– Elle se réveille ! Elle se réveille !

Je papillonne des yeux, un peu étourdie. Où suis-je ? C'est quoi tout ce bruit ? Et pourquoi ai-je l'impression que quelqu'un me tambourine la tête à coups de massue ? J'entends des pas rapides résonner autour de moi, des visages flous s'agiter devant mes yeux. Le plafond est blanc. Ce n'est certainement pas Poudlard.

Les gens sont en blouse blanche. Des médicomages, alors. Des infirmiers. Je dois être à Sainte-Mangouste. L'hôpital…

Mes souvenirs me reviennent aussi soudainement qu'une claque. Tout le monde par terre, à deux doigts de rendre l'âme, James, Amy, Harry Potter, les Aurors.

Gondul est morte.

Mes yeux restent secs.

C'est comme si quelqu'un venait d'ouvrir mon ventre, d'y mettre une enclume et de recoudre comme si de rien n'était. Le poids sur mon cœur est énorme, insupportable. J'ai même du mal à respirer.

Mais je ne pleure pas. Pour l'instant, j'en suis incapable. C'est au-delà de mes forces.

– Laissez-moi, dis-je faiblement. Fichez-moi la paix.

– Il faut prévenir Poudlard ! crie quelqu'un dans mes oreilles.

– La directrice a dit qu'elle voulait la transférer à l'infirmerie dès qu'elle irait mieux, c'est ça ?

– Tu veux dire qu'ils vont la laisser à cette incapable de Poppy Pomfresh ?

– Allez-vous-en… je continue, bien que personne ne m'écoute. Dégagez…

– C'est de la folie ! Vous avez vu dans quel état on l'a récupérée ?

– Tu parles de la vieille Pomfresh ou de la patiente ?

– Elle vient de sortir du coma !

– Pomfresh n'est pas une incapable ! Ce n'est pas parce qu'à votre époque, elle a… (1)

– Elle va pas si mal, t'exagères ! On attendait juste qu'elle se réveille, non ? On peut la mettre dehors tant qu'elle est suivie médicalement.

– …et elle a bien fait d'ailleurs ! Faut pas oublier que c'est grâce à elle que…

– Elle guérira vite maintenant !

– Hé ! Je crois qu'elle parle.

Tout le monde se tait et se penche vers moi. J'attends que le silence soit complet, puis je remue les lèvres sans produire un son. Les infirmiers se rapprochent davantage, inquiets.

– DEGAGEZ ! je hurle de toutes mes forces.

Ils sursautent puis s'éloignent rapidement. Bon. Au moins, ça marche. Quelques secondes plus tard, il n'en reste plus qu'un ou deux. C'est tout ce que je demandais. Pour l'instant, je veux juste dormir je suis épuisée.

J'aurai tout le temps de pleurer après.

Je suis réveillée un peu plus tard. Je me sens serrée dans les bras de pas mal de gens que je reconnais à peine. Judith, Amy, Roxanne, Freddy, James, Angèle Champrun – c'est à ce moment que je comprends que je dois certainement halluciner.

– Ça ne sert à rien de lui parler, on l'a anesthésiée. Ça soigne un peu moins vite chez elle que chez vous, miss Vermeil.

– Ça se prononce Vermeil. Pourquoi ça ne marche pas ?

– Sans doute que votre condition de métamorphomage vous aide à vous soigner plus vite.

Demi-métamorphomage.

– Mais c'est vrai qu'elle se soigne moins vite que la plupart des patients.

Il y a un court silence, et j'en profite pour me rendormir.

Je rouvre les yeux, me semble-t-il, quelques secondes plus tard. Je mets un petit moment à comprendre que j'ai été transférée dans l'infirmerie de Poudlard. La pièce est plongée dans le noir. La nuit semble tombée depuis longtemps.

Gondul est morte.

Je regarde ma main droite. La bague n'y est plus, évidemment. Il y a simplement une bande de peau un peu plus blanche à l'emplacement où se trouvait l'anneau. Le vide est complet dans ma tête. Là où Gondul avait l'habitude de me parler, de s'exprimer, de vivre, il n'y a plus qu'une phrase qui se répète, lancinante. Gondul est morte, Gondul est morte, Gondul est morte.

