« Où allons-nous ? »
J'aurais aimé hurler cette question, mais j'étais réduite au silence par un bâillon serré autour de mon visage. Je ne pouvais pas non plus faire le moindre mouvement à cause des liens autour de mes poignets. Je n'y aurais pas cru, mais avoir les mains attachées dans le dos était assez handicapant pour garder l'équilibre. Alors courir dans une telle situation…
Nous avions transplané dans ce qui semblait être une forêt. Il faisait plutôt froid et la nuit était déjà tombée. Quelle heure était-il ? Où étions-nous ? Je n'en savais rien. Ginger et Erik Gongs marchaient en tête, baguette en main Roxanne, Judith et moi, encadrées des deux élèves de Poufsouffle, suivions. Ensuite venait Pendleton, entouré de James Potter et d'un Serdaigle, Philip Downs les jumelles Jones fermaient la marche. Ginger et Gongs semblaient très bien savoir où ils allaient, mais quelque chose me disait que ce n'était pas tant eux que le professeur Pendleton – ou plutôt l'individu qui prétendait l'être et qui était mon père – qui connaissaient le but de notre marche.
Un Imperium. J'en étais quasiment certaine mais c'était quelque chose de si grave que je préférais ne pas trop y penser. Déjà, le fait de savoir que cet homme avait tué me terrorisait. Tué. Il avait ôté la vie d'autres êtres humains, pour des raisons personnelles mais, j'en étais certaine, absolument injustifiables. Il avait détruit des vies, et pas seulement celles de Gary et de Pendleton, le vrai. Ma mère ne s'était jamais complètement remise. Et j'avais dû grandir avec ça.
Ce type était un monstre. Et j'étais son otage.
Nous nous enfoncions toujours plus profondément dans les bois. Bientôt, chacun dût allumer sa baguette pour pouvoir voir devant soi. Notre petite troupe était entourée d'un halo lumineux. Je ne comprenais toujours pas comment Ginger et Gongs – ou mon père ? – faisaient pour se repérer dans cet endroit sombre et où tous les troncs se ressemblaient. Les branches étaient de plus en plus serrées les unes contre les autres, et certaines me griffèrent une ou deux fois au visage.
Nous débouchâmes assez soudainement sur une clairière, dans le sens où les arbres étaient plus espacés (parce que la « clairière » n'avait rien de clair). Pseudo-Pendleton, James et Philip s'avancèrent, et les deux élèves se placèrent devant le professeur. Ils se mirent à réciter des incantations, tandis que l'adulte observait et attendait, baguette dressée. Je compris que, quoi qu'il cherchât à faire, il se servait avant tout de ses élèves comme protection. C'étaient eux qui faisaient tout à sa place. Je trouvai cela révoltant, mais je n'avais pas mon mot à dire, bâillonnée comme j'étais.
Les incantations prirent fin, et les deux élèves reculèrent, alors que les autres éteignaient leur baguette. Un feu étrange, aux reflets bleutés, brûlait au pied d'un arbre. Pendleton eut l'air satisfait, et cette fois-ci ce fut Gilbert Hoover qui s'avança. Il leva la baguette et d'un rapide mouvement du poignet, fit disparaître le feu. Puis il se retroussa les manches, les yeux toujours aussi vides. J'avalai difficilement ma salive, inquiète.
Il pointa sa baguette vers l'endroit où le feu avait brûlé. Au début, ce n'était qu'un petit tourbillon, qui soulevait de la poussière et un peu de terre. Mais le tourbillon se mit à croître, de plus en plus vite, et était de plus en plus violent il envoyait de la terre partout autour, déracinait les arbres et soufflait avec fureur. Gilbert, presque au cœur du tourbillon, tenait bon et gardait ses yeux vissés sur l'emplacement du feu le bras qui portait la baguette tremblait sous l'effort mais il ne bougea pas d'un millimètre, tandis que sa cape battait contre son corps.
Le vent était vraiment puissant maintenant, mes vêtements volaient en tous sens et j'avais la désagréable impression que je risquais d'être emportée par le courant d'un moment à l'autre. Je luttai pour garder les pieds sur terre et concentrai tout mon poids sur mes jambes. Roxanne et Judith semblaient faire de même.
Je sentis un regard peser sur moi et je tournai la tête vers James Potter. Il me regardait droit dans les yeux, avec la baguette dressée vers Pendleton, comme pour lui venir en aide. Il n'avait pas l'air absent comme tous les autres.
