Je me réveille le lendemain avec une seule idée en tête : parler à James. Il faut qu'on reprenne ces recherches. Et vite. Et sans provoquer de situations potentiellement gênantes pour la suite de nos relations purement cordiales.

Le réveil de Roxanne se met à chanter son plus beau Dliiing pour nous réveiller. Je le suis déjà mais je reste dans mon lit, me prélassant quelques dernières minutes avant d'être obligée de me lever.

Il faudra également que j'en parle à Roxanne et Judith. Elles aussi doivent être au courant.

– Hrgnmphf, fait Amy avec toute l'élégance dont on est capable de bon matin, en se retournant dans son lit.

Et Amy ? Qu'est-ce que j'en fais ? Je n'ai pas très envie de tout lui confier, à vrai dire. Lui raconter mes histoires bizarroïdes avec James Potter, c'est une chose. Lui révéler le secret de ma vie, c'en est une autre. Je ne suis amie avec elle que depuis deux semaines, après tout.

Nous nous préparons puis descendons à la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Le ciel du plafond est moins sombre que d'habitude le printemps se rapproche. Une bonne chose. La chaleur commence vraiment à me manquer.

– S'lut, lance Freddy.

– S'lut, je lance en retour en m'asseyant en face de lui.

Je ne peux m'empêcher de remarquer qu'Amy s'assoit le plus loin de lui possible. Bizarre. Se serait-il passé quelque chose hier soir ?

Je n'ai cependant pas eu le temps d'y penser davantage. Nous nous sommes dépêchés de manger pour aller en cours d'Arithmancie où nous attendait un contrôle bien corsé. Juste après, Métamorphoses et Botanique se succèdent à toute allure. Dans une matière, nous avons tant de notes à prendre que je n'ai même pas une seconde pour réfléchir. Dans l'autre, les Français qui suivent le cours avec nous sont tellement à la ramasse (les cours de Botanique ne sont pas obligatoires à Beauxbâtons) que je suis plus occupée à me soucier de ma survie que de Potter.

Ensuite, nous avons eu une heure d'Histoire de la Magie. J'ai l'intention de parler à James de ce que j'ai appris de Mist, mais il se fait virer moins de cinq minutes après être entré en classe, ainsi qu'Arthur Wright, parce qu'ils ont « malencontreusement » balancé le bureau du prof par la fenêtre avec un « sortilège perdu ». Je les soupçonne fort d'avoir essayé de tester la capacité de Binns à remarquer l'existence de ses élèves. Hé bien, pour une fois, Binns a remarqué, et Binns a sévi. Une retenue pour James et Arthur et un renvoi immédiat du cours. C'était la première fois de ma vie que je voyais Binns s'énerver. C'était très drôle. On aurait dit une chèvre constipée.

Malheureusement, après ça, Binns est redevenu placide et soporifique. Sans James pour faire l'imbécile, le cours a été d'un ennui mortel. Et je n'essaie même pas de faire de l'humour parce que le prof est un fantôme.

Ensuite, déjeuner. J'ai essayé de m'éclipser au bout d'un moment pour « travailler » à la bibliothèque – j'étais à peu près sûre que James m'y suivrait vu comme j'avais insisté sur le mot « bibliothèque » en le lançant à la cantonade – mais Amy a décidé de m'accompagner, parce qu'elle avait « sérieusement besoin de revoir ses Défenses contre les Forces du Mal ». Je l'ai donc aidée à réviser en prenant mon mal en patience. Finalement, ça en a valu la peine parce qu'on a eu contrôle surprise plus tard dans la journée. Judith a eu l'air de beaucoup regretter de n'être pas venue avec nous.

Et entre-temps, une heure de Sortilèges. J'aurais aimé me mettre avec James pour pouvoir parler de tout ça discrètement à l'ombre de nos manuels d'Enchantements, mais Abercrombie – je hais les vêtements – s'était déjà installé à côté de lui. Et j'aurais eu l'air de quoi à lui dire de dégager parce que je voulais me mettre avec James ?

Ma fierté m'a donc ordonné d'attendre jusqu'à dix-sept heures avant de pouvoir lui parler. Une fois à la salle commune, je prétends d'avoir oublié mon écharpe pendant le cours de Botanique du matin, et je ressors dans le Parc. Je marche donc tranquillement jusqu'à ce que j'entende quelqu'un me rejoindre. C'est James.

