Je descendis avant le trio dans la salle commune. Freddy, Albus, Rose et Theodore m'y attendaient, comme tous les jours.
– Coucou, les gars, les saluai-je en terminant de serrer ma cravate rouge et or autour de mon cou.
– Salut, Amley. Bien dormi ? me demanda Albus, prévenant.
– Oui, merci.
Une chose amusante que j'avais remarquée ici : personne ne se faisait la bise. C'était de mise, à Beauxbâtons. Abandonnant là cette pensée, j'emboîtai le pas à mes amis qui prenaient la direction du portrait de Pélagie.
– Bonjour, Miss Vermeil, me salua-t-elle gaiement.
– Bonjour, Miss Pélagie, répondis-je en retour.
Une bonne raison d'aimer Pélagie : elle savait correctement prononcer mon nom. L'autre jour, elle m'avait dit qu'elle avait vécu de nombreuses années en France, d'où son bel accent. Puis, elle s'était mise à parler dans un français catastrophique.
– Vous avez beaucoup jolie ce matin, Miss Vermeil*! ajouta-t-elle justement avec un clin d'œil.
– Merci beaucoup*, articulai-je lentement pour être sûre qu'elle comprenne.
Ne souhaitant pas discuter toute la matinée avec elle, je pris la poudre d'escampette et courus jusqu'à mes amis qui en étaient déjà au couloir suivant.
– J'ai beaucoup pensé à la Serpentard, cette nuit, disait Freddy Kreeps.
– Vraiment horrible, cette histoire, approuva Albus en hochant gravement la tête. Ça me fait de la peine.
– Vous parlez de qui ?
– Tu n'étais pas là au dîner, hier soir ? Une fille de Poudlard partie à Beauxbâtons est morte là-bas.
– Quelle horreur ! m'écriai-je.
– Elle est tombée de l'île. Elle s'est écrasée en bas. C'était Hedvig Virtanen. Tu l'as vue, là-bas ?
Je réprimai un frisson. Hedvig Virtanen, si mes souvenirs étaient bons, était une fille pâle, grande et anguleuse, aux yeux bleus froids et aux cheveux blonds. Elle était assez effrayante, mais méritait-elle la mort pour autant ?
– Oui oui, dis-je d'une petite voix. Même si je ne lui ai jamais parlé. Mon Dieu, ça doit être horrible pour vous.
– Ouais. Enfin, non, puisqu'elle était nouvelle cette année. Et elle était à Serpentard. On n'a pas vraiment eu l'occasion de la connaître, remarqua Theodore Carter.
Nous arrivâmes à la jonction d'un couloir, et tournâmes à droite.
– On ne tourne pas à gauche ? demandai-je, désirant changer de sujet.
– Le vendredi, c'est fête, m'expliqua Freddy. Toutes les salles changent de place. Du coup, la Grande Salle se retrouve à l'emplacement du bâtiment des Métamorphoses.
Je me mis à paniquer. Comment j'allais faire pour retrouver mon chemin ? Déjà que j'avais du mal quand le château était immobile !
– Il raconte n'importe quoi, s'empressa de dire Albus en lui décochant un regard noir. C'est juste la porte de la tour Est. Le vendredi, elle se prend pour l'entrée de la tour des Serdaigles et pose une devinette. On est obligés d'y répondre pour pouvoir passer.
– Je me demande ce qu'ils attendent pour la démonter, cette porte, songea tout haut Rose.
– Quoi qu'il en soit, de bon matin et sans petit-déjeuner, on arrive rarement à réfléchir correctement. Alors on fait le détour par les escaliers mouvants.
Je croyais avoir mal entendu ou mal compris, et continuai sereinement mon chemin. Mais quelle ne fut pas ma surprise en arrivant à ces fameux escaliers : la salle, qui semblait plonger jusqu'au fond de la terre et atteindre le ciel, fourmillait d'escaliers qui bougeaient sans arrêt d'un étage à l'autre. Je me sentis encore plus perdue que d'habitude et attrapai sans m'en rendre compte la main de la personne la plus proche.
– Ne t'en fais pas, me souffla Freddy avec un sourire dans la voix. Il y a des miroirs un peu partout, ce qui fait qu'on a l'impression que les escaliers et les étages sont infinis. Mais il n'y a que sept étages, et autant d'escaliers.
