Un lourd silence plane pendant deux secondes. Puis deux de mes neurones, compatissants, entrent en contact et donnent du sens aux paroles de Judith.

Nom d'un camion-citerne lancé sur une autoroute sans conducteur.

Roxanne doit se faire à peu près la même réflexion, vu sa tête.

– Je vous en supplie, dites quelque chose, murmure Judith en prenant son visage entre ses mains.

– Je veux être demoiselle d'honneur, réplique faiblement Roxanne.

Judith sourit légèrement, et dit, la voix un peu moins tremblante :

– Non, sérieusement…

– Eh bien, je commence, prenant mon courage à deux mains, c'est pas plus mal. Je veux dire, c'est le moins crétin des trois, non ?

– On peut voir ça comme ça… admet Roxanne en penchant la tête sur le côté, songeuse.

Je sais très bien qu'elle regrette que je ne sois pas amie avec Potter, qui est, après tout, son cousin. Elle aurait déjà été très heureuse si je ne lui étais qu'indifférente. Mais je le hais, c'est viscéral.

– Il me semble lui avoir parlé avant le bal d'Halloween, je poursuis. Un type charmant, il fera un très bon gendre. Tu nous le présenteras en bonne et due forme, n'est-ce pas Judith chérie ?

– Oui Maman, répond-elle docilement en souriant largement. Merci, les filles. De ne pas m'en vouloir.

– Moi, je ne te remercie pas, rétorque Roxanne. Tu ne nous encore rien raconté. Qu'est-ce qu'il s'est passé cet été, que s'est-il passé le soir où il t'a vu, et enfin, qu'avez-vous fait hier soir ?

– C'est juste, concède Judith. Bon, commençons par le début. J'étais en vacances à Venise avec mes cousines moldues, et un soir on était allées dans une boîte de nuit. C'était un bal masqué…

– A Venise, comme c'est original, je commente, blasée.

– … mais quand j'ai vu Arthur, malgré son masque, je l'ai immédiatement reconnu.

Roxanne et moi échangeons un regard. Judith est complètement mordue – et depuis bien longtemps, on dirait.

– Bref, la soirée a continué, j'étais assez ivre, et puis il est venu me draguer… Il ne m'avait pas reconnue. Mais je me suis laissée faire.

– Parce que tu étais ivre ? demande judicieusement Roxanne.

Judith prend le temps de réfléchir un court instant.

– Non. J'étais consciente de ce que ça impliquait.

Roxanne et moi ouvrons des yeux ronds.

– Bref, de fil en aiguille… Enfin, vous savez, quoi.

– Non, on ne sait pas, je réplique en fronçant les sourcils. Jusqu'à quel point avez-vous flirté ?

Elle rougit furieusement et je suis prise d'un immense doute..

– Jude… ne me dis pas que…

– Si… Le lendemain, on s'est réveillés dans les bras l'un de l'autre…

Roxanne ferme les yeux, terriblement gênée, redoutant la suite.

– … complètement nus.

Un ange passe.

Puis un troupeau d'ange passe.

Puis une armée… ok vous avez compris l'idée. Je suis trop abasourdie pour réfléchir de façon cohérente. Wright et Judith ont… Ils ont fait… Ils… Wow.

– Arrête de faire ton show, jambon-purée, marmonne Roxanne. C'est sérieux ce que tu nous raconte.

C'est vrai qu'avec son visage rose foncé et ses cheveux blonds, la tête de Judith ressemble vaguement à un plat de jambon-purée.

– C'était hyper gênant, forcément, le lendemain, reprend-elle. Il m'a dit qu'il était complètement ivre et qu'il ne m'avait pas reconnu, qu'il était très gêné vis-à-vis de moi, tout ça… Je lui ai répété la même chose, bien entendu. Et on a convenu qu'à Poudlard, on ferait comme si de rien n'était et qu'on n'en parlerait à personne. Je vois qu'il n'a pas tenu sa part du marché, se rembrunit-elle en songeant au fait que les trois garçons de Gryffondor de notre promotion en parlaient librement, tout à l'heure.

Nous gardons le silence un bon moment. J'ai du mal à y croire. Judith et Wright… Ouah…

– Judith Wright, ça sonne bien.

– Roxanne ! C'est pas le moment ! s'indigne Jude en rougissant, et nous éclatons de rire.

– Mais l'histoire ne s'arrête pas là, hein ? Vous n'avez pas réussi à faire « comme si de rien n'était »…

Judith acquiesce à mon interrogation.

