Faisons le point.
Il est minuit, nous sommes quatre dans le couloir abandonné des Enchantements. Amélie, face à moi, baguette levée. Freddy Kreeps à côté d'elle, Theodore Carter juste derrière moi. Elle est sur le point de m'attaquer.
Sauf qu'il y a un petit problème, dont je me souviens d'un coup.
Elle ne peut pas me lancer de sort.
Gondul m'a protégée l'autre jour : les sorts rebondissent sur moi. Si Vermeil s'en rend compte, elle va me traiter de tricheuse – et elle aura bien raison – et cette tricherie me coûtera la victoire.
GONDUUUUUUUUUUUL !
« Tiens, bonsoir. Tu as réfléchi à ce dont je t'ai parlé ? »
Oui, oui ! J'ai décidé que tu étais juste parano. Bon, plus important : comment tu lèves le sort de protection que tu m'as lancé l'autre jour ? Je suis sur le point de faire un duel et si l'autre s'en rend compte, ce sera comme si j'avais perdu.
« 'Parano' ? Tu penses que je suis 'parano' ? Tu es impossible ! Ne te rends-tu pas compte du danger ? »
Je me rends juste compte que je vais avoir des problèmes dans l'immédiat si tu ne m'aides pas !
« Je ne lèverai pas ton sort de protection. C'est ton problème. Tu n'avais qu'à refuser le duel. Ou ne pas provoquer en duel, si c'est toi qui as provoqué l'autre. »
Arrête avec ta paranoïa, enfin, je n'en ai pas besoin de ce sortilège débile ! Je suis à Poudlard, et personne à part le concierge ne me veut du mal ! Et de toute façon, il est Cracmol. Alors lève ce fichu sort !
– Qu'est-ce que tu attends ? me demande Amélie, étonnée par mon silence.
– Euh… Je me demandais juste pourquoi Freddy était de ton côté, je bredouille en espérant gagner du temps.
« Je ne le lèverai pas ! »
Je ne t'ai même pas donné l'autorisation de me le lancer !
– C'est-à-dire ? dit Freddy.
– Hé bien, elle t'a lancé un sortilège ce matin, je crois, non ?
« Tu vas le regretter un jour ou l'autre, Gondul. »
Je prends le risque.
« Très bien, j'arrive. »
Freddy éclate de rire.
– Oh, je le méritais.
Une seconde… Comment ça « j'arrive » ?
Une fenêtre du couloir se brise soudain en une pluie d'éclats de verre. Avec vivacité, Théodore, le plus exposé, se lance un sort de protection, tandis que les deux autres se couvrent la tête avec les mains. Je suis la seule à m'apercevoir que c'est un corbeau qui vient de rentrer. Son vol est si rapide que je ne vois, en fait, qu'une tâche noire me tourner autour, et ensuite repartir par le trou dans le carreau. J'ai une légère sensation de nausée, puis plus rien.
– C'était quoi ? fait Freddy, déboussolé.
« C'était moi. Le sort est levé. Tu m'appelleras quand tu le voudras à nouveau. »
C'est ça.
– Peu importe, ça ne doit pas nous empêcher de faire notre duel, je déclare, en dégainant ma baguette. Prête, Amélie ?
– Prête.
Un éclair blanc file sur moi je le dévie rapidement d'un petit mouvement de poignet, et j'enchaîne avec l'enchantement du Nœud en direction de ses chaussures. Elle saute sur le côté et le sortilège atteint un pilier quasiment détruit. Celui-ci s'effondre dans un grand fracas contre les dalles.
– Kalevala !
Une minute… c'est pas son chat, ça ? Pourquoi appelle-t-elle son…
Une lumière bleutée atteint de plein fouet l'endroit que j'occupais quelques instants plus tôt. Aussitôt, une épaisse plaque de glace commence à s'étendre, et, avant que j'aie pu faire le moindre mouvement, m'immobilise les pieds.
– Expelliarmus ! s'écrie-t-elle avec un sourire assuré.
– Protego ! Flambios, j'ajoute en dirigeant ma baguette vers mes pieds.
