– Habille-toi, on y va dans dix minutes, m'ordonne Psyché.

– Mais je te dis que je n'ai rien à me mettre !

– Peu importe. Mets-toi quelque chose sur le dos.

Je soupire lourdement.

– Je ne vais quand même pas mettre un simple jean !

L'une des Françaises qui partage la chambre de Psyché s'approche de moi et me fourre une robe dans les mains.

– Et maintenant, fiche-nous la paix.

Puis elle repart se préparer.

Je fixe son dos quelques instants, arrêtée net dans mes plaintes bruyantes. Puis je jette un œil à ce qu'elle m'a donné. C'est une robe noire toute simple, sans manches, et aux bords couverts de paillettes.

– Je ne mettrai jamais une chose pareille, je déclare.

– Arrête d'embêter tout le monde et mets la robe, dit Psyché en me jetant un regard lourd de menaces.

J'arrête aussitôt de me plaindre et je commence à me déshabiller.

-X-X-

Je jetai un œil à la petite robe violette que Violette avait laissée ici. Elle était assez courte, mais ça pouvait aller.

– Qu'en penses-tu ? demandai-je en la montrant à Roxanne qui se maquillait dans la salle de bains.

– Très jolie !

J'enfilai la robe et remontai la fermeture éclair dans mon dos quand Roxanne me dit :

– Tu sais, Amley… Pour Ginger…

Je me figeai à l'énoncé de ce prénom détesté.

– Elle est pas si méchante que ça. Un peu trop franche… mais c'est tout.

Et un peu trop proche d'Armand, aussi. Cette fille, c'était le diable. Je ne répondis rien, et j'entendis Roxanne soupirer.

– Tu sais, tout ce qu'elle a fait c'est dire que tes cheveux ont une couleur bizarre… Mais elle disait ça pour rire. Elle a bien conscience que ses cheveux à elle sont bizarre aussi.

Pas autant que les miens. Mais je détestais cette fille pour d'autres raisons que ce que Roxanne pouvait s'imaginer.

-X-X-

Nous arrivons un peu avant l'heure devant le lieu de la fête : nous sommes face à des maisons au ras de l'eau, complètement abandonnées. Nous entrons à l'intérieur il fait noir comme dans un four. Dal me prend le poignet et me guide jusqu'au fond, l'air assurée, et murmure un Alohomora pour faire s'ouvrir une porte cachée. Celle-ci révèle, juste derrière, une grande pièce au plafond haut et voûté. D'un côté, une scène. De l'autre, un bar et des tables. Au milieu, une piste de danse.

Sur la scène, quelques garçons sont en train d'effectuer des réglages. Ils font partie du groupe de musique de Psyché, les Tender Gun, et sont chargés de mettre l'ambiance.

Berling, fais chier, merde !* s'écrie Psyché en français à l'adresse d'un garçon plus jeune qu'elle, une cannette de soda de marque sorcière dans la main. Tu pourrais pas nous faire des micros normaux, pour une fois ? *

Désolé Dal, je n'avais rien d'autre sous la main*, répond-il avec un large sourire. Et ne te plains pas, l'autre chanteur aura une batte de Quidditch. Une canette, ce n'est pas si mal !*

Les élèves commencent à arriver dans la pièce. Perséphone court dans tous les sens pour distribuer les tâches à tout le monde : le brun ténébreux de Roxanne et mini-Béryl sont au bar, trois filles sont chargées de rester sobres pour surveiller les gens trop bourrés, une autre doit rester près de la porte et sortir régulièrement pour vérifier que personne ne se noie dans le lac… Toute cette organisation me fait sourire : j'ai comme l'impression que ce n'est pas la première fois que ce genre de fêtes a lieu.

Et puis bientôt, Psyché abaisse sa main sur sa guitare pour jouer le premier accord de la soirée.

Toute la foule d'élèves réunis se déchaîne sur le rythme endiablé de la chanson choisie, quelques filles hurlent de joie en entendant le chanteur user de sa voix langoureuse et rêche. J'évite soigneusement le blond Béryl et reste avec mes amies. Judith se lance enfin à la pêche aux garçons, et au bout d'une heure elle est assise sur les genoux d'un inconnu, riant à ses blagues sans doute pas très drôles. Roxanne et moi échangeons un regard et éclatons de rire.

