer rejoindre le groupe de Perséphone.

Roxanne haussa les épaules en souriant et Ginger la tira par la manche pour qu'elle la suive. Toutes les trois, nous nous dirigeâmes alors vers une table occupée par…

Par…

…oh mon dieu… oh mon dieu… oh… mon…

-X-X-

Le blondinet – le beau, pas celui avec les cheveux gras, qui était parti manger ailleurs avec Robert Peterson et sa clique – me fait un clin d'œil quand je m'assieds en face de lui, ce qui me vaut un regard noir de la part d'Amélie Vermeil.

Charmant l'ambiance. Et puis, qu'est-ce qu'il me veut, celui-là ?

Quant à Roxanne, elle semble être complètement sous le charme du brun ténébreux assis devant elle, à côté du blond. Le brun regarde dans le Réfectoire comme s'il était en train de chercher quelqu'un.

– Comment tu t'appelles ? me demande le blond avec le même grand sourire et un accent épouvantable, me tirant de mes pensées. Moi, je m'appelle Armand Béryl.

Amélie, assise à côté de Roxanne, s'agite sur sa chaise, soudainement mal à l'aise.

– Moi, c'est « va voir ailleurs si j'y suis, véracrasse libidineux », je réplique nonchalamment en regardant la salle autour de moi.

Le Réfectoire est constitué d'un très grand nombre de tables rondes et rectangulaires dispersées un peu partout, et d'une autre posée sur une plate forme lévitant à une cinquantaine de centimètres du sol pour les professeurs. Son plafond est en verre et comme la salle à manger est située juste en dessous du niveau du lac, on voit à travers une mince couche d'eau la lune se lever et projeter sa lumière pâle sur le Réfectoire.

Amélie jette de rapides et discrets coups d'œil vers la place d'Armand Béryl. Amoureuse transie ? Lui, en tout cas, cherche désespérément à savoir ce que veux dire « » en français. Dal, qui a à peu près compris, arbore un sourire mystérieux et refuse de lui répondre.

Le brun remarque enfin le regard insistant de Roxanne posé sur lui. Une lueur étrange brille dans ses yeux on dirait qu'il a trouvé ce qu'il cherchait. Il lui adresse un immense sourire, ce qui fait rougir Roxanne.

Je soupire. Ce sera à Jude et moi de recoller les morceaux, quand il l'aura jetée.

– Arthur, dit Potter en se tournant vers son ami assis en face de Psyché, à l'autre bout de la table. Dis-moi que je rêve. Mon correspondant – un garçon qui a pourtant l'air normal – est en train de draguer Enderson ?

– Où est le problème ? je demande, sur la défensive. Il y en a bien qui tombent amoureuses de toi. Comme quoi, rien n'est impossible.

Le silence tombe brusquement dans toute la salle, et Potter est obligé de retenir sa remarque acerbe pour tourner sa tête, en même temps que le reste du Réfectoire et moi, vers le fond de la pièce, où, à la table des professeurs, un vieil homme sec à la barbe courte et grise vient de se lever, tendant les bras de part et d'autre de son corps.

Il imite vraiment très bien l'avion.

– Bienvenue à tous ! s'écrie-t-il en anglais, avec un air terriblement sérieux.

Je pressens le discours d'arrivée ennuyeux à souhait. Amélie écoute attentivement, James me lance un regard meurtrier – sans doute en train de se répéter mentalement la réplique qu'il comptait me lancer pour ne pas l'oublier, le pauvre, ça doit être dur d'avoir une mémoire comme la sienne –, Armand me fixe à la dérobée – discret… – et le brun lance des œillades appuyées à Roxanne dont la peau est de plus en plus colorée. Arthur a le regard vague, et Dal joue avec ses couverts.

Heureusement qu'Amélie est là pour nous donner l'exemple.

– Je suis ravi d'accueillir ce soir, et pour deux semaines, dans l'enceinte de l'Académie de Beauxbâtons, des élèves d'une autre école de sorcellerie. La dernière fois que cela était arrivé, c'était en 1822, il y a pratiquement deux cents ans…

– Je ne l'aime pas, ce directeur, murmure Dal à côté de moi.

– Pourquoi ?

– C'est un gros… je sais pas comment on dit ça en anglais. Il dit quelque chose en souriant mais en réalité il pense le contraire…

– Hypocrite ? je propose.

– Exactement.

Elle me fixe intensément pendant quelques secondes, puis me demande :

– T'es pas la fille qui a fugué de Poudlard pendant les vacances de Noël ?

