Salut à tous !
Avec le chapitre du jour, on commence une grosse affaire qui sera divisée en trois chapitres. Beaucoup s'en souviendront pour être l'une des affaires avec sa ressemblance avec un des écris d'Agatha Christie. D'autres juste parce qu'elle est juste tordue à souhait. M'enfin, dans tout les cas, c'est l'une des mes favorites. Pour ceux qui n'ont pas lu/vu Détective Conan, merci d'éviter les spoils de l'affaire dans les commentaires.
Autre petit point, en réaction au commentaire de Misstykata : ce n'est pas le seul indice du chapitre ce que tu pointes. Vraiment, il y en a une autre sur la même ligne et un trèèèès gros vers la fin du chapitre. Mais ce n'est point grave, une seconde chance viendra dans une autre affaire avant la grande révélation.
*se frotte les mains d'avance*
Assez bavasser, en avant la musique !
Kogoro était de mauvaise humeur.
De très mauvaise humeur.
Entre Agasa qui avait demandé gentiment qu'ils gardent Red le temps d'une convention scientifique à laquelle il allait se rendre avec Haibara, alors qu'ils étaient conviés à une étrange affaire, et ce soi-disant raccourci dans la pluie, en pleine forêt…
Oui, Kogoro avait de quoi être de mauvaise humeur.
- Tu parles d'un raccourci ! grogna le détective au volant. On n'aurait jamais dû écouter les conseils du vieux de la station-service. Pfff ! Il nous fait rentrer à l'intérieur de sa station-service et nous a poussé à acheter un plan soi-disant pour montrer un raccourci… voilà où ça nous mène toutes ces histoires !
- Tu crois vraiment que ce chemin mène quelque part ? s'inquiéta Ran.
Conan jeta un œil à Red, étrangement silencieux, qui avait la tête tournée vers Kogoro.
- Tu dors, Dawn ou tu rêvasses ? demanda Conan dans les cahots de la voiture.
Un maigre sourire étira les lèvres du pirate.
- Je suis en train de contenir mon excitation, je sens que je vais biiiien m'amuser pour une fois… souffla Red avec un air que Conan n'arrivait pas à placer.
Ils arrivèrent enfin à la sortie du chemin forestier pour monter sur une route dégagée, toujours ciblée par la pluie. Cela rassura Ran de voir qu'ils avaient enfin atteint une vraie route. Conan s'accrocha au fauteuil de Kogoro et se pencha vers le côté du siège pour mieux voire devant.
- On dirait bien que c'était vraiment un raccourci ! pointa le garçon.
- Hein ? marmonna Kogoro.
Conan pointa le doigt vers quelque chose au loin.
- Ben oui ! Regardez ! C'est bien là que nous allons… Le Manoir du Crépuscule !
Au loin, tout au bout de la route sinueuse à flanc de montagne qu'ils arpentaient en cette nuit pluvieuse, flirtant avec un précipice, un immense manoir construit avec faste et richesse imposait une silhouette sombre et menaçante sur le décor.
Ainsi, dans le mauvais temps et la pénombre, l'endroit semblait digne d'un roman d'horreur fantaisiste. Le genre de lieu hanté, habité par des vampires etc., etc…
- Le manoir ressemble à quoi ? demanda Red à regret.
- Tu as déjà vue de grandes demeures à l'abandon, Red-kun ? demanda Ran.
- Ouais.
- Eh bien, ça s'en rapproche. C'est très grand, ça à l'air d'avoir été construit par quelqu'un de très riche et pourtant…
Ran frissonna.
- C'est pas rassurant comme demeure.
Dans la tête de Red, les descriptions du pied à terre de Mihawk venaient de remonter à la surface. Il faudrait vraiment qu'il essaie de se remettre au dessin, ça l'aiderait peut-être à accepter un peu mieux sa nouvelle condition. Ou se démerder sans ses yeux.
Un éclair déchira le ciel à cet instant.
- Le Manoir du Crépuscule… répéta Kogoro d'un air pas convaincu, moi, je dirais plutôt Le Château de Dracula…
Red manqua de s'étouffer de rire au commentaire de Kogoro.
- Qu'est-ce qui te fait rire, Dawn ? demanda Conan.
- Mon cadre de référence, se contenta de dire Red sans développer. Je te raconterai plus tard, si tu aimes les histoires de cape et d'épée.
- Tu es sûr de vouloir y aller ? demanda Ran assez inquiète, à son père, sans écouter la conversation des deux enfants à l'arrière.