Il s'était libéré de l'Imperium.
Je jetai un rapide coup d'œil à Pendleton. Celui-ci fixait la tornade, bien plus petite à présent, et qui commençait à creuser la terre. Il était bien trop concentré dessus pour s'occuper de nous.
James regarda aussi le professeur, sans faire un seul mouvement. Puis il pointa lentement sa baguette vers moi, sans bouger le bras, et nous lança des sortilèges informulés à toutes les trois. Je sentis aussitôt mon bâillon se desserrer, et il s'envola rapidement à cause de la tornade, en même temps que ceux de mes amies. James feignit à nouveau un air absent. Aucun des élèves n'avaient réagi.
Qu'attendait-il que je fasse, exactement ?
Je ne pus retenir une exclamation accompagnée d'un mouvement de recul lorsque, soudainement, un coffre surgit du trou creusé par le tourbillon en projetant de la terre partout. Mon cœur se mit à battre plus vite. Qu'est-ce que c'était ? Ce qu'il se passait était tellement irréaliste que j'avais l'impression de rêver tout éveillée.
Gilbert mit fin au tourbillon et un silence surnaturel plana soudain dans la forêt. Mon père avait l'air très excité d'avoir trouvé ce coffre qui semblait vieux comme le monde. Erik Gongs prononça une formule dans une langue que je ne connaissais pas, et il y eut un déclic. Le coffre s'ouvrit lentement.
– Qu'est-ce que c'est ? ne pus-je m'empêcher de demander.
Pendleton fit volte-face, baguette au poing.
– Vous n'êtes plus bâillonnées, remarqua-t-il.
– Le vent a emporté le bâillon. Qu'est-ce que c'est ?
– Pourquoi vous le dirais-je ?
– Pour partager votre joie ? proposa Judith, acerbe.
Un sort fusa et une demi-seconde plus tard, les longs cheveux blonds de Judith tombaient dans un bruit sourd sur la terre glacée. Celle-ci ne pipa mot et regarda avec de grands yeux ses cheveux coupés.
– La prochaine fois je vise l'oreille (1), menaça Pendleton. Pas d'ironie avec moi, surtout pas ce soir. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il se passe quelque chose de très important, pour moi et pour tout le monde.
Judith n'osait plus rien demander, et Roxanne non plus. Mais je captai un coup d'œil ultra rapide de James. C'était à moi de poser la question. Il m'avait libérée dans ce but.
– Qu'y a-t-il dans le coffre ?
Pendleton se tourna lentement vers moi et je fis un énorme effort pour ne pas trembler, que ce soit de froid ou de peur. Nous nous regardâmes droit dans les yeux pendant ce qui me sembla être une éternité, puis il finit par répondre, d'une voix très basse :
– C'est au sujet d'une ancienne prophétie… Si je mets le feu au contenu de ce coffre, je pourrai la réaliser.
La main de James se serra presque imperceptiblement sur sa baguette mais son visage resta impassible. S'il avait compris quelque chose à ce que le professeur venait de dire, il le cachait très bien.
– Et quelle est cette prophétie ?
Il me regarda à nouveau d'un air indéchiffrable, avec l'air de se demander s'il faisait bien ou pas de me dire ce qu'il comptait faire.
– Il s'agit d'un héritage que j'aurais dû toucher il y a bien longtemps.
Roxanne poussa un petit cri de stupeur et Pendleton, Judith et moi nous tournâmes vers elle.
– Le… c'est le Ragnarök… C'est vous qui… commença-t-elle d'une voix tremblante.
Effarée, Judith porta les mains à sa bouche, comme pour s'empêcher de crier. Elle aussi semblait comprendre. Qu'est-ce c'était que ce Ragnok ?
– Vous allez brûler les pommes d'Idunn ! s'écria Roxanne. C'est ça qu'il y a dans le coffre ! Ne faites pas ça !
Les pommes de quoi ?
– Pourquoi ne le ferais-je pas ? Il est grand temps, au contraire. Cela fait des siècles qu'Odin attendait les preuves de son véritable héritier.
Odin ? Là, j'étais complètement perdue. Un nom de code, peut-être ? C'était quoi, cette histoire d'héritage ?
– Comment savez-vous tout cela ? Je suppose que vous avez fait des recherches pour accéder aux pouvoirs vous-même ? Il est trop tard, ajouta-t-il avec un sourire mauvais. Je suis arrivé le premier.
Les deux filles ne répondirent rien et se serrèrent l'une contre l'autre. Cela commençait à devenir inquiétant.
