Note de Ginger : Ok, ok, ok. Du calme, ne vous énervez pas... Je suis ab-so-lu-ment désolée, j'ai failli à ma tâche, je n'ai pas publié à l'heure. J'ai cru que j'aurais le temps en rentrant de la fête de la musique. Sauf qu'on est rentrés à trois heures. Et Wright a passé vingt minutes à pleurnicher parce qu'il avait reçu une bière dans la tête. Petite nature.
C'était sympa, n'empêche ! Surtout le moment où quelqu'un a enfoncé sa trompette sur la tête de Potter jusqu'aux épaules pour qu'il arrête de brailler. Dommage que ces casse-l'ambiance de Wright et Abercrombie (je l'ai assez charrié hier, pas de nom de vêtement aujourd'hui, d'autant plus que vous vous débrouillez très bien sans moi), l'aient sorti de là. Un peu plus tard, un type ivre a déclaré son amour à Judith, qui était morte de rire. Wright ne l'était pas du tout. Allez savoir pourquoi…

Note de James : Enderson, pourquoi n'as-tu pas parlé du moment où tu t'es étalée de tout ton long par terre quand tu as essayé de danser avec Roxanne ? … bon laissez tomber, elle est partie. Evidemment, elle pense toujours à bien se mettre à l'avantage. BREF. Pour ce qui est de l'auteur, elle s'est bien amusée entre huit heures et midi hier. Façon de parler. Mais elle pense que « ça va ». Ce qui peut vouloir tout dire et ne rien dire à la fois.


Je suis figé, le menton contre le sol, effondré. Saleté d'Enderson. J'aurais dû m'attendre à ce qu'elle m'oppose une résistance. N'empêche, j'avais besoin d'explications.

Une idée me traverse l'esprit. C'est la deuxième fois qu'elle court à toute allure comme ça. J'en tire deux conclusions : 1. Il se passe quelque chose de très important et 2. C'est la deuxième fois qu'il se passe quelque chose d'important. Nom d'une chouette défraîchie, James Potter n'est plus au courant de tout ! Mais en attendant, que faire ? Je ne peux que rester immobile ici. Vais-je passer toute la nuit par terre ? J'espère que non. Je risquerais de m'ennuyer. Et si quelqu'un passe par ici, c'est punition assurée. Je n'ai rien à faire ici, qui plus est par terre et immobile.

En plus c'est poussiéreux. Je crois que la situation ne pourrait pas être pire.

Pour m'occuper, je regarde autour de moi – autant que possible évidemment, vu que je ne peux que bouger mes yeux. A part la poussière, je vois, posé sur les dalles inégales, un objet à environ vingt centimètres de mon nez. A la lueur de la lune, il semble circulaire. Une bague ? Tiens, c'est vrai, il me semble bien avoir vu Enderson avec une bague au doigt ces derniers temps. D'ailleurs, j'ai oublié de la charrier avec et de lui demander si elle s'était mariée avec un Troll de son espèce.

Cette bague est bizarre. C'est comme si des effluves d'une magie inquiétante en sortaient. L'un de ces effluves me touche le bout du nez, et je ferme les paupières en me demandant ce qu'il va se passer.

La vague de magie s'étend à mon visage, et je sens que je peux à présent bouger tous les muscles de ma face. La bague est en train de me défaire de la sorcellerie d'Enderson. Comment est-ce possible ? Peut-être est-ce un charme capable d'aspirer de la magie ? Cette bague m'inquiète de plus en plus.

Au fur et à mesure que la vague s'étend, je suis libéré. Quand je suis capable de bouger le bout de mes orteils, je me mets sur pied et attrape la bague.

« Maintenant tu vas m'écouter. »

Je sursaute et laisse tomber la bague. Qui a parlé ? C'était la voix la plus glacée, la plus métallique et surtout la plus flippante que j'aie jamais entendu, comme si elle venait d'un autre monde. Quel genre d'objet est-ce ? Je suis sûr que ça implique de la magie noire. Les parents m'ont toujours dit de ne jamais m'approcher de la magie noire. Je dois me tirer d'ici, et vite. Mais si quelqu'un tombait sur la bague ? Ça pourrait être encore plus dangereux…

Hésitant, je la ramasse puis me mets à courir, cape d'invisibilité sur le dos, dans le but de trouver une fenêtre ouverte, afin de jeter l'objet dans l'eau.

