Hello hello !

Voici le chapitre trois, où l'on retrouve notre petit Severus fraîchement évadé ;)

Bonne lecture à vous !

Rar :

Guest : Merci à toi de prendre le temps de laisser un petit message à chaque chapitre, c'est super gentil =) Bonne lecture à toi !


Libre ! Il était enfin libre !

Après presque une semaine passée dans ce fichu corps de chat dont il ne parvenait pas à sortir, enfermé chez Granger qui avait déjoué toutes ses tentatives d'évasion et s'était obstinée à vouloir faire ami-ami avec lui _ à croire qu'elle manquait tellement d'affection que c'était tout ce qu'il lui restait, de se lier d'amitié avec un chat ! Car elle était toujours persuadée qu'il n'était qu'un chat, et rien qu'un chat. Ses tentatives de légilimancie s'étaient avérées aussi infructueuses que celles de magie sans baguette, ne lui permettant pas de communiquer avec la sorcière. A la réflexion, peut-être valait-il mieux également qu'elle ne sache pas ce qu'il en était. C'est qu'il avait une réputation à tenir, quand même, et qu'être transformé en chat, réduit à manger du thon en boîte et à utiliser une litière, ne collait pas trop avec son profil de professeur terrifiant et d'alchimiste surdoué.

Mais tout ceci était derrière lui, à présent.

Il avait enfin réussi à s'échapper, et à présent il filait vers la fin de ce cauchemar interminable ! Vers Poudlard, courant et bondissant à travers le sentier qui remontait de Pré-Au-Lard. C'est qu'il n'en pouvait plus, de cette queue insupportable qui se coinçait partout, de cette fourrure qu'il fallait nettoyer tous les jours, et de cette envie de dormir qui ne le quittait jamais. Par Circès, comment diantre Minerva pouvait-elle apprécier de se métamorphoser en cet animal ridiculement petit et incontestablement paresseux ? Sans doute l'expérience était-elle plus plaisante lorsque l'on en avait le choix du début et de la fin, ce qui n'était pas son cas, malheureusement !

Mais tout ceci allait changer, incessamment sous peu.

Finies, les pathétiques tentatives de Granger pour l'amadouer, les surnoms ridicules dont elle l'avait affublé toute la semaine, après l'avoir baptisé avec un nom tout aussi saugrenu ! La petite effrontée l'avait même menacé de le castrer s'il ne se servait pas de la litière, non mais quel toupet ! Elle ne perdait rien pour attendre, cette satanée sorcière ! Qu'elle attende un peu qu'il ait retrouvé sa forme originelle, et elle allait voir de quel bois il se chauffait ! Quand il repensait à tout ce qu'elle lui avait fait subir en seulement six jours ! L'enfermement, la litière, la nourriture, et même ses cheveux qui avaient ondulé devant ses yeux le matin même et…

Non.

Ne pas repenser à ça.

A ce moment d'absence où il avait été incapable de résister à la tentation de s'approcher des mèches brunes frémissantes tandis qu'elle se penchait pour lacer ses chaussures. Il ne se rappelait pas tout à fait de comment cela s'était passé. Il se souvenait simplement s'être intimé de ne pas succomber au désir montant qui l'envahissait, puis le trou noir.

Lorsqu'il avait repris conscience, il était justement entrain de jouer avec les cheveux de la Gryffondor, qui le caressait ! Son sang n'avait fait qu'un tour en la voyant si proche et en sentant ses mains sur lui. Avant qu'il ne l'ait réellement décidé, ses réflexes avaient pris le dessus et il avait voulu la repousser, oubliant que ses mains étaient à présent pourvues de griffes. Il n'était pas resté assez longtemps pour voir les dégâts, mais au souvenir du hoquet douloureux que n'avait su retenir la jeune femme, il l'avait sans doute touchée.

Heureusement, tout ceci serait bientôt de l'histoire ancienne.

La fatigue le taraudait déjà, mais Severus avait forcé le pas, se faufilant sans mal dans l'enceinte du parc de Poudlard. C'était là que les soucis avaient commencé pour lui.

