La semaine passa très vite. Je me rendis compte que si, à Poudlard, les élèves suivaient moins de matières qu'à Beauxbâtons, ils avaient en revanche nettement plus de travail à faire. Toute la journée, je travaillais le moindre quart d'heure de libre était employé à rattraper du travail. J'en avais eu peu en arrivant parce que la majorité des sixième années étaient à Beauxbâtons mais maintenant qu'ils étaient de retour, les professeurs se lançaient à nouveau dans leur activité favorite, à savoir surcharger leurs élèves de boulot.

Ainsi, la Bibliothèque devint rapidement ma meilleure amie j'y passais toutes mes fins d'après-midi à travailler d'arrache-pied. Ce vendredi, j'étais plongée dans un devoir de Sortilèges quand on me tapota à l'épaule. J'étais tellement prise par mon travail que je sursautai violemment.

– Du calme, chuchota Albus en souriant. Ce n'est que moi.

Je lui souris en retour en me redressant de mon parchemin tandis qu'il s'asseyait en face de moi.

– Il y a quelque chose, Albus ? demandai-je très bas, pour ne pas me faire lapider de livres par la bibliothécaire.

J'avais eu l'occasion de m'apercevoir que Mrs. Pince avait un caractère plutôt… insupportable.

– Non, je venais juste demander de tes nouvelles, murmura-t-il en retour. Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vue.

– Tu mens, soufflai-je. Tu viens me parler de Ginger.

Il ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes. Je faillis éclater de rire mais la perspective de devoir en découdre après avec Mrs. Pince sut garder mes lèvres scellées.

– Comment tu sais ?

– Tu aurais pu venir me parler à n'importe quel autre moment de la semaine : on n'a pas arrêté de se croiser dans les couloirs. Si tu ne l'as pas fait, je soupçonne que c'est à cause de Ginger. Et je soupçonne aussi que si tu viens me parler aujourd'hui, c'est parce qu'elle est à son entraînement de Quidditch avec tous les « indésirables » – à savoir ses deux amies et ton frère – qui apprécient Ginger et n'aimeraient pas entendre ce que tu as à me dire. J'ai bon ?

– Tu devrais faire détective, murmura-t-il, fasciné.

J'eus un petit sourire.

– Quoi qu'il en soit, oui, c'est d'elle que je viens te parler. Tu sais que, je, hum… Enfin, je suis déjà sortie avec elle. Elle te l'a dit ?

– Non, mentis-je en feignant d'être surprise. Je ne savais pas.

– Hé bien, il s'est avéré qu'elle n'était pas quelqu'un de très sympa, chuchota-t-il. Je me suis rendu compte qu'elle était du genre à… à faire passer ses sentiments avant ceux des autres. Elle a traité Lucy de pétasse devant moi alors qu'elle savait très bien que je l'aimais.

Je fronçai les sourcils mais ne dis rien. Peut-être que ça l'avait heurté d'entendre Ginger parler ainsi cela de Lucy. Mais on aurait dit qu'il avait oublié le tout début de leur relation, quand Ginger avait accepté de façon désintéressée de donner un coup de main à Rose alors qu'elle ne la connaissait même pas, en passant sa soirée avec un quasi-inconnu. Si ça, ce n'était pas faire passer ses priorités après celles des autres !

– Je sais que Ginger est parfois un peu égocentrique, et qu'elle a du mal à voir les choses selon le point de vue des autres, admis-je. Mais au fond, c'est quelqu'un de bien. J'en suis sûre. De même que je suis sûre que toi aussi, tu es quelqu'un de bien et tu lui pardonneras.

– Je ne crois pas, non.

Raté.

– Pourquoi es-tu sorti avec elle, à l'origine ? demandai-je.

Albus garda le silence en me regardant d'un air paniqué. Il ne savait pas s'il devait me dire la vérité ou non, ou même comment il devait la formuler. Je pris donc les devants :

– C'était pour rendre Lucy jalouse ?

– Mais comment tu fais pour tout deviner ?

