Le dragon court vers moi. Bon. J'ai le choix entre plusieurs options. Soit je me jette directement dans sa gueule, je souffrirai moins longtemps. Soit je cours ou je m'envole pour essayer de lui échapper, ce qui est idiot puisqu'il court – et vole, j'en suis sûre – plus vite que moi. Soit j'épuise mes forces jusqu'à trouver le sort qui l'affectera.
Me vient alors en tête un quatrième choix possible, complètement fou, téméraire et peut-être même inutile.
Evidemment, c'est celui-là que je choisis.
Je me mets également à courir vers le dragon, puis, au dernier moment, bondit et donne un vigoureux battement d'ailes pour sauter plus haut. J'atterris à pieds joints sur son énorme tête, et je m'empresse de m'agripper à ses cornes couleur de bronze.
Il secoue sa tête en tous sens pour essayer de se débarrasser de moi, en vain il décide alors de changer de tactique et s'envole, et cette fois-ci j'ai bien du mal à garder mon équilibre.
Bon. Et maintenant, je fais quoi ?
-X-X-
Il n'était plus question de nous mettre à l'abri, James et moi : cela signifiait qu'un Auror partirait avec nous et ne pourrait plus revenir, et malgré la baisse du nombre d'ennemis, on n'aurait pu s'en passer. En outre, ceux-ci semblaient de plus en plus forts, comme si la puissance des vaincus avait été transférée chez les survivants. Tous les deux, nous nous battions du mieux que nous le pouvions pour donner un coup de main aux Aurors, mais j'avais la sensation que notre lutte était plus anecdotique qu'autre chose.
James le faisait sans doute parce qu'il voulait aider son père et Ginger. Moi, je le faisais surtout parce que je voulais essayer de me vider la tête et oublier le monstrueux dragon sortant du sol, je voulais oublier que Ginger était seule face à lui et que personne ne pouvait venir la secourir.
Les Aurors fatiguaient, je le voyais bien. Ils ne s'attendaient pas à trouver une telle résistance en arrivant ici... Et on aurait dit que les morts-vivants restants pouvaient se reconstituer pour se battre à nouveau à l'infini… Comment pourrait-on les ré-enterrer pour de bon ?
Un hurlement suraigu me sortit malgré moi de mes pensées et James et moi levâmes la tête en même temps vers Ginger. Elle était debout, perchée sur la tête du dragon, agrippée à ses immenses cornes. Mon cœur s'arrêta. Elle allait tomber. Elle allait mourir.
Mais contre toute attente, elle se redressa et réussit à se déplacer de sorte à être juste devant les yeux du dragon. Il s'agita encore plus et cracha une longue gerbe de flammes que James et moi évitâmes de justesse – mais pas celui que nous attaquions. Il se consuma rapidement, et il ne resta plus qu'un peu de poussière qui fut soufflée par le vent.
Ginger et moi nous regardâmes. Elle venait de trouver le moyen de tuer les morts-vivants une bonne fois pour toutes !
Le problème, c'est que, malgré quelques Aguamenti, le feu ne voulait pas s'éteindre… Et je n'avais jamais vu de feu aussi menaçant. Il prenait la forme de dragons et de chimères et ne cessait de se déplacer de façon aléatoire et imprévisible.
– C'est un Feudeymon, diagnostiqua Harry Potter en achevant – temporairement – un ennemi. N'en jetez aucun autre, compris ? On ne peut pas les éteindre !
– Nidhögg est sorti ? s'écria mon père, ce qui me fit tourner la tête vers lui alors que James et Harry Potter repartaient aider un Auror en difficulté.
– C'est maintenant que tu le remarques ? répondit son adversaire, trop concentrée cependant dans son combat pour pouvoir lui adresser un sourire narquois.
– Tu n'auras pas mon héritage, Gondul, ni toi ni ton double ! cria l'autre. Avada Kedavra !
Ce fut comme si le temps s'était arrêté. Je vis le rayon mortifère progresser, mètre par mètre, jusqu'au cœur de Gondul. Celle-ci n'eut pas le temps de se défendre. L'impact la propulsa en arrière. Elle tomba par terre, inerte.
Elle était morte.
