Le cours suivant fut libéré : les élèves de Beauxbâtons avaient en effet droit à un cours sur les hippogriffes. Hagrid, le professeur de Soins aux Créatures Magiques, en avait emprunté quelques-uns, et c'était sa fierté depuis quelques temps. L'un d'eux était même dressé pour qu'on puisse le chevaucher. Nous autres, élèves de Poudlard, faisions ce que nous voulions : nous pouvions accompagner les étudiants Français ou vaquer à nos occupations.
Pour Ginger, James et leurs bandes respectives, le choix était fait : James accompagnerait Armand, et nous autres observerions la scène de loin. Ainsi, nous nous trouvions avec Judith, Roxanne, Ginger, Arthur Wright, Thomas Abercrombie, Lily Potter et Sybille Londubat (qui n'avaient pas cours non plus) sous un arbre proche du lac. Nous étions encore en plein mois de février, et par conséquent, nous étions gelés. Serrés les uns contre les autres en grelottant, nous attendions le « spectacle ». Ajoutez à cela une petite bruine qui s'infiltrait sous la peau. Je n'avais qu'une envie : retourner sous ma couette.
– Je te jure que je m'en fiche, Ginger, insistais-je. Je n'ai pas besoin de le voir se faire ridiculiser.
– Si, tu en as besoin.
– Ce qu'elle veut dire, répliqua sèchement Lily Potter, c'est qu'elle se les pèle et qu'elle préfère rester au chaud dans le Château.
– On t'a causé ?
– Mégère.
– Souillon.
Je soupirai. C'était comme ça depuis un quart d'heure.
– Te plains pas, fit Ginger en se tournant vers moi. Nous, on doit supporter le froid et la pluie tous les vendredis pour l'entraînement de Quidditch.
– « Nous » ?
– Chuck Woles, Rox, Potter, Theodore Carter, Freddy Kreeps, Daniel Robins, et moi.
Freddy. Freddy Kreeps. Je fermai douloureusement les yeux. Que m'avait-il dit avant-hier ? « Tu es décevante, Virmel. » Et il m'avait appelée par mon nom de famille. Visiblement, ici, on appelait par le nom de famille les gens qu'on méprisait. Je ne voulais pas perdre l'amitié de Freddy ni le décevoir, je ne voulais pas qu'il me méprise… Il faudrait que je m'excuse, pour commencer. Mais serait-ce suffisant ?
– Ah ! s'exclama Roxanne, interrompant mes pensées. Ils sortent les hippogriffes.
– Où ça ? s'écrièrent Judith et Arthur en même temps.
Chacun était placé à une extrémité du petit groupe que nous formions. J'avais remarqué qu'ils ne se parlaient jamais directement, et qu'ils agissaient souvent comme si l'autre n'était pas là. Hm-hm. Il y avait anguille sous roche.
Des chevaux ailés étaient tirés par des élèves. Je reconnus une chevelure indisciplinée et noire : c'était James Potter, qui guidait un hippogriffe. A côté de lui, Armand Béryl, qui semblait paniquer.
– Il a l'air inquiet, remarqua justement Roxanne.
– Je me demande pourquoi, dit Ginger avec un immense sourire.
Ce qui n'augurait rien de bon pour Armand.
Je fis discrètement un pas sur le côté pour me dissimuler derrière Roxanne. Comme ça, il ne me verrait pas. Je ne savais toujours pas ce que je pourrais lui dire si je me retrouvais en face de lui. Ou comment réagir s'il échangeait un regard avec moi. Pour l'instant, je préférais donc éviter ces situations.
Les élèves étaient réunis avec leurs chevaux en cercle autour du professeur. James poussa Armand au centre du cercle et Hagrid lui donna une tape vigoureuse dans le dos avant de l'inviter à monter l'hippogriffe, sur lequel une selle était installée. Armand grimpa sans problème et eut un petit sourire triomphant quand il se trouva parfaitement droit sur le dos de la bête.
– Maintenant, souffla Ginger.
James s'approcha discrètement de la tête de l'animal… et lui tendit un petit animal mort, au pelage vert. L'hippogriffe se mit à en manger.