– Intuition féminine, éludai-je. Ça ne me semble pas très sympa, de sortir avec une fille juste pour rendre l'autre jalouse.

– Elle savait très bien que c'était seulement pour rendre Lucy jalouse. Ginger savait je ne ressentais rien pour elle.

– Et pourquoi a-t-elle accepté de sortir avec toi ? A part par générosité et pure sympathie ?

Vu qu'il lui avait promis de garder le silence sur son escapade, il n'y avait pas vraiment de risque qu'il réfute mon affirmation en me disant qu'il la faisait chanter pour sortir avec elle. Et en effet, Albus, après avoir pesé le pour et le contre, souffla :

– Tu as raison. Reste avec Ginger si tu veux… Elle est peut-être gentille. Mais moi, je n'ai pas l'intention de lui reparler.

– Et pourquoi ça ? Ne me dis pas que tu manques de courage !

– Pas du tout ! Je suis à Gryffondor, quand même !

SILENCE !

Nous baissâmes d'un ton en fusillant la bibliothécaire du regard.

– Non, ce n'est pas une histoire de courage, reprit Albus. Mais Lucy la déteste et j'ai peur pour notre relation si je vais parler à mon ex-copine. Et à moi, hé bien… en fait, je crois bien que Ginger est attirée par moi.

Je me fêlai trois côtes d'un coup en me retenant de rire. Impassible, je lui répondis :

– Pour la première raison, je pense que Lucy comprendra si c'est une fille intelligente, et assurément, elle l'est. Pour la deuxième raison, désolée, mais là, c'est toi qui te comportes comme un trouillard.

– Pas du tout !

– Si. Et c'est horrible de lâcher une fille qui t'a pourtant aidé de cette façon. Si elle t'aime, c'est encore pire. Tu n'as pas honte ?

Il baissa la tête, penaud. Moi, je m'amusais follement. Mais mon masque de cire allait bien tôt craquer et j'allais éclater de rire. Il fallait que j'interrompe cette discussion.

– Alors tu vas t'excuser à Ginger pour ton comportement. Et avant ça, tu vas en parler à Lucy et tout lui expliquer. D'accord ?

– Je ne peux pas lui dire que je suis sorti avec Ginger juste pour la rendre jalouse ! J'aurais l'air puéril !

– Albus, tu es puéril. Mais si tu veux arranger ta situation, comporte-toi comme un adulte et assume tes actes.

Albus hocha lentement la tête et resta quelques minutes assis en face de moi alors que j'essayais de me replonger dans mes Sortilèges. Finalement, il partit en oubliant de me dire au revoir. Je pus alors me permettre de rire silencieusement en me rejouant la scène dans la tête.

Ce pauvre Albus était décidément bien crédule. Il était gentil comme tout, mais un peu trop facile à manipuler. Il était entré dans cette bibliothèque en pensant que Ginger était coupable et que lui était la victime en ressortant, il était persuadé que c'était lui qui avait mal agi envers Ginger et qu'elle était celle qui en avait subi les conséquences ! Sans parler du fait qu'il pensait vraiment que Ginger l'aimait… Or, il me semblait évident que ce n'était pas par ce Potter qu'elle était attirée.

Je repensai au mot que m'avait fait passer Ginger un peu plus tôt dans la semaine, à propos d'Albus, justement. « La bêtise, c'est de famille ». Je commençais à mieux comprendre son point de vue.

-X-X-

Les journées passent de plus en plus vite, le soleil passe de plus en plus de temps dans le ciel, et moi, je passe de plus en plus de temps dans mes devoirs. Ça fait peur. Je n'aime pas travailler, et je fais toujours le strict minimum, alors quand je dis que j'ai du travail, ça veut dire que j'ai vraimentdu travail !

– J'en ai maaarre, gémit Potter un dimanche soir, en laissant tomber sa tête sur un devoir de Soins aux Créatures Magiques.

Nous sommes dans la Salle Commune, lui, Abercrombie, Amy et moi, en train de plancher.

– T'en es où ? demande Abercrombie, en poussant la tête de Potter sur le côté pour lire sa copie.

