Chapitre 2
Quand je rouvris les yeux, nous étions dans une forêt, je regardai alentour et reconnus le mur arrière de ma maison. Je lâchai la main de Lily, un peu hébétée.
- Comment est-on arrivé là ?
Lily ricana.
- Les démons ne sont pas soumis aux lois de votre univers.
- Et tu peux faire apparaître n'importe quel objet ?
- Non, seulement mes affaires, je les fais venir de mon monde et les renvoie quand je n'en ai plus besoin.
- Ton monde ?
- Une autre dimension, ce n'est pas comme ici, c'est plus petit.
- Plus petit que la Terre ou plus petit que la ville ?
Elle fronça les sourcils.
- Plus petit que votre univers.
Elle me sourit devant mon air incrédule et m'expliqua:
- La limite de mon monde est fluide et il se trouve que votre planète s'est formée dans cette limite fluide. Ce qui fait que nous pouvons passer de notre monde au votre si on sent une ouverture : les appels ou les rituels d'invocation. Un démon qui passe près de la limite de mon monde peut entendre cet appel ou le rituel et, s'il est curieux, traverser cette paroi fluide. Je vis proche d'elle, c'est pourquoi je peux facilement faire venir mes affaires sans avoir à faire un aller-retour.
- Mais on ne voit rien de votre monde.
- Autre dimension.
- C'est compliqué à appréhender.
- C'est plus facile la seconde fois.
- La seconde fois de quoi ? Demandai-je. D'explications ?
- Je ne sais pas, c'est ce que ma mère m'a dit quand je suis rentrée de ma première nuit avec un démon. Je me suis dit que ça marcherait peut-être ici aussi.
Je restai perplexe mais ne fis pas de commentaire. Je me dirigeai vers la maison et en fis le tour, suivie de Lily. Je m'arrêtai devant la porte close, Charlie se trouvait dans le salon, je l'avais aperçu en passant devant la fenêtre du salon.
- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Marmonnai-je.
- Laisse-moi faire, m'assura Lily.
Je pris une inspiration et ouvris la porte. Charlie, surpris, mit un temps avant de se lever pour venir à ma rencontre, à mi-chemin entre le canapé et l'entrée du salon.
- Bella ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Lily me dépassa pour se tenir près de mon père. Elle fit glisser son index sur son torse tout en lui lançant un regard aguicheur. Mon père, peu à l'aise en société de manière générale, se trouva fort désappointé devant l'attitude de mon amie.
- Lily ! Grondai-je. Ne drague pas mon père, c'est déplacé.
Elle s'écarta et leva les mains innocemment.
- Qui es-tu ? Lui demanda Charlie.
- Lily, répondit-elle succinctement.
C'était une information qu'il avait déjà puisqu'il m'avait entendue l'appeler par ce nom. Il se désintéressa d'elle jugeant qu'il serait plus sécuritaire de s'adresser à moi.
- Pourquoi tu n'es pas à la clinique ? Tu as rencontrée Lily là-bas ?
- Oui, répondit Lily avant que je ne puisse dire quoi que ce soit. La clinique a subi un incident... une prise d'otages, Bella et moi avons réussi à fuir à temps.
Le visage de Charlie vira drastiquement à l'angoisse.
- Une prise d'otage ? S'effara-t-il.
Je fis les gros yeux à Lily pendant que Charlie la regardait perplexe.
- Mh, mh, appuya-t-elle malgré mon regard équivoque. Ne vous inquiétez pas, la police est arrivée et nous a déposées ici.
J'essayai de garder mon calme mais le stress me terrassait. Quand bien même le meurtre auquel j'avais assisté avait été de la légitime défense, j'avais peur de ne pas m'en sortir devant le juge. Pas en disant qu'il avait été tué par un démon pour me protéger. Charlie était le chef de police de Forks et l'affaire me concernait directement, il n'allait pas rester là sans chercher à en savoir plus.
- Vous allez bien ? S'enquit-il avec inquiétude.
- Oui, papa, le rassurai-je.
- Bien, bon, hésita-t-il. Il y a un matelas gonflable dans le placard de ma chambre.
