Le midi, je déjeunai avec Theodore, Rose, Albus, sa petite amie Lucy Ackerley, Freddy, et Charles Woles, le capitaine de Quidditch qui était de la promotion de ce dernier. Tous réunis au coin de l'immense table des Gryffondors, nous discutions de choses et d'autres. J'avais la tête ailleurs.
Il s'était bel et bien passé quelque chose entre Ginger Enderson et James Potter. Sinon, elle n'aurait pas réagi aussi excessivement pendant le cours d'Histoire de la Magie. Surtout, c'était quelque chose qui devait rester secret. De quoi pouvait-il bien s'agir ?
– A quoi penses-tu ?
Je sortis de ma rêverie. C'était Albus qui venait de parler.
– A moi, bien sûr, répondit Freddy, ce qui lui valut une claque derrière la tête de la part de Rose et Lucy qui l'encadraient.
– Je rêvais, éludai-je.
En vain.
– De quoi ? demanda Rose. Ou de qui ? ajouta-t-elle avec un sourire mutin.
Theodore Carter et Freddy Kreeps se penchèrent vers moi dans un même mouvement, ce qui déclencha un petit soupir de dépit de la part de Charles Woles. De vraies commères, ces deux-là. Je m'en étais rendu compte sur le chemin de la Grande Salle : ils discutaient des derniers potins de Poudlard.
– Je pensais à Ginger et au fait qu'elle a toujours l'intention de me virer de sa chambre.
Ma révélation n'était vraie qu'à moitié, mais ça, ils n'avaient pas besoin de le savoir.
Rose, Freddy, Charles et Theodore eurent un demi-sourire quant à Albus et Lucy, ils se renfrognèrent. J'avais l'habitude de cette réaction de leur part. Dès qu'on parlait de Ginger, ils devenaient réservés, gênés, et même bougon dans le cas d'Albus.
OoOoO
– Il s'est passé quelque chose avec Enderson, hein ?
Le soir-même, j'accompagnais Theodore Carter, Chuck Woles Freddy Kreeps à leur entraînement de Quidditch. Comme la question m'avait taraudée pendant tout le déjeuner, j'avais décidé d'en avoir le cœur net en leur soutirant des informations. S'il s'était passé quelque chose, ils étaient sans doute les premiers à en être au courant. Effectivement, les deux commères de service me firent un sourire de conspirateur, et Chuck Woles accéléra le pas pour ne pas écouter cette conversation dont le sujet semblait l'ennuyer au plus haut point.
Pas marrant, celui-là.
– Il se passe toujours quelque chose avec Enderson, soupira Kreeps. Cette fille attire les « quelque chose ». Précise ta question.
– Entre Enderson, Albus Potter et Lucy Ackerley.
Ted et Fred ralentirent instantanément leur pas rapide. Ils échangèrent un regard bref mais profond dont je devinai immédiatement la signification : « On lui dit ou pas ? »
– Je ne dirai rien, je le promets, m'empressai-je d'ajouter. Je suis juste curieuse. Je passe la moitié de mon temps avec eux et ils font toujours une drôle de tête quand on ramène le sujet Ginger sur le tapis.
– Observatrice, hein ? dit Carter.
Sans se concerter, les deux garçons changèrent brutalement de cap. Je les suivis à grand-peine. Ils étaient tous deux plus grands que moi et marchaient bien vite. Peu de temps plus tard, nous étions à la lisière de la forêt. Personne aux alentours.
– Albus m'a fait jurer de ne rien dire à personne, commença Théodore. Bon, j'en ai parlé à Fred, mais il n'en saura rien. Il faut que tu n'en parles à personne, Amley, d'accord ?
– D'accord, répondis-je, soudain excitée.
– Pendant la soirée d'Halloween, Lucy Ackerley était avec un autre garçon qu'Albus. Lui est venu avec Ginger. Lucy a embrassé son cavalier, et en réponse, Albus a embrassé Ginger. A partir de là, ils ne se sont plus parlés pendant des mois.
