Note de Ginger : Et non, vous ne rêvez pas, c'est bel et bien Ginger à l'appareil ! Cette flemmasse d'auteur a décidé qu'elle voulait prendre des vacances. Du coup je suis ENFIN de retour ! Vous m'avez beaucoup manqué, et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire toutes les reviews depuis la dernière fois que je vous avais parlé. Enfin, sauf les dernières. Que les crétins qui affirment que je suis amoureuse de Potter reviennent me dire ça en face ! Je les attends de pied ferme.

Note de Roxanne : Pendant que Judith s'occupe d'attacher Ginger, je prends le relais. Merci beaucoup pour toutes les dernières reviews ! On apprécie, vraiment, de voir que vous continuez d'aimer notre histoire.

Note de James : Ne te leurre pas, Roxanne. Si tous ces gens sont là, c'est parce que je suis là. Quoi qu'il en soit, moi aussi, je suis vraiment très content de tous vous retrouver, et j'ai hâte de vous parler dans les reviews. Oui, c'est nous qui répondons dans les reviews, vu que Mak n'est pas là ! Si vous voulez parler à quelqu'un en particulier, demandez, on est tous dispos. Sauf Gondul, elle est en voyage, à ce qu'il paraît… Si vous oubliez de demander, c'est pas grave, on se répartira les reviews sans destinataire.

Note d'Amélie : Salut les gars ! Même si vous ne m'aimez pas tous, je suis contente de vous retrouver :) Par contre, ce que je n'aime pas, moi, c'est ce chapitre. C'est pas vraiment la joie, et vous allez vite comprendre pourquoi. D'ailleurs, j'en profite pour répondre à LuGein qui a laissé un commentaire sur le blog : je suis demi-métamorphomage, remember ? La plupart du temps, j'ai des cheveux blancs ; mais d'un jour à l'autre, généralement, ils changent de forme et de couleur. Quand j'étais petite, ils étaient bruns la plupart du temps. CQFD !
Je vous laisse avec mes explications vaseuses. Bonne lecture !


J'avais l'impression d'être sur un petit nuage, loin, loin de tout. Je ne pensais plus à rien d'autre que lui. Armand.

Armand.

Armand.

Armand.

Armand.

[Une heure plus tard.]

Armand.

Armand.

Armand.

– Amley ! Tu vas répondre, oui ?

La voix de Ginger me fit revenir brutalement sur terre. J'étais assise sur le canapé de la salle commune des Gryffondors, à côté d'elle. Freddy se tenait devant nous. Je ne savais absolument plus ce qu'il s'était passé entre le moment où j'avais quitté Armand et celui où je m'étais retrouvée ici. Je flottais quelque part, pas loin du paradis, je pense.

– Quoi ? demandai-je.

– Qu'est-ce que t'a fait Armand Béryl ?

Armand. Oh, Armand, mon Armand…. Le mien ! Je pouvais le dire maintenant. Je sortais avec lui. Je sortais avec celui que j'aimais depuis que j'avais onze ans. Je l'aimais. Et je sortais avec lui. Et, en plus de ça…

– Il… m'a embrassée !

Me remémorer ses paroles, prononcées d'une voix basse, rauque et virile, au détour d'un couloir peu fréquenté, me faisait encore frissonner de plaisir. La trace de ses lèvres chaudes et douces sur les miennes me rappelait mon délire, le souvenir de son baiser sucré me rendait toute chose…

Les quelques mots qu'il m'avait soufflés après, je m'en souvenais par cœur, comme s'il les avait répétés des milliers de fois dans mes rêves les plus fous, c'était moi qui lui faisait dire ces mots que j'attendais depuis si longtemps.

– Il t'a embrassée ? répéta Freddy.

– Il m'a embrassée, confirmai-je sans pouvoir empêcher le souvenir de remonter à la surface de ma mémoire, ce qui me fit irrésistiblement sourire. Il m'a embrassée et maintenant on sort ensemble !

C'est à ce moment-là que je réalisai que Freddy et Ginger n'avaient pas l'air aussi enchantés que moi à l'énoncé de ces nouvelles. Freddy avait l'air stupéfait, comme si on lui avait donné une claque. Et Ginger, qui s'était levée, était à moitié excédée, à moitié désolée.

