Armand venait d'entrer dans la pièce… suivi de près par James Potter. Je ne comprenais pas. Que fabriquait-il ici ? J'eus bientôt la réponse.
– C'est vous, la devineresse ? demanda James d'un ton pompeux à sa sœur. Armand Béryl aimerait connaître son avenir. Je ne suis là que pour traduire, il ne parle pas anglais.
Lily resta immobile, mais Armand eut un mouvement de recul. Elle devait lui lancer l'un de ses regards effrayants. Quant à moi, j'étais mortifiée. Je commençais à me sentir mal. La seule vue d'Armand me rendait mal à l'aise et me déchirait le cœur.
– Asseyez-vous, dit Lily d'un ton sec.
Les deux garçons s'assirent de l'autre côté de la table. Armand regardait autour de lui avec un air curieux. James fixait un point au-dessus de la tête de sa sœur, essayant sans doute de ne pas rigoler.
– Vous devez savoir qu'il vaut souvent mieux ne pas voir son avenir révélé, déclara Lily d'une voix profonde.
James traduisit dans un français médiocre. Quand avait-il appris à parler français ? Il n'avait jamais évoqué sa capacité à s'exprimer dans ma langue. D'un autre côté, pourquoi l'aurait-il fait ? Armand hocha la tête et dit simplement, avec un petit sourire :
– C'est bon, je suis prêt. Elle peut y aller. De toute façon, je ne crois pas vraiment à la divination, alors…
Le son même de sa voix me pressa douloureusement la poitrine. Je jetai un œil sur le côté : Sybille était manifestement dans le même état que moi. Pendant ce temps, James traduisait à sa sœur ce qu'il venait de dire, en omettant la dernière phrase.
Sans prévenir, Lily souffla la bougie. Tout se retrouva plongé dans les ténèbres… à l'exception de la boule de cristal sur la table, qui semblait briller de mille feux. Je vis les yeux d'Armand s'agrandir de stupeur dans le noir. Lily commença à murmurer des mots étranges, et je crus reconnaître quelques mots que j'avais étudiés en études de runes… avant de réaliser qu'elle se contentait de prononcer des insultes en anglais avec un accent espagnol. Un grand feu apparut soudain dans la boule de cristal. Armand eut un mouvement de recul.
Une voix s'éleva dans le noir de la pièce. C'était une voix effrayante, caverneuse, sombre et grave, qui formait une sorte d'écho. Au bout d'un moment, je compris que c'était de la bouche de Lily qu'elle sortait. Un coup d'œil sur le côté me confirma ce que j'avais déjà deviné : Sybille lui avait lancé un sortilège pour modifier sa voix.
– Malheur, malheur à toi, pauvre humain ! La punition pour tes actes a finalement été envoyée. Pars d'ici, pars, avant que la foudre céleste ne s'abatte sur sa tête !
Il y eut un grand éclair blanc, qui m'obligea à fermer les yeux. Quand je les rouvris, la bougie était rallumée, Lily debout, Armand les yeux remplis de terreur et James Potter faisant semblant d'être effrayé aussi. Il lui traduisit à toute allure ce que Lily venait de dire. Sa traduction n'avait aucun sens.
– Partez, s'écria Lily. Partez tout de suite ! Je ne veux pas être mêlée à ça !
Armand, qui avait sans doute compris vu l'intonation de sa voix, fila sans se faire prier. James le rejoignit après avoir fait un clin d'œil à sa sœur.
Quelques minutes plus tard, Lily se tourna vers nous.
– Je pense qu'il ne reviendra pas avant un moment, dit-elle avec un grand sourire. Alors, comment vous avez trouvé ?
– C'était bien, soupira Sybille. Mais je n'aurais pas cru que ça me ferait aussi mal, rien que de le revoir. J'espère que ce qu'on fait en vaudra la peine.
Je hochai la tête. Elle venait de dire tout ce que je pensais. Et je croyais commencer à comprendre ce qu'ils avaient l'intention de faire avec Armand.
– Mais ça en vaudra la peine, affirma Lily. Je te le jure, Syb.
Sybille lui fit un pauvre sourire.
-X-X-
Wright et Abercrombie arrivent en courant dans la salle commune.
– On a croisé Rusard, expliquent-ils dans un souffle.