– Jusqu'à janvier, pour être précis, ajouta Theodore. Là, c'est la partie que personne ne doit connaître, alors ouvre bien tes oreilles, on ne va pas répéter. Ginger a déclaré son amour à Albus, puis s'est mise à insulter Lucy. Il l'a larguée. Deux minutes après, il croisait Lucy dans les couloirs. Le lendemain, ils sortaient ensemble.
L'explication était courte, c'était une simple exposition de faits. Mais les sentiments qu'éprouvaient chacun derrière tout ça étaient limpides. Lucy et Albus s'aimaient depuis longtemps, et Ginger s'était immiscée entre eux. Elle était devenue jalouse, et avait fini par exploser. J'éprouvai un peu de pitié pour elle.
Mot-clé dans cette phrase : peu.
Les deux garçons m'observaient avec attention, attendant manifestement une réaction.
– Hé bah, dis-je simplement, faute de trouver mieux.
Décidément, beaucoup de choses tournaient autour de cette fille.
-X-X-
Dès le moment où j'ai annoncé aux filles que je ne dormirais pas dans notre dortoir, j'ai eu une idée très précise de l'endroit où j'allais passer la nuit : la Salle-sur-Demande, bien sûr. Heureusement qu'on l'a découverte, sinon je ne sais pas où je serais allée… Au programme ce soir, j'ai prévu de me promener, de laisser quelques farces sur mon chemin à l'attention de notre dévoué concierge, et surtout, d'éviter Peeves. Notre concierge, Rusard, est vraiment vieux maintenant. Il n'entend et ne voit presque plus, tout comme cette saleté de Miss Teigne. En revanche, quelqu'un qui n'a pas de problème avec le fléau du temps, c'est Peeves, terreur de Poudlard, qui s'amuse beaucoup à dénoncer les élèves qui ne sont pas dans leur chambre la nuit.
L'entraînement de Quidditch n'a pas été éprouvant : dans deux semaines, il y aura le match Serdaigle-Serpentard, et un mois et demi après cette rencontre, Poufsouffle-Serpentard. Je me remémore sans peine l'échec cuisant des Aigles face aux Blaireaux en début d'année.
Les Blaireaux. Ce sont les meilleurs au Quidditch. Individuellement, ils ne sont pas si excellents que ça. Mais ensemble, ils sont redoutables. Ça illustre bien les idéaux d'Helga : la fidélité, l'amitié, l'unité, etc. Le dernier match de l'année sera Poufsouffle-Gryffondor, et au vu de nos derniers résultats, il sera sans doute décisif pour la coupe de Quidditch de cette année.
A l'heure où je repense à tout ça, il est 18 heures et je me retrouve dans un endroit qui n'a pas l'habitude de me voir. Un endroit qui sent bon le vieux parchemin, l'encre, mais surtout les vieilles peaux et les chutes…
– Chuuut ! fait justement cette vieille peau de Mrs. Pince à deux petits Poufsouffles.
Roxanne et Judith m'ont traînée ici. Je suis à côté de Jude, et Rox à côté d'Amélie. Celle-ci me lance de temps en temps des coups d'œil intrigués. Qu'est-ce qu'il y a, ma tête ne lui plaît pas ? C'est réciproque.
Mes deux amies se lancent un long regard-conversation dont je vais vous retranscrire l'essentiel :
« Maintenant ? »
« Je suis pas sûre, peut-être qu'après… »
« Ça ne sert à rien de la préserver. Faut bien qu'elles finissent par s'entendre. »
« Sinon on va avoir droit à une troisième guerre mondiale. »
« Tu l'as dit. Bon, on fait ça maintenant, alors ? »
« Ok. Tu peux trouver un truc discret et pas trop ridicule ? »
– Tu n'aurais pas, euh, une serviette hygiénique à me prêter, Jude ?
Judith manque de se frapper la tête contre la table de désespoir et se lève pour suivre Roxanne à l'extérieur. Un silence inconfortable commence à s'installer à la table.
