Désolée, je dois vous le dire, Gondul est morte. Je le reprécise parce qu'il y en a plein qui espèrent encore que non, que c'était pour rire, qu'en fait elle est bien vivante. Bah nan.
Ensuite, un truc qui revient souvent pour une raison qui m'est obscure : Amy a des origines pas très banales, certes, mais ça ne fait pas d'elle quelqu'un de particulier, genre avec des super-pouvoirs ou quoi. Justement ce serait plutôt l'inverse ! On a bien vu dans cette fic que les sorciers avaient un mal fou à transmettre leurs pouvoirs, nan ? En outre, les « pouvoirs » dont « devrait » hériter Amy, elle n'aurait pu y avoir accès qu'en tuant le gros dragon.
Ça c'est dit.
Bonne lecture !


– J'espère qu'ils iront bien.

– Weasley, c'est la cinquième fois que tu dis ça aujourd'hui.

– Toi, tu t'en fiches, tu ne les connais pas vraiment. Ce sont nos amies, je te signale.

– Calme, calme, Thomson. Je ne voulais pas être méchante. C'était un constat.

– Un constat, bien sûr.

– Champrun a raison, les filles. Calmez-vous. Stresser ne sert à rien.

– Non mais t'es un marrant, toi ! Facile de dire ça ! Amy, ça fait deux mois qu'on la connaît et on reste avec elle tous les jours. Avec Ginger, c'est pareil, mais depuis six ans. Et elles sont dans le coma ! Dans le coma ! Comment veux-tu qu'on garde notre calme ?

– …Désolé, Roxanne. Ne pleure pas. Ça va aller, j'en suis sûr. Elles sont fortes. Elles iront bien.

Tous les jeunes, à part Amélie Vermeil et Ginger Enderson, avaient été soignés aux urgences, puis on les avait abandonnés à eux-mêmes quand les blessés graves étaient arrivés. Tout d'abord, il y eut ces quelques Aurors qui saignaient de partout et qui ne respiraient qu'à peine. Et puis, plus tard, les autres étaient revenus. Les trois Aurors restants avaient du mal à marcher, et Harry Potter soutenait comme il le pouvait son fils qui n'était pas vraiment conscient de l'endroit où on le menait.

Amélie et Ginger étaient passées sur des brancards.

– Qu'est-ce qu'elles ont ? avait demandé Angèle Champrun.

– Hématome intracérébral, avait pris le temps de lui expliquer un infirmier tandis que les deux jeunes filles étaient transportées rapidement ailleurs. Choc violent à la tête.

– Vous allez les sauver ?

L'infirmier n'avait pas répondu.

Incapables de dormir, ils avaient décidé d'un commun accord de se rendre dans la petite cafétéria de l'hôpital. Chacun avait commandé un café sans vraiment réfléchir à la façon dont ils allaient le payer. Judith et Roxanne sanglotaient doucement, Philip Downs tentait de les rassurer. Angèle Champrun essayait d'agir normalement, comme si rien ne s'était passé cette nuit. Angèle détestait quand les choses étaient graves. Elle avait toujours préféré les ignorer. Elle observait donc attentivement son gobelet de café en se demandant s'il vaudrait mieux mettre dedans une cuillère blanche ou une cuillère marron.

Tous les autres – Gilbert Hoover, Emma Jones, Claudia Jones, Erik Gongs – regardaient le vide, choqués. Ils n'arrivaient toujours pas à croire ce qui leur était arrivé. Cela semblait tellement grotesque. Un professeur fou qui avait provoqué un genre de fin du monde pour obtenir davantage de pouvoir. On se serait cru dans un mauvais roman à deux noises.

