Salut à tous !
Pour vous consolez de cette rentrée, parce qu'on est jamais heureux de remettre les pieds en cours ou à l'école, eh bien, voici un petit chapitre de Cadre de Référence !
Et on va mettre Red en PLS et envoyer la tête rationnelle qu'est Mitsuhiko faire des bêtises.
Yep.
Mes remerciements à Furukawa Toshio pour cette perle qui poignarde l'orgueil bien enflé de Hiken. Vraiment ! M'enfin.
Merci à Arya d'être encore une fois au rendez-vous et pour répondre à son commentaire :
- Non, je ne veux pas de chat en plus, j'ai bien assez avec Mikazuki et fais gaffe à pas te perdre dans la galaxie des yeux du chat le plus innocent du monde. / Je pense que ce qui rend Red "mignon", c'est qu'il fait le rustre, le dur et celui qui encaisse tout, mais quand il craque, c'est du sérieux, et comme pour l'instant, c'est qu'un gosse, on ne peut que le prendre dans ses bras pour le rassurer. / L'Himalaya sera un peu inconfortable mais avec Hiken, t'auras pas froid. / Takagi est celui qui a le courage de poser les questions, dirons-nous. Et aussi, Red est moins discret que Conan./ il aurait pu finir par craquer et hurler, oui. Et c'est ce qui pourrait se passer s'il se retrouve ainsi prisonnier de la foule./ ben concernant le Haki, soit Ace était juste pas doué dans l'apprentissage, soit c'était un gros flemmard à ce niveau (assez surprenant parce que les autres commandants lui auraient botté le cul pour ça), soit il avait un blocage psychologique qui associer le Haki à Roger et donc qui l'empêchait de l'apprendre. Ce sont les seuls raisons que je vois. Pas d'explication officiel, donc, t'en fais ce que tu veux ! / Le Zoro perdu a rendez-vous ailleurs avec P-chan pour ceux qui le connaisse. / je suis de ceux qui attendent la suite de ta fic !
Sur ce, je vous envoie toutes mes ondes positives et à bientôt !
« On lève les bras et on s'étire très haut, très haut~… un, deux, trois~… » disait la radio derrière le moniteur qui faisait face à la foule de vacanciers restés sur place durant les vacances d'été.
Dans la cour de l'école où cela avait lieu, Conan était dépressif pendant qu'il suivait les exercices.
S'il avait été au lycée, il aurait profité pleinement de ses vacances d'été, alors que là, il était coincé entre des vieux et des gosses à faire de la gymnastique. Sans compter qu'il avait déjà mal partout à cause de l'entraînement que lui faisait suivre Dawn.
Jetant un regard de coin à l'aveugle à côté de lui (qui le séparait de Haibara) qui baillait comme un chat, Conan se dit qu'il n'était pas le seul qui regrettait d'être là.
Et bien entendu, le manque d'enthousiasme des deux bruns ne passa pas inaperçu.
- Hey ! Vous pourriez faire ça un peu plus sérieusement ! rouspéta Genta sur sa droite avec Ayumi.
- La gymnastique radiodiffusée est une des traditions incontournables des vacances d'été ! renchérit Ayumi.
- Je préfère encore me faire poursuivre par mon abruti de Jiji plutôt que d'être ici. Chiotte ! Thatch avait un super parcours de Free Runing en vue pour ma rééducation ! grommela Red en continuant les exercices.
- Tu as entendu Ayumi, c'est une tradition in-con-tour-nable, marmonna Conan de mauvaise grâce.
Le reniflement narquois de l'aveugle disait qu'il partageait son sentiment. Certainement pas pour la même raison, mais le résultat était le même. Ils se faisaient chier.
- Elle a raison, intervint Haibara sur leur gauche. Si vous ne faîtes pas d'exercice physique tous les jours, vous le regretterez quand vous serez vieux. Une tension trop haute, un taux de sucre trop important dans le sang, un taux de cholestérol élevé sont autant de causes des dommages des vaisseaux sanguins du cerveau et des affectons pulmonaires chroniques !
Le discours fit paniquer Agasa qui se mit sérieusement à l'exercice sous le sourire moqueur de Conan. Oui, le vieux scientifique bedonnant avait tout intérêt à bouger un peu.
Ils passèrent à des petits sautillements alors que Genta demandait la signification de « inconfortable » à Ayumi.
- Tradition incontournable ! rectifia la fillette. Ça veut dire que c'est essentiel car elle marque le début de l'été.
- Incontournable en lui-même veut dire que tu ne peux pas le louper, précisa Red d'une voix lasse alors qu'ils se penchaient vers l'avant pour toucher leurs orteils (chose qu'il fit aisément).
- C'est comme ce que disait le professeur au retour du feu d'artifice ! A notre époque, il y a de moins en moins d'évènement de ce genre dans les grandes villes… tout ce qu'il reste aujourd'hui, ce sont les feux d'artifices et la gymnastique radiodiffusée !
- En parlant de choses qui sont rares, embraya Haibara en se redressant pour faire travailler le bassin. Il est encore absent aujourd'hui.
- Mitsuhiko ? C'est pas son genre, nota le D en étirant les bras sur le côté.
- Je me demande ce qu'il a, s'inquiéta Ayumi. C'est vrai que ça lui est déjà arrivé de ne pas venir plusieurs fois, mais là…
- A mon avis, il préfère rester chez lui pour dormir ! accusa Genta.
Red allait lui faire une remarque acerbe quand il fut pris d'une crise.
Conan sortit du rang pour tirer son camarade hors de la rangée afin de l'asseoir contre le tronc d'un arbre à proximité, avant de revenir reprendre les exercices.
- Foutu chanceux, il peut dormir quand il veut, marmonna Genta en regardant leur ami assoupi.
- C'est quelque chose de très gênant, Genta-kun, lui dit Haibara. Sans parler de quelques crises de cataplexie qu'il masque extrêmement bien, c'est en grosse partie ce qui cause son manque d'attention et ça peut aussi entraîner des troubles de mémoire sur le moment. Je ne parle même pas des hallucinations qu'il subit au réveil qu'il sort une à deux fois par semaine. Tu crois toujours que s'endormir dans les moments les plus inopportuns est quelque chose de bien, Genta-kun ? Je te rappelle aussi que même s'il se débrouille très bien, il est tout de même aveugle.
Genta se mit à grommeler dans sa barbe inexistante quelque chose d'inidentifiable.
- Contrairement à Genta qui semble penser que la narcolepsie serait une bonne excuse pour paresser, Mitsuhiko n'est pas de cette espèce, pointa Conan en revenant au sujet initial. C'est bizarre venant de lui.
