Note de Ginger : Salut les gens ! … bon, je suis vraiment désolée pour ce retard intolérable. Quand Mak va l'apprendre, elle va me hurler dessus. Je ne suis vraiment pas bonne pour m'occuper des mises à jour, hein ? Sans parler des réponses aux reviews qui ont pris des décennies… Désolée pour ça. Mais il y en avait beaucoup, vraiment beaucoup, et Mak squattait souvent l'ordi pour lire, mater des séries ou écrire la suite de mes aventures.
Ensuite, explication du retard. C'est simple. Je me suis levée à une heure de l'après-midi. Puis j'ai rangé toutes les affaires de Mak pendant qu'elle faisait ses adieux à sa maison de campagne. Puis on est rentrés à Paris. Puis j'ai filé un coup de main à Mak pour ranger sa chambre (quel bazar ! Presque comme notre dortoir avant qu'Amélie n'arrive !). Et là… problème de réseau internet.
Bref. La prochaine publication, c'est Mak qui s'en occupe. Je répondrai à vos reviews… pour la dernière fois. Car c'est la fin des vacances pour mon auteure préférée. (Bah ouais, ma préférée. Puisqu'elle m'a inventée.) Cette prochaine publication sera vendredi : on reprend le rythme de l'année… Déprimant, hein ? M'en parlez pas.
Mais bon, il y a au moins une bonne raison de se réjouir, là maintenant : j'ai posté un nouveau chapitre et il est juste en-dessous ! Bonne lecture !


J'ouvris lentement les yeux. Mes paupières étaient lourdes comme du plomb, mes joues encore mouillées de larmes. Je me sentais affreuse.

« Je n'ai aucune considération pour toi. »

Les mots d'Armand tournaient en boucle dans ma tête depuis hier soir. Mon sommeil, loin d'avoir été réparateur, avait été destructeur. Il avait détruit tout ce qui me restait de confiance en moi.

« Tu es tellement bête et naïve ! »

J'avais fait cauchemar sur cauchemar. Armand me criait dessus, me piétinait le cœur en rigolant. Et je pleurais. James Potter et Ginger Enderson passaient et me rabaissaient encore plus, en me répétant toutes les horribles choses que je leur avais dites. Et je pleurais. Je n'aimais plus Armand, c'était sûr et certain. Mais je l'aimais depuis bien trop longtemps pour pouvoir me sortir de cette histoire indemne.

« Je n'en pouvais plus de toi. »

Je voulais mourir. Littéralement. Fermer les yeux une bonne fois pour toutes, ne plus rien voir, ne plus rien sentir, ne plus rien entendre. Mais quand je fermais les yeux, la même scène se répétait inlassablement sous mes paupières. Et quand je les rouvrais, les larmes coulaient.

« Tu es insupportable ! »

– Amley ?

Le jour était levé. Je ne savais pas quelle heure il était. Tard, sans doute. Je m'en fichais. Je voulais rester dans ce lit pour le restant de mes jours. Ne plus voir Béryl, qui se moquerait de moi s'il me croisait dans les couloirs. Car je ne résisterais pas. Je me sentais trop faible.

Roxanne était assise sur mon lit et me regardait, compatissante.

– Amley, il est tard. Lève-toi. Tu n'auras pas à tout me raconter, Ginger m'a déjà tout dit hier soir après t'avoir ramenée. J'étais sensée attendre que tu te lèves, mais ça fait trois heures que je suis ici à t'entendre sangloter dans ton sommeil et c'était devenu insupportable.

– Je ne veux pas sortir de ce lit, grognai-je.

– Il le faut bien, répondit-elle d'une voix douce. La vie continue, tu sais. Et des gens comme Béryl, il y en a plein. Tu ne vas pas lui donner la satisfaction de t'avoir détruite, non ?

– Il a réussi, dis-je faiblement. Il a raison. J'ai été idiote.

– Tu sais, je suis idiote la plupart du temps, moi aussi, mais je le vis bien.

– Je ne veux pas le revoir… Je ne veux voir personne.

– Désolée ma vieille, mais tu vas devoir revoir quelques personnes. Comme par exemple : moi, Jude, Ginger… James, Abercrombie, Wright… Lily Potter… Sybille Londubat… Et quand tu reverras Armand, crois-moi, tu n'auras qu'une envie, ce sera de rire.

Je fronçai les sourcils. Qu'est-ce qu'ils mijotaient ? Et qu'est-ce que Lily Potter et Sybille Londubat venaient faire là-dedans ?