Le regard de Kogoro voulait tout dire :
- Quand on reçoit une invitation disant : « vous brillez par votre intelligence, aussi, nous vous convions à notre dîner » accompagnée d'une enveloppe contenant 2 millions de yens, tu penses que la question se pose ? Et toi, arrête de rire sale gosse !
Kogoro jeta un regard noir à Red qui se marrait ouvertement depuis le commentaire sur « l'intelligence » du détective. Le coup de coude dans les côtes de la part de Conan ne servit pas à grand-chose, outre blessé l'agresseur.
- A l'endroit où est inscrit le nom de l'expéditeur, tu n'as rien remarqué de bizarre ? demanda Ran.
Kogoro réfléchit un instant avec de répondre :
- Si, il y avait écrit : « celui que dieu a rejeté, le rejeton des illusion », enfin, un truc de ce genre-là.
- Oh ! C'est un magicien qui nous invite !? s'exclama Red avec un grand sourire en s'accrochant au siège de Ran pour se rapprocher.
- Un magicien ? Et puis quoi encore ?! Arrête de dire des bêtises et rassis-toi, sale gamin !
- Buuuu…
Red se laissa tomber en arrière dans son siège.
Immédiatement, Conan se pencha à son oreille.
- Tu as remarqué, n'est-ce pas ?
- Depuis le début, répondit tout aussi bas le pirate. Ça a l'air de t'amuser… j'en conclus que tu le connais et qu'il n'est pas dangereux pour l'original ou nous.
- Voyons ce qu'il a vu d'intéressant pour prendre sa place.
Conan afficha un sourire fin en se redressant, le mystère de cette affaire commençant déjà à l'enivrer.
- Tu as l'air décidé à y aller ; je te préviens, je n'apprécierais vraiment pas qu'on y rencontre Dracula, marmonna Ran.
Comment une fille aussi forte pouvait être aussi peureuse ? ça surprendrait toujours Red et Conan.
- Pff ! Dracula au Japon ? On aura tout vu ! On est au Japon, alors y trouver Yamanba, le monstre des montagnes, passerait encore, mais Drac-…
- Navré de couper, mais on fonce sur quelqu'un, avertit Red.
- Aaaah !?
Kogoro regarda enfin devant lui et vit une silhouette de petite taille en plein dans ses phares.
Il parvint à freiner de justesse, immobilisant la voiture avant qu'elle ne percute la grand-mère avec son parapluie et sa valise. Speak of the Devil, he shall appear. Kogoro avait invoqué Yamanba !
Conan baissa la fenêtre et s'adressa à la grand-mère en lui demandait ce qu'il lui arrivait.
- Comme vous le voyez… le moteur de ma fiat vient de lâcher… j'attendais que quelqu'un passe par ici.
Elle se tourna à moitié pour montrer la voiture derrière elle et s'approcha de la fenêtre de Kogoro qui avait retrouvé son calme.
- Vous vous rendez vous aussi à ce manoir ? Vous pourriez m'y emmener ? demanda la vieille.
- Euh… si vous voulez…
Il se détacha et sortit de la voiture pour ouvrir le coffre.
- Vous serez plus à l'aise à l'arrière sans votre bagage, surtout avec les deux marmots.
- Très bien.
Elle le suivit avec son parapluie et déposa sa petite valise dans le coffre. Conan ramassa la canne de Red et sortit avec.
- Hey, tu vas où avec ça ?! protesta l'aveugle qui réalisait que son arme prenait le large.
- Comme on est des enfants, on ne touche peut-être pas le sol, mais c'est pas le cas de la grand-mère, pointa Conan d'un air blasé. Range ça aussi, Kogoro-jissan.
Kogoro attrapa la canne que lui donna Conan et la rangea avec la valise avant de refermer le coffre. Le gosse se glissa au pas de course sur la banquette arrière pour s'assurer de bien séparer la grand-mère du pirate et sourit à la femme quand elle vint enfin s'asseoir.
- Papa ! Si on pouvait ne pas traîner, je commence à avoir très envie d'aller aux toilettes, souffla Ran d'un air embarrassé à son père alors que la vieille femme fermer sa portière.
La chose à laquelle la demoiselle ne s'attendait pas, c'est que la vieille femme lui réponde :
- Si je peux me permettre mademoiselle… le directeur de la petite école de ma ville disait la chose suivante : les personnes qui évoluent sont celles qui savent saisir leur chance ; quand on la laisse passer une fois, on peut s'attendre à ce qu'elle ne se représente jamais. Pourquoi ne pas avoir profité de votre halte à la station-service tout à l'heure pour vous soulager la vessie ?
Cela surprit tout le monde.
Comment cette femme savait-elle qu'ils étaient passés à la station-service ?
