Je ne suis pas un adolescent romanesque. Je suis raisonnablement raisonnable, et capable de maîtriser mes émotions et mes instincts. Mais en te voyant ainsi et en comprenant l'entièreté de ton être, je savais que j'aurais été capable de tout faire par amour pour toi.
Amour.
Ce mot était insuffisant. Car j'aimais tout autre chose. Je l'aurais dit de mon violon, des livres de ma bibliothèque, du thé que je buvais le matin. Mais le mot que je cherchais n'existait pas dans notre langue. J'étais à toi, comme tu étais une partie de moi-même.
Je repassais dans ma mémoire tout ce que je t'avais montré de mon monde. Et tu m'avais écouté, regardé, tu t'y étais intéressé. Aujourd'hui, je regrettais de ne pas en avoir autant fait. De ne pas avoir su. De ne pas avoir vu. Désormais, tu semblais être ailleurs, inaccessible, ton regard toujours au loin.
Que regardais-tu avec autant d'insistance ?
Toi qui habites toujours le conscient et l'inconscient de mon esprit, m'accueilles-tu la nuit, dans tes rêves ? Le jour, dans ta mémoire ?
Suis-je présent en toi, comme tu es présente en moi ?
Bridgette se redressa en sursaut dans son lit avant de taper des deux poings fermés sur sa couette.
-« On était si proches ! Je ne peux pas croire que nous avons échoué comme ça ! »
-« Il faut peut-être revoir votre stratégie, suggéra Tikki en se posant sur l'épaule de son amie. Chat Noir a raison, l'attaque frontale n'est sûrement pas la meilleure des idées. »
-« Au moins, nous savons où se trouve notre akumatisée… »
Bridgette marqua un temps de pause avant de passer ses mains sur son visage en poussant un long soupir.
-« Je m'en veux, si j'avais été plus présente pour Alizée, tout ça ne serait pas arrivé. »
-« Tu n'en sais rien, et de toute façon tu sais que ton pouvoir ne permet pas de ramener les gens à la vie. Si la personne qu'Alizée est allée voir dans cet hôpital devait partir aujourd'hui, tu n'y peux strictement rien. »
Bridgette baissa les yeux en soupirant à nouveau. Elle savait que sa petite camarade avait raison, même si cela lui faisait mal de l'admettre. Être impuissante devant la détresse de ses proches était insupportable pour elle. La jeune fille, perdue dans ses pensées, mit quelques secondes à se rendre compte de quelque chose qui était pourtant bien présent depuis qu'elle était de retour dans ses draps. Elle se redressa, tendit l'oreille en regardant frénétiquement tout autour d'elle, inquiète.
-« Tikki… Tu entends ? » questionna la jeune fille en se levant.
La kwami garda le silence quelques instants pour écouter à son tour avant de froncer les sourcils et de se tourner vers sa porteuse.
-« Non, je n'entends rien. »
-« Justement ! Pourquoi est-ce que tout est silencieux tout d'un coup… ? » murmura Bridgette avant de dévaler les escaliers de sa mezzanine.
Dans la normalité des choses, Sabine aurait déjà dû venir pour la tirer hors du lit. Mais non, elle n'avait même pas franchi la trappe de la chambre de sa fille, ce qui inquiétait fortement cette dernière. Quelle pouvait être la raison de cette soudaine absence ? Le cœur de l'adolescente battait fortement dans sa poitrine alors qu'elle se hâtait en dehors de la pièce.
Elle se précipita tout aussi rapidement dans les marches qui menaient à l'étage inférieur pour traverser le salon, à la recherche de sa mère.
-« Maman ? » appela Bridgette en faisant le tour des lieux sans trouver personne.
Elle courut ensuite vers la cuisine mais, à nouveau, sa mère n'était pas là. La jeune fille courut ensuite jusqu'à la chambre de ses parents pour la trouver aussi vide que toutes les autres pièces précédentes. Prenant sa tête entre ses mains, Bridgette s'arrêta quelques secondes pour réfléchir à quoi faire ensuite. Comprenant la détresse de son amie, Tikki était descendue discrètement pour la rejoindre, se cachant dans sa nuque, sous ses cheveux encore défaits de la nuit.
-« Bridgette, ce n'est peut-être rien, calme-toi. » murmura-t-elle dans l'oreille de sa camarade.
-« Je commence à avoir peur. » répondit aussitôt cette dernière en tournant vivement les talons.
L'adrénaline déferlant dans ses veines, l'adolescente courut vers la porte d'entrée de l'appartement familial pour descendre l'escalier qui menait à la boulangerie de ses parents. Là, elle ne trouva personne. Ni sa mère, ni son père, ni même un seul client. Entrant dans l'arrière-boutique où Tom travaillait quand il n'était pas derrière le comptoir pour servir les clients, là encore, tout était vide et silencieux. Plusieurs fois Bridgette fit le tour de la pièce, mais elle était délibérément toute seule.
Les mains prises dans ses cheveux, l'adolescente respirait fort, à quelques secondes de perdre tous ses moyens. Elle tourna la tête vers la porte d'entrée de la boulangerie avant de se précipiter au dehors du commerce. Elle regarda de tous les côtés, mais une fois de plus, tout était désert. Il n'y avait pas un seul passant dans la rue.
Et son intuition lui disait qu'elle n'avait pas besoin de se rendre au lycée pour savoir qu'il était arrivé la même chose à ses camarades de classe. Ce fut un violent coup de vent qui balaya son visage et ses cheveux qui la ramena à la réalité. Restée figée quelques instants, Bridgette fit volte-face pour remonter chez elle, jusqu'à sa chambre, Tikki la suivant toujours de près.
-« B-Bon… ! Euh… murmura la jeune fille, la voix tremblante. Je pense que le pouvoir de l'akumatisée a évolué et que… Nous devons l'arrêter le plus vite possible pour que tout redevienne normal ! Je ne peux pas permettre qu'elle fasse disparaître tout le monde comme ça… ! » déclara-t-elle, paniquée.
Se tournant vers son grand miroir, l'adolescente se dépêcha de rassembler ses cheveux en leurs couettes habituelles avant d'enfiler ses vêtements en quatrième vitesse, le souffle court. Le corps tremblant, elle se tourna soudainement vers Tikki, les larmes aux yeux.
-« Tu crois qu'on a trop tardé… ? Que c'est trop tard pour eux… ? » souffla-t-elle.
-« Calme-toi Bridgette, je suis persuadée que rien n'est perdu, d'accord ? Concentre-toi sur ce que tu as à faire, et je suis sûre que tout va rapidement rentrer dans l'ordre. Va retrouver Chat Noir e- »
-« Et s'il a disparu lui aussi ?! éclata Bridgette en mettant ses mains sur ses joues. Je n'y arriverai jamais toute seule… »
Regardant sa porteuse qui commençait à sangloter avec un air désolé, Tikki vint se lover dans son cou en essayant de la réconforter du mieux qu'elle le pouvait.
-« Bridgette, je sais que tu es fatiguée et surtout très inquiète. Mais tu dois essayer de garder la tête froide. Transforme-toi et regarde ce qu'il en est. Ça ne sert à rien de faire des conjectures pour l'instant. »
-« … Tu as raison, il faut que je me concentre. » concéda son amie en fermant les yeux.
Elle se figea quelques instants, le temps de prendre une profonde inspiration avant de souffler intensément, les yeux fermés.
-« D'accord, allons-y. » finit-elle par murmurer.
Et quelques secondes plus tard, ce fut une silhouette rouge et noire qui s'éleva depuis le haut de la boulangerie qu'on put voir se mettre à courir sur les toits.
De son côté, la même panique avait gagné le cœur de Félix qui avait fini, lui aussi, par se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Il avait attendu l'arrivée de Rosa dans la grande salle à manger, longtemps, bien plus longtemps qu'à la normale.
Et c'est finalement en poussant la grande porte pour se retrouver dans une cuisine complètement vide que l'évidence avait frappé le jeune homme. Il était seul ici. Pris d'une panique qu'il avait du mal à contrôler, il s'était mis à courir partout dans sa grande maison, cherchant à croiser quelqu'un, n'importe qui.
Il avait d'abord recherché Rosa dans toutes les pièces qu'elle avait l'habitude de fréquenter, et était même remonté dans sa chambre. Même s'il n'appréciait pas qu'une autre personne que lui n'y entre, il espérait intérieurement la retrouver en train de faire la poussière et d'arranger ses draps. Mais non, personne. Depuis les grandes fenêtres de sa chambre, le jeune homme avait également remarqué que les rues étaient étrangement silencieuses et désertes, loin de l'agitation habituelle qui y régnait.
Il était ensuite parti en quête de Nathalie ou de son garde-du-corps qu'il avait l'habitude de croiser dans le grand hall. Cependant, sans surprise, il n'était pas parvenu à les retrouver. La grande berline noire qu'il était obligé de prendre tous les matins pour se rendre au lycée n'avait d'ailleurs pas été avancée, et était encore stationnée dans la cour, sur le côté.