Un long frisson naquit en bas de mon dos et remonta en un éclair ma colonne vertébrale jusqu'à ma tête. Sept étages ! Je fermai les yeux en sentant mes forces me quitter. J'avais le vertige. Jamais je ne monterais sur ces fichus escaliers.
– Oh, ne me dis pas que tu as peur ! s'écria Freddy avant d'éclater de rire.
Rose lui marcha sur le pied, Theodore lui décocha un coup dans les côtes et Albus lui donna une petite frappe sur la tête. Pour la discrétion, j'avais vu mieux.
– Montre que tu es une Gryffondor, Amley, me dit gentiment Theodore. Montre ton courage. Tu peux le faire. Sinon, le Choixpeau ne t'aurait pas mise dans la maison de Godric.
Je hochai la tête, sans même me demander qui diable était ce Godric, puis regardai les escaliers juste devant nous. Deux destinations étaient possibles : tout droit et vers la gauche. Les marches interminables qui descendaient devant moi pivotaient d'un palier à l'autre. Je frémis.
– On doit aller tout droit, m'indiqua Rose.
Les escaliers quittèrent le palier de gauche en se dirigeant vers ma destination.
– Montre que tu es une Gryffondor, Amley !
Je ne savais pas qui avait exercé la légère pression dans mon dos pour me faire avancer. Mais ce fut elle qui me décida. Je mis un pied sur une marche et tremblai de terreur. L'escalier bougeait toujours. Je m'agrippai de toutes mes forces à la rampe. Je n'y arriverais jamais !
– Tu es une Gryffondor, Amley ! s'écria-t-on alors que l'escalier venait d'atteindre le palier en face.
Je descendis les marches, une à une, tremblante. Tout doucement. Et soudain… l'escalier se remit à bouger. Poussée par je ne sais quoi, je dévalai les escaliers en hurlant, sautant les marches, sans tenir compte du vide vertigineux – sans tenir compte du vide que j'allais rencontrer inévitablement devant moi.
Je fis un bond que je n'aurais jamais cru être capable de faire, et m'écrasai tout en lourdeur sur le palier. Le bon palier. Je n'y croyais pas. J'avais réussi ! J'avais descendu les escaliers !
Pour un peu, j'aurais fait ma danse de la victoire. Mais j'étais trop fatiguée pour la faire. Et trop surprise, aussi.
Comment Freddy Kreeps avait-il pu arriver en face de moi aussi vite ?
– Oh, j'ai pris la porte qui pose la question, répondit-il à ma question muette avec un immense sourire. Tu ne t'es même pas rendu compte de mon départ tellement tu avais peur des escaliers.
– Mais… tu as réussi à y répondre ? m'écriai-je, incrédule.
– Bien sûr, déclara-t-il, son sourire s'élargissant. A partir du moment où ça fait des années qu'elle pose la même. « Qui a fondé l'école de Poudlard ? »
Alors on aurait pu prendre cette fichue porte et éviter les escaliers ! Ils avaient fait exprès de me faire affronter ma phobie !
– C'était une conspiration ? demandai-je d'une petite voix aigüe.
– Disons plutôt une épreuve pour voir si tu étais bien à la hauteur des Gryffondors. C'est moi qui ai tout imaginé. Ça t'a plu ?
-X-X-
Je sens que les cours ce matin vont être singuliers. Qu'est-ce qui me fait dire ça ? Voyons… Tout d'abord, la tête d'Amélie. Elle est rouge de fureur depuis qu'elle est entrée dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Fait amusant : elle est descendue du dortoir avant nous, et est arrivée après nous. Elle était accompagnée d'Albus (qui m'ignore toujours aussi superbement), de Rose (qui sort toujours avec l'autre labrador blond et baveux), et de Theodore Carter, et tous les trois étaient tellement morts de rire qu'ils n'ont rien pu avaler.
Theodore et Freddy Kreeps, rappelez-vous, sont hyper amis. Et ce dernier n'était pas avec lui, fait plutôt étonnant. Quand j'ai demandé à Theodore où était passé Freddy Kreeps, il s'est tout simplement effondré par terre. J'ai cru qu'il était mort. En fait, il était juste mort de rire. Et Amélie, en face de lui, a rougi encore plus de fureur, grogné un « Hmpf ! » furieux, et continué de mettre de se verser du sucre dans sa tasse.
Le fou rire s'est prolongé chez Carter quand elle a essayé de boire la tasse. Elle n'avait pas encore mis de thé dedans. Elle s'est étouffée avec le sucre, et ça l'a encore plus énervée.