Sentant lentement la température grimpée, Conan pinça la main de Red dans son dos. Ok, il pouvait comprendre qu'il se sente menacé, mais pas de quoi s'énerver pour si peu, il y avait certainement une explication logique.
- Comment savez-vous que nous nous sommes arrêtés à la station-service ? demanda Conan.
- C'est très facile, mon petit… sourit agréablement la vieille femme. Le cendrier est vide, mais on a juste en dessous un mégot de cigarette fraichement tombé. Probablement parce qu'il était plein à ras bord. Notre conducteur est donc un gros fumeur… Pourtant, le cendrier est vide… phénomène explicable uniquement par le fait qu'il y a une station-service dix kilomètres d'ici. De plus, un gentleman qui s'arrête pour laisser monter une vieille dame dans sa voiture n'aurait pas la grossièreté de jeter ses mégots par la fenêtre devant sa fille…
Conan en resta bouche bée. C'était donc ça de se retrouver de l'autre côté d'une déduction !
- Mais qui êtes-vous bon sang ?! fit Kogoro, abasourdi.
- Je m'appelle Furuyo Senma. Tout comme vous, je suis détective. Nemuri no Kogoro, n'est-ce pas ?
WHAAAT !
- Vous êtes la célèbre détective qui résout les enquêtes, assise dans un confortable fauteuil, après avoir simplement écouté le récit des faits !? reconnut Ran. (Bêta : Hein ? C'est pas Miss Marple, ça ?!)
La vieille femme hocha la tête avec un petit rire.
Puis, elle se pencha vers l'avant pour prendre le cendrier.
- Pour l'heure, je prends votre cendrier… dit-elle en dépit des protestations de Kogoro. Comme ça, vous aurez l'amabilité de ne pas fumer devant moi, jusqu'à ce que nous arrivions au manoir ! Je déteste la fumée de cigarette plus que tout.
Cela fit rire Red.
Il ne présenterait certainement pas la vieille femme à Smoker !
Avec un soupir, il s'accrocha à l'appui-tête de Ran avec une moue.
- Nee-san… t'aimes les détectives toi ? demanda plaintivement le gosse.
Conan devait franchement applaudir le jeu d'acteur du pirate.
- Tant qu'ils sont pas aussi arrogants que Shinichi, ça me va, sourit Ran. Bon, c'est vrai que parfois, otosan prend la grosse tête, mais ce sont des choses qui arrivent. Et toi, tu aimes les détectives ?
- Nan. C'est des fouineurs ! J'aime pas les fouineurs !
- Ceux qui n'aiment pas les fouineurs sont ceux qui ont quelque chose à cacher, lui pointa Kogoro.
- C'est à cause de fouineurs sans scrupules que ma 'kaachan est morte, merci bien !
Conan attrapa Red par le col et le ramena sur son siège.
- Et si tu te calmais un peu et te décidais à rester tranquille, lui siffla Conan avec agacement pendant que Kogoro continuait le chemin en se dirigeant vers un pont en bois, assez solide.
- Ne t'en fais, petit aventurier, le manoir du crépuscule est devant nous ! rassura la vieille dame. Appuyez donc sur le champignon, mon garçon !
De près, le manoir avait l'air encore plus sinistre que de loin. Le crépi de ses murs avait l'air endommagé par endroit et les lieux respiraient l'abandon le plus total.
- Brrr… quand on le voit de près, on dirait vraiment la demeure d'un monstre, commenta Kogoro en déglutissant pendant que Ran filait à grands pas vers l'entrée du manoir.
Fallait la comprendre, elle n'avait qu'une idée en tête : se trouver des toilettes.
Conan venait ensuite, tenant un parapluie pour lui et Red. Kogoro suivait avec Senma, portant sa valise et celle de la vieille femme (Conan ayant un sac de sport comme Ran et Red) qui, en échange, l'abritait sous un autre parapluie. Ainsi, ils remontèrent le parking de la propriété, passant des voitures toutes plus luxueuses les unes que les autres.
- Mercedes ! Ferrari ! Porsche ! reconnut Kogoro en les dépassant sur le chemin. Il n'y a que des voitures de prestige…
Il s'arrêta au niveau d'une énième voiture et posa la main sur le toit de celle-ci avec ébahissement.
- Waouh ! Une Alfa Romeo ! La classe !
- Je t'interdis de poser les mains sur ma femme ! gronda quelqu'un derrière Kogoro qui se retourna.
Un homme d'une quarantaine d'années venait de lui parler, une cigarette au bec et un feutre posé de travers sur son crâne. Malgré la façon qu'il avait eu de parler à Kogoro, il avait l'air plus blagueur qu'autre chose.