- Nous n'avons qu'à lui rendre visite après nos exercices… il a peut-être attrapé une grippe d'été, supposa Agasa qui avait clairement plus de mal que les enfants avec ces exercices.
La sœur de Mitsuhiko n'était pas du style à se faire du souci.
Elle était persuadée que son petit-frère était parti à l'école pour la gym estivale et qu'ils devaient ensuite partir en camping. Après tout, hier soir, il avait préparé soigneusement son sac avec plein de feuilles de bambou séchées pour tous ses amis.
Et comme il était toujours avec eux, elle ne s'était pas fait de souci.
Elle leur laissa néanmoins aller voir la chambre de Mitsuhiko, puisqu'il y avait plein de mémo en général. Sauf que là, ben il n'y avait rien, et même sa tirelire avait foutu le camp (à cet instant, Conan avait jeté un regard suspicieux à Red qui semblait avoir toujours de l'argent dans les poches sans qu'Agasa ne lui en donne, mais l'air vexé du D. devant l'insinuation silencieuse l'avait disculpé).
Cependant, l'idée que Mitsuhiko prenne des provisions de nourriture et son argent disait qu'il avait l'intention de partir loin. Et ça ressemblait à une fugue.
A ça, la sœur du gamin avait été ultra excitée, trouvant la situation ultra rocambolesque et digne de la télévision.
Sacrée erreur de réaction.
En examinant un peu plus les affaires de leur ami, Conan vint à une conclusion certaine : c'était prévu de longue date. Après tout, il s'était absenté tous les dimanches de la gymnastique.
- Peut-être qu'il avait des rendez-vous avec une fille ? proposa Genta.
- Mais non, lui dit Ayumi avec un sourire.
- Même si j'avais voulu dire que tu es assez cruelle en songeant que Mitsuhiko n'a aucune chance de décrocher un rendez-vous avec une fille, je dois accorder que c'est pas le cas, soupira Red en se frottant le front. Avec son caractère, il aurait été une boule de nerfs la veille, ça ne serait certainement pas passer inaperçu, surtout à son âge.
- Maintenant que vous le dites, il m'a raconté qu'une fille de l'école, deux classes au-dessus de vous et qui aide ses parents le dimanche dans leur magasin de fleurs, lui avait dit qu'il était mignon, se rappela la sœur.
- Ah bon ? s'étonna Ayumi.
- Elle l'a peut-être invité à la mer…
- Pourquoi la mer ? demanda Conan.
- Hier soir, il est venu m'emprunter ma crème de protection solaire ! je l'ai achetée par correspondance, c'est une crème de marque étrangère !
Elle adressa un regard noir à Red quand il marmonna quelque chose comme « les femmes et le maquillage ». Cependant, l'idée de voir Mitsuhiko à la plage avec une fille à manger des feuilles de bambous semblait ne pas cadrer avec le personnage pour la majorité du gang.
- Vous êtes d'une méchanceté avec lui, pointa Red en croisant les bras sur sa poitrine, sa canne accrochée dans son dos.
La mère de la famille se manifesta, rappelant à la fille aînée qu'elle avait une leçon de piano sous peu, chose à laquelle la demoiselle répondit par « oui mère ».
- Nos parents sont tous les deux enseignants et sont très à cheval sur le langage ! expliqua la demoiselle.
- Ah, c'est pour ça que je trouve qu'il parle d'une façon aussi coincée, comprit Red.
- Non, c'est toi qui est extrêmement vulgaire, lui répliqua Haibara.
- J'ai pas choisi la catégorie socio-professionnelle de ma nounou.
Ils prirent congé de la famille avec la promesse d'avertir la sœur s'ils avaient du nouveau, parce que les histoires d'amour de son petit-frère, ça l'intéressait.
- Pour quelqu'un dont le petit-frère est parti sans rien dire à personne, elle n'est pas vraiment inquiète, nota Agasa.
- Pas vraiment non, soupira Conan avec lassitude.
Durant le détour chez le fleuriste, ils apprirent de la fillette que Mitsuhiko passait assez régulièrement, mais qu'aujourd'hui, elle ne l'avait pas vu. Cependant, jeudi dernier, elle l'avait vu à l'arrêt de bus sur le chemin de la gym et il était en train de se faire gronder par des adultes. Apparemment, on lui avait dit qu'il ne fallait pas prendre quelque chose avant que les deux hommes ne prononcent le nom d'une paire de vieux samurais. La fillette eut le malheur de citer Tokugawa comme possibilité et ce fut reparti pour un tour avec le légendaire trésor des Tokugawa. Ayumi et Genta se mirent à supposer que Mitsuhiko était parti à sa poursuite et en avait deviné l'emplacement.
- C'est ça et moi je me balade avec le One Piece au fond de mes poches, marmonna Red en roulant des yeux. Soyez sérieux, les gosses.
- One Piece ? demanda Conan avant de se raviser. Si c'est une longue histoire, je veux pas savoir.
- Et j'aime pas la raconter, même si elle fait partie de mon histoire personnelle. Demande à Thatch. Il est meilleur compteur que moi, surtout qu'il était déjà dans le milieu à l'époque alors que j'étais dans le ventre de ma mère, très certainement ou en projet de conception.
- Mitsuhiko a disparu ? s'enquit l'apprentie fleuriste.
- Oui, lui confirma Haibara. Il semble qu'il soit parti quelque part tôt ce matin.
- Mais alors, c'est peut-être lui que j'ai vu ce matin… réfléchit la demoiselle. A l'arrêt de bus dont je vous ai parlé, il avait une casquette enfoncée sur le crâne et des provisions en main. C'était un garçon avec une drôle d'odeur. Il lui ressemblait, alors, je l'ai appelé mais il est monté dans le bus sans réponde.
- Une drôle d'odeur ? répéta Conan.
- Oui, comment dire… on aurait dit une odeur de citron acide !
- Une odeur de citron ?
- Citronnelle ? proposa Red.
- Oui, c'est ça !
- Donc, où qu'il soit allé, il craignait les moustiques, comprit Conan.
Ils se renseignèrent sur l'arrêt de bus en question et s'y rendirent afin d'interroger le chauffeur de la ligne qui en les voyant poser des questions leur avoua qu'il s'était douté que le gamin avait fait une fugue vue comment il s'était assis à l'arrière sans même regarder par la fenêtre, comme plongé dans ses pensées ou avec l'envie de cacher quelque chose.
Et apparemment, il était descendu devant la gare de Beika.