– A Poudlard, on s'est rendus compte qu'on n'arrivait absolument pas à s'ignorer… C'était toujours hyper gênant quand on se croisait. Moi, je ne pouvais pas m'empêcher de l'imaginer sans ses vêtements…

– Judith, épargne-nous ça, s'écrie très vite Roxanne d'une toute petite voix.

– Désolée. Une fois, on s'est croisés en sortant de la bibliothèque. On s'est un peu disputés, puis on a admis qu'on ferait mieux de reparler de ce qui s'était passé cet été en tête-à-tête.

– En tête-à-tête…

– Gin, fais disparaître cet air niais de ton visage. On dirait Barbara Hobbers.

J'éclate de rire en repensant à la première petite copine de cette année de Potter, cette cruche qui pensait qu'il était amoureux d'elle et non qu'il pariait sur son dos.

– Le problème, reprend Judith, c'est qu'on a été espionnés à ce moment-là. Par Angèle Champrun et Lenny Perry.

Champrun et… oh bon sang…

– C'est pour ça qu'il y avait cette tension avec Perry ? réalise soudainement Roxanne.

– Oh ! je m'exclame, la vérité me frappant de plein fouet. C'est pour ça que Wright a été obligé de prendre Champrun pour cavalière ! Elle l'a fait chanter !

– Tout juste, approuve Judith, interloquée. Comment tu sais ça ?

– On était côte à côte en cours, une fois, et Wright m'avait révélé que Champrun avait réussi à le convaincre de venir avec elle. Et connaissant Wright, ce n'étaient pas avec ses atouts physiques qu'elle aurait pu réaliser cet exploit. Quoi que maintenant, je me pose des questions…

Judith nous rejoue son numéro de Jambon-purée et Roxanne éclate de rire.

– Arrêtez, c'est super gênant ! geint Jude.

– N'empêche que c'est toi qui l'as laissé faire, je susurre, un malin sourire aux lèvres.

– Bon, vous voulez la suite de l'histoire ou pas ?

– D'accord, d'accord, dit Roxanne en levant les mains en signe de paix. On se tait. Continue.

Judith pousse un lourd soupir, puis poursuit son récit :

–. On avait convenu de se revoir pour mettre les choses à plat et pouvoir s'ignorer convenablement. Notre rendez-vous était le soir où nous sommes toutes sorties du dortoir, vous vous souvenez ?

– Et comment !

– Bref, on a discuté, et puis de fil en aiguille…

– Ah non, pas encore ! je m'exclame, sidérée.

– Non non, m'arrête Judith. Cette fois on allait en venir aux mains. C'est… il m'avait vraiment énervée. J'étais affreusement triste, après ça. Mais je vous l'ai caché.

– Qu'est-ce qu'il t'a dit, le méchant monsieur, que j'aille le frapper ? demande Roxanne avec sa meilleure voix de maman protectrice.

– C'est… oh, pas grand-chose. Enfin… Il a dit que tout ça n'avait aucune sorte d'importance, que de toute façon je n'étais rien pour lui et vice-versa…

Le troupeau d'anges fait son come-back.

– Est-ce que tu l'aimes, par hasard ? je l'interroge d'une voix innocente.

Jambon-purée, le retour.

– Mais bien sûr que non, dit-elle, la voix tremblante.

C'était plus parlant que n'importe quelle réponse. Le regard que j'échange avec Roxanne me confirme qu'elle pense exactement comme moi.

– Admettons, dis-je. Vous vous étiez donc disputés. Pourquoi vous vous êtes reparlé hier soir dans ce cas ?

Nouveau soupir.

– Je vais vous raconter en détail.

Il était bien une heure. La fête battait son plein, et la moitié des danseurs étaient complètement ivres. Enfin, pas moi. Je tenais assez bien l'alcool, plus que mes amies en tout cas.

– Pas tant que ça si j'en juge ta nuit de folie de cet été.

– Ginger ! Si tu continues, j'arrête !

– Ça va, ça va… j'ai rien dit.

plus que mes amies, en tout cas. Roxanne flirtait ouvertement avec tous les mecs qui passaient à proximité, les joues et le bout du nez très rouges. Son petit-ami Théophile ne la remarquait pas, tout occupé qu'il était à draguer une autre fille.

