Coucou Violette ! C'est Amy… Euh, Amélie, je veux dire.

Il est l'heure pour moi de faire une looongue lettre.

Je sais, ça fait près d'un mois que je ne t'ai pas écrit. Mais j'ai eu tellement de travail ! Les profs d'ici ne sont pas humains. Et puis j'ai eu beaucoup à penser ces derniers temps, notamment à propos de mes camarades. Eux aussi, je serais tentée de dire qu'ils ne sont pas humains. Ginger, par exemple. Je crois que c'est ma meilleure amie, ici, à Poudlard, mais j'ai tellement de mal à la comprendre… Un coup elle est sur les nerfs, complètement paranoïaque, et me regarde même moi comme si j'étais sur le point d'éclater d'un rire machiavélique et de lui planter un poignard dans le dos. Un coup elle est toute souriante, ravie, assise à côté de James Potter pour le déjeuner. Non, non, aucun rapport entre le fait qu'elle sourie et le fait qu'elle soit assise à côté de James… C'est ce qu'elle s'évertue à me faire comprendre. C'est raté.

En tout cas, elle passe beaucoup plus de temps avec James, maintenant. Il y a deux jours, c'était le 1er avril. Peut-être qu'on aurait moins souffert s'ils ne s'étaient pas associés dans les farces… Il paraît que les années précédentes ils avaient plutôt tendance à s'acharner l'un sur l'autre, donc dans une certaine mesure les autres étaient préservés. Je peux te dire que cette année, ce n'était pas le cas. Mais je te détaillerai tout ça dans une autre lettre. Sinon, eux deux passent aussi beaucoup de temps avec Roxanne et Judith, et les deux potes de James – Arthur et Thomas – se mêlent à notre bande. En fait, depuis que je suis là, toute la promo Gryffondor s'est réconciliée !

Bon, je me doute que tu te fiches un peu de la vie de ces gens que tu n'as jamais vus (à part Ginger bien sûr). Donc je vais te parler de quelque chose qui t'intéressera sans doute énormément : MOI ! Je me plais bien, ici. Entre les devoirs qui m'assomment, mes doigts tout douloureux à cause de la guitare (je sais jouer six accords maintenant ! Oh yeah !), le professeur de DCFM qui s'acharne sur moi (mais ça s'est réduit ces derniers temps… Non pas parce qu'il a été pris de pitié par mon cas, mais parce qu'il n'a tout simplement pas assuré certains des derniers cours ! Je dois vraiment être une élève désespérante !), les autres Gryffondors qui me font des messes basses, Yune, Cathy et toi qui me manquez très fort, et Freddy qui me prend la tête plus que jamais, je suis au meilleur de ma forme.

C'était ironique, bien sûr. C'EST EPOUVANTABLE ! Surtout le dernier point. Je n'ose pas en reparler à Ginger depuis que je sais qu'elle est sortie avec lui. Quel genre de garçon est-il ? Il a l'air malheureux, et désireux de passer du temps avec moi, et j'ai du mal à rester calme et à ne pas faire une crise de nerfs quand il essaie de rester en ma compagnie… Et il me fait de la peine… Je ne sais plus quoi faiiiire !

Mais je n'ai jamais autant ri de ma vie que dans ces moments passés avec ces Anglais. Ces gens que j'ai rencontrés à Poudlard, c'est une parenthèse de ma vie de Française, où je me marre comme jamais. Vraiment, j'ai hâte de vous les faire rencontrer !

Je t'embrasse très fort. Embrasse aussi les parents et Cathy et Yune.

A bientôt pour les vacances de Pâques ! (c'est-à-dire dans trois semaines !)

Amélie

PS : Merci d'avoir pensé à moi pour mon anniversaire ! Et ne t'en fais pas, les Anglais ne m'ont pas oubliée non plus. Ils ont mis une immense bannière dans la Grande Salle, avec marqué dessus « Bonne annif Amy », en français. La directrice a pété un câble, j'aime à croire que c'était à cause des fautes d'orthographe, mais je crois que c'était surtout parce que la bannière touchait le plafond magique et ils n'ont pas réussi à la retirer en entier. Maintenant, il y a un « Bonne » qui flotte dans le plafond juste au-dessus de la chaise de McGonagall dans la Grande Salle. C'est le plus beau cadeau d'anniversaire de ma vie.

– Amy ?

Je redressai brusquement la tête et retins un juron. Freddy. Et moi qui m'étais efforcée de trouver une salle vide pour écrire ma lettre tranquillement ! Il fallait que je trouve un moyen de sortir d'ici et vite, je ne pourrais pas le confronter très longtemps.