En ce début du mois de Juillet, il n'y avait presque plus personne au château. Ses collègues étaient tous rentrés chez eux, puisqu'ils avaient un « chez-eux », contrairement à lui qui s'était séparé de sa maison impasse des Tisseurs après la fin de la guerre. Minerva était en Écosse, et même Poppy était partie dans sa famille pour l'été. Ne restait que Rusard, qui gardait le château, et Hagrid, Gardien des clefs et des Lieux.

Hagrid… et son arche de Noé ambulante… donc ce chien infâme qui bavait constamment partout.

Severus ne l'avait jamais vu que de loin, lui que ce genre d'animal de compagnie inutile et salissant répugnait tout à fait. De ce qu'il en savait, le molosse n'était pas très courageux, et plutôt partisan du moindre effort. Il ne l'avait jamais vu courir, d'ailleurs.

Ce jour-là, pourtant, force lui avait été de constater que non seulement le chien en question n'avait pas peur des chats, mais qu'en plus il courrait sacrément vite. Le cœur battant, il avait pris ses jambes à son coup pour lui échapper, ne s'arrêtant que lorsqu'il avait été à l'abri sous le porche du château, le cœur battant et les poumons en feu.

Satané clebs !

Malheureusement, sa malchance ne s'était pas arrêtée là. Les portes du château étaient fermées.

Il avait eu beau tenté de gratter et de pousser de toute la force de son petit corps de chat, rien n'y avait fait. Ce qui l'avait obligé à faire tout le tour de la bâtisse jusqu'à trouver un soupirail ouvert qui menait dans les sous-sols du château, qu'heureusement pour lui il connaissait bien. Lorsque enfin il était ressorti des couloirs alambiqués et oubliés de cette partie des cachots, il était couvert de poussières et de toiles d'araignées, à tel point que sa fourrure semblait plus grise que noire. Il avait éternué plusieurs fois, incommodé par les particules en suspension et l'odeur de renfermé bien trop forte pour son sens olfactif sensible.

Par Merlin, heureusement qu'il allait bientôt redevenir humain, ou il lui aurait fallu des heures pour faire sa toilette !

Il était arrivé devant la porte de son laboratoire, et son optimisme quant à la suite de cette journée était retombé comme un soufflet.

La porte du laboratoire était fermée.

Par Salazar, comment avait-il fait pour ne pas penser à ce genre de détail ? Cela faisait une semaine qu'il tentait par tous les moyens de s'enfuir de chez Granger, et il n'avait pas songé un seul instant à la façon dont il allait ouvrir la porte de ce putain de laboratoire !

Une prise de conscience en amenant une autre, il avait soudain réalisé qu'ouvrir la porte ne constituerait que la première difficulté d'une longue série avant qu'il ne puisse retrouver sa forme humaine. Même s'il avait identifié les poils de Caméléon Angora comme l'élément perturbateur de sa potion, il lui faudrait pouvoir réaliser un antidote efficace, susceptible de lui rendre sa forme humaine. Et pour cela… il lui faudrait des mains capables de manipuler des ingrédients et de tenir une cuillère. Ce dont il était dépourvu, tant qu'il était sous cette forme.

C'était un cercle vicieux.

Le serpent qui se mordait la queue, très ironiquement, pour lui qui était directeur de Serpentard.

Il ne pourrait jamais y arriver tout seul, dans son état.

Une affreuse sensation de vide avait semblé s'ouvrir à l'intérieur de son petit corps de chat, et alors que tout le poids du monde semblait soudain peser sur ses frêles épaules, quelqu'un l'avait interpellé.

Véritablement, interpellé.

- Bonjour Beau Brun, avait minaudé une voix féminine juste derrière lui.

Severus avait vivement sursauté, se hérissant de tout son corps, ses griffes crissant douloureusement à l'oreille sur le sol en pierre. Ses yeux s'étaient agrandis de surprise lorsqu'il s'était retrouvé nez à nez avec le museau velu et écrasé de Miss Teigne, qui le regardait avec gourmandise, assise à quelques centimètres à peine de lui.

- Par tous les Saints ! S'était-il exclamé, horrifié, en réalisant ce qu'il en était.

La chatte de Rusard parlait ! Ou plutôt... il comprenait ce qu'elle disait… Ce qui n'augurait rien de bon pour son retour à l'humanité… !