– Qu'est-ce qu'il se passe, exactement ? m'exclamai-je.
– Vous ne savez rien, remarqua Pendleton avec le même sourire. Oh, vous saurez bientôt.
D'un geste, Ginger et Angèle Champrun mirent le feu au coffre. Une grande flamme s'éleva, et, quelques secondes plus tard, il ne restait plus que des cendres. Judith était sur le point de s'évanouir. James avait l'air abasourdi, mais il se reprit bien vite. Quant à moi, j'eus une sensation immédiate de malaise. Les choses s'empiraient mais j'aurais été incapable de dire pourquoi.
Il y eut un grand courant d'air autour de nous, comme si nous étions dans l'œil d'un cyclone. Le vent tourna de plus en plus vite, sifflant à mes oreilles, cachant le paysage de notre vue. La plupart des arbres, cette fois-ci, furent déracinés, et la température sembla chuter brusquement. Je fermai les yeux en criant de toutes mes forces, tendue comme jamais.
Le vent s'arrêta progressivement, et lorsqu'il se fut complètement tu, je rouvris les yeux.
Je poussai un cri de surprise qui se mua en horreur.
Nous n'étions plus du tout au même endroit. Nous étions au bord d'une forêt, à côté d'une immense plaine qui semblait s'étendre au-delà de l'horizon. Il n'y avait strictement rien. Ce n'était que de la terre mouillée, presque noire dans la nuit, dépourvue de la moindre plante. Mais ce qui était effrayant n'était pas au niveau de la plaine. Devant nous, un grand feu de bois brûlait. Et au beau milieu de ce feu… il y avait quelqu'un. Un homme qui hurlait à la mort et qui semblait souffrir depuis longtemps.
– Il faut arrêter ce feu ! criai-je à Pendleton qui avait toujours la baguette dressée.
– Tout à fait d'accord, répondit-il avec un drôle de sourire.
Il se contenta cependant de regarder l'homme souffrir avec une satisfaction malsaine dans le regard. Je me rendis compte qu'il y avait quelque chose d'étrange. L'homme flottait dans les airs, et le feu aussi. Et celui-là, d'ailleurs, n'avait pas l'air de beaucoup bouger. Dans les flammes, je distinguais vaguement des contours immobiles.
– Que… qu'est-ce… balbutiai-je.
– Un membre de la famille, Virmel, fit mon père. Dites bonjour à votre grand-oncle.
– Mon… quoi?
– Loki n'était pas quelqu'un de très fréquentable, voyez comment il a fini, continua-t-il avec le même ton narquois. Empoisonné par des crochets de basilic et enterré à même le sol pour que son corps ne soit pas conservé par le temps.
– …n'éteignez pas ce feu… demandai-je d'une voix incertaine et légèrement paniquée.
J'avais un horrible pressentiment. Le corps qui se dessinait dans le feu était grand, aux épaules carrées. L'homme qui était dedans devait être une brute épaisse. Je n'avais pas envie de vérifier du tout.
– Mais après sa mort, Odin a secrètement pris ses dispositions, poursuivit Pendleton. Pour pouvoir enclencher Ragnarök, il fallait que tous les dieux nordiques se réveillent. Loki n'y faisait pas exception. Alors il a mis en place un dispositif qui permettait de conserver le corps de Loki sans que les autres dieux ne le sachent. Il fallait détruire les pommes d'Idunn pour faire apparaître Loki dans la plaine d'Yggdrasil.
– Je ne comprends rien !
– Vous ne comprenez rien ? Pourtant il va le falloir si vous voulez vivre jusqu'au bout de cette nuit. Quand j'aurai éteint ce feu, Ragnarök commencera. Et j'atteindrai enfin ce que je mérite depuis des siècles !
Des siècles ? Ok, maintenant c'était franchement flippant.
– Je vous en prie, ne le libérez pas… Il y a sûrement, euh… un autre moyen ! S'il-vous-plaît !
Il me lança un regard sombre qui me fit froid dans le dos.
– J'ai eu le temps de chercher les autres moyens. Il n'y en a pas. Il n'y a que celui-ci. Mais il va fonctionner. Il doit fonctionner.
– Aguamenti ! cria Philip Downs.
Un puissant jet d'eau traversa les flammes… sans les éteindre.
– J'aurais dû m'en douter, fit Pendleton en sortant un vieux grimoire de la poche de sa cape.