C'est vrai, il est un peu sur les nerfs en ce moment depuis qu'il a perdu son chat. Miss Teigne va passer une de ces nuits…
– Alors ? leur demande anxieusement Roxanne.
– C'est bon, répond Wright en souriant de toutes ses dents.
– Qu'est-ce qui est bon ? demande Lily en entrant dans la Salle Commune à son tour, par le portrait à peine refermé.
– La peluche d'hippogriffe, je réponds. J'ai remplacée celle de Béryl par la nôtre… la « trafiquée ».
– Qu'est-ce qu'elle a de « trafiquée » ? demande innocemment Amélie, entrée également avec Sybille.
– Tu connais le principe du bonbon fourré ? explique patiemment Potter, assis dans un canapé. Tu t'attends à un bonbon délicieux, et en fait, des idiots ont mis de la liqueur dedans. Bah là, c'est pareil, sauf que le bonbon est la peluche de Béryl, et la liqueur, c'est Miss Teigne.
Amélie ouvre grand les yeux, choquée. Je n'en fais pas grand cas et me tourne vers les deux garçons :
– Vous n'avez pas oublié le reste, hein ?
– Sûrement pas, répond Abercrombie. On s'est aussi occupés de la brosse à cheveux, des bottes, de l'armure et bien entendu du pommeau de douche.
– Est-ce que je vais enfin savoir à quoi vont servir toutes ces choses ? demande Amélie.
– Allons-y. La brosse à cheveux n'en est pas une. C'est un mélange entre le hérisson que Potter est allé chercher cet après-midi et une brosse à cheveux. Il va rire, demain matin, quand il va voir sa brosse s'enfuir en courant. Après la douche qu'il aura eue, ce sera normal.
– La douche ?
– Belle innovation de chez les Farces pour Sorciers Facétieux, dit Abercrombie. Un liquide incolore et qui ne devient odorant qu'au bout de quelques heures. On l'a acheté tout à l'heure et placé dans le pommeau de douche qu'il utilisera demain matin.
– Après ça, il va vouloir s'habiller, et il va avoir beaucoup de mal, poursuit Wright. On a métamorphosé l'armure que tu nous as ramenée tout à l'heure en robe de sorcier. Celle qu'il mettra demain. Sauf que l'armure a gardé son poids. Non seulement il aura beaucoup de mal à marcher sans comprendre pourquoi, mais en plus il va cliqueter toute la journée, en plus de couiner.
– Pardon ?
– Oui, de couiner, dit Judith en souriant. A cause de ses bottes. On a collé avec de la superglue un canard en plastique qui fait « couac » à chaque fois qu'on marche dessus. J'ai hâte de le voir marcher, demain.
– Il n'a jamais porté de bottes, proteste Amélie en rougissant.
Perspicace, hein ?
– En effet. Mais ses chaussures ne se transformeront en bottes qu'au moment où il enfilera ses chaussures. Et la glue au fond de la chaussure devrait l'empêcher de les retirer pendant un bon moment.
– Il va avoir une dure journée, fait remarquer Amélie avec un pauvre sourire.
Ça me soulage : c'est un sourire quand même. Tout espoir n'est pas perdu pour qu'elle retrouve la joie.
– Et ce n'est pas fini… dis-je d'un air entendu. Il aura aussi droit à beaucoup d'autres belles surprises, demain.
Je ne peux m'empêcher d'avoir un énorme sourire en pensant à toute la succession de malheurs qui vont s'abattre sur Béryl demain. Oui, ce sera vraiment extraordinaire. J'ai hâte.
OoOoO
Le lendemain matin, je me réveille d'excellente humeur. Il y en a un qui doit être moins heureux que moi, aujourd'hui, et je sais de qui il s'agit. Egayée par cette simple pensée, je saute joyeusement de mon lit et m'habille sous le regard outré d'Enrico le réveil qui n'a pas encore sonné. Hé oui. Pour la première fois depuis un an, je suis la première debout. Et un jour de cours, en plus.
Je vais dans la salle de bains et me brosse les dents.
– Il n'est que sept heures et quart, fait remarquer mon reflet du miroir en bâillant, tandis que je crache le dentifrice dans le lavabo.
– Et alors ? je réplique en enfilant mon uniforme.
– Et alors, normalement, à cette heure, c'est une Weasley qui vient en traînant des pieds et avec une tête de déterrée. Pas une Enderson en forme.
