Salut à tous ! Petit chapitre pour vous pour continuer nos aventures et cet arc assez important du manga. Il se termine aujourd'hui cet arc, donc, j'espère que vous apprécierez la conclusion.

Merci encore d'être là pour suivre la série. Je vous souhaite d'avance une bonne lecture et en avant pour le récap des deux épisodes d'avant.


Dans les épisodes précédents :
Suite à une partie de camping avec le gang qui tourne mal, Conan se retrouve à l'hôpital dans un état critique dont il réchappe grâce à un don de sang de Ran, qui a apparemment compris qui il était vraiment. Le jeune détective passera son hospitalisation à réfléchir sur le problème épineux de lui dire ou non la vérité, jusqu'à recevoir une visite assez effrayante de Haibara venue l'empêcher de parler. Elle lui offre une solution alternative... ainsi, à sa sortie, le jour de la pièce de théâtre de la classe de Ran pour le festival de l'école, Conan, Kogoro et Red viennent assister à la représentation en compagnie de Kazuha qui a fait le déplacement depuis Osaka (seule puisque Heiji était apparemment occupé). La pièce est coupé au bout de quarante minutes suite à la mort suspecte d'un des individus du publique. Alors qu'Heiji se fait rabrouer sur sa tentative ratée pour se faire passer pour Shinichi, le personnage du Chevalier Noir (normalement jouer par le Docteur Araide), qui était sur scène au moment des faits, s'avance pour expliquer l'affaire à la police et retire son heaume pour dévoiler le visage de Shinichi Kudô, ce qui laisse Ran et Heiji sur les rotules puisque Conan est présent dans les environs.

On with the chapter now...


Bien entendu, Shinichi était une célébrité dans son école. Tout le monde le connaissait, au minimum de nom. Après tout, il était la fierté de leur école.

Et il fallait avouer qu'il avait une certaine classe, ainsi habillé en chevalier sombre, son heaume sous le bras.

Mais c'était surtout Ran et Heiji qui étaient les plus perdus.

L'un et l'autre étaient persuadés que Conan était le vrai Shinichi.

Pendant que Heiji cherchait à comprendre ce qu'il en était avec ces « deux Kudô », Kazuha, loin du drama, trouvait que Shinichi était tout de même assez beau garçon.

Et profitant que l'attention soit portée sur lui, Red s'éclipsa. Il avait un message à déposer.

Shinichi regarda avec une certaine perplexité le fait que tout le monde l'acclame pour son retour et son entrée en scène.

Oui, bon, il voulait bien qu'il ait été longtemps absent, mais il ne fallait pas exagérer.

Puis, il usa du charisme qu'il avait hérité de sa mère pour calmer tout le monde.

Il porta un doigt ganté à ses lèvres avec un air sérieux.

- Shh ! Du calme… la fête ne pourra se poursuivre qu'après que le rideau sera tombé sur cette scène souillée…


Depuis les coulisses, Sonoko ne pouvait qu'avoir un sourire aigre.

- Pfff… il n'a pas changé, il faut toujours qu'il en rajoute…

Derrière elle, Araide était pour le moins perplexe de ce qu'il se passait, alors que toutes les filles qui venaient en suivant étaient comme des fangirls en présence de leur idole.


Autour de Shinichi, tout le monde faisait des « shhh » plus ou moins longs, voire plus ou moins comiques. C'est dans ce drôle de spectacle que Ran appela doucement Shinichi.

- Tu es vraiment Shinichi ? se fit-elle confirmer.

Avec un air presque blasé, il lui demanda si elle était bien réveillée.

Néanmoins, il s'approcha d'elle et lui chuchota avec une légère rougeur tout en surveillant l'assistance :

- Après, j'aurai un truc important à te dire… Donc reste dans le coin…

Il donna le casque à Ran et se tourna vers Heiji.

- Dis-moi, Hattori, tu aurais une pièce de 10 yens sur toi ?

Heiji se réveilla à cet instant devant le visage souriant de Shinichi, en gros plan devant son nez, qui lui tendait une main pour recevoir la pièce en question.

- Hein ? Euuuh… je dois bien en avoir une ou deux mais pour quoi faire… ?

C'est là que Heiji regarda les suspects par-dessus l'épaule de son ami, dont deux étaient trempés, et comprit. Avec un sourire féroce, il ouvrit son porte-monnaie à la recherche de la pièce en question.

- Kudô-kun, intervint Megure avec un air charitable. Je suis désolé de te dire ça, alors que tu reviens après une si longue absence… mais on n'a trouvé aucune trace de poison dans le verre de la victime, ni dans ceux des trois autres personnes. Par ailleurs, Kamata-san avait bu presque toute sa boisson. Alors, un meurtre me parait improbable…

Shinichi se contenta de lui sourire avec son air triomphant, quelque part entre la férocité et l'arrogance.

- C'est vrai qu'à priori, les circonstances nous font penser à un suicide… Procédons pas étapes, Megure-kebu. En utilisant un certain objet, le meurtre devient néanmoins possible…

- Un certain objet ? répéta l'inspecteur avec perplexité.

- En se servant de glaçons… répondit avec simplicité Shinichi.

Euuuh… tu peux répéter ?

Il se fit un plaisir d'éclairer leur lanterne :

- Le poison utilisé ne fond pas facilement dans l'eau froide. Donc si on fait un trou dans un glaçon, qu'on y place le poison et qu'on rebouche avec un morceau de glace et qu'on refait geler le tout… il suffit ensuite de le mettre dans le verre de Kamata-san. Il faut un certain temps avant que fonde le poison, c'est pour ça qu'il a eu le temps de boire presque toute sa boisson.

- Mais s'il avait vraiment bu une boisson dans laquelle le poison a fondu, on aurait dû en retrouver des traces dans le verre… pointa Megure.

- Le couvercle ne se trouvait pas sur le verre, n'est-ce pas ? Vous savez pourquoi ? demanda Shinichi.

- Certainement parce que sous l'effet de la douleur, il a serré son verre et le couvercle est parti, supposa Kogoro avec un regard méfiant envers Shinichi.

- Imbécile ! le rabroua Megure. Si c'était le cas, on aurait retrouvé le verre dans un tout autre état !

- Il n'y a qu'une seule raison pour laquelle on soulève le couvercle d'une boisson qui contient des glaçons après l'avoir bue… Kamata-san n'a pas bu le poison… il l'a mangé

Ce fut Takagi qui fit le rapprochement.

- C'est vrai qu'il y a des gens qui croquent les glaçons après avoir bu ! D'ailleurs, vous le faites souvent vous-même, inspecteur, non ?

Oui, cela pouvait tout expliquer. Si on connaissait les habitudes de Kamata-san, on pouvait arriver à l'empoisonner ainsi, sans compter qu'il ne restait donc pas de traces dans le verre. Pour le qui, c'était assez simple.

Mitania et Noda n'avaient fait que toucher le verre, donc, pas le temps de mettre dedans ce fameux glaçon.

Ayako aurait pu, puisqu'elle avait rempli le verre, mais elle y avait volontairement mis du cola à la place du café dans l'espoir qu'il vienne faire l'échange. Sans compter qu'il y avait deux cafés glacés dans la commande, donc, comment savoir lequel serait à la victime ? Une chance sur deux, trop de risques.

Par contre, il restait quelqu'un qui aurait pu le faire. Celle qui avait apporté les boissons au siège.

- Ce ne peut être que vous, Kôgami Maï-san ! Lorsqu'elle a acheté les boissons, elle a pu faire semblant de mettre du lait et du sucre, alors qu'en réalité, il s'agissait de mettre dans le verre la glace empoisonnée. Si le sucre et le lait étaient encore sur le couvercle, c'est parce que c'est à ce moment-là qu'elle a réalisé qu'il s'agissait du cola. Il est fort probable que Kamata-san ne boive pas un cola qui ait du lait ou trop de sucre. Si elle a fait en sorte d'apporter les boissons, juste avant le lever de rideau, c'était pour s'assurer qu'il n'irait pas changer sa boisson. Vu que l'instant suivant après avoir réalisé que ce n'était pas ce qu'il avait demandé, la salle se retrouverait plongée dans l'obscurité, rendant le trajet à la buvette difficile.

- Mais comment a-t-elle fait pour transporter ce glaçon empoisonné ? demanda Megure.

Shinichi fouilla sa poche et en tira un petit porte-monnaie en vinyle qu'il avait trouvé pendant que Takagi était avec deux des suspects à la voiture de la victime. Sans compter que la fermeture était hermétique et qu'il avait été trouvé dans les poubelles proches des toilettes, en y mettant un peu de neige carbonique, il est assez simple de conserver le glaçon assez longtemps pour qu'il ne fonde pas.

- Vous rappelez-vous que Kôgami-san est allée aux toilettes après avoir donné les boissons ? Elle a jeté les morceaux de neige carbonique dans les toilettes et le porte-monnaie dans la poubelle, expliqua Shinichi.