La glace fond et j'ai juste le temps de me dégager pour éviter un second sortilège de désarmement.
– Serpensortia ! je lance.
Un gros serpent apparaît entre nous. Amélie semble en avoir peur.
– Expelliarmus ! j'enchaîne.
Elle esquive le sort au dernier moment en avançant d'un pas vers le serpent. Celui-ci siffle. Amélie panique et… donne un coup de pied dans le reptile. Celui-ci vole jusqu'à moi.
– Evanesco ! suis-je contrainte de lancer au serpent pour qu'il disparaisse.
– Cottonum multum !
D'où elle les sort, ses sorts ?
Une myriade de petits bouts de cotons apparaissent au bout de sa baguette et se mettent à tourner à toute vitesse autour de mon corps, se rapprochant toujours plus… J'essaie de m'en débarrasser, mais ils s'accrochent à mes jambes, m'empêchant de bouger.
– Lashlabask ! je m'écrie, et les bouts de coton s'éloignent un peu, pour revenir à la charge.
– Expelliarmus ! crie Amélie, la voix assourdie par le coton qui m'entoure.
– Protego ! Ventibus maximis ! EXPELLIARMUS !
Un grand courant d'air emporte finalement la ouate qui s'éparpille au sol, inanimée, alors qu'un éclair vert file droit sur Amélie. Celle-ci court se réfugier derrière un pilier et évite ainsi le sort.
– Corsetti ! me lance-t-elle ainsi dissimulée.
Je ne peux parer le sort à temps. Des fils invisibles commencent à m'enserrer le buste… Je tombe à terre. J'ai du mal à respirer et essaie à grand-peine de lancer un sortilège informulé pour me libérer. Quand j'y arrive, Amélie est au-dessus de moi, baguette pointée sur la mienne.
– Expelliarmus.
Ma baguette me saute des mains et atterrit dans celles d'Amélie.
Oh, non.
– J'ai gagné, dit Amélie avec un petit sourire satisfait.
-X-X-
Le visage d'Enderson se décomposa alors que mon sourire s'élargissait. Je l'avais battue. J'avais battu Ginger Enderson, et j'avais maintenant le droit de lui poser ma question ! Pas devant les deux garçons, du moins.
– Tu me déçois, Ginger, soupira Theodore en tendant un gallion à Freddy. Je pensais vraiment que tu gagnerais.
– C'est ça, Carter, grogna-t-elle en se relevant péniblement, remue le couteau dans la plaie.
– Vous allez pouvoir y aller, maintenant, annonçai-je à Freddy et Theodore. Bonne nuit.
– Sauf erreur de ma part, fit remarquer Freddy d'un air docte, vous êtes aussi à Gryffondor. Pourquoi ne rentrez-vous pas avec nous ?
– Parce que si on se balade à quatre dans les couloirs, on va se faire repérer deux fois plus vite, mentit Ginger. Allez, déguerpissez.
– Vous êtes sûres que…
– Je connais le château, tu sais, rappela Ginger. On arrivera en un morceau, ne vous en faites pas.
Les deux garçons se laissèrent convaincre. Ils nous saluèrent puis s'en allèrent. Je me tournai alors vers Enderson. Elle me regardait droit dans les yeux.
– Vas-y, pose ta question, dit-elle nonchalamment.
– Quelle question ?
Je sursautai. Qui avait parlé ? A qui appartenait cette voix semblable à un… caquètement ?
– Manquait plus que ça, marmonna Ginger en pâlissant, regardant un point au-dessus de ma tête.
Je levai les yeux au plafond et faillis pousser un petit cri. C'était un fantôme – sauf qu'il était coloré. Vêtu d'un costume d'arlequin, et arborant un horrible sourire.
– Tiens tiens tiens, des intruses dans le couloir des Enchantements ! Que dirait Rusard ?
– Ton silence contre des Feux Fuseboum, Peeves, lui proposa Ginger en reprenant courage.
Il éclata de rire – ou plutôt, il caqueta.