Pelage vert.
– Que je t'explique, me dit Ginger tout bas, son sourire s'élargissant au fur et à mesure. La bestiole n'est pas verte naturellement. Elle est saupoudrée de piment vert du Mexique.
Oh, oh.
L'hippogriffe poussa un grand cri en levant les pattes avant. Armand hurla et se raccrocha de toutes ses forces au cou d'aigle de la créature. Celle-ci se mit alors à courir dans tous les sens en hurlant de plus belle, avant de s'envoler.
Armand criait toujours plus fort, toujours plus aigu, et le professeur lui courait après, en vain : il ne pouvait pas lancer de sort sur l'hippogriffe, car celui-ci bougeait tellement qu'il aurait pu toucher Armand à la place.
– SAUTEZ ! hurla finalement Hagrid. JE VOUS RATTRAPERAI !
Armand sembla comprendre ces quelques mots anglais, mais il lança un regard vers le sol et pâlit brusquement. Il était à plus de vingt mètres de haut. Un gémissement s'échappa de sa bouche.
Mais une minute plus tard, c'était quelque chose d'une autre nature qui risquait de sortir de sa bouche. Nom d'un chien, on devait se sentir comme dans des montagnes russes sur cet hippogriffe. Il piquait, remontait en chandelle, volait à l'envers, manquait de défoncer des arbres sur son passage… Armand sembla se résoudre à sauter.
Mais il ne put le faire.
– Vous avez pris quel modèle de superglue ? demanda nonchalamment Ginger.
– Dix minutes, répondit Arthur Wright sur le même ton. On aurait aimé prendre une glue qui colle plus longtemps, mais elles étaient plus visibles et Béryl, aussi débile soit-il, aurait remarqué que la selle était trafiquée.
–Vous avez trafiqué sa selle ? m'écriai-je, les yeux ronds.
– Recouverte de glue, dit Ginger. Quoi, tu es choquée ? Ce que tu as vu ce matin ne t'a pas suffi pour comprendre que nous étions prêts à tout ?
Roxanne regarda sa montre.
– Encore deux minutes, indiqua-t-elle. Vous pensez qu'il sera mort d'ici là ?
– J'espère que non, s'écria Ginger. Sinon, tout ce qu'on lui réserve pour après ne servirait à rien.
– Je ne crois pas qu'il puisse lui arriver pire que ce à quoi il a déjà eu droit depuis ce matin.
Tout le petit groupe se tourna vers moi, l'air étonné.
– Euh… t'es sérieuse ? demanda Thomas Abercrombie.
– Elle ne nous connaît pas encore très bien, c'est pour ça, me défendit Ginger en regardant Thomas avec un grand sourire carnassier. Sache, ma petite Amley, que ce que tu as vu jusqu'ici, c'est du petit lait.
Je levai les yeux vers Armand qui continuait de hurler et s'agiter dans tous les sens.
– Ah bon ? dis-je en tournant à nouveau la tête vers Ginger.
– Oh que oui.
– AaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAH !
Dans une dernière ruade, l'hippogriffe éjecta Armand de son dos. La colle ne faisait visiblement plus effet, et Armand avait changé d'avis : il ne voulait plus descendre de la créature. Mais il n'avait pas vraiment le choix.
Je détournai les yeux quand il rencontra le sol. J'en profitai pour observer mes camarades. Ils avaient tous le même sourire sur le visage. Etais-je entourée d'une bande de psychopathes ?
– C'était très beau, murmura Judith d'un air admiratif.
– Gracieux, fin, élégant. Surtout la chute, pleine de poésie… souffla Roxanne.
– MORTEL ! s'écrièrent Thomas et Arthur.
Les deux amies de Ginger leur lancèrent un regard condescendant avec l'air de penser qu'ils n'avaient pas les mêmes valeurs. Ils l'ignorèrent.
Sybille Londubat, quant à elle, souriait largement en regardant le professeur accourir vers Armand. Son amie Lily l'avait remarqué, et elle semblait nettement plus joyeuse, tout à coup.
Il ne restait plus que moi, qui devais sortir de ma déprime. Mon cœur continuait de manquer un battement quand je voyais Armand. Je le détestais, mais (et je me détestais pour ça) j'étais encore amoureuse de lui.
