Résumons la situation.
Je viens de provoquer une quinzaine d'Aurors ennemis pour qu'ils me poursuivent à travers un continent.
J'arrive dans une zone à peine plus hostile : une armée d'un genre d'Inferi peu fréquentable s'apprête à nous attaquer, mes amis et moi. Les dieux se rapprochent toujours plus. Certains d'entre eux portent des baguettes. Loki vient de les rejoindre, serrant dans chacun de ses poings monstrueusement gros ce qui ressemble à de gros poignards.
Ragnarök est sur le point de se dérouler, et je n'ai absolument pas la moindre idée de la façon dont on peut s'y prendre pour arrêter le processus.
Et en plus je ne suis même pas dans mon propre corps.
Tu parles d'une journée, j'aurais mieux fait de ne pas me lever.
– Deux Gondul ? dit Pendleton (ou plutôt Tyr), interloqué, en nous dévisageant tour à tour, Gondul – dans mon corps – et moi – dans le sien.
– Ouais, ça veut dire deux fois plus de problèmes pour toi, je réponds d'un ton provocateur.
Je ne sais pas trop ce qui me prend. En temps normal je ne répondrais pas à un professeur tel que Pendleton. Mais bon, ce n'est pas vraiment un professeur, et je ne suis pas vraiment moi, alors…
Sérieusement, Gondul, comment on sort de là maintenant ?
« Je vais commencer par mettre Tyr hors d'état de nuire. Occupe-toi de l'armée. Dès que le dragon sort, tu t'en occupes. »
Hé, c'est pas juste ! Tu as juste Tyr et moi j'ai toute une armée !
« Avec Odin à la tête, tu as oublié de le préciser. »
…j'étais pas au courant. Chouette.
J'ai la même sensation que plus tôt dans la soirée : je suis tirée hors de mon corps, emportée à toute vitesse, dépourvue du moindre organe, et puis brusquement je me retrouve dans un autre corps. Le mien à moi, cette fois-ci.
Oui, après une vérification rapide, je suis bel et bien Ginger Enderson. C'est toujours ça de plus.
Ou de moins.
Comment vais-je me débrouiller sans les pouvoirs de Gondul maintenant ? Elle vient de se mettre à bombarder Tyr de sorts, et elle va avoir besoin de tout son potentiel pour le battre.
– G-Ginger ? crie d'une voix suraigüe par-dessus la tempête de neige.
Je me tourne vers Amy, qui a les lèvres bleuies par le froid. Elle ne comprend rien de ce qu'il se passe, évidemment.
– Je t'expliquerai tout une autre fois, d'accord ? je lui dis. Mets-toi en sécu-
Je ne peux terminer ma phrase. Le sol se met à trembler dangereusement fort. Certains arbres tombent bruyamment, Amy se met à crier et James la prend dans ses bras pour l'empêcher de tomber. Il la protège. Ça veut dire que…
– James ? je hurle, éberluée. Tu n'es plus sous son contrôle ?
James lève la tête vers moi et me hurle « non », mais je le lis sur ses lèvres plus que je ne l'entends. Gondul et Tyr continuent de se battre, complètement étrangers, semble-t-il, à leur environnement.
Erik Gongs et Philip Downs sont les seconds à se libérer. Je les vois prendre lentement conscience de l'endroit où ils se trouvent, puis paniquer. Tyr se concentre sans doute trop sur Gondul pour pouvoir maintenir son pouvoir sur eux.
- Attention ! je crie en voyant une immense branche d'arbre menacer d'écraser Roxanne et Judith, et je la carbonise juste à temps. Judith ? Tes cheveux, que s'est-il passé ?
Soit Judith a rencontré sur son chemin un coiffeur, qui, dans un accès de folie, a décidé de lui couper la moitié gauche des cheveux, soit il y a eu quelques accrochages. Allez savoir pourquoi mais je penche pour la deuxième option. Quoi qu'il en soit, elle ne me le confirme pas, ne m'ayant pas entendue.