A partir de ce moment, les choses deviennent floues. Je me souviens d'un verre de vodka des elfes… ou deux… ou trois. Après ça, j'ai dansé avec pas mal de Français, et même un ou deux élèves de Poudlard. Le moment où les choses redeviennent nettes dans ma mémoire, c'est celui-ci :

– Et maintenant, clame Psyché dans son micro, une musique dédiée à ma correspondante, à qui j'ai promis de lui faire écouter.

Je balance mes mains autour des épaules d'un garçon qui se trouvait par hasard dans le coin et le serre contre moi en entendant les premières notes à la guitare d'un slow.

There is a house in New Orleans

They call the Rising Sun...

Ça me rappelle quelque chose, cette musique.

Tiens, ça sent bon. Je suis sûre d'avoir déjà senti cette odeur quelque part. Non, pas dans ma chambre… Mais à Poudlard, ça c'est sûr. Juste à Poudlard… ? Chez Judith ? Nan. Chez Roxanne ?... non plus. Ca sent… la menthe.

Bon sang !

– Potter ? je m'exclame, ahurie.

– Il t'en aura fallu, du temps, me répond mon danseur.

Bonté divine. Je danse un slow avec Potter.

– Tu ne t'en vas pas ? me demande-t-il, moqueur. Je ne te dégoûte pas ?

– Nan, tu sens bon, je réponds sans réfléchir. Tu sens la menthe.

Gondul, devant moi sur la piste, se prend la tête dans les mains. Potter rit doucement.

– T'es complètement bourrée.

– Mais noooon.

– "Tu sens bon"... Je te ressortirai ça, demain.

– Tu connais les Beatles ?

– Un peu, répond-il, désarçonné par mon brusque changement de sujet de conversation.

– Tu me fais penser à l'une de leurs chansons.

– Laquelle ? You really got a hold on me?

– Nan. I'm a loser.

Gloussements. De ma part. Ensuite, il y a un gros trou noir. Et puis je me retrouve devant l'eau du lac, fascinante, brillante. J'ai envie de plonger dedans, mais un bras me retient.

– Mais lâche-moi… Je veux nager…

– Mauvaise idée, me répond-on d'une voix amusée.

Je me retourne pour faire face à Pandore Verdoré. Ses cheveux blonds scintillent à la lumière de la Lune.

– T'as de beaux cheveux, je remarque en les observant.

Elle se mord les lèvres en souriant.

– T'es vraiment complètement bourrée, toi.

– Mais nooooon ! J'vais très, très, très bien. Juré. Dis donc, c'est qui ta correspondante à toi ?

– Je ne l'ai pratiquement pas vue pour l'instant dit-elle en me prenant le bras et en m'entraînant vers la salle de fête. A vrai dire, je l'évite. Elle me fait un peu peur.

– Attends, c'est Hedvig Virtanen ? je m'exclame, surprise.

Elle penche la tête sur le côté, étonnée. On dirait un oiseau.

– Tu ressembles à un oiseau, je dis tout haut.

– Alors je ne suis pas la seule à avoir remarqué son côté flippant… réfléchit-elle sans faire attention à ce que je viens de dire. Elle est vraiment bizarre, en ce moment. Elle sourit toute seule, et quand on lui demande pourquoi, elle s'énerve.

– Tu ressembles à un oiseau, je répète. C'est drôle.

Je me mets à glousser. Pandore soupire.

– Bah, laisse tomber. Viens, je te ramène.

OoOoO

Le réveil est très dur. J'ai terriblement mal à la tête.

– Prends ça, me dit quelqu'un en me mettant une fiole dans les mains.

Sans réfléchir, j'avale le contenu d'un trait. Une minute plus tard, je me sens parfaitement bien et ouvre les yeux.

– C'est une potion anti… euh… hésite Dal. Je ne sais pas dire ça en anglais. Tu sais, tu n'as pas mal à la tête après avoir bu de l'alcool.

– Une potion anti-gueule de bois, je la corrige. Merci. Quelle heure est-il ?

– Une heure de l'après-midi.

Soudain, c'est comme si on m'avait donné une gifle : je revois en un instant toute ma soirée d'hier. Gloussements y compris. Ça y est, je crois que j'ai définitivement perdu toute crédibilité.

Mais il y a pire. Merlin, dites-moi que c'est un cauchemar…

– Je n'ai pas dansé avec Potter, hein ? je demande d'une faible voix.

– Je crains que si, répond d'une voix plate Psyché en s'habillant. Pendant que je chantais House of the Rising Sun des Animals.

Et si mes souvenirs sont bons, je lui ai dit qu'il sentait bon.