Je ne la reverrai plus jamais, ne lui reparlerai plus jamais.

Mes yeux me brûlent mais je suis toujours aussi incapable de pleurer. Et le poids dans mon ventre s'alourdit.

– Ginger ?

Je tourne la tête. James est là, assis à côté d'une fille dont je ne peux voir le visage, caché sous la cape d'invisibilité. Il me dévisage, à la fois ravi et inquiet.

– Ginger ? Tu m'entends ? Tu es réveillée ?

– Moui, je grommèle en me laissant retomber sur l'oreiller, ce qui casse son enthousiasme.

Je me redresse cependant quelques secondes après :

– Tu vas bien ?

– C'est à moi que tu demandes ça ? fait-il, au comble de la surprise. Bien sûr que je vais bien. Je n'avais presque rien, les autres non plus. Et Amy, ça fait six jours qu'elle s'est remise.

– Six jours ?

– On est lundi. Ça faisait une semaine que tu étais dans le coma. Nous sommes passés te voir tous les jours. On t'a transférée à Poudlard tout à l'heure. Il y a eu un gros débat à Sainte-Mangouste pour savoir si on pouvait te laisser partir mais Pomfresh a estimé que tu serais mieux à Poudlard avec nous que seule à l'hôpital.

Il reprend son souffle. Je ne dis rien. Je n'ai pas très envie de parler.

– Amy et moi n'arrivions pas à dormir aujourd'hui donc nous avons décidé de te rendre visite. Elle s'est endormie, elle est encore fatiguée, elle a eu un gros choc. Mais toi, c'était pire, quand tu es tombée du dragon… Au fait, comment ça s'est terminé ? Tu sais où est Gondul ?

Je ferme les yeux et cale ma tête contre l'oreiller, en essayant de calmer les battements de mon cœur.

– Au paradis, j'imagine. Ou alors en enfer. Tyr l'a assassinée.

– Je… je suis désolé, balbutie-t-il en me prenant la main pour me réconforter.

Bien maigre réconfort.

– Qui l'a tué, alors ? Toi ?

– Non. Hildr est venue après. Elle est tout de suite repartie. Personne ne l'a vue. J'imagine qu'elle a encore de nombreuses vies devant elle.

J'entrouvre les yeux pour voir le visage sincèrement désolé de James, puis les referme. Toujours ce vide affreux dans ma tête. Gondul est morte, Gondul est morte, Gondul est morte.

– Ginger ? Ça va ?

– A ton avis, je murmure. J'ai perdu la moitié de moi-même, littéralement. Tu crois que ça va ? Franchement ?

– Désolé… je ne voulais pas te…

– Vas-t-en.

– Mais je…

– Dégage, Potter. Tu me fatigues. J'ai besoin d'être seule.

Il masque très vite son air blessé par de l'indifférence, puis il secoue Amy pour la réveiller. Elle soulève la cape et je vois ses yeux écarquillés briller dans la nuit, mais avant qu'elle n'ait pu dire un mot, James la tire derrière lui et la cape retombe sur eux. Un court moment plus tard, la porte de l'infirmerie s'ouvre, puis se referme. Ils sont partis.

Je m'assieds sur mon lit, incapable de fermer l'œil. Avant, j'avais un semblant de famille. J'avais une histoire, j'avais Gondul, j'avais l'Horcruxe, j'avais les autres Valkyries dans ma tête. J'avais un passé. Maintenant, je n'ai rien du tout, plus aucune preuve, juste des souvenirs qui ne reposent sur rien.

Je suis seule. Définitivement, désespérément seule.

-X-X-

– Mais que…

– Je t'explique dans la salle commune.

Le visage de James était fermé. Aucune émotion ne transparaissait. Nous arrivâmes finalement dans la salle commune et nous pûmes retirer la cape d'invisibilité. Je m'assis sur un fauteuil et lui s'allongea sur un canapé défoncé, devant le feu de cheminée.

– Elle a commencé à s'énerver, elle voulait qu'on s'en aille, révéla-t-il. Gondul – enfin, son double – elle est morte, c'est ton père qui l'a tuée. Elle me l'a dit juste avant de nous renvoyer. Elle disait qu'elle avait besoin d'être seule.