– Il était temps, je lâche.

– Mieux vaut tard que jamais, me répond-il dans un sourire. Tu as eu le temps de faire des recherches ?

– Non, mais j'ai appris quelques nouvelles choses et j'ai pensé que tu aimerais être au courant. Hier soir, j'ai fait un rêve.

– Moi aussi, je mangeais un gros gâteau au chocolat et je…

– Je suis sérieuse, je le coupe sans pouvoir m'empêcher de sourire. J'ai rêvé d'une Valkyrie.

Il fronce les sourcils.

– Ça t'arrive souvent ?

– De temps en temps. Les autres sont venues me voir une par une – en rêve, je veux dire – pour me raconter leur histoire. En fait, ce ne sont pas vraiment des rêves. Plutôt des souvenirs. Des souvenirs qui vivent dans ma tête. Tu vois ce que je veux dire ?

– Pas du tout.

– Tant pis. Hier, Mist est venue me voir pour la première fois. Elle m'a dit que mon Horcruxe avait des genres de flashbacks qui lui font penser que Ragnarök aura bientôt lieu. Et la personne qui le provoquera est certainement l'auteur du livre, et…

– …et ? répète James, soudain anxieux.

– …c'est complètement ridicule, je soupire. Mist pense qu'il s'agit d'un dieu parce que personne d'autre ne connaît aussi bien l'histoire de la sorcellerie scandinave.

– Qui qu'il soit, il faut l'arrêter, déclare-t-il.

– Et pour commencer, on devrait essayer de faire des recherches sur les legs de magie, qui ont l'air d'être très liés à Ragnarök. C'est ce que m'a conseillé Gondul et on devrait être en mesure de remonter au malade mental derrière tout ça.

– On pourrait commencer par faire des recherches sur lui à la bibliothèque, propose James.

– Pourquoi pas ? Mais honnêtement, je ne pense pas que ça serve à grand-chose.

Nous continuons de marcher côte à côte en regardant le soleil se coucher sur les collines écossaises, plongés dans nos pensées respectives. Bientôt, le lac apparaît à notre vue.

– Je sais qui a mis le calamar dans le lac, je lance de but en blanc, dans l'espoir idiot de lancer un sujet de conversation plus léger.

– Ah bon ? Et qui est ce génie ?

– Mist, justement. Elle était à Poudlard il y a quelques siècles.

Je rougis en pensant à la suite de notre conversation. Notamment la partie « James Potter est mon arrière arrière arrière et caetera petit-fils. »

– C'est le calamar ou l'idée qu'elle ait été là qui te fait rougir comme ça ?

– Rien, rien, je marmonne. On rentre au château ? Il fait froid.

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça, je n'ai même pas froid. James me propose sa cape et je décline poliment en faisant demi-tour.

– Alors, pourquoi tu rougis ?

– Je ne rougis pas, je rétorque en rougissant davantage.

C'est comme Pinocchio, mais avec des joues qui rougissent à la place d'un nez qui s'allonge.

– Allez, dis-moi.

– Non !

– Allez, allez, allez, allez…

– T'es lourd.

– Je sais. Allez, allez, allez, allez…

Je pousse un lourd soupir en le regardant. Un vrai gamin, celui-là.

– Bon, d'accord, mais tu me laisses tranquille après, d'accord ?

– Promis !

– Hmpf.

Je cherche un instant mes mots, cherchant vainement de l'inspiration du côté de mes chaussures. Concluant que mes répliques ne sont pas écrites par terre (ça alors), je relève la tête et plante mes yeux dans les siens.

– Mist m'a dit qu'elle était l'une de tes ancêtres.

– Quoi ?

Je photographie la tête de James dans ma tête. J'ai rarement l'occasion de le voir aussi ahuri.

– Mist m'a dit qu'elle…

– C'est bon, j'ai entendu. Tu es sûre que c'est vrai ?

– C'est elle qui a rendu tous les Weasley roux.

James ouvre la bouche en « O ». Je me remets à marcher. Lui reste immobile. Quelques secondes plus tard, cependant, il me rattrape à longues enjambées.

– Alors je suis ton arrière, arrière, arrière, etc, petit neveu ?

