La faim le rongeait. Devenue pire avec la mort de Cédric. Cet été chez les Dursley s'annonçait compliqué. Cela faisait seulement trois jours et pourtant il n'en pouvait déjà plus. Après une autre année scolaire pour le moins problématique, Harry prenait environ une semaine pour s'adapter à sa famine imposée. Les premiers jours étaient toujours les plus dures. Sentir se vide dans son ventre. Son estomac se contracter sur lui-même, se digérant à moitié pour le tenir en vie. Ses crampes constantes induite par un manque d'hydratation. Son corps réapprenait chaque été à survivre. Ajouter cela à l'état apathique dans lequel il était bloqué depuis la fin du tournois des trois sorciers. Il n'était plus qu'un zombie. Un mort-vivant mais tout du moins vivant. Un rappel constant des yeux ternes de Cédric. De son corps dure et froid, dont l'âme avait fuit, l'esprit dissipé et la vie, telle une flamme étouffée.

Alors, il était là amorphe. Attendant patiemment le vide, la mort. Que sa faim se tarice afin que l'acide gastrique laisse quelque chose à ronger à sa douleur.


La nuit l'avait emporté tel un somnambule sous les étoiles. Le balançant au vent, au sifflement du métal. Il était seul face au noir de ses pensées. La poussière sous ses pieds l'étouffait et la fraîche brise le réconfortait. Le froid familier de la mort, une vieille amie l'éteignant. Constractant son corps, brûlant ses poumons, engourdissant son esprit. Il se sentait partir.

Un cri, douloureux, désespéré. Un électrochoc le ramenant. Détraqueurs. Des detraqueurs à Privet Drive. Sa conscience revenue, l'instinct en surface. Baguette en mains.


La lettre comme brûlante dans ses mains. Sa vision rendue flou d'incrédulité. Il stagnait. Immobilité physique et intellectuelle. Les informations ne rentraient. Les mots, des traits, des courbes d'encres sur le parchemin. Pourtant vide de sens. Un néant d'incompréhension. Tout était lipide et clair, trop clair. Engourdissant à nouveau ses neurones. C'était incroyable. D'une injustice sans borne.

Autour de lui, les Dursley en effervescence. Le hiboux du Ministère virvoltant attendant une friandise. Des voix chaotiques, des bruits éguëset bourdonnent.

Sa vie était finie. Son seul refuge oublié, refusé, retiré, anéanti. Seul, il était seul comme toujours et à jamais.


Un nouveau regard terne s'ajoutait à sa vision. Les petits yeux humides de Dudley, maintenant hagard et vide. Son âme pas encore emporté mais déchiré. Encore une fois, il était trop lent. Ses erreurs avaient des coups.


Un battements de paupières. Une respiration. Tout était gris, bleu et noir. Le monde bougeait, des éclats rouges, des yeux noisettes. La chaleur d'une étreinte. Sa tête tournait. L'espace trop large, trop grand, trop lumineux. Trop. Le bourdonnement s'accentua. L'eau remplie ses poumons. Une corde enverrait son cœur. Le tirant vers le bas. Il avait chaud et froid. Ses ongles se plantains. Sa chair déchirée. Un cri. Le sien? Tout devint noir.