– J'ai une lettre à poster, dis-je précipitamment.

– Je t'accompagne, s'empressa-t-il.

– Non, vraiment, je vais y aller seule.

– J'insiste !

– Moi aussi !

– J'ai quelque chose à te dire, Amy, c'est important !

– J'ai quelque chose à poster, Freddy, c'est important !

– Tu veux sortir avec moi ?

Ma bouche s'ouvrit en grand, mes yeux s'écarquillèrent, et mon parchemin tomba sur le sol poussiéreux.

– Je… euh… ok, répondis-je d'une voix tremblante.

Quoi ? Mais qu'est-ce qui m'avait pris ? C'était l'émotion. Je n'avais aucune envie de sortir avec lui ! Mais je n'arrivais plus à m'exprimer. Il fallait que je lui dise que c'était un malentendu ! Vite !

Mais rien ne sortit.

– Bon… fit Freddy en se balançant d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches, l'air extrêmement gêné. Ok.

– Ok, répétai-je, parce que c'était tout ce que je pouvais dire pour le moment.

Petit silence extrêmement désagréable à se regarder les yeux dans les yeux, légèrement paniqués.

– On fait quoi ? demanda-t-il.

– Je ne sais pas, répondis-je avec franchise.

Nouveau silence. Sauf que celui-ci s'éternisa, s'étira, s'appesantit, et, alors que je pensais que j'allais finir par me défenestrer pour éviter la tension, il s'écria :

– Il faut qu'on rompe.

– Ok, répondis-je.

Wouah. La relation avec un garçon la plus courte de ma vie. Bilan : une minute ensemble, dix mots échangés, zéro contact physique.

– Excuse-moi, finis-je par dire au bout d'un nouveau silence, parce que je voyais qu'il n'avait pas l'intention de reprendre la parole, mais pourquoi m'as-tu invitée à sortir si c'était pour me larguer une minute après ?

– Je n'avais pas prévu de te larguer une minute après.

– Je suppose que pendant cette longue minute, tu as eu l'occasion de te rendre compte que je n'étais pas faite pour toi, que je ne comprenais pas tes problèmes, et tout le toutim.

– Je n'avais pas non plus prévu de sortir avec toi non plus, c'est sorti tout seul.

J'étais surprise. On le serait à moins, non ?

– Tu me fuis depuis presque un mois, reprit-il. Je regrette le moment où nous étions de bons amis. Je me suis dit que peut-être que tu ne me voyais plus comme un ami, et que la seule solution était de sortir avec toi. Mais en t'invitant à sortir, je me suis rendu compte que je ne t'aimais pas et que je ne pouvais pas te faire ça ! Alors, j'ai rompu.

– Ceci explique cela, dis-je au bout d'un petit silence.

– Tu ne m'en veux pas ?

Un sourire fleurit sur mes lèvres.

– Non. Je t'adore !

Je lui sautai dans les bras en éclatant de rire.

– Euh… Je sais que c'est passé très vite, mais on ne sort plus ensemble, Amy…

Je m'écartai un peu, ravie.

– Je pensais exactement comme toi depuis un mois ! Je croyais que tu voulais m'avoir comme petite-amie et ça me gênait de rester avec toi en sachant que tu voudrais plus, ça me semblait malhonnête…

Il eut l'air ébahi pendant une fraction de secondes, puis éclata de rire à son tour.

Nous rigolâmes ainsi pendant un bon moment, et, à chaque fois que nous relevions les yeux l'un vers l'autre, nous étions pris d'une nouvelle crise de fou rire incontrôlable. Comme nous avions été bêtes ! J'eus honte de tous ces moments passés à me prendre la tête pour rien.

Quand nous nous arrêtâmes, les larmes aux yeux, je lui dis sans pouvoir me départir d'un sourire :

– Freddy, j'espère que malgré notre rupture, nous pourrons rester amis.

– J'espère que je saurai me contenter de ton amitié, Amy, dit-il en essayant d'avoir l'air sérieux, mais c'était complètement raté.

Je le serrai dans mes bras. Et cette fois-ci, pour la première fois depuis bien trop longtemps, je ne me sentis pas mal le moins du monde à avoir un contact physique avec lui.