… Je veux mourir.

OoOoO

Ce que j'aimerais, là, c'est être invisible aux yeux de tous. Disparaître de la surface de la Terre. Ou même – je demande pas grand-chose… – passer inaperçu. Mais allez passer inaperçu avec des cheveux comme les miens.

Après avoir lancé une vingtaine de sorts de lissage sur ma tignasse, je peux me faire une queue de cheval. La rencontre avec mon reflet de miroir est un choc : j'ai vaguement l'impression qu'un coiffeur fou m'a rasé les trois quart de ma chevelure

Laissant là cette drôle d'idée, j'envoie Pilpel avec deux mots destinés à Judith et Roxanne. Elles doivent me rejoindre dans la salle d'Arts Plastiques. Ouais, ils ont une salle d'Arts Plastiques à Beauxbâtons ! Y a des élèves qui font des sculptures, des tableaux… A côté, à Poudlard, on a l'air de ploucs.

Une demi-heure plus tard, elles m'ont rejointe dans la pièce, qui était ouverte. Une fille aux cheveux noirs et silencieuse peignait le village de Beauxbâtons sur un immense tableau. Elle se retourna à peine en nous voyant arriver et salua vaguement Judith avant de revenir à son œuvre.

– Tu la connais, Jude ? demande Roxanne, étonnée.

– C'est Céline, une amie de Lumina, explique-t-elle en sortant un petit pain au chocolat de son sac. Gin, pourquoi ne voulais-tu pas manger au Réfectoire ?

– Oh, je… j'étais pas d'humeur à voir la tête de tout le monde. J'suis crevée.

Je prends le petit pain de ses mains et commence à le manger tandis que nous cherchons un endroit où nous installer pour discuter tranquillement. Après avoir tourné pendant cinq minutes autour de tableaux et de sculptures plus réussis les uns que les autres, nous nous asseyons derrière un bloc de marbre pas encore taillé.

– Je ne t'ai pratiquement pas vue de la soirée, Jude, dis-je en mangeant avec appétit. Où étais-tu ?

Elle rougit imperceptiblement et répond simplement :

– Je suis restée à danser. Tu étais trop ivre pour ne pas me remarquer.

Rox et moi lui lançons un regard suspicieux.

– Mais quoi ? s'écrie-t-elle, faussement outrée. C'est la vérité !

– C'est ça, et moi je suis un hippogriffe à pois roses, rétorque Roxanne. J'étais un peu bourrée, certes, mais pas autant que Ginger…

– Hé ! je m'exclame, indignée.

– … et je me souviens d'un moment où j'ai demandé à tout le monde où tu étais.

– Ça a dû être comique, je remarque, souriante.

– Et on a fini par me répondre, achève-t-elle en fixant intensément Judith.

Celle-ci semble rapetisser à vue d'œil. Le silence s'installe. Jude n'arrive pas à retirer son regard de celui de Roxanne et est extrêmement pâle. Dommage, le regard de la mort qui tue de Roxanne prend fin quand celle-ci est distraite par un hurlement, suivi d'un miaulement puis un pinceau lui frôla le dessus de la tête et finit sa course en s'écrasant sur le mur derrière elle, le tachant de rouge vif. Nous nous tournons en même temps vers la calme Céline, à présent hors d'elle, hurlant en français et balançant tout ce qui lui tombe sous la main sur un drôle de chat bleu et ailé. Mais elle est forcée de s'arrêter quand celui-ci parvient à s'échapper par une fenêtre ouverte.

D'ici, j'arrive à voir une belle trace rouge en plein milieu de sa superbe peinture. Tu m'étonnes qu'elle se soit énervée.

Elle se tourne très lentement vers nous, et rougit furieusement quand elle est certaine que nous l'avons remarquée.

– Bon, euh, j'y vais, vous fermerez derrière vous, marmonne-t-elle en nous balançant la clé de la salle avant de s'enfuir à toutes jambes.

Ahuries, nous restons bouche bée quelques instants. Je finis par rompre le silence :

– Hé bien, c'était un beau pétage de plombs. Bon, alors, qu'est ce qu'on t'avait répondu, Roxanne ?

– Ah oui, reprend-elle en retrouvant son sérieux, tandis que Judith récupère sa mine inquiète. On m'a donc répondu que tu étais partie avec un garçon de Poudlard.

Judith devient brusquement très rouge.

– Ah bon, murmure-t-elle.

– C'était qui ? nous demandons, Roxanne et moi, d'une même voix.