Je souris et pris la main de Lily pour l'emmener à l'étage alors qu'elle mangeait presque mon père du regard. C'était déroutant qu'elle soit aussi intéressée par mon père. Je l'emmenais dans ma chambre et fermai la porte un peu trop brusquement.
- Tu es folle de lui avoir dit ça ! Râlai-je au bord de la panique. Il est flic, il va sortir d'ici et va aller directement au commissariat pour prendre des infos. Qu'est-ce qu'on va lui dire quand il saura que c'est un mensonge ?
- Qu'on est folle ? Tenta-t-elle dans un sourire amusé.
Je la foudroyai du regard mais devais bien admettre qu'au moins, ça paraîtrait crédible puisqu'on sortait de cette clinique psychiatrique.
- Je plaisante, se défendit-elle. On a des nettoyeurs pour ce genre de choses. Ça sera comme si ce que j'avais dit était vrai, ils penseront que les trois hommes que j'ai tués nous avaient prises en otage et qu'ils les ont abattus eux-même avant de nous déposer ici.
Je voulais lui faire confiance à ce propos et me sentis plus rassurer avant de buter sur une partie de ce qu'elle avait dit.
- Comment ça "les trois hommes" que tu as tués ?
- J'ai tué le directeur et son autre employé, aussi.
J'écarquillai les yeux.
- Pourquoi ? Ils t'ont fait du mal ? Ils ont essayé ?
- Non... ils t'ont fait du mal, je t'ai vengée. Tu te rappelles ? Je suis à toi maintenant, je ferais tout pour toi.
Je réalisai que la démone n'avait pas de limite dans ses actions. Si elle pouvait tuer trois hommes pour me venger, jusqu'où pourrait-elle aller juste parce qu'elle pensait que ça me ferait plaisir ?
- Lily, soufflai-je. Ne tue pas les gens.
- Ça ne te fait pas plaisir ?
- Non, pas du tout.
- D'accord, accepta-t-elle avec engouement. Je vais appeler un nettoyeur.
Je m'assis sur le lit tandis que Lily pliait ses bras devant elle, elle empoigna son poing gauche de sa main droite qu'elle plaça sous son menton et ferma les yeux. Une grande fumée noire apparut devant elle, laissant apparaître un homme massif avec de longs cheveux argentés, ses oreilles étaient pointues et ses yeux arboraient différentes teintes de violet.
- Little fox, sourit le démon. Je ne voulais pas croire Azur quand il m'a dit que tu cherchais un nettoyeur. Je vois que tu as trouvé un nouveau maître.
Il tourna la tête dans ma direction et me sourit.
- Une nouvelle maîtresse, se corrigea-t-il en baissant légèrement la tête à mon attention en guise de salutations avant de se tourner vers Lily.
Il l'avait appelée Little fox ? Petit renard ? Elle n'avait pas l'air de se plaindre de ce surnom.
- Salut Nomad, le salua-t-elle gaiement. J'ai besoin de tes services.
- Explique-moi.
Elle lui raconta alors tout ce qu'il s'était passé, lui parla de son plan pour expliquer les faits et me tirer d'affaire. Plan qu'il approuva. Il se tourna finalement vers moi.
- Puis-je ?
Je ne savais pas très bien ce qu'il me demandait mais je hochai la tête en imaginant que je devais autoriser l'exécution du plan de Lily. Il me sourit puis s'avança vers Lily et l'embrassa glissant sa main sous sa jupe. Il se recula finalement, nous salua et disparut dans une fumée noire. Perplexe, je fixai Lily en attente d'une explication à ce qui venait de se produire.
- J'ai couché avec lui, deux fois, m'expliqua-t-elle pensant que c'était là mon interrogation.
- Je ne pensais pas qu'il me demandait l'autorisation de t'embrasser, lui indiquai-je.
- Je t'appartiens, me rappela-t-elle. Les démons respectent ça.
- Je vois, murmurai-je. Je ne suis pas très à l'aise à l'idée d'être vue comme étant ta maîtresse.
Lily pencha la tête sur le côté, réfléchissant en regardant en l'air.
- Tu préfères propriétaire ? Proposa-t-elle, me faisant grimacer.