« Mauvaise idée, mon garçon. »

Décidément, cette voix est très angoissante…

« Ecoute, je ne veux pas de toi, d'accord ? » s'énerve la voix. « Moi aussi, ça m'embête beaucoup de devoir rester en ta compagnie. Je te propose un marché : tu vas satisfaire ta curiosité et savoir pourquoi Ginger courait… »

Comment la voix a-t-elle deviné ce qui m'intéressait ?

« Pas difficile, vu ton intelligence. Je me disais bien que tu ne saisirais jamais tous les enjeux. »

Euh… hein ?

« En échange, tu m'amènes où je veux. »

Hors de question. Je vais te balancer dans l'eau et je n'entendrai plus jamais parler de toi.

« On va devoir y aller par la manière forte. »

Je sens toute volonté s'envoler de moi. Aspirée par la bague maléfique. Obéis-lui… Descends jusqu'au Réfectoire… Obéis… obéis…

Privé de mon esprit, je me mets à courir jusqu'au réfectoire. Je traverse un couloir inconnu, débouche au ras de l'eau.

Devant moi, Enderson regarde un balai disparaître à l'horizon. Elle ne m'a pas vu, grâce à la cape. Je m'apprête à l'interpeler, mais je m'arrête brusquement : elle vient de se transformer en oiseau.

Enderson est un animagus non déclaré.

La surprise m'a libéré de l'Imperium de la bague. Maintenant, je ne vais plus qu'écouter ma curiosité : je vais suivre Enderson et savoir ce qu'il se passe. Ça m'a l'air d'être très, très grave. Je cours chercher un balai entreposé dans un placard rempli de matériel sportif dans un coin de la pièce, puis, toujours revêtu de ma cape d'invisibilité, je l'enfourche et suis l'oiseau.

-X-X-

Pendant ce temps-là, un chat tigré, celui-là même qui avait rencontré Ginger dans la Forêt Interdite quelques mois auparavant, et qui venait de voir passer une blonde complètement timbrée, un corbeau et un binoclard aux cheveux ébouriffés, se dirigeait vers le même placard à balai que celui où James Potter avait trouvé le sien…

-X-X-

Le silence est irréel. J'ai l'impression que cela fait des heures que je vole ainsi, au ras de l'eau, pour ne pas me faire repérer. Mais un oiseau au plumage noir dans une nuit noire, heureusement, ça passe inaperçu. A deux cent mètres devant moi, Virtanen est au bord de l'île. Elle regarde sous elle, lance un dernier regard au château – pendant un instant je crains d'être repérée – puis elle plonge.

Arrivée au même point qu'elle, je me laisse chuter. Je suis à une telle hauteur du sol que j'ai l'impression de sauter dans le vide. Bientôt, des vents violents m'empêchent de voir devant moi, me plient douloureusement les ailes, me cognent contre la barrière magique qui empêche l'île de s'effriter par en-dessous. Les larmes me viennent aux yeux mais je tiens bon. Cependant, ma volonté commence à faiblir : et si les jumelles n'étaient pas venues ? Je ne les vois nulle part. Peut-être que ce que je fais est vain. Peut-être que je vais mourir ici…

Au bout de quelques instants, l'air redevient calme, apaisé, mort. Je survole une zone très boisée un mince filet d'argent coule au milieu du nuage touffu constitué par les arbres. C'est le Rhin, j'en suis sûre. Virtanen s'est posée et a laissé son balai par terre. Elle ne lui prête plus aucune attention et lit avec ferveur un livre en tournant précipitamment les pages.

Je me pose sur un arbre, sans un bruit. Mes ailes me font mal mais je reste silencieuse. Ce n'est pas le moment de me faire repérer.

Hedvig tourne en rond et quand elle passe d'une page à une autre elle est à chaque fois sur le point de la déchirer, tellement elle est nerveuse. Que se passe-t-il ? La libellule posée à côté de moi semble penser la même chose.

– L'heure est venue, dit subitement Virtanen, brisant le silence de la nuit.

Un frisson parcourt mon plumage. J'avais oublié comme sa voix était inquiétante. Subitement, elle dégaine sa baguette et la pointe vers moi. Je me fige, terrorisée. Elle m'a repérée, ça y est, je suis fichue, elle va me tuer…

Un éclair rouge sort de sa baguette et vient frapper tout près de moi. Je me permets un cri de terreur qui se mue en croassement. La petite libellule, touchée de plein fouet, tombe à la renverse et dans sa chute…

… se transforme en l'une des jumelles.