– Je suis en forme si je veux, je rétorque en m'emparant d'une brosse.
Je la plonge dans mes cheveux et entends un « crac ».
– C'est quand, la dernière fois que tu t'es coiffée ? me demande le miroir d'un air consterné.
– Un petit moment, j'avoue en tirant la brosse cassée de mes cheveux. On dirait que même l'enthousiasme ne vient pas à bout des nœuds, dommage…
– Ginger ? Mais pourquoi tu es déjà debout ? demande Roxanne d'une voix endormie en débarquant dans la salle de bains avec une tête de déterrée et traînant des pieds.
– J'ai envie d'arriver à l'heure à la Grande Salle, je lui réponds joyeusement. Potter a donné rendez-vous à Béryl à sept heures et demi pour le petit-déj'. J'ai hâte.
Je la laisse en plan et entre comme un tourbillon dans le dortoir. Judith s'étire en bâillant. Amélie, elle, est toujours pelotonnée dans ses couvertures. J'ai bien envie de la lui tirer et de la lancer par la fenêtre – la couverture, pas Amélie – pour qu'elle se décide à se lever, mais vu qu'elle est un peu déprimée en ce moment, peut-être que ce n'est pas la bonne chose à faire.
Je m'assois sur son lit et la secoue légèrement par l'épaule. Elle grogne et s'enfonce dans son lit.
– Laisse-moi… Je veux pas sortir…
– On ne peut pas te laisser comme ça, je lui annonce en me levant pour aller vers mon lit. Debout, miss, allez ! Ou je lance le chien sur toi.
– Ginger Enderson, je t'interdis de faire ça, déclare Roxanne en sortant de la salle de bains, toute habillée, laissant le passage à Judith.
– Je plaisantais.
Elle me lance un regard me laissant clairement entendre qu'elle sait que je ne plaisantais pas du tout. Cette fille me connaît trop bien. Je me mets à chercher sous mon lit… Rien. Ah, c'est vrai, j'avais oublié qu'Amélie avait tout rangé…
– Amélie, où est ma guitare ? je demande en regardant sous le lit de Roxanne.
– Dans ton placard, derrière les jeans, marmonne-t-elle.
En effet, je déniche ma bonne vieille guitare, celle que j'ai piquée dans la Salle-Sur-Demande fin octobre. Ca remonte à loin, tout ça… Je m'assois sur le lit d'Amélie et commence à jouer quelques accords très doux.
– What would you think, if I sang out a tune ? Would you stand up and walk out on me ?
Roxanne reconnaît immédiatement le début de notre musique préférée à Jude, elle et moi.
– Lend me your ears and I'll sing you a song, and I'll try not to sing out of key, chante-t-elle tandis que je l'accompagne à la guitare avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Amélie se redresse légèrement dans son lit, l'air étonnée.
– Oh, I get by with a little help from my friends, je chantonne doucement.
– Oh, I get high with a little help from my friends, continue Roxanne.
– Hmmm, I'm gonna try with a little help from my... friends ? (1) termine Amélie avec un sourire timide.
– Tiens tiens, on chante l'hymne du dortoir sans moi ? fait Judith, l'air faussement outrée, en sortant fin prête de la salle de bains.
– Bizarre que tu connaisses cette chanson, songe Roxanne tout haut. C'est une vieille musique. Et pas très connue en plus.
– C'était à l'époque où j'avais rencontré Yune, une de mes meilleures amies en France, explique Amélie. Elle n'arrêtait pas de chanter cette chanson. Alors j'ai fini par la connaître…
– Ce que je chante, je le pense. Tu es notre amie et on va te filer un coup de main pour tenir cette journée. Alors lève-toi, sois courageuse ! j'ordonne.
– Et aie pitié, aussi, dit Roxanne en rigolant. Ginger est sur des charbons ardents, elle n'attend qu'une chose, c'est de foncer à la Grande Salle pour ne pas rater une miette du spectacle. Là, tu la retardes.
Oui, cette fille me connaît trop bien.
-X-X-
Nous descendîmes tous les escaliers jusqu'à arriver devant la Grande Salle. Et là, près de la porte, à quelques mètres de moi…
… Armand Béryl.