- Pourquoi pas juste "copine" ? Proposai-je.
- Si ça te fait plaisir, accepta-t-elle.
- Bien, je vais prendre une douche et retirer cette horrible tenue de vierge sacrifiée, annonçai-je.
Mon lit n'était qu'un lit simple mais ça ne sembla pas déranger Lily. Je soupçonnai même qu'elle profite de ce fait pour se blottir contre moi pendant la nuit. Des doigts glissaient sur mon ventre quand je me réveillai, Lily semblait s'être réveillée depuis un moment et m'attendait en formant des cercles concentriques sous mon débardeur. Lily remarqua que je ne dormais plus et releva la tête pour vérifier puis elle déposa des baisers sur mon épaule, faisant glisser ma bretelle vers le bas. Elle arrêta ses baisers et maintint sa tête avec sa main pour me regarder.
- Que se passe-t-il pour moi, maintenant ? Demandai-je. Quelque-chose a-t-il changé pour moi depuis que je suis... ta copine ?
C'était une question que j'aurais peut-être dû poser avant de prendre la décision, j'allais peut-être regretter d'avoir gagné quelques années de vie mais je devais me préparer à la suite, comme finir en enfer.
- J'espère que tu aimes tes 18 ans parce que tu ne vieilliras plus.
- Quoi ? Fis-je en fronçant les sourcils.
- J'ai fait de toi une immortelle, tu ne peux pas vieillir, mourir de vieillissement ni tomber malade.
- Je peux quand même mourir ?
- Immortelle ne veut pas dire invincible, répondit-elle. Tu peux être découpée, affamée, assoiffée, poignardée, noyée, guillotinée, éviscérée...
L'effroi s'insinuait en moi au fur et à mesure de son énumération.
- Stop, tu m'angoisses, l'arrêtai-je.
- Pardon, s'excusa-t-elle, un air désolé collé au visage.
- Et toi, es-tu invincible ?
- Non, on peut me tuer avec une arme créée dans mon monde. Si on me tue dans le tiens, ça ne fait que me renvoyer dans ma dimension et je n'aurais plus jamais la possibilité de revenir ici, même si on m'invoque.
- Et si on te tue dans ton monde ?
- Je mourrai définitivement mais les démons ne s'entre-tuent jamais alors ce ne serait dû qu'à un mauvais concours de circonstances.
- Si les démons existent, les anges aussi ?
- Qu'est-ce que c'est ?
Je la regardai avec incrédulité.
- Tu ne sais pas ?
Ça me semblait étrange qu'un démon ne connaisse pas l'existence des anges, vu qu'ils étaient supposés être ennemis. Elle secoua la tête.
- C'est... comment expliquer ? Dans les croyances humaines, il y a les anges et les démons, les anges sont bienfaisants, les démons malfaisants et ils sont plus ou moins en guerre... ou tout du moins, ils ne s'aiment pas. Enfin, c'est assez vague.
Elle fronça les sourcils, essayant d'intégrer ce concept.
- J'en ai jamais vu ni même entendu parler, je ne crois pas que ça existe.
- Les humains auraient à moitié raison à propos des anges et des démons, alors ?
- Mh, réfléchit-elle.
J'attendis le fruit de ses réflexions mais aucune révélation ne sortit de sa bouche. Elle répétait le son mh avec sa gorge à certains moments.
- Je pense qu'ils prennent certains démons pour des anges parce qu'ils les ont vu faire quelque-chose de bien.
- Vous n'êtes donc pas si malfaisants ?
- Faire le bien pour de mauvaises raisons, faire le mal pour de bonnes raisons... c'est une question de nuancier.
- Mais vous êtes plutôt du côté noir, me rappelai-je.
- De votre point de vue, ajouta-t-elle.
- Et du tiens ?
- Tout ce que je fais pour toi sont des bonnes choses, m'assura-t-elle.
- Je ne te demande rien, soufflai-je.
- Pourquoi pas ? S'étonna Lily en s'asseyant en tailleur près de moi. Je serais heureuse si tu me demandais quelque-chose, n'importe quoi.
- Embrasse-moi, alors, souris-je.
