– Qu'est-ce qu'elle a, Amy ?

Je lève les yeux vers Potter. Il ne me regarde pas : il fixe Amy, l'air inquiet. C'est vrai qu'il y a de quoi. Elle a une plante carnivore dans les mains et elle a oublié de mettre ses gants en peau de dragon.

– Elle a cassé une corde de sa guitare, je réponds simplement en me penchant à nouveau vers ma plante, baguette en main.

Exercice du jour : transformer une plante carnivore en mouche. Youpi.

– Je suis sérieux.

– Moi aussi, je réponds vaguement.

Comment ce machin fait-il pour avoir autant de feuilles sur sa tige ? Jamais je ne pourrai l'atteindre avec mes sortilèges…

– Enderson, tu crois vraiment qu'Amy tirerait une tête pareille juste pour une corde de guitare ?

– Si elle avait voulu nous en parler, elle l'aurait fait.

– Elle a l'air complètement traumatisée.

– C'est te côtoyer qui fait ça. Regarde-moi ! Je tripote une plante carnivore sans état d'âme. Tu trouves ça normal ?

– Tu as toujours été anormale, Enderson, dit sèchement Angèle Champrun, devant nous, nous tournant le dos.

– Toi, tu peux parler, je rétorque. Et mêle-toi de tes affaires !

Angèle Champrun et sa voisine, Vanessa Bowl se retournent lentement. Effet qui se veut effrayant ou problème psychomoteur grave ? Le mystère reste entier.

– Ne me parles pas sur ce ton, Enderson. Pour qui tu te prends, à répondre à tout le monde ?

– T'es gonflée ! C'est toi qui as commencé à m'insulter, je te rappelle. Et je ne t'avais rien demandé.

– Tu oses dire ça ? Après tout ce que tu nous as fait subir ? dit lentement Angèle Champrun en plissant les yeux.

– Ah, je vois que le souvenir du poisson vivant dans le placard est resté très vif dans les esprits.

– C'était toi !

– Non… c'était un premier avril.

Je fais à peine attention à sa réponse. Je viens de réaliser que ça fait cinq minutes que Vanessa Bowl fait les yeux doux à Potter qui la regarde d'un air ahuri. Le pauvre, ça fait un mois qu'il se prend des bâches de la part de toutes les filles, il n'a plus l'habitude. Je vais lui donner un coup de main.

Sans remords, je renverse ma vilaine plante carnivore sur le pied de Bowl qui se met à hurler de terreur.

– Oups, c'est tombé, fais-je simplement.

-X-X-

Salut Violette,

Je sais que ça fait à peine deux jours que je t'ai écrit mais j'ai à te demander un service de la plus haute importance. Je crois que je viens de deviner quelque chose. Je ne cherchais pas en particulier à deviner ça, mais… Oh, comment expliquer ?

Tu vois, c'est comme si j'avais mon puzzle sous les mains, complètement construit, sauf qu'il manque la pièce centrale avec la tête du personnage en train de vomir dans les toilettes (je ne remercierai jamais assez Cathy de m'avoir offert ce puzzle). Et là, brusquement, je trouve la pièce manquante, je la mets en place et tout prend son sens. Tu vois ce que je veux dire ? Hé bien, inconsciemment, depuis un moment, je faisais un puzzle dans ma tête. Et je viens de trouver la tête du type qui vomit.

Je dois avoir l'air d'une folle à parler de puzzles, et en fait, je commence à me poser des questions sur ma santé mentale. C'est pour ça que j'ai besoin d'être sûre que c'est bien la bonne pièce de puzzle que j'ai mise, et pas celle du pied du lapin qui bronze au soleil dans mon autre puzzle (les puzzles de Cathy me manquent, maintenant que j'y pense). Bref, je ne veux pas me prononcer avant d'être certaine de ce que j'avance.

Il faut que tu me rendes un service et tu es la mieux placée pour le faire. Fais le plus vite possible. Je suis au bord de l'arrêt cardiaque depuis hier soir. Il faut que je sache.

Les instructions sont jointes, tu les détruiras une fois que tu n'en auras plus besoin. Ça doit te paraître un peu mystérieux dit comme ça, mais quand tu liras, tu comprendras que certaines personnes ne doivent surtout pas savoir que j'ai compris.

Dès que j'aurai ta réponse, je te dirai ce que j'ai en tête.