Pour Freddy, je réfléchirais après. Pour Ginger, non. Je n'aimais pas du tout cette tête-là.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je un peu plus brutalement que prévu en sautant sur mes pieds.

– Je suppose que rien de ce que je te dirai ne te fera revenir à la raison…

– Comment ça, « revenir à…

– Alors je ne dirai rien, me coupa-t-elle. Tu verras par toi-même dans peu de temps, de toute façon.

– Oh, je vois, raillai-je. Miss Enderson est jalouse que je sorte avec son ex-petit ami !

Ginger s'étouffa et toussa longuement avant de s'écrier :

– Jalouse ? J'ai mal entendu ou quoi ? Je m'étais juré d'être gentille, mais là, tu dépasses les bornes ! Tu ne vois pas ce qu'il est vraiment ?

– Un garçon adorable et malmené malgré lui ou l'ex-petit-ami d'une garce alcoolo ?

La baffe que je reçus me fit tomber sur le canapé. Potter, qui sortit à ce moment-là de son dortoir et qui avait un gros œil au beurre noir (le deuxième que je lui mettais, décidément, je ne perdais pas la main !), s'arrêta devant nous et dit d'un air expert à Ginger qui semblait au bord de l'explosion :

– Aaah, Enderson, tu as oublié de l'embrasser avant.

Heureusement que Freddy était là, sinon Potter serait mort. Le garçon à lunettes eut à peine le temps de sortir de la salle commune, tandis que Kreeps retenait Ginger. Il la lâcha quand il disparut de la circulation. Elle se retourna lentement vers moi, avec le regard le plus noir que j'avais jamais vu. Je l'avais véritablement mise en colère. Mais je m'en fichais. J'étais plus forte qu'elle. Tandis qu'Enderson se consumait de haine, moi, je me sentais forte de mon amour pour Armand.

– Je pensais qu'il y avait une possibilité pour qu'on soit amies, après la nuit dernière, énonça-t-elle froidement. Mais tu as tout gâché, une fois de plus. Quand tu te rendras compte de l'erreur que tu fais, il sera trop tard.

Et avant que j'aie pu répondre, elle tourna les talons et grimpa les escaliers des dortoirs.

Je fronçai les sourcils en la regardant disparaître à l'étage. J'allais être tranquille pour la soirée. Cette garce ne me dérangerait pas, j'en étais sûre. Oui, une garce. Quel était son besoin de gâcher mon plaisir ? Je le voyais bien, elle mourrait d'envie de me faire la morale, de montrer comme elle était supérieure à moi.

– Tu es décevante, Virmel.

Je levai les yeux vers Freddy, qui, en effet, avait l'air déçu. Apparemment, tout le monde avait décidé de me pourrir la soirée.

– Pourquoi ça ?

– Tu t'es entendue ? Tu as entendu ce que tu as dit à Ginger ? Pour une fois qu'elle essayait d'être gentille, en plus. C'est toi qui as cherché les problèmes.

– Pardon ? m'énervai-je en me relevant du canapé. Maintenant c'est de ma faute ?

– Oui, parfaitement.

Il me regarda droit dans les yeux. Je ne cillai pas. Il finit par les détourner et dit simplement :

– Je suppose que Ginger a raison. Tu ne nous écouteras pas.

Avant de partir, il se tourna vers moi une dernière fois et demanda :

– Au fait, tu ne vas pas me dire pourquoi tu as traité Ginger d'alcoolo ? Ça a un rapport avec la nuit dernière ?

Je ne répondis pas.

– Et tu peux m'expliquer ce que James voulait dire ?

– Non plus, dis-je faiblement en rougissant un peu.

Il haussa les épaules, me lança un dernier regard déçu, et tourna les talons à son tour.

-X-X-

J'entre dans la chambre en un coup de vent, me jette sur mon lit et ferme les rideaux du baldaquin.

– Euh… Ginger ? Ça va ?

– Laisse-moi, Rox.

– Qu'est-ce qu'elle a ? murmure Judith.

– J'en sais rien.

– Allez demander à Vermeil, je déclare d'un ton sec.

Petit silence. Je devine sans peine le regard blasé qu'elles doivent s'échanger.