Tyr éclata de rire.
Puis il tomba par terre également, en crachant du sang, alors que Gondul se relevait, baguette dressée, un air mauvais sur le visage.
– On ne tue pas un Horcruxe d'un Avada Kedavra, pauvre imbécile.
– Un Horcruxe ? s'écria Harry Potter, ébahi.
Elle l'ignora superbement et lança à mon père un nouveau sort, et des coupures apparurent partout sur son corps. Il semblait à l'agonie. Le spectacle était horrible mais je ne pouvais en détacher mes yeux. J'étais fascinée.
– Et maintenant, le coup de grâce…
Le corps de Tyr s'éleva lentement dans les airs, comme suspendu par un fil invisible. Mon père porta les mains à sa gorge et se mit à suffoquer. Il s'étouffait.
Mais il retomba brutalement sur le sol, quand Gondul vit que James et son père étaient à terre et qu'ils étaient sur le point d'être achevés.
– Ne pense pas que je t'ai oublié ! cria-t-elle à sa victime, avant de courir aux autres et de les défendre de quelques sortilèges bien placés.
Harry Potter eut l'air très surpris et méfiant en la voyant à ses côtés.
– Ne vous trompez pas, je ne vous aime toujours pas, dit-elle de façon méprisante. Mais je risque d'avoir besoin de vous.
Je jetai un dernier regard à mon père, allongé par terre, immobile. Il était peut-être mort. Une amère sensation de joie et de satisfaction macabre m'envahit. J'étais vengée. C'était un sentiment à la fois affreux et soulageant. Je m'éloignai sans me retourner et me penchai vers James. Sa jambe gauche était pétrifiée et il paniquait de ne plus pouvoir la déplacer.
– Finite Incantatem, fis-je en pointant ma baguette d'emprunt sur celle-ci.
Elle trembla, puis James la bougea sans problème. Je l'aidai à se remettre sur pieds, et il fit quelques pas.
– Non mais ça va pas bien ? hurla Harry à Gondul.
Nous la regardâmes : elle alimentait le Feudeymon, ce qui faisait croître les bestioles enflammées qui dévoraient les morts-vivants, mais nous mettait également en danger.
– C'est le seul moyen qu'on connaisse pour les tuer, Potter ! On ne va pas s'en priver !
Une grande gerbe de flammes s'abattit sur Odin et Loki qui s'acharnaient sur deux Aurors à deux doigts de passer l'arme à gauche. Ils tombèrent par terre mais se relevèrent quelques instants plus tard. Gondul ouvrit la bouche dans un « Oh » muet. Cela ne marchait pas sur eux.
– Vous avez une solution ? demanda Harry Potter.
– Non.
– Potter ! l'appela un Auror en en désignant deux autres, allongés sur le sol dans des postures peu naturelles. Cynthia et Julian vont très mal. Il faut les ramener ou ils vont mourir ici !
Il n'hésita pas longtemps :
– Tu te sens de les ramener seul ?
– Oui ! J'y vais tout de suite. Bon courage !
Il prit les deux dans ses bras et disparut dans un tournoiement. Il ne restait plus que trois Aurors, Harry Potter compris, et James et moi, pour se battre contre les deux zombies restants, plus puissants que jamais, et l'incendie qui prenait sans cesse de l'ampleur.
Etrangement, aucun des deux monstres ne semblait se servir de sa baguette. Ils utilisaient les éléments qui les entouraient, déchaînant les flammes du Feudeymon, le vent ou la terre pour attaquer. Harry, James et les deux Aurors furent propulsés en arrière par une onde invisible, mais Gondul se protégea à temps. Elle se battait seule contre les deux, empêchant les autres de la rejoindre pour l'aider. Une étrange lueur brillait dans ses yeux, une lueur malsaine, presque bestiale. Elle aimait se battre, ça se lisait sur son visage.
Un mouvement brusque du dragon me tira de mes pensées. Balançant violemment la tête en avant, il fit perdre prise à Ginger dont la tête rencontra le sol avec une grande violence avant qu'elle ait pu se transformer en oiseau. Gondul arrêta momentanément de se battre, laissant ses deux ennemis reprendre l'avantage. Je voulus courir vers Ginger pour l'aider à se relever, mais le dragon ouvrait grand sa gueule, dévoilant ses crocs monstrueusement gros et luisants. Pour la dévorer, cracher du feu ou… hurler.
