Ce roman est une œuvre de fiction. Bien qu'inspirée par les personnages et l'univers créés par Jane Austen, il ne reprend pas directement ses textes originaux et est une création indépendante.

Les personnages et certains éléments de l'intrigue sont inspirés du roman de Jane Austen,Orgueil et Préjugés,Raison et Sentiments.

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Lorsqu'elle s'était rendue dans la pièce principale, elle avait trouvé un coin tranquille près de l'orchestre qui jouait du jazz - Fitzwilliam n'avait pas lésiné quant à la préparation de la fête d'anniversaire de son ami, cela la fit sourire. Et tandis qu'elle sirotait un verre du punch soigneusement préparé, elle se rémémorra sa rencontre avec Fitzwilliam Darcy, quelques mois plus tôt.

Jane venait de décrocher un nouvel emploi d'assistante administrative dans une grosse entreprise du secteur de la mode, et elle voulait fêter cela. Elle les avait alors trainées, Charlotte et elle dans l'un de ces bars branchés à Paris où se mélangeait étudiants de dernières années, jeunes diplômés et travailleurs.

Elles s'étaient toutes les trois - pour une fois - préparées pour l'occasion. Même si cela n'était pas le fort de Lizzie, quand il s'agissait de faire plaisir à Jane, elle se retrouvait capable de beaucoup. Même se retrouver dans un bar, alors qu'elle aurait préféré être au fond de son lit avec un bon livre.

C'est là que Jane avait fait la connaissance de Charles.

Et c'est également là qu'elle avait fait la désagréable rencontre de Fitzwilliam Darcy. Un homme aussi attirant qu'arrogant.

10 août 2024 - Point de vue d'Elisabeth.

Je n'étais pas ravie d'être ici. Les bruits des voix, les éclats de rire, le bourdonnement des conversations m'envahissaient. Pourtant, Jane, tout sourire et pleine d'enthousiasme, n'avait cessé de me convaincre que cette soirée serait la soirée. Pour elle, je serais prête à tout. Même à l'inconfort d'une foule bruyante. Charlotte, quant à elle, s'était déjà perdue dans la danse, mais Jane et moi étions restées un peu en retrait, une fois de plus décalées de l'énergie qui flottait dans l'air.

C'était dans cette ambiance un peu trop vivante que tout se joua. Jane, comme toujours, était un rayon de soleil, sa douceur attirant naturellement l'attention des hommes autour d'elle. C'était là, près du bar, alors qu'elle cherchait un verre de ce fameux cocktail sucré que l'on servait ce soir-là, que son regard croisa celui d'un homme élancé, un sourire enjoleur aux lèvres.

Il était là, debout, un verre à la main, mais ce n'était pas lui qui m'intéressait en cet instant. Ce qui attira mon attention fut la manière dont Jane réagit. Ce petit éclat de surprise dans ses yeux, un sourire qui naquit doucement, puis se déploya de façon un peu timide. Elle baissa un instant les yeux avant de le relever, comme si elle venait d'être captivée par une présence qu'elle ne s'attendait pas à ressentir.

Il s'approcha, avec cette aisance naturelle que je reconnaissais chez certains, une grâce désinvolte qui semblait lier sa personne à cet environnement particulier. Ses manières étaient pleines de délicatesse, comme si chaque mot qu'il disait avait été soigneusement choisi pour flatter et rassurer.

"Je crois que nous n'avons pas encore été présentés. Charles Bingley", dit-il d'une voix chaude, un sourire en coin. Jane sembla hésiter une fraction de seconde avant de répondre, sa voix légèrement tremblante.

"Jane Bennet", dit-elle, avant d'ajouter en riant doucement, "C'est un plaisir."

Et là, sans que je ne puisse m'en empêcher, un léger malaise s'insinua en moi. Jane était de plus en plus absorbée par lui, ses yeux brillaient d'un éclat qui m'était familier, comme une douce reconnaissance, une sorte d'adhésion spontanée. C'était une première rencontre, mais elle semblait déjà le trouver captivant, et je ne pouvais m'empêcher de le remarquer.

Je me détournais alors pour ne pas être trop visible dans cette scène. Je n'étais jamais la meilleure dans ces moments-là, toujours trop observatrice. Mais ce n'était pas mon regard qui comptait. C'était celui de l'ami de Charles, posté en retrait, qui capta mon attention.

