J'aimerais mettre deux trois choses au point :
- Hedvig n'a pas tué Persée Verdoré (père des triplées) ! Il est mort d'une mort parfaitement naturelle, à cause d'un arrêt cardiaque. Pourquoi est-ce si inopiné et sans rapport avec la trame narrative ? Simplement parce que je construisais à l'époque de l'écriture de ce chapitre une fiction pour les triplées, et ç'aurait été l'un des événements déclencheurs de bien des réactions chez Perséphone, Psyché et Pandore... (Malheureusement ce n'est plus à l'ordre du jour.) Bref, AUCUN RAPPORT donc entre Virtanen et Verdoré.
- La technique de diversion de Ginger : je parle du baiser/baffe surprise bien sûr. Hé bien, désolée, mais ce n'est pas moi qui l'ait inventée (ne pleurez pas!). Bon, j'ai un peu honte de ma référence, mais osef après tout, nous sommes sur internet. Donc cette technique appartient à Goldie O'Gilt. (Je sens que les trois quarts d'entre vous vont se tourner vers leurs amis google et wikipedia...). OUI, j'aime ce que fait Don Rosa ! Et je l'assume.
- Question soulevée par Miss Black, « puis-je créer un blog sur le même principe que le tien ? ». Bien sûr mes enfants, l'idée n'est pas nouvelle vous savez, j'ai déjà vu des sites de fanfiction avec blog intégré au profil de l'auteur… C'est de là que l'idée m'est venu, ça me semblait bien pratique. Je n'ai donc pas de droits d'auteur là-dessus (sinon Scaramouche aurait payé depuis longtemps :p), et vous pouvez faire de même à votre guise !
Bon, là ça commence vraiment à faire super long. Je vais donc vous faire un résumé très succinct mais révélateur du chapitre que vous allez lire : slip à coeur contraception vecteur vitesse mascara éléphant métropolitain roman d'amour mie de pain bubblegum bisournours bouton sur le nez mon canard en sucre.
J'espère ne pas vous avoir tout dévoilé. Bonne lecture !
Non mais je rêve !
Non mais je rêve !
Et, histoire d'être bien précise sur mon état d'esprit : Non mais je rêve !
Hier, Barberousse, privée de sa correspondante partie de l'Académie « pour raisons familiales » – nous savons tous ce que cela veut dire – a décidé de rejoindre ma chambre. Cela m'avait mise en furie.
– Je refuse qu'elle s'installe dans ma chambre, avais-je annoncé au professeur Lombrat, la voix vibrante de colère, dès que je l'avais su. Elle peut très bien rester dans sa chambre, il y a deux autres Françaises qui peuvent l'aider.
– Certes, mais elles n'ont pas demandé à être en binôme avec un correspondant anglais vous, si.
– Mais pourquoi dans machambre ?
– Parce que depuis le départ de vos trois camarades, votre chambre peut abriter au moins deux élèves de plus. Et puis il me semble avoir compris que votre correspondante, Mademoiselle Weasley, est amie avec Mademoiselle Enderson.
J'avais dû serrer les dents et hocher brièvement la tête pour dire que je comprenais.
Mais ça m'énervait. Oh oui, ça m'énervait.
Déjà, hier soir, elles avaient parlé pendant, je ne sais pas, deux heures ? Parfois, elles éclataient de rire, et le rire de Barberousse était de ceux qui résonnent dans les quatre coins du crâne. Très irritant. Elles étaient surexcitées, les mots « Frégate », « clé », « secrets » et « rupture » revenaient sans arrêt. Et Enderson m'avait hurlé dessus quand mon pauvre petit Kalevala avait voulu jouer avec son oiseau de pacotille. Ce n'était pas ma faute si elle avait choisi un animal qui ressemblait à une peluche pour chat, non ?
Alors ce vendredi après-midi, comme nous n'avions plus cours et que j'avais dû amener Barberousse, la blonde platine et Roxanne à la Vieille Ville, je m'étais armée d'une énorme dose de patience pour ne pas exploser à tout moment. Les trois filles, ainsi que pas mal d'autres étudiants de Poudlard ce jour-là, avaient reçu leur courrier pour la première fois depuis leur arrivée certains parents avaient dû y joindre des gallions.