Lorsque Judith et Roxanne s'étaient un peu calmées, elles avaient expliqué à demi-mots ce qu'il s'était passé plus tôt dans la soirée. Une vieille légende de sorcier disait que celui qui vaincrait un certain dragon hériterait des pouvoirs préservés d'un puissant mage décédé depuis longtemps. Le dragon, personne dans le petit groupe ne l'avait vu. Mais ils avaient entendu des infirmiers parler des blessures des « nouveaux venus » et force avait été d'admettre qu'ils l'avaient rencontré. « La fille qui est apparue de nulle part ? Non, on ne sait pas vraiment qui c'est… Mais c'est une amie. »

La petite cafétéria se replongea à nouveau dans le silence, parfois rompu par le pas pressé d'un infirmier dans le hall derrière eux. Le serveur peinait à garder ses yeux ouverts et n'avait même pas l'air surpris de l'état de ses clients actuels – visages choqués, vêtements déchirés, têtes échevelées.

Quelqu'un se laissa tomber sur une chaise près d'Erik Gongs. Ils se retournèrent lentement vers le nouvel arrivant. C'était James Potter. Aucun ne dit un mot, mais ils se penchèrent tous anxieusement en avant.

– Pendleton est mort, confirma-t-il. C'est Gon… c'est la fille qui l'a tué. Et le dragon est retourné de là où il venait. Les derniers morts-vivants ont été abattus, mais Ginger, Amy, mon père et les Aurors ne s'en sont pas sortis indemnes.

– Comment vont-ils ?

– Pour les Aurors, ça ira. Ils sont résistants. Les médicomages ont bon espoir pour Amy.

– Et pour Ginger ?

James soupira lourdement.

– Ils ne savent pas. Elle est stable. Elle ne va ni mieux, ni moins bien. Elle pourrait rester comme ça longtemps.

Roxanne fondit en larmes et James se leva pour la prendre dans ses bras. Ils étaient tous abattus.

Le soleil se leva lentement et éclaira leurs visages. Il était six heures du matin. Ils n'avaient que dix-sept ans et ils venaient de vivre, sans aucun doute, la pire nuit de leur vie.

-X-X-

Mal au crâne.

Ce fut ma première pensée cohérente de la journée.

La douleur était affreuse et lancinante, je n'avais jamais eu de migraine pareille. J'essayai de me rappeler la nuit dernière, qui aurait pu expliquer mon état. Impossible. Dans mon dernier souvenir, je me promenais à Poudlard. Mais je savais que, pour l'heure, je n'étais pas dans mon lit. J'étais dans des draps inconnus, faits dans un autre tissu. Avais-je dormi ailleurs ? J'avais peut-être assisté à une fête à laquelle j'avais trop bu et puis…

Non. Ca ne devait pas être ça. Malgré mon mal de tête, je n'avais pas la nausée.

J'ouvris les yeux. La pièce était plongée dans le noir. D'un coup d'œil, je me rendis compte que je n'étais pas à Poudlard. Ni à Beauxbâtons, ni chez moi, d'ailleurs. Je ne connaissais pas cet endroit. Mais je voyais encore flou et je n'aurais pu être plus précise. Je me redressai en me frottant les yeux, et les contours des objets m'apparurent plus clairement.

J'étais dans une chambre d'hôpital.

Aussitôt, tous les souvenirs de la nuit revinrent en cascade. Mon père, Pendleton, Tyr, les morts-vivants, Ginger, le corbeau, le dragon, tout. Le gros lézard m'avait assommée avec sa queue. Et après, je me réveillais ici. Que s'était-il passé ?

La porte s'ouvrit, faisant pénétrer la lumière dans ma chambre. La silhouette d'un homme se découpait dans l'entrée.

– Vous êtes réveillée ?

– Oui, répondis-je d'une voix rauque.

Il alluma la lumière et je fus momentanément aveuglée. Quand je pus voir normalement, je remarquai qu'il s'était assis à côté de moi. C'était Harry Potter. Il avait un sourire rassuré.

– Vous vous sentez bien ?

– J'ai mal à la tête.