– A peine la moitié, soupire-t-il.

– Moi, j'ai fini mon Arithmancie, déclare fièrement Amy tout en reposant sa plume. Je vais enfin pouvoir me coucher ! Et j'ai intérêt à être reposée pour le contrôle de Sortilèges de demain.

– Un contrôle de Sortilèges ? s'écrie Potter. T'es sérieuse, là ?

– T'étais pas au courant ? je demande. Mon pauvre…

Je lui tapote gentiment l'épaule.

– Tu me fais pitié, va, dit Abercrombie. Je viens de finir mes Soins aux Créatures Magiques. Tu peux copier la fin. Comme ça, tu auras le temps de revoir tes Sortilèges.

– Oh Thomas, je te dois tout ! s'exclama Potter d'un ton théâtral. Comment te remercier ?

– Tu peux m'embrasser les pieds…

– Alors là tu rêves.

Nous éclatons tous les quatre de rire.

– Moi, j'y vais, déclare Abercrombie en se levant de table. Tu me rendras mon devoir demain, James ?

– J'y vais aussi, dit Amy.

– Tu peux me laisser ta feuille d'Arithmancie ? je l'implore. C'est pour comparer les résultats…

Elle me lance un regard blasé qui montre bien qu'elle n'est pas dupe, et me tends son devoir. Je le lui arrache presque des mains.

– Merci ! J'te revaudrai ça ! je lance en recopiant comme une forcenée ses calculs.

– Y a pas de quoi. A demain, Ginger… Ne te couche pas trop tard.

–Oui Maman.

Les deux quittent la pièce. Nous ne sommes plus que Potter et moi dans la salle commune. Tous les autres Gryffondors se sont couchés. Pendant une bonne dizaine de minutes, on n'entend que le grattement des plumes sur les parchemins. Et puis, au bout d'un moment, Potter s'arrête d'écrire.

– T'as déjà fini ? je m'étonne.

– Non. Je voulais te parler.

Je relève la tête, étonnée. Que peut-il bien vouloir me dire ?

En croisant ses yeux, je manque de flancher heureusement que je suis assise. Depuis quelques temps, je fais une fixation sur ses yeux. Je les adore. J'aimerais me noyer dedans. A force de le regarder droit dans les yeux en lui parlant, j'ai retenu le moindre détail de ses iris. Je sais, ça craint un peu, de la part de la fille qui a haï ce garçon pendant des années. Mais c'est plus fort que moi.

– C'est à propos des… du livre sur la mythologie scandinave.

– C'est un truc que tu n'as pas compris et que je dois t'expliquer ?

– Non. C'est un truc que j'ai lu et je voulais être sûr que tu es au courant toi aussi.

– A priori oui, je ne l'ai pas lu en entier mais s'il y avait un truc important, Gondul me…

Je m'interromps au milieu de ma phrase. Gondul n'a pas poussé Potter à prendre ce livre pour rien. C'est ça, sa mission ? Me prévenir de quelque chose ? Mais pourquoi ne l'aurait-elle pas fait elle-même ?

Serait-ce la raison pour laquelle elle n'a pas arrêté d'évoquer un danger imminent toute la semaine ?

J'ai l'horrible impression d'être passée à côté de quelque chose d'énorme…

– Continue, dis-je, soudain sérieuse.

– C'est tout à la fin du livre. A propos de la fin du monde.

– Je n'ai rien lu parlant de ça, je réponds d'une voix un peu alarmée. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

– En gros, que d'après les légendes, si certaines conditions sont remplies, on peut provoquer la fin du monde.

– Qui voudrait provoquer la fin du monde ? Tu ne peux pas faire plus précis ?

– Attends, je vais chercher le bouquin.

Il disparaît de la salle. J'essaie de me concentrer sur mon devoir d'Arithmancie pour copier quelques lignes de plus en attendant son retour, mais impossible de faire le moindre calcul. Fin du monde imminente, c'est ça que voulait me dire Gondul ? Je continue d'espérer qu'elle est juste paranoïaque, mais je ne peux m'empêcher de me sentir angoissée. Au bout d'un temps qui me semble infiniment long, Potter revient, avec le livre ouvert dans la main.