Elles ont donc réussi à descendre sous une forme d'animagus. Je comprends maintenant comment elles faisaient pour espionner tout le monde sans être vues… Mais où est l'autre ? Virtanen, dédaigneuse, s'approche de la jeune Serpentard évanouie et la toise, hautaine. Elle lève sa baguette, lentement, et un sourire cruel naît sur ses lèvres…

Stupefix !

Protego! crie Virtanen en faisant volte-face, contrant le sortilège de la deuxième Jones, toute tremblante et pâle. Endoloris!

Le dos de Jones s'arque brusquement, tendu à l'extrême elle tombe à genoux en hurlant, les larmes strient son visage douloureux, puis elle s'effondre tout à fait en convulsant. Mon cœur bat la chamade. Je dois intervenir, je le dois. Mais si je le fait, je suis repérée, et je ne ferai pas le poids contre elle. Que faire ?

Virtanen interrompt son sortilège. On n'entend plus que les sanglots de Jones. La blonde norvégienne s'approche à pas mesurés de sa camarade de classe et la jauge, comme elle l'avait fait avec la première.

– Pourquoi m'avez-vous suivie ?

Pour toute réponse, le silence de la nuit et les flots tranquilles tapant contre les rochers.

– Réponds !

Un nouvel éclair de Doloris frappe la Serpentard au sol qui se recroqueville brièvement, puis s'immobilise. Elle s'est évanouie. Virtanen, avec sa baguette, la fait s'élever puis la laisse choir sans ménagement près de sa sœur.

– Je m'en occuperai après, marmonne-t-elle.

Elle reprend son livre, qu'elle avait laissé tomber pendant l'échange de sorts, l'ouvre à une page précise, puis s'avance jusqu'à ce que la pointe de ses bottes soit alignée avec le bord du fleuve. Elle allume sa baguette et en pose la pointe sur le parchemin. Ma vue m'informe qu'il est rédigé dans une langue que je connais mais que je n'ai jamais apprise.

Du norrois. La langue des scandinaves.

La voix froide et coupante de Hedvig s'élève dans la nuit dans une litanie lugubre. Elle se penche d'avant en arrière, de plus en plus vite, le vent se lève, l'eau du fleuve s'agite. Le vent se met à hurler… Hedvig crie les derniers mots puis jette derrière elle le livre en voyant l'eau devant elle bouillonner, tandis qu'apparaît une femme aux longs cheveux verts à la racine, blonds à la pointe. Ses yeux ont l'air vide et deux grandes nageoires sortent de sa tête en lieu et place d'oreilles, au milieu de sa chevelure qui ressemble à des algues. Le bas de son corps est une queue de poisson blanche et parcourue de signes runiques.

Une sirène.

– Damona ! hurle Hedvig, par-dessus le vent furieux et les flots mugissants. Je suis venue prendre l'anneau d'Odin ! Donne-le-moi !

Mon cœur plonge dans mon estomac. Elle connaît l'anneau. Elle veut l'anneau. L'anneau qui donnera tous les pouvoirs d'Odin à son possesseur. Mais c'est impossible, je suis toujours vivante, l'anneau ne fonctionne que si toutes les Valkyries sont mortes et je ne le suis pas ! A moins qu'elle n'ait compris que j'en étais une… Mais si c'était le cas, je l'aurais ressenti !

Oh, si seulement Gondul était là !

La voix de la sirène résonne alors dans toute la campagne rhénane, lente, lourde, profonde, caverneuse, venue d'une autre époque :

– Hors de question ! Tu mourras pour ta témérité !

Kausmaki lève sa baguette et dresse un immense bouclier autour d'elle, alors qu'une vague en forme de poing géant s'écrase dessus avec fracas. Ses yeux brillent d'une rage soutenue. La baguette fend l'air et renvoie brutalement l'eau contre la sirène qui plonge dans l'eau. Tove lance un sort et la maintiens en l'air. Damona porte ses mains à son cou, comme si elle suffoquait…

– Donne-moi la bague !

– Il faudra me tuer pour ça…

POC !