A très vite,

Amy

Je relus ma lettre en diagonale et me rendis à la volière. Je choisis un hibou « express » et lui demandai de se dépêcher. Il râla un peu mais finit par s'envoler.

Je revins sur mes pas, lentement, le cœur battant à tout rompre. J'allais savoir. J'allais bientôt savoir. Etait-ce une bonne chose ? Peut-être pas.

Il fallait que je me trouve une activité en attendant la réponse de Violette ou je ne tiendrais jamais la semaine. J'étais trop nerveuse. Trop choquée, aussi. Le fait que j'aie tout deviné hier, brusquement, me semblait encore être un drôle de coup de chance. Ou de malchance… Si j'avais raison, je ne savais pas si j'en serais heureuse ou non.

Mais j'avais trop de doutes pour pouvoir en parler à qui que ce soit.

Qu'allais-je faire, maintenant ? Pendleton n'était pas là aujourd'hui – tant mieux, une heure et demi de souffrance en moins pour moi. Les joueurs de Gryffondor en avaient profité pour aller s'entraîner. Je n'avais plus qu'à lire un bouquin de Sortilèges… D'habitude, cette pensée me mettait en joie. Mais là, la seule chose qui aurait pu me rendre le sourire, c'était la lettre de Violette.

Ou pas.

-X-X-

Je mange tranquillement à la Grande Salle. Nous sommes jeudi et Amy a l'air d'être assise sur un feu de cheminée. Je n'ai pas pris la peine de lui demander pourquoi, Roxanne s'en charge à ma place.

– Ça va, Amy ?

– Ça va.

Pause.

– Tu en es sûre, hein ?

– Oui, oui.

Pause.

– Tu nous le dirais s'il y avait quelque chose, Amy ?

– Oui.

Le plus dingue c'est que ça n'impatiente même pas Amy. Bah, quand elle voudra nous en parler, elle nous en parlera. A chacun ses petits secrets. Pour ne pas l'irriter ou la rendre inconfortable, je regarde ailleurs avec les yeux perdus dans le vide.

« Ah oui, très réussi, on dirait vraiment un bovin. »

Gondul, quelle joie de te revoir, et c'est réciproque, on dirait.

« Techniquement, tu ne me vois pas. Mais oui, c'est toujours un plaisir de te parler. Alors, qu'as-tu de nouveau à me rapporter ? As-tu retrouvé l'emplacement des pommes ? »

Je t'aurais prévenue si c'était le cas.

« Et as-tu trouvé l'héritier d'Odin ? »

Cf réponse précédente.

« Mais tu ne fais rien ou quoi ? Cherche un peu ! Tu as l'air de penser que c'est un genre d'activité extra-scolaire. La personne qui cherche à provoquer Ragnarök est DANGEREUSE ! »

Ouais, bah excuse-moi d'avoir du mal à envisager toutes ces histoires comme réelles. La fin du monde, l'Apocalypse, tout ça, ce n'est pas évident.

« Oh, ça le sera », gronde Gondul.

– Ça va ? me demande Roxanne.

– Tu t'es trompée, Amy, c'est elle, dis-je en désignant du doigt l'intéressée.

– Oui oui, dit Amy.

Voilà qui vient de démontrer d'où Amy tire sa patience pour les questions incessantes de Roxanne. Elle n'écoute strictement rien.

Freddy, installé à sa droite, lui secoue légèrement l'épaule pour qu'elle sorte de sa rêverie.

– Hmm ? fait-elle.

– Qu'est-ce qu'il se passe, exactement ?

– C'est… Oh, c'est… Compliqué. Je veux dire… Je crois que j'ai trouvé la tête du type qui vomissait dans les toilettes, mais je me demande si ce n'est pas le pied du lapin qui bronze.

– Ah, d'accord, répond Freddy, un peu dépassé, mais Amy est déjà repartie loin, loin, à un endroit où les lapins ont des pieds et bronzent toute la journée.

– Ça alors Amy, tu as remarqué, Flitwick danse la polka sur la table des profs avec McGonagall, tente Potter.

Amy ne réagit pas.

– Dommage, dit NewLook (je crois bien que j'ai oublié son nom pour de bon).

– Qu'Amy se soit déconnectée ? demande Judith.

– Non, que Flitwick ne danse pas la polka avec la directrice. Ça avait mis du piment au déjeuner, le 1er avril.

– Ne reparle pas de piment dans le déjeuner, gémit Roxanne en faisant une drôle de tête.