– Je me suis dit que comme tu n'aimerais pas aller à la Grande Salle pour déjeuner, tu apprécierais de manger un morceau ici.

Elle sortit une brioche soigneusement enroulée dans une serviette de sa poche et me la tendit.

– Je ne comprends pas… Pourquoi m'aidez-vous ?

Roxanne reprit un air sérieux.

– Parce qu'on est tous ensemble à Gryffondor, et qu'on ne laisse pas ses camarades seuls au fond de leur lit à sangloter. Et surtout, parce que tu es notre amie, que tu le veuilles ou non.

OoOoO

Après m'être habillée sans vraiment faire attention à mon apparence, nous sortîmes et rejoignîmes les autres. Ils étaient, m'avait dit Roxanne, dans la salle où James et Ginger m'avaient trouvée hier. Je n'avais pas du tout envie de retourner dans cette pièce, mais Roxanne m'assura que ce serait pour le mieux. Je l'y suivis donc.

Le couloir abandonné des Enchantements était situé dans une aile du château pratiquement à l'abandon : personne ne traînait dans ce coin lugubre et qui semblait avoir été le théâtre de cataclysmes sans précédent. Plus tard, j'apprendrais que c'était évidemment de la faute de James et de Ginger. Mais pour l'heure, je trouvais juste que c'était un lieu abominable. En y parvenant, on entendait déjà les bruits d'une dispute.

– Ce taille-crayon va tout foutre en l'air !

– Et moi je te dis que le taille-crayon est essentiel !

Roxanne n'eut même pas l'air étonnée.

Nous entrâmes dans la salle. Tout était comme hier, mais plus éclairé : quelques bougies avaient été allumées, puisque le temps était trop mauvais pour pouvoir suffisamment illuminer la pièce. Ginger était debout sur la chaise d'un élève et criait sur Potter qui faisait les cent pas sur l'estrade du professeur en se pinçant l'arête du nez. Judith, au premier rang, prenait sagement des notes. Thomas Abercrombie faisait discrètement une partie de carte avec Arthur Wright. Lily Potter consolait Sybille Londubat dans un coin de la salle. Celle-ci ne pleurait pas comme hier, mais avait quand même l'air déprimée. Je songeai que je devais lui ressembler.

– Amley, me salua James. Tu vas mieux ?

– Non, répondis-je franchement.

– Quand tu verras ce qu'on lui prépare, à cet imbécile, ça ira tout de suite mieux.

– Ça ira tout de suite mieux si on utilise le taille-crayon !

James se tourna vers Ginger.

– NON ça n'ira pas mieux ! Je te dis que le taille-crayon est de trop ?

– Est-ce que j'ai mon mot à dire ? cria Lily pour couvrir leurs hurlements.

– Ecoute, petite, commença Ginger en se retournant soudainement vers elle.

– Ne m'appelle pas « petite », la coupa Lily, menaçante.

– A la base, je n'ai même pas compris ce que tu fabriquais ici...

– Regarde Sybille ! Elle est détruite, je veux l'aider ! Toi, c'est bien ce que tu fais pour ton amie, non ?

– Ça n'est pas la question, riposta Ginger. Tu es trop petite pour comprendre toute la complexité du plan qu'on prépare. Tu vas tout gâcher !

– Ce n'est pas parce que tu me détestes que tu es obligée de me mettre en-dehors de ça !

– Je te déteste ? Depuis quand je te déteste ?

– En tout cas, MOI, je te déteste !

Potter, je t'ordonne de faire sortir ce petit monstre IMMEDIATEMENT !

– JAMES ! Défends-moi de cette mégère ou je dirai aux parents que tu es le pire grand frère que j'ai jamais eu ! Et je ne suis pas petite !

– Ne me mêlez pas à vos histoires ! s'écria James, l'air un peu perdu. Ecoutez. Lily doit faire partie du plan, ce n'est que justice. Mais Lily, on a plus d'expérience que toi en matière de plans, alors laisse-nous faire et ce sera super. Ok ?

Potter était un diplomate-né. Avec une petite sœur pareille, cela semblait vital.

Pendant que Ginger pestait, Judith se leva et vint me voir avec sa feuille de notes.

– Salut, Amélie. Tu vas mieux ? En tout cas, ces deux-là, ils ont la pêche. On est là depuis huit heures du matin et c'est toujours le même cirque. L'un des deux propose quelque chose, l'autre n'est pas d'accord, ils se crient dessus, Lily s'en mêle, Ginger et Lily se crient dessus, Potter les calme et trouve un compromis, et ensuite ça reprend. C'est assez fatiguant pour prendre des notes.