-X-X-

Le directeur était lancé, on ne pouvait plus l'arrêter. Je n'aimais pas beaucoup le directeur, comme pratiquement tous les élèves de Beauxbâtons. Il était sang-pur, et, même s'il ne l'aurait jamais avoué, chacun savait qu'il n'adorait pas vraiment les moldus et les nés-de-moldus. C'était même carrément le contraire. Il souriait et conversait aux enfants de politiques dans la communauté sorcière, comme par exemple les triplées Verdoré, dont les parents étaient riches et nobles.

Je jetai un coup d'œil à Armand Béryl, l'air de rien. Il était assis en face de cette pétasse qui l'avait envoyé sur les roses alors qu'il lui avait gentiment demandé son nom, cette rouquine qui m'avait prise pour une imbécile et qui s'était fichue de la couleur de mes cheveux. Elle se prenait pour qui, au juste ? J'avais bien envie de lui fermer son clapet. Et en plus, avec son accent à deux balles, je comprenais un mot sur deux de ce qu'elle racontait, ce qui m'énervait au plus haut point. Et ne parlons pas de ses cheveux ! Leur couleur était agressive. Cela me rappela un conte lu à la maison il y a bien longtemps, dans un livre rempli d'images, sur Barberousse. Les deux avaient le même roux.

Certes, je m'énervais assez vite contre cette pauvre fille que je ne connaissais que depuis un quart d'heure. Mais je n'y pouvais rien. Je ne la supportais pas, c'était viscéral.

– T'es pas la fille qui a fugué de Poudlard pendant les vacances de Noël ? lui chuchota alors Psyché.

Je réprimai un sursaut : Violette m'en avait parlé. Elle avait passé ses vacances chez son amie Mary, et elle s'était fait attaquée par des Détraqueurs – je ne pus m'empêcher de frissonner en repensant à ce point de son récit – en compagnie d'une fille de Poudlard qui s'était échappée et qui était recherchée à travers tout le pays. Une orpheline.

Elle se croyait tout permis parce qu'elle n'avait pas de famille ? Oui, c'était sans doute difficile à vivre, mais ça ne lui donnait pas le droit de se mettre à insulter Armand. MON Armand !

Stop, Amélie, stop. Armand ne m'aimait pas, ne me connaissait sans doute pas, et c'était absolument ridicule de coller à son nom un adjectif possessif. Ou sinon, cela voudrait dire que je n'étais que l'une de ces greluches sans cervelle genre Greta Lebrun, qui gloussait, j'insiste sur l'emploi de ce mot, elle gloussait comme une dinde avec sa correspondante anglaise, une blonde platine à l'air tout aussi stupide, quelques tables plus loin.

Je me tournai vers la rousse, appelons-la Barberousse, et la vis hocher lentement la tête à la question de Psyché. Violette me l'avait décrite comme une fille sympa. Ce qu'elle n'était assurément pas. En tout cas, elle avait l'air du genre à se jeter la tête la première dans les ennuis et à parler sans mesurer ses paroles.

– Pourquoi t'étais-tu enfuie ? chuchota Psyché.

– J'avais mes raisons, répondit-elle avec un petit sourire suffisant.

Pff. Comme si ça intéressait qui que ce soit.

OoOoO

Un peu plus tard, le dîner était servi. A chaque fois que, plein de douceur et de politesse, Armand lui posait des questions sur elle, Barberousse le rembarrait sèchement avec un grand sourire. Elle alternait cela avec des messages de haine échangés avec le garçon assis en face de moi, plutôt mignon, aux cheveux noir de jais et aux yeux bleus. Mais pas d'un bleu aussi beau que ceux d'Armand, pensai-je en jetant un rapide coup d'œil à Ses iris couleur de ciel. Non. Vraiment pas aussi beau.

Théophile Frégate, le septième année brun meilleur ami d'Armand, faisait la cour à Roxanne, qui rosissait de plaisir à chaque compliment. Cela me gênait un peu. Il fallait absolument que je lui explique que Théophile était un tombeur, un coureur de jupons. Je me demandais souvent pourquoi Armand traînait avec un garçon pareil.

Au bout d'un moment, je décrochai complètement de la conversation entre Ginger et le mini sosie de Harry Potter, le héros britannique du siècle. Je jetai un coup d'œil à Armand, de façon tout à fait habituelle.

Il me regardait.

I L me regardait.

Il m T.

Mais surtout, il M E regardait.

Mon cœur fit un bond magistral dans ma poitrine, ce qui me coupa momentanément le souffle.

– Tu es Amélie Vermeil, c'est ça ? sourit-il.

