Le lendemain matin, j'appris qu'Armand avait pris le premier carrosse pour la France. Aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas si c'était sa famille qui l'avait fait rapatrier d'urgence ou si c'était lui qui voulait rentrer avant que sa « malédiction » n'empire davantage. Quoi qu'il en soit, le mardi 23 février 2021 fut une journée ensoleillée et bien plus agréable à vivre que celles que j'avais eues jusque-là à Poudlard. Même si ça n'avait pas grand-chose à voir avec le climat.

Pour commencer, je m'étais réconciliée avec Freddy. J'étais venue le voir pour me faire pardonner, et il avait accueilli mes excuses à bras ouverts. Cela m'avait ôté un poids du cœur.

Ensuite, Ginger commençait à me faire confiance. Je m'en rendis compte quand elle me parla – ou plutôt, m'écrivit – à cœur ouvert pendant la matinée.

Le cours de Métamorphose fut laborieux. Je m'étais mise en binôme avec Ginger, qui était très joyeuse ce jour-là, et celle-ci m'aida pour transformer mon pot à café en corbeau. Elle-même s'y prenait très bien. Après l'exercice pratique, nous passâmes à la théorie, et tout de suite, ce fut bien plus ennuyeux.

« Je voulais te remercier pour hier », écrivis-je au bout d'un moment, sur un morceau de parchemin, avant de le lui faire discrètement passer.

Il revint bientôt sous mes yeux.

Pff. Je croyais que tu allais me parler d'un truc intéressant. Et moi qui me réjouissais d'avoir un truc sympa pour m'occuper pendant ce cours. Tu sais que tu m'as répété au moins huit fois hier soir que tu me remerciais ?

Je veux VRAIMENT te remercier.

De rien.

Pas comme ça ! Je veux faire quelque chose pour toi. Par exemple… Organiser un coup entre James et toi ?

Le papier brûla instantanément avant même que je ne le lui ai passé. Un autre revint bientôt.

T'es pas folle d'écrire des choses pareilles quand on est à quelques centimètres de lui ?

Il est à l'autre bout de la salle, Ginger… Tu es un petit peu paranoïaque, non ?

Pas mon genre. S'il-te-plaît, ne te mêle pas de ça. Je ne veux RIEN à voir à faire avec lui. Sentimentalement parlant.

Sentimentalement parlant. Bien sûr. Parce que tu ne ressens rien du tout quand tu le regardes la moitié du temps pendant les cours.

N'importe quoi !

Je ne suis pas dupe.

Je t'en supplie, ne fais rien. Tout ce que tu veux, mais pas ça. Tu ne me rendrais pas service. DU TOUT.

Je levai la tête. Le professeur avait noté beaucoup de choses au tableau. Je me dépêchai de tout recopier en réfléchissant. Me vint une idée.

Tu ne m'as toujours pas dit ce qu'il s'était passé entre Albus et toi.

Ginger regarda le mot deux bonnes minutes, avec l'air de peser le pour et le contre. Finalement, elle écrivit dessus et me repassa le morceau de parchemin.

Je n'en ai parlé à personne.

Personne personne ?

Très courte hésitation, puis :

Juste à moi-même.

Tu parles souvent avec toi-même ?

Quand il n'y a personne d'autre avec qui je peux en parler, oui.

Tu peux m'en parler.

Ce n'est pas que je ne te fais pas confiance, mais, comment dire ? Tu es l'une des meilleures amies d'Albus.

Je te suis éternellement reconnaissante pour m'avoir fait sortir du gouffre où j'étais. Je te jure sur mon insigne de Gryffondor que je ne dirai jamais rien à qui que ce soit. Même pas à Roxanne et Judith. En outre, ça fait au moins trois jours que je n'ai pas reparlé à Albus. Il m'évite un peu depuis que je suis avec toi.

C'est l'effet de ma réputation. Tu me jures que tu ne diras rien ?

Jamais rien. Foi de Gryffondor !

Rien que pour avoir dit ''Foi de Gryffondor'', je ne devrais rien te dire. Tu n'as pas honte d'utiliser des expressions aussi nulles ?