- Je vois que tu es à la hauteur de ta réputation, Kudô Shinichi, nota la femme avec un sourire. Mais as-tu oublié ? J'avais moi aussi commandé un café glacé. Et j'ai donné toutes les boissons en même temps. Crois-tu que j'aurais pu mettre du poison sans savoir lequel des deux verres il prendrait ? Avec 50% de chance de réussite, je suis alors dans le même cas que Ayako-chan.

- Non, vous aviez 100% de chance… parce que vous avez mis un glaçon dans les deux verres.

Megure s'emporta devant l'impossibilité de la chose. Après tout, elle avait bu tout son verre.

- Si elle a bu rapidement avant que ne fonde le glaçon, il n'y avait aucun risque…

- Mais dans ce cas, on aurait dû retrouver des traces de poison dans son verre, car si elle avait jeté ses glaçons, les spectateurs autour d'elle auraient trouvé ça bizarre, pointa Megure.

- Et si elle avait fait semblant de manger les glaçons, comme Kamata-san, et qu'elle les avait recrachés ensuite ?

Shinichi leva la pièce de 10 yens en fermant un œil pour bien viser.

- Oui, elle a pris le glaçon dans sa main… et l'a discrètement caché quelque part… Vu qu'elle porte une parka sans manche mais à capuche… elle l'a mis probablement….

Cling !

Du pouce, Shinichi envoya la pièce rouillée virevolter dans les airs, pour finir dans la capuche de la jeune femme qu'Heiji avait ouverte avec un sourire.

- … dans la capuche, termina Shinichi. Bien sûr, mettre un glaçon empoisonné dans sa bouche est extrêmement dangereux, mais si on place le poison bien au centre du glaçon, ce n'est pas impossible !

Megure était pas convaincu.

Mais Heiji lui présenta une preuve indiscutable en repêchant sa pièce avec un mouchoir pour la montrer à la police.

- Regardez ! La pièce a été débarrassée de toute sa rouille, elle brilla comme un sou neuf ! Lorsque le bronze est mis en contact avec du cyanure, il y a une réaction acide qui ronge le métal, c'est une preuve irréfutable !

- On dirait l'assistant d'un magicien, se moqua Kazuha à l'adresse de son ami.

- Mais non, lui dit Heiji d'un air vexé. On est à Tokyo, c'est normal que je lui laisse le beau rôle…

- Mas comment as-tu fait pour savoir qu'elle l'avait caché là… ? demanda Megure avec perplexité.

La femme elle-même donna la réponse. C'était à cause de la pluie. Elle n'avait pas mis sa capuche alors qu'il pleuvait. Elle n'avait pas voulu prendre de risque et se mettre du cyanure sur le crâne.

Sa motivation : l'homme n'était pas fait pour être médecin.

En fait, le patient qui avait servi de cobaye pour son étude de doctorat était un homme en phase terminale qui était hospitalisé chez eux. Et Kamata avait fait exprès de lui administrer les mauvais médicaments pour accélérer la progression de la maladie et l'avait tué, juste pour ses recherches. Il avait tout avoué un soir où elle l'avait accompagné boire un verre après l'annulation des fiançailles. Complètement cuit, il avait trop parlé sans exprimer le moindre regret pour ces mots : « J'ai le pouvoir de décider de la vie ou de la mort des gens et je me fais jeter par une gamine de 18 ans… ce monde est vraiment insensé… ».

Maï avait voulu lui faire comprendre la réalité du monde en lui faisant prendre du cyanure qui venait du même hôpital. Elle voulait lui faire comprendre ceci : « ce qui est insensé, c'est que tu puisses disposer de la vie des gens comme tu le fais. ».

Elle avoua aussi avoir mis le flacon dans la boite à gants et avoir caché les papiers de la victime pour que son attitude soit bien remarquée et qu'on puisse songer au suicide.

- Mais tu as de la chance, jeune détective, qu'il se soit mis à pleuvoir, sourit la femme avec une certaine tristesse à Shinichi. Sans cela, tu n'auras pas eu de preuves de ma culpabilité.

- Détrompez-vous, même sans le truc de la capuche, j'aurais demandé à la police de faire analyser vos vêtements. C'est avec une certaine innocence et certainement involontairement que le petit Dawn m'a mis sur la voie.

Shinichi se tourna vers Red qui était de retour depuis un petit moment et qui leva un sourcil perplexe.

- Quand vous êtes revenue des toilettes, la pièce venait de commencer, il faisait donc noir, n'est-ce pas ? Pourtant, vous n'avez pas mis le sucre et le lait dans votre boisson, c'est ce qui a attisé mes soupçons. Le cola et le café ont une couleur semblable sous la lumière, alors, comment auriez-vous pu faire la différence dans le noir ? Cette simple question me donnait la certitude que vous étiez l'assassin. Ça m'a fait comprendre que vous aviez déjà soulevé les couvercles une première fois avant d'amener les boissons et que vous saviez déjà que ce n'était pas du café… Nous devons donc remercier Ayako-sempai d'avoir remplacé le café par le cola, parce que je doute que le nez de Dawn-kun comme preuve aurait compté dans un tribunal.

La femme eut un pauvre sourire, mais reconnut sa défaite.

- Tu veux que je te dise ? demanda Red à Conan à voix basse.

- Dis toujours.

- Elle est le genre de femme que Cassandra-sensei aurait aimé dans son équipe médicale. Une femme prête à tout pour ses patients. Même si Cassandra-sensei est une démone dans la peau d'une femme et légalement parlant, une civile, c'est une pirate de cœur et d'âme. Elle était prête à risquer sa vie à chaque escarmouche pour rapatrier les blessés, même au cœur des combats, dans l'espoir de nous sauver. Elle aurait approuvé les actes de cette femme.

- J'aurai aimé rencontrer une femme de cette trempe.

Red eut un maigre sourire.

Pendant ce temps, Megure saluait chaleureusement le talent de Shinichi, et Kogoro passait à la trappe. Megure proposa même au lycéen de l'accompagner pour assister à l'interrogatoire, puisque ça faisait longtemps, mais le jeune homme refusa avec un sourire.

- J'ai encore des choses à faire, expliqua Shinichi en regardant Ran par-dessus son épaule.

Il demanda néanmoins à l'oreille du commissaire de faire passer sa participation sous silence, ce qui surprit l'homme qui le trouva modeste ; mais sans plus se poser de question, Megure s'en alla.

- Pourquoi tu ne vas pas assister à l'interrogatoire ? demanda Heiji à son ami. Qui sait ? Tu pourrais peut-être participer à la prochaine enquête.

- Désolé, s'excusa Shinichi. Après tout, les stratagèmes sont des puzzles pensés par l'homme… en cherchant bien, l'homme peut toujours trouver des réponses logiques à ses actes, mais…

Heiji remarqua que son ami commençait à être transpirant et avoir la respiration haletante.

- C'est triste, continua Shinichi. Mais je ne comprendrai jamais, même avec les meilleures raisons du monde, pourquoi l'homme tue l'homme… même si je comprenais, je ne pourrais l'accepter… jamais…

Et il s'effondra sur une chaise en gémissant.

Ça y est… il était arrivé à la limite.

Alors qu'il avait pu retrouver son corps d'origine et qu'il était pourtant bien parti…

L'antidote expérimental mis au point par Haibara cessait de faire effet.

Elle l'avait averti, il pouvait en mourir, mais il avait fait le pari.

Il glissa de la chaise en se tenant la poitrine comme si son cœur lui faisait mal.

Il voyait presque Heiji et Ren sur lui, mais n'arrivait pas à les entendre.

Ce qu'il savait, c'est que s'il redevenait Conan ici, Ran allait comprendre… pourtant son corps refuser de bouger.

Et il s'effondra sur le sol...

- SHINICHI ! cria Ran en secouant son ami dans l'espoir de le réveiller.


La première chose qu'il sentit fut qu'il était sur un lit.

Puis, l'odeur qui lui permit d'identifier qu'il avait été transporté à l'infirmerie.

Il ouvrit doucement les yeux et parvint à voir le visage de Ran, Kazuha, Heiji et Sonoko sur lui.

Mais son attention se focalisa sur Ran.

Elle était toute pâle, ce qui était compréhensible quand on voit quelque rapetisser sous ses yeux.

Après plusieurs tentatives infructueuses pour ouvrir les yeux une bonne fois pour toutes et avec une vision claire, il parvint enfin à le faire définitivement pour voir Ran tellement penchée sur lui qu'elle allait finir par l'embrasser.

- Ah ! Kudô ! T'es réveillé ! s'exclama joyeusement Heiji en le voyant se redresser dans le lit.

- Ouf ! T'as repris connaissance ! soupira de soulagement Kazuha.

Perplexe, le détective regarda ses mains et vit qu'il était toujours le bon vieux détective lycéen et qu'il n'était pas redevenu Conan.

- Ne nous fais plus de frayeurs pareilles ! rouspéta Ran.


Shinichi se laissa tomber sur son lit avec un soupir de bien-être.

Dire que sa chambre lui avait manqué était franchement un euphémisme.

- Tu profites bien ? demanda une voix familière.