– Vous vous êtes encore disputées, devine Judith.

– Exact. Mais cette fois c'est elle qui a commencé à m'insulter. Elle m'a traitée de garce alcoolo.

– Aouch.

– Ginger, ne me dis pas que c'est ce que vous avez fait l'autre nuit ? Tu t'es encore saoulée dans les cuisines ?

– Hmpf.

– Misère, soupire Roxanne. Qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

– Bon, tu viens, Ginger ? On va manger.

– Allez-y sans moi, j'ai pas faim.

– Roooh… Fais pas ta mauvaise tête…

– Si.

– Quelle gamine.

– On lui ramènera à manger… Viens, Jude.

– Ok. A tout à l'heure, Gin.

– A toute'.

-X-X-

La Grande Salle se remplissait rapidement. J'étais assise à côté de Roxanne et Judith, qui ne m'adressaient pas un mot. Je supposai qu'Enderson avait dû leur dire ce que je lui avais lancé tout à l'heure. Je m'en fichais. Si elles aussi se liguaient contre moi, elles n'en valaient pas la peine.

J'attendais Armand. Il m'avait dit qu'il dînerait avec moi ce soir, mais qu'il arriverait peut-être un peu plus tard. Il faut dire qu'avant, il sortait avec Greta Lebrun, et qu'il voulait rompre, maintenant qu'il avait entamé quelque chose de plus important, de plus beau, avec moi. Je soupirai en souriant. J'étais si heureuse qu'il voie notre relation ainsi.

Je le vis apparaître à la porte avec son ami Théophile Frégate, un brun ténébreux coureur de jupons. Armand était plus beau que jamais. Il passa un coup d'œil rapide sur la Grande Salle et son regard bleu azuré tomba finalement sur moi. Son visage s'éclaira d'un grand sourire. Le mien s'agrandit, alors qu'il s'avançait vers moi.

– Coucou, ma belle, souffla-t-il avant de m'embrasser tendrement.

– J'ai failli t'attendre, plaisantai-je en rougissant du « ma belle » qu'il m'avait attribué.

– Je suis désolé, dit-il avec un petit sourire triste, mais… J'ai essayé de rompre avec Greta tout à l'heure. Je l'aime bien en tant qu'amie et j'ai peur de lui faire du mal. Je ne sais pas comment m'y prendre.

Je m'attendris. Il était si délicat !

– Je vais dîner une dernière fois avec elle, ce soir, d'accord ? On se voit plus tard, dans le couloir abandonné des Enchantements que tu m'as montré tout à l'heure ?

– D'accord, répondis-je avec un sourire pour masquer ma déception.

Non seulement il ne dînait pas avec moi, mais en plus, nous avions rendez-vous là où je m'étais amusée hier avec Enderson – et je n'avais vraiment pas envie de penser à cette garce ce soir.

– Alors à tout à l'heure, mon cœur. J'ai hâte.

Il m'embrassa une dernière fois, avant d'aller à la table des Poufsouffles où Greta Lebrun le rejoignit bientôt.

Je l'observai un moment. Il avait effectivement l'air mal à l'aise avec elle. Avec moi, il était souriant, câlin, drôle… Avec elle, il avait un sourire gêné, il se tassait de l'autre côté du banc pour ne pas toucher Greta, parlait peu.

Au bout d'un moment, je sentis un regard peser sur moi. Je tournai la tête. A deux places de là, Potter me fixait, sourcils froncés.

– Qu'est-ce que tu veux ? demandai-je brutalement.

– Rien, j'observe. J'observe la raison pour laquelle Enderson et toi vous êtes disputées, et ça me semble bien futile.

– Armand n'est pas futile, grondai-je.

– Si tu le dis. Tu sais, tous les garçons ne sont pas comme moi…

– Heureusement.

– …et ne se préoccupent pas toujours des sentiments des filles.

– Parce que tu t'en préoccupes, toi, quand tu embrasses…

Je faillis lâcher le nom de la rouquine, mais me retins juste à temps. Les têtes de ses amis Abercrombie et Wright se tournèrent vers moi, étonnées. J'ajoutai faiblement :

– …quand tu embrasses la moitié des filles de l'école ?