Là-bas, il s'avéra que Mitsuhiko avait marqué les esprits en s'étant trompé dans l'achat de ticket. Il avait pris un billet tarif adulte et non enfant à la borne automatique. Pour le coup, tout pressé, il s'était présenté au comptoir en demandant à ce qu'on le lui change.
Pressé comme s'il était poursuivi par quelqu'un.
Avec le tarif du ticket, il fut possible de savoir vers où il se rendait : Gunma ou Chiba.
Le soleil se couchait sur la campagne perdue de Gunma où, grâce à quelques informations, ils avaient compris que c'était ici que leur ami s'était rendu. Sans compter qu'à présent, Conan recevait le signal du badge de Mitsuhiko.
C'est dans ce genre de situation que Red aurait voulu avoir Stefan avec lui, ou au minimum Iro.
- Puisqu'il a son badge, on n'a qu'à l'appeler ! proposa Genta.
- C'est ce que je fais depuis tout à l'heure mais il ne répond pas, rabroua Conan qui insistait avec son badge. De toute façon, avec mes lunettes radars, on ne va pas mettre longtemps à le retrouver.
- Mais ça ne t'intrigue pas ? demanda Haibara. Un garçon sérieux et prudent comme lui, qui vient tout seul dans ces montagnes sans nous prévenir… Je me demande pourquoi.
- Vous croyez qu'il a fugué ? s'inquiéta Ayumi.
- Il a pas intérêt ! Sinon, il va comprendre de quel bois je me chauffe, gronda Red en commençant à retrousser les manches de son sweat.
Haibara lui donna une tape sur les mains pour le rappeler à l'ordre.
Oui, montrer ses tatouages à tout le monde n'était pas une bonne idée s'il avait un corps d'enfant.
- Inutile de dramatiser ! essaya de rassurer Agasa. C'est sûrement une raison beaucoup moins grave qu'on ne le pense ! Il a peut-être suivi une fille pour qui il a eu le coup de foudre et comme ça, il est arrivé jusqu'ici en flânant !
- Un coup de foudre ? répéta Conan d'un air dubitatif.
- Vous savez ce qu'on dit ! Le premier amour a un parfum de citron !
…
- Bon, allons-y, marmonna Conan en ouvrant la marche, suivi par le reste des enfants qui regardaient le vieux professeur en se demandant d'où il sortait.
Red étirait ses sens au maximum, cherchant le moindre signe de vie humaine alors que Conan les guidait avec ses lunettes radars. Le badge de Mitsuhiko sonnait, mais il ne répondait pas. Le tout était de parvenir à le repérer avec le son, mais ils étaient trop loin pour l'entendre.
- Il y a des gens par là-bas ! indiqua Red en pointa sa canne dans une direction un peu plus loin. Des adultes. Une dizaine. Ils sont nerveux.
- On devrait aller leur demander s'ils ont vu Mitsuhiko, proposa Ayumi.
Les enfants se mirent à courir vers le groupe d'adultes tout juste discernable dans le crépuscule de la forêt de Gunma, avant que Conan ne commence à reconnaître des visages et surtout des uniformes.
- Vous êtes l'inspecteur Yamamura de la police du département de Gunma ! s'exclama Conan quand ils rejoignirent enfin le groupe d'adultes.
Entre le groupe de policiers, il y avait deux gradés, dont le fameux inspecteur Yamamura, qui n'avaient, eux, pas d'uniforme.
- Tiens ? Mais c'est le gamin qui est toujours avec le détective Mouri ! reconnut Yamamura.
Personne, outre Haibara, ne vit la réaction de Red quand l'inspecteur se mit à parler. Le garçon s'était raidi comme une planche avant de tourner la tête si vite vers l'homme qu'elle était persuadée qu'il se serait dévisser le crâne dans d'autres circonstances, les yeux comiquement écarquillés sous la surprise. Quoi qu'il ait remarqué en dépit de sa cécité, ça avait dû le choquer énormément pour qu'il perde sa poker face ainsi.
- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? demanda Conan avec perplexité.
- Comment ça ?
Conan fut attrapé par un pan de son tee-shirt et tendu à bout de bras à Agasa.
Il détestait ça.
- Vous êtes dans une zone dangereuse ! Votre place n'est pas ici ! Alors, sortez de cette forêt !
Haibara se demandait vraiment ce qui n'allait pas avec Red et Yamamura. Vraiment. Le D. venait de virer au blanc. C'était très intéressant.
- Que se passe-t-il ? Il y a un ours ou quelque chose comme ça ? demanda Agasa en récupérant Conan pour le poser à terre.
- S'il y a un ours, j'en connais un qui va s'amuser, grommela le petit détective.
Il s'attendait à un commentaire de Red, mais rien ne vint. Le garçon était toujours en état de choc.
- Un ours ?! Pff ! C'est bien pire que ça ! leur dit l'inspecteur
- Ah bon ?
- En réalité, un de mes supérieurs a laissé échapper un dangereux criminel lors d'une reconstitution…
Cette fois, du blanc Red passa au vert et porta une main à ses yeux aveugles. Conan regarda Haibara plaquer ses propres mains sur sa bouche, comme pour ne pas rire. Ça rendit le petit binoclard encore plus perplexe.
- Qui donc ? demanda Agasa sans s'occuper de ce qu'il se passait à ses pieds.
- Numabuchi Kiichiro… le tueur en série, répondit Yamamura sur le ton de la confidence dramatique.
- QUOI !
Conan se souvenait que trop bien de cet homme qui, durant un séjour à Osaka sous l'invitation de Heiji, l'avait poignardé dans le ventre. Il y serait passé si son ami ne lui avait pas confié son omamori qui avait intercepté la lame en grande partie, le laissant avec une légère plaie mais rien de grave. Ce fut avec une panique compréhensible qu'il essaya de nouveau de contacter Mitsuhiko mais toujours aucune réponse du gamin qu'ils cherchaient.
Bien entendu, ils durent expliquer à Yamamura la situation.
Ce qui mena à la panique.
- Un enfant ?! Seul ? Dans la forêt ?! Dans cette même forêt où se cache un dangereux criminel ! glapit l'inspecteur blanc comme un linge.
- Oui, confirma Agasa d'un air grave.
- Mais il fallait pas le quitter du regard ! C'est vous qui l'avez emmené ici, hein ?!
- BOUCLEZ-LA !
Yamamura ferma la bouche et regarda le gnome à ses pieds qui exsudait une aura plus que meurtrière.
Si intimidante malgré la taille de l'enfant que l'homme adulte recula de quelques pas.
- Red-kun, ce… commença Agasa.
- Déjà qu'entendre cette voix utilisée par une lopette est humiliant, si en plus il accuse quelqu'un qui est pas responsable, alors, ça va mal aller ! gronda le petit pirate.