Shinichi se redressa d'un bond pour voir Red assis sur le montant de sa fenêtre dans le clair de lune, comme si c'était la chose la plus naturelle qui soit. Le fait que la fenêtre soit ouverte disait que le pirate avait escaladé la façade avant de la forcer.

- Oh, Portgas. Tu sais, si tu veux passer, tu peux sonner, lui dit Shinichi.

- Encore faut-il que je sois capable de trouver la sonnette, alors que c'est plus rapide et simple de trouver un mur et de m'orienter avec l'aura qui émane de toi pour arriver jusqu'ici. En plus, ça me fait faire de l'exercice.

- … point accordé, je présume… Tu m'as pas assez torturé ce matin, à ton goût, avec ton entraînement ?

- Petite nature. Non, c'est pour te dire que d'une, je passerai te voir demain matin à cinq heures pour la même raison et crois-moi, c'est pas ta taille adulte qui va m'empêcher de te botter le train. De deux, je voulais répondre à ta question de cet après-midi.

Shinichi regarda le gamin sans comprendre, toujours assis au bord de son lit.

- Pourquoi l'homme éprouve-t-il le besoin de tuer ? Quand j'étais enfant, je me disais que c'était dans sa nature. Ma mère est morte suite à une prolongation de grossesse pour empêcher les autorités de me tuer par simple erreur de parenté. En grandissant, j'ai appris que l'humain était mauvais. Plein de sentiments violents qui ne s'expriment que dans la souffrance des autres. J'ai haï mon père parce que, par sa faute, les gens voulaient ma mort, d'où le fait que j'ai très vite laissé aux oubliettes mon nom de naissance pour prendre celui de ma mère. Pour moi, c'était juste un autre trait immonde de la nature humaine le fait de vouloir tuer un autre homme…. Puis… puis j'ai vieilli. A treize ans, j'ai tué pour la première fois. J'étais seul avec mon petit-frère dans le bidonville qui nous servait de terrain de jeu. Des marines en escale à Goa sont tombés sur nous et ont voulu prendre du bon temps. Après tout, si nous étions dans le Grey Terminal, ça voulait dire que nous étions pauvres, donc, quantité négligeable, des orphelins que personne ne regretterait.

Shinichi ne parvenait pas à détacher son regard du garçon assis à sa fenêtre dont les yeux de cendre mort semblaient plonger dans un lointain passé.

- Je me souviens encore de la chair qui se déchire avec une telle facilité… de cette faible résistance quand j'ai rencontré la carotide du gars qui essayait de me violer. De la couleur vermeille du sang qui ruisselait sur le tesson de bouteille qui me servait d'arme… de l'air malade de Luffy quand il a réalisé qu'il avait brisé la nuque de son propre assaillant. Même si pour nos consciences respectives, j'ai dit ce jour-là qu'on avait pas eu le choix, que ce n'était que de la légitime défense… à vingt et un ans, aujourd'hui, je sais la vérité. Et elle est bien plus cruelle.

Un rictus sardonique vint déformais les lèvres du pirate.

- Par facilité, c'est tout. Pour Goa, il était plus facile de brûler le Grey Terminal et prétendre qu'il n'avait jamais existé, plutôt que de loger dans ses murs les sans-abris qui vivaient dans le bidonville. C'était plus facile pour le Gouvernement de s'assurer que Ohara disparaisse, plutôt que chercher à savoir ce qu'il en était de l'histoire qu'on veut absolument nous cacher, ou même interroger les archéologues sur leurs intentions avant de les accuser de vouloir réveiller des Armes Antiques. C'est plus facile d'exterminer femmes et enfants dans l'espoir de s'assurer que le Roi des Pirates n'ait laissé aucun descendant, plutôt que de l'élever pour en faire un citoyen modèle. C'est plus facile et plus sûr de tuer un homme qui en sait trop, plutôt que de le surveiller pour s'assurer qu'il ne parlera pas. La réponse est la facilité, tout simplement Kudô. Je dis pas par-là que j'aime tuer. Chaque mort vient me hanter. Aujourd'hui encore, je revois ce marine porter sa main à sa gorge tranchée pendant qu'il se vidait de son sang, son pantalon à ses chevilles. C'est juste que quand je dis que j'ai pas le choix, c'est tout simplement qu'en réalité, c'est plus facile et sûr.

- C'est ce qu'il s'est passé dans la grotte ? demanda doucement Shinichi.

- Exact. Il y avait une faible chance, quand la police les interrogerait, que ces trois hommes avouent s'être faits mettre au tapis par un enfant de dix ans qui semble être fait de feu. Et une chance tout aussi faible qu'on les croit. J'aurais pu les laisser vivant et leur faire comprendre de ne pas parler de ça… mais c'était plus simple et plus sûr de les tuer.

Red se retourna sur le montant de la fenêtre quand Shinichi parla. Si le D. avait pu le voir, il aurait vu un air déterminé sur le visage du lycéen.

- Je ne cautionne pas tes actes, Portgas. Pas plus que je cautionne les morts. Je sais simplement qu'on ne vient pas du même milieu. Qu'on n'a pas la même éducation…

- On peut difficilement parler d'éducation quand on sait que ma nounou était une bandit de montagne et que je vivais avec elle et sa bande, parce que Garp pensait que ça ferait de moi un homme respectable et que lui-même me frappait sur le crâne en disant que je deviendrais un marine fort etc, etc. Je me suis quasiment éduqué seul, et j'ai élevé Luffy au passage, sourit aigrement Red.

- Si tu voulais bien ne pas me couper, reprocha Shinichi.

Le sourire innocent qu'il eut en échange par-dessus l'épaule du gosse ne tromperait personne.

- Donc, je sais qu'on n'a pas le même cadre de vie. J'ai dit que je ne cautionnais pas, mais que je comprenais. Ce que je te demande, puisque tu as des regrets pour les vies que tu as prises… c'est d'essayer de ne pas te laisser aller à la facilité, justement. Tu penses pouvoir faire ça ?

Red pencha la tête en arrière comme pour réfléchir puis haussa les épaules.

- Je peux tenter. Bonne nuit.

Et il sauta de la fenêtre.

Shinichi alla se pencher au dehors pour voir que Red était déjà sur ses pieds dans le jardin et s'en allait vers le mur qui séparait sa maison de celle d'Agasa.

- Oh, et Portgas ?!

Red tourna la tête vers la fenêtre.

- Je te rendrais la monnaie de ta pièce, demain matin, pour ton entraînement de ce matin.

- J'voudrais bien t'y voir, Kudô, sourit moqueusement Red.

Et il s'éloigna vers chez Agasa, permettant à Shinichi de fermer sa fenêtre.


Ran se présenta le lendemain matin chez Shinichi et sonna à l'interphone du portail, Conan avec elle.

Plusieurs fois.

Elle insista sur la sonnette au point de ne pas entendre les réponses venant de l'interphone.

Elle allait sonner une nouvelle fois quand le hurlement furieux d'un Shinichi la fit sursauter :

- C'EST BON, J'AI CROMPRIS ! UNE FOIS SUFFISAIT !

Shinichi venait d'ouvrir le portail, une tartine encore à la bouche pour engueuler Ran. Il avait visiblement pas fini de se préparer parce qu'il n'avait que son pantalon et sa chemise de son uniforme scolaire. Mais le plus marquant était le beau bleu sur sa joue gauche et le gros pansement sur le côté droit de son front.

- Konnichiwa~ ! salua une voix chantante.

Ran salua joyeusement Red qui venait de sortir de chez Agasa et Conan nota avec intérêt le regard assassin de Kudô pour le D. qui arborait un air un peu trop innocent. Sans compter que lorsqu'il remonta l'allée avec Ran pour revenir à sa maison, Shinichi avait l'air de souffrir en silence.

- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? demanda Ran.

Shinichi maugréa quelque chose comme « voisin sadique » autour de la tartine qu'il avait entre les dents, ce qui fit rire Red.

- Dis, tu sais ce qu'on va faire aujourd'hui à l'école, hein ? se fit confirmer Ran.

- Ben ce sera la même chose que l'année dernière : on va remettre en ordre les préparatifs de la fête… maugréa Shinichi, les mains dans les poches.

Il claqua la porte derrière lui en entrant, demandant clairement à Ran d'attendre là avec les gnomes le temps qu'il finisse de se préparer.

Ran entrouvrit la porte de l'entrée pour voir son ami bailler puis remettre sa tartine dans sa bouche et de faire rouler une de ses épaules tout en maugréant contre quelqu'un.

Mais c'était suffisant pour faire sourire Ran.

Shinichi était bien là, ce n'avait pas été un rêve.

Il était vraiment revenu…

- C'est bien, hein, les garçons ?! sourit largement Ran en refermant la porte pour s'adresser aux deux enfants.

Elle regarda autour d'elle, mais aucun des deux bruns n'étaient là.

- Tiens ? Conan-kun ? Red-kun ?


Shinichi mettait la cravate de son uniforme en se regardant dans la glace au-dessus de la vasque, l'air toujours aussi maussade.