Nous nous baladions dans les galeries marchandes de la ville. J'avais mes boutiques préférées, mais aucune n'était à négliger. Aussi, je prêtais attention à chaque vitrine et détaillais minutieusement du regard les robes exposées, écoutant distraitement la conversation entre les trois filles derrière moi.
– Je vous dis de me laisser tranquille ! fulminait la blonde. Je ne veux plus jamais le voir ! Je suis certaine qu'il veut se servir de moi ! De toute façon, je ne l'aime pas. Et il n'est même pas très beau.
– C'est cela, oui, soupira Roxanne. Tu comptes l'éviter à tout jamais ?
– C'est précisément ce que j'ai l'intention de faire, rétorqua Judith Thomson.
– Tu vas avoir du mal, fit remarquer Barberousse. Le trio infernal est juste au coin de la rue et je crois bien que Wright t'as vue. En tout cas ça expliquerait pourquoi il vient droit vers nous.
J'entendis un juron tandis qu'on m'entraînait dans la boutique qui contenait une robe bleue très jolie, à la suite des trois amies. J'avais une stratégie pour ne pas m'énerver : les ignorer copieusement. Aussi, tant qu'on allait dans le bon magasin, je me fichais pas mal de ce qui pouvait leur arriver.
– Voilà ce qu'on va faire, exposa rapidement Roxanne tandis que je vérifiais le prix de la robe de mon choix. Moi, je reste avec Amley. Ginger, tu occupes le trio. Jude, tu files par derrière. On se retrouvera plus tard.
Je fronçai un sourcil. « Occuper le trio » ? Oh, après tout je m'en fichais. Ce n'étaient pas mes oignons.
– Pas d'accord, objecta Barberousse. Je n'ai pas du tout envie de me trouver face à Po… au trio, se rattrapa-t-elle.
– Tu n'as aucune insulte pour Abercrombie ? s'étonna Judith.
– Je n'ai aucune insulte pour Abercrombie, affirma Enderson. Trouve autre chose.
– Pas le temps !
Judith courut se cacher dans un portant de robes et Enderson fila à l'autre bout du magasin. Quant à Roxanne, elle s'approcha de moi et fit en sorte que nous nous rapprochions des garçons. Je feignis de ne pas le remarquer.
– Que penses-tu de cette robe ? lui demandai-je en brandissant celle que j'avais trouvée.
– Ra-vis-san-te, répondit Roxanne sans la regarder. Salut les gars, dit-elle au trio qui venait de nous rejoindre, vous avez l'intention de vous travestir ou vous êtes juste très très myopes ? Il n'y a que des vêtements pour filles, ici, vous savez, signala-t-elle très sérieusement.
– Ma chère cousine, la salua Potter. Amley, ajouta-t-il en me regardant, un léger sourire aux lèvres. J'ai bien prononcé cette fois ?
– Non.
– Ah, fit-il, perdant aussitôt son sourire. Bon. On veut voir tes amies, ajouta-t-il en se tournant vers Roxanne.
Roxanne eut l'air surprise, et je le fus aussi. Je pensais qu'ils ne voulaient voir que Judith… Pourquoi demandaient-ils Enderson ? Cela dit, je m'en fichais pas mal. S'il voulait voir la rouquine, libre à lui.
Mais je devais admettre que j'étais curieuse.
La jeune Weasley se rattrapa aussitôt de son air étonné :
– Oh, je dois avoir une photo par ici, lança-t-elle en farfouillant dans son sac. Si vous voulez les voir…
– Hahaha, je suis écroulé de rire. Où sont-elles ?
Une tornade rousse passa très vite devant nous, mais le gardien de l'équipe de Quidditch de Poudlard l'arrêta sans problème. Enderson, qui semblait pressée, lui signala très sèchement :
– Si vous cherchez Judith, je pense qu'il vous sera utile de savoir qu'elle est blonde. Pas rousse. Lâche-moi.
– C'est à toi que je veux parler, insista Potter en la regardant droit dans les yeux.
Elle soutint son regard quelques instants, rougit un peu, puis marmonna en reprenant son air orgueilleux :
– Tiens donc… Et tu as l'intention de faire ça en public ?
– Euh… pardon ? fit le garçon à lunettes, déconcerté.
– Allons, Potter, nous savons tous les deux ce que veut dire « parler » à une fille pour toi, n'est-ce pas ?
