Coucou tout le monde, Ginger à l'appareil ! Bon, je dois vous prévenir : en ce moment, l'auteur est surchargée : elle prend son bac hyper au sérieux, genre c'est dans trois jours, elle panique, c'est plutôt marrant à voir. Bref, elle m'a mise de force aux commandes et c'est moi qui prends le relais dans la « note d'auteur » ! … tiens, je vais changer ça en « note de Ginger », ce sera bien mieux.
Note de Ginger : Ah, c'est bien mieux. Ca fait classe.
- Tu t'y crois, hein ?
- Potter, la ferme, on t'a pas sonné. Je peux reprendre ?
- Incroyable comment tu te prends au sérieux…
- Le plus dingue c'est quand on voit qui se permet de dire ça.
- Hé !
- Bon, maintenant ça suffit.
*Page de pub pendant que Ginger fait on ne sait quoi avec James*
Passez donc sur .com ! Passez donc sur .com ! Passez donc sur .com !
*Nous nous excusons pour la page de pub qui est désespérément restée bloquée sur le jingle. Enfin, avec le matériel qu'on nous donne, on peut difficilement faire mieux. En attendant, Ginger a fini ce qu'elle avait à faire avec James. *
- Hmpfff !
- Ah, ce Potter ! Un garçon tellement agréable à vivre… quand il est bâillonné et ficelé. Au moins il me laissera tranquille. … Oui, c'était ça que je faisais pendant la page de pub. Quoi, à quoi vous pensiez ? … Oh, ne dites rien, je ne veux PAS savoir !
Bon ! Ok, le bonjour c'est fait... *Sort une liste et coche une case*… ensuite remerciement… Merci tout le monde pour les reviews hyper encourageantes ! *coche une nouvelle case* et maintenant… Qu'est ce qu'elle fait ensuite d'habitude ? Ah, un petit mot par rapport au chapitre. Bon, on va faire ça alors.
Moi, je l'aime pas, ce chapitre. D'une parce que cette dinde aux cheveux blancs l'a monopolisé presque entièrement. J'ai été réduite à faire l'introduction. Si c'est pas malheureux !
Ah, mais l'auteur est gentille, l'auteur a eu pitié de vous. Ce chapitre se termine sur un mot qui donne très très envie de lire le chapitre suivant. C'est pour ça qu'aujourd'hui nous sommes mercredi et que vous pouvez trouver ce chapitre !
Donc pour les chapitres 45 et 46, Roxanne, Jude, moi, Amélie (sigh), Potter (re-sigh), Wright, Adidas…
- C'est Abercrombie !
- Pareil pour moi ! Bref, tout le monde, et même Hedvig, Gondul ou les profs si ça vous amuse, répondront aux prochaines reviews. Dites à qui vous adressez votre review et vos questions et on répondra… dans la mesure du possible !
Le lendemain matin, Roxanne et moi nous souhaitons mutuellement le bonjour, et mon amie salue également Vermeil qui ne répond pas. Vraiment un ours, cette fille. Je me lave les dents sans vraiment écouter le babillage de Rox, puis m'habille en essayant de me remémorer l'emploi du temps de la journée. Nous sommes lundi et j'ai autant envie d'aller en cours que de serrer le tentacule du Calmar du Lac Noir de Poudlard.
Quand nous sommes fin prêtes, Amélie ne s'est toujours pas manifestée. J'essaie de convaincre Roxanne de la laisser dormir – ça lui fera les pieds de débarquer en retard en cours, et en plus on a mieux à faire, comme par exemple divulguer des informations compromettantes sur Théophile Frégate – mais le côté Mère Thérésa de Weasley surgit à ce moment là. Elle m'esquive donc et file vers le lit d'Amélie.
– Elle n'est pas là !
Son exclamation me fait sursauter. Je ne peux m'empêcher d'être surprise. Pourquoi aurait-elle filé si tôt, plus tôt que notre réveil à nous deux ?