Je restai sans voix pendant quelques secondes. Il connaissait mon nom. Il me connaissait !

– Euh, ouais, balbutiai-je.

Oh non, je devais avoir l'air ridicule. Si seulement j'avais quelque chose d'intéressant à dire. Si seulement j'étais une fille intéressante.

– Tu es amie avec mon petit frère, c'est ça ?

En fait, c'était très tendu entre nous en ce moment, parce qu'André Béryl, qui était l'un de mes meilleurs amis, avait commencé à vouloir se rapprocher de moi, c'est-à-dire qu'il désirait que nous soyons plus qu'amis. Non, il ne m'en avait pas parlé. Mais comme toujours avec André, la moindre manœuvre était aussi peu visible qu'un éléphant en justaucorps rose dansant le mambo. J'avais donc commencé à m'écarter de son chemin, et aussi de celui de Benjamin Laurent qui passait son temps avec lui et qui tentait de me faire accepter l'idée.

Mais je ne pouvais pas. Pour plusieurs raisons : la première, c'est que je ne pouvais pas du tout l'envisager comme plus qu'un ami. La seconde, c'est que j'étais amoureuse de quelqu'un d'autre et que c'était carrément immoral. La troisième, c'est que ce quelqu'un dont j'étais amoureuse était son propre FRERE, et ça, c'était encore plus immoral.

Depuis quelques jours, j'avais pris la décision de l'éviter, en me débrouillant pour me noyer dans des groupes d'élèves dans les couloirs pour le croiser. Parfait pour ne pouvoir qu'échanger des salutations banales et polies. Tout ce que je craignais, c'était qu'un jour, André ne débarque et ne me demande de sortir avec lui. Parce que là, je serais obligée de lui dire non, je lui briserais le cœur et nous ne serions plus amis. Et cela voudrait dire que je n'aurais plus un seul ami à Beauxbâtons.

– Ouais, lâchai-je au bout d'une demi-seconde.

Pourquoi n'avais-je pas dit « oui » ? C'aurait été beaucoup plus élégant que ce misérable borborygme aussi gracieux qu'un hippopotame. Oh, comme je me détestais… Si seulement j'arrivais à réfléchir quand j'avais un semblant de conversation avec lui.

– Tu as toujours été une métamorphomage ? me demanda-t-il en jetant un coup d'œil à mes cheveux blancs aujourd'hui.

Je grimaçai. Je détestais cette couleur de cheveux, qui me faisait ressembler à une grand-mère.

– Juste pour les cheveux, le corrigeai-je.

Sans le faire exprès, j'arrivais à dire des bêtises. Je méritais un prix. En tout cas, Armand haussa un sourcil étonné, signe qu'il n'avait pas compris grand-chose à ce que je venais de lui expliquer en quatre mots.

– Je veux dire, marmonnai-je, il n'y a que mes cheveux qui sont métamorphomages. Pas le reste.

– Ah, dit-il au bout de quelques secondes en plissant les yeux. Je vois. Et tu changes tous les jours de coupe de cheveux parce que tu aimes la nouveauté ou… ?

– Ouais, le coupai-je.

Bon sang mais faites-moi taire ! Oui, il était évident que je faisais mieux de lui dire que je contrôlais mon pouvoir, plutôt que de lui avouer que j'étais incapable de le maîtriser parce que j'avais un syndrome bizarre. Mais le couper, non, c'était juste complètement idiot. Je devais avoir l'air d'une rustre.

– Ah ouais ? s'écria une voix à l'autre bout de la table en anglais.

Je me tournai et découvris sans surprise la rouquine débile, rouge de fureur. Elle dardait des regards noirs à mini-Potter en face de moi. Je la maudis intérieurement. Pour la première fois de ma vie, je discutais avec Armand Béryl – Armand Béryl discutait avec moi. Même si ce n'était pas brillant. Et elle nous avait arrêtés.

– On parie ? lui lança mini-Potter, qui semblait lui aussi assez énervé. Le premier qui sort avec quelqu'un d'ici.

– Ca marche. Qu'est-ce que tu veux qu'on parie ? répondit-elle avec un sourire mauvais.

Il eut exactement le même sourire. La ressemblance était frappante. Il se leva au-dessus de la table pour être plus proche d'elle et lui dit très bas, dans un souffle :

– Toi, tu devras me dire ce que tu fabriquais au début de l'année aux Archives.

Barberousse se figea et jeta un coup d'œil appuyé à un point au-dessus de la tête d'Armand. Je regardai à mon tour : il n'y avait rien. Pourtant, elle l'avait fixé comme s'il quelqu'un se trouvait là. Cette fille était complètement barje.