Son sourire apparut et elle se pencha sur moi pour m'embrasser.
Je me levai finalement, Lily fit de même et lorsque je la regardai, complètement nue, je fus surprise de voir ses vêtements apparaître autour d'elle avec toujours cette fumée noire éphémère. Ça devait être dû à la traverser de sa dimension à la mienne.
Lily me suivit en bas et nous entrâmes dans la cuisine où Charlie déjeunait en lisant le journal.
- Tu manges quelque-chose, Lily ? Proposai-je.
- Comme toi, accepta-t-elle.
Lily s'assit face à Charlie pendant que je préparais notre petit-déjeuner. Une fois prêt, je déposais le tout sur la table et m'assis entre Lily et mon père sur la petite table ronde.
- N'est-ce pas un peu rapide pour sortir ensemble ? S'enquit Charlie sans relever les yeux de son journal. Je t'ai déposée à la clinique il y a seulement deux jours, tu ne connais pas cette fille.
Lily pouffa doucement, je lui donnai un coup de pied sous la table pour la faire arrêter. Charlie releva le regard alors que je rougissais sans savoir comment m'expliquer.
- Le matelas gonflable est toujours dans mon placard, indiqua-t-il.
- C'était... un coup de foudre, en quelques sortes.
Je ne pouvais pas vraiment en dire davantage sans en dire trop.
- Tu ne te jettes pas dans des relations futiles en conséquence de ta rupture avec Edward ?
- Je ne me jette pas, assurai-je. Je ne sais pas quel type de relation Lily et moi avons, futile, sérieuse, éphémère ou durable mais j'apprécie ce que nous avons et je l'apprécie elle, également. Je ne pense pas qu'il soit temps de mettre une étiquette derrière ça, pour l'instant.
Il hocha la tête, visiblement convaincu. Il but une gorgée de café avant de reposer la tasse près du journal.
- Parle-moi de toi, Lily.
- Que voulez-vous savoir ?
Je me demandai s'il était judicieux de laisser cette conversation suivre son cours, ce n'était peut-être pas une bonne idée.
- Lily est ton vrai prénom ?
- C'est le diminutif de Little fox.
- Tu t'appelles Little fox ? S'étrangla-t-il presque.
Je regardai Lily d'un air étonné. Je pensais que c'était un simple surnom, pas un nom.
- Tes parents sont des gens... originaux, non ?
- Non, ils sont normaux. Enfin, peut-être pas pour vous vu qu'ils sont d...
- Des gens excentriques, la coupai-je.
- Ils doivent l'être, supposa Charlie. Tu viens d'où ?
- De Seattle, répondis-je à sa place.
Charlie me lança un regard suspicieux.
- Pourquoi ne la laisses-tu pas répondre ?
- Parce que tu la mets mal à l'aise avec ton interrogatoire.
- Je la mets mal à l'aise ? Répéta-t-il avant de se tourner vers Lily. Je te mets mal à l'aise ?
- Non, ça va.
Il se tourna vers moi de nouveau.
- Tu vois, je ne la mets pas mal à l'aise, personne n'est mal à l'aise.
Je l'étais probablement mais je ne pouvais pas dire que c'était parce qu'elle risquait à tout moment de dévoiler sa nature à mon père qui ferait assurément une crise cardiaque s'il l'apprenait.
- Pourquoi étais-tu à la clinique, si je peux demander ?
Je fixai Lily pour lui faire comprendre de ne pas dire la vérité. Lily joua avec ses lèvres, semblant réfléchir avant de répondre.
- J'ai des problèmes de dépendances affectives.
C'était une bonne excuse, ça pourrait expliquer certains de ses comportements... comme m'appartenir ou draguer tout le monde, y compris mon père.
- Je vois. Tes parents savent-ils que tu es ici ? Ils viendront te chercher ?
- Ils savent toujours où je suis, répondit-elle. Ils ne peuvent pas venir me chercher, ils sont dans une autre dimension.
- Pays, me précipitai-je de corriger. Ils sont en voyage d'affaires dans un autre pays. Lily a... sa propre perception du monde.