Trop surpris, il desserra son emprise sur son poignet et celle-ci en profita pour filer. En ouvrant la porte, elle lança à la cantonade :
– Roxanne, récupère mon sac que j'ai laissé au fond de la boutique, je t'expliquerai après ! Et les gars, Judith est partie dans un autre magasin pendant qu'on vous retenait. Heureuse de voir que ça a marché !
La porte claqua derrière elle et nous la vîmes courir devant les vitrines, redescendant à toute vitesse l'avenue principale, tandis que les garçons juraient et sortaient pour vérifier chacune des boutiques.
Roxanne fronça les sourcils.
– Ginger n'aurait jamais balancé Judith…
– Certainement pas, s'écria l'intéressée d'une voix joviale en sortant sa tête d'un portoir où s'amoncelaient des manteaux. Ça, c'est ce que j'appelle de la diversion !
Roxanne sourit, soulagée, et aida son amie à sortir des vêtements derrière lesquels elle était cachée. Quant à moi, je me dirigeai à nouveau vers la robe que j'avais l'intention d'acheter. Avant de m'enfermer dans la cabine d'essayage, j'eus le temps d'entendre un court échange entre Thomson et Roxanne :
– Mais pourquoi est-elle partie aussi précipitamment ?
– Ça, j'aimerais bien le savoir !
-X-X-
Je cours à toute allure. Je vais y arriver, je vais y arriver…
Je ne vais pas y arriver ! Le temps de prendre un bateau – et en plus ces barques vont à deux à l'heure…
« … tu ne seras pas là à temps pour voir l'événement de la Bibliothèque ! J'ai le sentiment d'être un perroquet à force de me répéter mais au cas où tu n'aurais pas compris : il FAUT que… »
Non, je ne me transformerai pas ! Et si on me voyait ?
« Et si c'était ta dernière chance de voir ce qu'il se passe là-bas ? Maintenant, écoute-moi. Tu tourne à gauche après cette rue et ensuite, encore à gauche. »
Je suis ses conseils et arrive à un cul-de-sac. Pas un chat. Je revérifie autour de moi, puis, comme si je prenais mon envol sur un balai, je donne un coup de pied au sol en sautant et en levant les bras en l'air. Quand je les rabaisse, ils sont devenus de grandes ailes noires.
Le vent ébouriffe mes plumes et me fait sourire de bonheur (je me demande à quoi doit ressembler un corbeau souriant. Sans doute quelque chose à voir dans sa vie) cela fait tellement longtemps que je ne me suis pas transformée ! Je me permets quelques loopings, puis file à tire-d'aile vers le château de Beauxbâtons dressé sur l'eau plane j'en profite pour jeter un coup d'œil à mon reflet. Je confirme : un corbeau souriant, c'est super bizarre à voir.
Je finis par atteindre les étages inférieurs de Beauxbâtons et m'engouffre dans l'une des maisons abandonnées où nous avions fait la fête l'autre soir. Je me transforme à nouveau en humaine, et ressors en courant.
Maintenant, la Bibliothèque. Vite !
« Tu y seras à temps. Mais dépêche-toi, il faut que tu voies ça. Ça devient de plus en plus intéressant ! »
La curiosité me fait accélérer. J'enchaîne les couloirs, blancs et reflétant le soleil entrant par toutes les fenêtres, à m'en faire tourner la tête. Enfin, à bout de souffle, j'arrive juste devant la Bibliothèque.
« Arrête-toi une seconde. Il va falloir que tu sois silencieuse. »
Mon cœur bat à tout rompre, mais je pense que c'est plutôt parce que je suis sur le point de faire une découverte monumentale que parce que j'ai couru et volé non-stop pendant un bon quart d'heure.
Enfin, j'inspire un grand coup et j'ouvre silencieusement la porte.
La vieille bibliothécaire me lance un regard glacial et se tourne à nouveau vers le registre dans lequel elle était plongée. Près d'elle, un chat ailé marron et crème ne me quitte pas des yeux. Je sens encore ses prunelles bleues me vriller le dos quand je pénètre plus à l'intérieur de la Bibliothèque.
Les livres recouvrent les rayonnages. Je passe un doigt distrait sur les couvertures usées en regardant autour de moi. Le silence régnant ici est impressionnant.