Elle me tendit sa feuille, qui effectivement était toute raturée de partout.

– C'est une liste de ce dont on a besoin, m'expliqua-t-elle, pour la grande farce du dîner. La journée sera agrémentée de petits amuses-gueules.

La liste était vraiment très étrange.

– Pourquoi avoir besoin d'un vinyle des BeeGees ? demandai-je en fronçant les sourcils.

– Ça fait partie du « grand final », comme ils disent. Ils veulent que ça reste une surprise et c'est donc ultra-secret. Du coup, je ne peux pas t'expliquer pourquoi ils ont besoin d'un disque des BeeGees.

– Ça a l'air compliqué, soupira Roxanne. Surtout que je ne vois pas où on va trouver un vrai flamant rose.

– De même pour la fraise du XVIIème siècle, approuva Judith.

– Bon ! s'écria Ginger. Laissons tomber ce fichu taille-crayon. Venez par ici, tous. Et Abercrombie et Wright, on ne vous a pas invités pour que vous jouiez aux cartes.

Thomas Abercrombie ouvrit des yeux ronds. Il dit d'une voix tremblante :

– Enderson… Tu m'as bien appelé Abercrombie ? Tu m'as appelé par mon nom ? Pour de vrai ?

– Je me disais bien que tu portais un nom de vêtement ! s'exclama-t-elle. Allez, venez tous par ici.

Lily et Sybille s'approchèrent de Roxanne, Judith et moi, tandis que les garçons rangeaient leurs cartes. James descendit de l'estrade et vint nous rejoindre en même temps que Ginger.

– Demain, annonça fièrement Ginger, nous allons renvoyer ce crétin de Béryl d'où il vient. Lily, comme tu veux absolument participer, on va te donner le rôle le plus important : celui de la devineresse.

Je haussai un sourcil. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ?

– Amley, tu seras avec Sybille dans les draperies de la tente pour regarder. Potter accompagnera Béryl. Ce sera un sacré spectacle. Je regrette de ne pas pouvoir y assister…

– Une minute, l'interrompis-je. Une tente ? De quoi tu parles ?

– Oh, personne ne t'a mise au courant ? Pas grave, ce sera encore mieux. Judith, tu te charges de répandre la rumeur. Sybille et Lily, vous préparez la tente avec Roxanne. Les garçons, vous allez réunir tous les éléments de cette liste.

Elle sortit une liste de sa poche et la leur tendit. Puis elle brandit la liste de Judith qu'elle m'avait prise des mains.

– Potter, Amley et moi nous occuperons de cette liste. On se revoit à vingt-et-une heures dans la salle commune pour les dernières retouches, et à vingt-et-une heure trente, lancement du plan ABAB.

– ABAB ? demandai-je.

– A Bas Armand Béryl. Ça vous va ?

– Très bien, dit Lily. Syb, Roxanne, vous venez ?

Les trois filles sortirent, en même temps que Judith. Les amis de James promirent d'acheter tout ce qui était inscrit sur leur liste. Il ne resta plus que James, Ginger et moi.

– Vous savez, dis-je, vous n'êtes pas obligés de m'aider comme ça. Je veux dire, je n'ai rien fait pour vous, au contraire.

– Tant mieux, comme ça tu auras une dette envers nous, déclara Ginger.

– Tu sais, Amley, annonça sérieusement Potter, tu es un peu casse-pieds parfois, mais maintenant, tu fais partie de l'école et de notre maison. On ne peut pas te laisser tomber comme ça. Ce serait anti-Gryffondor.

– Et puis, nous, nous sommes… plus ou moins amies, non ?

Je regardai Ginger, stupéfaite. Elle rougissait un peu.

– Enfin… reprit-elle. T'étais sympa, l'autre soir. Et j'en ai marre de me battre sans cesse avec toi. Ce n'est marrant qu'avec Potter, en fait.

– Tu ne m'en veux pas pour ce que je t'ai dit ? demandai-je.

– Non. Je ne suis pas rancunière, moi. Même si je ne serais pas contre des excuses en règle.

– Excuse-moi, dis-je timidement.

– C'est rien.

Elle eut un petit sourire amical. Puis un autre, plus franc, plus gingerien, le remplaça sur son visage.