Félix avait alors pris le risque de se rendre dans le bureau de son père. Il savait que c'était son ultime chance de trouver quelqu'un dans cette maison. Par réflexe, il avait toqué à la grande porte en bois mais personne ne lui avait répondu. Le garçon avait donc, sans autorisation, pénétré dans cette pièce où il ne se rendait que très rarement.
Et sans surprise, là encore, la pièce avait été désertée. S'attendant à voir Gabriel Agreste assit à son bureau, ou debout devant sa fenêtre, les mains dans le dos, ici c'était le vide qu'il avait trouvé. Félix avait tout de même pris la peine de faire le tour de la pièce, mais rien. Désespéré, il en ressortit bouleversé et légèrement déstabilisé. Prenant appui sur le mur du couloir, l'autre main sur le visage, le garçon avait fermé les yeux pour réfléchir.
-« Cette fois, c'est bien plus grave que ce que nous avions imaginé. » murmura Félix à Plagg qui venait de sortir du revers de sa veste.
-« Tu n'es pas soulagé d'être débarrassé de ton père ? Il te rend la vie impossible, maintenant au moins tu es libre de faire tout ce que tu veux ! Même dessiner sur les murs au marqueur indélébile si tu veux. »
-« Je ne pense pas que le moment soit vraiment bien choisi pour plaisanter de la situation. Si nous n'arrêtons pas cette akumatisée tout de suite, qui sait ce qui pourrait arriver au prochain rebouclage ? »
-« … Tu préfèrerais de la peinture ? » argua Plagg avec un sourire narquois.
Félix foudroya le kwami du regard avec un soupir d'exaspération. Il avait bien compris que Plagg, en colère contre lui, ne ferait rien pour lui venir en aide. Mais sa façon de ne rien prendre au sérieux l'énervait de plus en plus. En outre, le garçon ne pouvait calmer la vague de stress qui déferlait en ce moment dans sa poitrine. Si tout le monde avait disparu, qu'était-il arrivé à Ladybug ? À Bridgette ?
Le garçon desserra le nœud de sa cravate en avalant difficilement sa salive avant de retraverser le grand couloir dans l'autre sens, dirigeant ses pas vers l'escalier central.
-« Nous y allons. » déclara-t-il d'un ton sans appel et sans un regard en arrière.
Plagg le regarda s'éloigner, les pattes croisées sur sa poitrine avant de lever les yeux au ciel, contraint malgré lui de le suivre. Félix descendit les marches en marbre puis prit une profonde inspiration.
-« Il faut retrouver Ladybug avant de tenter quoi que ce soit. Si nous sommes seuls, j'ai bien peur que nous ayons déjà perdu la partie. Sans son pouvoir, je ne pourrai jamais ramener tout le monde. »
-« Qu'est-ce que tu peux être dramatique. Va la retrouver, tu geindras plus tard. » rétorqua son kwami qui vint virevolter devant ses yeux.
L'adolescent se contenta de détourner les siens, les sourcils froncés et les poings serrés. Il n'avait pas l'intention d'offrir à Plagg la satisfaction de le voir s'énerver.
-« Assez discuté, nous devons agir. » répondit-il simplement.
Sans prendre la peine de se cacher dans la maison, Félix demanda sa transformation en plein milieu du hall avant de pousser la lourde double-porte de la maison pour en sortir. Il traversa la cour de graviers en courant avant de prendre son élan, aidé de son bâton, pour se propulser sur le toit du bâtiment d'en face.
Et une nouvelle fois, le jeune homme ne remarqua pas que Gabriel Agreste, jusque-là caché dans la grande maison, là où son fils n'avait pas pensé à le chercher, venait enfin d'obtenir la preuve ultime de l'identité secrète de Chat Noir.
Arrêtée sur le toit d'un immeuble qui était à quelques centaines de mètres de l'hôpital Saint-Antoine, Ladybug était recroquevillée sur elle-même, les yeux rivés sur le GPS de son yoyo. À peine transformée, elle avait cherché à localiser Chat Noir, priant de toutes ses forces de voir la balise de son partenaire s'afficher sur son écran.
Elle avait pris sur elle de s'approcher de l'endroit où se trouvait leur adversaire mais avait préféré se stopper assez tôt pour l'attendre : elle refusait de faire quoi que ce soit qui aurait pu précipiter leur mission vers un irrémédiable échec dont elle aurait été seule responsable. Chat Noir était la tête pensante de leur duo, si quelqu'un pouvait trouvait une solution pour sortir du cauchemar dans lequel ils étaient plongés, c'était lui.
Alors elle avait attendu, et attendu, ce qui lui avait semblé une éternité, répétant des milliers de fois les mêmes mots, espérant avoir un quelconque signe de vie de son coéquipier.
« S'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, transforme-toi, dis-moi que tu es là, quelque part, s'il te plaît… »
Et enfin, au bord de l'agonie, elle vit un autre point lumineux s'afficher sur l'écran. Celui-ci se déplaçait à grande vitesse, signe que Chat Noir était en mouvement. Et sans surprise, il dirigeait ses pas dans sa direction.
Le cœur au bord de l'explosion, un sourire extatique sur le visage, Ladybug se redressa, faisant volte-face pour guetter l'arrivée de son partenaire. Elle se figea quelques instants avant de repérer, au loin, la silhouette familière de Chat Noir qui bondissait d'immeubles en immeubles. La jeune fille lui fit alors de grands signes, ne pouvant retenir un petit rire de soulagement que le héros partagea avec elle quand il fut assez près.
À peine avait-il posé le pied au sol que Ladybug se jeta à son cou, enserrant ses épaules de toutes ses forces tout en se retenant de sangloter. Son partenaire l'avait retenue par les hanches, la soulevant légèrement du sol.
-« J'avais tellement peur que tu aies disparu toi aussi. » murmura-t-elle les lèvres tremblantes.
-« Moi aussi, répondit le garçon en lui rendant son étreinte, plaçant ses mains dans son dos. Quand je me suis rendu compte que j'étais seul, j'ai bien cru que c'était fini pour nous. »
Ils restèrent quelques instants enlacés, sans dire un mot avant que Chat Noir ne se penche pour reposer Ladybug. Cependant, la jeune fille ne s'écarta pas de son coéquipier, passant ses mains autour de son torse, les poings serrés. Ce dernier ne trouva rien d'autre à faire que poursuivre son étreinte en passant ses mains autour de ses épaules et à l'arrière de sa tête.
-« Qu'est-ce qu'on va faire… ? soupira Ladybug. C'est peut-être notre dernière chance d'arranger les choses et nous n'avons aucun plan, pas une seule piste pour approcher cette akumatisée. On ne l'a même pas vu ! »
Chat Noir resta silencieux, les sourcils froncés. Regardant au loin la silhouette de l'hôpital qui se dégageait parmi les bâtiments, le garçon réfléchissait. L'attaque frontale n'était définitivement pas leur meilleure option, ils allaient devoir se montrer plus stratèges. User de psychologie allait peut-être être leur dernière porte de sortie, surtout s'ils voulaient éviter un nouveau rebouclage.
Une idée germa soudain dans l'esprit du garçon et même si le fait d'envisager de pénétrer dans un centre hospitalier le répugnait au plus haut point, il ne voyait pas comment procéder autrement.
-« Je pense avoir un plan. Pour être franc, je pense même savoir quoi faire pour arrêter cette akumatisée. »
-« Vraiment… ? » souffla Ladybug en relevant les yeux.
Chat Noir hocha doucement la tête en caressant de son pouce l'arrière de la tête de sa partenaire avec un sourire doux. Un long frisson lui parcourut alors l'échine. Savoir qu'il tenait Bridgette dans ses bras lui donnait davantage envie de se dépasser pour elle, encore plus qu'il ne l'aurait fait que lorsqu'elle et Ladybug étaient deux personnes différentes. Il avait deux fois plus de raison de se battre.
Si le garçon avait bien entendu envie de voir les choses s'arranger pour tous les parisiens, c'était également pour avoir la chance de continuer son existence à ses côtés, en tant que Chat Noir ou en tant que Félix, avec elle, en tant que Ladybug ou en tant que Bridgette.
Une fois de plus, l'envie de tout lui avouer, ici et maintenant, pour la rassurer, lui dire qu'ils allaient bientôt pouvoir rentrer chez eux sains et saufs, retrouver leur famille et leurs amis, reprendre leur vie comme si de rien n'était lui traversa l'esprit.
Mais il savait également qu'un tel aveu dans ces circonstances aurait davantage des effets dévastateurs que bénéfiques. Alors avec un énième sourire, Chat Noir raffermit son étreinte l'espace de quelques secondes avant de reculer pour s'écarter.
-« Oui, mais il va falloir que tu me fasses confiance. »
-« Toujours. » répondit aussitôt Ladybug, sans aucune hésitation.