– Voilà. Ça commence ici.

Il me montre une ligne de la page de droite. Je me plonge dans la lecture.

« Le Ragnarök, pour les Scandinaves, était la fin du monde. Il était constitué d'une série d'événements naturels et divins. La succession de trois hivers sans soleil, suivis de guerres sanglantes et meurtrières (la majorité des dieux, des hommes et des géants devaient y trouver la mort), annonçait le « crépuscule des Dieux ». Les désastres naturels devaient alors prendre le relais pour détruire ce qui restait du monde. La majorité de Ragnarök est relatée dans l'Edda poétique, œuvre nordique moldue du Xème siècle.

Les légendes sorcières sur le sujet sont tout autres. Avant de mourir, Odin fit appel à ses talents de devin et découvrit que l'anneau de Nibelung, qui n'existait pas encore mais qu'il avait déjà l'intention de faire héritier de tous ses pouvoirs, serait détruit tôt ou tard. Pour léguer ses pouvoirs, Odin établit alors une prophétie terrifiante. Après sa disparition et la destruction de l'anneau de Nibelung, la magie libérée par l'objet ensorcelé se répartirait dans les cadavres des anciens sorciers « divins ». Alors, l'incinération des pommes de jouvence d'Idunn entraînerait leur réveil à tous, à commencer par Loki. »

Ouh là là… Pas très rassurant tout ça… Je passe aux pages précédentes et en survole quelques unes :

« Idunn était, pour les scandinaves moldus, la déesse de la jouvence. Elle détenait un coffre de pommes de jouvence, qu'elle donnait aux dieux pour qu'ils ne meurent pas. En réalité, ces pommes étaient récoltées à partir d'un pommier magique, et le jus des pommes qui y poussaient était un médicament rare et puissant qui pouvait guérir toute maladie. Avant sa mort, Odin brûla l'arbre. Il est dit qu'Idunn, par la suite, cacha son coffre avec les pommes restantes. »

« Loki était un sorcier connu pour sa ruse et sa malhonnêteté. Bien qu'il soit très célèbre chez les moldus, il est étonnamment peu connu dans la légende sorcière. D'après les écrits, il était un concentré de défauts. Il causa de nombreux problèmes au sein de la communauté sorcière de son époque, et fut banni pendant un temps. Quand il revint, malgré l'interdiction, on le condamna à mort : il fut poignardé par un crochet de basilic, et le venin qui se répandit dans ses veines le réduisit en cendres. »

Ok, c'est un peu plus clair. Où en étais-je ? Ah, oui. Quand on brûle les pommes d'Idunn, on réveille tous les dieux, dont Loki…

« ...l'incinération des pommes de jouvence d'Idunn entraînerait le réveil de tous les êtres divins, à commencer par Loki. Les libérer de leurs liens ferait tomber une nuit noire, sans lune et sans étoile, accompagnée d'une tempête de neige comme on n'en connaîtra sans doute jamais.

Alors, tous les dieux se réuniraient à l'emplacement originel d'Yggdrasil, l'arbre-divinité qui abrite le monde pour les moldus norrois et une guerre entre les dieux, les géants et les êtres humains commencerait. La plaine d'Yggdrasil, après avoir été touchée par des incendies, des tsunamis et des séismes sans précédents, s'ouvrirait alors en deux pour laisser s'échapper le dragon Nidhögg.

L'héritier légitime d'Odin devrait alors être capable de tuer Nidhögg. Cela fait, tous les dieux mourraient à nouveau, et l'énergie magique s'échappant de leurs cadavres reviendrait directement aux véritables héritiers d'Odin. Mais si le dragon survivait suffisamment longtemps, il pousserait son hurlement. Le ciel s'embraserait instantanément, l'air s'empoisonnerait, l'eau recouvrirait la terre et les hommes, indignes des pouvoirs prodigieux d'Odin, trouveraient la mort.