La voix ?
Cela fit un déclic dans le cerveau de Conan et il comprit pourquoi Haibara se marrait tout à l'heure et la réaction de Red devant les dialogues de l'inspecteur : ils avaient exactement la même voix. Enfin, plutôt, Yamamura partageait la voix du pirate sous sa forme adulte et non enfantine.
Ce qui devait vexer énormément le petit criminel, surtout quand l'homme n'était pas un exemple de courage.
- Qu'est-ce que… commença l'inspecteur. C'est quoi ce gosse ?
- Ce gosse en a plus dans le pantalon que vous n'en avez !
- Dawn ! Surveille comment tu parles ! rabroua Conan.
- Pas question ! Ce con a le culot d'utiliser cette voix en ayant les chocottes et en plus, il accuse sans savoir alors que Mitsuhiko est venu ici tout seul, sans rien dire, comme le premier des idiots ! C'est un miracle qu'on ait réussi à retrouver sa trace grâce à ces puhhmmmmmmm !
Conan se décida de bâillonner Red.
Il valait mieux avant qu'il n'envenime la situation.
- C'est quoi son problème ? demanda avec perplexité Yamamura.
- Votre voix lui rappelle son modèle, répondit Haibara.
Si la situation n'état pas aussi sérieuse, elle aurait ri.
- Le fait est que c'est exact, c'est en interrogeant les gens qu'on a compris que Mitsuhiko était venu ici seul. On sait grâce au signal émis par son badge de détective qu'il est ici car Edogawa le repère dans ses lunettes radars, expliqua Haibara.
- Un badge de détective… des lunettes radars.
L'inspecteur se mit à rire, faisant monter clairement la moutarde au nez de Red. Il ne pouvait pas supporter d'entendre sa voix, son propre rire chez quelqu'un d'autre, surtout un gars qui en deux lignes de conversation lui semblait être un con de première.
- Moi aussi, lorsque j'étais enfant, on m'avait offert la panoplie du parfait petit détective ! leur raconta en riant l'homme en s'appuyant sur ses cuisses afin de se rapprocher un peu plus des enfants. Il y avait aussi un feutre à l'encre qui s'efface, une carte magique clignotante ou encore…
Il continua de citer des gadgets pour gamin sous le regard dubitatif de la bande, Agasa y compris.
- Et puis un jour, je me suis mis à réfléchir. Je me suis demandé à quoi tout ça pouvait servir dans une vraie enquête.
Red brandit sa canne vers Yamamura, manquant de l'avoir sur le crâne au passage.
- HEY ! Regarde ce que tu fais avec ton jouet, gamin ! protesta l'inspecteur.
- Edogawa, je peux le taper ? demanda avec espoir Red en montrant vaguement de sa canne l'inspecteur.
- Allons, allons, Red-kun, ce n'est pas nécessaire, tenta d'apaiser Agasa.
- Fais-le et ça ira dans la liste de ce qui doit remonter à Marco-nii-chan, avertit Conan avec un regard noir pour l'aveugle.
- Bon ! fit l'inspecteur en cessant de déconner. Quoi qu'il en soit, le moment est mal choisi pour jouer à « Détective Cache-cache » dans cette forêt ! Trouvez un autre endroit pour cela !
Et il commença à repousser tout le petit monde hors de la zone.
- Mais c'est vrai, monsieur l'inspecteur ! protesta Ayumi.
- Mitsuhiko est réellement dans cette forêt !
- Dans ce cas, montrez-moi un peu ces lunettes radars, marmonna le policier, pas du tout convaincu.
Conan retira ses lunettes en lui montrant où appuyer sur la branche… pour réaliser qu'il n'avait plus de pile.
- Où est l'arbre le plus proche ? demanda Red à Ayumi alors que Conan et Agasa étaient en pleine panique.
- Pourquoi ? demanda la fillette.
- Parce que devant tant de conneries, j'ai qu'une envie, c'est me taper la tête contre un mur, et comme il n'y en a pas, je dois faire avec un arbre.
C'est cet instant que choisi le supérieur de Yamamura pour se manifester, rappelant à l'inspecteur que c'était de sa faute si leur homme s'était barré et qu'il devait mettre un peu plus de sérieux. Et c'était effectivement de la faute de ce brave homme si on avait un criminel dans la nature, ça lui apprendrait à le quitter des yeux.
Le groupe se remit à arpenter la forêt de leur mieux, suivant le souvenir de Conan de la vague direction dans laquelle il se rappelait avoir vu sur le radar le badge de Mitsuhiko. Et tout le monde appelait le gamin alors que l'équipe de recherche pour le criminel était partie de son côté.
- Vous allez continuer encore longtemps ? demanda Yamamura. A mon avis, le gosse est rentré chez lui !
Il leur dit ça avec un sourire, une pointe moqueuse largement perceptible dans la voix.
SBAM !
- WAAAAH !
Yamamura finit à terre, les quatre fers en l'air, après avoir reçu un coup de la canne d'aveugle de Red dans les jambes.
- Fais attention avec ton jouet, gamin ! rouspéta Yamamura.
- C'est pas un jouet, c'est une canne blanche, espèce d'incompétent, gronda Red en montrant les dents à Yamamura.
Haibara eut un soupir et éloigna le mini-pirate de l'inspecteur.
L'homme se releva en grommelant dans sa barbe, avant de mettre ses mains sur les hanches, commençant en avoir assez de ce groupe de touristes qui se baladait dans une zone dangereuse.
- Allez ! Il est temps de rentrer, avec la nuit qui tombe, même moi qui connais bien cette forêt, je risque de me perde.
- Nous avons ce qu'il faut ! assura Ayumi en aveuglant presque Yamamura avec la fonction lampe de torche de sa montre.
- C'est dingue les jouets qu'ils font maintenant…
- Ce ne sont pas des jouets ! rouspéta Genta.
- C'est le professeur qui les a faites pour nous, ces lampes !
Yamamura lança un regard perplexe à Agasa qui confirma :
- Oui, ce sont des inventions que j'ai fabriquées pour eux ! C'est aussi le cas des badges, de la canne blanche et de la paire de lunettes !
- Mais alors… réalisa Yamamura avec un sourire nerveux. Vous voulez dire qu'il y a vraiment un garçon tout seul dans la forêt ?
- Je me tue à vous le dire ! s'énerva le scientifique.
- POURQUOI VOUS NE L'AVEZ PAS DIT A MON SUPERIEUR TOUT A L'HEURE !? s'égosilla l'homme contre le vieillard.