Cette fois-ci, il pouvait me voir. J'étais à deux doigts de filer en courant pour me plonger dans mon lit et ne plus jamais en sortir, mais Ginger, qui semblait avoir prévu le coup, m'attrapa fermement le poignet.
– Voyons Amley, tu ne vas tout de même pas rater le début du spectacle, dit-elle dans sa barbe.
Je me forçai à regarder Armand. Il me sembla beaucoup moins charmant que d'habitude, et ce n'était pas dû qu'à tout ce qu'il m'avait dit l'autre soir. Il avait des griffures partout sur ses mains et son visage, les cheveux décoiffés, et se déplaçait très lentement et difficilement. Et il portait des bottes en caoutchouc jaunes qui étaient tout, sauf belles.
James, à côté de lui, se tenait à une certaine distance. Ses épaules étaient secouées de temps à autre d'un rire silencieux.
Armand passa le premier l'arcade de la porte. James resta en retrait… et la première humiliation publique d'Armand commença.
Un crochet de canne à pêche sorti de je-ne-sais-où accrocha sa robe de sorcier et le fit s'élever dans les airs. Armand se mit à se débattre en hurlant, tandis que tous les élèves alentours levaient la tête, étonnés et amusés. Le fil de canne à pêche étant invisible, personne ne comprenait comment il faisait pour léviter, et Armand lui-même non plus.
– Faites-moi desceeeeeeeeeeeeeeeendre ! hurla-t-il, terrorisé.
Son cri était tellement aigu qu'on aurait dit une fille, ce qui déclencha l'hilarité des élèves. Un professeur français commençait à approcher…
– Oh non, marmonna Ginger. Si on le libère trop tôt, la farce sera à moitié ratée. Il faut accélérer les choses.
Elle lança un petit coup d'œil à Potter qui semblait avoir eu le même cheminement d'idées. Il hocha très doucement la tête, puis il se tourna vers Arthur Wright, à l'autre bout d'un escalier, et lui fit un signe discret de la main. Arthur acquiesça et fit un mouvement léger de baguette en visant le sommet de la porte.
Armand, qui ne s'élevait plus en l'air et restait à une hauteur d'environ quatre mètres de haut, se mit alors à se balancer d'avant en arrière. Ses cris se firent plus stridents et plus ridicules encore, ce qui fit rire davantage d'élèves.
– Monsieur Béryl ! hurla le professeur Von Matterhorn en arrivant sous lui. Descendez immédiatement !
– Vous croyez que je fais exprès ? Descendez-moi de làààààààà !
Le mouvement de balancier se fit de plus en plus rapide… et brusquement, la corde sembla lâcher. Armand fit un long vol plané dans la Grande Salle et termina sa course au milieu du repas de plusieurs Poufsouffles qui explosèrent de rire en même temps que tout le monde. Armand Béryl se releva avec difficultés, remit dignement son chapeau sur sa tête et s'installa à côté de Lebrun qui le regardait d'un air peiné et lui caressait lentement l'épaule.
– QUI A FAIT ÇA ?
Les rires s'étouffèrent aussitôt. C'était le professeur Londubat qui avait crié. Il était rouge de colère. Que dirait-il s'il savait que sa propre fille avait plus ou moins participé à cette farce ?
Les élèves se remirent à manger et à entrer dans la Grande Salle, le plus normalement du monde, comme si rien ne s'était passé.
– Tout le monde sait qui a fait le coup, me souffla Ginger avec un sourire dans la voix en évitant le regard de notre professeur. Parce qu'ils sont habitués à voir ce genre de spectacle, de temps en temps. Le seul à s'en étonner encore, c'est Londubat. La seule question que les élèves se posent, c'est : Enderson ou Potter ?
J'éclatai de rire.
-X-X-
L'éclat de rire d'Amélie m'a soulagée. Elle n'était donc pas dans un état complètement désespéré.
La première farce de la journée avait parfaitement marché. La seconde devrait se mettre plus facilement en place, et son côté comique sera très apprécié pendant le cours de Botanique, j'en étais sûre.
Après les cours d'Arithmancie et le cours théorique de Métamorphoses, nous attendons devant la Serre n°1, dans la bruine écossaise du matin, avec Judith, Roxanne, et Amélie. Les garçons doivent arriver avec Armand.