– Alors, tu dors où, cette nuit ?
Je lève la tête. Amélie, vaguement gênée, attend que je réponde.
– Ça ne te regarde pas. Une minute, comment sais-tu que…
– Roxanne m'en a parlé, répond-elle un peu trop rapidement.
Je lui lance un regard soupçonneux. Je suis sûre qu'elle a lu par-dessus mon épaule en cours d'Histoire de la Magie, cette sale petite fouine.
On n'est pas près de devenir amies, je pense.
– Je voulais te demander un truc…
Je lui lance un regard blasé, l'incitant à continuer.
– Qu'est-ce que tu ressens vraiment pour Albus Potter ?
Cette fille a le chic pour ressortir tous les noms que je préfère oublier.
– Ça me regarde, je réponds sur un ton neutre. Pourquoi ai-je l'impression que tu cherches les problèmes, Vermeil ?
– Alors ce qu'il s'est passé avec James Potter est à cacher pour les mêmes raisons ?
– Je n'ai pas dit ça.
Je viens de trouver son futur métier : journaliste pour un magasine people.
– Je ne lâcherai pas le morceau, tu sais, insiste-t-elle.
– Et moi je ne lâcherai pas…euh… Armand Béryl, je rétorque.
J'ai failli oublier son nom. En tout cas, j'ai bien fait de le ramener dans la conversation. La p'tite Amélie a bien pâli, tout à coup. Evidemment, je n'ai pas l'intention de ressortir avec l'autre idiot de Beauxbâtons. Mais si ça peut l'embêter, je suis prête à la menacer avec ça. Surtout si c'est elle qui commence à m'embêter.
« Tu te comportes comme un bébé, tu devrais avoir honte ! »
Bonjour à toi aussi, comment vas-tu ?
« Mal. Comment peux-tu être aussi insouciante alors qu'il se trame des choses bien plus graves ? »
Comment ça, bien plus graves ?
Elle ne répond pas.
Bien plus graves… Qu'est-ce qu'elle veut dire par là ?
– Je ne vois pas le rapport, dit Amélie d'une voix blanche.
– Ah non ? je rétorque, revenant me replongeant dans la dispute. Alors il n'y a pas de mal à ce que je ressorte avec lui ?
– NON !
– CHUT ! s'écrie la vieille peau, faisant sursauter la moitié des élèves dans la Bibliothèque.
– Enfin je veux dire, tu lui as fait du mal, et, euh, c'est un ami, je ne supporterais pas que tu lui infliges à nouveau la même torture…
– « C'est un ami » ? Marrant, je ne t'ai jamais vu parler avec lui, je raille.
Elle rougit mais contre-attaque :
– Qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu as eu un comportement immoral avec lui et c'est ça que je retiens : tu es sorti avec lui pour un pari, sans te soucier de sa personne et de ses sentiments !
Je manque de m'étouffer. Alors elle n'était pas là quand Roxanne a annoncé publiquement à Beauxbâtons qu'Armand Béryl et Théophile Frégate pariaient pour sortir avec des filles de Poudlard ? Une minute… Maintenant que j'y pense, elle avait une déclaration d'amour imprévue sur les bras à ce moment-là. Elle n'a pas écouté un traître mot du superbe discours de Roxanne.
Elle est toujours à fond sur ce pauvre type !
– Tu sais, il n'est pas tellement mieux que moi, je tente de la prévenir. En fait, il est même bien pire que Potter et moi réunis.
Elle ouvre la bouche en « O », s'apprête à dire quelque chose, puis s'écrie à la place :
– « Potter et moi réunis » ? Qu'est-ce que tu entends par ça ?
Fichue journaliste !
– SILEEEEEEEEEEENCE !
Amélie est si surprise qu'elle tombe de sa chaise. J'éclate de rire.
Deux minutes plus tard, nous sommes toutes les deux devant l'entrée de la Bibliothèque dont la porte vient de se fermer sur nous. La vieille peau nous a vraiment mises dehors ! Jamais elle ne m'avait réservé ça.