J'eus un très mauvais pressentiment. Quoi qu'il s'apprêtât à faire, il fallait absolument l'en empêcher. Je fis apparaître un gros rocher et l'envoyait d'un coup de baguette magique dans la tête de l'immense lézard pour faire diversion. Il se tourna vers moi, furieux, et commença à s'approcher.
Oh-ho.
-X-X-
Décidément, je me souviendrai longtemps de cette nuit. J'ai commencé par subir un Imperium, puis j'ai joué au chat et à la souris avec une quinzaine d'Aurors, et enfin je me suis battue contre une centaine de zombies tirés d'un très mauvais film d'horreur moldu avant de faire du rodéo sur un dragon géant.
Je commence à me demander s'il n'y avait pas un petit quelque chose d'hallucinogène dans les sandwiches de tout à l'heure.
Debout devant les yeux du dragon, j'essaie de l'énerver pour lui faire cracher du feu sur mes ennemis, tout en réfléchissant à un moyen de l'empêcher de hurler, ou de le tuer. Il semble indestructible. Et une corde attachée autour de son énorme gueule ne le taira jamais longtemps…
J'aurais mieux fait de me concentrer. Nidhögg a profité de ma microseconde de réflexion pour me balancer par terre. Je vois le sol s'avancer à grande vitesse, puis il y a un choc. Trou noir.
Une seconde après, on me réveille. J'ai un affreux mal de tête. Serait-il possible que tout soit juste un mauvais cauchemar ?
Malheureusement, non. Les cheveux de Potter, juste en face de moi, sont à moitié cramés, et le bruit du feu qui crépite et des sorts échangés semble ne pas vouloir s'arrêter.
– Ginger… Tu te sens bien ?
– C'est de l'humour ? je réponds en tentant de me relever et en faisant bouger mes doigts.
C'est bon, mes membres répondent. Allez, c'est reparti pour la bagarre !
– Tu saignes à la tête, me signale-t-il. Et à la bouche. C'est peut-être grave.
Ce n'est que quand il me le dit que je réalise que j'ai en effet un mauvais goût métallique dans la bouche et que le dessus de mon crâne est humide. Tant pis.
– C'est rien, je réponds. Regarde, je suis debout, je marche, je peux même te donner une baffe si tu veux.
– Ça ira, merci.
– Où sont les autres ?
– Gondul, Papa et deux Aurors se battent contre Loki et Odin. Tyr est mort. Et Amy se fait courser par le dragon.
– Passe-moi ma baguette, on va lui donner un coup de main. Tu as une idée pour faire retourner ce dragon d'où il vient ?
– Ginger…
– Quoi ?
– A propos de ta baguette… Quand tu es tombée, la baguette était sous toi… et…
Il ne termine pas sa phrase et me montre deux petits bouts de bois. Ma baguette cassée en deux. C'est comme si on me donnait un coup de poing dans le ventre.
– Je… je suis désolé.
Il me tend les morceaux et je m'en empare vivement, les yeux mouillés par les larmes. Non… Pas ma baguette… Je l'avais depuis des années. C'était comme une partie de mon corps… Et je me déteste de penser ça à un moment pareil, mais ce n'était vraiment pas le bon jour pour la casser.
Je me tourne lentement vers le dragon. Amy semble être à court de sortilèges. Avec sa baguette tendue vers le sol, derrière elle, elle trace des sillons d'eau qui font s'enfoncer les pattes du dragon dans la terre et le ralentissent. Un poids s'enfonce davantage dans ma poitrine. Elle est en danger de mort. Gondul, le père de James et les deux autres Aurors aussi.
Il est temps de mettre fin à tout ça !