Chat Noir fit alors un mouvement de tête pour lui indiquer de reprendre la route vers l'hôpital tout en dégainant son bâton. Ils s'approchèrent encore du grand bâtiment et quand ils furent tout près, Chat Noir prit une profonde inspiration, posant sa main sur sa poitrine.
-« Tu es sûr que ça va aller ? Tu m'as dit que tu n'aimais pas trop ce genre d'endroit. » déclara sa coéquipière en posant sa main sur son épaule.
-« Ça va aller, je vais prendre sur moi. Ce n'est pas le moment de faire des états d'âme si nous voulons résoudre notre problème. »
Ils sautèrent ensuite en contrebas de l'immeuble pour se retrouver sur le parvis de l'hôpital. Et comme la première fois, une voix venant de nulle part et de partout en même temps se fit entendre.
« ENCORE VOUS ! VOUS N'AVEZ RIEN COMPRIS LA PREMIÈRE FOIS ?! JE VAIS VOUS FAIRE REGRETTER D'ÊTRE REVENUS JUSQU'ICI ! »
-« Je t'en prie, il faut que tu nous écoutes. Papillon se sert de ton chagrin pour faire souffrir tout Paris, expliqua Chat Noir en continuant d'avancer vers l'entrée du centre hospitalier. Si tu voyais ce qui se passait dans les rues, je sais que tu ne continuerais pas de faire ce que tu fais. »
« NON ! TAIS-TOI ! IL M'A DIT QUE VOUS ESSAYERIEZ DE M'AVOIR ! MAIS JE REFUSE DE VOUS ÉCOUTER, ET JE VOUS RÉDUIERAI EN PIÈCES S'IL LE FAUT ! »
-« Nous ne sommes pas là pour nous battre. Regarde. » continua le jeune homme en décrochant son bâton dans son dos.
Il se pencha pour le poser doucement au sol avant de lever les mains au niveau de sa tête en reprenant sa marche.
-« J'aimerais simplement discuter avec toi, je suis persuadé que nous pouvons nous entendre. »
« N-NON ! JE NE VOUS LAISSERAI PAS ME LE PRENDRE ! ALLEZ-VOUS-EN ! »
-« Crois-moi, je sais ce que tu ressens, reprit Chat Noir qui venait de pénétrer dans le hall de l'hôpital, Ladybug sur ses talons. Et je sais aussi que tu dois être effrayée en ce moment. Je suis passé par là moi aussi. »
Ladybug, muette, sentit son cœur se serrer en entendant ses mots. Elle comprit à cet instant pourquoi Chat Noir ne se sentait pas à l'aise dans cet endroit, ce qui lui fit baisser les yeux. Mais la façon dont il gérait la situation, avec son héroïsme et son impassibilité habituelle, forçait le respect. Il se montrait patient et compréhensif, mais déterminé à atteindre son objectif.
« J-JE… JE NE VEUX PAS VOUS VOIR ! PERSONNE N'A LE DROIT DE L'APPROCHER ! »
-« Tu n'es pas responsable de ce qui arrive. C'est comme ça, c'est tout. »
« NON ! PAPPILON A DIT QU- »
-« Penses-tu vraiment qu'il puisse faire quoi que ce soit ? Il est aussi impuissant que toi ou moi. Il se sert de toi pour ses propres intérêts. Il te fait souffrir, et à ton tour tu fais souffrir ceux autour de toi, même si tu ne t'en rends pas compte. »
« TAIS-TOI ! »
Chat Noir s'arrêta un instant, les mains toujours levées, attendant avec une certaine appréhension que l'akumatisée continue sa phrase. Mais rien ne vint, et le garçon s'avança vers le bout du hall qu'il venait de traverser.
Soudain, la même lourdeur qui les avait saisis la première fois les reprit d'un seul coup. Les deux héros avaient la sensation de progresser dans une matière visqueuse qui ralentissait considérablement le moindre de leur mouvement. Guidés par cette étrange sensation, ils continuèrent leur chemin tandis que le panneau accroché au mur leur indiquait « soins palliatifs ». Le cœur serré, Chat Noir tenta de calmer toutes les pensées qui lui traversaient l'esprit à cet instant. Ce n'était pas le moment de se laisser distraire.
Après quelques minutes de marche dans un silence angoissant, les deux héros tournèrent dans un ultime couloir d'où se dégageait une grande lumière bleutée. Ils échangèrent un regard, se comprenant sur le fait qu'en s'avançant dans ce corridor, aucun retour en arrière ne serait possible. Arrivant au niveau de la chambre en question, ils pouvaient distinctement entendre des sanglots qui résonnaient tout autour d'eux dans une sorte d'écho très étrange. Chat Noir fit alors signe à Ladybug de l'attendre, lui demandant silencieusement de rester dans le couloir quelques instants.
Le garçon s'engagea dans l'embrasure de la porte qu'il poussa doucement de la main droite. Il vit alors, enfin, l'akumatisée qu'ils recherchaient depuis si longtemps. Elle était assise sur une chaise, recroquevillée sur elle-même. Son corps était recouvert d'une substance bleue luminescente, comme si elle avait été enduite de cire, ce qui ne l'empêchait pas de distinguer les détails de son visage.
Elle était postée à côté d'un lit d'hôpital, dans lequel était allongé un homme d'un certain âge aux cheveux blancs et dont le visage était caché sous un masque à oxygène. Il ne fallut pas longtemps au héros pour remarquer sa respiration erratique et les irrégularités sur le moniteur qui indiquait les battements de son cœur.
Silencieusement, Chat Noir s'avança davantage dans la pièce et remarqua alors, sur le plus long mur de la chambre, une énorme horloge qui s'éclairait de la même couleur que le corps de l'akumatisée. Elle était constituée d'un cadran qui faisait au moins deux mètres de diamètre et de nombreux rouages qui semblaient faire tourner les aiguilles à vitesse trop élevée par rapport à la normale.
« Ce doit être cette horloge qui lui permet de faire reboucler indéfiniment la journée. » pensa le jeune homme avant de se tourner à nouveau vers l'akumatisée. Elle n'avait pas bougé, et semblait l'ignorer complètement. Cependant, un rapide coup d'œil dans sa direction lui fit comprendre qu'elle était parfaitement consciente de sa présence.
-« Va-t'en, il n'y a rien ici pour toi. » déclara l'akumatisée dont la voix résonnait partout autour d'elle.
-« Non, j'aimerais que tu m'écoutes, répondit Chat Noir en se rapprochant d'elle. Tu n'en n'as pas conscience mais Papillon se sert de toi pour faire le mal à l'extérieur de cette chambre. »
-« Et alors ? S'il me permet de rester ici autant de temps que je le veux, il peut bien faire ce qu'il veut. » rétorqua la jeune fille en haussant les épaules.
Chat Noir continua d'avancer jusqu'à se retrouver juste à côté d'elle. Son regard était rivé sur son adversaire, prenant le soin de regarder le moins possible l'homme qui était allongé dans ce lit.
-« Écoutes, je sais ce que tu traverses, crois-moi. Mais tu ne peux pas continuer comme ça. »
-« Pourquoi pas ? C'est moi qui ai les pouvoirs, je peux bien faire ce dont j'ai envie. »
-« Et penses-tu que lui aurait voulu tout cela ? » questionna Chat Noir en désignant le mourant d'un geste vague de la main.
« Infinity, Chat Noir essaye de te manipuler, dit Papillon à l'arrière de l'esprit de l'akumatisée. Si tu le laisses faire, tu perdras la seule chance qu'il te restait d'être avec ton grand-père. Récupère plutôt son miraculous et rapporte-le-moi ! »
L'akumatisée ne bougea pas pour autant, une larme coulant sur sa joue gauche, le bas du visage toujours enfoncé dans ses bras qui reposaient sur ses genoux.
-« Papillon veut que je lui apporte ton miraculous. » déclara-t-elle sans même adresser un regard à Chat Noir.
-« Crois-tu vraiment que cet homme soit digne de confiance ? Si tu fais ce qu'il te demande, il te retirera tes pouvoirs à la seconde où il n'aura plus besoin de toi. »
-« Et toi alors, est-ce que tu n'essayes pas de faire exactement la même chose ? » rétorqua Infinity en fronçant les sourcils.
-« J'essaye de te faire comprendre que tu n'es pas sur le chemin qui te permettra d'aller de l'avant. » murmura le jeune homme en s'accroupissant pour tenter de capter le regard de l'akumatisée.
Ladybug, jusque-là cachée par le mur, s'avança dans l'entrée de la pièce, la main sur l'embrasure de la porte. Elle avait écouté les paroles de son partenaire en retenant son souffle.