– C'est normal. Vous avez eu un gros choc. Une chance que vous vous en soyez sortie.

– Pardon ?

– Vous étiez dans le coma depuis hier.

J'écarquillai les yeux. Le coma ? Carrément ?

– Vous devriez vous en tirer sans séquelle, c'est ce qu'on dit les médicomages. Vous avez de la chance, répéta-t-il.

– Où sont les autres ? Comment ça s'est terminé ?

– Octavius Pendleton est mort, et…

– Ce n'était pas Pendleton, le coupai-je. C'était un métamorphomage. Il avait usurpé son identité. J'ai des preuves.

– James m'a déjà expliqué cela. Votre père est mort, on ne sait pas encore qui l'a assassiné. Le dragon est retourné de là où il venait. Quelques Aurors sont blessés graves et la majorité de vos camarades est en bonne forme.

– « La majorité » ? relevai-je.

Il semblait espérer que je ne le noterais pas.

– Miss Enderson est toujours dans le coma. Son état est beaucoup plus préoccupant que le vôtre.

Je sentis un poids s'enfoncer dans ma poitrine et je mis du temps à retrouver l'usage de la parole :

– Et la fille ? balbutiai-je. Celle qui est arrivée un peu avant vous ? Où est-elle ?

– Gwenaëlle Andres. Bonne question. Nous ne l'avons pas retrouvée. Elle a disparu. Elle s'est probablement échappée. C'est un assassin, nous la poursuivons depuis des mois.

Je ne compris pas tout. Ma tête me faisait encore un peu plus mal, et j'étais soudainement très fatiguée.

– Vous avez besoin de repos, me dit-il comme s'il avait lu dans mes pensées. Votre famille est déjà ici, à Sainte-Mangouste. Ils attendront que vous soyez prête.

Il referma doucement la porte derrière lui en éteignant la lumière. Je m'assoupis très vite.

-X-X-

– Elle s'est réveillée, annonça Harry Potter.

Ils soupirèrent de soulagement. Elsa, la mère d'Amy, fondit en larmes, et son mari la prit dans ses bras. Cathy, Yune et Violette étaient ravies.

– On peut la voir ? demanda Violette, pleine d'espoir.

– Elle a besoin de repos, répondit l'Auror. Elle s'est endormie. Vous pourrez lui parler plus tard.

– Mais on peut la voir ? Qu'on soit là quand elle se réveillera…

– A priori, oui. Demandez confirmation à un médicomage.

Les trois jeunes filles se précipitèrent vers un membre du personnel. Harry salua la famille et s'éloigna, songeur. Il était passé voir les Aurors qui avaient combattu à ses côtés. Ils allaient tous plus ou moins bien, certains auraient besoin de congés plus longs que d'autres. Ils pouvaient s'estimer chanceux de s'en être si bien sortis. Certains points restaient flous, mais pour l'heure, Harry était heureux d'être encore vivant et ne cherchait pas à en savoir plus. « On en aura tout le temps plus tard », pensa-t-il.

Il arriva dans le hall de Sainte-Mangouste et se rendit directement à la cafétéria où se trouvait le petit groupe de jeunes. Des cernes effrayants s'étendaient sous leurs yeux hagards. Il était dix-huit heures, et ils avaient refusé de quitter l'hôpital tant que leurs deux dernières camarades ne les auraient pas rejoints. Leurs parents étaient tous passés les voir et avaient essayé de les convaincre de rentrer chez eux, mais ils avaient résisté.

Certains, silencieux, fixaient le fond de café froid dans leur gobelet d'autres discutaient à voix très basse entre eux, sans se regarder. James, immobile jusque-là, dressa la tête quand il vit son père arriver. Il se leva rapidement et vint à lui.

– Comment vont-elles ?

– Amélie Vermeil s'est réveillée. Elle va bien.