Le dragon se retourne complètement et donne un vigoureux coup de queue dans Amy, qui est propulsée en l'air et atterrit lourdement par terre. Je prends mon élan et cours jusqu'à elle le plus vite possible. Je sens mes jambes se transformer sans que je les contrôle, et je prends finalement mon envol juste à temps. Seuls mes bras et mes pieds sont métamorphosés. J'ai le temps d'attraper Amy avec mes immenses serres juste avant qu'un feu ne dévaste l'endroit où elle se trouvait. Je la lâche à côté de James en évitant les jets de flamme de Nidhögg, puis revient vers le dragon, plus décidée que jamais. Je vole devant ses yeux, puis file en direction de la crevasse. Il me suit. Bien. Il faut que je le fasse rentrer dedans. Je prie pour que ça marche.
« Prier qui ? Ça ne sert à rien. »
Mes yeux s'écarquillent. Ce n'est pas Gondul. C'est une voix dure, pure et froide comme la neige. Je l'ai déjà entendue quelque part. Mais où ?
« Dis à Nidhögg d'arrêter. Il t'écoutera. Tu es comme lui. Un animal magique. »
Qui êtes-vous ? Ami ou ennemi ?
« L'un et l'autre. Fais-le ou tu mourras. »
Qui êtes-vous ?
Pas de réponse. Fais-le ou tu mourras. Dit-elle vrai ? Je n'ai pas le temps de me poser de question. Je fais demi-tour et me pose sur la tête du dragon. Il commence à s'agiter mais j'arrive finalement à me placer près de son oreille.
– Arrête.
Le dragon cesse de mouvoir totalement. Je ne crois pas ma chance.
– Rentre chez toi. C'est fini. Odin est mort.
Il soupire. Soulagement ? Fatigue ? Asthme ? Allez savoir. Toujours est-il qu'il se met lentement en marche vers le trou d'où il est sorti. Je descends de son oreille et le regarde s'éloigner. Il hésite une seconde devant le fossé, puis il se laisse tomber à l'intérieur. Il y a une grande gerbe de flammes, puis la terre se referme.
C'est fini.
Je n'arrive pas à y croire. C'est vraiment fini maintenant. Fin du cauchemar… C'était si simple ! Il suffisait juste de lui demander gentiment d'arrêter ! Je n'en reviens pas…
Je me retourne et gémis. Hé non, ce n'est pas fini. Bien qu'il ne reste plus de Loki que ses deux étranges poignards, Odin résiste encore et toujours à l'envahisseur…
Je cours jusqu'à James et Amy, à quelques mètres de Harry et Gondul qui ne sont plus que deux contre Odin. Deux Aurors sont placés près d'Amy, en très mauvais état tous les trois.
– Ils iront bien, m'informe James qui a l'air très fatigué. Ça va, Ginger ?
– Oh, ça va. Je viens de dresser un énorme dragon et de sauver le monde, ça va.
– Et tu restes modeste en plus, c'est merveilleux.
Un bruit d'explosion nous interrompt dans notre tentative de retour à la normalité. Harry Potter est à moitié en feu et ne bouge plus.
– PAPA ! hurle James.
Je tourne la tête vers Gondul, m'attendant presque à ce qu'elle annonce d'un ton nonchalant « il ira bien » ou quelque chose du style. Mais non. Seule contre Odin, son créateur, elle enchaîne les sortilèges de magie noire en évitant une espèce de substance noire, gluante et peu sympathique qui essaie de s'enrouler autour d'elle et qu'Odin fait sortir de ses mains verdâtres. Je cours vers elle, mais elle me propulse en arrière sans se retourner.
– Ce n'est pas le moment, Gondul ! Eloigne-toi ! C'est vraiment dangereux ! Sauf si tu fais exactement ce que je te dis de faire !
– Je n'ai plus de baguette, je réponds, me rappelant ma perte.
– Ça, c'est pas un problème, réplique-t-elle en me lançant sa baguette, que je rattrape au vol.
Elle forme un immense Feudeymon tout autour d'Odin qui le ralentit pendant un instant. Elle me regarde droit dans les yeux.