- C'est sympa d'avoir son vrai visage, mais il aurait pu y aller un peu plus doucement… j'ai l'air de quoi avec ça, moi ?

- Ne t'y crois pas trop…

Shinichi se retourna pour voir Conan derrière lui. Red se glissa dans la pièce et se hissa avec difficulté sur le lavabo. La difficulté fut de trouver ledit lavabo.

- Haibara ? Portgas ? s'étonna Shinchi.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda Haibara qui était celle qui se faisait passer pour Conan. Si tu n'as pas été découvert, c'est parce que je t'ai donné ce prototype d'antidote et que je me suis déguisée en toi…

- Sans compter que c'est le professeur qu'il faut remercier pour ce masque changeur de voix, pointa Red. Seulement, t'as oublié un petit détail, Kudô…

- Exact. Tu m'avais promis que tu ne te montrerais qu'à elle et il a fallu que tu fasses une apparition remarquée devant tout le monde.

- D'autant plus que je sais que Vermouth était dans les environs… très bien joué, Kudô !

Et Red l'applaudit.

- Je suis désolé ! s'excusa le détective devant la double attaque. Mais après avoir compris le mystère de cette affaire, je n'ai pas réussi à me contrôler.

- Je m'assurerai que ce soit ton épitaphe, Kudô. Mort parce qu'il n'a pas réussi à se contrôler, se moqua Red.

- Tu sais parler autrement qu'avec du sarcasme ? s'enquit le détective en se tournant vers le gnome assis sur son lavabo.

- Quand je vois des conneries pareilles, difficilement.

- Bon… non vraiment, je suis désolé, s'excusa Shinichi. Je pensais pas que le prototype me rendrait définitivement mon apparence d'origine.

Le regard blasé des deux autres voulait tout dire.

- Est-ce que ça craint vraiment ? demanda Shinichi avec une grimace contrite.

- Envoie tes remerciements à Hattori pour le grand public. Mais pour l'Organisation, je pense que c'est un sacré coup de chance que tu sois encore vivant, soupira Red en sautant du lavabo.

Haibara se détourna pour se diriger vers la sortie de la salle de bain.

- Après que tu te sois évanoui, ton ami d'Osaka nous a demandé des explications avant de prendre le micro pour rassembler tout le monde. « Si la nouvelle se répandait qu'une ancienne élève a commis un meurtre dans l'école, ce serait un gros problème pour la réputation de votre établissement. Afin d'éviter tout ragot préjudiciable, nous vous demandons donc de veiller à ce que qui s'est passé ici ne se sache pas à l'extérieur. »

- On ne saura pas maintenant si c'est efficace ou pas, mais jusqu'à ce que ça se tasse, t'as tout intérêt à rester à carreaux, pointa Red.

- Et je vais prendre ta place chez les Mouri, informa Haibara.

Alors que le duo s'en allait, Kudô posa une question toute naturelle qui fit que Haibara se figea de stupeur.

- Haibara… pourquoi fais-tu tout ça pour moi ? Puisque tu as mis au point un antidote, tu dois toi aussi avoir envie de retrouver ton corps d'origine, non ? Sans parler de Portgas. Je veux bien comprendre que tu veuilles pas lui demander de le tester après tout ce temps qu'il a servi comme cobaye de l'Organisation, mais pourquoi moi ?

Red leva un sourcil, intéressé par la réponse.

Haibara se tourna vers Kudô avec un regard montrant qu'elle trouvait Shinichi débile.

- Imbécile. Si tu es découvert, je ne tarderai pas être retrouvée aussi, sans parler de Portgas. Alors, je coopère. Sans parler que ce que tu as bu n'est qu'un prototype que je venais tout juste de finir. L'occasion s'est présentée avant que j'en parle à Portgas. Pour ce qui est de le prendre ou pas, je déciderai après avoir consciencieusement examiné l'évolution de ton était… Pour finir, je dirais que je ne peux pas faire ce genre de chose dans l'état actuel des choses avec Portgas.

- Ah bon ?

- Kudô… je suis le feu. Donc, tout ce qui est de tomber malade, et autres, c'est exclu pour moi. Il faut que l'on annule mes pouvoirs pour ça et tu as bien vu mon irritabilité vis-à-vis de cet hiver… tu veux me supporter ainsi sous ma forme adulte ? Sans compter que je ne suis pas de ce monde. Tant que l'Organisation n'est pas tombée, je saurais pas si je peux rentrer chez moi ni même comment. Avec la poisse qui te poursuit, il suffit qu'on me demande mes papiers durant une enquête pour qu'on réalise que j'existe pas, et que l'Organisation me retrouve. T'es certain d'avoir un cerveau, Tantei-san ?

En représailles, Shinichi donna un bon coup sur le crâne de Red pour se mettre à gémir de douleur quand sa main rencontra le béton armé qu'était la tête du pirate.

- Si tu as fini avec tes conneries, on va pouvoir y aller, fit Red comme si rien ne s'était passé.

Shinichi secoua sa main une dernière fois, soufflant dessus pour apaiser la douleur, avant de faire une dernière demande à Haibara.

- Si tu pouvais essayer d'avoir une attitude un plus… masculine ?! ça me met vraiment mal à l'aise…

- Ah bon ? Moi, au contraire, ça me plait… lui dit Haibara qui avait sa posture habituelle les mains dans le dos.


Sur le chemin de l'école, la discussion porta sur l'entrée en scène de Kudô dans le rôle du Chevalier Noir, pendant que Conan et Red marchaient des deux côtés des lycéens, presque oubliés par eux.

- J'ai été très surprise… avoua Ran. Toi, dans le costume du Chevalier Noir ! Tu ne connaissais pas du tout les dialogues et tu t'es quand même lancé ? je n'ose même pas imaginer la suite de la pièce si tu avais continué comme ça, en restant silencieux…

- He ? s'étonna Shinichi.

Avant de comprendre que tout ça n'était qu'une manigance de Sonoko. Elle lui avait fait enfiler le costume du Chevalier Noir un peu de force en lui disant d'entrer en scène pour la prendre dans les bras et de ne rien dire tant qu'il ne l'avait pas embrassé. Pas un mot, qu'elle avait insisté.

Cette fille…

Qu'elle s'occupe de son karatéka à l'étranger plutôt que de sa vie avec Ran.

- Sinon ? Comment tu as trouvé ? demanda Ran tout sourire.

- La pièce ? Ben vu qu'elle a été interrompue au milieu…

- Mais non… la princesse Heart ! Enfin… c'est pas tant le rôle en lui-même…

Rouge comme une tomate, Ran détourna la tête, tirant un maigre sourire à Red. C'est deux là étaient juste mignon à se tourner autour ainsi.

- Ah ! comprit Shinichi. Cette robe t'allait très bien !

Cela surprit Ran, avoir un compliment pareil de la part de son ami d'enfance.

- Comment dire… euh… « la belle plume fait le bel oiseau » ! explicita Shinichi avec un sourire.

Le regard blasé de Ran voulait tout dire et Red avait toutes les difficultés du monde à ne pas rire en écoutant le dialogue.

- C'est quoi ça ? un compliment ?

- Ran-nee-san !

- Oui, Red-kun ?

- De ce que Kazuha-nee-san m'a dit, tu devais être la plus belle de toutes les princesses !

Le sourire de Red était juste tellement innocent.

Ran lui dit qu'il était juste adorable alors que Shinichi adressait un regard noir au pirate. Il essayait de lui piquer sa nana, il en était certain. Quand Ran tourna le dos au gamin, Red poussa le vice à tirer la langue à Shinichi, lui faisant monter la moutarde au nez.

Devant le passage piéton, ils retrouvèrent le trio Ayumi, Genta et Mitsuhiko.

- Conan ! T'es enfin sorti de l'hôpital ! s'exclamèrent-ils.

Répondant d'instinct, Shinichi les salua en souriant.

- Salut, vous êtes tous en forme ?!

Sauf que les trois gosses étaient intimidés par la grande asperge brune qu'était le lycéen et lui répondirent par un bonjour nerveux.

- T'as pas de chance avec les enfants, toi, non ? se moqua Red devant le réflexe de Shinichi.

Le pirate le cherchait vraiment…

Ce qu'il appelait entraînement, et que Shinichi appelait torture, du matin ne lui avait apparemment pas suffit.

- C'est qui le grand, là ? demanda Genta à Red.

- Son voisin lycéen, répondit Haibara toujours sous le déguisement de Conan en haussant des épaules.

- Ah, la maison avec les fantômes… souffla Mitsuhiko.

- Haibara est malade, elle ne viendra pas à l'école aujourd'hui, informa Red.

Et les gnomes commencèrent à s'éloigner en discutant de tout et de rien.

Cela laissa Shinichi pensif.

Dire qu'il n'y a pas si longtemps, il était au milieu d'eux. Cela avait presque les allures d'un rêve.

Et cela lui tira un sourire triste.

C'est là que Ran paniqua en réalisant l'heure et pressa Shinichi qui suivit l'allure de son amie sans voir le regard pensif de Haibara sur lui.