À quelques mètres de là, l'atmosphère autour de lui semblait différente. Il était là, solitaire, appuyé contre un mur, observant la scène avec un détachement évident. Dès que mes yeux se posèrent sur lui, j'eus l'impression qu'il mesurait chaque détail de l'instant, jugé chaque mouvement, chaque sourire échangé. Il ne souriait pas, et son regard, bien qu'intense, manquait de chaleur. C'était un homme dont l'arrogance se dégageait à la fois dans la posture et l'attitude, une attitude qui m'irrita presque immédiatement.

Et je compris alors : c'était lui, en arrière-plan, qui allait être une partie de cette soirée que je redoutais. Son regard avait effleuré le coin de la pièce où Jane et Charles se trouvaient. Je n'étais pas sûre de ce que je voyais, mais je sentis un changement subtil dans l'atmosphère. Cet homme n'était pas de ceux qui se laissaient facilement échapper dans la foule. Non, il observait, il calculait, tout en restant distant.

Je l'observais encore une fraction de seconde avant de détourner à nouveau les yeux, un malaise que je n'arrivais pas à définir me serrant la gorge. Pourtant, quelque chose dans cet instant me disait que cet homme allait jouer un rôle bien plus important dans cette soirée, voire dans l'histoire qui s'annonçait, et je n'étais pas prête à ce que cela signifie.

C'est alors que Jane, décidément insouciante de mes pensées, s'avança vers moi, toujours rayonnante. Elle semblait plus vive que jamais.

"Elizabeth, viens, il faut que je te présente Charles à nouveau, et puis, bien sûr, Fitzwilliam, qui se cache toujours derrière son indifférence." Elle rit doucement, comme si c'était un détail sans importance.

Je la suivis, me sentant soudainement plus visible, presque comme une intruse. Mais je n'avais guère le choix. C'était le rôle que j'avais choisi ce soir-là.

"Elizabeth, voici Fitzwilliam Darcy", dit-elle en désignant l'homme en retrait, celui qui avait capté mon attention quelques instants plus tôt. "Il est un peu plus difficile à approcher, mais sous ses airs distants, c'est un homme d'une grande intelligence."

Je n'étais pas sûre de ce que je ressentais. Les mots de Jane semblaient doux, mais dans mon esprit, l'homme en face de moi demeurait une énigme qu'il me semblait impossible de résoudre. Je lui tendis la main, et il la saisit, mais son contact était glacial, presque mécanique.

"Enchantée, Miss Bennet", dit-il d'un ton mesuré, son regard me frôlant à peine, comme si j'étais une simple figure dans le décor. Aucun sourire. Pas un mouvement qui trahît la moindre chaleur. Je ne pouvais m'empêcher de me sentir sur la défensive.

"Le plaisir est pour moi", répondis-je, plus par convention que par réel désir d'échanger. Je n'avais pas l'intention de me laisser piéger par sa froideur. Pourtant, quelque chose dans son attitude me perturbait profondément. Son regard avait effleuré le mien un instant de plus, mais il ne semblait pas y avoir de véritable intérêt. Juste une évaluation distante.

Je pris une profonde inspiration, décidée à ne pas laisser ce premier échange influencer l'ensemble de la soirée. "J'espère que vous apprécierez la fête", ajoutai-je, ma voix un peu plus sèche que je ne l'aurais voulu.

Il me dévisagea un instant, son regard profond et scrutateur, puis, sans un mot supplémentaire, se détourna presque imperceptiblement. Il n'avait pas l'air d'être du genre à s'attarder sur des banalités, et je me sentis soudainement un peu idiote d'avoir essayé d'engager une conversation.

"Alors, Charles, dites-moi, vous venez souvent à ce genre de soirées ?" tentai-je de détendre l'atmosphère, me tournant vers le jeune homme plus accessible. Mais derrière moi, l'attention de Darcy ne semblait jamais totalement détournée. Il restait là, observant, comme un spectateur détaché, se nourrissant de chaque détail sans jamais pleinement s'y impliquer.