-X-X-
– Quoi de prévu pour le déjeuner, déjà ? demande Wright.
– Limaces farcies, répond Potter sur le même ton que s'il parlait de la météo du jour.
Amélie grimace de dégoût.
Il est midi, nous sommes tous réunis dans la Grande Salle à la table des Gryffondors. Quelques professeurs nous lancent des coups d'œil soupçonneux. Miss Enderson et Mr. Potter sont assis côte à côte et ne semblent pas vouloir s'entretuer : les enseignants ne pensaient pas manifestement pas vivre assez vieux pour voir ça.
En fait, moi non plus, je ne pensais pas vivre assez vieille pour pouvoir voir ça. Mais faut dire que les circonstances sont particulières. Je réfléchis à l'étrangeté de la situation, en mâchonnant songeusement un haricot vert.
Avant de le recracher dans mon assiette avec toute l'élégance dont je suis capable.
Je lance un regard meurtrier à Potter, qui tient une salière vide dans la main.
– Tu veux encore du sel ?
Un pichet de jus de citrouille vidé sur sa tête plus tard, je me concentre à nouveau sur la situation. Béryl est assis à sa table, devant son assiette remplie de limaces. Vivantes bien sûr. Il pique un ou deux haricots de l'assiette de sa voisine, Lebrun – ou plutôt, elle lui donne la becquée. Mais ça ne dure pas longtemps : elle a l'air dégoûtée. L'odeur qui se dégage de son petit ami y est peut-être pour quelque chose.
Finalement, après une petite transformation de son chapeau en flamant rose énervé et lanceur de limaces, le couple se lève.
– Je reviens, s'écrie Potter en sautant du banc.
Il rejoint Armand Béryl et Greta Lebrun à l'entrée de la Grande Salle. Il sert un sourire charmeur à Lebrun qui la fait glousser, a une moue de dégoût et un petit mouvement de recul quand il se tourne vers Béryl, lui parle deux minutes, et lui donne enfin le parapluie noir.
– Par-fait, dis-je.
Enfin, sauf le coup du sourire charmeur. Je sais que ça fait partie du plan mais je ne peux m'empêcher de me sentir un peu énervée. Allez savoir pourquoi.
– Euh… il lui a juste donné un parapluie, fait remarquer Amélie.
– C'est là que tu te trompes, ma petite.
– Arrête de m'appeler ma petite. Je suis sûre que je suis plus vieille que toi.
On parie ? Je suis née il y a mille ans et quelques, et toi ?
– 24 décembre 2004 ? je lance sur un ton de défi.
Elle a l'air déçue.
– 30 mars 2005.
– Tu sais que ça veut dire que jusqu'à la fin de tes jours, je vais pas me gêner pour t'appeler « ma petite ».
– J'en ai conscience. Donc, qu'est-ce qu'il a de spécial, le parapluie ? D'ailleurs, pourquoi James avait-il insisté pour qu'il soit noir ?
– Tout d'abord à cause du récepteur. Ensuite à cause des cafards vivants.
– …c'est pas vraiment clair.
– Tu vas voir, je réponds avec un sourire mystérieux.
Sans concertation, tout le groupe – Abercrombie, Wright, Jude et Rox, Sybille et Lily – se lève du banc. Amélie se lève avec un temps de retard, en prenant soin d'empocher un morceau de pain au passage.
Nous nous dépêchons de passer la sortie de la Grande Salle. Une minute plus tard, nous nous trouvons dans une petite salle vide. Un immense cylindre en caoutchouc beige est posé sur la table centrale, que nous entourons.
– C'est quoi ? demande Amélie.
– Oreille à rallonge améliorée, déclare Roxanne, très fière. C'est Papa qui me l'a envoyée en avant-première. Elle n'est même pas encore sortie en magasin. Tu as un récepteur ultra-discret d'un côté, que tu peux coller où tu veux, un genre de crimo si tu veux.
– Micro, corrige machinalement Judith.
– De l'autre, tu as ce cylindre qui rapporte en temps réel tous les sons captés par le récepteur en envoyant des ondes magiques.