-« J'ai été à ta place, je sais ce que tu ressens, continua Chat Noir en posant sa main sur l'épaule d'Infinity. Mais il n'y a rien que tu puisses faire. »
-« Laisse-moi tranquille, répondit-elle en se dégageant. Si je reste là avec lui, il ne lui arrivera rien. »
-« Je suis sûr que ce n'est pas la vie qu'il veut pour toi. »
-« Et qu'est-ce que je dois faire alors ? Le laisser partir comme ça, sans rien dire ?! » explosa Infinity en se tournant vers lui, les larmes aux yeux.
-« Je sais que ce n'est pas facile et que tu dois être désespérée en ce moment, mais tu ne peux rien faire d'autre malheureusement. »
-« Mais si je reste ici, je pourr- »
-« Et combien de temps comptes-tu t'imposer ça ? Lui imposer ça ? »
-« Je fais ça pour lui ! » protesta la jeune fille en se relevant.
Dans son mouvement, elle envoya valser la chaise sur laquelle elle était assise, sautant presque à la gorge de Chat Noir qui ne recula pourtant pas. Elle posa violement ses mains sur ses épaules, enfonçant ses ongles dans le costume du héros. Ladybug se prépara à intervenir mais un mouvement de main de son partenaire lui fit comprendre qu'elle ne devait pas s'en mêler.
-« C'était tellement soudain ! Ils n'ont rien eu le temps de faire pour lui ! Je lui donne une seconde chance, c'est pour lui que je fais ça ! »
-« … En es-tu vraiment certaine ? » questionna Chat Noir en attrapant les poignets de son adversaire.
Infinity écarquilla les yeux en plongeant son regard dans celui du jeune homme.
-« Je pense que tu as eu tellement peur et que tu étais si désespérée que tu as pensé que c'était la meilleure des solutions. Et je pense que si j'avais été dans ta situation à l'époque, j'aurais pensé exactement la même chose que toi. » continua-t-il avec un sourire compatissant.
À ces mots, l'akumatisée recula d'un pas tandis que Ladybug plissait les yeux, tentant de lire entre les lignes de ce que disait son partenaire.
-« Mais crois-moi, ce n'est pas le cas. De plus, en faisant ce que tu fais, tu prives de la chance de vivre à d'autre. Et je ne te croirais pas si tu me disais que tu es suffisamment égoïste pour permettre une chose pareille. »
-« Je… Je voulais juste… »
-« Je sais, mais cela doit s'arrêter maintenant. Tu dois reprendre le cours de ta vie, et le laisser partir. »
-« Mais… Mais comment… ? Je ne pourrai jamais… »
Chat Noir tendit la main vers elle pour la poser une nouvelle fois sur son épaule. Sa respiration était rapide et erratique, ses yeux le brûlaient mais il refusait de laisser couler ses larmes. Cela ne l'empêcha pas d'adresser un sourire emplit d'empathie à son amie.
-« Si, tu pourras. Ça sera difficile, tu vas souffrir, mais le temps fera son œuvre. Et tu ne seras pas seule dans cette épreuve, je suis certain que tous les tiens seront à tes côtés pour te soutenir. »
-« … Et… Quand est-ce que je cesserai de souffrir… ? » souffla Infinity, les joues mouillées de ses larmes.
-« … … Jamais. Mais tu y penseras de moins en moins, et ça sera de moins en moins douloureux. Tu peux avoir confiance. »
L'akumatisée baissa les yeux. Cette dernière réponse ne semblait pas l'avoir rassuré mais la jeune fille semblait moins sur la défensive, ce qui permit à Chat Noir de poser sa deuxième main sur elle tout en cherchant son regard.
-« Laisse-nous t'aider. »
-« Je n'ai pas eu le temps de lui dire tout ce que j'avais à lui dire… » répondit Infinity en secouant négativement la tête.
-« Alors c'est le moment, prends le temps de lui dire au revoir correctement. Tu ne le réalises peut-être pas mais c'est une chance précieuse que tu as. Dis-lui ce que tu ressens, ce qu'il représente pour toi. Parle-lui à cœur ouvert, fais en sorte de n'avoir aucun regret. »
-« … D'accord… Si tu penses que c'est la meilleure solution pour moi… »
-« S'il te le dit, c'est que tu peux lui faire confiance. » déclara Ladybug qui venait d'entrer dans la chambre et de poser sa main sur l'avant-bras de son amie.
Infinity se contenta de hocher la tête avant de relever les yeux vers la grande horloge murale qui cliquetait dans leur dos.
-« L'akuma se trouve dedans. C'est grâce à elle que je faisais reboucler la journée. » expliqua-t-elle en pointant la grosse machinerie du doigt.
Infinity ramassa ensuite la chaise qu'elle avait fait tomber quelques minutes plus tôt pour reprendre sa place initiale. Les deux héros la regardèrent faire avant de se tourner vers l'horloge pour l'étudier plus attentivement.
-« Si c'est elle qui s'occupe de faire reboucler la journée, je ne pense pas que la détruire soit la bonne solution. Peut-être que ton Lucky Charm pourrait nous aider ? » proposa Chat Noir en croisant les bras.
-« Bonne idée. » répondit Ladybug en décrochant son yoyo de sa hanche.
« Lucky Charm ! »
Une masse de coccinelles rouges et roses apparurent soudainement de tous les côtés pour venir virevolter autour de la jeune fille. Elles tourbillonnèrent quelques secondes avant de disparaître et de laisser retomber derrière un objet de taille moyenne, rouge à pois noirs, que Ladybug réceptionna aisément.
-« On dirait… tu sais les objets qu'on utilise pour les vieilles horloges, mais en beaucoup plus gros. » murmura-t-elle en faisant tournant l'objet magique aux formes arrondies.
-« C'est une clé de remontage pour les horloges. » acquiesça Chat Noir en posant ses mains sur ses hanches.
Les deux héros relevèrent les yeux vers la grosse machinerie qui était face à eux. Le cadran principal présentait une fente significative, juste en-dessous des grandes aiguilles qui continuaient de tourner.
-« Tu sais ce qu'il te reste à faire. » indiqua Char Noir d'un vague geste de la main.
-« Oui mais… jusqu'où est-ce que je dois remonter ? Si je ne remonte pas assez, on risque de devoir tout recommencer. Et si je remonte trop, j'ai peur de ce qui pourrait se passer… »
-« Il serait logique de remonter au début de la journée, pour recommencer une dernière fois. »
-« Mais et l'akuma ? Si on ne le capture pas, tout ce qu'on a fait jusqu'à présent n'aura servi à rien ! »
-« Peut-être que remonter l'horloge aura pour effet de le faire sortir de sa cachette ? Nous ne perdons rien à essayer. » proposa son partenaire en croisant les bras, les sourcils froncés.
-« Bon… d'accord. » murmura Ladybug en approchant la clé de la fente de l'horloge.
Elle l'enfonça complètement avant de commencer à tourner vers la gauche. Aussitôt, les aiguilles de la grande machine s'arrêtèrent puis reprirent leur chemin dans le sens inverse. La lumière bleutée de l'horloge laissa alors place à une lumière dorée qui s'intensifia de secondes en secondes. La jeune fille serrait les dents : obliger la machine à tourner dans l'autre sens n'était pas facile, et demandait d'exercer une force physique conséquente et constante sur la clé de remontage.
Chat Noir, légèrement en retrait, observait ce que faisait sa partenaire en l'encourageant à continuer exactement comme elle avait commencé, quand un bruit dans son dos attira son attention. Cependant le jeune homme n'eut pas le temps de se retourner qu'il aperçut Infinity surgir sur sa droite, les yeux écarquillés telle une furie.
-« Vous avez vraiment cru que ce serait aussi facile ? » murmura-t-elle, son regard intensément plongé dans celui du héros.
Ce dernier la vit sauter sur le cadran de la grande horloge derrière lui pour arracher l'aiguille des minutes de son emplacement, tandis que Ladybug laissait échapper un cri de surprise. L'akumatisée se tourna alors dans sa direction, prenant une profonde inspiration tandis qu'elle levait la grande aiguille au-dessus de sa tête. La jeune héroïne hésita un instant à lâcher ce qu'elle était en train de faire mais Chat Noir fut le premier à réagir. Il sauta sur Infinity pour l'empêcher de continuer son geste, la jetant au sol en tentant de la maintenir.
-« Chat Noir ! J'arriv- ! »
-« Non ! Continue ! Si nous laissons la journée se terminer une nouvelle fois, nous n'aurons peut-être plus de chance pour capturer l'akuma ! »
-« M-Mais ! Elle nous a sûrement menti ! L'akuma ne se trouve certainement pas dans l'horloge, sinon elle ne nous aurait pas laissé approcher ! »
Chat Noir plissa les yeux tandis qu'Infinity reprenait le dessus avec un rire, le faisant rouler sur le côté pour tenter de le coincer sous son propre poids. C'est alors que le jeune homme remarqua soudain un pendentif au ras du cou de l'akumatisée. Quand il tendit la main dans sa direction, cette dernière fit un rapide mouvement d'évitement en lâchant un cri de colère. Ce devait être la véritable cachette de l'akuma.