James soupira et sourit. Mais l'inquiétude résidait dans ses yeux. Il regarda son père quelques instants, comme s'il attendait qu'il ajoute quelque chose. Mais Harry ne dit rien. James finit par hocher la tête et rejoignit les autres élèves à qui il transmit la nouvelle.

Harry s'éloigna et rejoignit une cheminée pour rentrer chez lui. James lui avait affirmé qu'il ne quitterait pas l'hôpital tant que les deux filles ne se seraient pas réveillées, « question de solidarité ». Lui, en tout cas, ne se priverait pas de retrouver le calme de son foyer pour oublier un peu la nuit passée.

-X-X-

Ma famille vint me rendre visite, puis ce fut au tour de mes amis – et de mes camarades, ceux qui avaient passé la même nuit affreuse que moi. Ginger n'était pas là. Il y eut un moment où nous pleurâmes, tous, sauf les garçons. Gilbert et James n'ont toutefois pas tenu et sont sortis pour « aller aux toilettes ».

Le lendemain, cela faisait trois jours qu'ils restaient à l'hôpital sans raison. Le personnel les mit dehors, sans doute parce qu'il les prenait pour des clochards. Ils durent rentrer chez eux et eurent droit à quelques jours de repos. Poudlard semblait être à des années-lumière de nous.

Je pus également rentrer à la maison. Mes deux meilleures amies et ma demi-sœur s'étaient débrouillées pour sécher leurs stages respectifs et rester avec moi. Je leur en fus extrêmement reconnaissante.

La France m'avait manqué. C'était le printemps depuis peu, les prés étaient verts, les arbres fleuris. Les oiseaux se remettaient à chanter. Ça changeait de la lugubre Forêt Interdite de Poudlard où les feuilles commençaient à peine à réapparaître sur les branches.

– Tu ne m'as pas expliqué, pour les lettres, me dit Violette le deuxième soir, alors que Cathy et Yune venaient de partir.

J'avais évité de parler de tout ce qui concernait cette affreuse nuit jusqu'à aujourd'hui. De toute façon, ils ne posaient pas trop de question. Un médicomage leur avait sûrement parlé de traumatisme psychologique ou je ne sais trop quoi, ce qui, en un sens, était vrai. Jamais je n'oublierais ce qui nous était arrivé.

– C'est encore flou, Vio, lui avouai-je. Mais je suppose que…

Un tapotement à la vitre nous fit tourner la tête vers la fenêtre. C'était un hibou de la poste. Il avait un petit paquet attaché à la patte. Je le gratifiai d'un biscuit et détachai le paquet, qui contenait un parchemin et un livre. Je commençai par le parchemin :

Coucou Amy, c'est Judith. J'espère que tu te remets bien de tout. Nous allons tous très bien, ici. Ginger, quant à elle, est dans le même état que celui dans lequel elle était quand tu as quitté le Royaume-Uni. Les médicomages ne savent toujours pas ce qu'il adviendra d'elle.

Je suppose qu'il y a pas mal de choses que tu n'as pas comprises dans toute cette histoire. Ginger nous en voudra peut-être de tout te dire, mais Roxanne, James et moi avons longuement réfléchi et nous pensons que tu es tout de même un peu concernée. Toutefois, évite d'en parler à tout le monde. Nous ne savons pas comment le prendra Ginger quand elle se réveillera.

« Si elle se réveille », ajouta une horrible petite voix dans ma tête. Je l'ignorai et poursuivis ma lecture.

Ton père biologique était Tyr, le fils d'Odin. Odin était un dieu scandinave, tu le sais sans doute. Ce que tu ignores peut-être, c'est qu'il a réellement existé : il s'agissait d'un sorcier très puissant. Tyr a réussi à l'aide d'un élixir de jouvence à survivre pendant des siècles, en attendant de trouver le moyen de récupérer l'héritage que laissait son père, à savoir ses pouvoirs magiques. Ces pouvoirs avaient été laissés en premier lieu dans un anneau dissimulé et gardé dans le Rhin. Si l'anneau était détruit, il existait une seconde alternative, qui consistait à réveiller Nidhögg – le dragon, je pense que l'as vu l'autre soir – et à le tuer.