- Cela m'a pris cinq ans pour arriver à acquérir cette magnifique jument… alors, tu comprends que je ne vais pas la laisser se faire tripoter par le premier venu… c'est compris, moustachu… ?
Senma rejoignit Kogoro à cet instant pour l'abriter de nouveau du parapluie.
- Oya ! Il y avait bien longtemps, Mogi-kun ! reconnut la vieille femme avec joie. Toi aussi, tu as été invité ? Et la santé ? J'ai lu dans les journaux que tu avais pris une balle la semaine dernière à Chicago…
- Pfff, c'est de l'histoire ancienne.
Ils entrèrent enfin dans le manoir à la suite de Ran.
- Tu t'es enfin décidé à fonder une famille ? demanda Senma. Si je ne m'abuse, tu auras quarante ans dans trois jours, non ? continua-t-elle en fermant son parapluie.
- Pff, je suis encore bien trop jeune pour penser à de telles choses… leur dit Mogi en s'éloignant. Ce qui m'intéresse pour l'heure, c'est de faire taire les cris de mon estomac avec un repas digne de ce nom.
Un gargouillement abominable fit sursauter tout le monde et Red baissa piteusement la tête, rouge comme une tomate.
Mogi éclata de rire, brisant l'embarras du gosse.
- Et je crois que le gamin est de mon avis ! Viens, allons voir si on peut trouver quelque chose à manger par ici !
Red s'orienta vers la voix de l'homme qui posa une main sur sa tête pour le guider. Alors qu'ils s'enfonçaient dans le hall, cherchant par où étaient les cuisines, ils se rapprochèrent d'un escalier. Mogi sentit nettement le gosse se raidir sous ses doigts et même si son visage était en grande partie caché par ses lunettes, on voyait assez le nez et les sourcils pour distinguer que quelque chose n'allait pas avec lui. Le détective allait lui en demander plus quand des cris les firent sursauter :
- QUOI ?! LE CUISINIER EST TOMBÉ MALADE ET NE POURRA PAS VENIR ?! POUR QUI ME PRENEZ-VOUS ?! SI JE SUIS VENU ICI, C'EST PARCE QUE JE ME FAISAIS UNE JOIE À L'IDÉE DE GOÛTER AU DÎNER QU'ON M'AVAIT ANNONCÉ ! rugit un homme bien en chair à l'adresse d'une servante.
- Je… je suis vraiment désolée… nous avons bien acheté tous les ingrédients nécessaires, mais… annonça nerveusement la domestique.
- BON ! MONTREZ-MOI LA DIRECTION DE LA CUISINE ! C'EST MOI QUI VAIS M'EN CHARGER ! LA BONNE CUISINE ET LES AFFAIRES CRIMINELLES, VOILÀ LES DEUX SEULS TRÉSORS QUI SONT CAPABLES D'ACTIVER MA MATIÈRE GRISE !
Et l'homme s'éloigna en grommela.
VLAM !
- Waaa ! Sumimasen ossan ! s'excusa piteusement Red en s'inclinant maladroitement après avoir fait trébucher l'homme avec sa canne.
Le quinquagénaire regarda Red, la canne, les lunettes, avant d'arriver à la conclusion évidente que le gamin était aveugle, donc, ne pouvait pas l'avoir fait exprès. Il se releva, lui dit que ce n'était rien et reprit sa route vers les cuisines, en silence cette fois, se contentant de retirer son nœud papillon.
Mogi regarda la main avec laquelle il avait guidé le gosse, puis le gosse en question qui se tenait à cinq bons mètres de là, essayant de parvenir à une conclusion logique sur comment il avait réussi à bouger aussi vite/discrètement et parvenir à renverser le râleur. Il esquissa un sourire et alla rejoindre le petit chenapan en même temps que Conan.
- Tu l'aimes vraiment pas, Oogami, n'est-ce pas ? nota avec amusement Mogi.
- Cette pauvre femme est humaine, il n'a pas à la traiter ainsi, surtout pour quelque chose pour laquelle elle ne peut rien, bougonna Red.
Il tira la langue dans la direction où était parti l'homme en étirant bien ses joues.
- Tu profites beaucoup du fait qu'on peut pas t'accuser de faire renverser volontairement les gens, je trouve, pointa Conan avec un sourire blasé.
Red haussa des épaules.
- Je me suis fait accuser de tellement de trucs pour lesquels je suis innocent, avant… c'est qu'un juste retour des choses.