- D'accord, d'accord, souffla Charlie. Bella, pour ce qu'il s'est passé à la clinique, si tu as besoin d'en parler à quelqu'un... de professionnel, nous pouvons...
- Sans vouloir t'offenser, papa, je crois que j'ai eu ma dose de psy pour le moment.
- Je comprends. Vu ce qu'il s'est passé là-bas, je ne pense pas que tu veuilles mettre les pieds dans une autre clinique.
- Exactement.
Je ne voulais pas rester autour de Charlie qui pourrait avoir d'autres questions dangereuses, j'entraînai donc Lily pour une balade dans la ville. Nous longeâmes la rue principale, Lily était curieuse de tout et me demandait si j'étais entrée dans les boutiques que nous croisions chaque fois que nous en croisions une.
- Oh, regarde, c'est Mike ! S'écria-t-elle en pointant du doigt mon camarade blond aux yeux bleus qui sortait du magasin de sport que tenaient ses parents.
Mike, attiré par son nom, nous remarqua et se dirigea vers nous tout sourire. Je me demandais comment elle pouvait le connaître avant de me rappeler qu'elle avait pris connaissance de ma vie.
- On se connaît ? Demanda-t-il à Lily. Salut Bella.
- Je suis Lily, tu ne me connais pas mais je te connais... un peu.
- Ah bon ? Fit-il surpris.
- Bella te connaît, corrigea-t-elle.
Mike me lança un regard mi-intrigué mi-intéressé.
- Je lui ai parlé de toi, mentis-je pour expliquer que Lily l'aie reconnu.
Le sourire de Mike s'éleva jusqu'aux oreilles, enorgueilli à l'idée que je parle de lui à mes amies.
- Je fais une soirée vendredi, vous n'avez qu'à venir.
Je n'avais pas très envie de m'y rendre mais d'un autre côté, ça me permettrait de retourner dans le bain avant le retour au lycée. Sociabiliser, revenir à la réalité, ça ne pouvait pas me faire de mal. Il me faudrait juste briefer Lily pour qu'elle se comporte un peu plus humainement.
- Je pense qu'on viendra, acceptai-je.
- Génial, s'enthousiasma-t-il. Bon, je dois aller en cours. Tu n'es pas venue depuis quelques jours, d'ailleurs. Tout va bien ?
- Une petite grippe mais ça va mieux, balayai-je.
Au moins, il ne savait rien de mon hospitalisation, mon retour allait être plus facile dans ce cas.
- J'ai encore quelques jours de repos alors j'en profite.
- T'as raison, approuva-t-il. À vendredi, alors.
Je hochai la tête pendant que Lily lui fit un signe de la main, les yeux pétillants.
- Il est trop chou avec ses joues de bébés, exprima-t-elle en regardant mon camarade grimper dans sa voiture.
- Lily, grondai-je.
- Quoi ? Me lança-t-elle innocemment.
- C'est Mike, grimaçai-je. Je ne veux pas le voir autrement que comme étant juste... Mike.
Elle me regarda un moment.
- Je pense qu'il est un peu amoureux de toi, me confia-t-elle.
Je soupirai.
- Mike ne sait pas ce qu'il veut, rétorquai-je.
Je pensais qu'il appréciait Jessica qui était folle de lui. C'était l'une des premières choses que j'avais remarquée lors de mon premier jour de cours à Forks. J'avais poussé Mike a inviter Jess au bal, à la fin de l'année de première et il l'avait fait, ils y avaient été ensemble mais leur relation ne semblait pas avoir décollé pour autant.
Nous marchâmes à nouveau, je regardais de temps en temps la démone du coin de l'œil, parfois elle sautillait presque à mes côtés comme si le simple fait de marcher ensemble la rendait joyeuse et enfantine. Quand nous croisions des passants, elle n'omettait jamais de leur envoyer des sourires un peu charmeurs, peu importait leur âge, leur sexe ou le fait qu'ils soient visiblement en couple. Seuls les enfants et les ados échappaient à son attention, c'était comme si elle ne les voyait pas.
Comme je l'avais dit à Charlie, je ne m'étais pas posée de question sur la nature de notre relation. Lily affirmait être à moi mais ça sonnait comme si Lily était un objet que je possédais et ça me dérangeait parce que Lily était un être vivant et non un objet, un animal ou je ne sais quoi d'autre.