– Maintenant, déclara-t-elle, on doit récupérer tous les éléments de cette liste. Ça ne va pas être de la tarte, et il est déjà quatorze heures. Alors on va s'y mettre sérieusement !

-X-X-

– Amélie, tu t'occupes du premier tiers de la liste.

– Je peux en avoir une copie ? demande-t-elle.

Je lance le sortilège au parchemin. Un autre, identique au premier, apparaît à côté. J'en fais un autre pour Potter :

– Toi, tu t'occupes de la deuxième partie. Moi, je fais la troisième.

Amélie fronce les sourcils.

– Je fais comment pour le pommeau de douche ?

– Tu le piques dans la salle de bain de quelqu'un. Pas la nôtre, s'il-te-plaît.

– Mais… je vais me faire attraper !

– Ne te plains pas, signale Potter. Moi, je dois trouver un flamant rose.

– Quel rapport entre le pommeau de douche et le flamant rose ? Dans votre plan, je veux dire ?

Un sourire entendu naît sur les lèvres de Potter et sur les miennes.

– Tu verras.

OoOoO

J'ai donné à Amélie la partie la plus facile de la liste. Potter a des objets plus simples que moi à trouver, mais il en a plus. Pour moi, ce sont de vrais défis. Alors, quand j'ai tout réuni, de la canne à pêche au marteau-piqueur, je suis plutôt fière de moi.

A vingt heures trente, je rentre, exténuée, dans la salle commune. Une douche rapide, un repas sur le pouce, et je serai prête pour vingt et une heures. Mais c'est sans compter Potter, assis sur le canapé devant le feu de cheminée. Il semblait m'attendre.

– Enderson, me salue-t-il. Tu daignes enfin te pointer ici.

– Tous ces trucs étaient durs à trouver, je me plains en me laissant tomber dans un fauteuil proche. A la réflexion, je me demande si le grand final de demain soir ne sera pas trop compliqué.

– Pas du tout. Il sera parfait. Mais ce n'est pas de ça que je voulais te parler.

Je me redresse dans mon fauteuil et le regarde droit dans les yeux.

– Potter, je te rappelle que cette trêve peut voler en éclats d'une seconde à l'autre, donc choisis bien tes mots.

– Justement, j'aimerais prolonger cette trêve.

Je hausse un sourcil.

– Je suppose que ce n'est pas pour mes beaux yeux que tu proposes ceci. Tu as une idée derrière la tête.

– Exact. Je voudrais parler d'Arthur et de ton amie Judith Thomson.

« Misère ! »

Quoi ? Que se passe-t-il ? Tu as des problèmes ?

« Bien sûr que non, je te rappelle que je suis une Valkyrie. »

Attention à tes chevilles, elles vont exploser. Pourquoi ce « misère » dans ce cas ?

« Misère, parce que je pensais qu'il te parlerait d'autre chose. Ce séjour à Poudlard ne te va pas du tout, Gondul. Les humains t'abrutissent. Il se trame des choses importantes et tout ce que tu fais… c'est ça ! »

Et alors ? Je te dis que tu te fais des idées, rien ne se passe. Occupe-toi de tes oignons.

– Judith et Wright sont suffisamment grands pour faire les bons choix, je réponds enfin à Potter.

– J'ai peur que ton amie soit trop butée pour faire le bon choix toute seule. Ils peuvent être heureux tous les deux, mais seulement si on leur donne un coup de main, et tu le sais très bien. Arthur est mon ami, Thomson est ton amie. Si on prolonge la trêve, ils devront la continuer de leur côté. Et on pourra pousser Judith dans les bras d'Arthur. Alors ?

– Potter, on se croirait dans un feuilleton télévisé.

– Un quoi ? Ah, oui, je me souviens, j'en ai vu un à la télé ! C'était l'histoire d'une fille qui…

– Potter, je m'en fiche. Non seulement je trouve ça un peu pitoyable, mais en plus, ça me gêne. C'est mon amie et je n'ai pas vraiment envie de la manipuler, même si c'est pour son bien.

– Elle te remerciera, plus tard, insiste Potter.

– On verra. Je ne suis déjà pas sûre de réussir à te supporter, toi, plus longtemps que la trêve qu'on a instaurée. Ça ne peut marcher que si nous avons un but commun.

– Nous en avons un. Rendre nos amis heureux.