J'ai décrété que j'avais fini de manger quand j'ai vu un certain binoclard arrogant entrer, et je me suis faufilée discrètement vers la sortie. Je crois qu'il ne m'a pas vue. En sortant, j'ai à peine remarqué la tête d'enterrement qu'arboraient certains Serpentards. Ils font la tête qu'ils veulent, ça ne me regarde pas. Roxanne et Judith m'ont ensuite rejointe dehors, et nous avons marché tranquillement jusqu'à notre salle de classe en nous demandant pourquoi Amélie avait l'air si furieuse, et pourquoi Theodore Carter, Albus Potter et Rose Weasley étaient de si bonne humeur.
OoOoO
– Bonjour, bonjour ! nous salue gaiement le professeur Smith, arrivé avec cinq minutes de retard, comme d'habitude. Je suis heureux de vous retrouver après ces deux semaines en France. Tout s'est bien passé ici ?
Je ne peux m'empêcher de remarquer le coup d'œil que me lance Potter. Ce crétin semble s'être bien remis du baiser d'hier. Pas moi. Ça me trouble. Comment ai-je pu réagir comme ça ? Répondre au baiser, et pire, l'apprécier ?
– Ça n'a pas été le cas pour nous, bien sûr, ajouta-t-il très rapidement, son visage s'assombrissant. Vous avez appris, comme moi, que l'une de nos élèves est décédée là-bas dans un tragique accident… Tombée de l'île de Beauxbâtons…
La version officielle est légèrement différente de la réalité, on dirait !
– Je vais vous demander de garder une minute de silence pour votre camarade, Hedvig Virtanen.
Une minute de silence pour la fille qui a essayé de me tuer, ainsi que Potter et les jumelles Jones, et qui a réussi à assassiner une sirène ? Plutôt crever, oui !
« Fais ce qu'on te dit. Si tu attires l'attention, tu vas encore devoir inventer un mensonge. »
…tu as raison.
Suivant le conseil de Gondul, je garde le silence. Pendant cette minute, j'observe les élèves. Vermeil est un peu moins renfrognée – sans doute à cause de l'ambiance morbide – et Roxanne, quant à elle, fixe le vide. Elle a l'air épuisée. Les réveils avec Enrico ne lui ont jamais vraiment réussi. Judith observe consciencieusement le bout de ses ongles. Je tourne mon regard vers Potter, juste quelques secondes. Il a l'air de s'en moquer royalement.
– Merci, dit finalement le professeur Smith. Je me dois à présent de vous informer que vous avez une nouvelle camarade, Miss Amélie Vermeil. Elle vient justement de Beauxbâtons et est maintenant à Gryffondor.
Vermeil rougit fortement tandis que toute la classe la fixe avec des yeux morts. Le matin, chez les Gryffondors, on n'est pas très réactifs. Et je ne vous parle pas des Poufsouffles, qui suivent le cours de Sortilèges avec nous.
Angèle Champrun est sur le point de s'endormir sur sa table, mais elle a l'air gênée par quelque chose. Au bout d'un petit moment d'analyse, je comprends qu'elle a peur d'aplatir sa chevelure d'un côté et pas de l'autre en se reposant la tête contre la table. Je retiens un petit rire et me concentre sur le cours.
Aujourd'hui, nous allons apprendre à jeter le sortilège d'anamorphose, qui consiste à changer la forme d'un objet de façon à ce qu'il ne ressemble plus à rien. Nous allons nous entraîner sur des cubes en bois d'environ vingt centimètres de côté.
– Anamorphis nihila !
Le cube ne change absolument pas de forme. Je pousse un petit soupir..
– Il faut de la volonté, Miss Enderson ! s'écrie Smith en passant près de moi. De la volonté ! Regardez Miss Vermeil, elle, elle a déjà réussi !
Je jette un œil à travers la pièce. Amélie, un peu moins rouge de fureur que tout à l'heure, a en effet un objet dont la forme est indescriptible sur sa table. Comment a-t-elle pu y arriver si vite ?
– De la volonté, n'oubliez pas, me dit-il en partant réprimander Potter qui lance des boulettes de papier dans les cheveux d'un garçon de Poufsouffle endormi.
– En gros, il me faut une motivation, je songe tout haut.