Le tremblement de terre faiblit en même temps que la tempête de neige. Le séisme aura duré moins d'une minute, une très longue minute. L'armée n'est plus qu'à une vingtaine de mètres. J'ai le sentiment que lorsqu'il s'arrêtera tout à fait, nous serons attaqués.
Il faut que je trouve une faille. Et vite !
Sans réfléchir, je prends mon élan, cours sur quelques mètres en direction des morts-vivants puis bondis et me transforme dans le même mouvement. Je fonce au-dessus de la foule de têtes. Ils sont au moins deux cents ! Je ne les battrai jamais tous, même avec l'aide des autres élèves ! Et que font les Aurors ?
« Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, nous sommes en Finlande ! Le sort de traçage qu'ils t'ont certainement jeté fonctionne moins bien pour les longues distances ! »
Un sort de traçage ? C'était donc ça ! Et quand viendront-ils ?
Gondul ne répond pas, sans doute trop occupée. Quant à moi, je vois que j'arrive à la fin de la troupe de zombies. Je plonge en piqué et me retransforme en humaine échevelée.
Comment faire pour les vaincre, ou au moins faire diversion ?
Voyons… Si mes souvenirs sont bons, la plaine d'Yggdrasil doit être touchée de trois catastrophes avant de libérer le dragon. La première, c'était le séisme, j'en suis sûre. La deuxième, un tsunami… Et la troisième, un volcan ? Non, pas de volcan. Ça y est, ça me revient ! C'était un incendie ! Et il y en a eu un au tout début.
On en est donc à deux sur trois. Reste le tsunami. Il faut que je me débarrasse de ceux-là avant que le dragon n'apparaisse. Le tsunami me semble être une bonne opportunité. Il faudra juste les faire patienter en attendant…
-X-X-
Je ne comprenais vraiment plus rien. Une lumière blanche avait émané des corps de Ginger et de la nouvelle venue pendant quelques secondes, puis, soudain, Ginger eut de nouveau l'air d'être Ginger. Une étrange idée me vint à l'esprit : les deux filles avaient échangé de corps… Mais c'était complètement insensé ! C'était impossible, je l'avais lu et relu des centaines de fois à Beauxbâtons dans mes cours de Sortilèges !
Ginger recula de quelques pas, et l'inconnue se mit à bombarder mon père de sorts à peine distinguables les uns des autres. Tout se passait très vite, trop vite. Je n'avais jamais vu de sorciers aussi puissants. Ils semblaient totalement ignorer la bande de morts-vivants qui s'approchait dangereusement de nous.
Je tournai la tête vers Ginger. Ses déplacements étaient naturels. Je ne savais pas qui elle était avant, mais là, c'était elle, j'en étais sûre.
…jamais je n'aurais cru dire quelque chose comme ça un jour.
– G-Ginger ? criai-je, incertaine.
Ginger se tourna vers moi et son regard paniqué s'adoucit en me voyant.
– Je t'expliquerai tout une autre fois, d'accord ? me dit-elle. Mets-toi en sécu-
Je fus projetée en arrière et je me mis à hurler. Quelqu'un me rattrapa – James – mais je ne cessai pas de crier. Le sol se secouait de plus en plus violemment. Un tremblement de terre ? Maintenant, c'était sûr, j'allais mourir cette nuit… Je me mis à pleurer. Des cris se mirent à surgir autour de nous : c'étaient les élèves qui sortaient de l'influence du pseudo-Pendleton. Tout n'était que bruit, entre le souffle monstrueux de la tempête de neige, les hurlements des gens, les pas lourds des morts-vivants et les sorts qui fusaient entre mon père et l'étrange jeune femme apparue de nulle part.
Le séisme faiblit et je rouvris les yeux, juste à temps pour voir Ginger sauter en l'air et se transformer en un gros oiseau noir.
…
– Amy… me demanda doucement James – la tempête de neige semblait se calmer, je l'entendais distinctement. Tu vas bien ?
– Honnêtement ? Je pense que je suis devenue folle. C'est idiot mais je viens d'avoir une hallucination où Ginger se transformait en corbeau.