– Bien sûr, répondit lentement Potter sans cesser de me fixer. Evidemment. C'est même le but. Mais pour les autres, je me débrouille toujours pour ne pas sortir avec deux filles en même temps.

– Encore heureux !

– Ce ne sont pas les préoccupations de tous, tu sais. Tu vois Sybille Londubat, là-bas ?

Il fit un léger signe de tête vers une petite fille blonde – enfin, elle devait être en troisième ou quatrième année – à notre table, qui pleurait à chaudes larmes dans les bras de son amie Lily Potter, la sœur de James et d'Albus.

– Elle, elle aurait aimé que son petit-ami se préoccupe de ça.

– Suffit de bien choisir, rétorquai-je.

Il me lança un long regard très blasé.

– Bien entendu.

Je tournai la tête vers mon plat et mangeai sans me préoccuper plus longtemps de lui.

OoOoO

Il était neuf heures du soir. Je m'étais longuement promenée dans le couloir abandonné des Enchantements, en attendant qu'Armand vienne. J'avais hâte de le revoir alors que cela faisait à peine deux heures que nous nous étions séparés. Mais cette fois-ci, quand il viendrait, il aurait définitivement rompu avec Greta Lebrun.

J'avais toujours l'impression d'être en plein rêve. Un rêve merveilleux. Le rêve que j'avais depuis six ans. Il se réalisait enfin, et je nageais dans le bonheur depuis le moment où il m'avait embrassée pour la première fois, tout à l'heure. C'était mon premier baiser. C'était un baiser comme je n'en avais jamais rêvé, et j'avais hâte de renouveler l'expérience…

J'entendis des bruits de pas au bout du couloir. Je fis volte-face : c'était lui. Un immense sourire illumina mon visage.

– Coucou, dis-je doucement une fois qu'il se fût trouvé près de moi.

– Hey, fit-il en me prenant la main. Suis-moi, j'aimerais te dire quelque chose.

Je l'interrogeai du regard. Il ne répondit rien et m'entraîna dans la première salle venue. Elle était poussiéreuse. Que voulait-il me dire ? Et que voulait dire ce cadre ? Pourquoi avions-nous besoin d'être dans une salle abandonnée ? Il me lâcha la main et se plaça de l'autre côté du bureau du professeur. Il posa ses deux mains sur le dossier de la chaise.

– Amélie, commença-t-il, alors que je m'appuyai contre le bureau d'un élève. Je… Il faut qu'on rompe.

Cela me fit l'effet d'une claque. Je le regardai un instant, complètement sonnée. J'avais bien entendu ?

– Quoi ? couinai-je lamentablement.

Il se passa une main dans les cheveux.

– Il faut qu'on rompe, répéta-t-il lentement en me regardant droit dans les yeux.

– Que… Pourquoi ? Tu m'avais dit… Et Lebrun…

– Je suis désolé, souffla-t-il. Tu… Je ne sais pas. On n'est pas faits l'un pour l'autre…

Nouvelle claque. « Pas faits l'un pour l'autre » ? Je l'aimais depuis six ans !

– Tu es une fille bien, Amélie, termina-t-il. Vraiment une fille bien. Tu te trouveras quelqu'un de mieux que moi, je…

J'ouvris la bouche en un « O » parfait. Ce qu'il disait, c'était la copie conforme des romans à l'eau-de-rose que je lisais quand j'avais douze ans.

– Tu te fiches de moi, c'est ça ? le coupai-je, la voix tremblante.

– Hein ?

– Tu te fiches de moi. Tu n'as aucune considération pour moi. Tu vas continuer encore longtemps avec tes phrases de rupture à deux balles ? Tu as oublié « tu mérites mieux que moi », non ?

– J'essayai d'être gentil, fit-il, vexé.

– Si tu voulais être gentil, pour commencer, tu n'aurais pas dû… Et pourquoi tu me largues, d'abord ? Je n'ai jamais entendu d'une chose plus ridicule qu'un couple qui a duré moins de six heures !

Tues plus ridicule que ça, pourquoi est-ce que ça t'étonne ?

Je le regardai, choquée, le cœur en miettes.