Qu'est-ce qui pourrait être motivant ? Evidemment, l'idée « Potter/coupe afro» me vient immédiatement à l'esprit. Mais une association d'idées nouvelle s'accroche à mes pensées : « Potter/cheveux/passer les mains dedans ». ARGH. Qu'est-ce qu'il m'a pris d'y mettre mes mains hier aussi ? Oh, c'était peut-être leur douceur, leur côté soyeux…
– STOP !
Je m'empresse de me prendre la tête dans les mains et de me coucher sur ma table.
– Euh… Ginger, ça va ? me demande gentiment Judith. Tu veux que j'arrête quelque chose ?
– Non non, désolée, je geins en me faisant toute petite pour oublier les regards surpris de la classe. Je me parlais à moi-même.
– Et que devais-tu arrêter ?
– D'être stupide ? propose Potter, deux tables devant nous, en se retournant.
Pour une fois qu'il a raison, j'aurais bien aimé qu'il m'oublie. Je lui lance un regard noir et il se retourne vers sa table, mort de rire.
– Crétin, je grogne.
Flitwick entre dans la salle dans l'indifférence la plus totale, et Smith se dirige vers lui. Ils se posent dans un coin de la salle et se mettent à discuter. Smith est tellement bavard ! Il fait ça avec tous les profs qui passent dans les parages. Ce qui veut dire que pour la demi-heure qui suit, nous pouvons considérer que nous ne sommes pas surveillés.
Judith réessaie pour la dixième fois son sort, mais rien à faire. Moi, il faut que je me trouve une motivation. Hmm. Pour l'impudence de Potter, c'est sur lui que je vais m'entraîner. Quoi, vous ne m'avez jamais entendue faire mon imitation de Vector ? « Pour votre impudence, Miss Enderson, je vais retirer un point à votre maison ! »
Ça pourrait être marrant de lui changer la forme des cheveux, donc. Faire en sorte que ça ne ressemble à rien ! Ou même, encore mieux, la forme de ses yeux ! Il aura l'air absolument monstrueux. Sauf que je n'ai pas envie, aujourd'hui, de changer ses beaux yeux. Une minute, est-ce que j'ai dit « beau » ? Depuis quand suis-je d'un romantisme à vomir ? Ça ne va plus du tout… Je pourrais aussi lui faire une peau absolument immonde… Problème, quelqu'un a déjà peint un garçon en bleu à Beauxbâtons et j'aurais l'air d'une vulgaire copieuse. J'ai une réputation à tenir, moi.
Bon, ne restent plus que les vêtements, je suppose.
Une minute. Pour une fois, je ne suis pas obligée de détester Potter. Vu que j'ai une nouvelle personne à faire souffrir, maintenant : Vermeil. Cette sale petite Française qui squatte dans ma chambre. On va voir si elle ne plie pas bagage ce soir. Hin hin hin !
– Conseil d'ami, ne fais pas ça.
Je me retourne vers Wright, assis derrière moi. Il a un léger sourire aux lèvres. Le même sourire que celui de Carter, Albus et Rose.
– Quoi donc ?
– T'attaquer à Amélie. Elle n'est pas d'humeur.
– Moi non plus. Et comment tu sais à quoi je pense ?
– Tu as ton regard des mauvaises farces et il lui est destiné. Vraiment, ne fais pas ça.
– Pas besoin de tes conseils, Wright.
– J't'aurais prévenue…
Et son sourire s'élargit. Je commence à me dire que ce qu'il s'est passé avec elle, Kreeps, Albus Potter, Rose Weasley et Carter tout à l'heure est sacrément intriguant.
– Anamorphis nihila !
Woosh ! Un éclair rouge traverse la salle et frappe la tête de Vermeil. Ses cheveux semblent exploser, se dressant sur son crâne comme les pics d'un hérisson… puis ils deviennent noirs et retombent souplement sur ses épaules. Elle se retourne très, très lentement, dardant sur moi le regard le plus meurtrier que j'aie jamais vu, tout en levant sa baguette.
Oh, oh. J'aurais mieux fait d'écouter Arthur Wright… Je vous jure, je suis courageuse, mais là, je crois que même McGonagall tremblerait.
– Miss Vermeil ! Comment vous sentez-vous ?
Son regard s'adoucit brusquement tandis qu'elle lève un regard admiratif vers Flitwick. La différence entre ses yeux il y a deux minutes et maintenant est tellement frappante que ma mâchoire tombe ouverte sans que je m'en rende compte. Qu'est-ce qui lui prend ?