-X-X-

Un mois s'est écoulé. Un mois vraiment très étrange pour moi. Déjà, j'ai commencé à me méfier de tout Poudlard. Oui, tout le monde, même le chat d'Amy. Mais je pense qu'à part en bouffant mon hibou hyperactif, il ne présente pas réellement de grand danger pour moi. Rien de neuf sur les pommes d'Idunn : James, les filles et moi avons cherché pendant des heures et des heures à la Bibliothèque, vainement, pour voir si on pouvait en dénicher une mention quelque part. Et j'ai surveillé étroitement nos principaux suspects avec Gondul : les jumelles Jones (j'ai parfois eu l'impression que c'étaient elles qui me surveillaient) et Erik Gongs (je crois qu'il a compris que je le surveillais). Bilan : je suis nulle en filature.

Comme si tout ça ne suffisait pas, d'autres problèmes se sont ajoutés dans ma tête. Problème numéro 1 : Amy qui commence à se douter de quelque chose. J'imagine que j'ai dû avoir un comportement bizarre ces derniers temps. Et tant que Gondul se méfie d'elle, je devrais peut-être me tenir sur mes gardes. Faire confiance à la moitié de mon âme me semble normal, d'autant plus quand la moitié en question a quelques centaines d'années d'expérience de plus que moi.

Problème numéro 2 : les devoirs. C'est vrai, quoi. Les profs sont tombés sur la tête ? On a juste de petits examens à la fin de l'année, ce n'est même pas comme si c'étaient les ASPICS ou les BUSES !

Problème numéro 3 : Roxanne et Judith commencent à me courir sur le haricot à me parler de Potter toutes les trois minutes. Qu'est-ce qu'elles cherchent à me faire dire, exactement ?

Problème numéro 4 : Potter, justement. Fini les bisous en cachette ! Maintenant, je mets toujours une certaine distance (physique) entre lui et moi. Pas la peine de tenter le diable (c'est-à-dire lui. Ou moi. Tout dépend des points de vue). Il n'empêche que je le regarde un peu trop souvent, comme me le fait régulièrement et discrètement remarquer Amy en se raclant la gorge avec un petit sourire satisfait (et ça l'amuse !). Malgré tout, James continue de me prendre la tête. Il ne sort plus avec personne depuis un bon moment, ce qui en soit est assez inquiétant. Hé, ho, ne vous emballez pas, il n'est pas non plus là à me fixer sans arrêt avec un sourire niais, il essaie vraiment de sortir avec des filles. Mais disons que ses techniques de drague ne fonctionnent plus. Pourtant ce sont les mêmes que d'habitude.

– C'est parce qu'il n'y met pas du cœur, a un jour déclaré solennellement Amy, dans notre dortoir, alors que nous parlions avec Roxanne et Judith de l'étrange statut de célibataire de James.

– Et pourquoi n'y mettrait-il pas du cœur ? a objecté Judith.

Il y a eu un silence et je me suis mise à fixer intensément mes orteils, ignorant le lourd regard d'Amy vrillé sur mes épaules.

– Alors là, aucune idée, a-t-elle dit d'une voix forte qui suggérait qu'elle avant une très bonne idée de la réponse.

– Amy, et si on faisait un peu de guitare ? me suis-je exclamée. Comme ça, tu pourras faire un petit spectacle à Freddy, ça lui fera très plaisir.

Amy n'a plus insisté sur le sujet « James-célibataire-malgré-lui ».

Problème numéro 5 : Pendleton, le prof de DCFM. D'habitude je n'ai rien contre lui, mais là, il commence à m'énerver. Ça fait au moins trois cours qu'il ne nous a pas fait, il était absent pour je sais pas quelles conférences. Par contre, il assure toujours, qu'il pleuve ou qu'il vente, nos cours supplémentaires de DCFM. C'est injuste ! On est les seuls de Poudlard à se prendre ses remarques acerbes dans la figure (et en ce moment elles sont pires que d'habitude) ! C'est comme si on avait un concentré de son sadisme à chaque cours. Je ne souhaite ça à personne.

Aujourd'hui, par contre, Pendleton est là pour le cours habituel. Aussi, nous attendons devant la porte tranquillement en discutant du cours de Botanique où une fille d'une autre maison s'est endormie sur son filet du Diable, lorsqu'une vision extraordinaire arrive à nous.

Amy et Freddy, bras dessus bras dessous, rigolant comme jamais.

Je cligne des yeux. Me pince plusieurs fois. Suis sur le point de me gifler, quand je vois que, vu la tête de Roxanne et Judith, ce n'est pas une hallucination.

Je crois qu'on a loupé un truc. Ça faisait au moins un mois qu'Amy évitait Freddy !