Nous nous étions embrassées mais je ne savais pas si ça impliquait que nous étions en couple, Lily semblait plutôt ouverte aux autres et ne pas se limiter à notre relation et, bien sûr, je n'avais pas la prétention de penser qu'un démon puisse avoir une relation exclusive avec moi. Quelque-part, je ne pensais pas mériter autant d'un être surnaturel, le rejet d'Edward n'a fait que le prouver. Si je n'étais pas assez bien pour un vampire... alors un démon qui pouvait avoir qui elle voulait... En soi, ça ne me dérangeait pas tant que ça, je n'étais pas amoureuse d'elle et ne me sentait pas menacée par une autre relation qu'elle pourrait avoir. En revanche, je craignais peut-être qu'elle m'abandonne à son tour. Pourquoi ne le ferait-elle pas ? C'était déjà arrivé deux fois. Edward d'abord, Jacob ensuite.
Lily s'arrêta en voyant ma mine sombre.
- Quelque-chose ne va pas ? S'inquiéta-t-elle. Tu n'es pas heureuse ?
Je me forçai à lui sourire puis me rendis compte que nous nous trouvions près du chemin qui menait à la villa des Cullen.
- Les Cullen habitaient par là.
Je ne savais pas vraiment pourquoi je le lui avais dit, l'endroit où ils avaient habité n'était pas une information importante. Lily regarda le bitume qui s'enfonçait dans la forêt puis me regarda en fronçant les sourcils. Le pli de son front s'effaça tandis que ses lèvres se relevèrent dans un sourire espiègle. Elle me prit la main et m'emmena sur le chemin. La gorge nouée, je me laissai menée sans protester, hésitant entre lui demander de faire demi-tour et la curiosité de savoir si la villa était toujours là. Quelque-part dans ma tête, la villa avait disparu en même temps que les Cullen.
Lily se planta devant la grande villa aux murs boisés parfois remplacés par de grandes baies vitrées. La bâtisse était toujours solidement ancrée entre les arbres, la revoir était douloureux, je ne l'avais pas revue depuis que Jasper avait failli me tuer lors de mon dix-huitième anniversaire. Lily avait pris connaissance de ma vie quand elle était apparue à la clinique, elle devait avoir vu mon désespoir quand Edward m'avait quittée avec sa famille, elle avait dû voir ma vaine tentative d'aller mieux, voir Jacob me rejeter à son tour, ma dépression... elle n'avait probablement pas vu les loups géants qui ont été le déclencheur pour la décision de Charlie de me faire hospitaliser, elle ne les avait jamais mentionnés. Mon regard quitta la villa pour se poser sur Lily qui fixait la porte avec un léger sourire. Elle s'avança, tenant toujours ma main. Je la retins.
- Lily, non, on ne peut pas y aller.
- Ils ne sont pas là, si ?
- Non mais...
- Alors ils ne sauront jamais, conspira-t-elle amusée.
Je ne m'opposai plus et nous nous arrêtâmes devant la porte d'entrée. J'étais nerveuse à l'idée de trouver la porte verrouillée, je l'étais d'autant plus à l'idée qu'elle ne le soit pas.
- C'est forcément fermé à clé, murmurai-je.
Lily se tourna vers moi et me regarda en arquant un sourcil.
- Je t'ai transportée de Tacoma à Forks, me rappela-t-elle. Il y avait plusieurs portes fermées à clé entre ta chambre et la sortie.
- Comment as-tu fais ? C'est de la téléportation ?
Elle secoua la tête.
- Je peux seulement traverser la limite fluide de mon monde, la Terre étant dans cette limite, je ne fais que me déplacer à travers la paroi de ma dimension. Ce n'est pas quelque-chose que je peux faire en dehors de cette paroi.
- La Terre tourne autour du soleil et et le soleil autour du centre de la galaxie qui elle-même tourne autour de quelque-chose. La planète ne sort-elle pas de la limite de ton monde, parfois ?
- Tout votre système solaire s'est formé dans cette paroi, en fait. Il entraîne mon monde avec lui.