Assise au bar, un verre de Champagne des elfes à la main, je regardais tout ce monde danser, bouger, s'éclater. Ginger s'amusait comme une folle avec une guitare, sur scène…

– Sur scène ? nous nous exclamons, Roxanne et moi, en cœur, ahuries.

– Sérieux, j'étais sur scène ? je reprends, au comble de la surprise.

– Tu ne t'en souviens même pas, remarque Judith avec un petit sourire. Rassure-toi, tu jouais bien. Enfin… la majorité du temps.

Bref. Je dois dire que je les surveillais plus que je ne faisais quoi que ce soit d'autre. Je n'étais pas d'humeur à flirter, même si j'avais essayé. Ça me rappelait trop cette soirée désastreuse à Venise.

Judith ? Je peux te parler une seconde ?

J'aurais reconnu cette voix entre mille. Je fermai les yeux, excédée, et assez énervée qu'il ose encore m'adresser la parole après toutes les horreurs qu'il avait dites l'autre soir.

Même pas une demi-seconde, Wright. On n'a plus rien à voir l'un avec l'autre, n'est-ce pas ? lui rappelai-je d'une voix glaciale.

Etonnamment, il parut blessé. Mais je gardai mon masque de froideur, imperturbable, pour qu'il s'en aille au plus vite. Je n'avais aucune envie de discuter avec lui.

J'aimerais m'excuser, insista-t-il.

Excuses refusées, ripostai-je. Dégage, Wright. Je n'ai pas envie de me prendre la tête avec quelqu'un comme toi, ajoutai-je en mettant le plus de dégoût possible dans ce dernier mot, avant de tourner la tête pour ne plus le voir.

A vrai dire, ça me faisait mal de lui parler comme ça. Mais je n'oubliais pas la peine qu'il m'avait infligée, à moi.

Je t'en prie. C'est important pour moi.

Je tournai la tête vers lui, étonnée par son ton suppliant. Il y avait une sorte d'urgence dans ses yeux.

Bien. Dis-moi ce que tu as à me dire.

Pas ici.

J'allais le renvoyer sèchement, quand un hurlement résonna à mes oreilles. Le chanteur du groupe français avait décidé de faire du hard rock. Pas vraiment le cadre idéal pour avoir une conversation posée.

Je hochai la tête et descendis de mon tabouret. Aussitôt, il me prit la main pour me guider dans la foule, et je notai inconsciemment que nos doigts s'étaient entrelacés.

– Ouuuuuuh…

– Ginger, Roxanne, arrêtez ça tout de suite !

– Oh, si on peut même plus rigoler…

– Aucun sens de l'humour…

Il me guida à l'extérieur de la salle de fête, dans la pièce très sombre entre l'extérieur du château et le local réaménagé par les élèves. Il alluma sa baguette et nous distinguâmes dans la pénombre un vieux banc défoncé au milieu. Nous nous assîmes chacun d'un côté du trou qui le défigurait.

Vas-y, déclarai-je sèchement.

Il sembla à nouveau peiné de mon ton. Comme si c'était lui qui avait souffert.

Ecoute, on avait dit qu'on s'ignorait, pas qu'on se détestait, d'accord ? J'aimerais bien qu'on ait une relation au moins cordiale.

Je ne vois pas pourquoi. Ginger et Potter entretiennent une relation très conflictuelle, pourquoi pas nous ?

Je préfère encore t'ignorer que te détester.

J'en eus momentanément le souffle coupé.

Attends, c'est TOI qui dis ça ? Tu te moques de moi, hein ? C'est pas toi qui avais dit qu'on n'avait rien en commun et que je n'étais rien pour toi ? Soit c'est moi qui débloque, soit c'est toi qui ne connais pas très bien la définition de « relation cordiale » !

Ecoute, je suis désolé, d'accord ? Je ne le pensais même pas !

Tu ne le pensais pas ? rugis-je, hors de moi. Comment peut-on dire des horreurs pareilles sans le penser ?

Il ne répondit pas et je compris soudainement mon erreur.

Des horreurs ? C'était si affreux que ça pour toi ?

J'ouvris plusieurs fois la bouche sans arriver à dire quoi que ce soit qui tienne la route. Mon imagination me faisait défaut au pire moment qui soit. Il approcha sa main de mon visage et je me levai d'un bond pour l'éviter.

Qu'est-ce qui te prend ? sifflai-je. Tu sais très bien que d'ordinaire les gens s'entendent bien avec moi. Je n'aime pas que les gens m'ignorent comme si j'étais une tache de boue sur leur chaussure.