C'est pour que cette prophétie puisse un jour se réaliser qu'Odin brûla le pommier de jouvence, dans l'espoir de la hâter davantage il ne savait pas qu'Idunn, sorcière de la jeunesse éternelle, avait conservé des pommes dans un coffre.

Ragnarök est le mythe le plus célèbre des légendes scandinaves. De tous temps, il a affolé l'imagination des hommes, dans tous les domaines, artistiques comme historiques. Aujourd'hui encore, certains se lancent à la recherche des pommes d'Idunn ou des restes de Loki. Evidemment, personne n'y est jamais parvenu. Après tout, les récits rapportés dans ce livre, y compris la fin du monde, ne restent que des légendes. »

– …ne restent que des légendes, je marmonne d'une voix blanche. Hahaha. Et moi, je compte pour du beurre ?

– Tu crois que tout ça est possible ? me demande Potter, que j'avais presque oublié.

– Bien sûr, dis-je. Mais je préfère croire qu'ils exagèrent le truc de la fin du monde. C'est un peu gros, tout de même… les séismes, les tsunamis, le soleil qui disparaît…

– Le truc de Nidhögg aussi…

– C'est quoi, ça ?

– Tu n'as pas lu ? Mais t'as rien lu de ce bouquin, en fait !

Je lui lance un regard noir et cherche « Nidhögg » dans l'index à la fin du livre. Je me rends à la page indiquée et lis les informations.

« Nidhögg était un dragon de l'espèce des Norvégiens à crête. Il était particulièrement grand et présentait la particularité, jamais observée chez les dragons sauvages, de vivre sous terre. D'après la légende, son cri ferait s'embraser le ciel, s'empoisonner l'air et ferait recouvrir la terre par la mer. Rappelons que d'ordinaire, le cri d'un Norvégien à crête peut causer, tout au plus, la surdité : les descriptions de Nidhögg ont sans doute été exagérées pour permettre au dragon de rejoindre le panthéon des légendes scandinaves. »

– Marrant, comme l'auteur précise souvent que tout ça n'est que légendes, je me dis à moi-même. Peut-être qu'il a la trouille que ça arrive.

– Moi aussi. Je veux dire, j'aimerais mieux que Ragnarök n'arrive jamais… On ne s'en porterait que mieux.

– A qui le dis-tu. Ce que je me demande, c'est pourquoi Gondul ne m'en a pas parlé directement ?

– Peut-être qu'elle avait autre chose à faire ? suggère Potter.

– Ce n'est pas une raison. Et ce n'est pas son genre. Peut-être qu'elle n'avait pas le choix… Mais pourquoi ?

– Ça, je ne peux pas te le dire.

– Il y a autre chose de bizarre, je reprends en revenant au passage sur Ragnarök. Ils parlent d'héritiers, au pluriel, alors qu'il n'y en avait qu'un seul avec l'histoire de l'anneau de Nibelung. Pourquoi Odin aurait-il changé d'avis ? Pourquoi partager son pouvoir ?

– Je me le demandais, répond Potter. Tu penses que ton double a la réponse ?

– Attends, je vais voir.

Gondul ?

« PAS LE TEMPS ! »

– Elle est… occupée, je crois. Il faudra faire des recherches, alors.

– Oui, mais des recherches à propos de quoi ?

« Legs de magie ! Et maintenant fiche-moi la paix ou je vais vraiment avoir des ennuis ! »

Cool ! Merci !

– Des recherches sur le… legs de magie.

Pourquoi l'ai-je remerciée, au fait ?

– On ira à la bibliothèque demain ? me propose Potter.

– Pardon… « On » ?

– Bah oui, « on ». Tu ne crois pas que je vais te laisser découvrir les trucs intéressants toute seule, non ?

– Tu sais, toute cette histoire, c'est un peu mes oignons, pas les tiens, je lui rappelle.

– Peut-être, mais… je me sens concerné.

– Ah oui ? Pourquoi ?