– N'importe quoi. Elle a passé des mois avec elle dans la tête. Elle a besoin de réconfort, maintenant, pas d'être seule !

– Je ne voulais pas me disputer. Elle risquait de réveiller Pomfresh.

C'était James qui avait eu l'idée d'aller à l'infirmerie. Il était deux heures et demi, je n'arrivais pas à m'endormir alors j'étais descendue avec le livre de Judith dans l'espoir de trouver le sommeil. James était déjà là, regardant pensivement le feu. En me voyant arriver, il m'avait tout de suite proposé de rendre visite à Ginger. Un peu comme s'il pesait le pour et le contre avant que je ne vienne. Peut-être qu'il cherchait simplement le courage d'aller la voir.

Une fois dans l'infirmerie, je m'étais rapidement assoupie. Il n'y avait aucun bruit. C'était très calme, tout ce que je demandais. James m'avait réveillée plus tard, au moment de partir. A présent, il était quatre heures du matin.

Sentant la fatigue venir, je souhaitai une bonne nuit à James et remontai me coucher. J'étais pourtant à peu près sûre que ce ne serait certainement pas une bonne nuit qu'il passerait.

oOoOo

Le lendemain, nous rendîmes à nouveau visite à Ginger, avec toute une bande de Gryffondor : Freddy, Theodore, Charles, Arthur, Thomas, James, Judith, Roxanne et moi. Ginger avait l'air malheureuse et mal à l'aise. Elle mit tout cela sur le compte de la fatigue et tout le monde la crut, sauf moi. Mrs. Pomfresh arriva cinq minutes plus tard et nous mit tous dehors. Cela semblait arranger Ginger mais personne d'autre ne le remarqua.

Je revins plus tard dans la journée, seule. Je m'assis à côté d'elle. Elle était réveillée et fixait la fenêtre devant elle.

– Coucou, dis-je au bout d'un moment.

– Coucou.

Elle se replongea dans le silence. Elle avait besoin de soutien, c'était clair. Mais comment apporte-t-on du soutien à quelqu'un qui a perdu un être cher ? Je ne m'étais encore jamais trouvée face à une telle situation.

Je décidai simplement de lui changer un peu les idées :

– Je suis au courant, pour l'histoire des Valkyries.

Elle ne parut même pas surprise.

– Il fallait bien que tu le saches un jour, répondit-elle simplement.

Je détestais la Ginger en face de moi. Elle était amorphe, sans vie. Je l'avais toujours vue joyeuse, ou en colère, c'était une vraie de force de la nature, vive et indomptable. Aujourd'hui, plus rien ne semblait l'atteindre ou réveiller la petite étincelle de malice qu'elle avait toujours dans les yeux.

– Tu t'en fiches, que je le sache ? lançai-je, espérant la provoquer.

– Ça n'a plus d'importance, maintenant, continua-t-elle sur le même ton. Qu'est-ce que ça peut faire. Tout Poudlard pourrait l'apprendre, ça me serait complètement égal.

– Je suis ton amie, Ginger ! m'écriai-je. Pas « tout Poudlard » ! Je veux t'aider, pas être une simple spectatrice de tes problèmes. Regarde dans quel état tu es ! Tu te souviens qui tu étais, avant ?

– Avant, c'était avant. Maintenant, les choses ont changé. Et tu n'y peux rien, Amy. Personne n'y peut rien.

– Votre visite a duré assez longtemps, Miss, fit Pomfresh en entrant dans la pièce.

– Oui, oui, Madame, j'y vais. Ginger, je reviens tout à l'heure.

– Si tu veux, dit-elle.

Sous-entendu : « je m'en fiche ».

– A plus, lançai-je par-dessus mon épaule, irritée et attristée par son comportement.

Je ne l'entendis pas répondre.

oOoOo

Coucou, ma petite Maman ! J'espère que tout va bien de votre côté.

Moi, ici, ça va. Ginger s'est réveillée hier, après avoir passé une semaine dans le coma. Les médicomages sont sûrs qu'elle s'en sortira très bien. Physiquement, elle n'a plus aucun problème – à part un énorme œil au beurre noir.