Mogi ricana et s'accroupit pour se mettre au niveau des deux gosses, une main sur le crâne du pirate pour lui ébouriffer les cheveux.
- T'es un sacré chenapan, dis-moi. Sinon, c'est lui qui t'a rendu nerveux tout à l'heure ou autre chose ? Je t'ai senti te raidir et tu as froncé les sourcils.
Red se tourna vers Conan.
- Qu'est-ce que je disais ?! Fouille-merde ! J'aime pas les détectives ! bougonna le D.
Mogi le prit plutôt bien puisqu'il éclata de rire alors que Conan avait un soupir las. Red revint au détective et lui dit :
- Je sais que si je réponds à vos questions, d'autres suivront, des questions auxquelles je ne veux certainement pas répondre.
- Dawn a été retiré d'un gardien plus qu'abusif, expliqua Conan à Mogi.
C'était simple. Se baser sur l'histoire réelle de son ami et sur la version adaptée au grand public.
- L'homme a échappé au tribunal et en plus de ça, il cherche à le retrouver, continua le chibi-détective. C'est pour ça qu'il est si méfiant sur ce qui touche de près ou de loin sa vie privée et son passé.
- Je vois. Tu as ma parole d'honneur que je ne te forcerai pas à répondre à des questions te concernant, gamin… Dawn c'est ça ?
- Dawn D. Red. Oui, mon nom est bizarre et non, je n'en dirai pas plus dessus, grinça le pirate.
- Ok ok… alors, qu'est-ce qui ne va pas ici ?
Le gosse hésita visiblement, se mâchonnant les lèvres, avant de répondre :
- L'odeur est très vieille, mais elle a incrusté les lieux. Par exemple, c'est très fort par-là.
Il pointa le début d'un grand escalier de bois ancien avec sa canne.
- C'est un escalier, informa Conan.
- Et tu sens quoi ? demanda gentiment le détective adulte.
- Du sang… beaucoup de sang… presque autant que dans une boucherie. Je suis prêt à parier que c'est du sang humain… et il y a une odeur de fumette… de marijuana, je pense.
Mogi cligna des yeux.
Il mourrait d'envie de demander au gamin comment il connaissait l'odeur du sang humain et de cette herbe, mais déjà l'aveugle avait demandé à Conan s'ils pouvaient rejoindre Ran qui revenait vers son père. C'était un signe clair comme quoi la conversation s'arrêtait là.
- Et si vous nous expliquiez un peu pourquoi quatre détectives ont été invités à venir au fin fond des montagnes ? demandait Senma à l'instant où les deux enfants rejoignirent le groupe.
- En réalité, les détectives invités sont au nombre de six… leur dit la servante.
- Vous voulez dire que deux personnes doivent encore arriver ? se fit confirmer Mogi en arrivant à la suite des enfants.
- Oui, une femme et un adolescent…
Le mot adolescent fit immédiatement réagir Ran.
- Un adolescent… ? Mais alors… serait-ce Shinichi ?
- Mais non ! Il s'agit certainement de Heiji-nii-san ! réfuta Conan en essayant de ne pas avoir l'air nerveux.
Red se fit une note de prendre son camarade à part plus tard. Il devrait arrêter de faire ce genre de remarque, parce qu'à force, Ran finirait par se poser des questions.
- Pardonnez-moi, mais sur la liste qui m'a été confiée, aucun de ces deux noms ne figure, fit la servante. Kudô Shinichi-san n'a pas pu être joint, Kudô Yûsakû-san n'a pas pu venir à cause de ses éditeurs…
« Pour ne pas changer » songea Conan avec un sourire narquois.
- Quant à Hattori-san, sa mère a décliné l'invitation en raison de la proximité des tests scolaires de milieu d'année de son fils… le désistement de ces trois personnes m'a amené à inviter trois autres membres de la famille Mouri avec l'accord de mon employeur…
- Le père de Hattori-nii-san est de la police d'Osaka… il n'a pas été invité ? s'étonna Red.
- Non, il n'était pas sur la liste.
Conan fit immédiatement la connexion grâce à la question. Les deux autres invités devraient le confirmer, mais il semblerait bien qu'on avait pris des gens avec de bonnes compétences mais ne faisant pas partie de la police. Comme si on voulait tenir les forces de l'ordre à part.
Mogi regarda autour d'eux puis posa une question qui devait trotter dans le crâne de tout le monde :
- Bon. Et où est-il notre hôte ? Cet amoureux des détectives ?
- Je l'ignore, répondit la servante. Je ne l'ai moi-même jamais rencontré.
-Hein ? Et la liste dont vous parlez alors ?! s'étonna Kogoro.