L'anneau était gardé par sept animaux magiquement transformés, qu'Odin appela Valkyries. Elles étaient immortelles, un peu comme les phénix. La dernière d'entre elles était Ginger. Lors d'une vie antérieure, elle avait divisé son âme en deux. La deuxième partie de l'âme, tu l'as rencontrée : c'est la femme qui est arrivée en transplanant au milieu du combat. A l'heure actuelle, on ne sait pas où elle se trouve. Elle est en contact mental permanent avec Ginger, donc dès qu'elle se réveillera, on saura si elle va bien ou non.

Si tu te souviens bien, une fille de Serpentard est morte pendant le voyage à Beauxbâtons. C'est Ginger – ou plutôt son double – qui l'a tuée, parce qu'elle essayait de se procurer l'anneau d'Odin. Ensuite, elle a détruit l'anneau en espérant que cela empêcherait la transmission des pouvoirs du « dieu » à qui que ce soit. En vain : elle ignorait qu'Odin avait pris ses dispositions.

Tu sais maintenant à peu près tout, je pense. Nous avons tenu à te le dire parce que toute cette histoire fait de toi la petite-fille d'Odin. La situation est étrange. Penses-en ce que tu veux mais ne te prends pas trop la tête avec ça. Tes vrais parents, ce sont ceux qui t'ont élevée et aimée jusqu'à aujourd'hui.

Je t'ai joins un livre que j'ai emprunté à la Bibliothèque en début d'année et que Pince s'est résignée à m'abandonner. Nous avons appris plus tard que c'était ton père – Tyr – qui l'avait écrit. Lis les pages sur les Valkyries, sur Tyr et sur Ragnarök – la fin du monde, ou plutôt l'événement qui devait permettre à Odin de transmettre ses pouvoirs. Tu devrais mieux comprendre.

J'imagine que tout ce que je te raconte n'a pas beaucoup de sens, d'autant plus que je ne suis pas encore en état de tenir des discours sensés et raisonnables. Mais tout s'éclairera, je l'espère, quand tu en auras appris davantage.

A bientôt et remets-toi vite. Donne-nous de tes nouvelles.

Judith

PS : Tu es en France, n'est-ce pas ? Pourrais-tu m'envoyer du parfum à la lavande ? J'adore ça et celui d'Angleterre n'est pas top. Je te rembourserai quand on se reverra.

– C'est qui ? me demanda Violette quand j'eus fini ma lettre. Et c'est quoi, le livre ?

– Désolée, Vio, je ne suis pas sûre de pouvoir t'en parler… lui répondis-je avec franchise.

– Tu peux me dire, au moins, pour les lettres ? Même une version épurée ?

– Va pour la version épurée, soupirai-je au bout d'une bonne minute de réflexion. Mon prof de Défenses était bien mon père, j'ai pu le confirmer en comparant les écritures. Mais ce n'était pas non plus…

Je mimai « Gary » avec les lèvres. Pas besoin que Maman entende son nom.

– Mon père l'avait tué et avait pris sa place. Ensuite, il a tué un certain Octavius Pendleton en Angleterre et a pris sa place à son tour. Il avait besoin d'emprunter des identités.

– Pourquoi ?

– C'est ça que je ne peux pas te dire. En tout cas, il n'avait pas de bonnes intentions. Heureusement qu'on l'a tué avant qu'il ne fasse plus de dégâts.

Il y eut un silence, pendant lequel Violette fit une drôle de tête. Je compris que c'était ma dernière phrase qui l'avait faite tiquer. « Heureusement qu'on l'a tué ». Oui, je le pensais sincèrement. Je n'éprouvais que de la haine pour ce personnage immonde. Je n'étais pas une personne particulièrement violente, mais, en le sachant mort, je me sentais vengée et satisfaite.