- Va t'en, Oust ! Du balai ! Avait-il exhorté, indisposé par sa proximité, et l'incongruité de la situation.

La chatte n'avait pas bougé d'un centimètre, au contraire.

- Oh, mais c'est qu'il a du caractère, le petit jeune. J'aime ça, avait-elle ronronné en se léchant les babines d'un air appréciateur. Comment tu t'appelles, mon tout beau ? Je ne t'avais pas encore vu ici, tu es nouveau ?

Avant qu'il n'ait pu réagir, et sans autre préambule que celui-ci, Miss Teigne s'était frottée contre lui, ondulant de tout son corps juste sous son nez, fouettant son visage de sa queue panachée en expirant un miaulement gémissant. Le cerveau de Severus avait semblé court-circuiter sur place, incapable d'assimiler le surréalisme de cette rencontre. Avant même d'en avoir conscience, le Serpentard avait de nouveau pris ses jambes à son cou, horrifié de se faire ainsi approcher par la chatte de Rusard.

- Oh, tu veux jouer à ça, petit coquin ? D'accord, c'est moi le chat ! Avait roucoulé la minette derrière lui, déclenchant un frisson horrifié chez Severus.

Il avait monté quatre à quatre les escaliers menant au hall, puisqu'elle se trouvait dans le chemin qui menait au soupirail qu'il avait emprunté à l'aller. Les doubles portes du château étant toujours closes, il avait continué sa course folle jusqu'à la Grande Salle, risquant un coup d'œil derrière son épaule.

La vieille chatte était toujours dans son sillage, à sa plus grande horreur. Avisant une fenêtre entr'ouverte dans les hauteurs de la pièce, il s'était précipité dans cette direction, passant sous les bancs et les longues tables de la salle à manger, avant de tenter un saut désespéré sur un chevalier en armure qui avait dangereusement vacillé sous lui. Severus n'avait eu que le temps de prendre appui pour bondir de nouveau vers l'ouverture avant que les pièces de métal ne s'écroulent dans un affreux fracas métallique qui avaient dû réveiller les morts jusqu'au cimetière de Pré-Au-Lard situé à deux miles de là.

Le Serpentard n'avait malheureusement pas eu le loisir de se réjouir d'avoir semé Miss Teigne. Le bord de la fenêtre n'était pas suffisamment large _ ou peut-être était-ce lui qui ne maîtrisait pas encore suffisamment l'équilibre de son nouveau corp _, toujours était-il qu'il n'avait pas eu le temps de stabiliser ses appuis, et avait basculé en catastrophe de l'autre côté de la fenêtre avec un miaulement impuissant, tombant comme une pierre dans les épais buissons en contrebas.

Évidemment, avec la chance qu'il se traînait depuis une semaine, il avait fallu que les buissons en question soient couverts d'épines…

OoOoO

- Bonjour Mme Rosmerta

- Oh, bonjour les jeunes ! S'était gaiement exclamée la tenancière des Trois Balais quand Hermione et George avaient passé le pas de la porte de son établissement.

- Excusez-moi de vous déranger, auriez-vous vu un chat noir dans les parages ce matin ? Il s'est sauvé quand je suis descendue au magasin, avait tristement expliqué la Gryffondor, pour la quinzième fois au moins depuis le début de la journée.

Elle avait eu beau chercher dans les environs avant l'ouverture de la boutique de Farces et Attrapes, ratisser le quartier pendant l'heure du déjeuner et passer d'échoppe en échoppe après la fermeture, rien n'y avait fait. Personne n'avait vu Charbon. George, qui était rentré en début de soirée de la boutique du Chemin de Traverse, l'avait rejointe alors qu'elle quittait la librairie, d'où elle était sortie les épaules basses, commençant à perdre espoir de retrouver son chat. L'arrivée du jeune homme et de sa bonne humeur lui avait redonné un peu de courage, et elle avait apprécié qu'il soit descendu lui prêter main forte après avoir vu le mot laissé à son attention dans l'appartement, l'informant qu'elle avait perdu Charbon et qu'elle était partie à sa recherche.