-« Je m'en occupe ! répondit-il alors. Toi, ne laisse pas l'horloge terminer la journée ! »
-« Parce que tu penses pouvoir gagner face à moi ? » ricana la vilaine en levant à nouveau les bras au-dessus de sa tête.
Alors qu'elle se jetait une nouvelle fois sur lui, le jeune homme roula sur le côté avant de se relever d'un bond. Les dents serrées, Infinity se retourna, lame en avant pour tenter d'atteindre le héros. Mais ce dernier était plus agile que son adversaire, ce qui lui permettait d'esquiver facilement ses attaques frontales.
Cependant, l'akumatisée était très rapide et la multiplicité de ses attaques ne faisait que fatiguer Chat Noir de minute en minute. En outre, devoir se battre sans son bâton qui était resté sur le sol, à l'entrée de l'hôpital n'arrangeait pas non plus sa situation. Les sourcils froncés, le garçon était concentré sur son objectif : récupérer ce pendentif à tout prix. Plusieurs fois il tenta de se jeter vers son ennemie, main en avant, pour le lui arracher mais à chaque fois, celle-ci parvenait à le repousser, non sans essayer de lui asséner un coup au passage.
De son côté, Ladybug ne parvenait plus à faire reculer les aiguilles de l'horloge : ces dernières semblaient obéir à la volonté d'Infinity de les voir disparaitre pour de bon et la jeune fille n'arrivait maintenant qu'à les maintenir en place. Mais la tâche était difficile et les bras de l'héroïne commençait à devenir douloureux. En jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, elle désespérait d'être coincée ici, sans rien pouvoir faire pour aider son coéquipier. Il semblait avoir du mal à répondre aux attaques vives de leur ennemie, qui devenait de plus en plus agressive. En outre, les bips provenant de son miraculous et lui rappelant qu'elle commençait à manquer de temps ne l'aidait pas à se calmer.
Les deux adversaires sautaient de part et d'autre de la pièce, s'attaquant et s'esquivant de plus en plus vite. Mais quand l'aiguille des heures fit soudain un mouvement vers l'avant, faisant perdre l'espace d'un instant pied à Ladybug qui fut obligée de se reprendre avec un cri de surprise, Chat Noir fut distrait. Tournant les yeux vers sa partenaire, il perdit sa concentration, ce qui permit à Infinity de lui sauter dessus.
-« Chat Noir, attention ! » hurla Ladybug en remarquant la distraction du héros et le danger qui arrivait à grande vitesse droit sur lui.
Le garçon eut juste le temps de faire un pas de côté pour éviter le plus gros de l'attaque mais pas le coup qu'Infinity lui porta au visage. L'aiguille déchira la surface de la peau de sa joue gauche, et la puissance de l'attaque l'envoya valser quelque mètre plus loin. Sonné, le garçon resta étendu quelques instants, sans bouger.
Désespérée, les mains tremblantes, Ladybug regarda Infinity s'avancer vers elle avec un sourire satisfait, son arme levée encore une fois au-dessus de sa tête.
-« À ton tour maintenant. » ricana-t-elle, d'un rire qui laissait entrevoir ses dents.
Tout s'accéléra dans l'esprit de la jeune fille. Si elle ne dégainait pas immédiatement son arme, elle se retrouverait blessée et incapable de se défendre. Mais se battre signifiait également lâcher le cadran de l'horloge et laisser la journée se terminer une nouvelle fois. Et laisser la journée se terminer, c'était prendre le risque de laisser Papillon gagner.
La respiration haletante, elle dévisagea son adversaire avec un regard suppliant, se recroquevillant sur elle-même, essayant vainement de se protéger du coup qui n'allait pas tarder à lui tomber dessus. Mais soudain, elle vit Chat Noir se relever derrière Infinity, la partie gauche du visage ensanglantée. Cependant, cela ne l'empêcha de courir dans leur direction avec un cri de rage.
Entrainée par le mouvement de son partenaire, Ladybug riposta d'abord par un coup de pied dans le tibia de l'akumatisée, ce qui lui fit perdre l'équilibre. Aussitôt, Chat Noir lui sauta dessus pour lui arracher son pendentif. Malheureusement, Infinity fut de nouveau plus rapide que lui et se débarrassa de lui en le repoussant de ses deux pieds. Propulsé en arrière, le héros heurta le mur, dans lequel il s'encastra avec un gémissement de douleur.
En rouvrant les yeux après le choc, il vit Infinity fondre sur lui, son aiguille acérée en avant. Cependant, cette fois, le garçon n'eut pas le temps d'esquiver. Et sans avoir le temps de dire quoi que ce soit, Infinity enfonça sa lame dans le ventre du garçon avec un rire triomphal.
-« NON ! » cria Ladybug, horrifiée de voir l'arme de leur adversaire disparaitre de cette façon dans le corps de son partenaire.
-« C'est fini, tu as perdu, murmura Infinity en attrapant le héros par la gorge, de sa main libre. Ensuite, je vais m'occuper de ta coccinelle et la victoire de Papillon sera totale ! »
Les dents serrées et assommé par la douleur, Chat Noir dévisagea Infinity quelques secondes avant d'adresser un regard à Ladybug, par-dessus l'épaule de l'akumatisée. Elle venait de lâcher les aiguilles de la grande horloge pour se précipiter vers eux, leur permettant de reprendre leur course à grande vitesse. Il fallait agir, et tout de suite.
-« C-C'est vrai… que tu avais presque réussi. » murmura difficilement Chat Noir avec un sourire en coin.
Sans perdre plus de temps, le garçon dégagea sa main droite pour attraper fermement le pendentif d'Infinity.
« Cataclysme ! »
L'akumatisée tenta de se dégager, mais c'était trop tard. Le collier disparu aussitôt en poussière et les deux jeunes gens chutèrent au sol. L'akumatisée perdit alors son costume de vilaine, posant sa main sur son front en grimaçant de douleur, tandis que son akuma se mit à virevolter loin d'elle.
-« Mais… Mais qu'est-ce qu- ? » murmura Alizée en regardant autour d'elle.
Cependant, elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions car ce fut soudain la pièce entière qui se transforma, avec une lumière dorée aveuglante. La grande horloge sur le mur s'arrêta net avant de disparaitre aussi vite que les pouvoirs d'Infinity, laissant retomber la clé à remontoir de Ladybug sur le sol.
Tous les éléments de la pièce se mirent alors à trembler puis s'effacèrent les uns après les autres, à commencer par Alizée dont la silhouette s'évanouit dans le vide en une fraction de seconde.
Ladybug, agenouillée près de Chat Noir qu'elle tenait fermement contre elle, regardait le décor s'effacer peu à peu, le souffle court.
-« Chat Noir… ! Qu-Qu'est-ce qui se passe… ?! »
-« Nous avons réussi… murmura-t-il en tournant les yeux. Les conséquences du pouvoir d'Infinity sont en train de se dissiper… Il faut que tu rattrapes l'akuma et que tu répares tout… comme tu sais le faire. »
-« O-Oui ! L'akuma ! » répondit la jeune fille en jetant autour d'elle des regards affolés.
Tandis que le décor continuait peu à peu à s'effacer, elle le vit voleter de manière énergique, comme s'il cherchait un moyen de sortir d'ici lui aussi. Ladybug s'écarta précautionneusement de son partenaire avant de jeter son yoyo dans la direction du petit insecte.
-« Tu as assez fait de mal comme ça petit akuma, je te libère du mal… ! » déclara la jeune fille d'une voix tremblante.
Sans perdre plus de temps, elle se précipita vers la clé à remontoir, tombée au sol à quelques mètres de là, avant de la lancer au-dessus d'elle, nerveuse.
« Miraculous Ladybug ! »
Des milliers de petites coccinelles apparurent alors autour d'elles et se dépêchèrent de s'activer tout autour de l'héroïne pour tout remettre en ordre. Elles s'arrêtèrent de longues secondes sur les blessures de Chat Noir qui se redressa ensuite avec un visage soulagé. Mais au grand dam de Ladybug, quand ses petites collègues disparurent, la pièce n'avait toujours pas retrouvé son état d'origine et elle commença à s'éclairer d'une vive lumière blanche.
Les larmes aux yeux, elle se précipita vers Chat Noir qui venait à peine de se relever pour passer ses bras autour de ses épaules.
-« J-Je ne sais pas ce qui s'est passé ! J'ai tout réparé comme tu m'as dit mais on est toujours coincés ici, peut-être pour toujours, je ne sais pas quoi faire ! J-J'ai échoué… ! »
-« Non ma lady, tu as fait tout ce qu'il fallait, en lui rendant son étreinte. Je suis persuadé que nous n'allons pas tarder à rentrer chez nous. »
-« M-Mais et si ce n'était pas le cas, qu'est-ce qu'on va devenir ? » insista l'héroïne en se reculant, plongeant son regard dans celui de son partenaire.