– Tu te moques de moi ? Tu n'en as pas en stock et tu n'as pas assez d'argent dans ta bourse pour t'en acheter.
– Hein ? Une minute, comment tu sais ça ? Tu as fouillé dans mes affaires ? Attends que je t'attrape !
– Attends plutôt que Rusard t'attrape ! s'écria-t-il. ALEEEEEEEEEEEEEEEERTE ! RUSARD, DES INTRUS DANS LE COULOIR ABANDONNE DES ENCHANTEMENTS ! ALEEEEEEEEERTE !
– Viens, on se casse ! cria Ginger par-dessus ses caquètements en m'attrapant la main.
Elle ouvrit la porte à la volée et nous nous mîmes à courir comme des dératées dans les couloirs. Quelques secondes après avoir dévalé un escalier recouvert d'un tapis miteux, nous entendîmes des pas pressés derrière nous.
– Ça ne sert à rien de courir, rugit une voix éraillée qui me glaça le sang, je vous rattraperai quoi qu'il arrive !
– T'as bon espoir, vieux, souffla Ginger avec un petit sourire sans cesser de courir à toute allure. Par ici !
Nous fonçâmes dans un mur à gauche. Je hurlai, redoutant le choc… qui n'arriva jamais. Je rouvris les yeux, que j'avais fermés sans m'en rendre compte : nous étions passées au travers du mur de pierre !
– Un passage que Potter m'a montré en cinquième année (2), m'expliqua Ginger. Longue histoire. On ne peut pas rester ici, Miss Teigne va nous retrouver. Il faut atteindre l'autre bout, puis on prendra le passage des armures cliquetantes.
Nous continuâmes de courir dans le passage secret les murs étaient recouverts de toiles d'araignées énormes et le sol couvert de poussière. Le fond était un cul de sac. Nous passâmes au travers sans problème.
Ginger courut vers la gauche et je la suivis. Je commençais à avoir mal aux jambes, mais j'étais trop terrorisée pour pouvoir le dire. On était à deux doigts de se faire attraper. J'entendais les pas de Rusard qui se rapprochaient…
Dans ce nouveau couloir, des armures se tenaient au garde à vous le long des murs. Ginger s'arrêta devant l'une d'elle et lui serra la main. Rien ne se passa.
– C'est pas vrai. Amley, donne-moi un coup de main. Serre les mains d'autant d'armures que tu peux. Il y en a une qui ouvre une trappe cachée.
Suivant son ordre, je serrai la main de l'armure en face de moi. Rien. Je fis de même avec l'armure d'à côté, et celle d'encore à côté, et celle d'à-aaaAAAAAAAAAAAAA !
Je me sentis tomber dans le vide. La trappe était sous mes pieds !
– Bravo ! s'écria Ginger.
Je retombai lourdement sur le sol. Vu le craquement inquiétant qu'il faisait, j'en déduisis que c'était du parquet ancien. Ginger atterrit souplement juste à côté de moi. La trappe au-dessus de nos têtes se referma alors, nous plongeant dans le noir.
– Lumos, chuchota Ginger. Suis-moi et ne fais pas de bruit. Rusard doit être au-dessus de nos têtes. On va sortir par là-bas.
Nous marchâmes dans un silence total. De temps en temps, une planche craquait. Il faisait si noir que nous ne voyions qu'à un mètre à la ronde, et je ne pouvais voir ni le plafond, ni les parois. Mais Ginger n'avait pas l'air d'avoir peur. Son pas était vif, son regard assuré.
Le couloir débouchait sur un cul-de-sac, recouvert d'un large tableau représentant un paysage. Dans le noir, je voyais mal les couleurs. Ginger passa sa tête au travers, et celle-ci disparut alors que la surface de la toile ondulait comme la surface d'un lac. La tête rousse revint de mon côté.
– La voie est libre, murmura-t-elle.
Elle enjamba le cadre et disparut. Je fis de même. J'eus l'impression de passer à travers une cascade d'eau chaude. Je fus surprise, une fois de l'autre côté, de remarquer que je n'étais pas mouillée du tout.