– Je suppose que c'est à cause de la bague. Elle m'avait investi d'une mission. Je continue de l'accomplir, c'est tout.

Euh… hein ?

– La mission du départ, c'était te protéger, me dit-il d'un ton très sérieux. T'amener la bague pour t'aider à te défendre. Maintenant, elle a voulu que j'en sache plus sur toi et peut-être, aussi, que je te raconte tout ça. Je te préviens des dangers… C'est une forme de protection.

– Je ne suis pas en sucre, je proteste, les joues en feu.

Me protéger ? Il se prend pour qui, un chevalier servant ? Où est passé le garçon arrogant que j'ai côtoyé ces six dernières années ? Non pas qu'il me manque, au contraire… mais celui-là me fait sentir toute bizarre. Et le cœur qui bat vite et tous ces symptômes de maladie grave, ce n'est franchement pas agréable.

Quoi que…

– Non, mais tu aurais pu mourir si je n'avais pas été là, souviens-toi, rétorque-t-il, l'air toujours aussi grave. Et je n'ai pas envie que tu meures, Ginger.

Euh… merci ?

– C'est supposé être gentil, ce que tu viens de me dire ?

Un léger sourire rompt sa façade sérieuse.

– Je ne plaisante pas, tu sais. Tu comptes pour moi. Tu as toujours compté pour moi. Je me demande comment je survivrais à Poudlard si tu n'étais pas là. Qu'est-ce que je m'ennuierais ! Je n'aurais plus de souffre-douleur !

… Dommage, son discours avait bien commencé. Une minute. Bien commencé ? Qu'est-ce que je raconte ? Quoi qu'il en soit, la fin a bien remis mon pauvre petit cœur tout remonté à sa place.

– Moi aussi, j'aurais du mal sans toi, Potter, je réponds avec un sourire amusé, en parlant légèrement plus fort. Comment montrerais-je ma supériorité au Quidditch si tu n'étais pas là ?

Il gonfle automatiquement la poitrine.

– Paaaardon ? Serais-tu en train de suggérer que je suis moins bon que toi au Quidditch ?

– Je ne le suggère pas, je l'affirme, gros nul ! je m'écrie, avec un sourire toujours plus grand.

– Répète un peu !

– J'aimerais mieux que tu ne répètes pas, James.

Nous faisons volte-face. Albus se tient au bas des escaliers des dortoirs, en pyjama. Il regarde son frère droit dans les yeux en évitant soigneusement de croiser mon regard.

– Il est plus de minuit et tout le dortoir des garçons vous entend vous chamailler. On aimerait dormir !

– Vous avez entendu quoi, exactement ? demande James, inquiet.

– Jusqu'ici, un bourdonnement de conversation pendant dix minutes, et un début de dispute à propos de Quidditch. Et à partir de maintenant, je veux entendre du SILENCE ! Si je vous reprends, j'enlève des points à Gryffondor !

« C'est ta maison, imbécile », je pense en le regardant repartir par l'escalier menant au dortoir des garçons.

Potter et moi nous rasseyons en silence et écrivons à toute allure la fin de nos devoirs. Puis, quand j'ai fini, je bâille un bon coup, roule mes parchemins et me lève de table.

– Attends, t'as oublié ça, me prévient-il en me tendant un parchemin.

Je m'en saisis. Au passage, je frôle ses doigts. La petite zone de contact me brûle instantanément et je fais tomber le papier par terre. Nous nous baissons tous les deux en même temps pour récupérer le parchemin et nous relevons.

Nos nez se touchent presque.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu ses yeux d'aussi près. Ils me semblent encore plus beaux que d'habitude. Son regard bleu-marron est troublé… En fait, je n'arrive même pas à me concentrer là-dessus. Il est trop près. Beaucoup trop près. Je sens la chaleur de son corps très rapproché du mien. Son souffle un peu rauque sur ma peau. Ses lèvres si proches des miennes…

Je me recule d'un coup.

– Bonne nuit, Potter, dis-je.

Et je file dans ma chambre avant qu'il n'ait eu le temps de répondre.