– Je… je vais bien, merci professeur. Je suis sûre qu'En… que Ginger a mal visé, c'est tout.
– Oui, j'ai mal visé, je m'écrie, saisissant la balle au bond. Je suis un peu fatiguée ce matin. Désolée, professeur.
Judith me fait les gros yeux.
– …et désolée, Amélie, j'ajoute, de mauvaise grâce.
Flitwick lève le sort, et les cheveux d'Amélie redeviennent blancs. Il sort de la pièce après avoir salué le professeur Smith, sans qu'il ne se rende compte du regard émerveillé de la Française. Puis elle tourne la tête vers moi et ses yeux redeviennent à nouveau furieux. « Ça passe pour cette fois », semble-t-elle me dire. « La prochaine fois, je ne me retiendrai pas. » Puis elle agrémente son regard d'un « hmph ! » méprisant avant de se retourner vers Roxanne pour l'aider à lancer le sort.
– Vous savez que votre camarade est demi-métamorphomage, Miss Enderson, n'est-ce pas ? me sermonne Smith en arrivant. Il est très dangereux d'ensorceler ses cheveux.
– Je sais, professeur, j'ai mal visé, c'est tout. Mais admettez que j'ai quand même réussi à le lancer, mon sort, j'ajoute fièrement.
Il lève les yeux au ciel et continue son chemin entre les tables.
OoOoO
– Ginger Enderson ! siffle Roxanne en me fonçant dessus à la sortie du cours. Qu'est-ce qui t'as pris d'attaquer Amélie ?
– Pour une fois que je laisse un instant de répit à ton cousin, je pensais que tu me remercierais…
– Je suis sérieuse.
– Il me fallait une bonne motivation pour réussir mon sort. C'est Smith lui-même qui me l'a conseillé !
– Ginger… soupire Roxanne en secouant la tête, blasée.
Je commence à apprécier, n'empêche. Pas le fait que Vermeil me pourrisse la vie, bien sûr, ni les vengeances douteuses de Potter… Mais le fait de retrouver ma vie d'adolescente normale. J'ai l'impression que ça fait une éternité depuis la mort d'Hedvig Virtanen… Ça ne fait que trois jours.
Et pourtant, j'ai le sentiment qu'enfin, ma vie reprend un tour plus habituel. Les menaces de mort sur ma personne sont moins fortes, je n'ai plus la responsabilité d'un anneau aux pouvoirs déments sur mes épaules, et mes implications dans la magie noire ont drastiquement diminué depuis que la voix de mon Horcruxe cesse de s'inviter à tout bout de champ dans ma tête.
Je l'ignorais à ce moment-là, mais ce n'était que le calme avant la tempête. Plus tard, je regretterais de ne pas en avoir plus profité, et de m'être laissé pourrir la vie par l'humeur de chien d'une petite Française exaspérante.
-X-X-
Après l'explosion – la mienne – de ce matin pour l'affaire Kreeps, j'avais redouté de devoir exploser à nouveau face au comportement de Ginger Enderson. Pourquoi m'avoir lancé ce sort ? Avait-elle décidé de faire de moi sa nouvelle tête de turc ? J'avais compris qu'auparavant, c'était Potter qui occupait ce poste. Pourquoi ce changement subit ?
Durant le reste du cours de Métamorphoses, donc, j'avais cherché à déterminer ce qui avait bien pu se passer entre James Potter et Ginger Enderson pour qu'ils arrêtent de se chamailler. Depuis ce matin, ils étaient très calmes. Or j'avais le souvenir net qu'ils passaient leur temps à se faire de mauvaises blagues ou des joutes verbales, à Beauxbâtons.
J'étais sûre d'une chose : entre le matin où j'avais quitté Laputa et ce matin-même, il s'était passé quelque chose entre Ginger et James. Quelque chose d'important. Et j'étais déterminée à savoir quoi. Après un cours de Botanique assez traumatisant (planter des plantes carnivores ! Non mais vraiment !), nous eûmes Histoire de la Magie, ce qui me semblait idéal pour réfléchir à cette question épineuse.
Ta-da-dam, inspecteur Amélie en action !
Judith et Roxanne s'étant assises côte à côte, je me plaçai à côté d'Enderson avant que quiconque ne prenne la place. Celle-ci fit une drôle de tête en me découvrant.
– Un problème ? demandai-je sèchement avec un regard noir.