– Et le récepteur est noir, je précise. C'est pour ça qu'il fallait un parapluie noir : pour le coller discrètement dessus.
« Tu sais, tu peux tout me dire…* »
Nous nous tournons vers Amélie.
– On compte sur toi, en fait, j'ajoute. Pour la traduction.
– Oh.
Elle traduit vite et bien. Béryl a le temps de reprendre son souffle :
– Je crois qu'il y a une malédiction sur moi ou quelque chose comme ça.
– Une quoi? s'écrie Lebrun, dégoûtée et effrayée.
– Attends, ne t'en vas pas ! s'écrie Béryl. Je croyais que je pouvais tout te dire…
– Oh, une minute. Tu crois que tu es encore en position de force, mais là, c'est trop. Tu es beau et populaire, ok. Admettons que tu regardes un peu à droite à gauche, c'est dans ta nature, je ne vais pas te changer. Mais là, tu pues littéralement, et je dois me taper la honte parce que je suis ta petite amie. Je trouve ça assez injuste. Je ne mérite pas tout ça ! Si au moins tu tenais à moi… Il y en a des tas d'autres qui aimeraient sortir avec moi. Je pourrais aussi bien te larguer.
– YES ! crient Roxanne et Potter en chœur.
– Attends une seconde, s'énerve Béryl. Ça, je ne vais pas le supporter. Ça y est, James Potter t'a fait un sourire et tu t'imagines que le monde est à tes pieds ? Tu rêves, ma pauvre fille. Tu es naïve. Tellement naïve. Vois un peu les choses en face ! Je sors avec toi uniquement parce que tu m'as fait du chantage !
– PAUVRE CRETIN ! hurle Greta Lebrun d'une voix tremblante. Casse-toi !
– C'est ce que je fais faire, tiens ! HAAAAAAAAAAAAAAAA !
– Les cafards, annonce Arthur Wright d'un air solennel.
– MAIS D'OU ÇA SORT ? hurle-t-il.
– De tes cheveux peut-être ? Malpropre !
– Je parie que c'est toi qui les as mis dans le parapluie ! Aaaah, enlèves-les moi, je déteste les insectes !
– Bon à savoir, je marmonne avec un sourire.
– Dommage pour toi, siffle Lebrun avec dégoût. Pauvre gland. Je veux plus jamais rien avoir à faire avec toi.
– Non ! Attends ! Je retire tout ce que j'ai dit, je t'en supplie, aide-moiiiiiiiii CRRZZZZZ
Potter abaisse sa baguette sur le cylindre qui s'éteint brusquement.
– Roxanne, il va falloir dire à oncle George que son Oreille à Rallonge Sans Fil n'est pas imperméable aux cafards.
– Je note.
– C'était pour ça qu'il fallait un parapluie noir ? Pour ne pas voir les… cafards… à travers la toile ?
– Perspicace, note Lily Potter. On aurait dû t'envoyer à Serdaigle.
– Et pourquoi a-t-il ouvert le parapluie ?
– Parce qu'il pleut dehors, répond Judith, et je crois qu'il avait l'intention de sortir. Qu'est-ce qu'il a dit, déjà ? « Je me casse ! »
– Non, encore mieux, la coupe Potter, c'est l'autre idiote qui lui a dit « Casse-toi, pauvre crétin ! »
– Pas si idiote que ça, j'oppose, d'un air docte. Elle nous a aidés à empirer la journée de Béryl.
– Il faudrait la remercier, alors.
– Faut pas exagérer. N'oublions pas que c'est la cousine de Champrun.
-X-X-
Après une merveilleuse heure de Sortilèges avec mon professeur favori, suivit l'heure de Défenses contre les Forces du Mal. Décidément, je n'aimais pas le professeur Pendleton. Pourtant, ce n'était pas de sa faute s'il avait le visage et le corps ravagés. A moins qu'il ne fût masochiste… d'où les ravages. Bref, je pris le parti d'éviter de le regarder autant que possible, et, presque naturellement, mes yeux se posèrent sur Armand Béryl, que je n'avais pas vu au cours précédent. Il avait dû passer à l'infirmerie.