"Pas vraiment", répondit-il avec un sourire sincère. "En fait, je dois avouer que c'est un peu grâce à un ami à moi, un ami assez insistant, qui nous a poussés à sortir ce soir. Il m'a convaincu que ça serait une bonne idée. Et je dois dire que je ne regrette pas." Il me jeta un regard complice, et je compris qu'il parlait évidemment de sa rencontre avec Jane.

"Un ami insistant, donc", répondis-je en riant. "Ça doit être quelqu'un de très persuasif."

"Un vrai expert en persuasion, c'est certain", confirma-t-il, en hochant la tête. "Mais je suis content d'avoir cédé. Jane est... différente des autres, vous savez ? Très agréable à connaître." Il tourna les yeux vers elle, qui se trouvait encore avec quelques invités, son rire léger et insouciant flottant dans l'air. "Elle a une sorte d'énergie contagieuse."

Je ne pus m'empêcher de sourire. Il semblait sincèrement séduit par Jane, et je n'étais pas surprise. Elle était belle, charmante et vivante, impossible de ne pas être frappé par son énergie. Mais Charles semblait porter un intérêt plus profond, et je me demandais où cela les mènerait.

"Eh bien, il semblerait que vous soyez déjà conquis", remarquai-je avec un sourire amusé.

"Je dirais que c'est plus que cela", répondit-il, ses yeux brillant d'un éclat doux et sincère. "Mais oui, je suis content de l'avoir rencontrée. C'est un bon début, non ?"

Juste à ce moment-là, Jane s'approcha de nous, un sourire radieux illuminant son visage. Elle semblait encore plus épanouie qu'avant, et sans qu'elle ait besoin de dire un mot, Charles s'empressa de lui proposer :

"Jane, cela fait un moment que je n'ai pas eu l'occasion de danser. Que diriez-vous de m'accorder cette danse ?" Son ton était léger, presque complice, comme une invitation naturelle à continuer ce qu'ils avaient commencé.

Elle sembla d'abord surprise, puis son sourire s'élargit encore plus, comme si l'idée était aussi évidente que bienvenue. "Avec plaisir, Charles", répondit-elle, et avant même que je ne puisse en dire plus, elle se tourna vers moi. "Elizabeth, je vous laisse profiter de la soirée. Amuses-toi bien !"

Je restai là, observant leurs silhouettes se fondre dans la foule, une étrange sensation d'isolement me gagnant. Jane semblait être exactement là où elle devait être, et je me réjouissais de son bonheur, mais en même temps, je sentais le vide de cette solitude autour de moi. La soirée continuait, mais il me semblait que tout avait changé avec ce petit éloignement.

Je tournai alors un regard furtif vers Darcy, qui n'avait toujours pas bougé de sa place en retrait, observant la scène avec une intensité glacée. Il restait à l'écart, inaltéré par l'animation qui l'entourait, comme s'il appartenait à un autre monde.

"Je suppose que ce n'est pas parce que Charles a invité votre sœur danser que je serai contraint de vous tenir compagnie, Miss Bennet."

Il n'y avait aucun sourire, aucune chaleur dans ses mots. Juste cette même arrogance qui se dégageait de sa posture. Je le fixai un instant, tentant de capter le sens de sa remarque. Il n'avait pas l'air d'un homme qui se souciait beaucoup des convenances. En fait, tout chez lui semblait indiquer qu'il ne s'embarrassait pas des interactions superficielles.

Je pris une grande inspiration, mes lèvres se pinçant légèrement. "Je ne vous ai pas demandé de me tenir compagnie, Monsieur Darcy", répliquai-je d'un ton sec, sans même me laisser troubler par la désinvolture de ses paroles.

Je sentis une pointe de défi dans ses yeux, mais il ne réagit pas. Il restait là, immobile, comme un mur de glace que je n'avais aucune intention de tenter de briser.

La conversation ne semblait avoir nulle part où aller, et un léger agacement commença à se former dans ma poitrine. Je n'étais pas venue ici pour échanger des banalités avec un homme aussi distancié. Je fis donc un mouvement pour me détourner, ne voulant plus perdre de temps avec lui.

"Je pense que je vais aller retrouver mon amie", dis-je d'une voix un peu plus forte, comme pour signifier la fin de cette interaction. "Elle doit être quelque part dans la pièce."