Le hic, c'est qu'elle est très, très déprimée en ce moment. Si j'ai bien compris, elle a vu mourir devant ses yeux une personne dont elle était très proche. J'essaie d'être présente, de la distraire, je lui raconte ce qu'il se passe en classe – elle est encore trop assommée par les anesthésiants pour pouvoir suivre un cours – mais en vain : elle est toujours aussi triste.

Tu ne vas pas être contente, mais c'est mon amie et je dois le faire pour elle : je vais rester ici pendant les vacances. Tous les autres font pareil. Je ne fais que te prévenir, donc même si tu es contre, je reste : je peux faire mes choix maintenant que je suis majeure. C'est vraiment important, pour elle, et pour moi.

J'espère que tu comprendras. Je vous embrasse tous très fort. A bientôt.

Amélie

-X-X-

– Je crois que vos amis vous aiment beaucoup, dit Pomfresh en changeant le coussin de mon lit.

Je crois que je préférerais que tu la fermes.

– Vous avez de la chance qu'ils soient aussi présents pour vous alors que vous traversez une période difficile. Alors pourquoi les repoussez-vous ?

– Pas vos oignons, je grogne.

– Si, parce que vous êtes ma patiente et que votre état physique s'améliorera plus vite quand vous serez moins triste, c'est la raison pour laquelle on vous a transférée ici d'ailleurs. Cela fait trois jours que vous utilisez un lit de l'infirmerie.

– Pas comme si vous en aviez besoin.

– Ça suffit avec ce ton ! s'écrie-t-elle. Soyez mature et arrêtez de vous comporter comme une gamine, Miss. Vous n'avez pas la vie facile en ce moment, soit. Mais ça arrive à tout le monde !

– Ça, j'en doute.

– Si, ça arrive à tout le monde. Pas de la même façon, peut-être. Mais on a tous des hauts et des bas, et il faut apprendre à vivre avec. Maintenant, buvez-moi ça et dormez. Et j'espère que vous serez moins ingrate en vous réveillant !

C'est ça, c'est ça. Fiche-moi la paix.

oOoOo

Le lendemain, j'ai une visite à laquelle je ne m'attendais pas.

Harry Potter entre dans l'infirmerie et s'assied à côté de moi. Je suis réveillée mais je ne lui dis pas bonjour. J'essaie de lui envoyer des messages télépathiques. Fiche le camp. Vas-t-en. Laisse-moi tranquille. Je veux pas te parler. Dégage.

Ça ne marche pas très bien.

– Bonjour, Miss Enderson.

Au revoir.

Non, décidément, ça ne marche pas du tout. Je connaissais quelqu'un avec qui ça marchait…

Toujours pas de larme. Je n'ai pas encore pleuré et chaque jour le poids dans mon cœur s'enfonce.

– Bonjour, je souffle.

– Je n'ai pas eu le fin mot de l'histoire. Qui a tué votre professeur de Défenses ? Gwenaëlle Andres ?

Je me mords la lèvre. Le tact, lui, il ne connaît pas.

– Non. Et ce n'était pas moi non plus.

– Qui, alors ?

Je ne réponds pas.

– Je peux vous faire parler.

– Est-ce que ça vous a servi à quelque chose de savoir qui avait tué Tove Kausmaki ? Non. Gon – Gwenaëlle agissait pour le bien, elle était de votre côté. Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est pareil pour la personne qui a tué Pendleton. De toute façon, je ne sais même pas qui c'est exactement.

– Et vous savez où est Gwenaëlle ?

Je ferme les yeux et me mords un moment la langue avant de répondre lentement :

– Oui, je le sais. Elle est morte. Pendleton l'a tuée.

Il garde le silence. Sans doute qu'il la croyait indestructible.

– …c'était votre Horcruxe ?

J'ouvre brutalement les yeux.

– Comment vous… Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

– Donc vous savez ce qu'est un Horcruxe. Et pourquoi vous l'êtes-vous fait ? Qui avez-vous tué pour le fabriquer ?

– Vous allez me mettre à Azkaban, c'est ça ? Je m'en fiche. Faites-vous plaisir.

– Répondez à mes questions, répliqua-t-il, imperturbable.