Roooh, allez !

Elle reprit le papier avec un petit sourire, qui s'évanouit bien vite quand elle se remit à écrire. J'en profitai pour recopier le reste du cours – je me demandais bien de quoi ça pouvait parler – puis pris des notes normalement en attendant qu'elle finisse de me raconter son histoire. Enfin, le parchemin revint devant moi. Ginger prit ma page de notes et entreprit de la recopier pendant que je lisais ce qu'elle avait écrit.

Pour une raison que je ne t'expliquerai pas, le premier soir de la rentrée, je me baladais dans les couloirs. Potter aussi. Son petit frère préfet l'a choppé quand il est revenu dans la salle commune, et il se trouve qu'il était sur le point de partir quand je suis rentrée à mon tour. Je ne l'ai pas vu mais lui, si. Après enquête, il a vu que j'avais fouillé dans des documents dans lesquels je n'avais pas le droit de mettre mon nez. Plus tard, il m'invite à la soirée d'Halloween dans le but de déstabiliser celui-ci pour qu'il ne voie pas que Rose et Scorpius (de maisons ennemies) sortent ensemble. Pendant la soirée, il m'embrasse pour rendre Lucy jalouse. Plus tard, il me fait chanter : soit je sors avec lui plus longtemps, soit il me dénonce pour avoir fait des trucs illégaux et je risque de me faire virer du collège. On fait un deal : je l'aide à sortir avec Lucy et il me fiche la paix avec cette histoire. On a donc fait semblant de sortir ensemble pendant quelques mois. Une fois le moment venu, un soir, je me débrouille pour faire sortir Lucy dans les couloirs, j'entraîne Albus à l'extérieur, et je fais en sorte qu'Ackerley soit dans le coin au moment où je demande à Albus s'il m'aime. Evidemment, il me répond que non. J'insulte Lucy, il prend sa défense, on se sépare. Et paf, Lucy arrive et ils s'embrassent. Au final je l'ai aidé, mais cet abruti doit encore penser que tout est arrivé par pur hasard et que je commençais vraiment à l'aimer. La bêtise, c'est de famille…

Malgré la note humoristique de la fin, je perçus la tristesse derrière les mots. Elle aimait vraiment bien Albus. Et son plan pour lui faire récupérer Lucy était complètement idiot.

Pourquoi tu ne lui as jamais rien dit ?

Parce que s'il apprend quoi que ce soit, discret comme il est, ça va obligatoirement retomber dans les oreilles d'Ackerley et ça ne va pas lui plaire du tout du tout.

Tu as sacrifié ton amitié pour eux deux ?

Je t'en prie, ne le formule pas comme ça. On dirait un roman à l'eau de rose de Roxanne.

C'était idiot.

Ma remarque sur les lectures de Roxanne ?

Non, ton sacrifice.

Elle ne répondit rien.

Tu regrettes ?

Peut-être. Je n'ai pas eu le temps de me le demander. C'était un gars sympa… M'enfin, pour ce que j'en sais.

Je devinai aisément qu'il lui manquait plus qu'elle ne se l'avouait.

-X-X-

A midi, on nous annonce que nos cours hebdomadaires de Transplanage sont déplacés au mardi soir. Roxanne et Judith boudent et je mets un moment à comprendre pourquoi : c'est le moment où je suis en cours de médicomagie, autrement dit le moment où elles sont au calme pour pouvoir travailler efficacement. Tandis que pour moi, c'est une formidable nouvelle : plus de médicomagie ! Ô miracle ! Ca fait six mois que je dois suivre cette matière dont à la base je ne voulais même pas !

– C'est si nul que ça, la médicomagie ? me demande Amélie.

Le truc vraiment nul, avec la médicomagie, c'est qu'il y a :

1. Albus et Lucy

2. Potter et sa bande

3. Pomfresh

Et le point numéro 2 aurait posé d'autant plus de problème dans la mesure je me demande à côté de qui je me serais retrouvé, maintenant qu'on ne se déteste plus.