- Tu sais que tu te fais du mal pour rien ? lui glissa Red.

- Epargne-moi tes commentaires, lui répondit-elle.


Bien sûr, le retour en classe de Shinichi ne passa pas inaperçu.

Surtout quand il débarqua avec Ran…

- C'est le grand retour des jeunes mariés ?!

- Fuiit fuiit ! siffla un garçon.

Leur classe était peuplée d'imbéciles, même s'il devait avouer qu'il était curieux sur cette prof d'anglais venant droit des USA, qui aurait un corps de rêve, dont les garçons lui parlaient. Ran ramena Shinichi à son niveau pour lui murmurer qu'il ne lui avait pas encore expliqué.

- Expliqué quoi ? demanda Shinichi avec perplexité.

- Ben tu m'as dit que tu avais un truc important à me dire, non ? souffla Ran.

- Ah oui, se rappela Shinichi.

Et il lui chuchota une heure et une adresse de rendez-vous à l'oreille… avant de réaliser que toute la classe essayait d'entendre leur conversation en se collant à eux.

Alors qu'il chassait tout le monde à sa place, Ran repassait dans sa tête le rendez-vous.

Ce soir, 20h, au restaurant panoramique du Beika Center Building.


Le restaurant en question était plus que luxueux et Ran n'était vraiment pas certaine de ce que faisait Shinichi en l'invitant ici.

- Tu es sûr de ce que tu fais ? ça a l'air très cher ici… murmura-t-elle à son ami en face d'elle à table.

- T'inquiète pas ! sourit Shinichi. J'ai la carte de crédit de mon père…

En sachant que Yusaku était blindé, et que Yukiko avait raccroché sa carrière d'actrice avec la naissance Shinichi, ça voulait tout dire

- Fils prodigue ! accusa Ran.

- Idiote, riposta Shinichi. C'est plutôt à mes parents qui partent à l'étranger en laissant leur fils seul, qu'il faut faire des reproches…

- Connan te ressemble vraiment beaucoup ! nota Ran.

- He ?!

La conversation devenait dangereuse.

- Ses parents à lui aussi sont à l'étranger. Tu sais, en fait… je pensais que… Conan et toi étaient la même personne…

- Tu… tu plaisantes… s'étrangla à moitié le lycéen.

- Je m'étais dit que tu étais surement embringué dans une affaire dangereuse qui t'avait contraint à changer d'apparence. Le professeur aurait mis au point un médicament qui t'aurait fait rajeunir et voilà !... Je suis bête, hein ?!

Pourtant, dans l'ensemble, elle avait presque vu juste… mais il n'empêcha que Shinichi rit avec Ran.

- Mais c'est curieux… depuis que tu es revenu, quand je le regarde, je vois une toute autre personne…

Ce qui était normal puisqu'il s'agissait vraiment d'une autre personne qui faisait Conan.

- Et donc ? de quoi voulais-tu me parler ? demanda Ran tout sourire en se penchant vers Shinichi de l'autre côté de la table.

Pris d'une soudaine nervosité, Shinichi détourna le regard, cherchant le courage pour formuler les mots qu'il voulait dire.

Ne trouvant pas le courage, il se retrancha dans son sujet de prédilection, alors qu'on leur apportait le repas : Sherlock Holmes.

- Et c'est avec un détail comme ça qu'il y est arrivé ? Holmes est vraiment un personnage extraordinaire… approuva Ran.

- N'est-ce pas ? sourit Shinichi.

Mais Ran n'était pas dupe sur le comportement de son ami.

- Bon, et cette explication, elle vient ? s'enquit la demoiselle en le regardant dans le blanc des yeux.

- Ben, en fait euh…

Ran soupira avec lassitude.

- Je comprends que ce soit difficile à dire mais… tu es un homme, tu dois agir en homme… tu veux que je te passe tous les cours que tu as manqués, c'est ça ?

- He ?

De quoi elle parlait ?

- Quoi ? Ce n'est pas ça ? s'étonna Ran devant la tête perplexe de son ami. J'étais certaine que c'était ça, alors, j'ai fait des photocopies pour toi avant de venir…

- Ah euh…

Et Shinichi eut un rire faussement embarrassé.

- Tu as vu juste ! C'était difficile à dire !

- Je le savais ! rit à son tour Ran.

Brusquement, Shinichi était juste devant elle, le rose aux joues.

- Tu me prends pour qui ?

- He ?

Et Shinichi se rassit.

- Si je t'ai invité à diner, c'est parce que j'ai quelque chose d'important à te dire… en fait… je…

Un hurlement perçant raisonna dans le restaurant, les faisant sursauter.

- Ce cri… souffla Ran.

- Quelqu'un qui a dû voir un cafard ou un truc de ce genre ! On n'a pas à s'en faire !

Des clients du restaurants furent pourtant bien vite mis au courant de ce qu'il se passait.

- Il paraît qu'un type est mort dans l'ascenseur !

- La police a été prévenue ?!

Shinichi essaya bravement de lutter contre son instinct qui lui disait d'aller sur les lieux pour résoudre l'affaire pour se concentrer bravement sur Ran :

- Donc, ce dont je voulais te parler…

Mais comme un fait exprès, une autre voix le coupa, annonçant que l'homme avait été tué d'une balle dans la tête.

- Donc, en fait…

L'effort que faisait Shinichi pour rester assis avec elle était pleinement visible.

Ran eut un soupir.

Son ami ne changerait jamais.

- Ne te force pas… lui dit-elle.

- He ?

- Tu fais semblant de ne pas prêter attention à ce qui se passe ici… A la différence de certains, je ne m'enfuirai pas et je ne me cacherai pas. Allez-y et ne traînez pas en route… Tantei-san.

Shinichi se leva avec le petit sourire de Ran.

- Je… je suis désolé, Ran…

Et il s'en alla en courant.

- Je reviens tout de suite !

Ran se contenta de lui sourire avant de regarder Tokyo plonger dans la nuit par les immenses fenêtres du restaurant.


La police était bien évidemment sur les lieux quand Shinichi arriva.

La victime, Tatsumi Taiji, 58 ans, était le président d'une société de jeux vidéo. C'était trois de ses employés qui l'avaient découvert, quand, réalisant avoir oublié quelque chose au bureau, ils avaient appelé l'ascenseur pour descendre qui leur avait montré le corps en s'ouvrant.

Apparemment, aujourd'hui était le 20ème anniversaire de la société en question et il se fêtait dans ce restaurant. Une gerbe de fleurs devait être offerte à la fin de la fête, la société en question étant situé entre le 14ème et 36ème étages de cette tour. Sans compter que l'ascenseur où la victime était morte était réservé au personnel.

D'après les employés, le présent ne s'était pas senti très bien et avait dit qu'il passerait au bureau avant de rentrer. On pouvait supposer que quelqu'un caché en bas de l'immeuble soit venu à sa rencontre, et vu ses vêtements en désordre, le meurtrier voulait peut-être le voler, ou voler mêmes des idées, si ce n'est des actions de la société en profitant de la fête et donc du fait que les locaux seraient vides.

Tout cela laissa Megure pensif.

- Dis, demanda-t-il à Takagi. Tu ne te souviens pas d'une affaire semblable qui s'était déroulée ici ?

- He ? fit le brave Takagi qui ne voyait pas de quoi il parlait.

- Mais si ! Je venais à peine d'entrer au bureau d'enquête et un jeune homme étrange est venu faire une explication…

- A l'époque je n'étais encore qu'à l'école primaire… protesta Takagi.

- Pardonnez-moi mais je pense que le mobile du crime n'est pas lié à l'argent, fit une voix à proximité du corps.

- Voilà ! Voilà ! Exactement comme ça ! pointa Megure.

Avant de réaliser ce qu'il en était.

Shinichi était accroupi devant le corps pour l'observer attentivement.

- Si le mobile avait été l'argent, vu qu'il s'est servi d'une arme, il aurait attiré sa victime dans un endroit où il n'y avait personne. Or, on ne peut pas dire qu'un ascenseur soit le meilleur endroit pour fouiller quelqu'un tranquillement et le déposséder de ses biens. Je veux bien croire qu'il l'ait fouillé, mais les boutons de manchette n'ont même pas été volés… vous n'êtes pas de mon avis, inspecteur Megure ?

C'est vrai que les boutons de manchettes étaient tout de même en or.

Bien entendu, la surprise de l'inspecteur ne fut pas discrète.

- Shhh ! paniqua Shinichi. Si vous pouvez taire mon nom, ça m'arrangerait ! Faîtes comme si j'étais de la police moi aussi… demanda Shinichi.

Vu qu'il était en civil, il pouvait se faire passer aisément pour un jeune adulte. Son commentaire surprit de nouveau Megure.

- Comment ? Encore ? Toi qui te mettais toujours en avant autrefois…

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda Takagi assez perplexe.

- Je dîne au restaurant avec Ran, expliqua Shinichi.

- Vraiment, de nos jours, les lycéens vont dans des restaurants de luxe… les temps ont bien changé… nota Megure avec un rire.

Mais Shinichi avait une autre raison en tête.