Elle ramena son regard bleu-gris sur celui de mini-Potter, l'air légèrement plus irritée qu'avant.

– Toi, tu me diras ce que tu fabriquais dans la Forêt Interdite.

Mini-Potter, pris de court, se figea à son tour. Il réfléchit pendant quelques longues secondes, pesant le pour et le contre. Alors, très lentement, il énonça :

– D'accord. J'espère que ton secret n'est pas trop gênant, parce que JE vais gagner.

Ils étaient vraiment en train de parier sur lequel se ferait le plus rapidement un(e) petit(e) ami(e) ici ? Quels gamins !

Barberousse attrapa une pomme verte dans le panier de fruit en face d'elle, mordit rageusement dedans et se leva avant de s'en aller.

– Elle ne sait même pas où elle va, commenta sobrement Psyché.

– Tu vas la laisser se perdre ? demanda Théophile Frégate, taquin.

– Nan, soupira-t-elle. Je suis responsable d'elle. J'ai l'impression d'être à la charge d'un enfant de trois ans. A demain, les gars, fit-elle en se levant à son tour pour suivre Barberousse.

Frégate adressa un grand sourire à Roxanne et se tourna vers moi :

– Tu me laisses la raccompagner dans ta chambre ? Je te la laisse juste après.

J'étais bien tentée de dire non. Cette pauvre fille se faisait sans doute des illusions sur l'attachement que lui portait Théophile Frégate. Ca allait la détruire, parce que je n'avais pas l'impression que cette fille était du genre à protester et à se révolter, à être psychologiquement forte en somme. Mais son meilleur ami était juste à côté et lui souriait, et je ne voulais pas qu'Armand ait une mauvaise image de moi. Je me sentais terriblement égoïste.

– D'accord, soufflai-je, le cœur au fond de l'estomac.

Roxanne me sourit et se tourna vers son cavalier. Ils se levèrent en même temps et prirent la direction des Ascenseurs à Propulsion Magique. Je me levai à mon tour, histoire de ranger un peu la chambre avant que ma nouvelle colocataire ne s'y installe, et marchai tranquillement vers les APM, situés dans une grande pièce ronde et vide. Et une fois que j'y fus, un étau d'acier se referma sur mon petit poignet. Je poussai un cri et envoyai mon bras à l'aveuglette derrière moi. J'entendis le bruit d'une claque violente alors que ma main tendue rencontrait une joue. Je me tournai alors. Mini-Potter se tenait la joue en me lançant un regard assez énervé.

– Qu'est-ce que tu veux ? demandai-je très sèchement, avant que je ne me souvienne qu'il s'agissait du correspondant d'Armand Béryl : Qu'est-ce que tu veux ? répétai-je d'une voix bien plus douce. Désolée, tu m'as fais peur.

Il lança un regard par-dessus son épaule, puis me regarda droit dans les yeux.

– Est-ce que tu veux sortir avec moi ?

-X-X-

C'était vraiment la honte, tout à l'heure. Je suis sûre que cette Amélie Vermeil a remarqué quelque chose. Le long regard que je t'ai lancé n'était vraiment pas naturel.

« De quoi veux-tu qu'elle se doute ? Il serait fort étonnant qu'elle fasse le lien entre un Horcruxe de Valkyrie et une fille qui regarde au-dessus de la tête d'un élève un peu trop longtemps. »

Mais aussi, de quoi tu te mêles à te préoccuper de mes petites affaires ? Ça me regarde si je parie avec Potter, t'es pas ma mère !

« En effet, je ne suis pas ta mère, je suis TOI. Je te signale que si Potter apprend ce que tu faisais dans les Archives … »

Et bien quoi ? Tout ce qu'il pensera, c'est que j'essayais de trouver des noms dans les annuaires. Il n'est pas prévu dans le pari que je doive lui dire si j'ai dégoté quelque chose ou quoi que ce soit. Et puis de toute façon, c'est pas comme si j'allais perdre !

« Le premier d'entre vous qui charmera une autre personne, entre une sauvageonne comme toi et le jeune homme le plus charismatique de ta promotion ? Es-tu sérieuse ? »

Euh… Peterson est plus charismatique que lui.

« Bien sûr. Nous savons aussi bien l'une que l'autre ton avis personnel sur Robert Peterson. »

Et tu connais très bien mon avis personnel sur Potter, je suppose ?