– Ce n'était pas une hallucination.
Je le regardai droit dans les yeux. Il ne mentait pas. Je me mis à rire.
Folle pour de bon.
– ATTENTION ! hurla quelqu'un.
James me poussa et un sort passa juste entre nous deux pour finir dans la tête d'un zombie très proche de nous et que nous n'avions pas vu. Lorsque sa tête roula par terre et qu'une substance noire et visqueuse se mit à couler de la plaie béante, je me remis à crier et à pleurer sans pouvoir m'arrêter.
Je sentis quelqu'un me prendre par les épaules et me retourner. J'étais face à Angèle Champrun qui avait l'air complètement hystérique.
– Ecoute-moi bien, Vermeil ! On est dans les ennuis jusqu'au cou et c'est vraiment, mais alors vraiment pas le moment de se mettre à pleurer comme une gamine ! Il est où, le courage des Gryffondors, hein ? Alors tu vas te RETROUSSER les manches et tu vas te DEFENDRE un peu ! COMPRIS ?
Mes sanglots s'étaient arrêtés net.
– Je… j'ai pas de baguette…
Elle me lança un regard courroucé, puis tourna rapidement la tête, fit les gros yeux et me poussa à nouveau en arrière. Un type aux vêtements en lambeaux et à la peau verdâtre venait de se jeter sur nous. Elle l'abattit de quelques sorts bien placés et lui piqua un morceau de bois qu'il avait attaché à la ceinture.
– Sa baguette, me dit-elle en me la lançant. Et maintenant, débrouille-toi !
Elle fit un « hmph ! » méprisant puis courut au front, rejoignant les autres élèves qui se battaient déjà férocement contre les ennemis.
Je fis mouvoir la baguette dans la main. Elle était courte et glacée, et me faisait un drôle d'effet. J'aurais préféré avoir la mienne plutôt que celle de l'homme juste devant moi qui était allongé face contre terre et à qui il manquait une jambe.
Je me reculai de quelques pas – on ne savait jamais… – et jetai un coup d'œil autour de moi. Le tableau était apocalyptique. Les membres des corps des ennemis jaillissaient de partout, répandant la substance noire gluante qui rampait un instant par terre avant d'être absorbée par le sol. La plupart des élèves étaient sérieusement amochés, sauf les jumelles Jones qui avaient l'air de bien se débrouiller en se battant à deux contre l'armée.
Judith et Roxanne, quant à elles, essayaient d'échapper aux sortilèges d'un monstre. Je lui courus après, puis me rappelai que j'étais nulle en Défenses contre les Forces du Mal. Moi qui pensais que cette matière ne servait à rien, maintenant, je m'en mordais les doigts. Qu'est-ce que je pouvais faire ?
– Diffindo ! lançai-je, en espérant que cela suffirait.
Et cela suffit : le bras qui tenait la baguette se détacha du corps et le type tomba par terre en poussant un hurlement horrible. Je le stupéfixai en plein dans la tête et son crâne explosa. Judith vomit.
– Judith, ça va ? s'inquiéta Roxanne, essoufflée, quand la blonde releva la tête.
– Sincèrement, Roxanne ? Tu me demandes si ça va ?
Suivant l'exemple d'Angèle, je récupérai la baguette du mort d'un Accio et la lançai à Judith qui la rattrapa au vol.
– Il faut appeler de l'aide, dit Roxanne. Mais qui ? Et comment ?
– Je pourrais transplaner, mais je risque de me désartibuler, fit Judith.
– Geographia ! criai-je, baguette pointée sur le sol.
Curieuses, Roxanne et Judith se penchèrent avec moi en regardant une carte du monde s'étendre sur le sol. Bientôt, un point rouge se mit à luire sur un pays qui n'était certainement pas le Royaume-Uni.
– Bienvenue en Finlande, geignis-je. Pas moyen de transplaner à une telle distance ! Comment va-t-on faire ?
– Par les chaussettes de Morgane, dit Roxanne d'une voix blanche.