« Tourne après ce rayonnage, puis place-toi devant la colonne 'Médicomagie' ».
Je suis les conseils de l'Horcruxe, qui marche à côté de moi, fébrile. Je m'arrête devant une rangée de livres aux tranches épaisses, reposant les uns contre les autres.
Bien… Tu voulais donc me montrer des livres sur… (je regarde le titre de l'un d'entre eux)… sur la contraception. Ahem. J'avoue que je suis un peu perdue, Gondul.
Celle-ci me lance un regard glacial, puis pose sa main diaphane sur la cote du livre en question. Je l'y place à mon tour, et déplace légèrement le livre sur le côté.
Oh.
Ah.
Ah oui.
Ah d'accord.
A travers l'ouverture dans ce rayonnage, on voit distinctement ce qu'il se passe dans celui d'à côté. Et dans celui d'à côté, il y a Hedvig Virtanen.
« C'est Tove Kausmaki, tu te souviens ? »
Tu chipotes, là. Qu'est-ce qu'elle fait ?
« Tu te rappelles que je ne peux rien dire ? Regarde un peu mieux. »
Je me concentre. La blonde, assise à une table et de dos par rapport à moi, écrit à toute vitesse sur un immense parchemin en jetant de fréquents coups d'œil sur l'énorme ouvrage ouvert à côté d'elle. De temps en temps, elle attrape le compas posé sur sa table et parcourt le parchemin à toute vitesse avec.
C'est de l'arithmancie. Je reconnais facilement les équations magifférencielles. Mais que calcule-t-elle ?
Je reporte mon attention sur le parchemin. Toute la page est occupée par une figure magiométrique très complexe, avec des angles et des vecteurs de partout. Tout autour, ce sont des calculs qu'elle écrit. Bon sang, mais qu'est-ce que…
…
Beauxbâtons. Laputa. C'est l'île qu'elle a dessiné. Les vecteurs… Je jette un œil à son ouvrage. Non, je ne me trompe pas : Virtanen est bel et bien en train de calculer la trajectoire de l'île volante de France.
Pourtant, on nous a dit dès le premier jour que c'était une information totalement confidentielle, que seul le directeur savait où se trouvait l'île à chaque instant. Cette année, il ne l'avait livrée qu'à McGo, notre chère directrice, afin qu'elle puisse régler notre bateau volant pour qu'il nous amène ici.
Je jette un œil à la table de travail. Trois ou quatre cartes de France s'étalent dessus. Elle a entouré une zone avec un marqueur rouge voyant : c'est tout au Nord et à l'Est. Et d'après la carte, il y a un fleuve qui passe par là.
Ce fleuve, c'est le Rhin.
– Toi aussi, tu as remarqué ?
Je sursaute violemment et me tourne vers les jumelles Jones. Cela faisait longtemps que je ne les avais pas vues. Elles ont toujours les mêmes cheveux noirs, le même éclat espiègle dans leur regard. Mais pour une fois, c'est l'inquiétude qui préside dans leurs yeux.
– Elle passe son temps à faire ça, marmonne l'une d'entre elles. Et en plus elle a mis un interdit dessus. Ça doit être sacrément secret, ce qu'elle fabrique.
– Vous vous rappelez ce que vous m'aviez dit il y a quelques mois ? je leur demande en fronçant les sourcils. De ne plus vous mêler de ses affaires.
– Oui, mais…
– Elle est dangereuse, je murmure. Très dangereuse. Si elle vous découvre en train de l'espionner, vous ne ferez pas le poids.
– Parce que toi tu le feras, peut-être ? chuchote l'autre.
« Oui. »
– Non. Mieux vaut arrêter. Ça ne nous regarde pas et il vaudrait mieux que nous ne soyons au courant de rien.
– Bonne idée, murmure l'une.
– Sauf qu'on préfère rester discrète plutôt que réfréner notre curiosité pour cette fois-ci, ajoute l'autre.
– Alors on va te laisser ici et ne plus t'adresser la parole.
– Sait-on jamais.
– Ça pourrait nous porter préjudice.
Et en un coup de vent, elles ont disparu de ma vue.