Malheureusement, Mme Rosmerta non plus n'avait pas vu le matou.

Hermione était ressortie dans la rue commerçante du village, abattue, en regardant avec tristesse l'affichette comportant la photo de Charbon qu'elle avait éditée une semaine plus tôt. Jamais elle n'aurait pensé qu'à défaut de l'aider à retrouver le propriétaire du chat, celle-ci lui servirait à chercher le félin égaré, seulement sept jours après son arrivée.

Un bras s'était enroulé autour de ses épaules et l'avait attirée contre le corps chaud et bien bâti de George, qui avait appliqué une pression réconfortante sur son corps voûté par la tristesse.

- Allez, ne fais pas cette tête, on va le retrouver, ton Chardon !

- C'est la première fois qu'il sort de la maison, il ne connaît même pas le chemin pour rentrer, avait répondu Hermione, pragmatique.

- Il n'a pas dû aller bien loin, ne t'inquiète pas. Le connaissant, il doit être planqué dans un coin à faire la gueule et il reviendra quand il aura faim ! Il aura vite fait de rentrer quand il réalisera que le thon en boîte et le jambon sans couenne ne se trouvent pas dans la nature ! Avait ajouté le jeune homme avec humour, arrachant un sourire à la sorcière attristée.

Cette dernière avait acquiescé, avant de balayer les environs du regard, à la recherche du moindre signe susceptible de lui indiquer la direction où chercher son chat. Pour un peu, elle aurait même pu redonner une chance à la divination, s'il y avait eu une chance pour que cela l'aide à localiser Charbon.

- Cela t'ennuie si on va voir jusqu'à la Cabane Hurlante, au cas où ? Avait-elle demandé en relevant un regard suppliant vers George, dont les lèvres s'étaient ourlées d'un sourire malicieux.

- Si cela m'ennuie ? Bien-sûr que non, quelle idée ? Visiter une cabane hantée à la recherche d'un chat enragé un samedi soir, c'est un programme de rêve que tout le monde m'enviera quand j'en parlerai aux gars lors du prochain entraînement, avait-il plaisanté en l'entraînant vers la sortie du village avec entrain, tout à fait sérieux. Allez, allons chercher Chardon au milieu des ronces et des orties !

Malgré son abattement, Hermione n'avait pu s'empêcher de rire, amusée par les pitreries de son colocataire, se réjouissant une fois de plus de les avoir au quotidien, lui et sa bonne humeur à toute épreuve.

- J'espère vraiment qu'on va le retrouver. Je ne voudrais pas qu'il dorme dehors, ils annoncent de l'orage pour cette nuit, avait-elle repris alors qu'ils sortaient du village sorcier en direction de la cabane qui avait abrité les transformations de Rémus, des années durant.

- Et en même temps, ça lui fera peut-être du bien de passer la nuit dehors, à ce petit mal élevé ! Déjà qu'il n'est pas très fut-fut, je suis curieux de voir comment il s'en sortira tout seul dehors sous la pluie ! Cela lui apprendra à abîmer le visage de ma si charmante colocataire !

OoOoO

A ce stade, ce n'était plus de la malchance, mais carrément de la poisse. Ou un retour de karma cinglant pour toutes les années durant lesquelles il avait martyrisé des élèves innocents, joué double-jeu avec une bonne partie de son entourage, et refusé de se montrer plus sociable malgré la fin de cette putain de guerre.

Non seulement il n'avait pas réussi à trouver une solution à son problème de fourrure persistant, mais il était à présent livré à lui-même au beau milieu de nulle part, perdu dans la Forêt Interdite où il s'était réfugié après s'être fait courser une nouvelle fois par le chien de Hagrid, juste après s'être extirpé du buisson épineux dans lequel il était tombé en échappant à Miss Teigne.

De fait, cela faisait des heures qu'il tournait en rond, incapable de s'orienter dans les bois pourtant familiers, son changement de taille et de point de vue lui ayant fait perdre tous ses repères. Les arbustes qui autrefois lui semblaient minuscules et chétifs lui paraissaient à présent immenses et touffus, et il était bien trop petit pour regarder à l'horizon et tenter de retrovuer son chemin. Monter aux arbres n'était pas une option envisageable non plus, d'une part parce qu'il n'était pas certain d'y parvenir, d'autre part parce qu'il était tout à fait certain, en revanche, de ne pas réussir à en descendre.