– Tu as gobé tout ce que je t'ai raconté, hein ? Toutes les niaiseries que j'ai pu te dire pour t'amadouer aujourd'hui ! Je ne savais pas que j'étais aussi plein de ressources. Et ça a très bien marché jusque-là, alors je me demande pourquoi maintenant, tu commences à râler quand je continue mon jeu en te larguant !

Je m'affaissai un peu plus sur la table à laquelle je me tenais en me mordant la lèvre. Pour lui, ç'avait été un jeu ? Il ne fallait pas que je pleure. Pas devant lui.

– Tu as raison, je n'ai aucune considération pour toi, et pour toutes les filles, qui se comportent toujours comme toi, poursuivit-il, profitant de mon silence. Vous êtes tellement bêtes et naïves que je pourrais vous demander n'importe quoi et l'obtenir sans problème avec des flatteries et des phrases cucul-la-praline. Le pire, c'est que tu n'es pas seule dans ton cas. Il y a aussi l'autre, là, je ne connais même pas son nom, mais j'ai réussi à la convaincre de sortir avec moi sans problème.

– P-p-pardon ? soufflai-je, lâchant momentanément ma lèvre inférieure.

J'étais au bord des larmes.

– Une petite Gryffondor blonde, elle ne parle pas un mot de français et moi, pas un d'anglais. Mais les filles, que ce soit en Angleterre ou en France, ce sont toutes les mêmes. Deux-trois sourires, un peu de flirt, quelques mots d'amour, et ça y est, c'est dans la poche. Je suis sorti avec elle ce matin, et je l'ai larguée avant d'aller dîner… puis je t'ai larguée, toi.

Je hoquetai. Sybille Londubat. Il était sorti avec nous deux en même temps ! C'était ce que Potter essayait de me dire !

– Désolé d'avoir eu à dire tout ça, continua-t-il, mais tu l'as cherché. Tu veux toujours tout savoir, hein ? Alors je vais te dire autre chose : je suis sorti avec toi, et avec l'autre gamine, pour un pari, et si je n'avais pas fait ce pari, je ne serais jamais sorti avec toi. Le peu de temps que j'ai passé avec toi était insupportable. Tu es insupportable, en fait. Je n'en pouvais plus de tous ces surnoms mielleux à souhait que tu inventais toutes les deux minutes. Je n'en pouvais plus de tes manières de fillette de douze ans amoureuse. Je n'en pouvais plus de toi, et j'espère que maintenant tu vas me laisser partir sans me dire « au revoir, mon cœur » ou « tu me manques déjà ».

Il lâcha le dossier de la chaise qu'il tenait, et me regarda. Je baissai les yeux, mortifiée. Au bout de quelques secondes, j'entendis la porte claquer. Je relevai la tête : il était parti.

Alors, je me laissai lentement glisser au sol. Une larme glissa sur ma joue, puis une autre, et bientôt un torrent incontrôlable s'échappait de mes yeux. Je n'en revenais pas. Comment pouvait-on dire autant de méchancetés en aussi peu de temps ? Comment pouvait-on être si heureuse en un instant, et se faire écraser à l'instant suivant ? Comment avais-je pu sortir avec lui sans me rendre compte de tout ce qu'il pensait de moi ? Mais surtout, comment avais-je pu tomber amoureuse d'un garçon pareil, qui considérait les filles comme des bouts de viande, qui sortait avec pour des paris et qui les laissait tomber après en les piétinant ainsi ?

Mais le pire, dans tout ça, c'était qu'il avait raison. Je m'étais laissée berner, sans rien voir venir. J'avais adoré tous ses mots d'amour, j'avais chéri ses sourires, j'avais aimé ses longs regards. J'avais gobé tous ses mensonges sans m'en rendre compte.

Il m'avait traitée d'idiote, de fille ridicule et insupportable. Et il avait eu raison.

Je me mis encore plus à pleurer en réalisant cela. Pourtant, on m'avait prévenue. Mes amies Yune et Cathy, même ma sœur Violette… Ginger aussi, James aussi… Et je les avais tous renvoyés… J'avais durement traité Ginger et Potter… Je les avais insultés alors qu'ils essayaient de m'aider. J'avais repoussé les bras de gens amis pour foncer dans ceux de cet être ignoble, et qui ne me voulait que du mal.