- Si tout le système solaire tient dans cette paroi, ton monde doit être gigantesque.
- Mais moins que l'univers.
J'ouvris la bouche mais en un clignement de cil, nous nous retrouvâmes de l'autre côté de la porte, me faisant taire. Je ne m'attendais à ce qu'elle me transporte en plein milieu d'une conversation.
- Tu rendrais fou tous les scientifiques, m'amusai-je.
Lily ricana puis me demanda de lui faire visiter la villa. Les meubles avaient été laissés, cachés sous des draps pour les protéger de la poussière. J'entraînai Lily dans chaque pièce que je connaissais terminant par la pièce qui se trouvait derrière la porte close devant laquelle nous nous tenions. C'était la pièce la plus symbolique à mes yeux, la chambre d'Edward. Lily ne me pressa pas, patientant derrière moi. Je posai ma main sur la poignée et ouvris la porte. Je m'attendais curieusement à ce que rien n'aie changé mais comme le reste de la maison, les meubles et la méridienne avaient été recouverts de draps. Les étagères accrochées au mur de droite avaient été laissée libre et plus aucun livre ni CD n'y était entreposé. La seule chose qui avait été laissée en dehors des meubles étaient une chaîne hi-fi débranchée que je découvris de son drap protecteur.
Je regardai autour de moi jusqu'à poser mes yeux sur Lily qui semblait perturbée, probablement par la tristesse qui m'animait. Elle sembla réfléchir puis ses yeux tombèrent sur le drap qui couvrait la méridienne que je savais en dessous. Elle s'y dirigea et d'un geste, retira le drap pour le laisser tomber au sol puis d'un œil, lubrique, elle me sourit. Elle s'approcha de moi ensuite et m'embrassa, les mains sur mes hanches. J'entourai son visage de mes mains et la laissai m'entraîner vers la méridienne. Elle retira mes vêtements avec lenteur en continuant de m'embrasser. Elle m'allongea sur le matelas souple de la méridienne lorsque je fus complètement déshabillée et sa robe disparut de son corps tandis qu'elle se plaça au-dessus de moi. La partie de mon cerveau qui réfléchissait toujours se dit que c'était mal de faire ce que nous allions faire dans la chambre de mon ex, sur sa méridienne. Sous les caresses et les baisers de Lily, je finis par oublier ma tristesse, Edward et même l'endroit où nous nous trouvions. Je finis par comprendre que c'était là tout son objectif.
Je fus réveillée par une musique enjouée, j'ouvris les yeux et me rendis compte que je n'étais pas dans ma chambre mais dans celle d'Edward, complètement nue et me rappelai ce que j'y avais fait avec une démone avant de m'endormir. Un mouvement attira mon regard, Lily dansait, ne portant qu'une chemise blanche trop grande pour elle qui lui arrivait sous les fesses. Je m'allongeai de côté, regardant la démone danser, elle se tourna et me découvrit réveillée.
- Où as-tu trouvé ça ? M'enquis-je en tirant sur le pan de la chemise.
- Dans le dressing à côté, dit-elle en pointant la porte de la chambre.
- Ils ont dû laissé leurs habits, murmurai-je.
Lily hocha la tête. Je m'assis puis me levai, Lily me regarda de la tête aux pieds d'un air appréciateur, elle releva sa main pour poser ses doigts contre sa bouche tout en me regardant d'un air séducteur. Je souris et lui retirai une petite mèche qui pendait sur son œil avant de l'embrasser.
- Nous devrions rentrer, fis-je en mettant fin au baiser.
Lily fit une moue boudeuse qui me fit sourire. J'éteignis la chaîne hi-fi et la débranchai de sa prise avant de remettre le drap par dessus. Je replaçai également le drap sur la méridienne et me tournai vers Lily qui était toujours nue dans la chemise d'Edward.
- Remets la chemise à sa place, lui intimai-je.
Elle râla dans sa barbe mais obtempéra puis fit apparaître sa robe et ses chaussures sur elle.