Virtanen lâche la sirène qui retombe dans l'eau furieuse. Abaisse lentement son bras. Se retourne vers moi, humaine, qui ne sais plus où se mettre.

Qu'est-ce qui m'a pris de lui balancer un caillou à la tête ?

Avada Kedavra ! rugit-elle.

J'esquive l'éclair vert, terrorisée. Elle veut me tuer ! Au secours ! Je vais mourir, je vais mourir, je vais mourir ! Elle me poursuit en me lançant ses sorts mortels, je ne vais pas réussir à y échapper longtemps ! Et quand elle me verra renaître, elle comprendra qui je suis… et alors il n'y aura plus de Valkyrie… et elle aura l'anneau…

C'est l'anneau qu'il faut protéger en priorité. Acculée au le bord du fleuve, je plonge.

Quel silence, là-dessous ! Plus de vent, plus d'Avada sifflants. Les courants violents agitent ma cape et mon pyjama, glacent mes pieds nus et menacent à tout moment de me frapper la tête contre les rochers. Je suis aussi en danger ici que là-haut. Et je vais bien finir par manquer d'air…

– N'es-tu pas Gondul ?

J'ouvre les yeux. C'est la sirène, Damona, qui est face à moi. L'eau s'est calmée autour de nous, mais au-delà d'une limite qui semble avoir été tracée par une force de l'au-delà, les flots continuent de se fracasser sur les bords. Ne pouvant répondre, je me contente de hocher la tête. Celle-ci pousse alors un lourd soupir fatigué et ferme les yeux. Deux gouttes brillantes s'en échappent.

– Je vais mourir ici, mais j'emporterai cette impudente avec moi. Gondul, protège l'anneau au péril de ta vie.

Elle place ses deux mains devant elle, les paumes de ses doigts palmés face à face. Une balle de lumière dorée s'y forme, puis s'atténue : au centre flotte un anneau.

Mon cœur s'arrête.

L'anneau d'Odin. L'anneau de la légende, l'anneau du pouvoir infini. L'anneau du malheur et de la mort. L'anneau protégé par les Valkyries. La raison pour laquelle je suis ici, la raison pour laquelle je suis encore en vie, c'est sa protection. Je l'attrape et…

…il ne se passe rien. Quelle déception !

Bruit d'éclaboussement. La sirène et moi levons la tête tandis que je referme mes doigts en un poing serré sur le précieux objet. Hedvig a plongé : ses vêtements amples flottent sous l'eau et lui donnent l'air d'une créature maléfique. Son regard bleu pâle est vrillé sur nous. Elle sort sa baguette…

– Va-t'en ! murmure la sirène, ses grands yeux exorbités de peur.

Sans attendre, je nage à la surface le plus vite possible. Je vois du coin de l'œil la sirène se battre contre Hedvig en lui lançant des sorts jaillissant de ses doigts palmés.

Ma tête parvient enfin à la surface. Je prends une immense inspiration et m'agrippe au bord, presque désespérée. Le mouvement autour de moi du vent toujours levé et du fleuve furieux m'empêche de voir de façon nette. Je remonte difficilement et cours du mieux que je peux. Pour aller où ? Je n'en sais rien. Je ne peux pas laisser les jumelles ainsi…

– Enderson ! claque la voix de Kausmaki.

Je me cache derrière un arbre et retiens mon souffle. Mon pyjama et ma cape me collent à la peau et me donnent froid. Sans parler de mes pieds nus qui semblent prêt à tomber tellement ils sont gelés. J'ai du mal à ne pas claquer des dents.

– J'ai tué Damona, la déesse du Rhin. Montre-toi si tu ne veux pas subir le même sort !

Je m'efforce de calmer la respiration. Il faut que je trouve une issue. A tout prix. Si seulement Gondul était là… Me transformer en corbeau ? Dans l'état de rage où elle est, elle serait capable de tuer un malheureux oiseau rien que pour se défouler.

– ENDERSON ! rugit-elle, folle furieuse. Je vais devoir venir te chercher !

Je fais un pas de côté et me révèle à elle. Je la regarde droit dans les yeux, tremblantes. Elle a l'air extatique. Et complètement dingue, aussi.

– Viens donc par ici…

Je fais volte-face et me mets à courir en zigzag parmi les troncs d'arbres. Ma respiration est erratique, mon cœur bat de façon désordonnée, mais il faut que je tienne bon. J'esquive les arbres qui reçoivent pour moi les sortilèges de mort qui fusent dans mon dos.