-« Tout ira bien, tu verras. » déclara-t-il tandis que la lumière se faisait encore plus éclatante autour d'eux.
Le souffle court, Ladybug ne pouvait plus détourner les yeux de son coéquipier. Elle n'était même plus dérangée par les « bips » incessants de son miraculous qui lui indiquaient sa détransformation imminente. Chat Noir avait l'air si confiant et serein qu'elle n'avait même plus envie de parler pour le convaincre que leur situation était désespérée.
-« J'ai peur… » murmura-t-elle en laissant une unique larme couler de son œil droit.
-« Ne t'en fais pas, dans quelques secondes, tu n'auras plus de question à te poser, insista Chat Noir en prenant ses mains. Le cauchemar est terminé. »
Le jeune homme serra davantage ses phalanges contre celle de sa partenaire avec un sourire confiant. Et alors que la lumière se faisait presque aveuglante, Ladybug se contenta d'un petit hochement de tête en prenant une profonde inspiration. Elle avait la sensation que son cœur allait exploser. Elle finit par fermer les yeux tant la luminosité de la pièce était insupportable. Elle s'accrochait de toutes ses forces aux mains de son partenaire qu'elle sentit soudainement lui échapper avec une exclamation de surprise. Elle eut ensuite l'impression que le sol venait de s'ouvrir sous ses pieds et elle chuta en retenant sa respiration.
Quand Bridgette rouvrit les yeux, elle se redressa en panique dans ses draps. Les cheveux ébouriffés et la respiration courte, les oreilles de la jeune fille bourdonnaient fortement. Il lui semblait qu'elle venait de se faire renverser par un camion tant tout son corps la faisait souffrir. Elle était tellement tendue de savoir si leur plan avait fonctionné que l'adolescente n'osait plus bouger.
Tikki venait de la rejoindre pour se lover contre sa joue. Mais avant qu'elles n'aient pu dire quoi que ce soit, la trappe de la chambre s'ouvrit brusquement, forçant Tikki à se cacher.
Écartant les draps précipitamment pour courir jusqu'au bord de sa mezzanine, Bridgette écarquilla les yeux pour se rendre compte que sa mère venait de passer l'entrée de sa chambre. Sabine, surprise de voir sa fille se lever aussi rapidement, s'arrêta en bas des marches avant de mettre ses mains sur ses hanches.
-« Ah ! Tu es réveillée ! Dépêche-toi, tu v- »
La mère de famille n'eut pas le temps de terminer sa phrase que Bridgette s'était déjà jetée dans ses bras pour la serrer contre elle. Elle garda le silence quelques instants avant de poser sa main à l'arrière de la tête de sa fille en se penchant légèrement, intriguée.
-« Est-ce que tout va bien ? »
En entendant enfin sa mère réagir de manière normale à leurs échanges, et tellement soulagée de l'avoir retrouvée, Bridgette resta immobile quelques secondes de plus avant de relever la tête, les yeux embués de larmes.
-« Oui… Oui ça va, murmura-t-elle avec un petit rire de soulagement. Je suis tellement contente de te voir, c'est tout. Tu m'as manqué Maman... ! »
-« … Tu sais, si je te manquais tant que ça, tu pouvais descendre un peu plus tôt. » railla Sabine avec un sourire narquois.
-« Oui je sais, pardon, rit à nouveau Bridgette en essuyant ses yeux. Et je vais ranger ma chambre, c'est promis. »
Sabine fronça les sourcils, surprise de voir sa fille répondre à une pique qu'elle n'avait même pas encore lancé avant de hausser doucement les épaules.
-« J'espère bien, c'est vraiment le bazar ici. Bon, allez, dépêche-toi de t'habiller ! Je vais te faire un thé. » répondit-elle en tournant les talons.
Bridgette attendit bien que les pas de sa mère aient disparu pour courir retrouver Tikki avec un sourire triomphant.
-« On a réussi ! On a réussi Tikki ! Chat Noir avait raison, on a- ! »
« Chat Noir ».
Bien qu'il n'y avait aucune raison que son partenaire n'ait pas réussi à rentrer chez lui, la jeune fille se précipita vers son téléphone portable. Elle se rendit alors compte que celui-ci affichait une unique notification sur son écran d'accueil.
- (Chat Noir) : Bien joué ma lady.
Bridgette laissa alors échapper un petit rire extatique en tombant à la renverse sur son lit. Serrant l'appareil contre elle, la jeune fille sentit des larmes de soulagement perler à ses yeux. Elle se redressa alors pour calmer les battements de son cœur avant d'adresser un petit sourire à Tikki qui venait de lui apporter sa brosse à cheveux.
Une fois de plus, la journée ne faisait que commencer.
Rangeant son téléphone dans sa poche avec un petit sourire, Félix s'avança vers la grande salle à manger, le cœur battant. Il n'avait aucun doute sur le fait que le pouvoir de Ladybug avait tout arrangé. Mais il voulait tout de même attendre d'avoir l'ultime preuve que tout était revenu à la normale avant de se détendre complètement.
Aussi, c'est debout qu'il attendit que Rosa n'entre dans la pièce avec le plateau en argent qui contenait son petit déjeuner. Quand la gouvernante passa la porte, elle sembla d'abord surprise de voir que le jeune maître des lieux n'était pas encore installé mais elle ne s'en formalisa pas.
-« Bonjour Monsieur ! Avez-vous bien dormi ? »
-« Bonjour Rosa, très bien merci. » répondit Félix machinalement avec un sourire rassuré.
-« Ah ça, c'est bien, ça me fait plaisir d'entendre cela. Vous sembliez contrarié ces derniers temps. Si vous vous sentez mieux, c'est très bien. »
-« Merci de vous inquiéter pour moi. » poursuivit le garçon en s'avançant vers elle.
Il attendit que la cuisinière ait posé le plateau sur la table pour passer ses bras autour de ses épaules. Rosa, interdite, écarquilla les yeux, abasourdie par le comportement du fils de son employeur. Elle fronça les sourcils mais en entendant la respiration chancelante de Félix, elle n'hésita pas une seconde de plus à serrer à son tour ses bras. Bien que le garçon faisait toujours de son mieux pour garder ses sentiments pour lui, il n'avait jamais eu l'impression d'être passé aussi près de perdre à nouveau une personne qui comptait plus que tout à ses yeux. Le garçon s'interdit cependant de laisser Rosa entrevoir les larmes qui piquaient ses yeux.
Quand il eut repris suffisamment de contenance, le jeune homme se redressa avec un sourire sincère. Leur étreinte ne dura pas plus de quelques secondes mais cela suffit à toucher profondément Rosa. Si son employeur avait mis un point d'honneur à ce que Rosa ne prenne jamais la place de son épouse en tant que mère pour son fils, les témoignages d'affection n'avaient jamais manqué entre eux. Et s'ils étaient devenu plus rares au fur et à mesure des années, elle portait encore Félix dans son cœur aussi fortement que le tout premier jour.
Ils gardèrent le silence quelques instants avant que Félix ne reprenne la parole.
-« Seriez-vous d'accord pour que nous partagions un repas avec vos fils, un jour ? J'aimerais les revoir. Et j'ai la sensation de ne jamais vous avoir suffisamment remercié pour tout ce que vous avez toujours fait pour moi jusqu'à présent. J'aimerais me rattraper. »
Rosa, bouche bée, resta muette plus longtemps qu'elle ne l'aurait souhaité. Et c'est finalement sur un ton amusé qu'elle reprit peu à peu ses esprits.
-« Mon Dieu, Morphée, qu'as-tu fait à mon jeune Maître ? rit-elle en posant ses mains sur ses joues. J'ai l'impression de ne plus vous reconnaître. »
-« Non, c'est bien moi je vous assure, répondit Félix en se laissant faire. Mais j'ai failli oublier qu'il ne fallait jamais attendre de dire ce que nous ressentons pour les personnes auxquelles nous tenons. »
Rosa hocha la tête, le regard brillant.
-« Vous viendrez chez nous, rien ne me ferait plus plaisir que de vous avoir à notre table. Et je suis sûre que Leandro et Dario seront ravis de vous revoir. »
Félix se contenta alors de hocher la tête, soulagé et reconnaissant d'entendre Rosa prononcer ces mots.
Courant jusqu'à son lycée et sa salle de classe, Bridgette affichait un large sourire. Même si elle avait déjà vécu cette journée au moins une dizaine de fois, elle savait que cette fois, tout se passerait bien. Elle avait sauté dans les bras de son père avant de partir, tout aussi soulagée de le retrouver après ce qui lui avait semblé être une interminable absence.
Et quand elle passa enfin le pas de la porte de la classe, elle ne put s'empêcher d'afficher un sourire extatique quand Jehan se retourna vers elle pour lui adresser son éternel sourire moqueur.