Quels phénomènes, ces jumelles…
-X-X-
Amélie,
Je suis amoureux de toi depuis des années… mais je n'ai jamais osé te le dire. J'ai toujours eu le sentiment que tu ne me comprendrais, que tu ne m'aimerais jamais. Mais aujourd'hui, ce fardeau me pèse sur le cœur et je ne peux plus le porter seul. Cependant, me mettre à nu demande beaucoup de courage, et je n'en ai pas assez pour écrire mon nom à la fin de cette lettre.
Aimes-tu quelqu'un, Amélie ? Es-tu amoureuse d'un autre que moi ? Ces questions que je ressasse depuis des années sont aujourd'hui devenues douloureuses. Ce n'est plus de la curiosité mais une nécessité vitale qui me pousse à te les poser.
Réponds-moi avec le hibou qui t'a apporté ce message, il saura où rapporter la lettre.
Anonyme
Je repliai la lettre en soupirant les ennuis commençaient. Je n'avais eu aucun mal à reconnaître l'écriture de mon « ami » André, et si cela pouvait encore me laisser douter, il y avait des expressions qu'il utilisait souvent qui revenaient dans le morceau de parchemin. Et puis il y avait le hibou. Il n'avait même pas pris la précaution de prendre un autre que l'animal de l'un de ses camarades de dortoir. Et enfin, le coup de signer « anonyme ». C'était typiquement andréen. Ca faisait très « roman d'espionnage » mais aussi un peu « roman d'amour ». Tout à fait son genre.
Je soupirai à nouveau et levai la tête. Roxanne lisait un roman de gare et Enderson, quant à elle, regardait par la fenêtre. Je crus qu'elle était plongée dans ses réflexions, mais en fait…
– C'est nul, bougonna la rousse. Y a rien à faire ici.
…en fait, elle ne faisait que s'ennuyer.
– Arrête de te comporter comme une gamine, Ginger, répondit Roxanne, distraite, sans lâcher les pages du regard.
– Je ne suis pas une gamine !
– Je ne sais pas si tu te souviens mais il y a quelques mois, tu as tout de même lancé de la mie de pain dans les cheveux d'une fille pendant toute une soirée.
– Je ne sais pas si tu te souviens mais il y a quelques mois, tu as tout de même lancé une armada d'oiseaux dangereux dans les cheveux de cette même fille à la fin d'une soirée.
Ouh là. J'avais dû mal comprendre. Il fallait que je me remette plus sérieusement à l'anglais, moi !
– Elle le méritait, riposta Roxanne.
– Là n'est pas la question.
Roxanne ne répondit rien : elle était à nouveau plongée dans son livre. Enderson soupira et tourna à nouveau les yeux vers la fenêtre, plus ennuyée que jamais. Quant à moi, je décidai de changer d'activité : je me saisis d'une plume, d'un flacon d'encre et d'une feuille de parchemin vierge avant de me mettre à écrire.
Hey Vio ! Comment vas-tu ? D'après ce que tu me dis dans tes lettres, tu t'amuses bien chez les Chevaliers. Ton stage est intéressant ? D'ailleurs, j'ai entendu dire par Maman que tu avais eu l'occasion d'aller chez Mary pendant une heure ou deux parce que tu avais une enquête dans le coin de Londres où elle habite… Est-ce que par le plus grand des hasards tu aurais croisé ton amoureux Charlie, celui que tu as rencontré cet hiver ?
En parlant de cet hiver, et en particulier d'une fête de cet hiver caractérisée par l'apparition impromptue de Détraqueurs, je t'assure qu'Enderson est une sale peste. Enfin… je crois que je commence un peu à changer d'avis à propos d'elle. Mais tout de même. Elle est orgueilleuse, arrogante, méprisante parfois. De toute façon, les Anglais partent dans 5 jours (HOURRA !), quand j'irai à Poudlard je devrai les souffrir encore 2 semaines et puis après, je ne les reverrai plus jamais. Tant mieux !
Au fait ! Ce cher André m'a écrit une lettre d'amour. Là, je suis désespérée. Je ne pensais pas qu'il aurait le courage de me le dire. Evidemment, il a signé « anonyme », mais tu sais bien qu'André est aussi discret qu'un éléphant dans le métro dans ce genre de manœuvres.