Violette reprit d'une voix lente :

– Dis, Amélie…

Je levai la tête vers elle. Elle me regardait d'un air légèrement inquiet.

– Tu es sûre que ça va ? Je veux dire, apprendre que ton père est – était – un assassin ? Qu'il est mort ?

Je secouai la tête :

– Ce n'était pas mon vrai père. Mon vrai père, c'est celui que je partage avec toi, celui qui m'a élevé. L'autre, mon père biologique, c'est juste un accident. Je ne lui dois rien, et il n'a jamais fait partie de ma vie.

Elle hocha la tête en souriant, soulagée. Je lui rendis son sourire.

– Tu peux me laisser, maintenant ? J'ai quelques heures de lecture qui m'attendent, fis-je en pointant les Mythes et Légendes Scandinaves que Judith venait de m'envoyer.

Violette acquiesça en jetant un coup d'œil curieux au livre, et partit en fermant la porte derrière elle. J'ouvris le livre à la première page et commençai ma lecture, confortablement calée contre mon oreiller, en espérant que cela me permettrait d'oublier momentanément que Ginger était toujours dans un état plus qu'incertain, à des kilomètres de moi, et que je n'y pouvais rien.

-X-X-

Les jours s'écoulaient. Ginger ne se réveillait pas.

Roxanne et Judith venaient quotidiennement, et passaient beaucoup temps à côté du lit de leur amie. Elles lui parlaient comme si elle était consciente et qu'elle pouvait leur répondre à tout moment. Mais à chaque fois qu'elles se taisaient, le même silence inconfortable s'installait, leur rappelant la triste réalité.

Venaient aussi fréquemment James, accompagné de ses deux meilleurs amis, Arthur Wright et Thomas Abercrombie. Ils étaient tous trois très choqués. James n'avait pas eu à expliquer à ses amis ce qu'il s'était passé l'école s'en était chargée. Elle avait divulgué une version arrangée de l'affaire, expliquant simplement que le professeur de Défenses Contre les Forces du Mal était un imposteur, qu'il avait failli réussir à accroître dangereusement ses pouvoirs, mais que les Aurors étaient intervenus à temps. La directrice avait eu du mal à convaincre les parents inquiets que le danger, à présent, était écarté.

D'autres étaient passés dans sa chambre d'hôpital, notamment les membres de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, et, assez étonnamment, Albus Potter – mais aussi et surtout ses camarades qui avaient subi la même nuit. Quand Angèle Champrun venait, elle ne disait rien. Elle s'asseyait sur une chaise à côté et se vernissait les ongles ou lisait un magazine. Mais le fait qu'elle vienne voulait déjà dire beaucoup. Angèle n'était pas démonstrative de nature.

Vendredi, cela faisait cinq jours que Ginger était dans le coma. Roxanne écrivait dans son journal intime et Judith lisait un livre tout en serrant la main de Ginger dans la sienne. La porte s'ouvrit et les deux jeunes filles levèrent la tête. En reconnaissant James, Thomas, et surtout Arthur, Judith sortit immédiatement. Arthur la regarda s'éloigner, indifférent.

– Salut cousin, fit Roxanne en fermant son journal dans un claquement sec et en le rangeant dans son sac.

– Salut, Rox, répondit-il en s'asseyant sur la chaise que Judith venait de libérer. Toujours pas… ?

Il laissa sa phrase en suspens.

– Non, répondit tristement sa cousine.

Ils passèrent un moment à regarder silencieusement le visage paisible de Ginger, comme s'ils s'attendaient à ce qu'elle ouvre soudainement des yeux rieurs et qu'elle s'exclame joyeusement : « J'vous ai bien eus ! ».

– Elle n'a vraiment aucune famille ? demanda Thomas au bout d'un moment.