Couac, couac, couac… Béryl arrive ! C'est super pratique, en fait, de lui avoir mis un canard en plastique sous la semelle. On l'entend arriver avec une bonne minute d'avance, ce qui nous laisse le temps de nous composer des masques crédibles. Judith et Roxanne affectent un air blasé, quant à moi, je prends un air épuisé (je sais très bien faire ça, je le suis la majorité du temps). Amélie, l'innocence même, dégaine son livre de Botanique et fait semblant de le lire.
– Amélie, ton livre est à l'envers, lui dis-je en bâillant.
Elle s'empresse de le retourner, rougissante.
Béryl, Potter, Wright et Abercrombie arrivent. Je manque d'exploser de rire mais masque mon hilarité dans un nouveau bâillement très calculé. Béryl a l'air bien piteux. Il a toujours autant de mal à se déplacer à cause de la robe qui a le poids d'une armure et qui couine à chacun de ses mouvements. En plus, du café de ce matin parsème ses cheveux. Sans parler de ses bottes qui font « couac » à chaque pas.
Je fais de grands efforts pour l'ignorer et quand Nazaire apparaît dans l'encadrement de la porte, je m'engouffre sans réfléchir davantage dans la serre. Amélie s'assoit à côté de moi, Roxanne et Judith se mettent juste derrière, et Wright et Abercrombie juste devant nous. Potter, quant à lui, s'installe de l'autre côté de la classe, à côté de Béryl.
La leçon du jour : le bouturage de Pigmentis macrofolia. Ne me demandez pas ce que c'est, je n'ai pas écouté ce que racontait Londubat. J'avais les yeux rivés sur Potter quand il donnait les instructions : mon partenaire pour l'opération ABAB était en train d'écrire. Et Potter en train d'écrire pendant un cours, et en particulier au début d'un cours, ce n'est pas normal.
Je comprends rapidement que c'est un message, et qu'il m'est probablement destiné. Au moment où Nazaire incite les élèves à se lever pour se servir des outils de jardinage nécessaires posés sur son bureau, Potter saute sur ses pieds, message roulé en boule dans sa main. Il passe près de ma table et le laisse tomber dans mon sac sans me lancer un seul regard.
A mon tour, je vais chercher mes outils, tandis qu'Amélie regarde obstinément devant elle, dans l'espoir de ne pas attirer l'attention de Béryl.
Ça va être dur avec ces cheveux longs, verts et bouclés.
En revenant, je pose tout en vrac sur ma table, puis tire le parchemin froissé de mon sac et le déplie discrètement sur la table.
Il devient légèrement parano. D'après ce que j'ai compris, ce matin, malgré Miss Teigne, les chaussures qui se sont changées en botte, la brosse-hérisson, etc, il restait positif en proclamant que c'était une drôle de coïncidence qu'il n'ait pas de chance ce matin et que Lily lui ait prédit la malchance hier. Mais après s'être fait balancer par la canne à pêche dans la Grande Salle il a commencé à avoir peur. Maintenant, il fait attention où il marche et regarde régulièrement par-dessus son épaule, même s'il essaie de garder l'air confiant.
Faut faire en sorte qu'il soit carrément terrifié d'ici la fin de la journée.
Ça me semble faisable.
– Amélie, je murmure en me penchant vers elle, l'air de rien, en commençant le bouturage. Regarde bien du côté de Béryl et Potter. La suite arrive.
– Comment ça ?
Un cri de terreur répond à sa question. Je tourne la tête vers Armand, qui, comme prévu, se débat avec un flamant rose furieux posé sur sa tête.
Un coup de génie, ce flamant transformé en chapeau de sorcier.
– Il est interdit de faire de la magie dans ce cours ! crie Nazaire en rougissant de fureur. Faites immédiatement disparaître cet oiseau !
« Que se passe-t-il ? »
Gondul ! Dis donc, ça fait un bail ! Comment vas-tu ?
« Bien… J'ai deux minutes de répit avant que les Aurors ne se rendent compte que j'ai tourné à gauche après le premier tunnel. »
Hein ?
« Longue histoire. Je me disais donc que je pourrais te rendre visite… Tu t'amuses bien sans moi, à ce que je vois. »
Aaah, ce n'est pas du tout de l'amusement, très chère. C'est un travail qui nous a demandé beaucoup d'efforts à moi et à Potter.
« Le garçon à qui j'ai révélé ta condition ? »
Précisément.