Même si les journées étaient longues, en ce début d'été, le soleil avait commencé à décliner de façon notable, étirant les ombres et laissant le champ libre aux prédateurs nocturnes qui attendaient leur heure, nichés dans le tronc d'un arbre creux ou au fond d'une grotte obscure.

Alors qu'il commençait à se dire que cette journée avait vraiment été un fiasco du début à la fin, un grondement assourdissant avait déchiré l'air, le faisant vivement sursauter et se dresser tous les poils de sa fourrure sombre. L'atmosphère s'était chargée d'une tension palpable, et les premiers éclairs avaient strié le ciel au loin.

Severus avait senti son moral déjà bien bas descendre de quelques crans supplémentaires.

L'orage arrivait.

OoOoO

- Charbon ! Charbon ! Allez viens mon grand !

Le cri désespéré d'Hermione s'était répercuté en écho contre les murs des maisons endormies de Pré-Au-Lard, avant que le tonnerre grondant ne finisse de le réduire à néant. Hermione avait sondé les alentours, fouillant désespéramment l'obscurité ambiante à la recherche d'un mouvement ou d'un bruit susceptible d'indiquer le retour de son chat.

Seul le roulement d'un nouveau coup de tonnerre lui avait répondu.

Il était vingt-trois heures passées, et la jeune femme avait attendu que le village devienne silencieux pour réitérer ses appels, ses recherches du soir s'étant révélées infructueuses, même du côté de la Cabane Hurlante. Elle avait sorti la litière de Charbon dans le petit jardinet qui jouxtait l'arrière-boutique, espérant que l'odeur familière lui permettrait de retrouver son chemin. Malheureusement, aucun chat noir n'avait pointé le bout de son nez pour le moment, et l'orage approchait. Les premières gouttes n'avaient d'ailleurs pas tarder à ricocher sur le toit de la maison, et la Gryffondor avait levé un regard inquiet vers les sombres nuages qui s'accumulaient dans le ciel écossais.

Derrière elle, la porte de l'arrière boutique s'était ouverte, et les pas de George n'avaient pas tardé à s'approcher.

- Hermione, va te coucher, lui avait gentiment intimé le rouquin en étouffant lui-même un bâillement. Tu sais combien j'adore ta voix enjôleuse, surtout quand tu cries ainsi à en réveiller les morts, mais je doute que les voisins apprécient.

- Il n'est pas revenu, avait piteusement murmuré la Gryffondor, bien que cette évidence n'avait sans doute pas échappé à son colocataire.

- Je sais, et je doute qu'il revienne là tout de suite, avait répondu George en lui attrapant le bras pour la tirer à sa suite à l'intérieur. Il a passé la semaine planqué sous le buffet alors qu'il n'y avait rien à craindre, alors je doute qu'il s'aventure hors de son trou avec l'orage qui arrive. On réessaiera demain. Allez, rentre ou je te séquestre à l'intérieur de force, avait-il plaisanté en faisant mine de la soulever pour la charger sur son épaule.

Hermione avait vivement protesté, grondant et riant à moitié, avant d'abdiquer et de le suivre jusqu'à l'appartement au premier étage, non sans jeter un dernier coup d'œil à l'extérieur avant de refermer la porte du jardin.

Aussi hargneux était-il, elle espérait vraiment que le petit chat noir avait trouvé un endroit à l'abri où passer la nuit.

OoOoO

Depuis combien de temps était-il là ?

Il n'en savait fichtrement rien. Une éternité, lui semblait-il.

Où était-il précisément ?

Il n'en avait pas le début d'une idée. Tout se ressemblait, dans cette maudite forêt.

Il avait faim, il avait soif, et il avait froid. Ses pattes lui faisaient mal, et l'envie de dormir le taraudait. Et, même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, il avait peur. Pire encore, il se sentait terriblement vulnérable, perdu au milieu de cette forêt qui n'en finissait pas.