-« Tiens ! Encore une qui a eu du mal à s- »
Mais avant qu'il n'ait pu terminer sa phrase, Bridgette lui avait déjà sauté dans les bras, se suspendant au cou de son meilleur ami avec un rire qu'elle avait du mal à contrôler. Jehan se retint de dire quoi que ce soit, interloqué. Il se contenta de se retourner vers ses autres camarades en haussant légèrement les épaules. Le garçon n'était pas étranger aux manifestations d'affection de son amie mais celle-ci arrivait de manière si impromptue qu'il ne savait pas quoi en penser. Mais voyant que tout le monde semblait intrigué par le comportement de Bridgette, Jehan se contenta de tapoter l'arrière de son dos de manière peu assurée.
-« Là, j'ai raté quelque chose, je sais pas quoi, mais ça devait être important… ! » finit-il par dire avec un rire mi-amusé mi-consterné.
Il reposa ensuite Bridgette qui se contenta de lui sourire avant de réitérer la même chose avec Andréa puis les autres personnes dans la classe. Même Félix eut le droit à son témoignage d'affection quand la main de la jeune fille se posa sur la sienne, leur regard plongé l'un dans l'autre. Sarah, qui avait eu le droit à un sourire franc, regardait la scène se dérouler avec des yeux ronds tandis que Camille avait tout bonnement et simplement tourné le dos au reste des personnes qui l'entourait, exaspérée par « le comportement puéril de Dupain-Cheng ».
Et tandis que cette dernière reprenait un petit peu de contenance pour écouter ce que Myriam avait à lui dire à propos d'Alizée, Jehan prit sa place au côté de Félix qui suivait leur camarade des yeux.
-« Je comprends rien à ce qui lui prend tout d'un coup ! Je veux dire, je suis habitué aux trucs bizarres mais là quand même ! déclara le jeune musicien en passant sa main à l'arrière de sa tête. Elle a sûrement oublié qu'on avait contrôle de maths cet aprèm. »
-« Oui ou alors elle est juste contente de nous voir, rétorqua Andréa en prenant sa place, dans le rang juste derrière eux. Elle n'a peut-être pas forcément de raison pour être si contente. »
-« Nan nan, moi je suis sûr que ça cache quelque chose. » reprit Jehan en hochant négativement la tête.
En tournant la tête vers Félix qui n'avait pas lâché Bridgette des yeux, le garçon fit un signe à sa compagne qui s'intéressa à son tour à leur camarade. Félix suivait les mouvements de Bridgette avait une précision presque robotique, immobile, un sourire très discret sur les lèvres.
Mais pas suffisamment discret pour ses deux amis, surtout quand Bridgette se tourna vers lui pour lui sourire à nouveau plus largement. Andréa et Jehan échangèrent un regard suspicieux mêlé de malice avant que Jehan ne passe son bras autour des épaules de son ami.
-« Oh là là, mais j'ai l'impression que vous nous cachez des trucs tous les deux ! C'est quoi ces petits regards en mode « on se comprend sans se parler » ? »
-« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »
-« Eh oh, pas à moi ! insista le grand métisse. Ça se voit là, arrête de me prendre pour un idiot. »
-« Tu te fais des idées. » répondit tout simplement Félix en reprenant sa place pour ouvrir son livre de français.
Félix avait décidé, pour cette toute dernière journée rebouclée de suivre au mieux sa routine afin d'éviter d'attirer l'attention. Il n'était jamais trop prudent. Cependant, il y avait bien quelque chose qui différait de cette toute première journée et pour laquelle il était reconnaissant que le pouvoir réparateur de Ladybug n'y avait rien fait.
Sa mémoire de ces dernières journées était restée complètement intacte. Si presque personne n'avait été affecté par ce qui s'était produit, lui gardait tout précieusement à l'arrière de ses pensées. Les différents évènements, sa dispute avec Plagg mais surtout… l'identité de Ladybug.
Son petit compagnon avait nettement souhaité qu'il l'oublie mais lui était bien satisfait que cette découverte soit restée intacte. C'était un savoir qu'il allait chérir et avec lequel il allait réapprendre à vivre dans le plus grand des secrets.
Jusqu'au jour où ce serait le moment de tout lui avouer.
Car, il se l'était promis, dès qu'il aurait pu assurer l'absolue sécurité de son amie, sa chère coéquipière, alors il se livrerait à elle en jurant de ne plus jamais rien lui cacher. Bien sûr, ce qu'il avait fait risquait de lui coûter la confiance de sa partenaire, il en avait parfaitement conscience. Et si elle décidait de rompre leur collaboration à cause de cela, il en assumerait pleinement les conséquences. Pouvoir la côtoyer, et maintenant connaître l'entièreté de son être, aussi court que serait le temps que cela durerait, était une véritable bénédiction. Et il en était plus que reconnaissant.
À la fin de la journée, en arrivant sur le parvis du lycée, Bridgette s'étira de tout son long avec un sourire satisfait. La journée s'était déroulée exactement comme lors de son premier rebouclage et elle avait tenté d'arranger le plus de choses en paraissant naturelle.
Ainsi, elle était allée prêter main forte à Sarah avec ses plateaux, afin de lui éviter une nouvelle humiliation, et ignorant prodigieusement les mots de Camille qui avait tenté de la déstabiliser en lui envoyant ses insultes habituelles.
Bien sûr que Bridgette avait eu envie de réitérer son exploit en lui sautant dessus pour la faire taire.
Mais elle s'était retenue. Malgré toute la satisfaction qu'elle avait pu retirer de voir le visage estomaqué de Camille et l'incompréhension passer dans ses yeux, Bridgette savait qu'elle avait plus à perdre qu'à gagner dans cette histoire. Alors elle avait passé son chemin, se promettant que ce n'était que partie remise et que Camille finirait par obtenir ce qu'elle méritait.
Cependant, s'il y avait bien une chose pour laquelle elle était heureuse d'avoir vécu la journée plusieurs fois, c'est qu'elle connaissait maintenant le sujet du contrôle de mathématiques de Mme Meyer par cœur. Aussi, c'est avec une assurance déconcertante pour tous ces autres camarades qu'elle avait terminé des exercices avec un bon quart d'heure d'avance.
Et devant le regard surpris de sa professeure au regard de sa copie, elle n'avait nul doute sur le bon résultat qu'elle allait récolter dans quelques jours.
Et maintenant que la journée arrivait à sa véritable fin, la jeune fille avait décidé de se détendre. Félix, qui arrivait derrière elle, en était arrivé à la même conclusion, s'autorisant à fermer les yeux quelques secondes pour souffler.
Les deux jeunes gens avaient inconsciemment retenu leur respiration à la fatidique heure de 15h12, celle qu'ils avaient toujours redouté d'atteindre ces derniers temps, au risque de devoir recommencer encore et encore la même succession d'événements jusqu'à la fin des temps.
Mais non, 15h13 était bien arrivée et le cauchemar était loin derrière eux. Alors ils avaient tous les deux pris une profonde inspiration de ce nouvel air qui leur promettait d'enfin pouvoir reprendre le cours normal de leur vie.
Se tournant vers ses trois amis qui venaient d'arriver derrière elle, Bridgette posa ses mains sur ses hanches avec un sourire satisfait.
-« Eh bah vous savez quoi ? J'ai passé une super journée ! » déclara-t-elle avec un petit hochement de tête.
-« Sans blague ! Ça fait seulement la troisième ou quatrième fois que tu nous le répètes. » railla Jehan en la bousculant gentiment d'un coup d'épaule.
-« Au moins, je m'assure une bonne note en maths, c'est déjà ça de pris ! » ricana-t-elle.
-« Ouais bah sois pas trop sûre de toi. Peut-être que c'est parce que ta copie était tellement mauvaise que Mme Meyer a fait cette tête-là. »
-« Jehan, l'appela Andréa. Tu peux pas te contenter d'être contente pour elle ? Faut que tu fasses ton gros jaloux ? »
-« Quoi moi ? Jaloux ? Pff… Honnêtement elle peut la garder son assurance d'une bonne note. Parce que moi c'est l'assurance d'une bonne soirée que j'ai… ! » répondit-il en basculant la tête sur le côté avec un petit sourire.
Et tandis qu'il lui tendait sa main pour qu'elle termine de descendre les marches du parvis, sa compagne se contenta de rouler des yeux avec un sourire amusé.
-« Vous faites quoi ce soir ? » questionna Bridgette.
-« Ciné ! Un petit film avec ma dulcinée, c'est tout ce dont j'ai besoin après cette très longue journée, remplie d'échecs, de désillusions et de rêves de bonne note en maths envolés loooin… ! » soupira longuement Jehan en fermant dramatiquement le poing droit et se reposant sur l'épaule d'Andréa de l'autre bras.
Les deux jeunes filles échangèrent un regard à la fois désabusé et amusé avant qu'Andréa ne lève une nouvelle fois les yeux au ciel.
-« Amusez-vous bien. » conclut Bridgette avec un petit signe de main.
-« Ouais, à plus ! » déclara Jehan en s'éloignant, main dans la main avec Andréa qui répondit à Bridgette de la même façon.