Et sans attendre sa réponse, je m'éloignai, alors que je me dirigeais vers Charlotte, qui discutait. Je n'avais aucune envie de me retrouver coincée dans une conversation vide avec Darcy, et, à cet instant, la compagnie de Charlotte me semblait bien plus agréable.

Derrière moi, je pouvais sentir le regard de Darcy peser sur moi, mais je ne lui accordai aucune attention. C'était exactement ce que je voulais : me libérer de son emprise silencieuse.

"Alors, Elizabeth, comment s'est passée la conversation avec ce mystérieux gentleman ?" lança-t-elle, d'un ton à la fois moqueur et curieux, ses yeux cherchant Darcy du regard.

Je lui jetai un regard, déjà prête à répondre. "Eh bien, disons que sa courtoisie est aussi glacée que son regard", répliquai-je d'un ton sec. "Il a trouvé que ce n'était pas son rôle de tenir compagnie à une personne simplement parce que son ami a invité ma sœur. Un homme bien agréable, n'est-ce pas ?"

Charlotte éclata de rire, son ton devenant soudainement plus ironique. "Je vois que tu as déjà fait une belle impression ! C'est le genre d'homme qui se donne des airs mystérieux pour se rendre plus intéressant, je parie. Il faut bien que les gens un peu distants aient leurs propres méthodes de briller dans une soirée."

Je regardai Charlotte, une légère grimace sur le visage, tout en suivant son regard vers Darcy, qui se tenait toujours à l'écart, observant la scène sans s'impliquer. "C'est exactement ça. Je doute qu'il sache vraiment ce que cela signifie être agréable ou, je ne sais pas, humain, peut-être." Je secouai la tête, agacée. "Il m'agace déjà."

Charlotte plissa les yeux, comme si elle essayait de juger Darcy d'un regard plus attentif. "Hmmm, c'est lui, n'est-ce pas ? Ce grand homme un peu trop impeccable qui se tient toujours dans son coin, un air... je ne sais pas, comme s'il faisait partie d'un autre monde."

"Exactement", répondis-je avec un sourire sarcastique. "Et il semble que ce monde dans lequel il vit soit bien loin de celui où les gens, comme moi, cherchent des échanges simples et honnêtes."

Charlotte haussait les sourcils, son regard se posant un instant sur Darcy. "C'est drôle, tu sais, il semble avoir l'air un peu... distant, mais ça peut aussi être de l'élégance, non ? Peut-être qu'il ne veut tout simplement pas se mêler aux petites conversations superficielles."

Je haussai les épaules, un brin exaspérée. "Je n'appelle pas ça de l'élégance, Charlotte, c'est juste un moyen de se donner des airs. Si c'est de l'élégance, je la préfère dans la compagnie de quelqu'un qui sait apprécier les plaisanteries et les discussions simples."

Charlotte sourit, mais d'un air plus réfléchi. "Eh bien, il doit sûrement intriguer d'autres personnes ici. Je vois des regards admiratifs se poser sur lui. Mais, entre nous, tu n'as pas l'air de vouloir lui accorder une chance. Et je te comprends. Ces hommes-là sont souvent plus intéressants dans leurs airs mystérieux que dans leurs paroles."

Je jetai un dernier coup d'œil vers Darcy, un léger agacement se formant dans ma poitrine. "Je doute qu'il ait grand-chose à dire, à vrai dire. Et même si ça se trouve, il est beaucoup plus à l'aise dans un coin avec son propre reflet qu'en compagnie d'autres gens."

Charlotte éclata de rire à ma remarque, ses yeux brillants d'amusement. "Tu as peut-être raison. Mais ne t'en fais pas, Elizabeth. Peut-être que ce mystère qu'il projette lui sert à cacher quelque chose de bien moins... intéressant."

"Je n'ai pas l'intention de le découvrir," répondis-je en haussant les épaules. "Ce genre d'énigme ne m'attire pas."

Charlotte me lança un regard complice. "Je te comprends bien. Et entre nous, je préfère de loin passer une bonne soirée avec des gens plus... accessibles."

Je souris, soulagée d'avoir échappé à une conversation qui ne m'intéressait guère, et ensemble, nous nous éloignâmes un peu, cherchant à profiter de la soirée à notre manière.