– Je ne sais pas comment le tuer, d'accord ? Depuis tout à l'heure, chaque dieu ressuscité a libéré la magie qu'il gardait et celle-ci est venue droit dans le corps d'Odin. A l'heure actuelle, il a à nouveau tous ses pouvoirs. La dernière fois que je me suis battue contre lui alors qu'il était dans cette forme, j'étais accompagnée des six autres Valkyries et nous pouvions mourir sans crainte…
Le corps d'Odin émerge lentement des flammes, intact. Elle poursuit en le fixant :
– Maintenant, nous ne sommes plus que deux, et nous pouvons mourir à tout instant. Surtout moi. Si mon corps d'Horcruxe touche le Feudeymon, je meurs instantanément.
Elle tourne à nouveau la tête vers moi, très grave. Je ne l'ai jamais vue ainsi.
– On va essayer tout ce qu'on peut pour l'arrêter.
– Et si on n'y arrive pas ? Si Odin gagne ?
Elle soupire lourdement, comme si elle avait espéré que je ne poserais pas la question.
– Si Odin a raison de nous, personne ne pourra l'arrêter. Il sera comme une catastrophe naturelle indestructible et il sévira sans repos partout où il passera.
– On va éviter, alors… Comment as-tu tué Loki ?
Odin lèvre les bras au ciel et la foudre se met à tomber tout autour de lui. Nous nous formons des boucliers à temps.
– Tu vois cette chose gluante et noire, par terre ? C'est un concentré de magie noire. Une partie a touché Loki et l'a tué sur-le-champ. Comme Odin la produit de son corps, il faut trouver autre chose.
– De la magie blanche, peut-être ? je tente en lançant le premier sort qui me vient à l'esprit.
La barbe d'Odin se met à fleurir. Bon. Complètement inutile, mais au moins c'est délicat et poétique.
– Je t'ai déjà dit que magie blanche et magie noire n'étaient pas distinguées à l'époque d'Odin, réplique-t-elle, excédée.
– J'ai une idée ! je m'exclame en évitant de peu une éclaboussure de substance noire. Odin est un concentré de magie. Donc ce qu'on doit faire… C'est le priver de sa magie !
– Et comment tu fais ça, toi ? grommèle-t-elle en faisant apparaître une énorme bulle d'eau autour d'Odin – inutile, il ne respire pas, puisqu'il est mort.
– Tu ne pourrais pas créer… un trou noir, ou quelque chose comme ça ?
–Un trou noir, fait Gondul en écarquillant les yeux. Un trou noir. Oui, bien sûr. Mais il faudrait le contrôler pour qu'il n'aspire pas le reste de la Terre. Je n'y arriverai pas seule… Attention !
Gondul a juste le temps de me protéger qu'une explosion retentit, dégageant beaucoup de fumée. Quand elle s'éparpille, je vois qu'Odin est toujours entier. Je me retourne pour voir si les sorciers ont été touchés…
James est face contre terre. Un morceau de sa robe brûle.
– JAMES !
– CALME-TOI ! me hurle Gondul. Il ira bien, il est juste assommé ! Aide-moi, Gondul, ou on n'y arrivera pas !
J'essuie mes yeux humides avec un coin de ma manche, puis crée un nouveau Feudeymon avec Gondul, tout autour d'Odin. Celui-ci ne peut plus sortir. Nous levons alors toutes les deux notre bras vers le ciel, moi en tendant ma baguette, elle sa main. Un dôme de verre se construit tout autour du cercle de flammes, qu'Odin n'arrive pas à détruire. Gondul prend alors une grande inspiration et ferme les yeux.
Un tourbillon noir se forme à l'intérieur, de plus en plus rapide. Il attire tout ce qui se trouve autour, au début c'est la terre et les fleurs dans la barbe d'Odin, puis son casque, sa baguette, ses armes. Il essaie de se rapprocher des murs du dôme, mais il est tiré vers le centre. Il lutte de plus en plus fort, mais c'est inutile. Soudainement, il glisse, tombe, et tout se passe très vite en moins d'une seconde, il a disparu au centre, où le trou noir commence à grossir. Il est minuscule, et pourtant terrifiant…
– Recule-toi ! me crie Gondul.
Une nouvelle explosion souffle le dôme à grand bruit et l'explose en mille petits morceaux de verres projetés un peu partout. Je sens l'un d'entre eux m'effleurer la joue, un autre me déchire la main, quelques-uns s'accrochent à ma robe.