- Elle m'a été remise lors de l'entretien que j'ai passé pour être femme de chambre, un entretien très étrange. C'était un bon travail, donc, il y avait beaucoup de candidats. Lorsque je suis entrée dans la salle réservée à l'entretien, je n'avais devant moi qu'un bureau avec un ordinateur, une explication du dîner et la liste des invités, mais il n'y avait personne. Tous les candidats qui étaient devant moi étaient sortis de la salle après avoir échoué, j'ai trouvé ça bizarre.
- Vous vous appelez comment ? demanda Red.
La servante fut surprise qu'on lui demande son nom, mais répondit qu'elle s'appelait Ishihara Aki.
- Aki-nee-san, est-ce que quelqu'un vous en veut à vous ou à votre famille ? demanda avec sérieux Red. Des ennemis, un ancien petit-copain, d'anciens camarades de classes, de lointains parents…
- N-non, ma famille est plutôt banale et sans histoire, balbutia la jeune femme avec surprise.
- Alors, vous ne savez pas pourquoi vous avez eu le poste ? s'enquit Ran.
- Non. J'ai suivi les instructions qui apparaissaient sur l'écran, j'ai lu les divers documents et tout à coup, j'ai vu un message apparaître : vous êtes engagée.
- Mais vous avez déjà entendu sa voix, n'est-ce pas ? Vous avez dit qu'il était d'accord avec votre proposition d'invitation, pointa Kogoro.
- En fait, nous avons réglé tous les détails en nous servant de la fonction e-mail de nos téléphones portables.
- Ah, très intéressant. Tout ça commence à me plaire, nota Senma.
Pas à Red.
Il ne comprenait pas les détectives.
Pour lui, tout indiquait qu'on voulait du mal à cette pauvre femme, et peut-être à eux par extension. Et à côté, les détectives étaient plus intéressés par le côté mystère de la chose !
- Pff ! fit Mogi. Moi, ça a commencé à me plaire dès que j'ai vu les traces étranges sur la porte d'entrée.
Red leva le nez pour sentir une étrange odeur chimique qu'il ne connaissait pas.
- C'est qu'il y a de drôle de marques, nota Ran en observant une étrange éclaboussure brune sur la grand porte à double battant.
- Fais attention, baby, ce sont certainement de vieilles traces de sang. Le nez fin des lieux l'a senti assez vite.
- Quoi ?! glapit d'effroi la lycéenne en s'éloignant immédiatement de la porte.
Conan regarda Red s'agiter, comme s'il cherchait à localiser quelque chose, avant qu'il ne s'immobilise telle une girouette qui indiqua à son ami où regarder.
- Sur les portes, ce sont des projections de sang qui se sont déposées en prenant un angle de 45°, informa une femme en aspergeant la rambarde de l'escalier avec du produit avant de le frotter de la manche de sa blouse blanche. Il n'y a pas que sur la porte ; sur le mur, il y a des coulures de sang et sur le sol, des gouttes. Il semble que quelqu'un ait essayé de les essuyer mais il y a de nombreux endroits dans ce manoir qui portent encore des traces de sang. A qui appartient ce sang ? A une, voire peut-être deux personnes ?
La femme cessa son travail pour regarder l'aveugle du groupe.
- Pour sentir une odeur aussi vieille, je pense même qu'on peut monter le nombre de possibles victimes. Il n'y a que cette solution pour que l'odeur soit à ce point incrustée, pour qu'un enfant humain puisse le sentir.
- La bizarrerie est l'histoire de ma vie, j'y peux rien, fit Red en haussant les épaules.
Conan applaudit mentalement la technique pour ce qu'elle était : une réponse sibylline parfaite pour esquiver les explications dangereuses sur son odorat presque animal.
Quelqu'un descendit de l'escalier. Un adolescent, de toute évidence. Et très bien renseigné.
- Du luminol, dit le nouveau venu. Lorsqu'on le vaporise sur des traces de sang, l'oxygène encore en activité dans le liquide sanguin change de forme et prend une couleur fluorescente bleu-violet. Vous avez du bon matériel, vous n'êtes pas une ex-enquêtrice de la police pour rien, Sôda Ikumi-san.
La femme se tourna vers l'escalier pour voir un faucon perché sur la rambarde. L'oiseau lui rendit son regard, puis décolla.
- Désolé de vous avoir surprise. Je ne sais pas si c'est parce qu'il m'accompagne toujours dans mes enquêtes quand je suis en Angleterre, mais on dirait qu'il s'est mis à apprécier le sang.
Le faucon vint se poser sur la main gantée du jeune homme aux cheveux blond.