Maintenant, je ne peux vraiment plus du tout rencontrer son regard. Avant, j'avais encore le courage de lui dire « bonjour », maintenant, je ne pourrai même plus le croiser dans un couloir. Dis à Maman de se dépêcher de me trouver une raison de sortir de cette école qui me déprime chaque jour un peu plus que la veille, parce que sinon je ne vais pas tarder à craquer – par ailleurs, je suis sûre qu'elle t'a déjà parlé du fait que j'ai besoin d'une pause. Tu ne pourrais pas te faire blesser dans une de tes missions, histoire que je puisse te rendre visite à l'hôpital et respirer un peu hors de cette école ?
Je te laisse ce n'est pas que ma vie soit follement remplie, au contraire, je m'ennuie à mourir. Disons plutôt que je n'ai rien de bien passionnant à te raconter et que je n'ai pas besoin de me morfondre davantage.)
Je t'embrasse très fort, et, j'espère, à très vite.
Amélie la dépressive
-X-X-
Gondul ?
« Oui ? »
Je m'ennuie.
« Je sais. C'est basiquement ce que tu répètes une fois toutes les dix minutes depuis trois heures. »
C'est dans ces moments que je suis contente d'avoir un Horcruxe pour discuter avec !
« C'est dans ces moments que je regrette d'avoir eu l'idée de m'être transformée en Horcruxe. »
… Bref, j'ai bien réfléchi depuis hier. A propos de Virtanen.
« Kausmaki. »
C'est pareil.
« Et qu'en as-tu déduis ? »
…qu'elle veut redescendre sur terre ?
« Tu trouves que c'est le moment de faire de l'humour avec cette affaire ? » s'énerve-t-elle.
Mais non ! Elle veut aller au bord du Rhin, et donc elle calculait la date où l'île se retrouverait au-dessus du Rhin… Mais je ne vois pas pourquoi elle ferait ça…
Gondul se fige.
Qu'est-ce qu'il y a ?
« Tu as une mémoire de poisson rouge, ma pauvre. Dans le Rhin, il y a l'anneau de Nibelung. »
…
…
…ah.
Ah, ah.
Hahaha ! Non mais t'es pas sérieuse ? Ecoute, désolée de te le dire, mais personne ne connaît ces légendes scandinaves. C'est pas connu du tout du tout du tout. Autant les légendes grecques, ou romaines, ou à la limite égyptiennes, je veux bien… mais ça ? Vraiment pas. D'autant plus que ce n'est qu'une légende. Pourquoi se mettrait-elle à chercher l'anneau ? Je ne sais pas pour elle, mais moi, je n'ai jamais entrepris de grandes recherches sérieuses sur de simples légendes…
« …est-il utile de te rappeler que tu ES une légende ? »
Ouais, Ginger la Légende, je sais je sais, pas d'autographe merci. Non mais sincèrement ! Et même, même si c'était le cas : je suis une Valkyrie toujours en vie, donc l'anneau n'est pas en marche, personne ne peut utiliser les pouvoirs d'Odin. Où serait le problème dans ce cas, je le souligne, parfaitement hypothétique ?
« A ta place je me méfierais. Et comme je suis toi en l'occurrence, je vais te demander de te méfier. »
Tu as remarqué ou pas ? Je suis TOUJOURS méfiante quand cette fille est dans les parages.
– Au fait, pourquoi James voulait-il te voir ? me demande Roxanne.
Ah, oui. James Potter. Je l'avais presque oublié. Plus tôt dans la journée, j'avais dû inventer une excuse complètement bidon pour que mes amies ne me posent pas trop de questions sur mon départ précipité de la boutique – une histoire qui impliquait Pilpel, une cage entrouverte et un chat – pardon, un bébé tigre – mortellement dangereux pour mon cher oiseau.
Je n'ai aucune intention de recroiser Potter dans l'immédiat. S'il se met à me poser des questions sur le traitement que je lui ai infligé l'autre soir, je ne saurai jamais quoi répondre. Non, je ne l'aime pas. Non, ce n'est pas l'attirance qui m'a poussée à faire ça. C'est une part de moi qui érige des tactiques super-efficaces à court terme et super-pas pratiques à long terme sans concerter ma conscience.
Fichue inconscience incontrôlable.
– Va savoir, je réponds de l'air le plus désinvolte possible. Me faire la cour ?
Nous pouffons de rire. Le jour où Potter me fera la cour, les hippogriffes auront des dents.