– Non, répondirent Roxanne et James en chœur.

– Elle n'a que nous, ajouta Roxanne. Ça lui a suffit jusque-là.

Les quatre jeunes restèrent une bonne demi-heure dans la pièce, sans prononcer un mot de plus. Puis Arthur et Thomas se levèrent et s'en allèrent. Eux n'étaient pas exempts de cours. Judith revint peu de temps après et s'assit sur le lit de Ginger.

– Vous croyez qu'elle se réveillera ? demanda tout bas James, presque dans un murmure.

Les deux filles ne répondirent pas.

-X-X-

Lundi, nous reprîmes les cours. J'étais revenue de France la veille, après m'être acheté une nouvelle baguette – l'ancienne avait brûlé avec mon père, si j'avais bien compris, et je n'avais pas l'intention d'utiliser celle que j'avais empruntée à un mort-vivant une semaine auparavant. Je l'avais discrètement enterrée dans le jardin et m'étais rendue avec Yune à Paris dans le quartier sorcier pour m'en procurer une qui ressemblait beaucoup à l'ancienne.

Revoir Poudlard, les élèves qui agissaient tous normalement, avait quelque chose d'impressionnant et de perturbant. Eux n'avaient rien vu passer. Tout était comme d'habitude, ici.

La fin de notre après-midi était libre, car nous n'avions pas de cours de Défenses : Poudlard n'avait pas réussi à trouver assez rapidement un remplaçant. Notre troupe de Gryffondors – James, Roxanne, Judith, Thomas, Freddy, et moi – était allongée dans l'herbe. Arthur, seul, était allé à la bibliothèque.

Judith ignorait superbement les regards curieux qu'on lui adressait et essayait, tout comme Roxanne, de produire de petits sorts avec sa nouvelle baguette. Personne ne s'habituait à ses cheveux courts. Elle les avait portés longs pendant toute sa scolarité, « toute sa vie, même », avait ajouté Freddy en m'expliquant la situation.

Je tournai et retournai dans ma tête ce que j'avais appris avec le livre que m'avait prêté Judith et que je lui avais rendu en revenant à Poudlard – accompagné d'un parfum à la lavande que je lui avais offert. Je ne savais pas trop quoi penser de toutes ces légendes, et en particulier du fait que j'étais la petite-fille d'un « dieu ». Alors, comme me l'avait conseillé Judith, j'avais décidé de tout mettre entre parenthèses. Elle avait raison : ma vraie famille, ce n'était pas celle décrite dans le livre, c'était celle avec laquelle j'avais grandi.

Quant à Ginger… C'était franchement déroutant. Apprenez que l'une de vos amies les plus proches est un vieux corbeau et vous comprendrez.

– A quelle heure on sort ? demanda Judith en touchant inconsciemment la pointe de ses cheveux raccourcis tout en soulevant d'un Wingardium Leviosa une brindille.

Elle parlait évidemment de la sortie que la directrice nous avait accordée pour rendre visite à Ginger à Sainte-Mangouste.

– Dix-neuf heures, normalement, répondit James, qui s'amusait à ensorceler en peignant de différente couleur chacune des fourmis qui sortaient d'un petit trou dans le sol.

– Et il est… ?

– Seize heures.

Je fermai les yeux pour ne pas être aveuglée, alors que le soleil sortait du nuage derrière lequel il était caché depuis un moment. Jamais je ne m'étais sentie aussi… calme. Zen. Je ne ressentais aucune émotion.

Pas pour longtemps.

A ma gauche, Freddy s'agita, et je me redressai. Le professeur Londubat courait à nous. Nous nous levâmes tous, inquiets.

Il arborait un immense sourire.

– Miss Enderson s'est réveillée, annonça-t-il, essoufflé, quand il nous eut rejoints. Elle va bien. On la transfère à l'infirmerie de Poudlard ce soir.