– Vite, chuchota-t-elle en commençant à s'éloigner. Suis-moi. Rusard ne va pas tarder à rappliquer.
Le couloir dans lequel nous nous trouvions était faiblement éclairé par des torches. Les murs étaient d'un jaune crème, et le sol tapissé je n'étais jamais venue dans cette partie du château. Nos pas ne faisaient aucun bruit. Nous passâmes devant un grand tableau rond auquel Ginger n'accorda aucun regard, puis nous arrivâmes à un couloir dallé.
Enderson s'arrêta enfin devant un cadre représentant une nature morte. Elle chatouilla une poire du bout du doigt. Celle-ci gloussa et le tableau s'ouvrit dans un léger grincement, de même que le portrait de Pélagie-la-grosse-dame. Ginger entra et je la suivis à l'intérieur. Elle referma le tableau derrière elle, et se laissa glisser au sol.
– Enfin, souffla-t-elle en souriant. Là, on est tranquilles.
Je regardai autour de moi. Apparemment, c'étaient des cuisines. Il y avait toutes sortes d'ustensiles, de placards, et surtout, des tas et des tas d'elfes de maison. L'un d'entre eux courut jusqu'à nous sur ses petites jambes maigres. Il ouvrit grand les yeux en voyant ma camarade.
– Miss Ginger ! s'écria-t-il. Cela faisait longtemps que nous ne vous avions pas vue, Miss Ginger.
– C'est vrai, concéda-t-elle. On ne fait que passer, vieux.
L'elfe sembla alors me remarquer. Il me lança un drôle de regard. Ses yeux de la taille de balles de tennis étaient soupçonneux.
– Miss Amley, c'est vous qui avez rangé la chambre de Miss Ginger, Miss Judith et Miss Roxanne ?
– Oui, soupira Ginger. Si on pouvait éviter de parler de malheurs…
– Oh, excusez-moi, Miss Ginger, Ticky ne voulait pas faire de la peine à Miss Ginger...
– Calme, Ticky. Tu peux nous laisser, maintenant.
L'elfe fit une courbette et s'en alla. Ginger se leva et se dirigea vers une table, pour s'asseoir sur un tabouret. Je fis de même et m'installai en face d'elle.
– Maintenant, on est tranquille. Pose ta question.
Son regard était toujours aussi assuré, courageux, brave. Elle avait l'air d'avoir traversé des tas d'épreuves bien plus dures que de rater un duel et d'être contrainte de répondre à une question. D'un seul coup, je me sentis ridicule.
– Laisse tomber, soufflai-je. Je ne veux pas te poser de question. Je voulais juste te remercier. Je n'ai jamais rien vécu d'aussi excitant !
– Quoi ? s'étrangla-t-elle.
– Laisse tomber, je ne…
– Ça va, j'ai entendu. Tu veux dire que j'ai pris la peine de me battre en duel à minuit, de courir dans les couloirs pour éviter Rusard, Peeves et Miss Teigne… pour rien?
Et moi qui pensais lui faire plaisir… J'étais prête à enterrer la hache de guerre !
– Euh… oui.
– Tu sais quoi ? s'énerva-t-elle. Je vais quand même y répondre, à ta question de tout à l'heure. Oui, il s'est passé un truc entre Potter – James, je veux dire – et moi. On s'est embrassés.
J'eus un hoquet de surprise.
– Deux fois, ajouta-t-elle avec un air de défi. La première fois, je courais dans les couloirs de Beauxbâtons… pour, euh, un truc. Il m'a croisée et a essayé de m'arrêter. Je l'ai embrassé, ensuite je lui ai donné un coup de poing et il était tellement stupéfait que ça a fait une super diversion. La deuxième fois, c'était à Poudlard. C'était pour se venger d'avoir été embrassé par surprise. Cette fois-ci, c'est lui qui m'a embrassée. Puis il m'a plantée là.
– Hé bah, parvins-je à dire après un petit silence.