Elle ne répondit rien et sortit ses affaires d'Histoire.
Cinq minutes plus tard, le cours commençait. La plupart des élèves plongèrent la tête dans les bras pour dormir contre la table. Les autres avaient toutes sortes d'occupations. Arthur Wright dessinait des caricatures et son voisin Thomas Abercrombie faisait une partie de solitaire. Potter lisait – ça alors, ce primate savait lire ? Un Serdaigle donnait des leçons d'origamis à son voisin : il lui apprenait à faire une fleur.
Un papier atterrit sur notre table. Ça venait de Judith et de Roxanne, assise devant nous. Enderson s'en empara et le lut rapidement. Je jetai un coup d'œil par-dessus son épaule.
– Excuse-toi. Ne te comporte pas comme une sauvage et présente-lui tes excuses. Elle n'est pas méchante.
Enderson me regarda un bref instant, pendant lequel je m'efforçai de noter consciencieusement sur mon cahier « C'est en 1788 que la situation changea enfin pour les centaures ». Elle détourna le regard et prit une plume je soufflai. Le cours d'aujourd'hui parlait en effet de gobelins. Pas de centaures. J'avais marqué n'importe quoi pour qu'elle ne voie pas que je lisais par-dessus son épaule.
– Plutôt crever. Peut-être qu'elle finira par abandonner la chambre, à force de me détester.
Elle tendit le papier à Roxanne, qui le lut avec Judith. Quelques instants plus tard, il revint.
– Elle va t'infliger le même traitement qu'à Kreeps, oui. Tu sais ce qu'il s'est passé ce matin ? Carter a finalement craché le morceau : il l'a un peu trop taquinée avec une blague pas méchante. Elle a pété un câble et envoyé sur lui des sorts que personne ne connaissait. Il a un visage de babouin, maintenant, et Pomfresh a un mal fou à lui rendre sa tête normale.
Je rougis et détournai la tête alors qu'Enderson pouffait de rire. Après mes emportements, j'étais toujours un peu gênée de ma virulence. Mais il le méritait, ce sagouin ! C'était inhumain de se moquer des phobies des autres !
– Tu crois qu'elle pourrait faire la même chose à Potter ?
– Oui, mais si tu la mets dans ton camp. Excuse-toi !
– A la base c'est elle qui me déteste !
– Hé bien peut-être qu'elle te détestera moins !
Ça, je n'en étais pas si sûre. Mais si ça me permettait de découvrir ce qui se tramait entre Potter et elle, alors peut-être que j'arrêterais de lui lancer des regards noirs toutes les deux minutes.
Un bout de papier atterrit de mon côté de la table.
– Judith et Roxanne veulent que je m'excuse.
– Il faudrait que tu revoies ta façon de t'excuser.
– C'est ça ou rien.
Je me sentis offusquée. J'avais un minimum d'honneur, je n'allais pas m'abaisser à des excuses aussi insolentes !
– Au revoir alors. Je n'en veux pas, de tes excuses. Fiche-moi la paix.
Elle haussa les épaules et tendit le papier contenant notre échange à Roxanne et Judith. Roxanne se frappa le front du plat de la main, tandis que Judith écrivait à toute allure. Bientôt, un nouveau papier atterrit sur notre table.
– Ginger Enderson, si tu n'obtiens pas ses excuses avant la fin de l'heure, tu dormiras dehors ce soir !
Je savais ce qu'il me restait à faire. Je déchirai un bout de parchemin et me mis à griffonner dessus.
– Je veux bien t'excuser à une seule condition.
Elle arqua un sourcil.
– Vas-y.
– Il s'est passé un truc entre James Potter et toi, hein ? Dis-moi quoi.
Affolée, elle mit le feu au parchemin, à ma grande surprise. Quelques élèves se tournèrent vers nous, stupéfaits. Même Potter leva les yeux de son livre, dont je pus lire le titre : Mythes et Légendes Scandinaves. Je me demandais si ça avait un rapport avec ce qu'il s'était passé entre eux. « Probablement pas », décidai-je.
– T'es malade ? murmurai-je.
– Chut, chut, chut, souffla Ginger. Tu sais quoi, mes excuses, tu ne les auras pas.
Puis elle envoya un morceau de papier à Judith et Roxanne.
– Décision prise. Ce soir, je ne dors pas avec vous. C'est toujours mieux que m'excuser à Vermeil.