Oui oui, je sais, c'était sensé être une simple trêve, pour reprendre nos bagarres plus tard. Sauf qu'on n'en a pas reparlé depuis hier. Alors on continue de se faire des petites farces par-ci par-là pour la forme. Quel dommage que, ce matin, Potter ait remarqué avant de l'avoir utilisé que son shampoing n'en était pas un… Nous ne nous lançons cependant plus dans des joutes verbales sans fin comme avant.

On ne s'est pas vraiment parlé depuis ce matin, mais sans vouloir trop m'avancer… c'est plutôt sympa de pas se crier dessus tout le temps.

Faudrait faire des trêves plus souvent.

– Oui, c'est si nul que ça, je réponds. A cause de Pomfresh. Elle me déteste.

– Pourquoi ?

– Disons que je n'ai pas été particulièrement polie avec elle en début d'année, j'élude avec un petit sourire.

– Elle n'a jamais eu de bonnes manières, fait remarquer Potter en s'incrustant dans la conversation.

– Et toi, jamais eu de tact. Notre petite Amélie, j'ajoute, tandis qu'elle fronce les sourcils, ne doit pas savoir les petits défauts que je peux avoir, vu ? Je dois être son modèle.

– « Petits » défauts ? me reprend Potter avec un sourire, avant de tendre la salière à un autre Gryffondor qui vient de la lui demander.

– Tu ne pourrais pas essayer de prononcer correctement mon nom ? demande Amélie, sourcils froncés.

– Amélie ?

– Non, pas Amley, dit-elle en singeant mon accent. Amélie.

– Amélie, je répète.

– Aaaaa-méééé-liiiiie.

– Aaaaa-miiiii-liiiiie.

– Mééééé !

– Je décroche deux minutes de votre conversation et voilà que vous faites un concours de bêlements, remarque platement Roxanne en se tournant vers nous.

Amélie soupire de découragement.

– C'est pas grave, va, je la console en lui tapotant l'épaule. On n'a qu'à te surnommer Amy. Ça, c'est prononçable, au moins.

Le visage d'Amélie s'éclaire. Il lui en faut peu pour être heureuse...

– Si on revient au sujet de départ, dit Judith, je ne sais pas si je vais continuer les cours de transplanage. C'était quand même bien pratique d'avoir ce moment de travail sérieux…

– Tu plaisantes, j'espère, lui dit Roxanne. Moi aussi, ça va me manquer, mais entre bosser à la bibliothèque et apprendre un truc qui va me servir tout le temps et toute ma vie, j'hésite pas une seconde !

– Je suppose que tu as raison, marmonne Judith.

– Où sont Thomas et Arthur ? demande Amélie à Potter, changeant de sujet.

– Ils sont allés rattraper des heures de retenue. Pour une fois, j'étais pas avec eux, déclare-t-il avec un immense sourire.

– Potter ! je m'écrie. T'as rien compris ! Comment tu veux que j'éduque convenablement cette petite si tu passes ton temps à lui dire que tes amis ont des heures de retenue et que tu as l'habitude d'en avoir ?

– Tu n'essaies pas de la pervertir, alors ?

– SI ! Mais c'est MOI qui dois la pervertir, pas vous !

– Pourquoi ?

– Parce que j'étais preum's l'amie d'Amy !

– T'étais surtout preum's à te brouiller avec moi, me rappelle Amélie.

– Oh, la ferme.

Tout le monde éclate de rire et je ne peux empêcher un petit sourire de tirer le coin de mes lèvres.

– Bon, je vais y aller, s'écrie Judith en se levant brusquement de table. Je n'ai pas fini ma botanique pour aujourd'hui, je serai à la bibliothèque.

Et en moins de deux, elle a disparu.

– Qui est-ce qui vient de partir ? demande Abercrombie en arrivant à table, suivi de près par Arthur Wright.

Potter et moi échangeons un regard. Lui n'avait pas oublié l'affaire Judith/Arthur. Moi, avec les récents événements, oui. C'est donc pour ça qu'on n'avait pas reparlé de la trêve ce matin… Parce qu'on avait déjà établi qu'elle continuerait, le temps de pousser nos amis dans les bras l'un de l'autre.