– C'est juste un crétin, grogna-t-elle. Ticky, finalement, j'ai changé d'avis, on ne fait pas que passer. Tu peux m'apporter du Whisky Pur-Feu ? Je vais en avoir besoin, là.
– Et tu as ressenti quelque chose ? demandai-je malgré moi.
Elle me lança un drôle de regard. Elle semblait se demander pourquoi elle avait commencé à m'en parler.
– La première fois, finit-elle par dire d'un air pensif, rien du tout. La seconde fois, oui. C'est pour ça que j'étais un peu perturbée ces derniers temps.
« Ils vont finir ensemble ! Ils vont finir ensemble ! » pensai-je, toute excitée. J'adorais voir les couples se former. Mon caractère d'incurable romantique, sans doute.
– Peu importe, s'écria-t-elle avant de prendre une grande gorgée de sa bouteille de Whisky Pur-Feu qui venait d'arriver. Je m'en fiche. Bientôt, il va s'en prendre plein la figure et il va rien comprendre.
Elle prit une autre gorgée de son Whisky.
– Je peux goûter ? demandai-je timidement.
– Tu n'as qu'à t'en commander un.
Je suivis son conseil. Bientôt, une bouteille arriva devant moi. Je la décapsulai avec le sort approprié et en bus une gorgée. Un feu brûlant descendit dans ma gorge jusqu'à ma poitrine. La sensation était incroyable.
– Wouaah, murmurai-je.
– N'est-ce pas ? m'approuva Ginger. Tu sais, je n'aime pas Potter, vraiment pas. Il a peut-être un bon fond, mais avec moi, c'est juste un gars horrible. Alors moi aussi, je vais être une fille horrible avec lui.
Pourquoi me parlait-elle de ça ?
– En fait, je suis déjà horrible avec lui, songea-t-elle tout haut. Et je l'ai toujours été. C'était lui ou mes amies, dès le début.
– T'es sûre de pas être amoureuse de lui ? demandai-je avec un courage sorti de je ne sais où.
De la boule de feu dans ma poitrine, peut-être ?
– Mais nooon… Il est très beau, d'accord. Et il a de jolis yeux. Et il est très, très bien foutu, ajouta-t-elle rêveusement.
Je me remémorai James Potter. Oui, il était très bien foutu. Il jouait du Quidditch, c'était ça, non ?
– Et ses cheveux sont très beaux, dis-je tout haut.
– Ça c'est bien vrai. Ah, la bouteille est vide, remarqua-t-elle avec dépit, comme si elle s'était vidée toute seule. Ticky, file-moi une autre bouteille, steup'. Ça doit être ça la partie préférée de son corps.
– Hein ? La bouteille ?
– Mais non. Potter. Ses cheveux
– Ah. Pourquoi tu dis ça ?
– Parce qu'il en prend toujours soin. Il met sa main dans les cheveux pour bien les décoiffer, et il déteste quand je m'y attaque. Tu sais, il n'était pas content du tout quand tu lui as teint ses cheveux en rose, à Beauxbâtons.
Je me mis à glousser en y repensant.
– Faudra que je le refasse, un jour. Il était marrant, avec les cheveux roses. T'as déjà eu des cheveux roses, toi ?
– Nan. Verts, oui. Et toi ?
– Oui, mais personne m'avait lancé de sort. Je m'étais réveillée comme ça. La journée était horrible.
– Ah oui, à cause de ton Syndrome du Ca… Cami…
– Caméléon, complétai-je. J'espère que ça partira un jour. Je peux avoir une autre bouteille de Whisky, Ticky ?
– Et comment ça va partir ?
– La bouteille de Whisky ?
– Mais non, ton syndrome du Cami…mémé…
– Cam'lon. Je sais pas, peut-être jamais, ou alors quand je me marierai.
– Cool.
– Comment ça, cool ? m'énervai-je.
– Non, c'est cool de se marier, c'est ça que je veux dire.
– Tu t'es déjà mariée ?
– Non, et toi ?
– Non. C'est marrant, personne n'est jamais marié à notre âge…
– Tu as remarqué, toi aussi ?