- Je vous l'avais dit à vous, alors…
Panique à bord pour Yamamura qui se mit à fouiller ses poches à la recherche de son téléphone pour avertir son chef… et réaliser qu'il l'avait oublié dans la voiture.
De désespoir, il se laissa tomber par terre, à genoux.
- C'est… c'est terminé… souffla-t-il, les larmes aux yeux. Non seulement je laisse s'échapper un prisonnier, mais en plus je n'ai pas prévenu mon chef qu'il y avait un enfant dans la forêt… c'est la porte assurée ! J'ai toujours voulu devenir policier ; j'adorais les feuilletons policiers, mais apparemment, je ne suis pas fait pour en être un.
- Pas du tout ! s'exclama Conan. Vous avez déjà oublié toutes les affaires que vous avez résolues par le passé ?! L'affaire Yabuuchi ! Celle de Karuizawa ! Et même celle de la forêt de Kashiragami ! Vous avez été brillant à chaque fois !
Bon, Conan ne précisa pas qu'en réalité, c'était soit lui, soit son père derrière la résolution, mais le tout était de remonter le moral de leur guide.
- D'ailleurs, on dit souvent que les gens intelligents ont un grand front ! Comme Red-kun ! annonça joyeusement Ayumi.
Conan manqua d'éclater de rire mais il était certain que Red l'avait entendu. Oui, l'un comme l'autre avait des fronts assez larges. Et Conan était presque certain que ce devait plutôt être un signe de stupidité.
La preuve en était que quand il se releva, requinqué comme il fallait, on voyait parfaitement qu'il avait trop regardé la télévision.
- Désormais, dit-il avec une voix dramatique, vous n'aurez qu'à m'appeler Yama tout court.
- Tuez-moi, gémit Red.
Conan l'ignora, essayant en vain de joindre Mitsuhiko qui ne répondait toujours pas à son badge.
Haibara supposa même qu'il se soit déjà fait tuer. Tout le monde paniqua devant le commentaire froid et radical de la demoiselle, mais il était logique.
- Numabuchi Kiichirô est un criminel qui a traversé les régions du Kantô ; Tôhoku et Kiniki en trois jours en perpétrant plusieurs meurtres, c'est donc une hypothèse à envisager, non ? pointa-t-elle.
- Tu es bien renseignée, nota Conan.
- Moi aussi je suis au courant. Il a tué trois personnes, souffla Agasa avec gravité.
- Quatre ! rectifia l'inspecteur. Quatre personnes ! Lors de l'interrogatoire, il l'a avoué ! La quatrième victime serait enterrée dans cette forêt qui est la terre natale de sa mère. C'est pour ça que nous sommes venus d'Osaka pour la reconstitution. Numabuchi n'a pas bonne mémoire et nous avons creusé à maintes reprises sans rien trouver. Les policiers d'Osaka nous ont confié, à mon collègue et moi, le prisonnier pendant qu'ils déjeunaient et c'est là que…
- Qu'il en a profité pour s'enfuir, termina Agasa.
- Il avait dû prévoir ça depuis le début ! pointa Genta.
- Pourtant, son attitude ne le laissait nullement penser, se justifia l'inspecteur. Il racontait ses souvenirs lorsque sa mère était revenue et qu'il jouait tout seul dans cette forêt.
Du coin de l'œil, Conan nota la façon dont Red ramena ses lunettes sur ses yeux puis remit un peu plus profondément sa casquette gavroche sur son crâne. Quelque chose dans cette affaire avait dû le toucher.
- Aaaah !
Ayumi venait de glisser par terre pour finir les pieds dans un cours d'eau froid.
- Est-ce que ça va ? demanda Conan en l'aidant à se relever.
- Oui, je me suis juste un peu égratignée, rassura Ayumi.
- Ne t'en fais pas ! rassura l'inspecteur avec un sourire. L'eau de ce canal est très propre. J'en buvais souvent quand j'étais enfant.
Et il raconta à Agasa qu'il avait justement discuté du fait qu'il venait souvent jouer ici quand il était enfant.
C'était certainement ainsi que le meurtrier avait réussi à endormir l'inspecteur.
Alors que Yamamura se plaignait du manque d'indice pour retrouver Mitsuhiko, personne ne remarqua que Red s'avançait résolument vers un arbre en retrait du groupe.
- Je ne sais pas si on peut considérer cela comme des indices, mais nous savons trois choses, lui dit Agasa d'un air gêné.
- Mitsuhiko porte de la crème solaire à la citronnelle et concernant sa présence ici, cela a quelque chose à voir avec une paire de vieux samurais et des feuilles de bambous séchées, résuma Conan.
- Nous voilà bien avancé… grommela le policier à moitié déprimé.
- On peut comprendre l'usage de la crème solaire étrangère, mais pour ce qui est des feuilles de bambous et des samurais, c'est une toute autre histoire, marmonna Haibara en croisant ses mains dans son dos.
- Vous allez nous aider, pas vrai, Oji-san. C'est qu'un gosse perdu après tout, déclara brusquement Red en s'adressant à l'arbre devant lui.
Tout le monde regarda l'aveugle et Ayumi fut la première à lever les yeux vers les branches.
Et à hurler.
Un homme à l'aspect maigrelet, avec des cheveux longs, noirs et crasseux et des mains menottées. Voilà ce qui était perché dans les branches de l'arbre auquel venait de s'adresser l'aveugle. Sous le cri de la fillette, il se laissa tomber à terre juste à côté de Red, tapota un instant la tête du gamin, avant de filer vers la forêt.
- Numabuchi !? reconnut Yamamura.
Trop tard, il était déjà loin.
Genta voulut partir à sa poursuite, mais Conan l'en empêcha.
- Il connait cet endroit comme sa poche et en plus, il fait sombre ! Si on le suit, c'est nous qui serons en danger ! lui rappela le binoclard. Pour l'instant, la priorité, c'est de retrouver Mitsuhiko !
Haibara avait une autre préoccupation.
Elle n'avait rien senti. Rien du tout.
Pourquoi ?
- Tu aurais pu nous avertir qu'il était là-haut, Dawn ! gronda Conan.
- Comment pouvais-je savoir que c'était le fameux Numabuchi, je suis aveugle, se défendit le pirate en haussant les épaules, un léger sourire aux lèvres qui ne trompa pas du tout le détective. Et de toute façon, si je l'avais fait, il aurait pris tout de même la fuite.
Agasa était impressionné par l'agilité du criminel. Un véritable singe.
- Oui, raconta Yamamura. Il disait que c'était son grand jeu quand il était enfant : sauter de branche en branche. C'est un peu comme Ushiwakamaru* qui s'entraînait avec le Tengu.
Entendre le nom du samurai agit comme une claque pour Conan.