Je me retournai pour voir ce qui avait amené Roxanne à jurer. La tête de l'homme dont j'avais explosé la tête commençait à se reformer, et son corps à se relever. Plus loin, ceux que nous avions déjà mis KO se redressaient également. Nos camarades ne s'en étaient pas rendus compte et continuaient d'avancer, alors que d'autres morts-vivants se reformaient derrière eux.
– Ils sont invincibles ou quoi ? s'écria Judith.
– James, Angèle, attention ! hurlai-je alors qu'ils finissaient de vaincre un monstre.
Ils se retournèrent juste à temps pour se défendre. Mais déjà, ils commençaient à se faire encercler. Judith et moi faisions de notre mieux mais ils ne cessaient de s'approcher, toujours plus nombreux. La situation semblait désespérée, quand…
– Hé, les moches ! Vous me snobbez ou quoi ? Incendio !
Il y eut un bruit de feu – woooosh – et la quasi-totalité des ennemis se tournèrent vers celle qui, à l'autre bout, venait de leur lancer un sort. Il s'agissait de Ginger. Elle nous avait sauvés, mais qu'allait-elle faire maintenant? Elle était seule de l'autre côté et nous ne pouvions pas la rejoindre…
X-X-X
Je recule, incertaine. C'était complètement idiot d'attirer leur attention. J'avais trouvé le pire moyen de faire diversion… Maintenant, je suis seule contre deux cents. Et le pire, c'est que même quand je réussis à les toucher, ils arrivent à se relever. Me transformer en oiseau serait complètement idiot : je ne pourrais même plus me défendre. Que faire pour les arrêter une bonne fois pour toute ?
Le grondement s'amplifie sous terre et je m'efforce de faire arrêter mon bras de trembler tandis que j'enchaîne les sortilèges offensifs et défensifs tout en reculant rapidement, sans jamais faire dos à la bande de zombies. Je ne vais pas pouvoir marcher à reculons jusqu'au bout du monde non plus, il faut que je trouve une solution…
« Gondul, si j'étais toi je m'envolerais ! »
J'y ai pensé mais les, euh, dieux, pourront m'attaquer plus facilement ! Ou alors ils se retourneront contre les autres, ce qui n'est pas mon but !
« Je t'ai dit de t'ENVOLER ! »
Non, Gondul ! Ce sont mes amis ! Leurs vies comptent pour moi ! Si je m'en vais, ils mourront ! Je ne peux pas leur…
BRRRRRMMMMM
Je tourne rapidement la tête derrière moi, puis reviens à ma position initiale pour casser du mort-vivant. A l'horizon dans mon dos, il y avait une sorte de nuage de poussière, mais c'était tellement loin que je n'en suis même pas sûre.
« Tu vas t'envoler, oui ? C'est pour ton bien ! Et ça sauvera les autres aussi ! Fais-le, je te dis ! »
Et comment ça pourrait les sauver ?
Je jette à nouveau un rapide coup d'œil, pousse un cri et m'envole sans poser davantage question. Juste à temps : une immense vague emporte tous mes ennemis d'un coup.
Jamais vu de tsunami aussi rapide.
-X-X-
Nous continuions de nous battre désespérément contre l'armée. Je commençais à fatiguer. Eux étaient invincibles, nous perdrions forcément l'avantage à un moment ou à un autre…
Gilbert Hoover fut le premier à tomber de fatigue. Angèle le remarqua immédiatement et mit en place un sortilège du bouclier surpuissant, le temps de pouvoir le tirer à l'abri. Elle en profita pour protéger Roxanne qui était seule et sans baguette face à une étrange créature ailée dont je n'avais jamais entendu parler.
James me rejoignit pour me soutenir alors que je commençais à faiblir face à un géant.
– Il faut s'associer pour les vaincre ! me cria-t-il. On n'y arrivera jamais autrement !
J'acquiesçai et essayai de combiner des sortilèges avec lui. Ils étaient effectivement beaucoup plus efficaces, et il semblait que les morts-vivants mettaient plus de temps à se relever. C'était déjà ça… Je ne savais même pas combien de temps on pourrait tenir face à eux. Il devait bien se passer quelque chose, n'est-ce pas ?