Il le feuilleta quelques instants, puis s'arrêta à une page, la lut en diagonale et les jumelles Jones, en cœur, récitèrent une formule dans une langue que j'ignorais. Une boule de lumière violette se forma à l'extrémité de leurs baguettes et je pensai que c'était sans doute de la magie noire.
La boule d'énergie quitta la pointe de leurs baguettes et se mit à tournoyer autour du feu, qui s'éteignit progressivement. Nous n'étions plus éclairés par rien. La lune avait disparu du ciel, ainsi que toutes les étoiles. Il n'y avait plus de vent, plus aucun mouvement. Pendleton finit par allumer sa baguette.
La silhouette de l'homme – Loki, si j'avais bien compris – se découpait dans la nuit. Ses cheveux étaient hirsutes – ils n'avaient pas brûlé dans ce feu étrange – et ses vêtements en lambeaux. Il était immense. Je ne voyais pas son visage, encore dans l'ombre. Je reculai de quelques pas, effrayée par cette vision, mais je sentis quelqu'un me retenir.
C'était Ginger.
La situation m'apparut soudain dans toute son horreur : un professeur vraisemblablement fou, qui était un assassin par-dessus le marché, m'avait enlevé moi, ainsi que Roxanne et Judith, et avait mis sous Imperium huit élèves. Un seul d'entre eux y avait échappé mais seul contre tous les autres, il ne faisait pas le poids.
Personne ne viendrait nous sauver.
Et maintenant il y avait cet espèce d'homme monstrueux sorti de je ne sais quelle époque et dont la résurrection avait éteint toutes les étoiles du ciel.
Je me mis à sangloter. Ginger était toujours aussi tendue, elle devait obéir aux ordres mentaux de Pendleton. La reverrais-je jamais comme avant ?
– Mais oui, imbécile.
C'était soufflé si bas que je crus avoir rêvé. Mais j'étais sûre que cette voix était celle de Ginger.
Ce qui fut confirmé moins d'une seconde plus tard.
Ginger me repoussa brutalement et je tombai par terre. Pendleton fit volte-face, et Loki fut replongé dans l'ombre. Il lui lança un sortilège, plus vif que la lumière, mais Ginger le para presque aisément.
– Hé bien, Tyr, les années t'ont fatigué, on dirait ! railla-t-elle.
Je fus frappée par le son de sa voix. Elle était coupante, presque métallique. Pourtant, c'était assurément Ginger qui parlait. Je me relevai en tentant d'essuyer la terre sur mes joues.
Pendleton – Tyr ? – devint très pâle, puis se mit à trembler de colère. Il enchaîna une dizaine de sorts sur elle en moins de deux secondes, mais elle les évita tous sans problème.
– Comment – connaissez-vous – mon nom ? cria-t-il sans s'arrêter de lancer des éclairs à tout va.
Ginger dévia l'un d'entre eux et explosa littéralement un morceau de terre. Je courus me cacher derrière James Potter, morte de peur. A quoi jouait-elle ?
La neige commençait à tomber. Ginger répliqua :
– Voyons, Tyr, tu m'as déjà oubliée ? Moi, la gardienne du trésor de ton père ?
Il cessa brusquement sa rafale d'attaques, essoufflé, l'air de comprendre soudainement.
– … Gondul…
Dans la plaine, des mottes de terre se mirent à voler, comme frappées par des sortilèges furieux. Il y avait du mouvement, comme si l'on remuait la terre et que l'on cherchait à en sortir. Il neigeait de plus en plus dru, le vent se mit à souffler. J'étais frigorifiée. Je me serrai contre James, qui fit de même.
– Etonnant que tu ne l'aies pas deviné avant, Tyr, continua-t-elle, narquoise. Tu ne te souviens pas l'épouvantard de Ginger, au début de l'année ?
– C'était Kara… J'aurais dû m'en douter… Je n'avais pas fait le lien… Tu es là pour m'en empêcher, n'est-ce pas ? Comme tu protégeais l'anneau, tu protèges ses pouvoirs ?
Je ne comprenais plus rien mais je n'essayais même plus. Je fermai les yeux de toutes mes forces, grelottante, en priant pour que cela s'arrête.
– Je ne protège pas ses pouvoirs, gronda Ginger. Je l'ai tué, tu te souviens ? Je le hais. Il m'a transformée en pantin. Je refuse d'obéir à ses ordres. Je m'oppose à la moindre de ses idées.
– Pourtant, tu étais là pour accueillir Kausmaki, à Beauxbâtons.