– ARRÊTE-TOI ! ARRÊTE-TOI OU JE TE TUE !

Je jette un coup d'œil derrière moi pour voir si j'ai de l'avance et me prends le pied dans une racine. Je m'effondre à terre sans pouvoir contrôler ma chute. J'essaie de me lever, mais je sens un pied tremper m'écraser le dos. Affolée, je me mets à pleurer en silence.

– Tu l'as, n'est-ce pas ? murmure-t-elle. Tu as l'anneau d'Odin, Enderson ? Donne-le-moi. DONNE-LE … HOUMPF !

Le pied disparaît, un bruit de chute retentit près de moi. Je me redresse difficilement : quelqu'un se bat avec ses poings contre Virtanen. Cette chevelure en bataille… Ces lunettes qui reflètent la lumière de la lune…

– Potter ! je gémis faiblement.

Il tourne immédiatement la tête vers moi, l'air franchement inquiet, voire paniqué. Il ne comprend rien de ce qu'il se passe. Le temps de ce regard, Virtanen tire sa baguette :

Lashlabask !

Potter est propulsé en arrière il roule sur le sol et un éclair vert atterrit à l'endroit même où il se trouvait. Il a le temps de me lancer un petit objet. Grâce à ma place dans l'équipe de Quidditch, je l'attrape sans mal et me remets à courir.

Endoloris !

Potter hurle. Je dois me forcer de me rappeler qu'il m'a envoyé quelque chose.

Oh, Merlin soit loué.

GONDUL A L'AIDE !

« Mais qu'est ce qu'il t'a pris de me laisser tomber ? »

Tu crois que j'ai fait exprès ? Et surtout tu crois vraiment que c'est le moment de me parler de ça ? Emma et Claudia sont en danger de mort ! Potter est en danger de mort ! Et surtout JE suis en danger de mort !

« Elle sait pour les Valkyries ? »

J'en sais rien mais pour l'anneau d'Odin, elle sait.

« Où est-il ? » panique Gondul. « Où est Damona ? »

Damona… la sirène. Elle est morte. L'anneau est dans ma main !

Gondul manque de s'étrangler.

« On est en GRAVE danger maintenant ! »

Ah, merci de me l'avoir précisé, j'ai failli ne pas m'en rendre compte !

Je m'arrête net dans ma course. Hedvig est à quelques mètres devant moi. Je m'apprête à me retourner pour la fuir, mais elle dresse des barrières magiques tout autour de nous.

– Et maintenant, avise-toi de t'échapper, lance-t-elle, un sourire aux lèvres.

Je vois derrière elle Potter, à terre, presque évanoui, les larmes aux yeux, le coin des lèvres ensanglanté, pâle comme la mort. Virtanen ne s'en soucie plus et lève sa baguette en la pointant sur moi.

– Donne-moi cet anneau. Sais-tu au moins tout ce qu'il représente ?

Je garde le silence. Tous les mots sont bloqués au fond de ma gorge.

« Fais-moi confiance. Ne bouge pas. »

Je peux poser des questions ?

« Vas-y. »

Pas à toi, enfin ! A Virtanen !

– Si je dois mourir, ai-je le droit de te poser des questions ?

Son sourire s'élargit.

– Vas-y. Ce n'est qu'un peu de temps en plus pour toi, un peu en moins pour mon règne.

Quelle malade.

– Tu es bien Tove Kausmaki ?

Elle a l'air à peine surprise que je sois au courant.

– En effet, dit-elle. Et dire que seules trois gamines ont pu le découvrir, avant même la police internationale. Tu croyais être discrète ?

– Pourquoi as-tu fugué de Norvège ?

– On commençait à se douter de ce que je voulais faire, déclare-t-elle d'un ton lugubre. Je ne voulais pas que qui que ce soit arrive avant moi au trésor d'Odin… Tout ça pour rien, ç'aurait été trop bête ! J'ai effacé les souvenirs de mes parents, ceux du directeur de mon école, et je suis venue à Poudlard.

– Pourquoi pas directement à Beauxbâtons ?