BRRRRRMMMMM…
– C'est quoi, ça ? firent les jumelles Jones en chœur.
Nous le sûmes quelques secondes plus tard.
C'était une immense vague. Nous étions pourtant sur une plaine, mais cela ne me surprit qu'à peine, avec tous les événements de la soirée. Elle faisait plusieurs mètres de haut, et avançait, rapide, inébranlable et destructrice. Le temps sembla s'arrêter quand le mur d'eau se trouva à quelques mètres de moi. Nous étions tous immobiles, glacés par cette vision. Cette fois-ci, c'était la fin. Je vis le visage figé d'un zombie à l'intérieur de la vague, comme si elle était gelée. Je fermai les yeux…
Il y eut un très gros « CRAC », puis un énorme bruit de vague, comme si j'étais engloutie. Je ne sentis pas une seule goutte d'eau. Peut-être que j'étais morte de peur juste avant. Pour être sûre, je rouvris les yeux et poussai un petit cri de surprise. J'étais nez à nez avec un zombie, qui était à l'intérieur de la vague, mais moi, j'étais au sec.
Je me retournai. Des sorciers dans des uniformes officiels maintenaient une bulle d'air protectrice autour de nous tous – sauf de mon père et de la fille qui se battait avec lui, que je ne voyais nulle part. L'eau continuait de couler autour de nous, transportant des cadavres. Je remarquai que la plupart d'entre eux se dissolvaient. Enfin un moyen de s'en débarrasser !
– PAPA ! cria James en regardant l'un des hommes.
Je le reconnus aussitôt. C'était Harry Potter. Il n'était pas pour moi ce qu'il était pour la majorité des Anglais, c'est-à-dire un héros national mais c'était tout de même bizarre de le voir en vrai.
Il eut l'air très surpris de voir son fils et courut au petit groupe que nous formions, avec tous les autres.
– James ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Roxanne ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
– Papa… tu n'es pas venu nous sauver ?
– Vous sauver ? Mais qu'est-ce qu'il se passe ici, à la fin ?
– On a eu, euh, des problèmes techniques, avec le prof de DCFM.
– Je vois ça, commenta un Auror en regardant un zombie se dissoudre dans l'eau.
– Papa, je te jure que Gondul… euh, Gwenaëlle Andres, est innocente, faut que tu me croies ! Elle est avec nous, elle essaie de tuer Pendleton !
– QUOI ?
Le niveau de l'eau à l'extérieur commença à baisser tandis que James s'efforçait d'expliquer la situation à son père :
– C'est un malade ! En vrai, c'est pas Pendleton, c'est… quelqu'un d'autre. Un métamorphomage. Il a pris la place du vrai Pendleton et l'a tué… Et là il veut tuer Gwenaëlle… C'est lui qui a provoqué tout ça ! Elle essaie de l'empêcher de parvenir à ses fins !
– Qui sont ?
– C'est compliqué ! Tout ce que tu dois savoir, c'est qu'il a libéré toute la magie d'un grand sorcier mort depuis longtemps dans ces cadavres, dans le but de la récupérer…
L'eau était complètement partie à présent. Il ne restait plus qu'une vingtaine de morts-vivants, mais ils avaient l'air puissant. Comment venir à bout de ceux-là ? Aussi doués soient-ils, les Aurors n'étaient pas immortels…
– Et où est-il, ton professeur ?
Un sortilège fusa et traversa notre bulle de protection qui éclata. Les ennemis se jetèrent sur nous et les Aurors commencèrent à nous défendre, tandis que quelques autres s'occupaient des élèves blessés.
Nous nous tournâmes vers l'origine du sort. « Gondul » et mon père se battaient plus sauvagement que jamais. Les maléfices qu'ils échangeaient me faisaient froid dans le dos. La fille mit le feu à Pendleton, qui réussit à dévier le sortilège à temps un trou sombre se forma dans la terre, là où le sortilège avait atterri. Cela ne se passa qu'en une fraction de seconde.