-X-X-
Ma chère Cathy,
Je désespère de plus en plus. Ce soir, au dîner, Andros a encore essayé de m'adresser la parole, et j'ai dû faire semblant d'avoir oublié quelque chose dans ma chambre pour éviter de lui parler. Ma situation commence à devenir de plus en plus gênante. S'il se déclare ouvertement, je vais bien être obligée de lui dire que je ne peux pas. Il va me demander pourquoi, et, comme je suis incapable de mentir, je vais répondre que je suis déjà amoureuse. Il va alors me demander de qui je parle, et là…
Là, je préfère ne même pas imaginer ce qu'il se passera. Ce sera sans doute apocalyptique, et je ne pourrai plus jamais recroiser son chemin sans avoir envie de mourir. Quand je pense à André, parfois, vraiment, je regrette d'aimer son frère.
Parlons d'autre chose, ça m'a encore plus déprimée. Tu n'aurais pas, je ne sais pas, moi, une tante sur le point de mourir ou une bonne excuse pour que je parte de l'Académie ? Enfin, je veux dire, j'espère sincèrement que la tante en question se porte bien, mais si tu trouvais un moyen pour moi de faire un break… Je n'en peux plus, je n'en peux vraiment plus. Il faut que je vous revoie, il faut que je rentre à la maison, que je change d'air.
Ne fais pas attention à la goutte d'eau en plein milieu du parchemin. Je te jure que ce n'est pas une larme. Vraiment pas. J'étais aux toilettes et je l'ai posé sur le rebord du lavabo. Et il se trouve que c'était mouillé. C'est tout.
Je t'embrasse très fort, et, j'espère, à très très très vite.
Amélie
-X-X-
Ce matin est un jour particulier. L'un des jours les plus ridicules de l'année. Vous savez, du rose, des p'tits cœurs, des fleurs, des déclarations d'amour, des chocolats en forme de bisounours et des surnoms à vomir genre « mon canard en sucre »…
– Je hais la Saint-Valentin, proclame Judith, morne, en plongeant sa fourchette dans son œuf au plat.
– Ne fais pas cette tête, lui dis-je en souriant. Aujourd'hui est une belle journée.
Amélie, assise avec nous pour une raison inconnue, grogne. Elle non plus n'a pas l'air d'aimer la fête des angelots. Elle regarde depuis tout à l'heure un couple on dirait qu'elle va commettre un meurtre. Le couple en question ? Greta Lebrun, sur les genoux d'Armand Béryl qui n'a pas l'air franchement ravi-ravi, et celle-ci lui donnant la becquée en gloussant à chaque fois qu'il dit quelque chose.
Je le plaindrais presque si ce n'était pas un pauvre nul doublé d'un abruti fini.
– Et puis on aura du spectacle, j'ajoute, appuyant mes propos d'un clin d'œil.
– Mais c'est vrai ça ! s'exclame Judith en reprenant du poil de la bête. C'est pas aujourd'hui que Roxanne…
– En effet, je la coupe sans pouvoir m'empêcher de faire un immense sourire. Et là, ça ne devrait plus tarder…
– Amélie, je peux te parler ?*
Nous nous tournons toutes les trois vers le nouvel arrivant. C'est le p'tit Béryl, le frère brun du labrador baveux qui était il y a peu mon petit ami. Ses joues sont rouges il a l'air gêné. Le contraste entre son visage écarlate et la pâleur soudaine d'Amélie est amusant.
– Salut, André. Qu'est-ce qu'il y a ?*
– J'ai besoin de te dire quelque chose… Tu peux venir, s'il te plaît ?*
Amélie devient encore plus pâle. Ha, ha ! Ses cheveux ont la même couleur que sa peau, maintenant. Hum, j'aurais besoin d'une traductrice… Gondul ?
« J'aimerais bien qu'un jour, tu me considère comme autre chose qu'une simple traductrice », maugrée-t-elle en apparaissant près de moi.
Au fur et à mesure de l'échange, Gondul me transcrit tout en Anglais.
– N-non, dit Amélie en essayant d'avoir l'air assurée. Dis-le moi ici ou ne me le dis pas du tout.
Tout en elle a l'air de dire « Pourvu qu'il n'ose pas. »
Oh, oh… Je crois que je commence à comprendre… Ça sent mauvais pour Amélie. Pourquoi n'y a-t-il jamais du popcorn dans ces moments-là ?