– C'est compliqué, d'accord ? m'énervai-je. Elle a fait l'Horcruxe pour le bien, je vous ai dit que c'était quelqu'un de bien, et elle a bien fait de tuer la personne qu'elle a tué pour le fabriquer !

– C'est un peu gros, quand même ! s'écrie-t-il. Combien de personnes a-t-elle tué « pour le bien » ?

– Elle a été poursuivie pendant des mois par des Aurors. Elle avait largement les capacités de tous vous faire passer l'arme à gauche, et ce ne sont pas les scrupules qui l'auraient arrêtée. Dites-moi, combien d'Aurors a-t-elle assassiné ?

Il ouvre la bouche, la referme. J'ai marqué un point.

Elle, elle savait qui étaient ses amis et qui ne l'était pas. Ce que je peux vous dire, c'est que moi, Ginger Enderson, dix-sept ans, n'ai jamais tué personne.

Comme ça, je ne mens pas.

– Et comment faites-vous un Horcruxe sans tuer personne ?

– Ce n'est pas moi qui l'ai fait.

– Ah oui ? On vous l'a fait pour vous ? raille-t-il.

– Mr. Potter, vous fatiguez ma patiente, s'exclame Pomfresh en déboulant dans l'infirmerie. Cela fait assez longtemps que vous êtes là. Allez-vous-en maintenant.

– Mais je…

– Allez !

Intimidante même face à des Aurors de quarante ans. Mrs. Pomfresh, toujours imitée, jamais égalée.

– Vous n'avez qu'à demander à James, je lance avant qu'il ne s'en aille. Il sait tout.

Quoi ? James ne m'a rien dit ?

– DEHORS !

Pour une fois, j'aime bien Pomfresh.

Je ne me sentais pas de tout raconter à Harry Potter à propos des Valkyries. C'était mon histoire, ça ne l'est plus aujourd'hui. Parce que Gondul est morte.

Gondul est morte, Gondul est morte, Gondul est morte.

Une larme perle au coin de mon œil, puis glisse le long de ma joue et s'écrase contre mon coussin.

Je fonds en larmes. Le poids dans mon ventre s'est envolé. Maintenant, il y a un énorme creux, comme si on venait de m'arracher mon cœur et mes tripes en même temps. J'ai affreusement mal.

Gondul est morte, Gondul est morte, Gondul est morte.

-X-X-

– Pourquoi elle… ?

– Le contrecoup, j'imagine, marmonna James sombrement.

Nous étions réunis dans la Grande Salle et personne d'entre nous ne mangeait – sauf Freddy et Theodore. Ces deux-là, rien ne pouvait les arrêter tant qu'il s'agissait de se nourrir.

Nous étions passés à l'infirmerie quelques minutes auparavant et Pomfresh nous avait repoussés d'emblée. « Elle pleure depuis cet après-midi. Elle n'est pas en état de vous voir, elle a refusé la moindre visite. »

Cela ne m'étonnait qu'à peine. Ginger n'était pas le genre de fille qui aimait être vue en position de faiblesse. Mais elle avait tout de même besoin de soutien, j'en étais certaine. Les amis ne sont pas là seulement pour les bons moments, pour rire et pour délirer, ils sont aussi et surtout là pour aider dans les moments difficiles c'était ce que mon beau-père m'avait répété toute mon enfance. Ginger devait se sentir affreusement seule. Ce n'était pas en la laissant se lamenter à l'infirmerie sans compagnie qu'elle irait mieux.

Mais personne ne semblait vouloir aller contre les désirs de Ginger. En outre, ils devaient être déjà assez choqués de savoir qu'elle pleurait. Ginger, c'était la figure de la fille forte, courageuse, qui n'avait peur de rien. Ils refusaient tous de changer de point de vue et de voir qu'elle était comme n'importe qui. Ce qui pouvait être dangereux.

Jusqu'où cela irait-il ?


(1) Si vous voulez savoir tout le bazar que Pomfresh a mis à Sainte-Mangouste au point que la moitié du personnel de l'hôpital la déteste, lisez donc A Day In The Life. Si vous aimez l'humour de Ginger, vous allez adorer celui de Poppy !A vendredi prochain… ou celui d'après ;)