Je lève la tête. Il a l'air sincère. Son regard profond, vissé sur le mien, fait manquer un battement à mon cœur. Qu'est-ce que c'est nul, l'attirance… Non seulement ça me fait gober des phrases aussi pitoyables que « nous avons un but commun, rendre nos amis heureux », mais en plus je vais finir par faire un arrêt cardiaque.

– On verra, je souffle. J'en parlerai à Roxanne. A tout à l'heure, Potter.

– A plus, Enderson.

Je me lève et file prendre une douche, comme prévu.

OoOoO

En dînant dans la Grande Salle, j'ai réalisé par moi-même que la rumeur avait très bien été lancée.

– Il paraît qu'une Gryffondor arrive à lire l'avenir ? demandait une petite Poufsouffle derrière moi à un autre élève de sa maison.

– Oui, il paraît qu'elle a prédit à Gilbert Hoover qu'il aurait une mauvaise note…

– Hoover ? fit l'autre. C'est ce garçon dans notre maison super intelligent en sixième année ?

– Ouais, jamais de mauvaise note, de toute sa scolarité… Et là, il a eu un P en Sortilèges ! Tu te rends compte, Raphaël ? Hoover a eu un P !

J'espère que Hoover ne nous en voudra pas trop.

– Et il paraît qu'elle a prédit plein d'autres trucs… poursuit-elle. La mort de l'un des Niffleurs de Hagrid, en janvier…

– C'est qui, au fait, cette Gryffondor ? demande Raphaël. Pas que je sois intéressé, hein, tu sais bien que je ne crois pas du tout à la divination…

– Non, bien sûr, dit la fille d'un air entendu. Ce ne serait certainement pas ton genre. C'est Lily Potter, la rouquine en troisième année.

– Qu'est-ce qu'elle a, Lily Potter ? demande une fille assise à côté de Raphaël.

– Vous habitez tous dans une grotte ou quoi ? Lily Potter lit dans l'avenir ! Tout le monde est au courant à Poudlard ! s'exclama la première fille.

Celle-ci se charge une nouvelle fois de faire la publicité de la petite sœur de Potter. Tout marche à merveille. Je finis rapidement mon dîner et file à ma salle commune. Il est vingt-et-une heures. Potter, ses deux amis, Roxanne, Judith, Amélie, Lily Potter et Sybille Londubat sont tous là. Lily porte un collier en toc avec un faux diamant immonde comme pendentif.

– C'est pour capter les esprits, m'explique-t-elle d'un air inspiré.

– Tu n'es pas réellement capable de lire l'avenir, tu sais, je lui rappelle.

Elle me fusille du regard.

– J'essaye de rentrer dans le rôle, andouille.

Je m'étouffe.

– Andouille ? Tu m'as traitée d'andouille ?

– Ginger, cette dispute n'a aucun intérêt, dit très vite Roxanne. Sauf celui de tout faire capoter.

Je me calme instantanément. Elle a raison. Je n'ai certainement pas envie de tout faire capoter au prix d'une dispute avec Lily Potter. J'inspire un grand coup.

– Est-ce que vous allez m'expliquer ce qu'il se passe, à la fin ? s'écrie Amélie, excédée. Je ne comprends rien.

– Non, lui répond Potter. Tu vas tout découvrir en même temps que Béryl.

Amélie se fige.

– Je ne veux pas le voir, récite-t-elle d'une voix glacée. Je refuse de…

– Il ne te verra pas, la rassure Judith. Et puis tu as de la chance. Nous autres, dit-elle en désignant Wright, Abercrombie, Roxanne, elle et moi, on va devoir rester ici.

-X-X-

Ça avait été une journée extrêmement bizarre. La nuit avait été horrible. La matinée arrosée de larmes. Le midi, l'étonnement avait momentanément étouffé ma tristesse. L'après-midi, j'avais été complètement occupée par la récupération de tous les éléments de la liste. Certains étaient vraiment étranges.

– On va vérifier que tout le matériel est là. Donne-moi ta liste, Amley.

Je sortis le parchemin plié de ma poche. Ginger le déplia, s'éclaircit la voix et dit :

– Matelas ?

– Ok, dis-je.

J'avais eu du mal à piquer discrètement un matelas dans une chambre de premières années. Mais je m'étais juré de le leur ramener après.

– Pommeau de douche ?

– Ok.

Lui, je l'avais pris dans la chambre voisine.

– Peluche d'hippogriffe ?

– Ok.

J'envisageais de lancer la rumeur d'un fantôme hantant les chambres de Gryffondor et piquant à peu près n'importe quoi appartenant aux élèves. C'était le seul moyen pour qu'on ne se pose pas trop de questions.