André Béryl hésite pendant quelques secondes, puis finit par dire, très lentement :
– Ce… tu as reçu une lettre dernièrement, non ?
Ah, elle est encore plus blanche que ses cheveux maintenant.
– Euh… o… oui.
– C'est moi qui l'ai écrite.
Jude me tire la manche juste à temps pour que je tourne la tête vers Roxanne, assise quelques tables plus loin à côté de Frégate. Celui-ci a essayé de l'embrasser. Elle lui donne alors une gifle monumentale qui retentit dans toute la pièce. Un silence de mort s'installe.
– Non mais tu te prends pour qui, pauvre naze ? s'égosille-t-elle. Tu crois que j'avais pas remarqué ton petit jeu pour séduire le plus de filles de Poudlard possible ? Un pari avec ton pote blond, n'est-ce pas ? Et t'as cru que je me laisserais avoir ! Pour qui me prends-tu ?
Le silence fait place à des murmures. En gros, Roxanne vient de déclarer à tous les élèves de Poudlard et de Beauxbâtons que Théophile Frégate était un coureur de jupons. Et le mieux dans tout ça, c'est ce superbe sort qu'un Serdaigle a inventé l'année dernière et que j'ai eu le temps d'apprendre au cas où avant de venir ici : un enchantement qui permet de traduire en direct ce que l'on dit. Sortilège compliqué mais qui a le mérite de pouvoir transcrire cette merveille audiovisuelle à tous, Français y compris, et haut et fort, s'il-vous-plaît ! Malgré ça, il semble que la fille plus blanche que ses cheveux et le petit brun inutile n'ont rien entendu l'un est concentré sur ce que l'autre va dire, et cette autre cherche désespérément un bon mot pas trop blessant, je suppose.
Avant que Frégate ait eu le temps de parler, Roxanne ajoute avec sa voix amplifiée :
– Je suppose que je n'ai donc plus besoin de garder quelques-uns de tes secrets.
Le brun ténébreux, paniqué, se lève et dégaine sa baguette dans l'espoir de la réduire au silence, mais Roxanne lui lance un regard qui le fait se rasseoir aussitôt.
– Sachez tous, annonce-t-elle au reste du Réfectoire, l'air ravie d'avoir su assurer son autorité, que Frégate dort encore avec son nounours « Toby », a un canard en plastique dans sa baignoire et a majoritairement des slips à cœur dans sa valise ! Et si vous voulez en savoir plus, achève-t-elle avec un clin d'œil, venez me voir, je me ferai un plaisir de tout vous raconter en détail.
Quelle trouvaille, cet aimant à clés pour voler celle de la chambre de Frégate.
Roxanne, triomphante, vient nous rejoindre à table. J'entends à peine, à côté de moi, Amélie dire d'une voix faible :
– Je… je ne t'aime pas, André… J'aime… quelqu'un d'autre… Désolée… Je… vais y aller.
André se fige tandis qu'elle file vers les Ascenseurs à Propulsion Magique. Roxanne prend sa place et lui jette un bref coup d'œil avant de s'autoriser un large sourire :
– C'était bien ?
– Super, tu veux dire ! s'écrie Judith en l'applaudissant. Tu as éclairé ma journée. Et moi qui croyais que j'allais déprimer… Merci infiniment.
– Mais de rien. Tu sais, vieux, tu peux partir, elle s'en est allée, dit-elle à André qui est toujours là à fixer les Ascenseurs, le cœur brisé.
Il me ferait de la peine s'il n'avait pas l'air si stupide.
Il n'a sans doute pas compris ce que Roxanne lui a dit, mais le fait de lui parler le rappelle à la réalité. Il bafouille deux ou trois mots indignes d'intérêt et s'en va d'un pas lourd.
Il passe devant James Potter, qui l'observe quelques instants, puis qui laisse dériver ses yeux sur les miens : celui-ci me lance un coup d'œil interrogateur. Je détourne le regard, gênée. Ce qu'il me demande, ce sont des explications pour le baiser-surprise de l'autre soir.
Et après une longue concertation avec moi-même, je suis finalement arrivée à cette conclusion : je ne sais absolument pas comment expliquer cet instinct qui a choisi de l'embrasser plutôt que de lui lancer un simple sortilège de confusion pour le ralentir.