- Non, en réalité, si j'ai choisi ce lieu, c'est que j'ai une bonne raison…

Avant qu'il ne puisse l'expliquer, le cri d'une femme les alerta.

Takagi dut s'interposer entre la femme, apparemment la fille du président, et l'ascenseur. Elle était avec trois employés qui avaient été les derniers à le voir en vie. Ils avaient accompagné le directeur à l'ascenseur tous les trois, avant de croiser la fille du président. Elle et un des employés étaient restés sur place pour mettre au point le discours de remerciement de la fête avant de s'y rendre. Et ils n'avaient vu personne prendre l'ascenseur.

- Vous souvenez-vous de l'heure qu'il était ?

Comme l'employé tardait à répondre, la jeune femme intervint.

- 20h30 ! dit-elle en larmes. On a entendu les pétards du début de la fête et c'est bien l'heure qu'indiquaient les aiguilles de la montre, il n'y a aucun doute !

- Les aiguilles de la montre ? Excusez-moi, mais je ne vois pas de montre à votre poignet… pointa Takagi.

- Pas la mienne, mais celle de Ooba-san ! Lorsqu'il a touché ma boucle d'oreille, j'ai regardé le cadran !

- Il a touché votre boucle d'oreille ? interrogea Megure avec perplexité.

- Il m'a offert un cadeau ici ! Il m'a dit : « c'est un collier de perles rose pour aller avec les boucles d'oreilles que tu portes aujourd'hui »…

Et elle repartit dans une crise de larmes, puisqu'apparemment, aujourd'hui était le jour où ils auraient pu enfin être ensemble, elle et le fameux Ooba.

- Nous retournons à la fête prévenir les employés de la société de ce qui est arrivé… annonça l'un des derniers hommes à avoir vu le président en vie.

Shinichi interpella Takagi qui se tenait devant lui à regarder les hommes de la société partir.

- Inspecteur Takagi, vous ne trouvez pas bizarre ce qu'on a entendu… parce que…

Et il souffla à l'oreille de Takagi ce qu'il avait constaté, ce qui alerta Ooba-san.

- Vous avez bien dit avoir vu le cadran, n'est-ce pas ? se fit confirmer Takagi auprès de la femme.

La demoiselle était offusquée qu'on remette sa version des faits en question, mais l'homme comprit la raison de la question.

- Lorsque vous êtes arrivés, il faisait encore sombre ici et vous vous demandez comme elle a fait ? C'est simple, les aiguilles de ma montre sont fluorescentes, donc, on les voit dans le noir… et si nous étions dans la pénombre, c'est parce que le président l'avait demandé à cause d'une projection prévue…

- C'est bien ce que je disais, c'est bizarre, pointa Shinichi en messe-basse à Takagi.

- Moi aussi je veux savoir ! rouspéta Megure en tendant l'oreille pour entendre le duo.

Ce comportement exaspéra Ooba qui leur demanda de parler clairement et dire ce qui n'allait pas.

Et Shinichi lui fit la démonstration, puisqu'il avait lui-même une montre au poignet gauche.

- Ben regardez ! Si je touche sa boucle d'oreille avec la main du bras où il y a la montre, elle ne peut pas voir le cadran…

Et en effet, il toucha l'oreille droite et le cadran n'était pas visible.

Ooba le trouva bête et prit son bras pour le décaler à l'autre oreille. Lui, il avait touché l'oreille gauche avec la main gauche, expliquant comment elle avait pu voir le cadran de la montre. Après tout, avec la coiffure sur le côté de la jeune femme, l'oreille gauche était dégagée contrairement à la droite. Mais implacable, Shinichi avait une autre question en réserve.

- Pourquoi vous n'avez pas fait ça de la main droite ? ça me semble quand même plus facile, surtout quand c'est votre bras dominant. Ou alors, est-ce que c'était parce que votre main droite était occupée à autre chose et que vous ne pouviez donc pas le faire par conséquent ?

L'expression de l'homme disait à Shinichi, même si ce ne fut que fugitif, qu'il avait visé juste.


Pendant ce temps, Ran se posait de sérieuses questions.

De quoi Shinichi voulait-il lui parler ?

Un truc important, certes, mais quoi ?

« Dis donc, t'as pas grossi pendant que j'étais pas là ? » dit Shinichi dans son imagination.

Cela tira un maigre sourire à Ran.

C'était fort probable, après tout, elle avait pris des hanches ces derniers temps…

Mais il ne l'aurait pas invitée exprès à dîner pour lui dire ça, surtout dans un restaurant pareil.

Une serveuse arriva à cet instant avec les desserts, mais Ran l'interrompit.

- Serait-il possible d'attendre que mon ami revienne pour prendre le dessert ? Il est parti après avoir entendu le cri tout à l'heure ! Mais comme il est détective, je pense qu'il va résoudre ça et revenir…

Et la serveuse eut un petit rire et sourire en disant qu'elle comprenait.

- J'ai entendu une histoire très semblable à la vôtre de la bouche du sommelier. C'était il y a vingt ans, à cette même table ! Après avoir résolu l'enquête, le garçon est revenu et l'a dit devant tout le monde à voix haute, alors vous feriez mieux de vous préparer ! lui raconta la serveuse avec un grand sourire joyeux.

- Il a dit quoi ? demanda Ran.

- Sa demande ! Il a fait sa demande en mariage ~ !

Et elle rapporta les desserts en lui lançant un bon courage.

Ran n'en revenait pas.

Non… non, Shinichi ne ferait pas un truc pareil…


Pour l'instant, Shinichi ne disait rien, il ne faisait que jouer les innocents.

- ET ALORS QUOI ?! VOUS SOUS-ENTENDEZ QUE JE TENAIS UNE ARME DANS LA MAIN DROITE ! s'énerva Ooba.

- Une arme ? fit Shinichi d'un air tellement innocent qu'on y croirait. Moi, je n'ai rien dit de pareil… Vous en aviez une ?

L'homme s'énerva et le pointa du doigt.

- Inspecteur ! Qui est ce jeune garçon ?

- Euh, lui c'est… commença Megure.

Mais Shinichi avait un train d'avance.

- Moi ? ça ne se voit pas, mais j'ai vingt ans ! Je suis un nouvel enquêteur de la brigade ! Je ne suis pas de service aujourd'hui, mais comme j'étais dans le coin… n'est pas inspecteur ?!

Megure eut un rire jaune.

La fille du défunt s'avança pour prendre la défense de l'homme. Après tout, celui-ci avait été avec deux autres personnes quand ils avaient dit au revoir au Directeur avant qu'elle n'arrive, puis ils ne s'étaient pas séparés une seule fois, sauf quand elle était allée aux toilettes pour mettre le collier.

- Comme j'en ai profité pour me remettre du rouge à lèvres, ça a dû prendr minutes… il n'est pas entré avec moi, bien entendu, mais il était adossé au mur et nous continuions à parler ! C'est comme s'il ne m'avait pas quittée ! raconta-t-elle.

Des policiers arrivèrent à cet instant en disant qu'ils avaient trouvé un revolver muni d'un silencieux dans la décharge à ordure. Et il s'avéra qu'il y avait une descente à ordures à cet étage… justement à proximité des toilettes.

- Je vois, nota Shinichi en prenant un air pensif. Il est donc possible de jeter l'arme, même en parlant.

Ooba ne laissa pas passer le commentaire. Pour lui, Shinichi essayait de faire de lui le coupable de cette affaire. Mais il fallait encore expliquer comment et quand il avait pu tirer sur le président qui descendait pas l'ascenseur. Sans compter le fait qu'il avait été avec elle tout le temps, on devrait trouver des traces de poudre sur ses vêtements. Vu que Ooba accepta sans crainte qu'on teste ces vêtements, ça voulait dire d'avance qu'on ne trouverait rien dessus. Mais le simple fait qu'on l'amène ailleurs permit à Shinichi d'avoir des réponses honnêtes de la malheureuse Tatsumi-san.

- Est-ce que par hasard vous ne vous seriez pas embrassés, vous et Ooba-san, devant l'ascenseur ? lui demanda à voix basse Shinichi.

Panique à bord pour la jeune femme.

- Ne me dîtes pas que vous nous avez vus ?! paniqua la femme.

- Non, c'est simplement que ma mère m'avait dit une fois ceci : « les femmes se remettent du rouge à lèvre soit après un repas, soit après avoir embrassé quelqu'un… ».

Eh bien, merci Yukiko pour cette leçon sur les femmes ! Au moins, on n'aura pas un garçon trop empoté par ici…

Mais pour le coup, Shinichi demanda une reconstitution de la scène. Pendant qu'elle expliqua comment ça s'était passé, Takagi les surprit et voulut les interrompre. Après tout, Shinichi soutenait quasiment avec son bras gauche la jeune femme, sa main au niveau de la tête, s'assurant de la faire pivoter dos à l'ascenseur comme Ooba-san l'avait fait. Et apparemment, c'était coutumier pour le couple qui se donnait souvent rendez-vous ici pour se voir. Finalement, Shinichi remit la jeune femme sur pied en souriant, la remerciant de sa coopération, laissant Takagi assez perplexe. Avant de la laisser retourner au restaurant, Shinichi lui posa une dernière question.