-X-X-
Pour la énième fois, je lus la lettre qu'on m'avait écrite ce matin. Je la connaissais par cœur, mais c'était comme si j'étais incapable de fixer ces mots dans mon esprit, de m'en imprégner. En la parcourant, ce matin, je n'avais pas très bien compris. Il faut dire que l'on m'avait cherchée dans ma chambre au beau milieu de la nuit pour m'amener dans le bureau du directeur et me la faire lire. J'étais assez fatiguée, encore dans les vapes du sommeil. Un mot avait retenu mon attention dans la lettre et une chape de plomb s'était abattue sur mes épaules.
Décédée.
Cher Monsieur le Directeur,
Je suis Elsa Carmin, la mère d'Amélie Vermeil. Nous avons appris une nouvelle très grave ce matin : sa tante Marthe est décédée dans la nuit. Amélie, en particulier, l'adorait. Je souhaiterais qu'Amélie nous rejoigne, afin de se recueillir et de participer aux funérailles.
L'éducation de ma fille est la chose la plus importante pour elle à l'heure actuelle, et croyez bien que je m'applique à ce qu'elle ait la meilleure possible dans votre illustre Académie. Mais peut-être serait-il possible qu'elle reste un peu de temps chez elle, le temps qu'elle se remette de ce choc ? Pourrais-je, à ce moment-là, vous la renvoyer fraîche et dispose pour reprendre, avec le sérieux qui la caractérise, ses cours ?
J'espère de tout mon cœur que vous comprendrez la douleur dans laquelle nous sommes tous plongés, ainsi que celle qui affligera Amélie quand elle lira ces quelques lignes.
Avec mon amitié la plus sincère,
Elsa Carmin
Je l'avais relue, plusieurs fois, sans comprendre le regard peiné et parfaitement hypocrite du directeur.
« Evidemment que vous y allez, remettez-vous bien, toutes mes condoléances » (condensé du discours de 10 minutes qu'il m'avait fait quand j'avais relevé les yeux de la lettre, quand j'avais fini par assimiler ces quelques lettres, D, E, C, E, D, E, E, les mettre dans un ordre logique, les accoler, les voir, les associer au mot de la langue française correspondant, et enfin appliquer sa signification à la réalité).
– Je sais ce que c'est.
Ça, c'était le tableau dans la salle d'attente ronde devant le bureau du directeur qui venait de me parler. La pièce était pleine de ces tableaux étranges représentant des scènes mythologiques de tous les horizons. Une fois, j'étais venue ici, et j'avais longuement discuté avec eux. En particulier avec la très belle femme qui venait d'essayer de me réconforter. Elle était la seule, justement, à ne pas être un personnage issu des méandres de l'imagination des hommes elle était la femme de Léandre de Beauxbâtons, fondateur de l'Académie.
– Vous savez ce que c'est « quoi » ? demandai-je enfin.
– Je sais ce que c'est de perdre quelqu'un de cher. Cela m'est souvent arrivé dans ma longue vie.
Une déesse du tableau d'à côté fit un petit « Hm ! » très hautain mais ni Mme de Beauxbâtons ni moi ne nous en formalisâmes. Elle tenta de me parler encore, mais je n'étais pas d'humeur. Je partis.
Tout était allé vite, comme dans un rêve. Vingt minutes plus tard, j'utilisai la poudre de Cheminette du directeur. Je me retrouvai alors à Paris, au lieu de rendez-vous pour emprunter les carrosses. Le Palais du Louvre était encore plongé dans le noir de la nuit. Quelqu'un me prit la main et m'emmena jusqu'à une gare. Il était quatre heures, les trains pour le Sud de la France commençaient à partir. On me mit un ticket dans la main. Je le compostai, montai dans le train, rangeai ma valise et la cage de Kalevala sur le porte-bagage, m'assis. Le train démarra.
L'automatisme me quitta brusquement, avec toute la chaleur de mon corps. Violemment, la vérité me frappa.
Et enfin, enfin, je me mis à pleurer.