Bridgette et Félix les regardèrent s'éloigner en silence avant d'échanger un regard amusé par ce qu'il venait de se passer. Le jeune homme remarqua que la longue berline noire de son chauffeur était déjà rangée sur le côté du parvis. Il ne bougea pourtant pas et se fut Bridgette qui reprit la parole.
-« Bon… ! Et bien moi je pense que je vais aller me coucher tôt ce soir, parce que mine de rien, je suis un peu fatiguée. »
-« Passer une bonne journée est éreintant. » railla Félix avec un rictus au coin des lèvres.
-« Je crois bien ! En même temps, je suis sûre que ça a été une bonne journée pour toi aussi, non ? Les interros de maths, c'est toujours du gâteau pour toi. »
-« En vérité, je suis assez d'accord avec Jehan. Je trouve que ça a été… une très longue journée. »
Il s'avança ensuite pour poser sa main sur son épaule. Il y avait dans son regard quelque chose d'inhabituel que Bridgette n'aurait pas réussi à décrire précisément.
-« Mais je suis heureux de te voir ainsi. J'aimerais pouvoir toujours te garantir des journées aussi belles que celle-ci. »
Bridgette ne répondit rien et se contenta de sourire, les sourcils légèrement froncés, avec un air interrogateur. Mais Félix ne poursuivit pas et reprit sa marche sans perdre cet air étrange.
-« Bonne soirée Bridgette. » se contenta-t-il de dire avec un ultime regard.
Cette dernière le regarda s'éloigner puis monter dans la voiture qui l'attendait. Elle n'était pas sûre de ce qu'avait voulu dire son ami. Puis après quelques secondes de réflexion, elle en conclut qu'elle s'imaginait très certainement des choses. Si Félix avait voulu lui faire comprendre quoi que ce soit, il lui aurait dit tout simplement. Alors, avec un petit haussement d'épaules, elle attrapa son téléphone pour composer un numéro avant de porter l'appareil à son oreille. Elle attendit quelques secondes avant d'entendre une voix lui répondre.
-« Coucou Alizée, je suis contente de t'entendre. Tout le monde est inquiet pour toi tu sais ? … Comment tu te sens ? »
Le poing serré sur sa veste, Bridgette marchait sur des œufs. Elle ne pouvait évidemment pas dire à son amie qu'elle savait déjà quelle épreuve elle était en train de traverser. Mais elle tenait absolument à prendre de ses nouvelles sans pour autant se montrer trop envahissante. Elle lui avait envoyé un simple message pendant la journée lui disant qu'elle pensait à elle.
Puis, une heure auparavant, surprise, Bridgette avait reçu une réponse où Alizée lui demandait de la rappeler à la sortie du lycée.
-« Bridgette… Est-ce que tu crois qu'on peut se voir… tout de suite ? »
Et cette dernière laissa échapper un petit soupir de soulagement avant de répondre.
-« Bien sûr. »
Tu me comprends, tu avais compris, peut-être pas tous mes mots, mais assez, je l'espère, pour comprendre combien je tenais à toi. Peut-être pas encore combien je t'aimais. Je t'aime, même si ces mots n'ont pas encore trouvé tout leur sens dans mon esprit. Mais tu avais compris ce que je voulais te dire.
Et bientôt tu comprendrais ce que je voulais te donner, t'apporter, la chaleur de mon cœur que je voulais poser sur toi.
Et moi aussi… Moi aussi, mon amour, j'avais compris, je savais… Je connais la profondeur des sentiments que je te porte sans penser à tous les risques qu'ils peuvent engendrer, à tous les niveaux.
Si nous avons une âme, elle est faite de l'amour que nous portons aux autres. Intacte en dépit du temps qui passe, éternelle en dépit de la mort qui nous guette.
-« Alors ça pour une surprise, c'est une grosse surprise. Honnêtement, je ne l'avais pas du tout vu venir. Je suis un peu déçu de ne pas l'avoir compris avant vous, je vous l'avoue. C'est la honte ! Mais vous, vous devez être sous le choc boss ! Comment vous vous sentez ? »
-« Vous ne serez donc jamais un tant soit peu sérieux ? » répliqua Gabriel en fermant les yeux, agacé.
-« Ça va, relax boss. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Vous pouvez m'envoyer mon akuma et dans 5 minutes vous avez son miraculous si vous le souhaitez. »
-« Non, nous devons garder nos atouts pour le moment. Il serait idiot de s'exposer trop tôt, maintenant que nous avons une chance unique de mettre la main sur Chat Noir et Ladybug en même temps. »
-« Ok, alors qu'est-ce vous attendez de moi ? »
-« Si j'ai pu découvrir son identité rien qu'en l'observant, c'est que mon fils est moins intelligent qu'il ne semble le croire. Surveillez-le, de très près. Avec un peu de chance, il nous conduira de lui-même jusqu'à sa partenaire. »
-« Et là, on pourra leur tomber dessus. Chasse au trésor, j'adore ! Je ne sais pas vous, mais j'ai l'impression que le vent tourne en notre faveur, non ? »
-« N'oubliez pas de rester discret. Et surtout que notre collaboration peut cesser à tout instant si j'estime que vous ne faites que compromettre la réussite de mon plan. Vous êtes mes yeux sur le terrain mais gardez en tête que j'ai toujours le moyen de vous surveiller. »
-« Ouais ouais Gabe, c'est bon je sais. Vous me faites le coup à chaque fois. Je sais exactement ce que j'ai à faire. Reposez-vous sur moi. Nous allons trouver l'identité de Ladybug dans peu de temps, et alors nous aurons tous les deux ce que nous voulons. »
Gabriel plissa les yeux en entendant ces mots mais ne dit rien. Il y eut un petit silence avant qu'il ne reprenne la parole.
-« Je vous recontacte sous peu. » conclut-il avant de raccrocher sans attendre la moindre réponse de son interlocuteur.
Il rangea rapidement l'appareil dans la poche de son pantalon avant de se tourner vers Nathalie, debout devant son bureau. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine, retenant la tablette numérique qu'elle avait toujours avec elle. Gabriel voyait bien que son assistante essayait tant bien que mal d'afficher un visage impassible, comme d'habitude. Mais ses regards vifs et le léger tremblement de ses mains la trahissaient.
-« Que se passe-t-il Nathalie ? questionna l'homme d'affaire en posant sa main sur son bureau. Avez-vous des réserves sur ma façon de procéder, peut-être ? »
-« Monsieur, je… Je ne me permettrais pas de remettre en cause votre réflexion. Mais- »
-« « Mais » ? » répéta Gabriel d'un ton incisif, comme s'il la défiait de poursuivre sa phrase.
-« … Il s'agit de votre fils, de Félix… » continua Nathalie après une seconde d'hésitation.
-« Ne vous en faites pas pour lui, je veillerai à ce qu'il ne contredise pas mon ambition. Et je sais qu'en lui exposant la situation, il ne me refusera rien. »
-« … Et s'il venait tout de même à s'opposer à vous ? » poursuivit l'assistante en fronçant les sourcils pour regarder son employeur dans les yeux.
Gabriel garda le silence quelques instants avant de laisser échapper un petit rire moqueur.
-« Jamais il ne s'opposera à moi. Félix est un Agreste, une machine de guerre. Je l'ai façonné à mon image, je lui ai appris à voir le monde à ma manière, il ne connait que ça. Malgré ce que vous ou Rosa pouvez penser, je connais mon fils. Je connais sa souffrance, et je sais qu'il sera de mon avis. Il ne me résistera pas. »
Mais voyant le visage peu convaincu de Nathalie, Gabriel afficha un sourire amusé, un rictus antipathique qui déformait presque son visage.
-« Et si c'est à la petite brise révolutionnaire qui semble souffler sur lui ces derniers temps que vous faites allusion... Je m'assurerai de tuer dans l'œuf tout projet qui pourrait entraver la voie qui a déjà été tracée pour lui. »
Eh bah, on pourra dire qu'il aura été difficile à écrire ce chapitre-là ! Je suis désolée pour l'attente, j'ignore ce qui s'est passé mais j'ai eu un véritable blocage sur cette fin d'arc !
Bref, maintenant vous avez l'arc complet d'Infinity, j'espère vraiment qu'il vous a plu ! C'est un des arcs majeurs de ma fanfic, il était prévu depuis très longtemps dans ma trame scénaristique, même s'il a subit de nombreux changements au cours du temps.
Je vais essayer de vous revenir au plus vite avec la suite de l'histoire, le prochain arc est déjà en cours d'écriture. N'oubliez pas que je suis absolument seule sur ce projet : scénario, écriture, relecture, correction, illustration, et le fait de gérer ma vie perso à côté demande beaucoup de travail et de temps. Je vous remercie d'être toujours là pour suivre les aventures de Bridgette et Félix.
À très bientôt j'espère, et d'ici là, restez connectés...