Non, Mitsuhiko n'aurait tout de même pas…
- Dawn, avec moi !
Sans poser de question, Red passa sa canne dans son dos et suivit la course de Conan dans la forêt.
- Professeur, je vous les confie ! Ne vous inquiétez pas ! On va ramener Mitsuhiko dans peu de temps !
Et les deux bruns s'enfoncèrent dans la forêt.
- On est seuls ? demanda Red.
- Je pense ! lui confirma Conan alors qu'ils couraient de leur mieux dans la forêt.
- Hotarubi.
Des lucioles verdâtres se détachèrent de la peau de la main que Red avait tendue devant lui, se dispersant autour d'eux dans un petit nuage.
- Ce sont mes flammes, n'y touche pas ! lui dit Red. Et mes nouveaux yeux !
Conan manqua de trébucher au commentaire et Red le rattrapa aisément, confirmant son propos.
Les loupiottes de feu vert fournirent assez d'éclairage pour y voir assez bien dans l'obscurité.
La différence était claire comme le jour entre les capacités du pirate avec et sans ses yeux. Même s'il trébuchait un peu encore, il retrouvait plus facilement son équilibre, sans compter qu'il n'avait pas besoin de se la jouer chauve-souris et d'utiliser le son pour repérer des obstacles. Et surtout, il était plus rapide. Tellement rapide que Conan avait du mal à suivre le rythme et qu'il allait finir avec un bras en moins si son camarade continuait de le tirer ainsi.
- MITSUHIKO ! appela brusquement le pirate dès qu'il reconnut l'aura du gosse de son Haki.
- MITSUHIKO ! appela à son tour Conan. SI TU NOUS ENTENDS, SOIS RAISONNABLE ET DÉCROCHE TON BADGE ! IL Y A UN DANGEREUX CRIMINEL DANS CETTE FORÊT ! TU ES EN DANGER !
Red se demanda un instant s'il devait dire à Conan que Numabuchi avait trouvé l'apprenti aventurier avant eux ? Nan, ça le ferait paniquer pour rien.
- Je te laisse là, je pars devant.
- He ?
Red sauta par-dessus le ruisseau et disparut dans l'obscurité, abandonnant Conan sur place. N'ayant plus personne pour le tirer, l'apprenti détective tomba dans le ruisseau en jurant.
Trempé jusqu'aux os à cause de l'eau froide, il remonta sur la berge en grommelant et s'adossa à un arbre pour reprendre son souffle.
C'est là que le supérieur de Yamamura le retrouva.
- Tiens ? Tu es le petit qui parlait avec Yamamura tout à l'heure, non ? reconnut l'homme avec l'escorte policière sur ses talons. Yamamura ne vous a pas conduits en dehors de la forêt ?
- En fait, un de mes amis s'est perdu dans cette forêt ! expliqua Conan avant de prendre une profonde goulée d'air pour alimenter ses poumons malmenés par la course de Red.
Il allait tuer ce pirate…
- Un de tes amis ? répéta l'inspecteur.
Avant de pouvoir dire plus, le reste du groupe les rejoignit.
- A quoi tu joues ?! Je t'ai demandé de les conduire en lieu sûr, non ? gronda le chef.
- C'est-à-dire que j'ai joué de malchance, se justifia d'un air embarrassé Yamamura en se frottant l'arrière du crâne. Mais j'ai une grande nouvelle ! J'ai retrouvé Numabuchi !
- Comment ?! C'est vrai ?! Où est-il ? Tu l'as attaché quelque part ?!
L'espoir du boss fut de courte durée.
- Ne vous moquez pas de moi ! Comment voulez-vous que j'arrive à le maitriser tout seul ? Il a de nouveau disparu en un clin d'œil.
Cela lui valut une belle bosse sur le crâne, laissant une chance au reste de la fine équipe de raconter que Yumabuchi s'était caché dans les branches d'un arbre et qu'il était descendu après que leur camarade aveugle lui ait parlé, pour s'enfuir par la suite dans la forêt.
- Conan nous a dit d'attendre et il est parti à sa poursuite avec Dawn, grommela Genta.
Et lui, on l'engueulait quand il voulait poursuivre des criminels…
- On n'a pas cherché à le suivre ! se justifia le détective. J'ai simplement eu une idée sur l'endroit où peut être Mitsuhiko. Il doit être le long de ce canal !
Et il montra du doigt le canal en question alors qu'il récupérait son badge dans sa poche.
Alors que tout le monde s'interrogeait sur pourquoi le canal, Haibara trouva quelque chose :
- Edogawa-kun a raison, mais cette information n'est plus d'actualité.
Et elle montra la casquette de Mitsuhiko qu'elle avait ramassée.
- C'est celle que je lui avais empruntée quand nous sommes allés voir le match de foot l'autre jour. S'il l'a fait tomber et n'a pas eu le temps de la ramasser, c'est certainement que quelque l'en a empêché.
- Tu penses que Mitsuhiko a été découvert par le criminel ? demanda avec effroi Ayumi.
- Et ton ami ? demanda Yamamura.
- Dawn ? C'est bien la dernière personne pour qui on devrait se faire du souci. Entre lui et le criminel, j'aurais plus peur de lui que de Numabuchi, marmonna Conan en retournant la casquette pour observer l'intérieur. Il y a encore de la sueur sur la casquette, sans parler du fait qu'elle est encore tiède. Il était ici il y a très peu de temps.
- Mais tu l'as pourtant appelé à voix haute ? Pourquoi n'a-t-il pas répondu ? demanda Ayumi.
« Il a la voix cassée. Il ne pourra pas parler pendant un petit moment. »
Conan venait de brandir son badge pour que tout le monde entende la voix de Red qui courait toujours dans les bois pour retrouver Mitsuhiko.
- Dawn a raison. Mitsuhiko a dû arriver dans cette forêt vers midi, alors que nous, nous avons rejoint l'endroit en fin d'après-midi.
« Puisqu'il s'est perdu, il a dû appeler pendant des heures durant à l'aide. Il doit avoir la gorge très sèche. »
- Mais enfin… et son badge ? Même toi tu y penses pourtant tu le vois pas, Dawn ! pointa Genta.
- Ce n'est pas une question de voir ou pas son badge, Genta. Il est vrai que s'il avait répondu tout de suite, nous l'aurions retrouvé, pointa Conan. Mais pour ça, encore faut-il qu'il ait les deux mains de libres.
- QUOI ?! s'étrangla Ayumi.
- Tu penses qu'il s'est blessé ? s'inquiéta Genta.