OoOoO
La tante Marthe était une vieille dame très gentille, la tante de ma mère en fait. Elle était restée demoiselle jusqu'à la fin de sa vie. Peut-être était-ce à cause de son grain de folie ? Je me demandais si elle l'avait toujours eu, ou si c'était l'âge qui l'avait rendue sénile. La tante Marthe m'aimait beaucoup, me gavait de bonbons et de gâteaux, jouait avec moi quand j'étais petite. Sa folie ne lui avait jamais fait remarquer que je changeais régulièrement de coupe de cheveux.
Ce matin, pour la première fois depuis l'arrivée des Anglais, mes cheveux s'étaient de nouveau transformés dans la nuit. Cela faisait longtemps qu'ils étaient blancs et courts, à l'image des cheveux d'Armand. Ils étaient à présent bruns, ternes, sans vie, reflet exact de mon état d'esprit depuis plusieurs jours... ou plusieurs mois. Les événements s'étaient tellement dégradés, depuis le départ de Yune et de Violette jusqu'à la déclaration d'amour de l'un de mes derniers amis, en passant par Armand et Lebrun qui s'étaient mis ensemble, sans parler de ma solitude …
Pour en revenir à la tante Marthe, j'en avais gardé un excellent souvenir. Elle ne faisait pas partie de ceux que je voyais souvent dans la famille, ni de ceux à qui je parlais souvent. Nous n'avions jamais eu de véritable conversation, à vrai dire. Et elle ne faisait même pas vraiment partie de la famille, pour ainsi dire. C'était une dame du village qui m'avait rencontrée par hasard, alors que j'étais très jeune. Elle était souvent venue me rendre visite, mais ne s'était jamais formalisée de ma demi-métamorphomagie. Il me semblait qu'elle avait toujours cru que j'avais quatre ans. Mais c'était déjà très bien d'avoir, de temps en temps, la visite de quelqu'un d'autre que mon père, ma mère, ma sœur Violette ou Cathy.
Pauvre, pauvre tante Marthe…
Au bout de quelques heures de voyage, mes larmes tarirent enfin, alors que le soleil commençait à poindre à l'horizon. Je me demandai, un court instant, si c'était à cause de mes demandes répétées à mes proches de me sortir de là qu'elle était morte. Ou bien que Maman me l'avait annoncé pour que je puisse partir de Beauxbâtons. Je balayai très vite ces hypothèses incongrues personne, et Maman non plus, n'aurait menti sur la mort de qui que ce soit. Pour l'autre hypothèse… Je laissai, lentement, la superstition monter en moi. Non ! Non, je ne l'avais pas tuée, c'était ridicule, on ne tuait pas par souhait… Mes larmes se remirent à couler.
– Et voilà, maintenant je deviens folle, me murmurai-je à moi-même.
Je passai mes mains sur mes joues détrempées. C'était idiot, mais je ne pouvais m'empêcher de pleurer. Il fallait que ma peine sorte pour que je puisse mieux la gérer.
OoOoO
Ma mère vint me chercher à la gare. Elle me serra longtemps dans ses bras, sans mot dire. Elle aussi avait les yeux rougis. Ensuite, elle me ramena en voiture à la maison. Violette y était déjà, assise à côté de son père qui avait une main compatissante posée sur son épaule. Cathy et ses parents étaient également présents tante Marthe était leur voisine. Tout le monde était pensif, plongé dans ses souvenirs. Je les saluai et montai dans ma chambre.
La pièce était pareille à elle-même. Propre, bien rangée, avec peu d'objets et beaucoup de livres dans la bibliothèque. Les meubles en bois blanc contrastaient avec le parquet brun de la maison.
Tout sentait la mort. Rien ne bougeait, rien n'était personnel ici. Les objets n'avaient pas d'âme. Comme si leur possesseur n'avait jamais vraiment existé. Comme si je n'avais jamais existé.
Je m'allongeai sur mon lit et m'endormis aussitôt.