Nous nous mîmes toutes deux à glousser.
-X-X-
Je ne sais pas jusqu'à quelle heure nous sommes restées dans les Cuisines. Ni combien de bouteilles nous avons vidé. Beaucoup, en tout cas. J'étais un peu plus lucide qu'Amélie, mais pas de beaucoup.
Je me souviens qu'à un moment, on a décidé de revenir au dortoir. On a essayé de rentrer silencieusement, mais un certain binoclard de Gryffondor est soudain apparu devant nous avec l'autre pull-over.
– Ça alors, s'est exclamée Amélie, d'où ils sortent ? Hé, d'où vous sortez ?
– Chut, moins fort, a fait Abercrombie en fronçant les sourcils.
– Mais… vous êtes bourrées ou quoi ? demanda Potter.
– Abso-bso…psolumeeent pas ! ai-je déclaré.
Ils ont eu un petit sourire.
– Qu'avez-vous fait, ce soir ? Je sens qu'on va déterrer des choses intéressantes …
J'ai senti la colère monter en moi. Ils voulaient se moquer de nous. Ce n'était vraiment pas sympa ! Amélie semblait être dans le même état d'esprit. Elle s'est approchée de moi et a murmuré avec une tête de conspiratrice :
– Je vais faire diversion, d'accord ? A trois, on part en courant.
J'ai hoché la tête avec véhémence.
– Un… deux… TROIS !
Elle courut vers Potter, l'embrassa avec fougue, et lui donna un formidable coup de poing qui l'a fait tomber par terre, assommé. Je me suis mise à courir en gloussant sans pouvoir m'arrêter.
– C'était génial, Amélie !
J'ai regardé derrière moi avant de tourner à l'angle d'un couloir. Abercrombie essayait de réveiller Potter. Je me suis remise à rire.
Ensuite, nouveau trou dans ma mémoire.
Ce que je sais, c'est que là, le soleil se lève et je ne suis pas dans mon lit. Je suis dans l'un des canapés de la salle commune. J'ouvre les yeux. Amélie, en face de moi, dort à poings fermés dans un fauteuil près du feu, roulée en boule, respirant doucement. Ses cheveux sont courts et noirs.
Un mal de crâne m'empêche de réfléchir plus longtemps à cette coupe de cheveux. Zut. Je ne sais plus si j'ai encore de la potion anti-gueule-de-bois…
Je me lève à grand-peine et rejoins Amélie. Je lui secoue légèrement l'épaule, et elle pousse un grognement assez disgracieux.
– Laisse-moiiii…
– Debout, lui dis-je très doucement. Les gens ne vont pas tarder à se lever. Il ne faut pas qu'on nous trouve là, et surtout pas dans cet état.
Elle consent à se déplier du fauteuil. Nous nous rendons à notre dortoir. Roxanne et Judith sont dans la salle de bains Enrico le réveil, fier comme un paon, siège en haut d'une armoire, silencieusement. Il nous toise avec hauteur dès que nous ouvrons la porte, puis prend le parti de nous ignorer.
Amélie se laisse tomber sur son lit. Je fouille dans ma valise et finis par ressortir la précieuse fiole. Il ne reste plus grand-chose, mais ce sera suffisant pour cette fois. Il faudra que j'en rachète.
J'en bois un peu, puis je donne la potion à Amélie. Elle finit le tout en une gorgée. Quelques secondes plus tard, je me sens bien mieux. Il en est de même pour ma camarade française.
– Tiens donc, les duellistes de minuit ont décidé de nous dire bonjour, nous salue Judith en revenant dans la chambre tout en se séchant les cheveux. Vous vous êtes bien amusées ?
– Moui, répond Amélie en cachant subtilement le flacon vide sous son coussin. Pourquoi vous levez-vous aussi tôt ? On est samedi, aujourd'hui, non ?
– Tiens donc ! s'exclame à nouveau Judith en laissant tomber sa serviette. Vous avez oublié qu'aujourd'hui, les Français de Beauxbâtons viennent à Poudlard ?