– Ah, coucou, les filles, dit joyeusement Amy en arrivant parmi nous tandis que Freddy va rejoindre Charles Woles qui a l'air d'avoir avalé un parapluie. Comment ça va depuis le cours d'Histoire de la Magie ?

– Tu as fumé quelque chose ?

– Non, Ginger.

– Qu'est-ce qu'il se passe avec Freddy ? demande Judith.

– Oh, ça… dit Amy avant de se mettre à rire. On a parlé. Il était temps.

– Oh… Tu… Vous… Il t'a enfin invitée à sortir avec lui, et tu as dit oui, c'est ça ? fait Roxanne, incrédule.

– Exactement, répond Amy avec un immense sourire. Sauf qu'il m'a larguée !

Là, c'est elle qui m'a complètement larguée. Je ne comprends plus rien. Et Judith et Roxanne non plus.

– En fait, il m'a invitée à sortir avec lui, explique-t-elle. J'ai dit « ok ». Il a dit « Bon, ok », j'ai dit « ok », il a dit « on fait quoi », j'ai dit « je ne sais pas », et il a dit « il faut qu'on rompe ». Et voilà !

Je clignai à nouveau des yeux. J'avais dû manger quelque chose de pas net ce midi, c'était la seule explication.

En cours, je m'assieds justement à côté d'elle pour avoir le fin mot de l'histoire. Je dois avouer que je suis plutôt curieuse.

En fait, on était juste amis, et aucun de nous ne voulait sortir avec l'autre. Mais chacun de nous deux pensait que l'autre voulait plus que de l'amitié… Tu me suis ?

En gros vous vous êtes pris la tête pour rien.

Ex-ac-te-ment !

Pendleton fait un topo d'environ seize secondes pour justifier ses absences – des affaires urgentes au bureau des Aurors apparemment – puis commence à rendre des copies d'une interro qu'on a faite il y a un petit moment déjà. J'attends de recevoir ma note avant de continuer la conversation avec Amy.

– Enderson : E. Peut mieux faire.

Je prends ça pour un compliment.

Je jette un œil à ma copie, puis récupère le parchemin sur lequel Amy et moi écrivons :

Et comment avez-vous démêlé tout ça ?

Il a demandé à sortir avec moi, sur un coup de tête, parce qu'il pensait qu'on pourrait redevenir amis. J'étais tellement choquée que je n'ai rien trouvé d'autre à dire que « oui ». Et il m'a larguée une minute plus tard. Ensuite sont venues ses explications.

Je rêve ! Un mois qu'on supporte ta paranoïa alors que ça aurait pu être réglé en cinq minutes.

– Vermeil, T. Je n'ai jamais corrigé de copie plus nulle de toute ma carrière.

Il assortit sa remarque du regard le plus méprisant que j'ai jamais vu, et lui jette presque la feuille à la figure.

J'observe Amy, inquiète. Elle a l'air d'être sur le point de s'effondrer en larmes ou d'exploser de colère, ou peut-être les deux. Je n'aurais pas aimé être à sa place.

OoOoO

Le lendemain soir, alors que nous nous apprêtons à nous coucher, Amy n'est toujours pas calmée. Apparemment, Pendleton s'est défoulé dans sa copie, et la Française de Poudlard ne s'en remet toujours pas. Je me demande bien ce qu'il a pu y mettre de si épouvantable ? Malheureusement, elle a refusé de montrer sa feuille à qui que ce soit. L'orgueil des Gryffondors, bien sûr. Le Choixpeau a bien fait de l'envoyer ici.

– Si tu veux, je te donnerai un coup de main, lui dis-je. Avec moi, ça ira mieux. Garanti !

– Tu peux parler, grommèle-t-elle sombrement en grattant sa guitare. Il me hait, ça ne changera rien. Toi, il t'adore.

Je manque de m'étouffer.

– Il m'adore ? Non mais tu rigoles, là ! S'il m'adorait, il ne m'aurait pas donné de cours supplémentaire dimanche !

– Juste à toi ? demande Judith qui se brosse les dents dans la salle de bains.

– Non, à J – Potter aussi, et à tous les autres élèves des cours avancés. Soi-disant pour rattraper les cours qu'il a manqués avec nous. Mais il n'en a raté aucun, justement ! Nous, on a eu tous nos cours ! C'est trop injuste !

– Hé, c'est toi qui as accepté d'aller à ces cours, il ne t'y a pas forcée, que je sache, dit calmement Roxanne derrière son bouquin à l'eau de rose. Et si maintenant tu pouvais baisser le ton, je ne comprends rien à l'histoire que je lis.