« Et en quoi consiste ce travail ? »
A venger Amélie !
« … dommage. J'ai naïvement cru pendant un instant que tu avais pris mes mises en garde au sérieux. J'espère que tu te réveilleras à temps pour réagir – ou que le garçon se décidera enfin et t'alertera de ce qui t'importe vraiment. Je n'ai malheureusement pas le temps de venir en personne pour remettre les pendules à l'heure. »
Hum… Un truc important selon toi, c'est clairement le domaine des Valkyries. Tu veux dire qu'il a quelque chose à m'apprendre là-dessus ? Est-ce que tu me caches autre chose à propos de lui ?
« Oui. Quand j'étais encore dans l'Horcruxe et que tu m'avais oubliée dans un couloir, il est passé par là et j'en ai profité pour prendre le contrôle de son esprit et m'amener à toi. »
Tu as… quoi ?
« Et j'ai bien fait. D'ailleurs, j'en ai profité pour sonder son esprit, essayer de comprendre ce qu'il y avait de si haïssable en lui. A part de l'arrogance, je n'ai rien trouvé. »
Tu rigoles ? Il a des tonnes de défauts !
« Dans ce cas, vas-y, cites-en. »
Hé bien d'abord, il… euh…
« Ça se passe de commentaire. Il est même intelligent, et, contrairement à ce que tu peux penser, il tient à toi. Tu es une camarade qui compte pour lui et il adore se disputer avec toi. Il t'estime. »
Mon cœur bat plus vite… J'essaie cependant de garder mes pensées cohérentes pour que Gondul ne remarque rien.
« Je suis toi, tu sais. Tu n'as pas besoin de me masquer ce genre de choses. Surtout que je m'en fiche éperdument. En sondant l'esprit de James Potter, donc, j'ai compris qu'il était digne de confiance et que je pouvais lui confier une mission. »
Hé ! Judith et Roxanne sont bien plus dignes de confiance que lui !
« Je n'ai pas vérifié et désolée si ça te vexe, mais je ne te fais pas vraiment confiance dans ta capacité à juger les gens. Pour tout te dire, je n'ai rien dit explicitement au garçon, il apprendra ce qu'il doit faire seul et s'acquittera de sa mission sans problème. J'espère seulement qu'il saura t'alerter à temps, ce dont je doute davantage chaque jour. Sur ce, je te laisse, j'entends des Aurors arriver par ici, et je vais avoir besoin de toute ma concentration. »
Plus un bruit dans ma tête. Je fronce les sourcils. Comment ose-t-elle mettre en question ma capacité à juger ? Je juge très bien, d'abord !
Mais surtout, qu'est-ce que c'est que cette histoire de mission avec Potter ? Je lui lance un regard à la dérobée. Béryl fixe son chapeau d'un air complètement ahuri – le flamant s'est retransformé en chapeau noir classique, et il devrait se métamorphoser en oiseau toutes les demi-heures –, et Potter en profite pour vider le contenu d'un sachet de poudre sur leur plante.
Peut-être qu'il n'est même pas au courant de sa « mission ». Peut-être que Gondul l'a incité à le faire sans le dire explicitement, par allusions, qui vont le mener à… quoi ? Je n'en sais rien. Et j'ai bien l'impression que je vais devoir attendre pour le savoir.
– Tu vas bien ?
Je tourne la tête vers Amélie.
– Euh… pourquoi ça n'irait pas ?
– Tu as fixé le vide pendant cinq bonnes minutes.
Zut… Quelle nulle je suis ! Elle n'est pas au courant de l'existence de Gondul et encore moins de mon histoire de Valkyrie et je n'ai pas l'intention de la prévenir.
– Je réfléchissais au déroulement de la prochaine étape du plan, je mens. Ça risque de tourner au vinaigre, et je me répétais quelques sorts de défense au cas où.
Amélie pâlit.
– C'est dangereux à quel point ?
– Oh, pas plus que ce que je fais d'habitude…
– C'est bien ce que je craignais, dit-elle faiblement.
La première demi-heure se déroule assez vite. Etape par étape, nous choyons notre plante, la découpons avec délicatesse, lui appliquons toutes sortes d'onguents sur ses coupures. Dans la tige de celle de Potter et Béryl sont cachées, à l'insu de ce dernier, une demi-douzaine d'objets qui n'ont rien à faire dans une plante, comme deux bombabouses, quelques feux Fuseboum et la « signature personnelle » de Potter.