Il s'était toujours moqué des élèves effrayés par la Forêt Interdite ou par l'idée d'une retenue de nuit avec Hagrid, lui qui ne craignait rien ou presque, se sachant doté d'une magie redoutable. Sauf qu'à présent qu'il était coincé dans ce corps ridicule, privé de ses pouvoirs, tout en bas de la chaîne alimentaire ou presque, il commençait à comprendre quelle genre de torture psychologique une retenue dans la Forêt Interdite de nuit pouvait représenter.

Ce corps de chat avait beau ne pas être totalement dépourvu de défenses, cela lui semblait bien suffisant, au vu des dangers qui rôdaient dans les bois. Que pourraient des griffes contre le piétinement d'une harde de centaures ? Des crocs contre des araignées géantes ? Pas grand-chose, malheureusement.

Le grondement de l'orage n'arrangeait rien à l'ambiance anxiogène des lieux, et bientôt la pluie était tombée, drue et sans discontinuer, l'obligeant à trouver refuge sous un buisson aux feuilles épaisses, où il avait fini par somnoler sur un tas de feuilles humides après avoir bu quelques gorgées d'eau trouble dans une flaque et grignoter un morceau de racine dont le goût amer l'avait bien vite fait renoncer à l'idée de manger quelque chose. Par Merlin, même les croquettes que lui avait servies Granger en début de semaine lui auraient semblé appétissantes, à cet instant. Il était tellement harassé de fatigue qu'il avait bientôt dodeliné de la tête, sombrant dans un demi-sommeil peu réparateur, obligé de rester en alerte, à l'affût du moindre danger.

Ses idées n'étaient toutefois plus tout à fait claires, sinon pourquoi aurait-il songé, en cet instant, que ce n'était finalement peut-être pas une si bonne idée que cela d'avoir faussé compagnie à Hermione Granger ?

OoOoO

Au petit matin, son estomac criait famine. Ses coussinets lui faisaient un mal de chien, tout comme les nombreuses égratignures qu'il avait récoltées après être tombé dans le buisson épineux au pied du château. Même les souris qu'il avait croisées en sortant du buisson lui avaient paru appétissantes.

Et puis, alors qu'il désespérait de devoir chasser un mulot ou des vers de terre, lucide sur ses chances de succès quant à la capture de petits mammifères plus agiles, il l'avait sentie. L'odeur chaude et délicieuse de la nourriture. De la vraie nourriture. Le parfum entêtant de la friture pleine de gras, et les fragrances épicées de la viande qui grille sur les braises d'un barbecue.

Un sursaut d'énergie lui était revenu alors qu'il se remettait en route, guidé par son estomac et l'odeur prometteuse. Impatient à l'idée de ce qui l'attendait au bout de cette piste odorante, il s'était précipité, manquant trébucher sur la terre gorgée d'humidité, et de se faire avaler tout rond par une buse variable qui aurait bien fait de lui son petit-déjeuner. Cela l'avait tempéré quelque peu, et il avait pris le temps de continuer sa route sous le couvert des fougères et des buissons bas.

Une autre éternité plus tard, le cœur battant, le souffle court et la démarche mal assurée, il avait enfin émergé des entrailles de l'obscure forêt, qui l'avait recraché couvert de boue et la fourrure pleine de brindilles et de feuilles mortes. Il avait senti un soulagement sans précédent l'envahir à la vue des premières maisons du village, heureux comme jamais de retrouver la civilisation, lui qui avait pourtant passer sa vie à éviter ses congénères.

Le fumet entêtant de la viande l'avait conduit jusqu'à la court d'une maison toute proche où, tapi dans l'ombre d'un porche, il avait observé les convives d'une réception discuter non loin d'un cochon cuit à la broche, dont la seule vue lui avait mis l'eau à la bouche, alors qu'il n'était pourtant pas un grand amateur de viande _ du moins pas quand il était sous sa forme humaine.

L'estomac dans les talons, il s'était approché de quelques pas, incapable de s'en empêcher, le morceau de viande luisant de graisse l'attirant comme un aimant.

- Attention au chat, il va essayer de voler de la viande ! S'était brusquement exclamé quelqu'un dans l'assistance.