- Inutile de s'inquiéter sans raison ! intervint Agasa. S'il est dans les environs, nous ferions mieux de le chercher sans attendre ! Et toi, Red-kun, tu devrais arrêter de chercher à l'aveuglette !
« Je reprends contact quand je l'aurai trouvé. »
Et Dawn coupa la communication.
- Comment faire ? s'inquiéta la petite Ayumi. S'il ne peut pas nous répondre et s'il a été attrapé par le criminel ?
- On n'a qu'à chercher le type dangereux ! proposa Genta.
- Mais avec l'obscurité, je n'ai pas réussi à bien voir son visage ! Je ne saurai pas faire la différence avec tous les policiers qui sont ici, souffla la fillette.
Agasa allait faire une description de l'homme via le portrait fourni par les médias mais Haibara le battit en vitesse avec une voix morne :
- Des sourcils fins, des yeux foncés, les joues creuses, le nez en trompette, un visage squelettique sur lequel on aurait juste posé une couche de peau, légèrement voûté, mince, mais agile comme une bête sauvage.
Alors que les deux enfants étaient contents de savoir à quoi ressemblait l'homme à chercher, Agasa et Conan trouvaient la description un peu trop précise.
- Ne me dis pas que… souffla Conan.
- Et si, confirma Haibara. Numabuchi faisait autrefois partie de la famille de ceux que toi, tu appelles les Hommes en Noir. Plus qu'un véritable membre, c'était surtout un subalterne d'un subalterne. Il semble que l'organisation se soit intéressée à lui cause de son gabarit fin. Il avait le profil idéal du tueur à gage et ils lui ont enseigné le métier. Je crois que c'est un gars avec le nom de code de Whisky qui s'en est chargé. Mais l'agent a trahi l'Organisation et personne n'a pu reprendre sa tâche. Surtout que la résurrection, à cet instant très récente, de Portgas, promettait un élément avec des caractéristiques bien plus intéressantes et aucune nécessité de formation, ce qui faisait un vrai gain de temps. Alors, on me l'a envoyé. On voulait que je teste l'efficacité de mes médicaments sur lui, en tant que cobaye.
Quelque part durant le récit, ils s'étaient remis à courir et à chercher Mitsuhiko.
- C'est pour ça que je le connais… haleta Haibara. On nous avait envoyé un dossier de renseignement sur lui contenant ses caractéristiques physiques et une photo en vue d'adapter notre recherche… c'est la procédure… j'ai eu la même chose pour Portgas… dossier que j'ai brûlé avant mon départ, bien entendu…
- Et qu'est-ce qu'il fait dehors, alors ? demanda Conan.
La scientifique s'appuya contre un arbre pour reprendre son souffle et lui répondit :
- Il s'est enfui avant de subir les expériences… puisque peu après, j'ai eu Portgas en cobaye et qu'ensuite, j'ai quitté l'organisation, alors que Numabuchi était toujours en cabale, je ne l'ai jamais rencontré…
- Il s'est enfui ? s'étonna Conan.
- Il a dû avoir peur… en réalisant l'importance de l'Organisation…tout en craignant leur force, il a dû fuir encore et encore, et dans sa fuite, il a tué trois personnes en pensant qu'elles étaient du groupe… il faut savoir qu'il avait déjà tué des personnes avant d'entrer dans l'Organisation et de ce fait, je n'ai pas de compassion à son égard, mais…
- Maintenant que tu le dis, ça me revient, nota Agasa. A la télé, il avait déclaré « je n'ai rien fait de mal, ce sont eux »
Cela avait été tourné comme un prétexte, une justification de plus. Et de toute façon, vu qu'il ne s'était pas introduit trop profondément dans le cœur de l'Organisation, on l'avait laissé filer. Sans parler qu'il avait une condamnation à mort par la justice japonaise sur le crâne avant tout ça.
- Mais tu ne trouves pas ça bizarre ? demanda Conan. Tu m'avais pourtant dit que tu pouvais repérer les membres de l'Organisation à leur odeur, que tu les flairais. Que Dawn le laisse filer, je veux bien, mais toi ? Que s'est-il passé tout à l'heure alors qu'il était si près de nous ?
- Je sais, avoua Haibara avec un sourire limite fou devant la peur et l'incompréhension. C'est pour ça que je suis inquiète, je n'ai absolument rien senti. Alors que depuis l'affaire de ma sœur, j'avais toujours ressenti quelque chose… un sixième sens… il semblerait que j'ai commencé à m'habituer à cette vie paisible et cela risque de ne nuire. C'est très inquiétant.
- Moi je trouve ça plutôt bien ! lui dit Conan.
Haibara le regarda sans comprendre.
- Ca veut dire que tu redeviens normale, non ? Allez ! On doit se dépêcher de retrouver Mitsuhiko ! Cet imbécile est certainement impatient de voir vos visages souriants à toi et Ayumi !
- Ayumi et moi ?
- Oui, car s'il est venu ici, c'est pour…
- SHHHH ! coupèrent Genta et Ayumi.
Les deux faux enfants les regardèrent.
- Vous entendez ? demanda Genta.
Un vague écho leur parvenait. On aurait dit une voix.
- C'est Red-kun ! assura Ayumi. Vu que tu ne répondais pas sur ton badge, il m'a contacté moi pour me dire qu'il avait retrouvé Mitsuhiko ! C'est lui qui nous appelle !
Des « Oh-Eh » plus clairs leur parvinrent, venant clairement de Red.
Et ça se rapprochait, faisant presser le pas aux enfants.
- On ne tire pas s'il vous plaît, merci ! demanda la voix de Red quand elle fut clairement audible.
Et au détour d'un arbre, Numabuchi apparut, l'aveugle avançant en s'accrochant au jean du criminel (ses étranges lucioles de feu n'étaient pas en vue). Mitsuhiko était sous le bras du fuyard, les mains ferments jointes.
Bien entendu, la présence de l'homme fit hurler Ayumi.
Mieux qu'une alarme cette fillette.
Et cela alerta les policiers des environs, faisant sortir Yamamura de derrière un arbre un peu plus loin.
- C'est Numabuchi ! Il est là ! cria-t-il à ses équipiers.
Bientôt, toutes les lampes furent braquées sur le trio.
Pourtant, tranquillement, Numabuchi reposa Mitsuhiko au sol.
- Baissez vos lampes ! Ils ont peur de la lumière, ça les empêche de se montrer ! rabroua l'homme.
- Ils ? Vous parlez de vos amis qui sont dans la forêt ? demanda Yamamura.
Plusieurs policiers virent le prendre par les bras et l'embarquèrent loin des enfants.
- Oui, sourit le criminel. Prenez garde, ils sont très nombreux.