Harry Potter commença à s'approcher, baguette en main. Gondul le repéra du coin de l'œil et le repoussa d'un coup de baguette tout en lançant un sort de magie noire à mon père.
– Ne-m'aidez-pas ! cria-t-elle, scandant chaque parole par un sort plus puissant que l'autre, que Pendleton évita avec difficulté. J'en fais une affaire personnelle maintenant. Tyr, prépare-toi à rejoindre ton père dans sa tombe !
– Pauvre folle ! Pour qui te prends-tu ? répondit-il sans cesser de se mouvoir pour éviter de se faire tuer.
Harry Potter se releva, irrité de s'être fait repoussé ainsi. Mais il n'eut pas le temps de s'énerver vraiment, car un monstre se jeta sur lui, monopolisant toute son attention.
– Potter ! lui cria l'un de ses subordonnés. Les enfants ne vont vraiment pas bien, il faut les mettre en sécurité !
– Allez-y ! Mais revenez vite !
Une demi-douzaine d'Aurors s'occupèrent de mettre Angèle, Gilbert, Philip et les autres sur pied avant de transplaner avec eux. Un Auror s'approcha de James et moi. Nous nous regardâmes : nous n'avions vraiment pas envie de partir. Nous nous lançâmes dans un combat contre Loki pour qu'il ne puisse nous interrompre.
C'était donc ça, être Gryffondor. Avoir un comportement stupide et dangereux au moment le plus inapproprié.
J'entendis un sort crié dans une langue inconnue, et toute la plaine s'illumina avant de replonger dans les ténèbres. Je jetai un très rapide coup d'œil du côté de mon père : c'était lui qui venait d'ensorceler les lieux. James pâlit.
– Plus personne ne peut transplaner ici, dit-il d'une voix blanche. Les Aurors ne reviendront pas. On n'a plus d'aide à prés -
Le grondement sourd qui s'amplifiait depuis tout à l'heure devint assourdissant, et la terre trembla légèrement. Un séisme ? Non. Je sentais que c'était encore pire que ça…
-X-X-
Quand le niveau de la mer est suffisamment bas, je me laisse tomber par terre en me retransformant. Les Aurors sont finalement arrivés, ils vont pouvoir aider à repousser les quelques dieux scandinaves restants. Mais pour combien de temps ?
Certains de mes ennemis s'approchent à nouveau de moi, mais je ne leur prête pas attention longtemps. La terre se remet à trembler, et je n'entends plus rien d'autre que ce grondement sourd et effrayant qui vient de l'intérieur de la terre. Je me recule rapidement, baguette dressée.
La terre tremble de plus en plus violemment, puis une crevasse se forme et s'élargit dans un grand déchirement, à une cinquantaine de mètres de moi. Quelques scandinaves tombent dedans. Tant mieux, ça en fera toujours en moins à combattre.
Mais étrangement, ça ne me rassure pas du tout. En fait, j'aurais préféré continuer de me battre contre les morts-vivants que contre ce qui vient de sortir du trou.
Le dragon est énorme, et les épaisses plaques noires sur son dos ne laissent aucun doute quant à sa nature. Un Norvégien à crête. Comme Nidhögg, tiens. Le dragon qu'il faut tuer pour obtenir les pouvoirs d'Odin, le dragon qui provoquera vraiment la fin du monde s'il pousse son cri.
Je manque de lâcher ma baguette quand il tourne son énorme tête vers moi, et que ses yeux noirs se plantent dans les miens. Mais je raffermis ma prise. Ce n'est vraiment pas le moment de la perdre…
– Euh… Stupefix ? je tente sans trop y croire.
Non seulement le sort est complètement inefficace puisqu'il rebondit sur son nez, mais en plus il a le don de l'énerver. Le dragon plisse les yeux et commence à s'approcher de moi, de plus en plus vite, gueule ouverte.
Je confirme. J'aurais mieux fait de ne pas me réveiller ce matin.