Un drôle d'air se peignit sur son visage faiblement éclairé. Un sourire triste accompagné d'une lueur indescriptible dans ses yeux.

Je croyais que les filles se préoccupaient de la propreté de leurs chaussures, plaisanta-t-il.

C'est vraiment pas le moment, soufflai-je.

Il se leva lentement et s'approcha de moi. Nous étions tout près. J'osais à peine respirer.

J'avais dit ça sur le coup de la colère, murmura-t-il, son souffle chaud caressant ma peau et me faisant frissonner. (Ginger ! Arrête de rire, c'est sérieux !)Tu comptes énormément pour moi. Et si tu es une tache de boue sur ma chaussure, alors tu es la plus belle tache que j'ai jamais vue.

Je rougis furieusement, tandis que son visage se rapprochait encore un peu du mien. J'étais paralysée… »

Jambon-purée se tait et nous regarde à tour de rôle.

– Et voilà, dit-elle après un court silence.

– J'ai comme l'impression qu'il manque un bout de l'histoire, là, dit Roxanne, pince-sans-rire.

Moi, je suis morte de rire. « La plus belle tache que j'ai jamais vue ? » Il s'est cru dans un film ou quoi ? Je n'en peux plus de rigoler.

– Pas vraiment, répond Jude en me lançant un coup d'œil irrité. A ce moment-là, une rousse complètement ivre a déboulé de la salle de fête en hurlant qu'elle avait l'intention de plonger dans le lac, et j'en ai profité pour m'éclipser.

A mon tour de ressembler à une tomate. Je m'étouffe avec mon rire tandis que Roxanne, ahurie, me dévisage.

– C'est pas vrai, marmonne-t-elle, au comble de la surprise. Tu as gâché l'un des moments les plus romantiques que j'aie jamais connus. Ginger, je te laisse cinq secondes d'avance pour courir.

– Arrête, Rox, s'oppose Jude en souriant toutefois. C'est pas plus mal. J'ose à peine imaginer ce qui aurait pu se passer.

– Et moi j'ose très bien ! s'écrie-t-elle. Bon sang, Ginger, t'aurais pas pu te retenir ?

– Mais sur le coup, ça me semblait être une très bonne idée, d'aller me baigner ! je me défends, mortifiée quand même de mon comportement très mal venu.

– Bon alors ? Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? songe tout haut Roxanne.

– De quoi tu parles ? demande Jude en fronçant légèrement les sourcils.

– Je parle du plan de campagne pour conquérir le cœur d'Arthur Wright, bien sûr !

Judith ouvre des yeux ronds.

– Tu plaisantes, j'espère ? Je ne veux pas de lui, c'est un crétin !

– Au moins autant que toi, je marmonne dans ma barbe.

– Qu'est-ce que tu viens de dire ? rugit Judith.

Je me recroqueville et dit, avec un petit sourire en coin :

– Rien, rien…

– On y va ? demande Roxanne en se levant. Il est l'heure du goûter. Je propose qu'on aille dans la chambre de Judith, elle a emporté des cookies dans sa valise.

– Vrai ? je m'exclame, indignée. Comment as-tu pu me cacher ça ? Traîtresse !

Elle éclate de rire, et me tend la main pour m'aider à me relever à mon tour. Elle me remet aisément sur pieds et son sourire se fait malin.

– Dis-moi, Enderson… Quel est le garçon qui t'a offert cette jolie bague que tu portes au doigt ?

Pendant un court instant, je ne comprends pas. Puis l'horrifiante vérité me frappe de plein fouet. Je ne porte aucun bijou sur moi… à part un Horcruxe.

Mince, mince, mince. Qu'est-ce que je vais leur dire ?

« Tu n'as qu'à dire que c'est James Potter qui te l'a offerte », me propose Gondul, narquoise.

Non mais ça va pas bien ? … Et puis qu'est-ce que tu fais là ? Je ne pensais pas te revoir aujourd'hui.

« Les conversations de fillettes, très peu pour moi, merci », m'explique-t-elle brièvement avec un petit reniflement supérieur qui me rappelle Hrist, l'une des Valkyries rousses, la dernière que j'ai vue dans mes rêves. « Pourtant, l'idée de Potter ne me semblait pas trop obsolète… »

Tiens, tu m'as donné une idée. Une bonne idée, je veux dire.