- Et tu crois qu'on va avaler ces sornettes ?
- Numabuchi-ji-san ! appela Red.
Le meurtrier se tourna vers l'aveugle.
- Faîtes bon voyage, sourit tristement le garçonnet.
- Il sera magnifique, annonça avec certitude l'homme.
Et il fut entrainé au loin.
- Bon voyage ? répéta Conan à l'aveugle.
- La mort n'est qu'une aventure de plus, se justifia Red.
Pendant ce temps, Mitsuhiko s'excusait de sa voix cassée d'avoir fait peur à tout le monde et à présent, il devait se justifier sur la raison pour laquelle il n'avait pas décroché son badge. Ce qui impliquait pourquoi il conservait ses mains l'une contre l'autre. Genta voulut le forcer à les ouvrir, afin de s'assurer qu'il ne soit pas blessé, mais la canne qui jaillit juste devant son nez le força à s'éloigner de l'explorateur en herbe.
- Les filles, rapprochez-vous de lui, encouragea Red avec un petit sourire de coin.
Les deux demoiselles se regardèrent, mais elles se rapprochèrent de Mitsuhiko. Rouge comme une tomate, le garçon finit par ouvrir ses mains, laissant filer une tâche de lumière vers le ciel.
Une luciole.
- A vivre en ville, on oublie que l'un des signes de l'été, ce sont les lucioles, pointa Red en passant sa canne blanche derrière sa nuque.
- Les personnes qui ont grondé Mitsuhiko à l'arrêt de bus s'occupent certainement chaque dimanche de la préservation des espèces de lucioles. En leur demandant avec insistance où ils allaient pour cela, il était normal qu'ils s'énervent. Ils ne voulaient pas que des enfants viennent gâcher leurs efforts, expliqua Conan.
- On ne trouve les lucioles qu'à proximité des eaux parfaitement pures, reprit le pirate. D'où l'idée de monsieur de prendre les deux gars en filature.
- Au distributeur automatique de tickets de train, il a appuyé sur le même bouton que les gens qu'il suivait, c'est pour ça qu'il a reçu un ticket au tarif adulte.
- Mais où est le rapport avec les samurais ? demanda Genta.
- Dans les noms de samurais que la fillette a cité, elle a oublié de parler du Genji et du Heikei qui sont tout aussi célèbres que Takeda et Uesugi. Sans compter qu'ils ont donné leur nom à des espèces de lucioles, répondit Conan.
- Et les feuilles de bambou ? s'enquit Ayumi.
- C'était certainement pour la cage à luciole. Il les a mis dedans pour la nourriture et avec de l'eau, afin de les attraper et de rentrer avec. C'est ce qu'on appelle un fail, ne, Mitsuhiko-kun ? Tu en attrapes une et au final, tu réalises que tu as les deux mains prises et que tu ne peux pas sortir la cage pour la prendre. Sans compter qu'il s'est perdu aussi en forêt.
- C'est bien ça, Mitsuhiko ? se moqua gentiment Conan en remettant sur la tête du garçon la casquette qu'il avait gardée sur la sienne le temps de le retrouver.
Mitsuhiko baissa la tête sous l'embarras.
- Si c'était juste pour attraper des insectes, tu aurais pu nous inviter à venir ! grommela Genta.
- Baka ! gronda Conan. Il fallait que ce soit fait en secret pour arriver à faire la surprise aux filles.
- Elles avaient dit en revenant du feu d'artifice qu'elles auraient bien voulu voir des lucioles.
Pour le coup, Mitsuhiko était aussi rouge qu'une tomate alors que les deux filles le remerciaient de l'attention.
Agasa, lui, regardait Numabuchi partir avec la police.
- Pourquoi est-ce qu'il a ramené Mitsuhiko-kun et Red-kun vers nous alors qu'il savait qu'il se ferait arrêter ? demanda le brave professeur.
- Allez savoir. Peut-être était-il ici pour la même raison que Mitsuhiko. T'en penses quoi, toi, Dawn ?
- Probable. Quand j'ai réalisé sa présence et qu'il avait entendu notre conversation, je me suis assuré qu'il comprenne bien qu'il était question d'un enfant perdu. Connaissant le coin ainsi, il devait se douter que Mitsuhiko s'était paumé en cherchant des lucioles, supposa Dawn.
- Oui, je pense aussi. Et il a eu la confirmation en voyant les mains jointes de Mitsuhiko. Cette affaire de quatrième victime était un mensonge. Il voulait, avant son exécution, peut-être revoir juste une fois, ses vieux amis d'autrefois dans cette forêt où il avait souvent joué enfant…
En disant ça, des lucioles par dizaines commencèrent à illuminer la nuit comme des étoiles à portée de main.
- Il a de la chance, souffla Red avec amertume. Je n'ai gardé aucun souvenir de ma terre natale et j'aurai vraiment voulu la voir au moins une fois avant de mourir. Aujourd'hui, ce n'est plus possible.
De retour à l'école, à la fin des vacances, les filles parlaient zoologie.
Apparemment, aux nouvelles de la veille au soir, on avait parlé d'une grande découverte sous la forme d'un animal légendaire qui aurait été aperçu.
Le tsuchinoko* . Vu qu'ils n'en avaient pas parlé longtemps, donc, Ayumi n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être. Haibara était vaguement intéressée, étant donné qu'il s'agissait d'un cryptide.
Mais pour deux garçons, c'était une occasion de briller aux yeux des filles. En effet, Genta et Mitsuhiko semblaient bien déterminés à en attraper un pour le leur montrer.
- Ce n'est pas une bonne idée, intervint Conan.
- Ah, y'en a ici aussi ? s'enquit Red en relevant la tête de sa table là où il s'était à moitié avachi. Lu' en a attrapé un en me demandant si c'était un bébé kai-ô. Confondre le bachi-hebi avec un kai-ô, non mais sérieux.
- Cadre de référence, Dawn. Cadre de référence.
Et oui ! Pour ceux qui ne l'ont pas réalisé, Portgas D. Ace et Yamamura Miaso ont le même seiyuu ! Quand on fouine de ce côté, on trouve des petites perles, vous n'avez pas idée ! On en retrouvera d'autre, parole de scout !
AN 1 : Nom que portait le grand samurai Minamoto No Yoshitsune (1159-1189) dans son enfance.
AN2 : Le tsuchinoko ou bachi-hebi est un serpent légendaire ressemblant vaguement à une vipère pouvant mesurer jusqu'à 80 cm. Il se distingue par un corps très aplati. On raconte qu'en plus d'avoir un amour pour la boisson, il est capable de parler et à tendance à mentir.