Enfin, si. Mais jamais aussi violemment.
Une idée subite me vient. Ne cherchez pas à savoir pourquoi, j'ai des associations d'idées bizarres. Toujours est-il que je viens de trouver la solution à mon problème actuel.
– Amélie Vermeil, je te défie.
– Hein ? répond-elle, encore secouée.
– Moi, Ginger Enderson, je te défie en duel cette nuit. Si je gagne, tu arrêteras de me poser des questions sans arrêt. Si je perds, tu me poseras la question que tu veux et je jure d'y répondre.
– Et comment aurais-je la certitude que tu ne mens pas ?
Je la fixe avec des yeux ronds. En six ans, c'est la première fois que je vois une chose pareille. Quelqu'un qui doute de… !
– Un Gryffondor qui met sa parole en jeu ne ment jamais, je m'offusque. Et encore moins lorsqu'il s'agit d'un duel.
Elle réfléchit quelques secondes. D'un côté, elle meurt d'envie de me questionner. De l'autre, elle n'est pas sûre de faire le poids face à moi.
– C'est d'accord, dit-elle enfin.
– C'est d'accord pour quoi ? demande Roxanne, suivie par Judith, surgissant toutes deux de la bibliothèque.
– Pour un duel, répond innocemment Amélie. On a besoin de mettre des choses au clair.
Judith prend un air ultra-blasé. Roxanne se pince l'arête du nez en faisant sa tête de mère affligée.
– Ginger, Ginger, Ginger, qu'est-ce qu'on va faire de toi…
– Je peux te prendre comme second, Roxanne ? s'empresse de demander Amélie.
– Non non non, s'écrie-t-elle. Je ne veux pas être mêlée à ça.
– Moi non plus, s'exclame Judith en voyant que je m'apprête à le lui demander aussi. Trouve-toi un autre suicidaire.
– Vous parlez de nous ?
Nous nous retournons toutes les quatre vers Freddy Kreeps et Theodore Carter.
– Freddy, sois mon second pour un duel contre Enderson, demande très vite Amélie.
– Un duel ? Coooool…
– Je peux être le second de Ginger, alors ? fait Theodore avec le même sourire immense que celui de son ami.
–Si tu veux, je déclare nonchalamment.
Après tout, je m'en fiche un peu, de mon second. C'est juste pour le protocole. Tout ce qui compte, c'est qu'il n'aille pas vendre la mèche.
– Ginger, tu vas te faire prendre… me prévient Judith.
– Mais non, j'ai l'habitude, je réponds avant de me tourner vers Amélie. A minuit dans le couloir abandonné des Enchantements, alors.
Elle cille. « Minuit ? » doit-elle se dire. « Heureusement qu'on n'a pas cours demain ! » Petite nature.
– C'est d'accord, concède-t-elle finalement.
– Cooool, répète Kreeps.
OoOoO
Après cette scène, nous sommes tous allés à la Grande Salle pour le dîner. La directrice a fait un beau discours où, en gros, elle nous conjurait de bien nous tenir pendant le séjour de deux semaines des Français – ils arrivent demain. Moi, j'avais la tête ailleurs. J'élaborais une liste de sorts dans mon crâne. Je n'avais pas l'intention de me laisser faire.
Du coup, j'ai à peine fait attention au fait que Potter s'était installé juste en face de moi. Quand j'ai enfin repris mes esprits, j'ai réalisé qu'il venait de vider trois salières dans mon assiette.
– Ah, tu t'es enfin réveillée ? a-t-il demandé en dévissant une quatrième salière.
Bah, de toute façon, je n'avais pas faim.
– Attends, je vais t'aider, ai-je répondu d'un air absent en prenant délicatement la salière de ses mains.