OoOoO
– Amélie…
Lentement, j'émergeai du sommeil sans rêve dans lequel j'étais plongée. Les grands yeux bleus et inquiets de Violette étaient posés sur les miens.
– Ça va ?
Je ne répondis pas et refermai les yeux.
– Tu sais, ça va te faire du bien d'en parler, insista-t-elle d'une voix très douce.
– Je ne veux pas en parler.
Je m'étonnai moi-même de ma voix de crécelle.
Violette me pressa la main et me caressa la paume de son pouce, pour m'assurer de sa présence et de son soutien.
– Je ne la connaissais pas beaucoup, dit-elle au bout d'un temps infiniment long. Parle-moi d'elle.
Je gardai encore le silence pendant quelque temps, ressassant sa question à l'infini, la tamisant avec mon esprit pour n'en garder que les atomes les plus essentiels. Je pesai longtemps ma décision. Et finalement, je lui parlai.
Violette avait raison, cela faisait beaucoup de bien. Evoquer ma tante Marthe m'avait rendue très nostalgique, et deux ou trois fois je dus fermer les yeux pour en chasser les larmes en me rendant compte que finalement, je la connaissais bien peu. A la fin de mon long monologue, Violette attendit un peu puis murmura :
– Tu sais, Marthe a toujours été très seule dans sa vie. Elle n'avait pas d'amies, pas de mari, pas d'enfant. Elle n'avait que toi, une vague petite fille qui habitait dans une maison proche du village. Elle t'a aimée de tout ton cœur et a contribué à faire de toi ce que tu es aujourd'hui. Et tout ce qu'elle t'a donné a toujours été positif.
Nouveau silence.
– Je pense que chaque personne a un rôle sur Terre, poursuivit-elle, d'une voix à peine plus forte. Quand on a accompli ce rôle, quand on a eu son utilité, on peut quitter la vie en paix et sourire à l'au-delà.
C'était un peu kitsch, ce qu'elle me disait. Mais quelque part, c'était ce dont j'avais besoin. Pas de phrases creuses genre « toutes mes condoléances » ou « c'était quelqu'un de bien ».
– Quel genre de rôle avait-elle ? demandai-je.
– Celui d'aider les autres, à mon avis, répondit Violette. Elle t'a aidée toi, et du même coup elle a aidé Maman pour s'occuper de toi. Peut-être qu'elle a aidé d'autres personnes.
– Tu veux dire qu'elle était un genre de Mère Thérésa ?
Ma petite plaisanterie la fit sourire un peu. Elle avait l'air heureux de m'avoir consolée.
– Oui, en quelques sortes.
Nous restâmes longtemps dans cette position, moi allongée, regardant le plafond, elle assise sur le lit en observant la fenêtre. Je me sentais paisible. Je n'avais pas fini mon deuil, mais il serait moins lourd à porter. Je finis par avouer, après un long silence :
– Tu sais, en arrivant dans ma chambre… J'avais l'impression d'être morte.
Cette nouvelle la glaça.
– Pourquoi tu dis ça ? s'exclama-t-elle.
–Je ne sais pas. C'était vraiment la sensation que j'avais. Comme si personne n'habitait ici, comme si tout était mort.
Elle réfléchit un instant puis se leva.
– Ta chambre est impersonnelle, c'est pour ça, m'expliqua-t-elle. Tu pourrais avoir vécu des années ici comme n'y être jamais venue. Viens, suis-moi, je vais te montrer ce que c'est que des gens morts.
Et elle fila de ma chambre.
Je me doutais bien qu'elle n'allait pas me montrer les cadavres de toutes ses victimes, mais j'étais curieuse je me levai et la suivis. Elle se dirigeait vers la pièce qui menait au grenier. Pourquoi faire ? Il n'y avait rien d'autre que des vieilleries, là-haut. Elle grimpa les barreaux de l'échelle et poussa du plat de la main la trappe au-dessus de sa tête. Celle-ci bascula avec un bruit sourd au-dessus du plafond, libérant l'accès. Je montai à sa suite.