– Parce que je ne savais pas où trouver les informations manquantes ! fulmine-t-elle en levant haut ses bras, sa baguette avec – ce qui me fait changer de position pour éviter un sort qui partirait tout seul. Je ne savais pas encore trouver ce qu'il me fallait. Je savais que la bibliothèque de Poudlard était fournie, j'y suis venue. Ce voyage à Beauxbâtons était une aubaine… Jamais je n'aurais cru trouver tant d'indications, et si précises, sur l'anneau d'Odin. Je n'aurais jamais cru non plus, ajoute-t-elle, sarcastique, que toi et les deux morveuses, vous seriez si intéressées par mes recherches. J'ai bien fait d'y mettre un interdit.

– Tu… tu savais ?

Je commence seulement à prendre conscience que cette fille est à peu près au courant de tout… Et si elle savait pour moi… ?

– Je suis legilimens. Je savais ce que tu savais. Mais pas l'inverse. Dommage pour toi.

– Pourquoi lisais-tu dans mes pensées ? je demande en m'efforçant d'arrêter de trembler.

– Tu étais une menace. Tu savais des choses que tu n'aurais pas dû savoir. J'ai déjà voulu t'éliminer cet hiver, mais ça n'a pas marché… Ce n'était que partie remise. Tu ne comprends pas ? s'exclame-t-elle avec un petit rire méprisant. La tentative de meurtre de la petite Serdaigle, ça te dit quelque chose ? Sous Imperium, elle a essayé de t'étouffer… Dommage qu'on soit venu à ton secours.

– Lucy Ackerley ne voulait pas me tuer ? je m'exclame.

– Non ! La pauvre petite, elle se sentait si mal après ça… Par contre, ceux qui regrettent de ne pas t'avoir mis la main dessus, ce sont les Détraqueurs ! Malheureusement, une fois de plus, quelqu'un était là pour te sauver…

– C'est toi qui les avais envoyés ! je m'écrie, au comble de la surprise.

– C'était moi, confirme-t-elle. Il ne m'a pas fallu de grands trésors de persuasion pour convaincre les Détraqueurs. Je leur avais déjà promis beaucoup de choses dans mon règne futur.

– Tu as l'intention d'arriver avec une bague au Ministère et de dire « Poussez-vous, maintenant c'est moi le roi, regardez j'ai un bijou » ?

Elle me lance un regard dédaigneux.

– Alors tu ne sais vraiment rien… Tant mieux, après tout.

« Quelle naïve. »

– Cet anneau… C'est tout le pouvoir d'Odin qui y est conservé. Il fallait tuer les Valkyries pour pouvoir le débloquer. Elles sont toutes mortes au fil des siècles, tuées par des chercheurs qui ne sont jamais arrivés au bout de leur quête ou par des hommes qui avaient découvert qui elles étaient.

Tiens donc.

– Lesquelles ont été tuées ?

Elle me lance un regard étrange.

– Qu'est-ce que tu t'en fiches ? Tu ne savais même pas ce qu'était une Valkyrie avant ce soir !

« Que tu crois ! »

– Maintenant, donne-moi cet anneau.

– Pourquoi en as-tu tellement besoin ? Je veux dire, tu es déjà puissante…

– La flatterie, ça ne prend pas avec moi, décrète-t-elle d'un ton sec. Je suis déjà puissante, je le sais. Mais pas assez pour contrer tous les sorciers qui s'opposeront à moi. Personne n'a jamais compris les idées que je défendais. On m'a toujours écrasée.

« C'est sûr qu'on doit avoir toujours se sentir écrasé avec un ego surdimensionné comme le sien. »

Toi, tu es mal placée pour critiquer les egos surdimensionnés, alors tais-toi.

– Avec cet anneau, je vais pouvoir faire un monde meilleur ! s'emporte-t-elle. Supprimer la lie et mener une révolution qui changera la face du monde !

– Euh… c'est quoi cette « lie » dont tu parles ?

– Les gens comme toi, décrète-t-elle (et je réprime un frisson de peur). Ou comme tes amies. Les nés de moldu, les pro-moldus, les moldus.

« Je crois qu'elle a un problème avec les moldus. »

– A cause d'eux, reprend-elle, tandis qu'un éclat rouge et furieux traverse furtivement son regard, nous sommes obligés de nous cacher. En Norvège, ils ont voulu me casser ma baguette sous prétexte que j'avais lancé un sort à l'un de ces moldus idiots. C'est la loi de la Nature ! Les plus faibles doivent mourir ! Si nous continuons à les protéger ainsi, nous courons à notre perte ! Nous allons à l'encontre de l'évolution !