Je rouvre les yeux, incertaines. Des chimères et des dragons de feu se baladent partout, la terre est noircie par endroit. On dirait un vrai champ de bataille… Gondul fixe l'endroit où Odin a disparu, immobile, respirant bruyamment. Sans m'en soucier davantage, je cours vers les blessés, me penche vers James. Il respire normalement et son pouls est régulier. Je soupire de soulagement.
– Il va falloir que tu m'aides, Gondul, dis-je tout haut. Il va falloir tous les ramener. Je n'y arriverai pas seule…
Elle ne répond pas.
– Gondul ?
Je me retourne, inquiète.
Mon sang se glace.
Un objet long et tranchant est planté dans sa poitrine. Elle ne bouge pas, toujours debout.
Je cours jusqu'à elle et lui arrache le poignard. Il n'y a pas une goutte de sang, évidemment. Je reconnais l'une des armes de Loki. Mais comment est-ce que… ?
– Je n'ai pas dit mon dernier mot.
Je fais volte-face. Tyr est debout, chancelant, baguette au poing, pointée sur moi. Dans son autre main, il tient le deuxième poignard.
– Horcruxe, hein ? continue-t-il de la même voix fatiguée et cruelle. Tu aurais mieux fait de le garder pour toi, Gondul… Sans quoi je n'aurais pas été tenté d'utiliser les crochets de basilic qui ont tué Loki.
Je me tourne vers Gondul. Sa respiration est très faible et elle me regarde d'un air peiné.
– Désolée… Gondul… murmure-t-elle. A toi de te débrouiller, maintenant…
– Non, non ! je crie. Ça va aller, ça va aller ! Du secours va arriver, je te le jure, on va te soigner, on…
– Du secours ? ricane Tyr. Du secours ? Laisse-moi rire ! Flammas demonicas !
Un jet de flamme de Feudeymon frappe en plein dans la poitrine de Gondul. En moins d'une seconde, elle est entièrement consumée.
Il ne reste plus rien.
Plus rien.
Rien.
Comme si j'avais la tête plongée dans l'eau. Je n'entends plus, ne vois plus. Rien n'existe. Elle a disparu. Elle ne reviendra pas. Je ne la verrai plus jamais.
Gondul est morte.
– …et maintenant c'est ton tour !
– Je ne crois pas, non.
Je ne me retourne même pas en entendant la voix glacée, celle qui m'a permis de faire revenir le dragon de là où il venait. Je sais de qui il s'agit maintenant, de toute façon.
Gondul est morte.
– Qui… qui êtes…
J'entends sa baguette lui sauter des mains. Il est sans défense. Je ferme les yeux. Aucune larme ne vient. Je suis à sec, complètement vide.
– Tu mourras sans le savoir.
Cela se passe sans bruit ou presque. Il y a le bruit d'une lame découpant de la chair, des os qui se cassent. Le corps chute doucement sur le sol, puis un léger crépitement m'informe que le Feudeymon s'occupe maintenant de détruire tout souvenir de Tyr.
Gondul est morte. Elle est morte, morte, morte.
– Gondul.
Je me tourne vers Hildr. Son épée, fine comme une aiguille, est ensanglantée. Elle me fixe sans état d'âme.
– N'attends plus rien de moi maintenant. J'ai fait ce que j'aurais dû faire pour Kara, je t'ai sauvée. Je me suis rachetée, je ne te dois plus rien.
Je hoche doucement la tête. Elle agite la pointe de son épée vers un Auror, et de fines particules brillantes s'en échappent et se posent sur sa poitrine.
– Il va se réveiller dans quelques instants. Tu rentreras chez toi.
Je lève à nouveau les yeux vers elle.
– Adieu, Hildr.
– Adieu, Gondul.
Elle se transforme en loup et disparaît à grandes foulées dans la forêt environnante.
Je regarde dans mes mains. La baguette de Gondul… C'est tout ce qu'il me reste à présent. Je m'aperçois que la bague qui me reliait à elle, l'Horcruxe à proprement parler, n'est plus là. Ne reste qu'une fine bande de suie autour de mon doigt.
Gondul est morte.
Je tombe par terre alors que l'Auror commence à se lever.
Et puis c'est le trou noir.