Mes larmes redoublèrent d'intensité. Cette fois-ci, j'étais vraiment seule, et c'était entièrement de ma faute.

-X-X-

Vers une heure du matin, je n'arrive toujours pas à dormir. Judith et Roxanne dorment depuis un bon moment. Leurs respirations sont lentes et régulières. Moi, j'ai les yeux grands ouverts dans le noir de la chambre.

Il me faudrait un bouquin. Un bon bouquin. Oui, mais problème, je n'ai emprunté aucun livre à la bibliothèque dernièrement. Les romans de Judith ? Je les ai tous lus. Ceux de Roxanne ? J'ai juré de ne jamais toucher à ses romans à l'eau de rose. Et je ne vais quand même pas sortir un livre de cours, je ne suis pas une fayotte.

Quant à Vermeil, je suis sûre qu'elle n'a que des bouquins en français. On peut oublier aussi, du coup. En parlant de Vermeil, elle n'est toujours pas revenue. Bah, je m'en fiche. Elle doit fricoter dans un coin avec son abruti de petit copain. Finalement, niveau intelligence, ils vont bien ensemble. Non, je n'ai toujours pas oublié ce qu'elle m'a dit tout à l'heure. Et ça ne risque pas d'arriver.

Revenons à nos moutons. Un bon livre. Je pourrais descendre à la Salle Commune, les gens oublient souvent leurs affaires en bas. Décidée, je saute au bas de mon lit, m'étale lamentablement par terre, me relève rapidement, enfile une robe de chambre et des pantoufles, range ma baguette dans ma poche – on ne sait jamais – et descends.

Je me fige en voyant Potter, allongé dans un canapé, lisant tranquillement. Bah, après tout, je m'en fiche. Je n'aurai qu'à l'ignorer.

– Oh, Enderson. Salut.

J'avais oublié que lui n'aurait pas forcément envie de m'ignorer.

– Salut, je réponds en serrant les dents et en m'éloignant vers un livre posé sur une table d'étude.

C'est un carnet à la couverture rouge. Je l'ouvre au hasard.

« 10 bonnes façons de faire enrager James »

Hum ?

Je regarde la première page.

« Ceci est la propriété de Lily Luna POTTER. Si vous trouvez ce carnet, vous êtes prié de me le ramener IMMEDIATEMENT. Je suis douée en sortilèges, alors si je vous vois avec, vous pouvez être sûr que votre visage ne sera plus jamais le même qu'avant. »

La hargne, c'est de famille.

J'ai bien envie de lire le cahier, mais les menaces m'inquiètent. Je ne connais pas du tout Lily Potter et je ne sais pas de quoi elle pourrait être capable. Du reste, ce n'est pas comme si je me souciais de James Potter, hein ? Et puis de toute façon, je sais très bien comment le faire enrager toute seule.

… mais ça pourrait être intéressant de lire deux ou trois bonnes façons de l'énerver…

– Enderson ?

Je referme le carnet d'un coup sec et le repose sur la table.

– Oui ?

– Tu as parlé des… baisers, à Vermeil, je suppose.

– A ton avis ?

– Pourquoi tu as fait ça ? On a dit qu'on n'en parlerait pas.

– J'étais bourrée, je rétorque, en « oubliant » de préciser que j'étais bourrée après le lui avoir dit.

– Ça, j'avais remarqué, réplique-t-il, sarcastique. Tu sais que tu cours en zigzaguant quand tu es ivre ?

– C'est stratégique, je rétorque en partant à la recherche d'un autre livre.

– Hé, Enderson.

– Quoi encore ?

– Qu'est-ce qu'elle fait, Vermeil ?

– J'en sais rien. Elle fait ce qu'elle veut. Elle est probablement avec son copain, là.

Potter fronce les sourcils.

– Encore ? Il est un peu tard, non ?

– Elle fait ce qu'elle veut et quand elle veut, ça ne me regarde pas.

Potter ne répond rien et se lève. Il rejoint son dortoir. Pendant un instant, je me dis « ENFIN il va me laisser tranquille », jusqu'à ce que je le revoie pointer son nez en haut des escaliers, avec sa cape d'Invisibilité et sa carte du Baroudeur ou je sais pas trop quoi. Un pli inquiet lui barre le front.