– Mon piment était très bon, je proteste, faisant éclater de rire Potter.

-X-X-

J'y avais cru, jeudi, à l'arrivée de la lettre de Violette. Mais j'aurais dû me rendre à l'évidence. Violette ne pouvait pas avoir répondu à ma requête aussi vite. J'étais sûre que l'oiseau était arrivé à destination, à présent, mais survivrais-je le temps que Violette daigne répondre à ma question ? Mon cœur battait tellement vite que je me demandais si je serais capable de rester vivante d'ici là.

Heureusement pour moi, Violette daigna rapidement, parce que deux jours après avoir envoyé ma lettre ultra urgente, je vis le hibou revenir à tire-d'aile et s'exploser douloureusement la figure contre mon petit-déjeuner. Le cœur battant à tout rompre, je lui arrachai le colis de sa patte, lui fourrai un biscuit entier dans le bec, l'embrassai fougueusement sur le crâne et partis en un coup de vent pour pouvoir lire tranquillement.

-X-X-

Le silence plane pendant quelques secondes à la table des Gryffondors, jusqu'à ce que le hibou décide de se manifester en s'étouffant avec son énorme biscuit. Heureusement pour lui, d'autres hiboux viennent en renfort. Non, à la réflexion, ils ne viennent pas en renfort, ils viennent lui piquer son biscuit.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé, exactement ? dit Potter, un pichet de jus de citrouille à la main et le contenu sur son uniforme à cause des mouvements brusques d'Amy.

– Bonne question, fait Arthur Wright, tout en commençant à retirer de la confiture qui a étrangement atterri sur sa tête. La prochaine fois, on dira à Amy de se retenir de jeter la nourriture autour d'elle quand elle reçoit du courrier.

– Arthur, tu es naïf, soupire Roxanne. Amy était trop loin de toi pour t'avoir envoyé de la confiture dans les cheveux.

– Mais alors, qui…

Il s'interrompt de lui-même et se tourne vers moi. Je lui fais un grand sourire angélique.

-X-X-

Coucou Amélie,

Il faudra que tu m'expliques pourquoi tu t'appelles Amy, d'ailleurs. J'adorerais disserter là-dessus, et puis te raconter un peu ma vie, mais je te connais, et surtout j'ai pris connaissance de ta dernière lettre et j'imagine sans mal l'état nerveux dans lequel tu dois être. Si je te disais quelque chose d'autre que ce qui t'intéresse, tu ne le lirais pas. D'ailleurs, il y a de fortes chances pour que tu aies sauté ce premier paragraphe…

Je n'ai pas réussi à deviner ce que tu avais en tête, mais la requête que tu m'as adressée m'a clairement indiqué qu'il fallait à tout prix que certaines personnes ne soient pas au courant. J'ai agi dans la plus grande discrétion, personne ne s'est rendu compte de ce que j'avais pris. Je t'ai mis tout ça dans le colis, mais je dois avouer que je suis curieuse. Pourquoi ne pas avoir attendu les vacances pour t'en occuper toi-même ? C'est si important que ça ?

A très bientôt, ma p'tite Mélie. Et tiens-moi au courant de ce que tu fabriques.

Vio

Je sautai le premier paragraphe de la lettre de Violette – je le lirais plus tard – et lus directement la suite. Fébrile, je posai la lettre sur le bureau de la salle de classe vide dans laquelle je m'étais réfugiée, et m'emparai du colis. Je le déballai à toute allure.

Dès que je vis le contenu, mon regard s'arrêta.

Mon cœur aussi.

Je vous rassure tout de suite, ce fut de courte durée. Bientôt, il battait la chamade comme jamais.

J'avais raison.

Tout était vrai.

-X-X-

L'après-midi, Amy était encore plus dans son monde. Mais je n'ai pas eu le temps d'y penser : il y avait entraînement de Quidditch, et celui-ci a été encore plus intense que les précédents. Après tout, notre dernier match de l'année est dans deux semaines. Dire que Chuck Woles, notre capitaine, est sur des charbons ardents, serait un euphémisme.

– ENDERSON ! a-t-il rugi à un moment donné. J'ai trouvé le Vif avant toi, ce n'est pas normal ! Tu dois être la première à repérer le Vif d'or, compris ? LA PREMI-OURMF !