La soirée avançait à toute vitesse, la musique du bar pulsant dans mes oreilles, les voix des invités se mêlant dans un brouhaha constant. Charlotte et moi étions en quête d'un peu de calme, mais dans un endroit comme celui-ci, c'était loin d'être facile. Le bar était bondé, avec des groupes d'étudiants et de jeunes diplômés qui semblaient profiter de chaque instant. L'ambiance était détendue, mais pour moi, cela restait une atmosphère un peu étrangère. Je n'étais jamais très à l'aise dans ce genre de cadre, préférant de loin les soirées plus tranquilles.

Charlotte, elle, semblait se régaler, se plongeant dans des conversations légères avec les autres invités, attirant les regards par son énergie. Quant à moi, je restais en retrait, me contentant de siroter mon verre tout en observant la scène. Il fallait dire que ce bar était le genre d'endroit où les gens se côtoyaient sans vraiment se voir, un peu comme des pièces dans une grande machine sociale.

Au bout d'un moment, Charlotte me proposa de me joindre à elle pour discuter avec un groupe qu'elle avait repéré de l'autre côté du bar. Nous traversâmes la pièce, m'efforçant de ne pas trop me laisser emporter par l'agitation. Mais alors que nous approchions du groupe, un échange de regards attira mon attention. C'était Charles, en compagnie de Darcy, à quelques pas de nous, en retrait près du comptoir. Charles semblait toujours aussi jovial, tandis que Darcy, quant à lui, se tenait légèrement en retrait, une attitude qui ne m'était pas inconnue maintenant.

Je n'avais pas remarqué qu'ils nous observaient jusqu'à ce que Charlotte, intriguée, me fasse un signe discret du menton. Nous nous éloignâmes légèrement, nous glissant discrètement vers une autre table, mais assez près pour entendre les bribes de leur conversation.

"Oh allez William, détend toi ! Cette soirée est très appréciable." Il marqua une pause, et fixa son ami d'un regard inquisiteur. "Tu pourrais même trouver une bonne compagnie auprès d'Elisabeth, la soeur de Jane. Elle me parraît aussi vive d'esprit que tu l'es, votre conversation pourrait être appréciable."

"Elle est passable, mais pas assez jolie pour me tenter," dit Darcy, la voix basse, presque imperceptible sous le bruit ambiant du bar.

Charlotte et moi échangeâmes un regard, à moitié choquées. Les mots de Darcy étaient durs, et pourtant, il parlait comme si rien ne pourrait troubler sa certitude. Je sentis une vague d'agacement monter en moi, mais je n'étais pas sûre si c'était à cause de ce qu'il disait ou de la façon dont il le disait, avec un détachement glacial.

Charles répondit alors, un peu plus léger dans ses propos. "Mais tu sais, tu pourrais être surpris. Elle a ce truc, même si ce n'est pas ce que tu recherches." Sa voix se voulait désinvolte, comme s'il tentait de désamorcer une tension qu'il ne comprenait probablement pas.

Darcy garda son ton impassible. "Peut-être. Mais elle manque de ce petit quelque chose, Charles. Elle n'a pas ce regard, ce... je ne sais quoi. Ce n'est pas ce qui m'attire."

Je sentis mon estomac se serrer, presque instinctivement, comme si ces paroles m'avaient frappée de plein fouet. D'un autre côté, Charlotte, qui écoutait en silence, haussait les sourcils, un sourire nerveux sur ses lèvres. "Il est... direct, n'est-ce pas ?"

"Je dirais plutôt cruel," répliquai-je, mes mots sortant presque involontairement, l'irritation perçant dans ma voix. "Il n'y a aucune subtilité dans sa manière de juger les gens. C'est... dégradant."

Charlotte observa Darcy un instant, ses yeux se frayant un chemin parmi les silhouettes dansantes autour du bar. "Je me demande si c'est toujours comme ça. Parce qu'à voir son attitude, il n'a pas l'air de s'intéresser à qui que ce soit... à part lui-même."

Je n'avais plus envie d'entendre davantage, mais il me semblait que tout était dit. Cette froideur, ce regard qui scrutait tout le monde sans jamais se dévoiler, cette hauteur. C'était à la fois fascinant et irritant. Nous restâmes là, figées, écoutant encore quelques mots échangés entre Charles et Darcy. Mais je sentais que le charme de la soirée était définitivement brisé pour moi.