Tout était très poussiéreux, avec d'anciens coffres, quelques valises inutilisées, trois ou quatre cartons jamais déballés, un canapé éventré et une table basse passée de mode depuis belle lurette. Tandis que je me mettais debout sur le plancher, Violette fit un tour de la pièce.
– Tous ces objets sont très vieux. Ce sont des trucs de Papa et Maman. Ou plutôt, qui ont appartenu à des jeunes, qui sont devenus Papa et Maman. Ces jeunes-là sont morts.
– Tu crois vraiment que c'est le moment de faire de la philosophie ?
Elle me regarda très sérieusement :
– La vie continue. Je sais, c'est dur. Mais il faut y aller. Et une fille de seize ans qui dit qu'elle a l'impression d'être morte m'inquiète plus qu'une vieille dame déjà morte. Il faut un peu te changer les idées.
Ces paroles me firent un coup au cœur, mais m'entraînèrent dans une réflexion douloureuse. Oui, elle avait raison, en un sens. Elle était partie, il n'y avait plus rien à faire. La vie continuait.
– J'ai entendu du bruit alors je suis venue, fit Cathy en passant sa tête un peu déprimée par la trappe. Je peux vous rejoindre ?
Elle se mit sur pied avant même d'entendre la réponse.
– C'est dégoûtant, ici, marmonna-t-elle en passant un doigt sur une caisse pleine de poussière. On dirait presque ma chambre. Qu'est-ce que vous voulez faire ?
– On va philosopher sur les vieux objets.
– C'est, euh… pas vraiment le moment, non ?
– C'est ce que je lui ai dit, soupirai-je.
– Et je lui ai répondu qu'on ferait toujours mieux de nous changer un peu les idées, ajouta Violette.
Cathy hocha légèrement la tête pour montrer une approbation teintée de scepticisme. Violette dégaina un petit coffret.
– Venez voir ça.
Nous nous rapprochâmes, intriguées. Sur le couvercle aux couleurs passées s'étalait une écriture vive au feutre noir : « Mes amours ». C'était l'écriture de Maman, mais plus enfantine que celle d'aujourd'hui.
Je pris délicatement la boîte des mains de Violette et l'ouvrit en faisant jouer la serrure avec une aiguille qu'elle m'avait tendue. En faisant un déclic, elle présenta à notre vue une collection hétéroclite.
– Une feuille de chêne, un pétale de rose fanée, un papier de bonbon, un petit crayon en bois bleu, une photo de la jeune Elsa avec un type que je ne connais pas, un fil rouge et un collier, énuméra Cathy en sortant un à un les éléments de la boîte. Je me demande ce que ta mère voulait dire par « mes amours ».
– Ça me semble évident, fit Violette. La feuille, elle l'a ramassée en automne pour se souvenir du jour où Pierre l'avait regardée. Le pétale de rose, c'est un petit rappel de Lucas qui lui en offrait à chaque rendez-vous. Le crayon en bois, c'est le beau François qui l'utilisait pour écrire dans son carnet de poèmes.
– Violette… rassure-moi, dis-moi que tu inventes tout.
– Bien sûr que j'invente tout. Mais je suppose que ce sont des histoires comme ça. Chaque objet a une histoire aussi flétrie que ce pétale. Tout ça, c'est le passé.
Cathy remit tout dans la boîte, et je tirai un lourd carton vers nous.
– Ça ne dérange pas vos parents que vous fouilliez vos affaires comme ça ?
– Non, répondit Violette. Une fois, il y a longtemps, Papa m'a dit que le jour venu, j'aurais le droit de voir tout ce qu'il y avait ici, y compris les affaires de Maman. Et le jour est clairement venu. Tiens, c'est un carton à Papa, ça.
Elle arracha d'un coup sec le gros morceau de scotch qui le fermait il s'ouvrit alors comme une fleur au matin, à la différence près que les pans de cartons projetèrent de la poussière tout autour, nous faisant tousser toutes les trois. Je me penchai au-dessus une fois ma quinte de toux passée.