Comme vous vous en doutez, « premiourmf » ne veut rien dire si ce n'est « pourquoi Roxanne Weasley m'a-t-elle lâché le Souafle dans la figure ? »

Je me suis inlassablement répété « bah, au moins, ça le déstresse un peu de nous hurler dessus », n'empêche que j'avais toujours furieusement envie de lui enfoncer le vif d'or dans un endroit très précis de son anatomie.

Le soir, en tout cas, nous retrouvons la Française dans le dortoir. Elle est assise sur son lit et fixe la fenêtre d'un air complètement traumatisé.

- Ça ne va pas, Amy ? demande Roxanne pour la énième fois.

Aucune réponse ne vient.

– Ohé ? Amy ? fait Judith en agitant la main devant ses yeux.

Toujours pas de réaction.

– Bon, aux grands maux, les grands remèdes, je déclare, fataliste.

J'attrape Kalevala le chat qui dormait tranquillement dans son panier et, en le tenant fermement entre mes deux mains, tends mes bras à travers la fenêtre.

– Ginger, qu'est-ce que tu fabriques ? s'écrie soudain Amy.

– Je savais que ça marcherait, dis-je fièrement en rentrant vite le chat (qui a commencé à me griffer les bras, sale bête !) à l'intérieur.

– Amy, c'était quoi ton colis tout à l'heure ? demande Judith, tant que l'esprit de la Française est encore parmi nous.

– Ah… oui… Je… je n'ai pas très envie de vous expliquer maintenant. Si ça peut vous éclairer, vous pouvez lire la lettre.

Elle désigne du doigt un parchemin sur son lit. Roxanne s'en empare mais elle s'exclame bien vite :

– C'est tout en français !

– Ah oui, c'est vrai, dit doucement Amy. Normal, c'est ma sœur qui me l'a envoyée.

– Les lettres de ta sœur ne te mettent pas dans cet état, généralement, je remarque judicieusement.

– Non, en effet.

– Amy, ça te bouffe, cette histoire. Tu es sûre que tu ne veux pas nous en parler ?

– Pas maintenant. J'ai juste besoin de laisser passer le choc. C'est tout.

Amy s'allonge alors sur son lit et regarde le plafond d'un air songeur. Roxanne, Judith et moi restons quelques instants là, les bras ballants, puis Judith hausse les épaules et va réviser un cours tandis que Roxanne s'assoit sur son lit pour continuer son roman.

Ne trouvant rien de mieux à faire, je sors. Je décide de me rendre à la Salle sur Demande pour aller chercher la corde cassée de la guitare d'Amy. Il me semble que c'était la corde du sol.

« J'ai un mauvais pressentiment. »

Tu crois que je ferais mieux de ne pas aller chercher de corde ?

« Si ce n'était que ça. Je n'aime pas ce qu'il se trame. »

Précise un peu ?

« Je n'aime pas ça, voilà tout. J'ai vu beaucoup trop de mauvais présages aujourd'hui pour que je puisse ne pas me faire du souci. »

Des présages ! Ne me dis pas que tu crois à ces superstitions ?

« Ce ne sont pas des superstitions ! Si les présages sont de la superstition, alors la magie aussi est de la superstition. »

Je ne veux pas dire, mais nous sommes des corbeaux, tout de même. L'oiseau de malheur par excellence. Ça veut dire qu'on sera malchanceuses toute notre vie ?

« Je ne parle pas de ce genre de présages. Tiens-toi sur tes gardes. Le danger est proche. »

Tu dis vraiment n'importe qu…

« PROCHE ! »

CLANG !

Je sursaute et fais volte-face. J'ai juste le temps de voir quelqu'un disparaître au coin d'un couloir. Je me dépêche de le rejoindre et découvre vite la cause du bruit : « quelqu'un » a bousculé une armure. J'aide celle-ci à se relever pour ne pas me faire scalper, puis suis la trace du rustre. Je m'arrête bien vite devant une porte, celle de la Bibliothèque.

Allez, courage, Ginger. Ce n'est pas aujourd'hui que Pince te décapitera.

Quoi que, avec ces histoires de présage…

Plus Gryffondor que jamais, j'entre.

Evidemment, le silence règne. La bibliothécaire surveille tout le monde d'un œil menaçant. Je disparais bien vite dans les rayons en espérant qu'elle ne me remarquera pas.