La seconde demi-heure est marquée par l'apparition d'une mauvaise, très mauvaise odeur. Béryl, avec horreur, se rend compte au bout de dix minutes qu'elle vient de lui. Les gens commencent à le regarder avec dégoût, et lui-même essaie de comprendre la raison de cette odeur. Il n'a pas encore réalisé que le shampoing de ce matin n'était pas comme d'habitude…
Au milieu de cette deuxième demi-heure, le chapeau de Béryl se transforme à nouveau en flamant, pour la troisième fois depuis le début du cours. C'est le signal. Je jette un coup d'œil à Potter, prêt pour la suite, Abercrombie et Wright, qui hochent la tête en même temps que moi, et enfin à Roxanne et Judith :
– Préparez-vous les filles, ça va péter.
– Comment ça ? demande Amélie, paniquée.
– Un conseil, garde ta baguette à portée de main et prépare-toi à plonger sous la table.
Le flamant rose se retransforme en chapeau. Je souris. 3…2…1… Potter lance une allumette sur la plante. Je me jette sous la table avec Amélie… juste à temps.
BAOUUUUUM !
« La signature personnelle de Potter ». Autrement dit, la poudre de Bhut Jolokia, le piment le plus puissant au monde. On s'en sert entre autres pour faire de la TNT. Autant vous dire que ce n'est pas de la blague. Potter s'en fait directement importer du Chili. Et un grand sourire s'étale sur mon visage ravi quand je vois, depuis le dessous de ma table, que l'explosion a vraiment touché toute la classe. Affolé, Gilbert Hoover essaie de retirer les bouts de plante vénéneuse qui ont atteint ses verres de lunette. Ceux-ci restent un peu verdâtres. Le Poufsouffle lance un regard noir à Béryl.
Comme tout le reste de la classe, atteinte par la mixture végétale nauséabonde.
Béryl est le plus touché il est vert de la tête aux pieds. Non seulement il a agacé la classe pendant une bonne demi-heure avec sa mauvaise odeur, mais en plus il a fait exploser à la figure de tout le monde une plante vénéneuse qui contenait entre autre des Bombabouses. Et les Bombabouses ne sont pas réputées pour fleurer bon la rose.
– Mais j'ai rien fait *! s'écrie-t-il dans sa langue en voyant Londubat, plus rouge que jamais, s'approcher de lui à grands pas.
– Il mérite vraiment ça ? me dit tout bas Amélie en le regardant se faire enguirlander par le professeur de Botanique.
– Bien sûr. Il a fait sauter la moitié de sa salle de classe.
– C'est vous qui l'avez faite sauter.
– Il t'a traitée comme une moins que rien. Et de même que la petite Londubat. Il se comporte mal avec toutes les filles. Quand un petit garçon fait une bêtise, on lui donne une punition pour ne pas qu'il recommence. Là c'est pareil, sauf qu'il n'a pas fait une bêtise mais une énooorme bêtise. Alors il mérite une sacrée punition.
– Avoue que tu veux t'amuser aussi.
– Cela va de soi.
(1) : Traduction : « Que penserais-tu si je chantais faux, te lèverais-tu et t'en irais-tu ? Tends l'oreille et je te chanterai une chanson, et j'essaierai de ne pas chanter faux. Oh, j'y arrive avec un coup de main de mes amis. Oh, j'y parviens avec un coup de main de mes amis. Oh, je vais essayer avec un coup de main de mes amis. »
Evidemment vu que c'est moi qui traduis c'est moyen, mais vous comprenez le sens général, quoi.A priori, je posterai le prochain chapitre vendredi prochain. Avec un peu de chance, il y aura même une avant-première dans la semaine sur le blog. Donc n'oubliez pas d'y passer régulièrement !
Et je me dois d'expliquer deux petites choses. Tout d'abord, le titre : il est inspiré d'une chanson des Beatles, Cry, Baby, Cry. Légèrement modifié pour les besoins de la fic. Ensuite, la chanson du dortoir de Ginger : With A Little Help From My Friends, qui est une super chanson de l'album Sgt Pepper. Allez l'écouter !
A bientôt tout le monde !