– Des pots ? m'étonnai-je.
– C'était à l'époque où il s'était trouvé une passion pour la poterie. Un jour, il m'a avoué que c'était ce qu'il voulait faire, qu'il avait toujours senti qu'il devait être Potier (1). Tu vois, finalement, il ne l'est pas devenu. Encore un projet mort.
Je soulevai une petite coupe très fine, en argile, décorée de fleurs rouges et jaunes, la remis dans la caisse. Puis je me levai et rejoignis la valise à l'autre bout de la pièce.
– Tu vois, on pourrait continuer toute la journée, poursuivit Violette en essayant d'ouvrir un autre carton. Chaque chose, ici, est passée, n'a plus d'importance. Tout est mort ici. Tu ne te sens pas plus vivante, là ?
Je ne répondis pas. J'avais ouvert la valise, et elle s'avéra être pleine de lettres, soigneusement nouées en liasses par des rubans rouges ou roses. Ils étaient tous adressés au même destinataire.
« A Elsa Vermeil. »
– Je ne sais pas si je peux me permettre de lire ses lettres d'amour, dis-je.
– Pourquoi pas ? Ça fait complètement partie du passé, non ? argua Violette.
– Je ne crois pas, énonçai-je lentement. Tu sais qui est l'auteur de ces lettres ? Gary Hudson.
Silence
– Attends, le mec avec ta mère qui… enfin, ton… tu…
– Oui, Cathy, soupirai-je. C'est mon père biologique. C'est toujours un peu d'actualité, non ? Je ne crois pas que Maman aimerait que je les lise.
Je ne me retournai pas, mais compris que Violette et Cathy me rejoignaient en entendant les planches craquer sous leurs pas. Elles s'accroupirent à mes côtés.
– Je pense que tu as le droit de les lire, fit Cathy. Ça te concerne, non ?
– Maman ne t'en a jamais vraiment parlé, mais tu as le droit de savoir.
J'hésitai encore quelques instants, puis finis par ouvrir la lettre qui me semblait être la plus récente.
Elsa,
Il faut que tu arrêtes de me harceler comme tu le fais. C'est dangereux pour toi et pour moi tu sais que mon métier et les gens que je fréquente ne me permettent pas de rester avec des personnes comme toi. Aie le courage de regarder la vérité en face : je ne t'ai jamais vraiment aimée, et quoi qu'il en soit aujourd'hui je ne t'aime plus, plus du tout, je n'éprouve plus un seul sentiment pour toi. Le fait que tu aies à présent un bébé de moi ne me fait ni chaud ni froid. Nous n'avons plus aucune raison de rester ensemble.
J'ai mis de l'argent dans l'enveloppe pour que tu puisses joindre les deux bouts, et surtout pour que tu arrêtes d'essayer de me joindre, moi.
Cette lettre est la dernière que je t'écris. N'invoque plus notre amour passé ni la petite Amélie dans les lettres que tu m'enverras malgré tout. Rien ne me fera revenir.
C'est fini.
Gary
– Il n'a pas fait dans la dentelle, dis-donc, commenta Cathy en posant une main sur mon épaule.
– Mon père était un salopard… murmurai-je, effarée.
J'eus la vision de maman, effondrée, en larmes, lisant cette lettre qui lui brisait le cœur. J'avais toujours pensé qu'il avait dû lui faire un coup comme ça pour que Maman n'en parle jamais, et que sa simple évocation la rende si triste. Mais lire la lettre avait rendu encore plus réel son ignoble caractère. Dire que c'était mon père !
– Je me demande ce qu'il est devenu, s'interrogea tout haut Violette en lisant une autre lettre.
– J'espère qu'il est mort.
Et je l'espérais vraiment.