– Elle n'est pas avec Béryl, dit-il en dévalant les escaliers. Elle est seule dans une salle du couloir abandonné des Enchantements. Et elle ne bouge pas.

Mon sang se glace. J'abandonne ma recherche de livre et me rapproche de la carte qu'il me tend. C'est vrai. Elle ne bouge pas. Je manque de m'étrangler.

– Elle n'est pas morte, si c'est ça que tu te demandes, dit-il tout de suite. Il n'y a que les gens vivants qui apparaissent. Mais je trouve ça bizarre.

– Elle s'est peut-être endormie, je fais faiblement, sans y croire.

– Viens, on va la chercher.

Je le regarde. Il est déjà en train de déplier sa cape.

– Oh, parce que tu crois que je vais venir là-dessous avec toi ?

– J'ai pas l'intention de t'embrasser, si c'est ça qui t'inquiète. Une fois mais pas deux. Et je pense que tu es trop curieuse pour refuser l'opportunité de voir par toi-même ce qui lui arrive.

Je me renfrogne. C'est qu'il a raison, le bougre. Je resserre ma robe de chambre et disparais sous la cape avec lui.

Nous marchons à pas pressés dans les couloirs. Mes chaussons ne font pas le moindre bruit. Potter, lui, est un as de la discrétion quand il s'agit de se promener en-dehors du couvre-feu.

– Potter, qu'est-ce que tu faisais hier soir dans les couloirs ? je murmure.

– Je peux te retourner la question.

– J'avais provoqué Vermeil en duel. Et toi ?

– Pourquoi tu…

– Ça me regarde. Toi, qu'est-ce que tu faisais dans les couloirs ?

En fait, ça nous regarde. Je l'avais provoquée pour qu'elle arrête de poser des questions sur mon comportement vis-à-vis de Potter. Mais ça, il n'a pas besoin de le savoir.

– Je me promenais avec Thomas, c'est tout. On découvre de nouveaux passages secrets qui ne sont pas marqués sur la Carte du Maraudeur et on les y ajoute.

Nous arrivons devant la porte de la salle où se trouve Vermeil. Potter sort la carte : elle est toujours à l'intérieur. Je n'entends aucun bruit. Peut-être qu'elle s'est vraiment endormie ?

J'ouvre la porte. Elle est recroquevillée près d'une table du premier rang. Je sors du dessous de la cape et me dirige vers elle. Je me baisse à son niveau.

Elle a les yeux grands ouverts, et regarde fixement devant elle. Des larmes coulent silencieusement sur ses joues. Ça commence à m'inquiéter…

– Vermeil ! dit Potter en s'accroupissant à côté d'elle à son tour. Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ? Est-ce qu'il t'a fait du mal ?

Elle tourne lentement la tête vers lui. La tristesse déborde de ses yeux. La vue de cette fille, qui était tout à l'heure si heureuse et si pleine de courage, et qui est maintenant détruite, me serre le cœur.

– Non, souffle-t-elle très bas, si bas que je dois me pencher vers elle pour entendre ce qu'elle dit. Non.

La moindre parole semble lui coûter toutes ses forces. Elle a l'air si faible… Qu'est-ce qu'il lui a fait ?

– Enfin, pas physiquement, murmure-t-elle. C'est de ma faute. J'aurais pas dû. Je suis bête.

– Amélie, de quoi tu parles ? je demande. Il t'a larguée ?

Elle fond en larmes et colle sa tête contre ses genoux repliés. Potter me lance un regard noir.

– Quel tact, me souffle-t-il. Calme-toi, Amélie, calme-toi. C'est fini.

Il la prend délicatement dans ses bras, et elle s'agrippe à lui de toutes ses forces. « Je suis désolée, je suis une idiote, c'est de ma faute, pardon, il a raison », répète-t-elle, sans cesser de pleurer. Au bout d'une dizaine de minutes, cependant, ses tremblements deviennent moins violents, ses larmes se tarissent, et, enfin, on n'entend plus que ses reniflements percer la nuit.

– Qu'est-ce qu'il t'a dit, exactement ? demande Potter en l'écartant doucement de lui pour lui faire face.