Lily était allongée à plat ventre sur mon lit, balançant ses pieds en l'air d'avant en arrière tout en fredonnant la mélodie de la musique qui passait à la radio. Elle ne me voyait pas puisqu'elle avait fermé les yeux, la tête sur mon oreiller, ses mains croisées en dessous. Je fis pivoter mon fauteuil, faisant face à l'écran de mon ordinateur, ouvert sur ma boite mail que j'avais utilisée pour récupérer mes cours ratés auprès d'Angéla et de Jessica. Je fixai l'écran un instant avant de me décider et d'ouvrir un nouveau mail.
De: B Swan mail
à : A Cullen mail
Alice,
ça fait un moment que tu n'as pas eu de mes nouvelles, non pas que tu les reçoives de toute façon. Je commence à voir la lumière au bout du tunnel même si je sais que j'en suis encore loin. J'aurais dû mourir cinq fois – soit trois de plus depuis votre départ - je pense que ça remet les choses en perspective. J'ai rencontré une fille toute aussi surprenante que vous pouviez l'avoir été. Elle m'a sauvée et je pense qu'elle ignore qu'elle est encore en train de le faire. Après votre abandon et celui de Jacob, je pensais que je serai seule à jamais, que je n'étais pas assez bien pour valoir la peine qu'on s'intéresse à moi, de quelques façons que ce soit. Je pensais ne pas avoir droit à l'amour d'Edward, à une famille de cœur, à l'amitié. Je ne sais pas si je mérite son amitié ou même si elle finira par regretter ce qui la rattache à moi, j'espère que non, j'espère qu'elle est différente de vous.
J'ai cru mourir deux fois ces derniers jours mais il semblerait que même la mort ne veuille pas de moi, ce qui, au final, me rassure. J'ai voulu mourir, j'étais prête quand Laurent m'a attaquée parce que, qu'aurais-je pu faire contre lui, de toute façon ? Deux jours plus tard, j'allais mourir par deux fois à cause de personnes... normales. Aussi normales que des fous psychopathes puissent l'être. Elle m'a sauvée et je ne l'en remercierai jamais assez. Elle m'a sauvée de la mort, presque définitivement. Je dis bien presque parce que je connais ma chance.
J'aurais aimé que vous la rencontriez.
Bella.
J'attendis devant l'écran d'accueil et le mail annonçant que mon dernier mail n'avait pas pu être délivré arriva presque aussitôt. Je coupai l'ordinateur et me tournai vers Lily qui balançait toujours ses pieds en l'air mais avait arrêté de fredonner. Me lever attira son attention, elle se redressa, s'allongeant sur le côté et me souris en tapotant la place qu'elle avait libérée. Je sus alors qu'elle n'allait pas me laisser ressasser mes pensées tristes et cela suffit à me changer les idées. Je m'installai près d'elle et elle m'embrassa sans cérémonie, baladant sa main libre sur mon corps.
Nues et essoufflées, nous nous câlinions sous la couette. Mes pensées tristes me reprirent d'assaut, je soupirai lasse de me sentir ainsi.
- Il est temps de s'occuper de toi, décida Lily en se redressant, s'asseyant sur le lit. La couette était descendue de nos poitrines dans son geste. Elle tourna son torse pour me regarder d'un air déterminé.
- Tu ne viens pas déjà de le faire ?
Lily m'offrit un sourire en coin.
- Je parle de te faire sentir plus heureuse. De quoi as-tu envie, là tout de suite ?
Je souris devant son attention, elle était adorable.
- De rien, vraiment.
- Qu'est-ce qui te rendrait heureuse ?
- Je ne sais pas, marmonnai-je. Si tu as une idée, je suis preneuse.
Elle fit une moue avec sa bouche tout en réfléchissant puis elle hocha la tête, s'approuvant elle-même.
- Le secret du bonheur, commença-t-elle d'une voix mystérieuse. C'est la vengeance !
Je me redressai vivement.
- Quoi ?
- Je vais rendre une petite visite à ce Jacob, m'indiqua-t-elle.
- Non, Lil...
Mais trop tard, elle avait disparu dans une fumée noire. La dernière fois qu'elle m'avait vengée, elle avait tué trois hommes. Paniquée, je me levai et me rhabillai rapidement avant de sortir de la maison en trombe.