OoOoO
Tout s'était passé très vite. Quand j'essayais de me le remémorer, je n'avais que de vagues images qui défilaient comme un kaléidoscope de couleurs. L'enterrement. Voir sa tombe m'avait fait réaliser la situation, et j'avais beaucoup pleuré. Le soir, chez nous, entourés de quelques voisins, à se remémorer les temps où elle était encore là on m'avait fait passer pour une amie de Violette, pour ne pas me présenter comme Amélie l'invisible. Il y avait une petite fille avec une poupée à la main qui pleurait. La seconde d'après, je m'endormais dans mon lit, apaisée. Je n'avais pas encore fait mon deuil mais j'avais accepté sa mort. Puis j'étais encore dans le grenier, le lendemain, à parcourir les lettres sèches de Gary, mon véritable père, quand quelqu'un s'assit à côté de moi.
C'était Maman. Elle n'avait pas l'air blessée que j'aie lu sa correspondance sans son autorisation. Peut-être pensait-elle comme Cathy et Violette : que c'était mon histoire, que j'avais le droit de la connaître.
– J'aimerais parler de ton école, me dit-elle.
Nous avons longuement discuté. Finalement, je me rendis compte que je n'aimais pas Beauxbâtons. Tout ce qui m'y rattachait, c'était mes amies. Et elles n'y étaient plus. D'autant plus que ma situation avec André était terriblement gênante.
– Je ne veux pas y retourner.
C'était un genre de caprice, quelque chose que je ne formulais que pour retranscrire ma détresse. Juste une plainte, un faible gémissement, un sanglot étouffé qui ne demandait pas à être exaucé.
J'aimais bien Marthe, mais je l'avais énormément pleuré. Peut-être trop. Ce que je veux dire, c'est que je l'avais pleurée comme si je l'adorais, ce qui n'était pas vraiment le cas. Elle m'amusait, j'aimais bien parler avec elle, comme on aime bien parler à son voisin complètement fou. En fait, ma tristesse venait d'avant. J'étais déjà très déprimée en apprenant sa mort. C'était un fardeau de plus sur mes épaules que je ne pouvais supporter.
– Tu devrais changer d'école. Tu risques la dépression. Crois-moi, j'en sais quelque chose.
Elle avait emprunté le hibou « spécial urgences » qu'on avait prêté à Violette dans le cadre de son stage, et écrit une lettre au directeur pour demander si c'était possible. Une demi-heure plus tard, réponse. Nouvelle lettre à une autre école. Le hibou était revenu deux heures après avec deux lettres. De nouveau, échanges de lettres. Le volatile commençait à fatiguer. Il n'eut plus qu'un voyage à faire : il déposa un paquet sur la table de la cuisine, et s'endormit dans sa cage, épuisé.
Je réunis toutes mes affaires, pris mon chat dans mes bras, embrassai tout le monde. Un monde inconnu s'offrait à moi, mais je n'avais pas peur. Je me sentais étrangement vide. Un vide que je comblerais bientôt avec une nouvelle vie.
Le Portoloin dans le paquet que m'avait apporté l'oiseau me transporta jusqu'au Sorciéroport de Paris. Dans la zone des arrivées, un monsieur qui avait l'air très gentil me parla en anglais. Je lui répondis avec politesse, l'esprit encore ailleurs. C'était comme si j'étais la spectatrice de ma vie. Il me prit la main et nous transplanâmes.
Le voyage fut long et éprouvant au moins quelques minutes à se sentir ballotée en tous sens. Mais finalement, nous posâmes pied sur une terre assez boueuse. Je vérifiai que ma valise et mon chat étaient bien avec moi, puis je suivis la direction que m'indiquait l'homme avant qu'il ne rejoigne l'une des maisons du village dans lequel nous étions arrivés. Je resserrai mon pull sur mes épaules il faisait bien froid, au Royaume-Uni.
D'immenses portes en fer s'ouvrirent à mon passage. Je notai inconsciemment la présence de statues de sangliers ailés de chaque côté, puis levai le regard vers le château.
Alors c'était ça, ma nouvelle école.
Poudlard.
(1) Les anglophones comprendront la référence.