– Un parapluie noir ?

– Ok.

– Il est noir, hein ? me demanda Potter. Parce que s'il est d'une autre couleur, ça n'ira pas.

– Il est noir.

– Une brosse à cheveux ?

– Ok.

– Cinquante parchemins vierges ?

– Ok.

– Un bocal de scarabées ?

Trouvé dans une salle de Potions. J'espérais que Slughorn ne m'en voudrait pas. Ma débrouillardise m'avait impressionnée : j'étais venue lui demander quelque chose à propos des cours de Potions, et, profitant d'un moment où il avait le dos tourné, j'avais discrètement chipé le bocal. Jamais je n'avais fait de chose semblable à Beauxbâtons… mais c'était vraiment amusant.

– Ok.

– Une armure ?

Là, par contre, j'avais eu beaucoup de mal. Les armures sont vivantes, à Poudlard. Et très solidaires. J'étais couverte de bleus.

– Ok.

– C'est bon pour ta partie de la liste, Amley. Potter, ton tour. Flamant rose ?

– Ok.

– Hérisson ?

– Ok.

– Fraise du XVIIème ?

– Ok.

– Vélo ?

– Ok.

– Selle de cheval ?

– Ok.

– Bottes en caoutchouc ?

– Ok.

– Miss Teigne ?

Je crus avoir mal entendu.

– Ok, fit Potter, imperturbable.

– Chapeau chinois ?

– Ok.

– Canard en plastique ?

– Ok.

– Placard à balai ?

– Ok.

– Parfait. Et moi, j'ai trouvé le vinyle des BeeGees, la canne à pêche, le marteau-piqueur et la girafe.

– Excuse-moi, mais où as-tu trouvé une girafe ?

– A Poudlard, m'expliqua Ginger sur un ton de présentateur télé, quand on sait bien chercher, on peut toujours trouver. Mais j'avoue que j'ai eu du mal à trouver une girafe. Wright, Fitch, vous avez tout acheté sur votre liste ?

– C'est bon, répondit Arthur. On distribuera le matériel plus tard.

– Parfait. Potter, il est bientôt 21h30. Répète ce que tu dois faire.

– Je dîne à la Grande Salle avec Béryl, dit-il d'un air excédé. Je lui dis qu'une fille de Gryffondor sait lire l'avenir. Je fais en sorte qu'il décide d'y aller. Et à vingt-deux heures, on doit être à la tente. Rassurée ?

– C'est bon, déclara Ginger. Tu peux y aller. Lily, Sybille, Amley, vous allez à la tente. Nous, on vous attend ici.

OoOoO

Nous entrâmes toutes les trois dans une autre petite salle de classe du couloir abandonné des Enchantements. Les murs étaient recouverts de draps rouges et noirs qui étaient tous noués entre eux au milieu du plafond : on se serait cru dans une tente. Il n'y avait donc pas de fenêtre : la pièce était faiblement éclairée par une bougie, posée sur une table basse ronde au milieu de la salle. De part et d'autre trônaient des poufs et des coussins aux motifs orientaux, posés sur un grand tapis aux dessins mouvants. Plusieurs bâtons d'encens brûlaient. Une boule de cristal était posée sur la table, à côté d'un jeu de tarot.

Lily s'installa du côté de la table face à la porte d'entrée. Son visage était éclairé par en-dessous, ce qui la rendait un peu effrayante. Elle arrangea ses cheveux roux incandescents, se dessina des signes étranges sur le bras et ferma les yeux.

Lily s'était déguisée. Outre son collier avec un faux diamant, elle avait une robe noir ébène et ses yeux étaient allongés par du maquillage. Elle avait l'air très pâle. Sa bouche vermeille ressortait sur son visage blanc, sur lequel les ombres vacillantes jouaient. Ses cheveux ressemblaient à des flammes.

Sybille et moi nous cachâmes dans les tentures derrière Lily, en silence. Devant nous s'alignaient la porte, le pouf, la table avec la boule de cristal et Lily.

Je regardai ma montre. Il était vingt-deux heures. L'heure où tout allait commencer. Et par « tout », j'étais incapable de dire ce que j'entendais. Je ne comprenais même pas à quoi rimait cette mise en scène.

La porte s'ouvrit dans un long grincement, interrompant mes pensées.

C'était Armand.


J'espère que ça vous a plu… Dites-nous tout dans les reviews !