– Non. On n'est pas sœurs, Mist et moi. Juste des animaux nés à peu près en même temps.

– Tu n'es pas vraiment un animal, Ginger.

– Je suis un animal, James ! je m'énerve. Un corbeau ! Un foutu corbeau ! C'est à cause de ça que tu es entraîné dans toutes ces histoires dont tu n'as rien à faire !

– Je n'en ai pas rien à faire, riposte-t-il. C'est, euh… intéressant.

Je lui lance un regard noir et accélère le pas.

– Sans rire ! insiste-t-il. C'est nettement plus marrant d'être à Poudlard maintenant que je sais… tout ça. Et je t'ai déjà dit que les études à Poudlard ne seraient vraiment pas pareilles si tu n'étais pas là. Non ?

Je lui lance un regard toujours courroucé, en retenant un petit sourire.

– Allez ! Tu es la seule raison pour laquelle je continue de suivre les cours de Binns !

– Tu ne les as jamais suivis, James. Et aujourd'hui, tu t'es fait virer de cours.

– Circonstance exceptionnelle !

– Que tu essaies de provoquer depuis le début de ta scolarité !

– Non, le premier jour de cours, j'étais calme.

– Tu rigoles ? Tu as fait sauter la salle de Potions, ce jour-là !

– Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié ça.

– Tu veux dire que tu as oublié la tête de Slughorn quand il t'a vu sourire comme un petit ange au milieu des flammes ?

– Ça y est, ça me revient !

Nous éclatons de rire aux bons souvenirs et évoquons nos catastrophes en chaînes depuis le début de nos années à Poudlard. Quand nous avons atteint le château, je me rends compte que, décidément, nous avons beaucoup malmené nos professeurs.

– Il faudra leur offrir quelque chose quand on partira, dis-je, histoire de s'excuser pour tout ce qu'on leur a fait subir.

– Un bouquet explosif ?

– Excellente idée, ça leur fera plaisir.

Nous continuons de plaisanter ainsi jusqu'à la Salle Commune, où travaillent déjà les membres de notre promotion. Je m'installe à côté d'Amy, qui recopie frénétiquement un brouillon de Potions dans un silence religieux. Je sors mes devoirs et commence à travailler. Elle lève alors la tête vers moi.

– Tu n'as pas ton écharpe, remarque-t-elle.

– Mon écharpe ? je répète sans comprendre.

– Ton écharpe, confirme-t-elle. Tu as dit que tu allais la chercher en salle de botanique.

– Ah oui, je ne l'ai pas trouvée, je réponds précipitamment.

Elle me lance un regard soupçonneux, qu'elle laisse glisser sur James qui bosse de l'autre côté de la pièce, avant de me regarder à nouveau avec un sourire malicieux.

– Ne te fais pas d'idées, Amy.

– Je n'ai rien dit, souffle-t-elle avec le même sourire, en se repenchant sur ses devoirs.

Je commence à étudier mon cours de botanique du jour lorsque que je réalise brusquement quelque chose. Pendant tout le temps que nous étions dehors, Potter et moi nous sommes appelés l'un l'autre James et Ginger.

Il y a du changement dans l'air.

-X-X-

Le lendemain soir, nous étions déjà vendredi. Pour une fois, il ne faisait pas trop moche. Pour fêter l'arrivée tant attendue du week-end, je décidai de sortir et de me placer dans les gradins du terrain de Quidditch avec Judith pour aller travailler tout en regardant mes amis s'entraîner. Elle était déjà installée, haut dans les gradins, avec quelques élèves de Beauxbâtons le vertige m'empêcha de la rejoindre et je décidai de m'asseoir tout en bas.

J'étais contente que les choses aillent mieux – voire beaucoup mieux – entre James et Ginger. Mais je n'avais pas la tête à me réjouir pour mon amie de nouvelle date. Je ne pensais qu'à Freddy. Est-ce qu'il m'aimait ? Etait simplement attiré par moi ? Voulait sortir avec moi ? Je n'osais plus le regarder. Et si c'était moi qui était attirée par lui et que je ne m'en rendais pas compte ?

« Et si tu te prenais trop la tête ? » fit une petite voix moqueuse dans mon crâne.