- Ces boucles d'oreilles sont-elles aussi un cadeau de Ooba-san ?

- Eh non ! Je les ai achetées avant de venir sur un coup de tête ! Ce n'est pas un cadeau !

Pour Shinichi, tout était clair. Ooba-san ne pouvait être que le coupable.

Restait à savoir ce que faisait le président dans l'ascenseur et comment le coupable avait pu échapper aux traces de poudre.

- Dis, tu crois qu'il y a un rapport avec ça ? demanda une des employées qui avait trouvé le corps en s'adressant à sa collègue. Ooba-san s'est déguisé avec un costume de peluche à la fête…

- Tu veux dire qu'il a eu la possibilité de se changer ? comprit son amie.

Megure leur demanda d'en dire plus en percevant la conservation lui aussi.

Apparemment, leur société avait une nouvelle mascotte qui avait servi pour l'ouverture de la fête et après, elle était restée tout le temps sur la scène. Et c'était Ooba-san qui en était sorti. Il aurait pu en effet prendre du change pour se débarrasser des traces de poudre, mais le troisième employé, un homme, le détrompa en lui disant qu'avant de se changer, il avait justement confié ses vêtements à ceux qui l'avait aidé à enfiler le costume.

- Il s'est donné du mal pour être drôle… pointa l'homme.

- Tu veux parler des clins d'œil de cette mascotte ? demanda l'une des femmes.

- Au début, c'était marrant, mais à ne faire que ça, c'est devenu très lourd… pointa la seconde.

- Excusez-moi, intervint Shinichi. Cela vous ennuierait-il de me montrer cette mascotte ?


La mascotte en question était une sorte de créature bizarroïde rappelant vaguement une grenouille de dessin animé.

- C'est un design… original… fit Takagi.

Il était gentil…

Accroupi devant le costume à terre, Shinichi observait les yeux.

En demandant qui avait organisé cette fête, on lui répondit que c'était l'œuvre de Ooba. Glissant ses mains dans la bouche de la créature, il trouva le mécanisme censé faire bouger les yeux, et un seul se ferma.

Il avait tout compris.

- Alors, tu as compris quelque chose ? demanda Megure.

- Oui, dans l'ensemble, fit Shinichi en se redressant.

Il défit un bouton de sa chemise et suivit Megure hors de la pièce où était rangée la mascotte.

- Vous ne trouvez pas qu'il fait chaud ? demanda Shinichi.

- Tu plaisantes ! je dirais même qu'on a presque froid avec leur climatisation…

Shinichi s'interrompit pour essuyer avec le dos de sa main un peu de sueur qui coulait sur son visage.

Pourquoi avait-il si chaud alors ?

Une douleur au cœur et dans ses os le fit vaciller, bien trop familière à son goût…

Non ! Pas maintenant !

C'était une plaisanterie !

Ran l'attendait, il ne pouvait pas se le permettre !

Le voyant vaciller, Takagi et Megure s'inquiétèrent pour lui. Takagi dut même le soutenir.

Il ne pouvait pas se permettre de redevenir comme avant, pas à un moment si important… !

Un policier arriva à cet instant en disant que les vêtements de Ooba n'avaient aucune trace de poudre. Alors que Takagi et Megure s'apprêtaient à chercher sur une autre piste, Shinichi les coupa depuis la table à laquelle il s'appuyait de son mieux.

- Le moment est venu… haleta-t-il… de monter sur scène… pour lever le voile sur cette affaire…


Ooba n'était vraiment pas content qu'on le traîne sur les lieux du crime en tant que suspect. Il devrait être entendu en tant que témoin et non pas potentiel coupable, mais même si la jeune femme le disait aux inspecteurs, ceux-ci avaient insisté.

- A moins que vous pensiez que j'ai menti… grommela la femme.

- Non, assura Shinichi en essayant bravement de ne pas se faire avoir par la douleur. Nous ne vous soupçonnons pas… nous savons que vous êtes restée tout le temps avec Ooba-san… même quand le meurtre a eu lieu juste à côté de vous…

- Attendez ! Vous voulez dire que Ooba et moi avons comploté pour tuer mon père ?!

- Non, le meurtre a eu lieu à côté de vous, mais nous savons que vous ne vous en êtes pas rendue compte… vous tourniez le dos à l'ascenseur et vous aviez les yeux fermés… parce que vous échangiez un baiser avec Ooba-san.

Et Shinichi leur montra comme ça s'était passé en demandant à la femme de bien vouloir l'aider pour ça. Ooba avait passé son bras gauche autour de la tête de la jeune femme et lui bouchait les oreilles. Au même moment, de son index droit pour simuler le pistolet, Shinichi appuya sur le bouton d'appel de l'ascenseur en disant que dès que la porte s'est ouverte, Ooba avait tiré sur le président avec un revolver muni d'un silencieux.

Le léger bruit que la jeune femme avait entendu et qu'elle avait prit pour les pétards du début de la fête était en réalité le coup de feu. D'où le timing qui faisait qu'en retirant son bras et avec les bruits de la fête, le son du coup de feu passait inaperçu, bien entendu ; il s'était assuré que la porte se refermait avant de la relâcher.

Ooba trouva une faille et s'y engouffra.

- Comment expliquer que le président, qui a pris l'ascenseur pour descendre, se soit retrouvé à notre étage ? Vous n'allez pas me dire que le président est resté dans l'ascenseur afin de se faire tuer bien sagement ?

- Presque, haleta Shinichi de plus en plus transpirant en fermant un œil sous la douleur. Le président attendait effectivement dans l'ascenseur, il n'est pas descendu… il vous attendait vous, déguisé en mascotte.

Et Shinichi désigna de la tête la mascotte qu'il avait demandé à ce qu'on amène dans le couloir.

- Vous lui avez sûrement dit quelque chose qui ressemble à ceci… « faîtes semblant de rentrer chez vous, prenez ma place dans la mascotte et vous surprendrez tous les employés qui sont venus à la fête ».

Ce qui expliquait que le président ait les vêtements dans cet étrange état, puisqu'il s'était préparé pour enfiler le costume à son tour. Et vu que l'ascenseur n'avait pas changé d'étage, en s'ouvrant, il n'y avait pas eu de signal sonore. Sans compter que comme l'ascenseur était réservé au personnel, personne n'allait le prendre avant la fin de la fête.

- Et les traces de poudre ? Si j'avais vraiment été le tueur, il est certain qu'on aurait retrouvé des traces sur mes vêtements…

Malgré son état de plus en plus grave, Shinichi était déjà à la suite, enfilant des gants.

- Vous vous souvenez que vous faisiez des clins d'œil ?

- Quoii ?

- Les employés le disaient. La mascotte dans laquelle vous étiez n'arrêtait pas d'en faire. Ça s'est remarqué… les clins d'œil n'étaient pas un truc pour faire rire…

Et il démonta l'œil qui restait tout le temps ouvert de la mascotte pour sortir un sac en plastique avec des gants.

- Parce que vous aviez caché quelque chose dans l'œil de la mascotte, le mécanisme s'est cassé.

Le sac contenait un gant et quatre élastiques. Il suffisait de le mettre sur la main droite, puis rendre l'arme, mettre par-dessus une poche en plastique et scellé le tout avec les élastiques. Quelque chose que l'on peut facilement cacher dans une poche. Avec ça, les vêtements restaient propres et on n'avait même pas de trace sur le sol.

Pour ce qui était de la faisabilité de la chose avec la fille du président juste à côté…

Shinichi fit signe à un policier qui fit passer le message par talkie-walkie et on atténua la lumière. Sous la lumière à présent tamisée du couloir, cela passait plus inaperçu. En suivant le meurtre, il avait accompagné la jeune femme jusqu'aux toilettes et avait profité du fait qu'elle se mette le bijou pour se débarrasser de l'arme, récupérant sa main droite, d'où le fait qu'il ait touché son oreille de la main gauche.

Shinichi montrait le sac en disant qu'il devait être encore plein de ses empreintes au moment où pour la seconde fois, il sentit la douleur abominable du poison dans ses veines. Il se cabra vers l'avant en retenant un gémissement de douleur.

- Mes empreintes ? Oui, c'est sûr… assura Ooba. Parce que moi aussi, j'ai touché ce sac, tout comme ceux qui m'ont aidé à enfiler ce costume.

Quoi ?!

Apparemment, ils avaient déjà remarqué qu'un des yeux ne se fermait pas, ils l'avaient ouvert pour savoir pourquoi, pour trouver ce sac. Dans le doute, ils avaient préféré laisser les choses telle quelle. Pire encore pour Shinichi, Ooba parvint à se faire passer pour une victime. Pour lui, quelqu'un lui en voulait. On avait tué le président à l'étage inférieur et profité du fait qu'il était aux toilettes avec la fille de celui-ci pour cacher le sac dans l'œil de la mascotte. Puisque le costume était dans les vestiaires et donc en libre accès, tout le monde aurait pu le toucher.