« … d'une certaine façon je suis d'accord avec elle… »

La ferme, le piaf. Tu n'es pas humaine, tu ne peux pas comprendre que ce qu'elle dit est fondé sur un contresens. Le propre de l'espèce humaine, c'est de protéger les siens, même si physiquement ou moralement ils sont déficients. Et c'est pour ça que je considère que cette fille est… inhumaine.

– Assez parlé. Donne-moi l'anneau ou je te tue. Je n'aurai aucune pitié, me menace-t-elle. J'ai perdu assez de temps comme ça.

– En fait, je crois que je vais le garder. Puissance infinie, hein ? Honnêtement, je préfère avoir ça pour moi.

Je pensais l'effrayer en disant cela. Mais elle sourit à nouveau avec cet affreux rictus.

– Sauf que pour l'utiliser, il faut connaître une formule ancestrale… que tu ne connais pas… et moi si.

« Elle a raison. Même moi, je ne la connais pas ! »

– Donne-le-moi !

– Jamais !

Avada Kedavra !

Cette fois-ci, le sort vient droit vers moi. Mes jambes sont figées. Je ne peux que voir le rayon vert se rapprocher. En une seconde, je me rappelle mes années au pensionnat, ma découverte du monde de la magie, mon premier voyage en train… Le premier échange de regard avec Potter… Le premier éclat de rire avec Judith et Roxanne…

Le rayon me frappe en pleine poitrine. Je tombe à la renverse. Ma tête heurte le sol.

Un silence irréel plane. Rien ne bouge. Tout est noir. C'est ça, alors, la mort ?

« Mais non, imbécile. Tu as les yeux fermés. Debout, l'heure de te coucher n'est pas encore venue. »

J'ouvre les yeux. Elle a raison. Le plafond de feuilles est bien là, au-dessus de ma tête. Je suis vivante. Mais il y a un problème. J'ai reçu un sortilège de mort, et personne à part le père d'un gros crétin de ma connaissance n'a jamais réussi à y survivre.

« Les Valkyries le font sans problème. Je t'ai déjà dit que nous étions des créatures magiques, et qui plus est des créatures de mort. Aucun Impardonnable n'a de prise sur nous. »

Je sens la confiance monter en moi. Je suis immortelle. Oh yeah !

Tove Kausmaki éclate d'un rire lugubre qui me fait froid dans le dos. Elle ne peut pas voir mes yeux grands ouverts d'ici.

– Alors c'est si facile que ça, de tuer un être humain ? finit-elle par s'écrier. Un misérable sortilège ? Un éclair et puis c'est fini ? Dire qu'il y a des gens pour trouver cela répréhensible !

– Comme moi, par exemple ?

Je me relève et croise son regard ébahi.

– Tu… tu es…

– Un zombie ? Pas tout à fait.

« Gondul, ne joue pas avec le feu. »

Un éclair de lucidité passe dans ses yeux fous. Elle me fixe et un sourire lent, cruel, monte à ses lèvres jusqu'à montrer ses canines.

– Tu es immortelle, finit-elle par dire. Tu résistes au sort. Tu me prenais pour une imbécile ? Tu as tort. Il n'y a qu'une créature capable de résister aux sortilèges de la mort. Cette créature, c'est une Valkyrie.


Note de fin de Ginger : Huhuhu, je crois pouvoir affirmer que je suis dans la mouise ! Bon, on verra bien ce qui m'arrivera d'ici jeudi. Et cette fois, je poste jeudi, promis juré. Je n'aurai rien d'autre à faire. Bon, pour ce qui est du concours, maintenant que tout est révélé : j'ai la grande tristesse de vous annoncer que personne n'avait trouvé que Tove Kausmaki était une simple humaine, sans lien de parenté avec Odin et sans rapport avec les Valkyries ! C'était en fait une ambitieuse qui voulait devenir maître du moooonde… (l'auteur en profite pour adresser une fois de plus ses plus plates excuses, et d'ajouter que « le prochain chapitre sera mieux, juré ! »).A plus tout le monde ! Et merci pour les reviews de l'autre fois. Vous vous rendez compte, près de 80 en deux chapitres ! C'est trop WOUAW.