– Tu te cachais donc bel et bien dans la forêt… Quel couard. Odin était mauvais mais il n'était pas fou, il avait bien raison de refuser de te léguer ses pouvoirs.
Pendleton lança un sort à Ginger mais une fois de plus celle-ci l'esquiva.
– Le but d'Odin est de transmettre ses pouvoirs. Et je refuse que d'autres Odin voient le jour. Un seul m'a bien suffi. Si tu veux toucher l'héritage, il faudra me passer sur le corps.
– Si tu veux m'en empêcher, répondit Pendleton en criant par-dessus le souffle du vent, il faudra passer au-dessus de mon armée.
Ginger éclata de rire. Un rire froid, sans vie.
Ce n'était pas Ginger. Cette pensée fusa dans mon esprit. Cela n'avait pas de sens mais j'en avais soudain la certitude. Où était la véritable Ginger ?
– Si tu parles de ces ridicules élèves, je te signale que je peux tous les tuer sans me faire une égratignure.
– Je ne parle pas de ces ridicules élèves. Je parle d'eux.
Cette fois-ci, j'ouvris les yeux pour regarder la zone que mon père désignait.
– LUMOS MAXIMA ! cria-t-il.
Une immense boule de lumière vola dans les airs, éclairant la plaine enneigée aussi loin qu'elle s'étendait d'une lueur blafarde.
Des dizaines et des dizaines d'êtres venaient de sortir de terre. On aurait dit un mauvais film de zombies. Ils s'alignaient tous, armes en main, comme pour se préparer à attaquer. Certains étaient des êtres humains, d'autres des géants. Devant la ligne, immobile, se tenait un homme de la même carrure que Loki, aux yeux très sombres et très brillants. Tout au fond, il y avait un grondement immense, comme si quelque chose voulait sortir de terre.
– Bravo, Tyr, soupira Ginger. Tu sais qu'ils vont nous attaquer, maintenant ? Tu ne fais pas le poids.
– L'important, c'est que tu ne fais pas le poids. Ils ne m'attaqueront pas.
– Tu as libéré Loki, ils vont forcément t'attaquer, pauvre idiot ! s'énerva-t-elle.
– Je ne l'ai pas libéré, fit-il avec un sourire, tandis que l'armée sortie de terre s'avançait inexorablement vers nous. Mes élèves s'en sont chargés à ma place. De même pour l'incinération des pommes d'Idunn. Ils ne me feront rien.
– Je vois ! siffla Ginger. Tu as entraîné ces humains pour qu'ils servent de diversion devant les dieux pendant que tu t'occupes sagement de récupérer l'héritage, n'est-ce pas ?
– Exact, répondit-il. Je pensais avoir au moins deux ans pour les entraîner. Mais j'ai retrouvé l'emplacement du coffre d'Idunn plus tôt que prévu. J'espère que j'aurai le temps de tuer le dragon avant que les dieux ne se tournent vers moi…
– Je t'en empêcherai, Tyr ! Même si c'est la dernière chose que je fais !
– Et comment t'y prendras-tu ? C'est irréversible ! Personne ne m'arrêtera maintenant !
CRAC !
Je levai la tête, pleine d'espoir. Un transplanage ! On venait peut-être nous sortir de ce cauchemar ! James, Judith et Roxanne semblaient penser comme moi. La personne qui venait d'apparaître était une jeune femme très pâle, d'un peu plus de vingt ans, aux cheveux noirs et emmêlés. Elle avait les traits anguleux et ne semblait pas très sympathique. Etait-elle une amie ou une ennemie ?
– Ginger ? firent Judith et Roxanne en chœur.
Ginger ? Elle ? Elles étaient folles ou quoi ?
– Oh, là, là, commenta la nouvelle venue en regardant l'armée se rapprocher. Gondul, c'est quoi ce délire ?
– Je te présente Tyr, dit Ginger – ou du moins celle qui ressemblait à Ginger, qui avait la même voix que Ginger, mais qui n'était certainement pas Ginger. Fils mal-aimé d'Odin. Et là-bas, qui s'éloigne vers les autres, c'est Loki.
– Et ça, c'est quoi ? demanda l'autre en montrant d'un large geste de la main le chaos constitué de la tempête de neige et de morts-vivants, qui, semblait-ils, semaient un incendie sur leurs pas.
– Ça… c'est Ragnarök.
(1) Le château dans le ciel… Rhâââââh j'adore ce film !