Amélie ferme douloureusement les yeux pour se remémorer ses paroles, et se met à bégayer :

– Que j'é-j'étais une idiote, ins-supportable, ridicule, naïve, débile, et que j'avalais tout ce qu'il me disait, et qu'il me détestait, et qu'il était sorti avec moi en même temps que d'autres filles, et qu'il nous considérait toutes comme des i- des i- des idiotes !

Je suis mortifiée. Déjà, se faire dire ça, c'est horrible. Mais que ce soit quelqu'un qu'on aime passionnément, comme Amélie aimait Béryl, ça, c'est tout simplement inhumain. Comment a-t-il pu lui dire tout ça ? Ne s'est-il pas rendu compte à quel point elle était amoureuse de lui ? En plus de lui avoir brisé le cœur, il a brisé tout son courage et toute sa confiance en elle. Il l'avait sciemment embobinée, ensorcelée.

Brusquement, je comprends que l'amour, ce n'est vraiment pas quelque chose de bien. Amélie a eu la malchance de tomber amoureuse de la mauvaise – non, de la pire personne qui soit. Et une fois tombée dans le piège, elle ne pouvait plus en ressortir et voir la vérité, voir ce que cette ordure était vraiment. C'est pour ça qu'elle m'a insultée avec tant de hargne tout à l'heure. C'est plus facile de voir la méchanceté chez des gens qu'on n'aime pas beaucoup plutôt que chez une personne dont on est follement amoureuse.

– Quel… mais quel…

– Moi non plus, je ne trouve pas mes mots, souffle Potter.

– Il a vraiment dit que toutes les filles étaient idiotes ?

Amélie hoche la tête en hoquetant à travers ses larmes qui se sont remises à couler.

– Il va payer, je gronde.

– Oui, il va payer, reprend Potter. Je ne laisse pas des filles malheureuses se faire insulter comme ça par des garçons sans scrupule.

– Si tu es là pour le casting du Prince Charmant, désolé, mais tu t'es trompé de porte.

Potter ignore fièrement ma remarque.

– Laissez tomber, murmure Amélie. Je… je ne mérite pas ça. Je suis une idiote. Je me suis faite avoir. J'ai été méchante avec vous. Vous n'avez pas à m'aider.

– Alors considère ça comme quelque chose qu'on fera pour nous, et pas pour toi, je réplique. Moi, je ne laisse pas un labrador stupide dire que les filles sont toutes des idiotes.

– Alors tu es vraiment une fille, Enderson ?

– La ferme.

– Enderson, on est tous les deux d'accord. On va lui faire payer, à cette ordure. Une trêve, ça te dit ?

– Une trêve ? je répète, incrédule.

– Une trêve. Disons que tu es plutôt… hmpf… douée pour concevoir des farces, et-ne-me-force-pas-à-le-répéter, dit-il très vite. Même si je suis plus fort que toi. Mais à deux, unis, tu imagines ce que ça pourrait donner ?

Un sourire carnassier s'étale sur mon visage alors que j'entrevois ses projets.

– L'Apocalypse, je souffle.

– Exactement. L'Apocalypse… Et c'est bien ce que Béryl mérite, n'est-ce pas ?

– Tout à fait d'accord, Potter. Il va s'en souvenir, de notre vengeance, jusqu'à la fin de ses jours. On se voit demain dans cette même pièce pour fomenter la meilleure farce de tous les temps.

– Marché conclu, dit joyeusement Potter en me serrant la main.

Cette poignée de main, c'est le début des ennuis pour Armand Béryl.


Note de fin :
- Tu penses que ça leur a plu ?
- Evidemment, j'ai un rôle important dans le chapitre. Et en plus, j'ai la classe. Aïe !
- Ca t'apprendra, abruti. J'espère qu'ils ne demanderont pas trop à te parler, parce que tu vas encore afficher ta débilité et ça me fait un peu honte, parfois.
- Ah, tu veux dire, quand je leur raconte des dossiers sur toi ?
- Quand tu inventes des dossiers sur moi, pour être précise.
- En attendant, on peut leur dire au revoir et à très bientôt. Qu'est-ce que t'en penses, Enderson ?
- Excellente idée, Potter. Et c'est la première fois que je te le dis, donc ce n'est pas rien.