– Attends, je vais t'aider : au début les héros se détestent, ou alors ils sont de différentes classes sociales, bref tout les sépare. Ensuite, péripéties. Et à la fin ils se marient !

Roxanne me lance un regard noir puis prend le parti de m'ignorer et se remet à lire.

– Amy… Ça va aller ? je demande doucement en la regardant.

Elle évite mon regard, concentrée sur sa guitare. Je dois dire qu'elle se débrouille plutôt bien, pour une fille qui n'en joue que depuis un mois. Dzing, dzing, dzing.

– Hum, fait-elle.

Je la fixe un moment, en attente d'un peu plus de réaction. Mais rien ne vient. Alors je m'allonge, en attendant que Judith en finisse avec la salle de bain et que nous puissions nous coucher. Je pense à James, comme souvent avant de m'endormir. Pas que ça m'aide à m'endormir, non, c'est même plutôt le contraire.

Dzing dzing dzing.

– Ginger ? appelle Roxanne.

– Mouais ?

– Je trouve que la description que tu as faite du scénario de mon livre ressemble un peu à ton histoire.

Dzing, dzing, dzing.

– Huh ?

– « Au début ils se détestent, tout les sépare. Puis des péripéties… »

Silence.

C'est pas vrai. Comment ai-je pu lui tendre la perche aussi facilement ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles, je déclare, imperturbable.

Dzing, dzing.

– Qui d'autre que James détestes-tu – ou plutôt détestais-tu – depuis ta première année ?

– Roxanne, je suis fatiguée, bonne nuit.

Dzing, dzing, dzing.

– … « et à la fin ils se marient. » Très intéressant cette fin ! Hâte de voir ça, moi.

TWANG !

– Oh-là ! s'écrie Judith en sortant de la salle de bain. C'était quoi, ça ?

– Amy, pourquoi violenter ta guitare ? dit Roxanne.

– C'est parce qu'elle est d'accord avec moi, la fin de ton livre n'a rien d'intéressant du tout.

– Je ne parlais pas vraiment du livre, Ginger.

– Je ne vois pas de quoi d'autre tu pouvais parler, Roxanne.

– Amy… Ça va ? demande Judith.

Roxanne et moi laissons là le début de joute verbale pour nous tourner vers Amy. Celle-ci regarde sa guitare, l'air très choqué, comme si elle avait vu un fantôme. Ses cheveux ont changé : ils sont devenus bleus alors qu'ils étaient blonds toute la journée. Gros choc émotionnel ? Sans doute la surprise due au Twang. Je comprends l'origine du bruit étrange : elle a cassé une corde.

– C'est rien, Amy, lui dis-je. On ira demain à la Salle-Sur-Demande, on prendra une nouvelle corde. Je te réparerai ça en moins de deux.

Elle relève la tête vers moi, l'air complètement paumée. La corde a marqué son passage sur son visage d'une fine griffure rouge le long de sa joue.

– Ah, oui… Oui… La guitare… Merci.

– Je crois qu'il est temps que tu te couches, Amy, fais-je en lui tapotant la tête. Tu dois être sacrément sur les nerfs pour avoir pété une corde. Assez de dégâts pour aujourd'hui !

– Oui… Je vais faire ça, dit-elle doucement.

Je reviens dans mon lit, tandis qu'Amy range sa guitare dans un étui et que Roxanne termine sa page. Amy passe aux toilettes pour se passer de l'eau sur le visage, puis Judith éteint la lumière.

Le silence règne pendant un petit moment. Pauvre Amy, cette histoire de mauvaise note la bouffe littéralement. Il faut qu'on fasse quelque chose pour elle… Tandis que je cherche le moyen de l'amener à la conclusion qu'il faut que je l'aide, un murmure venant du lit de Roxanne rompt la quiétude de la nuit :

– J'ai hâte de lire la suite de mon bouquin, moi. Je sens que je vais apprendre plein de choses !

– Roxanne, tais-toi !

-X-X-

Roxanne, Judith et Ginger avaient pensé que j'avais cassé ma guitare parce que j'étais très nerveuse. C'était faux. J'étais nerveuse, en effet, mais ce n'était pas la raison pour laquelle une corde avait perdu la vie sous mes doigts.

Il me fallait plus que de la simple nervosité pour involontairement réveiller mes dons de demi-métamorphomage en étant consciente. La vérité, c'était que je venais de découvrir quelque chose. Quelque chose de tellement gros que c'en était incroyable. Pourtant, instinctivement, je savais que j'avais pensé juste.

Je ne dormis pas de la nuit.