J'eus énormément de mal à le reconnaître. Sous son chapeau, ses cheveux, verts à cause de l'explosion en Potions, étaient parsemés de miettes de cafards écrasés. L'odeur qui se dégageait de lui était horrible, entre le vomi et le cadavre de souris en putréfaction. Son visage pâle était marqué par deux ou trois coups de griffe, et deux yeux au beurre noir, chacun étant apparu après une chute (la première dans la Grande Salle ce matin, la seconde depuis un hippogriffe fou).
Je détournai la tête au moment où son flamant rose décida une nouvelle fois de se manifester. Je jetai un œil au tableau : quelques mots venaient de s'inscrire tous seuls sous les soupirs tristes des élèves. « Interrogation écrite : Les pouvoirs dangereux des créatures des marais ». Inexplicablement, je me sentis mal à l'aise. Je mis cette sensation sur le compte de mon manque de connaissances sur ce sujet.
– Sortez un parchemin vierge et une plume, décréta le professeur Pendleton d'un ton sec.
James Potter s'était courageusement assis à côté d'Armand. Il leva le pouce vers Ginger qui lui répondit avec un grand sourire. Puis elle sortit un parchemin de son sac et commença à écrire son nom et la date du jour.
Je fronçai les sourcils. Il allait se passer quelque chose.
– Vous avez quoi de prévu pour lui, maintenant ? soufflai-je en sortant un parchemin de mon sac.
– Tu vas voir, répondit-elle avec un sourire encore plus grand.
Dix minutes plus tard, je lançais le quatre-vingt-septième coup d'œil vers Béryl (je voulais être sûre de ne rien rater) quand je remarquai enfin quelque chose. Sur son parchemin, l'encre s'étalait et formait des dessins… Et Armand regardait, ahuri.
– Qu'est-ce que c'est que ça ? s'écria Pendleton en surgissant à côté de lui. Des antisèches ?
Armand tenta de cacher la feuille, mais avant que sa main n'ait atteint l'endroit où le parchemin se trouvait, Pendleton l'avait déjà en main et rougissait de fureur.
Ginger, qui semblait plongée dans son devoir, sourit inexplicablement.
OoOoO
Ensorcelé. Le parchemin était ensorcelé. Et devinez par qui ?
– C'est James et Ginger qui s'en sont occupé, me révéla Roxanne plus tard, au chaud dans la salle commune, quelques heures après que Béryl se soit fait hurler dessus de façon mémorable.
– Ils sont plutôt doués en Sortilèges, ajouta Judith. N'empêche, un parchemin qui se couvre de caricatures de profs tout seul… Je me demande bien comment ils ont fait.
– La caricature de Pendleton était réussie.
– C'est peut-être pour ça qu'il s'est énervé...
– Euphémisme, dis-je.
Nous rîmes toutes les trois.
– Ils sont forts, en cours, James et Ginger ?
– Ouaip, me répondit Roxanne. Pas mal doués. Surtout dans tout ce qui peut faire intervenir une baguette magique. Sans doute pour ça qu'ils se retrouvent à faire des heures sup' de DCFM.
– Pardon ?
– Des heures sup', répète Roxanne. Supplémentaires. Ils ont des cours en plus avec d'autres élèves triés sur le volet parce qu'ils sont doués.
– C'est… bizarre, non ?
Les deux filles me regardèrent, étonnées.
– Je veux dire… Ils sont forts, d'accord. Mais dans ce cas, pourquoi n'ont-ils pas d'heures supplémentaires dans d'autres matières ?
– Parce que ça ferait trop, je suppose, fit Judith.
– Et c'est habituel, à Poudlard, de donner des heures supplémentaires ?
– Non… C'est aussi nouveau que l'arrivée de ce prof. Il n'était pas là l'année dernière.
– Bizarre, répétai-je.
Je voyais bien que les filles ne trouvaient pas ça bizarre du tout, mais pour ne pas me vexer, elles ne dirent rien.
Peut-être que j'étais juste un peu paranoïaque en ce qui concernait le professeur Pendleton. Je ferais mieux de me calmer. Après tout, il n'avait rien fait de mal.