Une main crispée sur sa poitrine, Shinichi regarda l'homme devant lui qui se moquait royalement de lui.

- Votre théorie du meurtre au moment du baiser est plus que fantaisiste et je pense qu'il y a une théorie plus réaliste à prendre en compte… alors, jeune enquêteur… l'enquête est-elle bouclée ? De toute façon, vous pouvez poser cent questions, j'aurai cent réponses…

Alors, Shinichi posa la cent-et-unième question.

- Les perles roses…

Appuyé contre les portes de l'ascenseur, transpirant à grosse goute, Shinichi fit face au criminel en lui posant la question.

- Lorsque vous lui avez offert le collier, vous avez dit… « un collier de perles roses pour aller avec les boucles d'oreilles que tu portes aujourd'hui »… comment saviez-vous que les perles de ses boucles d'oreilles étaient roses ?

- Pardon ?! Pff ! il suffit de regarder pour…

Ooba se tourna vers la jeune Tatsumi et réalisa le piège avec horreur. Dans la pénombre, impossible de voir leur couleur.

- Elle les a achetées avant de venir, sur un coup de tête… c'est donc ici que vous les avez vues pour la première fois… dans cette pièce très sombre, les perles n'ont l'air de rien d'autre que de boules noires. Comment peut-on faire une telle distinction dans ces conditions… ? A moins que…

Shinichi se décolla des portes de l'ascenseur, toujours en sueur et haletant, et appuya sur le bouton d'appel.

- Lorsque vous l'avez embrassée…

Les portes s'ouvrirent, déversant la lumière de l'ascenseur dans le couloir.

- La lumière de cet ascenseur vous ait un peu aidé. Alors ? Pourriez-vous répondre à cette question, Ooba-san ? Pourquoi avez-vous ouvert cette porte ?

L'homme passa à table.

- Pfff… pourquoi ? la réponse est simple… parce que j'en avais fait la promesse à mon père… « je te vengerai ».

Apparemment, son père avait lui aussi possédé une grande société de jeu vidéo. Et vingt ans auparavant, il fut une question d'une fusion avec la société dont il venait de tuer le président. Mais cela n'était pas ce qui leur avait été vendu. C'était une absorption… le père de Ooba s'était ainsi fait voler son savoir si durement acquis, sans parler du licenciement massif et du titre de vice-président potiche qu'il restait à son père. Ainsi, il se suicida. Bien que le président Tatsumi ait décidé de lui faire gravir rapidement les échelons, se sentant coupable ou redevable de quelque chose avec la mort du père de Ooba, l'homme, lui n'avait qu'une idée : le tuer, prendre sa fille et ensuite sa société pour venger son père.

Mais finalement, il finissait comme son père, qui, vingt ans avant, avait voulu faire accuser le président de sa mort dans son suicide.

Et il y a vingt ans, un jeune homme vif d'esprit, comme ce soir, avait tout découvert.

- Mais je me souviens maintenant ! comprit Megure. Yusaku ! il y a vingt ans, alors je débutais, il a résolu cette affaire sur laquelle je bloquais ! Kudô Yûsaku !

- Ah ? L'auteur de romans policiers ? reconnut Takagi.

- Ce qui veut dire que cette histoire de vengeance d'un père par son fils a été résolue par la descendance de Yûsaku Kudo. Quelle ironie, n'est-ce pas Shinichi ?

- Très… haleta Shinichi. Ooba-san, un dernier mot pour vous sur lequel vous pourrez méditer en prison.

Alors qu'on lui passait les menottes, l'homme se tourna vers le lycéen haletant qui se tenait dans l'ascenseur.

- Quand j'ai dit à un bon ami que je ne comprenais pas pourquoi un homme pouvait tuer un autre homme, il m'a expliqué clairement que malgré toutes les excuses qu'on peut donner, c'est la facilité qui nous fait agir. Tout simplement… réfléchissez à ceci quand vous serez en prison…

- Ton ami a une drôle de vision des meurtriers ! se moqua Ooba.

- Etant donné que je vous parle d'un homme qui est capable de sourire avec innocence alors qu'il a laissé plus de corps sur sa route que j'en verrais dans ma carrière… je pense qu'il est mieux placé que vous pour savoir ce qui pousse un homme à commettre l'irréparable…

- Il a de drôle de fréquentations, commenta Takagi en regardant Megure.

- Oui, je trouve aussi. Ohé, Shinichi-kun, c'est qui cet homme dont tu parles ?

Megure se détourna de Takagi pour interroger Shinichi, mais l'ascenseur s'était déjà refermé.


Appuyé sur le lavabo des toilettes, Shinichi essayait de convaincre son corps de tenir encore un peu. De lui laisser encore un peu de répit.

Une main crispée sur son cœur qui tentait de fuir sa poitrine, il serrait les dents en se fixant dans le miroir, même si l'image souriante de Ran envahissait ses pensées.

Elle l'attendait, il ne pouvait pas faire ça…

Il ne pouvait pas redevenir Conan maintenant ! Pas comme ça !

Dans le miroir, il remarqua alors la silhouette d'Haibara toujours avec le déguisement de Conan, dans l'entrée des toilettes, un sac sur le dos, regardant sa montre au poignet.

- Haibara ?! haleta Shinichi. Qu'est-ce que tu… fais…

Et il s'effondra contre le lavabo, ne parvenait plus à tenir debout alors que son corps fumait sous le processeur chimique en cours dans son organisme.

Haibara se contenta d'arrêter sa montre et avec un sourire, retira les lunettes de son nez.


- Vous avez entendu ? demanda la serveuse à Ran. Il parait que l'affaire a été résolue !

- Ah bon, vraiment ? s'enquit Ran.

- Votre petit ami ne va pas tarder à revenir…

- Ce n'est pas tout à fait mon…

Les mots de Ran moururent dans sa gorge.

Conan était là, haletant et transpirant, au pied de la table. Il tendit une carte de crédit à Ran.

- C'est Shinichi-nii-san qui me l'a donnée ! J'ai demandé à ton père de m'amener ici pour voir ce qu'il se passait et j'ai rencontré Shinichi-nii-san !

- Papa est ici ? s'étonna Ran.

- Oui, en bas, sur le parking.


En bas, sur le parking, Kogoro commençait à s'impatienter, puisque ça faisait plus d'une heure que « Conan » était monté. Il sortit pour aller le chercher et décida de remonter dans la voiture pour attendre comme un adulte, loupant au passage la présence de l'étrange fillette sur le parking qui grimpa dans une coccinelle jaune à proximité.


- Et Shinichi ? demanda Ran.

- Ah euh… il a reçu un coup de téléphone sur son portable… apparemment, il s'est passé quelque chose de grave sur l'affaire sur laquelle il était avant, alors, il est parti tout affolé ! Quel idiot quand même… bidonna Conan.

- Ah bon… souffla la lycéenne avec tristesse. Il m'a encore laissée comme une vieille chaussette…

- Euh mais... il m'a dit…

- ASSEZ ! s'énerva Ran en prenant sa tête entre ses mains. Je ne veux pas savoir !

Les larmes aux yeux, elle vit ce qui avait été une magnifique soirée voler en éclat à cause d'un obsédé des énigmes incapable de tenir en place.

- J'en ai marre de tous ces prétextes… je ne veux pas savoir… sanglota t-elle.

- « Un jour… c'est sûr… même mort… je reviendrai. Je voudrais que Ran m'attende jusque là… »dit Conan.

Ran regarda Conan, qui semblait presque aussi triste qu'elle, avec perplexité.

- Alors…

Ran eut un pauvre sourire et essuya ses larmes.

- Idiot, ne prends pas cet air-là, Conan-kun… sourit-elle. Le fautif c'est celui qui vole à l'autre bout de la planète lorsqu'il entend parler d'une enquête… cet imbécile fanatique des enquêtes…

C'était toujours un plaisir à savoir ce que pensait les autres de soi…

Ran se tourna en souriant vers Conan.

- Dis, Conan-kun ? Tu veux manger un dessert ?

- Euh oui… répondit Conan perplexe devant l'air subitement enjoué de Ran.

- Excusez-moi, le menu s'il vous plaît…

Et Ran commença à manger tous les desserts possibles et inimaginables en grommelant contre Shinichi. Elle en était à son cinquième qu'elle n'avait pas encore fini.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? « Je veux que tu m'attendes… » Je suis pas sa mère, moi !

La cuillère en bouche, elle leva le nez au plafond pour réfléchir, abandonnant sa glace pendant un instant.

- Mais je me demande ce que c'était, cette chose importante à me dire… ça ne te tracasse pas toi, Conan-kun ?

- Non, pas spécialement.

- Et pourquoi venir dans un restaurant aussi cher pour ça ?! Il a encore voulu se donner des grands airs !

Malheureusement, ce n'était pas à Conan mais à Shinichi d'expliquer que cette table dans ce restaurant était le lieu inoubliable où son père avait demandé sa mère en mariage.

Où ils avaient joué le premier acte de leur vie commune.