Trop surpris, il s'est laissé faire. Nos doigts se sont frôlés. Les siens étaient chauds et me donnaient envie de les toucher à nouveau, juste pour voir s'ils étaient aussi doux qu'ils en avaient l'air. Puis j'ai repris mes esprits, ouvert la salière, et en ai renversé le contenu dans son plat.
– Si tu en veux plus, tu n'as qu'à demander, ai-je ajouté sur le même ton absent en me replongeant dans ma liste mentale de sorts.
J'ai ensuite copieusement ignoré les questions incessantes de Potter visant à me faire sortir de ma léthargie apparente (je dis « apparente » puisqu'à l'intérieur de ma tête, c'était l'effervescence) : « Enderson, ça va ? Tu veux encore du sel, c'est ça ? Si tu veux j'ai même des limaces, ça pourrait être pas mal avec les haricots verts… Ou alors tu peux les mettre dans tes cheveux, ça ferait de jolies broches… D'ailleurs, j'en ai dans ma poche, qu'en penses-tu ? »
Je lui ai lancé un regard qui l'a fait taire. Il m'a oubliée pour le reste du repas, s'intéressant à sa voisine de table, une gamine de quatrième année, qui gloussait comme une dinde à chaque fois qu'il disait quelque chose, que ce soit drôle ou non.
En sortant de la Grande Salle, je fais mine de suivre les autres vers la tour Gryffondor, puis je m'écrie « Oh, j'ai oublié mon écharpe », et fais demi-tour. Seule dans les couloirs, je peux alors prendre en toute discrétion la direction de la Salle sur Demande. Une fois devant la tapisserie recouvrant la porte, je fais trois allers-retours devant en pensant très fort « J'ai besoin d'une salle d'entraînement ».
Bientôt, la porte apparaît. Je m'engouffre dans la pièce.
Alors que je m'entraîne, je réfléchis à la brève intervention de Gondul tout à l'heure. Des choses bien plus graves… De quoi parlait-elle ? Le plus grave est derrière nous, puisque l'anneau a été détruit. Odin n'avait tout de même pas créé un deuxième anneau ? Non, c'aurait été indiqué dans le livre de Mythologie scandinave et j'en ai déjà lu les pages les plus importantes.
Gondul doit être un peu parano, tout simplement.
-X-X-
Cathyyyy !
J'espère que tout se passe bien de ton côté. Pas trop épuisants, les entraînements ? Tu te fais des amies là-bas ? Ça doit être une expérience formidable.
Moi aussi, en ce moment, je fais une expérience… hum, formidable. Là, je suis dans ma chambre, avec le livre du professeur Flitwick dans les mains, en train d'apprendre et noter tous les sorts intéressants que je peux y trouver. Une fille m'a provoquée en duel tout à l'heure. Et devine qui ? Ginger Enderson. Oui, oui, c'est bien :
- la fille que Vio a sauvée des Détraqueurs cet hiver
- la fille avec qui tu as correspondu avant de partir de Beauxbâtons
- la fille qui a insulté mes cheveux
- la fille qui a brisé le cœur d'Armand
Elle est impliquée dans pas mal d'événements, tu ne trouves pas ? Hé bien chaque jour, j'apprends qu'elle est impliquée dans une nouvelle affaire. C'est incroyable. J'ai l'impression que toutes mes connaissances de Poudlard ont une sale histoire avec elle.
Bref, j'ai voulu en savoir plus sur une de ces affaires qui me paraissait étrange. Tu sais comme je suis curieuse… Elle m'a provoquée en duel. Si je gagne, je peux lui poser une question et elle y répondra. Si je perds, je ne pourrai plus jamais lui poser de question. Je pense que le jeu en vaut tout de même la chandelle.
Je sais ce que tu vas me dire : je suis supposée enterrer la hache de guerre. Elle est dans ma chambre et ça ne se passe déjà pas super bien dans ma dernière lettre, je t'ai déjà dit comme elle pouvait être diabolique. Là, je mets de l'huile sur le feu. Mais je suis trop curieuse… Je verrai les conséquences après !
Je te laisse. Une liste de sorts à apprendre m'attend.