« Oui », répond Gondul en me souriant. « Autrement, comment expliques-tu l'augmentation de ton pouls de l'autre soir ? »

Non… Non ! Tu m'as dit toi-même que je ne pouvais pas… Les Valkyries ne peuvent pas…

« Tout de suite les grands mots ! » dit-elle en éclatant de rire. « Je te taquinais. »

Je marche à pas vifs. Je me suis paumée dans les couloirs de ce château. Impossible de retrouver mon chemin. Ce n'est pas comme si j'y étais allée une quelconque fois, du reste. En tout cas, je suis bien loin du « Réfectoire »… J'aurais dû attendre Dal.

« Non, tu n'es pas amoureuse », reprend-elle en appuyant sur le dernier mot pour que je grimace. « Mais attirée… »

Mon regard se perd dans le lointain. Est-il possible que je sois attirée par James Potter ? Je repense à toutes les fois où je l'ai vu torse nu dans les vestiaires du match de Quidditch. A toutes les fois où, en première année, nous nous sommes jetés l'un sur l'autre pour nous battre comme des chiffonniers. A ce propos, il me semble qu'un jour il m'a fichu une baffe que je n'ai jamais eu l'occasion de lui rendre, vu que Londubat nous avait séparés. Hm. J'ai une revanche à prendre.

« Vous vous battiez ? » s'étonne-t-elle.

Ça te surprend vraiment, venant d'un garçon pareil ? En fait, je crois qu'il ne m'a jamais considérée comme une fille, donc c'est pour ça qu'il se le permettait. Il n'a vraiment pas les yeux en face des trous. Franchement, tu trouves que j'ai l'air d'un homme ?

Gondul ne répond pas mais esquisse un sourire.

Super.

Revenons à nos moutons. Je n'ai jamais été attirée par ses muscles bien dessinés. Jamais été attendrie par ses yeux dont je déteste la couleur. Donc comment expliquer mon cœur qui battait la chamade ce fameux soir ?

… Je sais !

« Ah oui ? » me demande Gondul, haussant un sourcil interrogateur et légèrement moqueur.

– C'était juste une crise de spasmophilie ! C'est causé par le stress et ça peut être déclenché par une grosse frayeur, et ça fait augmenter le pouls de façon considérable. Le stress venait sans doute du fait que j'avais foncé pour éviter le concierge et que j'étais tombée sur Potter alors que je ne m'y attendais pas !

– Ravie de le savoir…

Je fais volte-face. Dans la pénombre du couloir, je distingue à peine Psyché Verdoré. Elle soupire et marmonne quelque chose en français avant de me dire dans ma langue :

– Ecoute, même si je considère comme un peu inquiétant de partager ma chambre avec une psychopate qui hurle dans les couloirs des diagnostics de maladie comme spasmophilie, j'aimerai bien que tu me suives, maintenant. Histoire que tu ne te perdes plus.

« Cela faisait un moment que j'essayais de te prévenir qu'elle arrivait, soupire Gondul. Mais évidemment, tu ne m'écoutes jamais… »

Je hoche la tête et suis Dal. Nous empruntons un long dédale de couloirs Je m'arrête devant un mur composé d'une unique fenêtre. Elle donne sur l'extérieur du château. D'ici, on voit le bout de l'île. Derrière s'étend le ciel, parsemé de quelques larges morceaux de nuages couverts de la lumière de la Lune.

– C'est beau, je constate en m'arrêtant un instant.

A côté de moi, la silhouette de Gondul se déplace jusqu'à parvenir à mes côtés. Elle aussi s'arrête, et je me permets de regarder son visage un instant, tout en tournant la tête dans la direction de Psyché pour qu'elle ne se doute de rien.

Le visage de la Valkyrie est parfaitement calme, stoïque, mais ses yeux brillants trahissent les sentiments qu'elle ressent. Les nuages se reflètent dans ses pupilles bleues, éclairées par la lumière éclatante de la pleine Lune, et une multitude de sentiments et de souvenirs s'y profilent en quelques secondes, si vite que j'ai l'impression de les rêver – mais je sais que ce n'est pas le cas. Je ne serais jamais capable d'imaginer de telles choses prendre vie dans les iris froids de Gondul.

Elle bat des paupières, et à nouveau ses yeux ne révèlent plus rien.

« Tu veux ma photo ? »

Je hausse les épaules.

Elle s'éloigne, et je la suis lentement en me repassant la scène en boucle dans ma tête, cherchant une explication à la réaction de la Valkyrie. Gondul n'est pas du tout du genre à laisser révéler ses sentiments. Qu'est-ce qui a pu … ?

Et c'est à ce moment précis que je comprends. La nuit où Kara est morte et où elle a rompu tout contact avec Hildr, c'était une nuit de pleine lune.