- Mais ça valait la peine de revenir dans mon pays natal. Cet endroit est resté caché pendant de si longues années… je n'avais jamais fait qu'en entendre parler, un peu comme une légende ; le lieu de La Tragédie. Il a passé sa quarantième année et a pu enfin se montrer. C'est largement suffisant pour aiguiser mon excitation intellectuelle !
Alors que tout le monde s'exclamait sur l'idée d'une tragédie sur les lieux, Red maudissait l'idée d'Agasa de ne pas l'avoir laissé seul. On l'avait foutu au beau milieu d'une réunion d'intellos ! Il était un pirate, bordel ! Les seuls mystères qu'il aimait, c'était soit les histoires de fantômes ou les vieilles légendes de certaines îles, ou encore quand elles étaient présentées dans un bon roman ! Certainement pas quand il était question de la vie des gens !
- Bah, ce n'est pas la seule raison pour laquelle je suis venu ici, fit le lycéen. N'est-ce pas Watson ?
Apparemment, Watson était le nom du faucon.
Encore un autre fan de Sherlock Holmes dans la nature !
- Je ne me suis pas présenté. Je suis Saguru Hakuba, enchanté.
Le reste du groupe se présenta à son tour puis la servante les invita timidement à les suivre pour qu'elle les conduise à leur chambre respective avant de patienter dans le salon jusqu'au dîner.
Mogi faisait un billard avec Hakuba, pendant que Kogoro se faisait ratatiner aux échecs par Senma. Red était tranquillement dans un coin, concentré sur une feuille qu'il gribouillait avec application, pendant que Conan se faisait dépouiller royalement avec Ikumi par Ran, dans un jeu de cartes.
- Regardez ! fit joyeusement Ran en montrant son jeu. Une suite ! C'est encore moi qui ai gagné !
Cette femme était décidément imbattable.
- Attendez ! coupa Ikumi. Ce n'est pas bien de tricher, Ran-kun… regarde le valet ! Il y a deux cartes l'une sur l'autre, non ?
Ran regarda la carte en question dans son jeu et nota que en effet, il y avait deux cartes en une.
- Ah… oui c'est vrai… Mais je crois qu'elles étaient comme ça depuis le début.
Elle commit l'erreur de les décoller pour réaliser que ce qui les avait collés à la base… c'était du sang.
Le hurlement qu'elle poussa aurait réveillé une morgue.
Senma regarda les cartes.
- Tiens, tiens… là aussi, il y a du sang…
- La femme de chambre nous l'a dit, les objets de ce manoir sont restés en état depuis les évènements qui s'y sont déroulés, leur dit Mogi.
- Mais alors… dans le salon aussi, il s'est passé des choses tragiques… paniqua Ran.
Criiii…
- AAAAAAAAAAAAAAh ! hurla Ran en se jetant dans les bras de son père sous la frousse que l'ouverture de la porte lui avait causée.
Ce n'était que la servante qui eut le tact de ne faire aucun commentaire.
- Le diner est prêt. Monsieur vous attend dans la salle à manger.
Et elle y guida tout le monde.
- Le loup sort enfin de sa tanière, nota Mogi avec amusement.
- Je suis impatiente~ ricana Senma.
Et à côté, Ran disait qu'elle n'avait pas très faim bizarrement.
- Hey, Red-kun.
Red leva la tête vers Ikumi qui marchait en fin de file, à son niveau.
- Tu t'en sors ?
Red hocha la tête.
- C'était la première fois que tu dessinais depuis que tu as perdu la vue, n'est-ce pas ?
- Je préfère ne pas aborder le sujet, Nee-san. Surtout avec des étrangers.
- Fouineur de merde, je crois ?
L'ex-policière de la scientifique eut un petit rire devant les rougeurs de Red.
- J'ai souvent entendu ça dans le métier, ne t'en fais pas.
Red vira au rouge mais ne dit rien de plus.
Bien heureusement pour le pirate, ils étaient arrivés à destination. La servante ouvrit la porte à double battant de la salle à manger, laissant voir une table mise pour neuf personnes ; en bout de table, faisant face à la porte, dos à la fastueuse cheminée qui décorait la pièce, une silhouette était déjà assise, avec une capuche blanche à pointe lui masquant totalement le visage jusqu'aux épaules. Silhouette devant laquelle il n'y avait pas d'assiette, alors qu'en face de lui, à l'autre bout de la table, il y avait un couvert et une chaise.
- Chers Nobles Détectives ! Bienvenue dans mon manoir du crépuscule ! Asseyez-vous où vous voulez !