Judith ouvre la bouche, la referme. La rouvre, la referme. La rouvre :

– Euh…

La referme. La rouvre, la referme…

« On a compris l'idée ».

Tiens, t'es là ? Toi aussi tu as envie de savoir ce que fabriquais Judith hier soir ?

« Je me fiche complètement de vos petites histoires », dit-elle en levant les yeux au ciel, excédée. « Non, il se passe quelque chose d'intéressant à la bibliothèque et j'ai pensé que ça t'intéresserait. »

Que ça m'intéresserait ? Dans quelle mesure ?

– C'était… commence Judith.

Grincement de porte. Nous nous figeons. Et j'ai très envie de me frapper la tête contre le bloc de marbre devant nous quand j'entends cette voix dont j'ai absolument voulu éviter le propriétaire ce matin. Enfin, cet après-midi, plutôt.

– Marrant, j'étais sûr d'avoir entendu des voix, remarque Potter, l'air intrigué.

Encore heureux que le marbre nous cache de leur vue.

– Effets tardifs de tout l'alcool que tu as bu hier soir ? grince Abercrombie, ironique.

– Nan, j'ai pas assez bu pour ça. Mais heureusement d'ailleurs, t'imagines, j'aurais pu oublier les âneries qu'Enderson m'a sorties hier…

Je veux mourir. Encore plus que tout à l'heure. J'ignore tant bien que mal les regards interrogatifs de mes deux amies et prie de toutes mes forces pour que :

Potter arrête de parler

Potter ne nous remarque pas

Les filles oublient ce que Potter vient de dire

« L'espoir fait vivre, comme on dit. Au fait, la chose intéressante de la bibliothèque va bientôt prendre fin, je pense… »

Je m'en fous ! Tu vois pas que je suis dans la mouise, là ?

« Je vois très bien, merci », réplique-t-elle d'un ton sec. « Il y a pourtant bien pire, comme situation. Enfin… Ce n'est pas si grave, par rapport à l'événement dont je te parlais. Je pense que ça se passera à nouveau dans les jours qui suivront. »

Et tu ne veux pas me dire ce que c'est au lieu de me parler par énigmes ?

« Non. Ce ne serait pas vraiment amusant, sinon. »

Tiens, t'as de l'humour, toi ?

« Je vais délibérément ignorer cette dernière remarque. De toute façon, je n'ai pas vraiment le choix.»

Je n'ai pas le temps de la questionner sur cette drôle de phrase : elle a filé je-ne-sais-où. En attendant, Judith et Roxanne me regardent avec des yeux ronds. Je leur fais un signe pour leur dire que je leur expliquerai tout après, tout en me demandant ce que je vais bien pouvoir leur raconter.

– Bon, maintenant qu'on est seuls, reprend Potter, tu vas enfin pouvoir nous dire ce que tu fabriquais avec Judith Thomson.

Oh, Merlin.

Je suis trop soufflée pour pouvoir penser quoi que ce soit pendant quelques secondes.

Arthur Wright soupire fortement. Roxanne et moi jetons un coup d'œil à Jude, dont les joues sont passées d'un rouge vif à une pâleur presque cadavérique.

– Je vous ai déjà raconté ce qu'il s'était passé cet été entre nous, n'est-ce pas ? commence-t-il.

Je me retiens de m'étouffer et regarde Judith, ébahie. Entre nous ? Mais elle ne nous a jamais parlé de ça ! Je savais qu'elle avait un faible pour lui et vice-versa mais là… mais là… Décidément on va de surprise en surprise…

– Oui oui, répond Abercrombie. Arrête de tourner autour du pot et viens-en au fait.

Jude lève timidement la tête vers nous et nous fait le même signe que celui que j'ai effectué quelques instants plus tôt. Y a intérêt à ce qu'elle nous raconte !

– Eh bien, comme ses amies étaient bourrées, j'ai pu m'excuser pour le soir où on s'était disputés, cet hiver… Vous vous souvenez ?

Le soir où… Une minute… C'était pas le soir où on était sorties toutes les trois du dortoir en cachette des autres ? Nom d'un hippopotame violet volant ! Jude était allée voir Wright !

– Et comment a-t-elle réagi ? demande Potter, curieux.

J'aurais adoré savoir ce qu'il allait répondre, sauf qu'à ce moment-là, un rayon de soleil m'a éblouie, et par une réaction en chaîne, j'ai senti une envie irrépressible…

– Atchoum !