Je ne peux m'empêcher d'être un peu déçue. Et moi qui croyais que Potter trouvait cette trêve sympa aussi, et que c'était pour ça qu'il ne m'en avait pas touché mot…

Il me fait un léger signe de tête. Je lui réponds de la même manière. Nous nous levons de façon synchronisée.

– J'ai plus faim, déclare-t-il.

– Moi non plus, j'ajoute.

– Moi non plus, dit Amélie en se levant.

Potter et moi nous figeons. Ça, ce n'était pas prévu. Comment allons-nous parler de notre plan diabolique pour caser Judith et Arthur si elle s'immisce dans nos affaires ? Je lance un regard dissuasif à Amélie. Elle jette un œil à Potter, revient sur moi, le regarde à nouveau, puis me regarde. Elle sourit et me fait un clin d'œil en commençant à se rasseoir.

Ouh là là, elle n'a pas du tout compris ce qu'il fallait ! Plutôt crever plutôt qu'elle croie un truc pareil !

– Tu veux venir avec nous, Amy ? je m'écrie d'une voix très aigüe en empoignant son bras.

Potter me lance un regard surpris. Amy a l'air totalement perdue.

Nous sortons tous les trois de la Grande Salle sous les regards étonnés des élèves.

-X-X-

– On peut savoir ce que tu fabriques, Enderson ? siffla James d'une façon qui se voulait discrète mais qui ne l'était pas du tout.

Nous étions tous les trois dans une salle de classe vide.

– Si vous voulez, je peux partir, dis-je en revenant vers la porte.

– NON ! cria Enderson en m'empoignant. Euh, je veux dire… pas la peine, reprit-elle plus calmement, l'air gênée.

Je pensais qu'elle voulait un peu de temps en tête-à-tête avec James. Manifestement, j'avais mal interprété le regard qu'elle m'avait lancé tout à l'heure, parce qu'elle avait l'air, là maintenant, de n'avoir aucune envie de rester seule avec lui.

Ce qui n'expliquait pas pourquoi nous étions là.

– J'ai pensé, euh, que l'aide d'Amy pourrait nous être utile, expliqua Ginger à James. Je sens qu'elle sera plus douée que nous. T'as jamais fait dans la dentelle, et ce genre d'opérations, c'est pas vraiment mon truc.

– Comment ça « j'ai jamais jamais dans la dentelle » ? s'énerva Potter.

– Je peux savoir de quoi vous parlez ? m'écriai-je, rompant le début de dispute.

Ils se tournèrent vers moi et semblèrent me remarquer. Ils m'avaient oubliée. Génial. Après un échange de regard, Ginger prit la parole :

– Il y a deux personnes que l'on aimerait faire sortir ensemble.

Je plissai les yeux et fit un léger signe de tête vers James que celui-ci ne vit pas tout en regardant Ginger. Elle devint franchement rouge.

– Pas ces deux-là, ajouta-t-elle très vite. Deux autres personnes. Ils évitent de se parler depuis des mois et ça les rend malheureux.

– Judith et Arthur ?

– Comment t'as deviné ? s'exclamèrent Ginger et James en chœur.

– Bah, ça saute aux yeux, quand même…

A me regarder ainsi, ils ressemblaient à deux bovins surpris. Finalement, je comprenais pourquoi ça ne leur avait pas sauté aux yeux.

– La tension entre eux, tout ça… Ce sont les deux seuls à ne jamais se parler. Je suis nouvelle et j'observe tout le monde, alors évidemment, je n'ai pas manqué ça.

– Bref, me coupa Ginger. En fait, ils ont eu des… rapports, cet été…

– Enderson, tu rougis, remarque James avec un sourire goguenard.

–Certainement pas.

– Si, si, tu as rougi.

– Mais non !

– Et là tu rougis encore plus.

– Arrête !

– C'est le mot « rapport » qui te fait rougir, Enderson ?

– Mais pas du tout, marmonne-t-elle en devenant encore plus rouge.