Alors que Red notait la voix dénaturée n'appartenant à aucun être vivant qui venait de parler, sans être rattachée à une aura disant que quelqu'un d'autre était ici, les détectives notaient que leurs noms étaient déjà mis sur les assiettes avec de petites pancartes en papier. Oogami arriva à cet instant dans la pièce en souffla à la servante qu'elle devait apporter les plats dans l'ordre qu'il lui avait indiqué.
- Si je vous ai réunis dans ce manoir, c'est parce que je souhaite que vous retrouviez un trésor qui y est caché, continua leur hôte. Recherchez les millions que j'ai amassés pendant de longues années, au péril de votre vie !
- Au péril de notre vie ?! répéta Kogoro.
BOUM !
Quelque chose au dehors explosa.
- N'ayez aucune crainte, continua leur hôte. Je n'ai fait que couper votre retraite.
A ces mots, Conan jeta un regard agacé à Red qui s'était mis à grogner comme un animal sauvage.
- Vous voulez dire que les voitures…comprit Kogoro.
- Je suis toujours dans la position de celui qui est pourchassé, que ce soit par vous, ou par la police. J'ai eu envie d'inverser les rôles pour une fois. Même si vous aviez garé votre voiture ailleurs, le pont que vous avez traversé pour venir jusqu'ici n'existant plus, vous n'aurez de toute façon pas pu vous enfuir. Bien entendu, il n'y a pas de téléphone et la zone n'est pas couverte pour les téléphones portables. Le jeu est simple : celui ou celle qui trouvera le trésor connaitra le moyen de sortir d'ici et en recevra la moitié. Une seule et unique personne. Cela vous plait-il ?
Mogi, qui avait été positionné à la droite de leur hôte, se leva de son siège.
- Pff, moi, je n'aime pas les vermines de ton espèce ; les types qui se cachent derrière un masque !
En disant ses mots, il arracha la capuche de leur hôte, dévoilant qu'il s'agissait d'un mannequin, avec, à la place du visage, un haut-parleur.
- Bon ! On ne fait pas de bon travail le ventre vide, alors, savourez autant que possible votre dernier repas.
De dépit, Mogi jeta la capuche sur le mannequin.
- Mais vous êtes qui au juste ?! demanda Kogoro.
- Comment ? s'étonna faussement Ikumi qui était en bout de table. Mouri-san, vous êtes venu ici sans savoir qui vous avait invité ? C'était pourtant bien écrit sur le carton d'invitation : Celui que dieu a rejeté, le rejeton des illusions.
- « Les illusions », continua Mogi d'un air sombre. Autrement dit, le fantôme, une apparition divine ou maléfique, un être sans corps propre.
- Le rejeton est par essence celui que l'on ne désire pas, poursuivit Senma. C'est très souvent une référence à une espèce animale.
- Dans le nouveau testament, on appelle brebis égarées ceux qui n'ont pas eu droit à la clémence de Dieu. Ici, nous avons une phrase qui désigne le fils de ces brebis. En anglais, la brebis se dit goat et son petit s'appelle… poursuivit à son tour Oogami.
- Le Kid, acheva Hakuba avec un étrange regard.
- Quoi ?! s'étrangla Kogoro.
- Les choses sont-elles plus claires désormais ? demanda Hakuba d'un air suffisant au détective Mouri. Kid, the Pantom Thief.
Cela fit sourire férocement Conan.
Celui qui ne lâche pas sa proie, un utilisateur de techniques sophistiquées de tours de magie.
Le génie criminel aux milles visages et aux mille voix, celui qui se joue de la police.
Le plat principal que nous attendons avec impatience, celui qui nous fait saliver.
Le Seigneur maléfique que nous rêvons tous de jeter en prison.
- Enfin, celui qui me rend presque fou, nota Hakuba. Le seul au monde. Celui qui déploie ses blanches ailes lorsque tombe l'obscurité et que les gens appellent… Kaitou Kid. Kid l'Insaisissable !
Le radar du pirate s'enclencha.
Il déglutit, essayant de masquer la fébrilité qui le prenait.
Il sentait un véritable défi se présenter à l'horizon. Il fallait qu'il se renseigne un peu plus sur ce Kid…
Un sourire maniaque étira ses lèvres.
Conan et Hakuba, chacun dans leurs pensées, ne virent pas sa tête.
Mais ça ne les empêcha pas de sentir un étrange frisson d'inquiétude dans leur échine. Comme si quelque part, ils avaient commis l'erreur de dire à un enfant comment braquer efficacement une épicerie pour avoir toutes les confiseries du monde.
Un très mauvais pressentiment.