Une minute. Pourquoi je suis ici, déjà ? Gondul m'a fait flipper pour rien, je suppose, et j'ai suivi une personne fan de la bibliothèque et qui a eu le malheur de faire du bruit dans un couloir. Je suis devenue folle ou quoi ?

Je m'apprête à repartir quand je remarque quelque chose de singulier. Erik Gongs est là et étudie un énorme livre à la couverture noire. Gongs, que je ne vois qu'aux cours supplémentaires de Défenses contre les Forces du Mal, et jamais à aucun autre moment dans Poudlard. Gongs, que j'ai déjà aperçu dans les cuisines de Poudlard avec un livre de magie noire à la main.

Je crois qu'il est temps de creuser un peu tout ça.

Je sors de mon rayon et me dirige vers sa table. Je m'assieds en face de lui. Il ne réagit pas.

– Hum… salut, je tente.

– B'soir, répond-il.

Il n'ajoute rien. Même pas « Qu'est-ce que tu fabriques à ma table alors que tu as dû m'adresser deux fois la parole en six ans ? »

– Hm… Tu lis quoi ?

Il ne répond pas et se contente de me montrer le titre du livre en le refermant.

Hé… une petite seconde…

– Ton livre est rouge !

– CHUT ! fait la bibliothécaire de derrière son bureau.

Gongs me regarde quelques instants comme si j'étais complètement demeurée, puis hoche lentement la tête en rouvrant le livre à la page à laquelle il s'était arrêté.

– Je veux dire… Il n'était pas noir ?

Il me fixe quelques secondes, puis me dit de la voix la plus posée possible, sans doute histoire d'être sûr que je capte sa réponse :

– Non.

– Tu avais un autre livre, alors. Il était très gros, et noir, et…

– SILENCE !

Je me tais et lance un regard noir à la vieille harpie. Dans cette Bibliothèque, c'est toujours elle qui fait le plus de bruit.

Gongs me regarde quelques instants, puis hausse les épaules et retourne à sa lecture. Lasse, je me lève, m'apprêtant à aller chercher la corde de guitare, quand un mouvement très rapide derrière une étagère attire mon regard. Intriguée, je m'y rends.

Il n'y a rien du tout à part des livres, des livres et des libellules.

Des libellules ?

Passée la surprise, je réfléchis deux secondes. Puis je souris, et regarde dans la direction où les deux insectes semblent regarder. Car les jumelles Jones regardent souvent des choses intéressantes, qu'elles soient sous leur forme d'animagus ou non.

Et là, je ne peux qualifier ma vision autrement que du mot « intéressante ». Car qui vois-je, entre les rayonnages, travailler à la table de la Réserve ? Un certain professeur de DCFM qui est sensé être absent pour deux jours.

– Bizarre, hein, chuchote une voix à ma droite.

Je sursaute et me retourne. Les jumelles, taille humaine, m'encadrent tout en observant le professeur.

– Vous avez parié avec quelqu'un que vous découvririez ce qu'il fabriquait ici ? demandai-je.

– Oui, à nous-mêmes, répond l'une.

– Et vous avez découvert ?

– Non. Et quand on découvrira, on ne te dira rien.

– Sauf si tu nous payes.

– Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé, je remarque en souriant.

– Et nous, ça faisait longtemps qu'on voulait te parler. On te laisse tranquille parce qu'on a une dette de vie envers toi, mais qu'essaies-tu de savoir au juste ? Pourquoi nous espionnes-tu ?

– Et pourquoi nous espionnes-tu aussi mal ? renchérit l'autre. C'est insultant de se faire espionner ainsi par un amateur. Ça dénigre notre travail.

Je rougis et balbutie :

– J'ai des… doutes… en ce moment. Un genre de, euh… « mauvais pressentiment ». C'est ça.

Les jumelles échangent un regard.

– On n'a pas l'intention de t'attaquer. Et autant qu'on sache, personne dans l'école n'a l'intention de t'attaquer. Pourquoi t'inquiètes-tu ?

– Oh, c'est… rien.

« Rien ? Comment ça, rien ? »

– Mais c'est vrai qu'il y a des trucs inquiétants en ce moment à Poudlard, objecte sa sœur. Entre les occupations de Gongs et celles de Pendleton…

Je me rapproche des étagères et décale un livre pour essayer de lire par-dessus l'épaule de Pendleton. En vain. C'est trop petit, vu d'ici…

On peut savoir ce que vous fabriquez ? s'exclame soudain quelqu'un derrière moi.