Gros bisous,
Amélie
Je reposai la plume, relus la lettre, puis la pliai pour la mettre dans une enveloppe. Dans un même mouvement, je me levai de mon lit, attrapai une cape et sortis du dortoir vide. Roxanne et Judith, en retard dans leur travail, bossaient dans la Salle Commune. Je les y croisai. Elles ne firent qu'à peine attention à moi, toutes occupées qu'elles étaient par leurs parchemins.
Il était 21h20. J'avais dix minutes pour poster ma lettre avant le couvre-feu. Je m'y rendis le plus rapidement possible tout en récitant une liste de sorts dans mon crâne. Kalevala, Cottonum multum, Corseti… Quel était celui pour paralyser les doigts, déjà ? Ah oui, Immobilius digiter…
Je revins juste à temps à la Salle Commune. J'y restai avec Roxanne et Judith. Elles travaillaient toujours je continuai en silence d'apprendre des sorts. Vers onze heures, elles se levèrent pour aller se coucher. Moi, j'étais toujours assise sur le canapé devant l'âtre, pas du tout fatiguée. J'étais déterminée à gagner ce duel.
J'avais encore en mémoire ma piètre performance face à James Potter quand mon prof de Défenses à Beauxbâtons avait décidé de faire l'expérience d'opposer Français et Anglais. Je n'étais alors pas prête du tout à me battre, et puis je n'avais pas vraiment de raison de me battre contre lui. Mais avec une bonne motivation, comme celle de découvrir les secrets de Ginger Enderson, je pouvais me battre comme une dragonne.
Finalement, à minuit moins dix, Freddy Kreeps et Theodore Carter sortirent discrètement de leur dortoir. Ils n'avaient pas l'air plus endormis que moi.
– On y va ? proposa gaiement Freddy.
Je hochai la tête en essayant de faire abstraction de la boule dans ma gorge. Ce n'était pas parce que j'étais contente d'aller faire mes preuves que je n'étais pas un peu angoissée !
-X-X-
Je suis sûre que cette trouillarde ne va pas venir. Elle va me planter là. Oh, je m'en fiche ! Je saurai bien me débrouiller pour revenir à la Salle-sur-Demande sans me faire attraper par Peeves. Si je lui promets des feux Fuseboum pour le 1er avril, il me laissera tranquille.
Ce serait pratique si la Française ne venait pas, en fait. Ça reviendrait à ce qu'elle ait déclaré forfait, et je gagnerais. Donc elle ne me poserait plus de question.
Un monde sans les questions d'Amélie Vermeil serait proche du paradis.
Je la méprise moins qu'il y a quelques jours, en fait. D'accord, c'est une abrutie folle amoureuse du plus grand crétin que la terre ait jamais porté. Mais : elle a transformé le visage de Freddy en celui d'un babouin. Je ne peux qu'être admirative ça change la donne.
Je suis appuyée contre un pilier à moitié défoncé du couloir des Enchantements abandonné. Avant ma cinquième année, ce couloir était en bon état et puis James et moi sommes passés ici le 1er avril dernier. Londubat nous poursuivait, on a provoqué une inondation et… Bref, c'est une longue histoire. (1) Quoi qu'il en soit, depuis cette date, le couloir est en ruine, ce qui lui donne un aspect lugubre. C'est pour ça que j'ai choisi ce lieu pour le duel. Avec un peu de chance, ça va lui faire peur, à cette froussarde.
Des pas résonnent à minuit pile, et, bientôt, trois silhouettes s'approchent dans le couloir éclairé d'un seul chandelier. Amélie Vermeil est la première à sortir de l'ombre, talonnée par nos seconds. Celle-ci me remarque immédiatement, bien que je sois à vingt mètres d'elle et quasiment dissimulée par un pilier.
– Je suppose que l'on peut commencer, annonce-t-elle simplement.
– Très bien, je réponds sur le même ton.
C'est parti pour un duel qui va entrer dans la légende… ou pas.