– Vu que Ginger Enderson ici présente est un peu intimidée par ce que peuvent faire « les grands », je prends la relève, décréta James avec un petit sourire.

En temps normal, je lui aurais fait savoir que je ne trouvais pas sympa de sa part d'embarrasser ainsi Ginger. Mais c'était tellement comique que je ne pus que me mordre la lèvre pour ne pas rire et hocher la tête pour l'inciter à poursuivre.

– Ils ont donc couché ensemble, déclara naturellement Potter. Le lendemain, ils ont admis que c'était à cause de l'alcool et qu'en temps normal ils n'auraient jamais fait ça. Or ce n'était pas du tout à cause de l'alcool et en temps normal, ils auraient tout à fait pu coucher ensemble. Mais comme chacun a entendu l'autre dire que tout ça n'était qu'un « coup d'un soir » qui n'avait pas de signification, ils ont été très blessés chacun de leur côté.

– En résumé, si j'ai bien compris, ils sont attirés l'un par l'autre mais sont certains que leurs sentiments ne sont pas réciproques, et du coup ils s'évitent.

– En résumé, approuva Ginger. Parce qu'il y a eu des rebondissements à Beauxbâtons. Après s'être disputés à Poudlard, ils se sont retrouvés sur le point de s'embrasser à la fête de Perséphone Verdoré – et ils étaient en train de se disputer, encore une fois. Depuis, ils s'évitent.

– Suffit de les enfermer dans une pièce, déclara James. Comme ça ils discuteront, et une fois les choses à plat, ils sortiront ensemble.

Je le regardai d'un air consterné.

– Euh… T'es sérieux ?

– Bah ouais !

– Mais c'est complètement débile ! Les trois dernières fois qu'ils se sont retrouvés en seul-à-seule, ils se sont soit disputés, soit mentis l'un à l'autre ! Il n'y a aucune raison pour que ça ne se reproduise pas.

– Amy, t'es trop intelligente, s'extasia James.

– C'est toi qui es trop bête, rétorqua Ginger.

– Je parie que tu aurais été d'accord avec mon plan si Amy n'avait pas été là.

– … Touché.

-X-X-

Après avoir établi un plan – brillant, et ce grâce à Amélie – nous nous rendons à nos cours de l'après-midi, avant de prendre la direction de la Grande Salle pour le cours de Transplanage. Amélie, qui désire s'inscrire, a dû faire un détour par le dortoir pour prendre de quoi payer : les cours ne sont pas gratuits. Moi, je n'avais pas eu de problèmes : grâce à mes illustres ancêtres clones, j'avais encore assez d'argent sur mon compte en banque pour pouvoir me permettre d'apprendre à transplaner. D'ailleurs, je crois qu'il est temps que je retire un peu d'argent.

– Arrête de faire étalage de ton argent comme ça, me sermonne Judith tandis que j'ouvre ma bourse pour voir combien de gallions restent à l'intérieur.

– Tu exagères. Et puis j'ai bien le droit, non ? J'ai passé plus de la moitié de ma vie dans un internat où j'étais la pauvre du groupe.

– Les gens vont se demander d'où vient cet argent, me fait remarquer Roxanne.

– Ils ne se le sont jamais demandé jusque-là, je réponds.

Amy revient enfin de la Salle commune et arrive jusqu'à nous.

– T'en as mis du temps, dit Judith. Tu t'es perdue dans les couloirs ?

– Oui. Au fait, Ginger, je me demandais tout à l'heure… Qui te paie tes cours de Transplanage ?

– Pardon ? je m'étrangle.

– A partir du moment où tu n'as pas de parents, qui paye ? Enfin, si ce n'est pas indiscret…

Cette fille est trop perspicace.

– La dame de l'internat qui est ma tutrice jusqu'à ce que j'aie dix-huit ans, je réponds très vite. Je lui ai dit que c'était nécessaire alors elle m'a donné ce qu'il me fallait pour payer.

C'était moins une.

La vieille Wilson, la directrice de mon ancien internat Hestia, aurait des ulcères si elle savait que j'utilise son nom pour dire des mensonges.

Hé. Cette idée me plaît.