Une véritable cacophonie de cris et de bruits divers avaient suivi, claquement de main et autres balais avaient été utilisés pour le faire fuir, et Severus avait détalé sans demander son reste, sans pouvoir ne serait-ce que lécher un morceau de viande et avec pour seul résultat d'écoper d'un ego encore plus mal en point d'avoir ainsi été chassé comme un malpropre.

Il avait longé la rue sur plusieurs dizaines de mètres sans croiser âme qu vive en cette heure sacrée du dimanche où les gens normaux se retrouvaient en famille pour déjeuner en échangeant les dernières nouvelles. Le genre de chose que Severus n'avait jamais fait, somme toute.

Il n'avait pas souvenir d'avoir jamais eu ce genre de réunions familiales, pendant son enfance à l'impasse des tisseurs, où ses parents s'étaient déchirés presque quotidiennement dès son plus jeune âge. Sa vie d'adulte, entre ses erreurs de jeunesse chez les mangemorts, et les nombreuses années qu'il avait passées à jouer l'espion pour Dumbledore, n'avaient pas non plus permis de tels moments familiaux. Avec quelle famille aurait-il pu seulement l'envisager, lui qui n'avait plus personne ?

La fin de la guerre aurait pu marquer un tournant dans sa vie sombre et solitaire, si seulement il avait profité de l'occasion pour sortir de son laboratoire et s'ouvrir au monde extérieur, ce qu'il n'avait pas fait. Par manque d'expérience, peur d'être rejeté, ou souhait de préserver la tranquillité relative qu'il était enfin parvenu à trouver après cette période de conflit, il n'aurait su le dire avec précision. Cela ne l'avait jamais réellement affecté, d'ailleurs. Du moins, pas la plupart du temps. Pas lorsqu'il était occupé par ses recherches, plongé dans un grimoire ancestral, ou occupé à corriger à grands traits d'encre rouge les torchons de ses élèves.

En revanche… lorsqu'il se retrouvait ainsi perdu et affamé, frigorifié et désorienté, contempler le bonheur des autres le rendait particulièrement amer, et lui rappelait combien il avait toujours été seul.

Il en était là de ses réflexions, le moral dans les chaussettes et l'estomac dans les talons, quand un caillou avait brusquement ricoché à sa gauche, le faisant sursauter. Alors qu'il se retournait pour identifier la provenance de la pierre, un autre projectile l'avait rudement heurté sur le dos, le faisant se hérisser tout à fait, tous les sens en alerte.

- Hey le chat, prend ça ! S'était écrié un garçon d'une dizaine d'année, flanqué de deux autres de ses compères.

Avant que Severus n'ait eu le temps de réagir, une pluie de cailloux et de gravillons s'était abattue sur lui, heurtant sa tête, ses flancs et son dos. Il avait ouvert la bouche pour remettre les trois horribles gosses à leur place, mais seul un feulement furieux était sorti de sa gueule.

- Va t'en, saleté de chat ! Avait hurlé l'un des trois gamins en se baissant pour ramasser de nouveaux projectiles. Les chats noirs ça porte malheur !

- Oui, dégage ou on t'attrape pour te donner aux monstres de la Cabane Hurlante ! Avait renchéri le troisième en lui lançant un nouveau caillou.

Devant le déluge de pierre et de sable qui déferlait sur lui, Severus n'avait eu d'autre choix que de battre en retraite, et était reparti dans une course effrénée pour s'éloigner des trois monstres, serrant les dents pour contenir la rage et la colère qui l'envahissaient, se promettant de leur rendre la monnaie de leur pièce lorsqu'il aurait retrouvé sa forme originelle. Tôt ou tard, il était certain de croiser leur route, dans une situation qui ne serait guère à leur avantage, et il pouvait déjà leur promettre une scolarité longue et difficile.

Pour l'heure, malheureusement, fuir avait été sa seule option. Bondissant sur une pile de cagettes en bois, il avait sauté sur le rebord d'une fenêtre avant de passer par dessus la clôture d'un jardin…

Il avait pensé se réceptionner sans heurt sur une pelouse douce et soyeuse…

Malheureusement, Merlin ne semblait toujours pas de son côté…

Il avait atterri tête la première dans une benne à ordures.