– Armand Béryl, je souffle, heureuse d'avoir trouvé un échappatoire. C'est Armand Béryl qui me l'a donnée. Il a dû transformer un fil de fer en forme enroulé pour le faire, vu la tête de cette horreur.

« Hé ! »

Fallait pas me chercher.

Les filles ont l'air satisfaites de ma réponse. Repenser à Béryl amène Roxanne à me poser une question :

– Quand as-tu l'intention de rompre avec lui ?

– Demain, je pense. On n'aura qu'à aller à la Vieille Ville, ce sera plus discret, il y aura moins de monde. Je te laisserai faire le grand jeu avec ton brun ténébreux.

-X-X-

Coucou Maman ! Comment vas-tu ?

Je t'écris vite-fait avant que ma correspondante ne revienne dans notre chambre elle est partie se balader dans le château avec des amies à elle. Je sais bien que de toutes manières, elle ne pourrait pas lire par-dessus mon épaule vu qu'elle ne parle pas français mais ça me gêne d'écrire une lettre et de me confier sous le regard de quelqu'un.

Bon, il y a bien Kalevala qui me fixe… Mais lui ne me gêne pas tellement.

Nos correspondants sont arrivés il y a quatre jours. Roxanne Weasley, la mienne, est vraiment très gentille, polie, attentionnée mais je ne passe pas beaucoup de temps avec elle en-dehors des cours, à cause de ses amis que je ne peux pas supporter. Ils se sont moqués de mes cheveux et tu sais comme je suis sensible à ce sujet.

En plus, j'ai arrêté de rester avec Benjamin et André. Ils sont très gentils mais une espèce de gêne s'est installée entre nous depuis que les filles sont parties. Je les évite consciencieusement en me cachant dans des foules d'élèves ou en faisant semblant d'être en grande conversation avec le groupe de Psyché Verdoré, tu sais, l'autre métamorphomage – la vraie, je veux dire – de Beauxbâtons. Ils sont très gentils, mais tellement soudés que je me sens trop à part pour être à l'aise quand ils discutent et plaisantent ensemble.

Du coup, je suis toute seule. Bon, il y a bien Kalevala, mais ce n'est jamais qu'un chat (heureusement qu'il ne peut pas lire, parce que sinon, j'ai la conviction qu'il se ferait un plaisir de faire ses griffes sur tous mes vêtements. Kalevala est plutôt prétentieux dans son genre.) Je n'ai jamais aimé la solitude… Mais là c'est encore pire, c'est comme si je n'existais pas.

Malheureusement, je ne passe pas pour un fantôme aux yeux des professeurs : ils continuent de me harceler de devoirs avec tous les autres. Au fait, j'ai eu ma note du dernier contrôle de Physique de la Magie : j'étais sûre que j'allais le rater et finalement… j'ai eu 17/20 ! Je n'en reviens toujours pas. Par contre, je suis pratiquement certaine que je me suis plantée au contrôle de Potions d'il y a trois jours.

Comme tu le vois, mes seuls centres d'intérêt maintenant que les filles sont parties sont mes notes et mon chat. Plutôt pathétique, hein ? Vous me manquez, tous. J'ai vraiment hâte qu'on puisse se revoir. Histoire que je sorte de cet endroit morne et désolé qu'est devenu Beauxbâtons à mes yeux.

Sinon, comment ça va à la maison ? Comment va Robert, mon beau-papa préféré ? Raconte-moi tout, même les anecdotes inintéressantes.

Je vous embrasse tous les deux très fort. Vous me manquez.

Amélie

PS : Pourrais-tu changer pour moi quelques euros en mornilles ? J'ai besoin de refaire mon stock de plumes. Sinon, je ne pourrai plus vous écrire et il ne me restera plus que mes yeux pour pleurer.

Je reposai ma plume très abîmée sur son porte-plume et relus rapidement ma lettre, en caressant distraitement le pelage de Kalevala qui était monté sur mes genoux. Doux et chaud, le chat ronronnait de plaisir, et son bonheur simple me remonta légèrement le moral.

Ma lettre était assez déprimante, en fait. Maman risquait de s'inquiéter. Oh, après tout… J'avais bien envie qu'on me plaigne un peu. Qu'on me dorlote, qu'on se soucie de moi. J'avais tellement l'impression d'être transparente ces derniers temps… Roxanne était très gentille, mais elle préférait rester avec ses amies – ce qui était compréhensible, quand même. En attendant, moi, j'étais bien seule.