Sans un mot, Charlotte se tourna vers moi, ses lèvres pincées comme pour contenir une réaction. "Tu veux qu'on parte, Elizabeth ? Je n'aime pas ce genre d'ambiance."

Je la regardai, réfléchissant un instant. "Non, restons un peu. Je n'ai pas envie de gâcher tout le reste de la soirée, mais j'ai clairement l'impression que cet homme n'est pas de ceux que j'ai envie de croiser sur mon chemin."

Charlotte hocha la tête, visiblement amusée par ma réaction mais aussi quelque peu contrariée. "Tu n'es pas la seule. Mais il n'aura pas de place dans notre soirée, je te le promets."

Et sur ces mots, nous nous éloignâmes, laissant derrière nous une conversation qui, malgré sa nature anodine, nous avait laissées un peu plus froides qu'avant.

Une heure plus tard, après avoir échappé à l'agitation du bar, Charlotte et moi retrouvâmes Jane, assise avec Charles et Darcy. Leur table semblait comme un havre de calme, bien que l'atmosphère n'ait pas changé pour moi. Un léger sourire sur le visage de Charles contrastait avec l'attitude toujours aussi distante de Darcy. Charlotte et moi nous installâmes, un peu plus réservées que d'habitude.

"Ça fait plaisir de vous voir, enfin !", s'exclama Jane en nous offrant un large sourire, visiblement ravie de notre arrivée.

Je pris place sans trop d'enthousiasme, mes pensées toujours ailleurs. Charlotte, elle, semblait retrouver son énergie, tout en jetant un regard furtif à Darcy. Mais moi, il me fallait juste un peu de calme. Je m'apprêtais à dire que je souhaitais rentrer, quand je perçus une légère tension, comme si une conversation en suspens flottait encore dans l'air.

"Tu veux déjà partir ?" demanda Charles, en inclinant la tête, un sourire en coin. "Il me semblait que tu te divertissais plutôt bien."

Je haussai les épaules, mon regard glissant sur Darcy. "Oh, je me divertis, c'est sûr. Mais, parfois, l'agitation d'un endroit comme celui-ci... ça fait réfléchir." Je marquai une pause, laissant mes mots se déposer doucement. "Et puis, il y a des choses qui me laissent un peu perplexe. Comme cette capacité à juger les gens d'une manière si… directe, presque brutale."

Je jetai un regard furtif à Darcy, mais je m'adressais à l'ensemble du groupe. "Vous savez, il y a des gens qui trouvent que certaines personnes sont, comment dire... tout juste passables, et se sentent obligés de le partager comme s'il s'agissait d'une vérité universelle. C'est fascinant, non ? De juger les autres sur un simple critère d'apparence."

Il y eut un léger silence, l'air s'alourdissant un peu. Darcy, qui n'avait pas bougé d'un pouce, semblait se figer, mais il ne dit rien. Son regard se posa brièvement sur moi, mais il se détourna aussi vite qu'il était venu.

"Eh bien, j'espère qu'on ne parle pas de quelqu'un de cette manière en particulier," murmura Jane, brisant le silence, mais un sourire gêné aux lèvres.

Je ne pus m'empêcher de glisser, avec une pointe d'ironie : "Oh non, bien sûr que non. Mais c'est vrai que parfois, la notion de ce qui est 'attirant' varie tellement d'une personne à l'autre qu'on en vient à se demander sur quel critère chacun se base. Après tout, tout juste passable, c'est subjectif, non ?"

Les mots restèrent suspendus, et même Charles sembla remarquer la tension. Il tourna son regard entre Darcy et moi, visiblement déconcerté. Darcy, quant à lui, évitait toujours mon regard, la gêne clairement visible sur son visage.

"Allez, je crois qu'il est temps pour nous de rentrer," dis-je enfin, prenant une gorgée de mon verre pour éviter de sourire trop largement. "Je n'aime pas trop prolonger une conversation qui me laisse un peu… perplexe."

Charlotte se leva avec moi, un léger éclat d'amusement dans les yeux, mais elle ne dit rien. Nous laissâmes derrière nous une ambiance légèrement plus tendue qu'auparavant, Darcy, tout juste passable dans ses propres yeux, restant silencieux, comme piégé dans son propre jugement.