… d'éternuer.

Rox et Jude me regardent, horrifiées.

– Donc je n'avais pas rêvé, il y avait bien quelqu'un, marmonne Potter. Wingardium Leviosa !

Le bloc de marbre derrière lequel nous sommes cachées se soulève et va se poser dans un coin de la pièce. Lentement, nous nous retournons vers les garçons, toujours assises par terre. Ils sont tous les trois debout. Abercrombie et Wright sont mortifiés, Potter nous toise avec dédain.

– Euh… bonjour ? je tente, en désespoir de cause.

– Tiens, tiens, Enderson, me salue Potter avec un sourire carnassier. Dis-moi, est-ce que je sens toujours aussi bon qu'hier soir ?

Je ne tourne pas la tête vers mes deux amies qui doivent m'observer avec des yeux ronds. Je sens que je dois rougir. Et je vous ai déjà dit à quoi ressemble une rousse en train de rougir ? A une tomate prenant feu.

– Je ne me souviens pas très bien de la soirée d'hier, je réponds le plus tranquillement possible. Par contre, je crois bien que malgré mon état avancé d'ébriété, j'ai réussi à te traiter de loser.

Avant qu'il ne puisse répondre, je me tourne vers mes amies :

– Venez les filles, ça commence à sentir le thon par ici.

– Tu ne veux pas dire la menthe, par hasard ? me demande Potter, narquois.

Je ne prends pas la peine de riposter, rougissant de plus belle. Roxanne lui lance les clés qu'il rattrape sans problème. Il n'est pas gardien de notre équipe de Quidditch pour rien, après tout.

– Vous refermerez derrière vous, dit Roxanne.

– Et on donne les clés à qui ? l'interroge Abercrombie.

– Ça j'en sais rien. Débrouillez-vous !

Et sur ces belles paroles, nous refermons derrière nous la porte de la Salle des Arts Plastiques.

– On va où ? demande Roxanne à voix basse.

– On n'a qu'à se balader, je propose. Le château doit être vide, on est dimanche aujourd'hui.

Nous nous éloignons de la Salle et grimpons des escaliers en marbre et aux rampes dorées. Pff, ces Français, quels m'as-tu-vu.

– Jude, je crois que tu as deux-trois petites choses à nous raconter, dit Roxanne au bout d'un moment.

Elle et moi nous arrêtons devant Judith, bras croisés. Elle pousse un lourd soupir et se passe la main dans ses cheveux blonds.

– Bon, tout d'abord… Désolée de ne pas vous en avoir parlé.

Roxanne a un geste signifiant que ce n'est rien, tandis que je dis en même temps :

– Nous avons a toutes nos petits secrets, c'est normal. Mais maintenant que le tien est à moitié révélé…

Jude va s'adosser à un mur et se laisse glisser jusqu'au sol. Je m'assois en face d'elle avec Roxanne. Voyant qu'elle met du temps à chercher ses mots, j'entame la conversation :

– Récapitulons. Il s'est passé un truc cet été – et je donnerai cher pour savoir quoi – avec Arthur Wright. Par la suite vous vous êtes retrouvés deux fois pendant l'année, en cachette de Roxanne et moi – et là aussi, j'aimerais savoir de quoi vous avez parlé, et ce que vous avez fait.

Rox hoche la tête en fixant Judith. Celle-ci relève lentement ses beaux yeux bleus vers nous, l'air sincèrement peinée et même un peu apeurée.

– Euh, Jude, on va pas te bouffer, tu sais, je lance, désarçonnée par son comportement. Quoi que tu nous dises, on restera amies…

L'espoir chasse la tristesse de ses yeux.

– Vraiment ? Ecoute, si j'ai voulu vous le cacher, c'est justement parce que je craignais votre réaction…

– On n'est pas là pour te juger, fait Roxanne en posant sa main sur le bras de Judith, en signe de compassion.

Nous gardons le silence toutes les trois pendant quelques minutes. Je me demande, en parlant de jugement d'amies, comment elles réagiraient si elles apprenaient cette histoire de Valkyries.

– Dis… marmonne Rox au bout d'un moment. Je t'adore et tout mais maintenant je suis vraiment curieuse de savoir ce qui s'est passé !

J'éclate de rire avec Judith. Celle-ci se racle la gorge, regarde à gauche, à droite, soupire, nous regarde dans les yeux, baisse la tête, et se déclare enfin :

– J'ai eu une… euh… relation amoureuse avec Arthur Wright, cet été.