Je soupirai, en regardant Freddy évoluer dans le ciel clair de fin d'hiver sur son balai. Il semblait très à l'aise et volait avec vitesse et élégance. J'étais admirative, comme pour le reste des joueurs d'ailleurs. Freddy tourna la tête à ce moment-là et il me fit un signe de la main. Je lui répondis de la même façon mais il ne le remarqua pas parce qu'il se prit à ce moment-là un Cognard dans la figure.

– Arrête de flirter avec toutes les filles de Poudlard et concentre-toi, Kreeps ! lui hurla le capitaine, un garçon en septième année.

Je rougis davantage et fourrai mon nez dans le col de mon manteau. Il flirtait ? Non, non, ça n'allait pas du tout. Il fallait arrêter ça, le plus vite possible.

– Hum, salut, fit quelqu'un tout près de moi.

Je sursautai. C'était Albus qui venait de s'asseoir à ma gauche.

– Pourquoi es-tu aussi rouge ? me demanda-t-il.

– Il fait froid, éludai-je. Pourquoi n'as-tu toujours pas parlé à Ginger ?

– Je vais le faire, promit-il.

Je roulai des yeux.

– Je te le jure ! insista Albus. J'ai l'intention d'aller la voir à la fin de leur entraînement.

Je hochai la tête et essayai de me replonger dans un devoir de Sortilèges. Albus se racla la gorge.

– Moui ? dis-je.

– Tu sais s'il se passe quelque chose, hem… entre mon frère et Ginger ?

Je feignis l'étonnement.

– Ils sont amis. Pourquoi ?

– Ils n'ont jamais été amis.

– Ne jamais dire jamais.

– Tu es sûre qu'ils ne sont qu'amis ?

Absolument pas.

– Certaine, affirmai-je. Pourquoi, ça te dérangerait qu'ils soient, disons, autre chose qu'amis ?

– Je pense à mon frère.

Je lui lançai un regard interrogatif, l'incitant à poursuivre.

– Hé bien… reprit-il, hésitant. Tu sais, je pense toujours que Ginger était sincère, vers la fin, dans notre relation.

Je fronçai les sourcils, avant de comprendre que ce qu'il voulait dire, c'est qu'il pensait que Ginger avait vraiment été attirée de lui. Il pensait encore ça ? Ce garçon n'avait vraiment pas les yeux en face des trous.

– Ah, donc tu as peur que ton frère ait le cœur brisé, c'est ça ?

– Exactement.

Je réunis toute la force de mon âme pour garder une expression impassible. Mais dans ma tête, je me tordais de rire.

– Ne t'en fais pas trop, va, lui conseillai-je. James s'en remettra. Il a de l'expérience dans les affaires de cœur, non ?

– Tu as raison.

Finalement, Albus était aussi prétentieux que James. Ce n'était pas la prétention pure et dure que son frère affichait ouvertement, c'était la prétention naïve de celui qui se croit aimé de tout le monde. Je trouvais que c'était plutôt mignon.

– Ils ont l'air de s'en aller, remarquai-je. Prêt ?

– Hm, fit Albus qui n'avait pas l'air vraiment prêt.

– Je vais retenir Ginger pour qu'elle soit seule quand elle sortira des vestiaires.

Je réunis mes affaires et descendis les gradins à toute allure jusqu'aux vestiaires des filles. J'entrai à l'intérieur : Roxanne et Ginger étaient en train de retirer leur tenue de Quidditch avant de prendre une douche.

– Ginger ! m'écriai-je. J'ai besoin de ton aide en Arithmancie !

– Tout de suite ? s'étonna-t-elle.

– Oui, un devoir supplémentaire parce que j'avais du retard par rapport à Poudlard, on n'en était pas là à Beauxbâtons…

Je fouillai dans mon sac et sortis une feuille de calculs que j'aurais dû rendre il y a plus d'un mois à ma prof d'Arithmancie en France. Pendant que Ginger la survolait du regard, Roxanne filait se doucher.

– Tu as fait une faute, dit-elle au bout de cinq minutes et en relevant les yeux vers moi. Ici, tu as mis un 4 au lieu d'un 5… Ça fausse tous les calculs après, parce que du coup, il faut utiliser un algorithme au lieu de dériver…

– Comment on utilise un algorithme, ici ?

– Là, tu dois faire ça…

Elle prit cinq minutes pour tout m'expliquer. Quand elle eut terminé, Roxanne venant de finir de se préparer.