Ginger et James revinrent un peu plus tard de leur cours, épuisés. Nous rejoignîmes les dortoirs pour nous préparer pour le repas du soir. Ginger était de plus en plus excitée, et en descendant dans la salle commune, je remarquai que Potter se trouvait dans le même état de fébrilité. Ils partirent pratiquement en courant.
– Je ne sais pas ce qu'ils ont préparé, commenta sobrement Lily Potter, mais ça doit être quelque chose.
Nous descendîmes à leur suite dans le Réfectoire. Armand était assis à la table des Gryffondors, à côté de James Potter. Ginger n'était pas loin et avait un sourire jusqu'aux oreilles. On aurait dit le chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles.
Quand nous arrivâmes, Ginger échangea un coup d'œil avec James. Il hocha lentement la tête, sans la quitter des yeux. Elle lui répondit par un pouce en l'air… puis elle sortit sa baguette.
-X-X-
Potter et moi sortons du bureau du professeur Londubat. Nous nous regardons. Et explosons de rire.
Ok, on s'est fait attraper. Mais on a mené la farce jusqu'au bout… Et c'était vraiment, vraiment génial. Béryl est à l'infirmerie, et il me semble avoir entendu un prof français dire qu'il rentrait en urgence en France. Poudlard risque d'avoir des problèmes de coopération internationale à l'avenir mais qu'importe : l'école a eu droit à l'un des meilleurs spectacles qu'elle a jamais vus.
– Alors ? s'écrie Abercrombie en arrivant à nous, suivi de toute la bande.
– Soixante points en moins et trois semaines de retenue, répond Potter.
– Chacun, je précise. Mais les Gryffondors ne nous en voudront pas. Personne n'arrivait plus à supporter Béryl. Franchement, on devrait nous donner des points pour ce qu'on a fait.
– J'en reviens toujours pas, dit Amélie qui avait l'air à la fois ébahie et ravie. Autant pour les autres farces, c'était pas mal… mais là… Jamais je n'aurais pensé que la girafe servirait à ça.
– C'était un effet de surprise, déclare fièrement Potter. Tu as apprécié le marteau-piqueur ?
– On a bien fait de le garder sur la liste, finalement, songe tout haut Roxanne. La farce aurait perdu de sa saveur si on ne s'en était pas servi.
– Vous pensez que Miss Teigne survivra à ce qui lui est arrivé ? demande Lily.
– Pas sûr, mais on s'en fiche un peu, lui répond son frère.
– Et le vinyle… continue Amélie, toujours abasourdie. Quand vous l'avez… la… oh, c'était tellement bien !
Nous sourions tous. Elle a l'air heureux. C'était le but de l'opération. Ca, et aussi apprendre à un certain blondinet français que les filles ne sont pas si débiles qu'elles en ont l'air. Après tout, je suis à l'origine de la moitié, et même, de plus de la moitié, de tout ce qui lui est arrivé. Et pour penser à tout ça, il faut quand même une bonne dose de génie.
Nous nous mettons en marche en discutant avec animation des événements du dîner. De temps en temps, nous croisons un élève qui s'écrie, avec un immense sourire :
– Hé ! Bravo pour tout à l'heure ! C'est quoi le sort que vous avez lancé sur le vélo ?
– Secret défense, je réponds d'un air mystérieux.
Finalement, Potter et moi avons réussi à entrer dans l'histoire. En effet, je suis certaine qu'ils indiqueront dans la prochaine édition de l'Histoire de Poudlard que le plafond ensorcelé a un jour, ou plutôt un soir, été doublement ensorcelé pour pleuvoir de la vraie pluie sur la tête d'un élève. Rien que pour ça, on devrait se souvenir de nous. Et avec un peu de chance, on sera dans la Gazette de demain.
Enfin, je suis déjà dans l'histoire, moi. Gondul, la septième Valkyrie. Mais je suis heureuse de montrer que je peux être autre chose qu'un corbeau flippant et meurtrier.
Et ne le lui dites surtout pas, mais je suis heureuse d'avoir montré que James Potter et moi étions capable de nous comporter comme si nous étions amis.