– Vas-y, dit Ginger. Je te rejoins après.

Roxanne et moi sortîmes dans le crépuscule et rejoignîmes Judith qui nous attendait un peu plus loin. Les garçons de l'équipe de Quidditch de Gryffondor venaient eux aussi de partir leurs silhouettes s'éloignaient vers le château. Du coin de l'œil, j'aperçus Albus en bas des gradins. Tout était parfait. J'entraînai mes camarades avec moi.

-X-X-

Je viens de sortir des vestiaires, tout en retournant le calcul d'Amy dans ma tête. A la réflexion, je crois qu'elle a aussi interverti un quotient avec une addition. Il faut que je le lui dise avant qu'elle ne rende sa copie.

– Ginger ?

Je me tourne vers… Albus. J'écarquille les yeux, stupéfaite. Il doit y avoir un problème. C'est une hallucination. Ou alors une personne qui a pris du Polynectar. Ou encore Albus qui est devenu fou.

Parce qu'il y a une chose dont je suis sûre, c'est qu'Albus n'a pas l'intention de me parler, ni même de me recroiser, jusqu'à la fin de ses jours.

– Ginger ? répète-t-il, voyant que je ne bouge pas.

– J'suis pas sourde, je grogne, encore stupéfaite. Tu vas bien ?

– Euh, oui, et toi ?

Quand je disais « Tu vas bien ? », c'était plutôt dans le sens « As-tu développé une maladie mentale récemment ? »

– Ça va, dis-je.

Nous restons face à face, silencieux. J'attends qu'il parle. Il ne dit rien. C'est quoi son problème ?

– Bon, hé bien, ravie d'avoir eu cette non-conversation avec toi, je lance en commençant à me retourner.

– Non, attends !

– Bah faudrait savoir ! je m'exclame en croisant les bras.

Il ouvre la bouche, la referme. Il a l'air d'avoir un peu peur. Je me souviens soudain du début de l'année, quand il était venu me chercher à la fin d'un cours pour me demander d'être sa cavalière. Il faisait à peu près la même tête.

– Tu viens m'inviter pour la prochaine soirée d'Halloween ? je plaisante, dans l'espoir de le décoincer, parce que je n'ai pas toute la nuit à perdre.

– Hein ?

Oh, non. Je l'ai encore plus perturbé. J'en ai pour un mois pour lui faire décrocher un mot, maintenant.

– Laisse tomber. Tu voulais me dire quelque chose, vas-y.

– Je… euh… hem… hé bien… en fait…

– Maintenant, essaie avec des mots à plus d'une syllabe.

– Je suis désolé.

– Hein ?

C'est à mon tour d'être perturbée. Désolé ? Désolé pour quoi ?

– Je… n'aurais pas dû te plaquer aussi violemment.

Je hausse les sourcils. Deux mois plus tard, le garçon a décidé de se servir de ses neurones. Bieeeen. Sarcasme mis à part, c'est étonnant. Je pensais qu'il m'en voudrait toute sa vie. C'était le but, d'ailleurs, parce que si Lucy le voit me parler, il est mort.

– Lucy sait que tu es avec moi ?

– Non, répond-il, et je sais qu'elle m'en voudra si elle sait que je suis venu te parler, mais je me suis rendu compte récemment que je ne m'étais vraiment pas bien comporté avec toi, d'autant plus que tu, hem… avais l'air de commencer à prendre notre relation au sérieux.

C'est toi qui commençais à la prendre au sérieux, patate. Mais je ne dis rien et hoche tranquillement la tête.

– C'est du passé, je m'en suis remise, dis-je simplement.

– Je veux vraiment m'excuser…

– Tu es excusé, je le coupe.

Il a un grand sourire, et fait un pas vers moi, vraisemblablement avec l'idée de me serrer dans ses bras pour exprimer sa reconnaissance. Mais il s'arrête à mi-chemin, se disant certainement que je risque de mal interpréter le geste. Il fait à nouveau un pas un en arrière, et un autre, puis m'adresse un dernier signe de tête et fait demi-tour avant de rentrer au château.

Woah. Cette conversation a la palme d'or de l'événement le plus bizarre de la semaine. Albus qui s'excuse. Très étrange. Et ce n'est pas peu dire, pour quelqu'un qui a une vie comme la mienne.