Salutation à tous et à toutes ! On se retrouve pour ce premier week-end du mois avec notre rendez-vous Détective Conan. On met la main sur un indice important aujourd'hui, alors, c'est parti pour l'enquête !

Merci encore pour vos reviews, c'est toujours un plaisir :)

Cobra Neurotoxique : osef constructif ou pas ! Une simple review peut illuminer une journée./ Il n'y a pas qu'à toi que Marco manque, mais outre mention voir à la fin de la série, il ne sera pas là / Tu verras la Kuudere comme tu ne l'as jamais vu, ça je peux te l'assurer.

Arya39 : Pas besoin de sortir de Harvard pour savoir qu'un Ace qui s'endort pendant le désamorçage de la bombe, c'est une très mauvaise idée / Personne ne saura ce que Thatch a fait avec ce sac de patate, ne t'en fait pas. Disons simplement que généralement, quand Ace doit garder le lit parce qu'il ne peut plus marcher, c'est parce qu'il a prit du bon temps avec Marco. Là, son pote c'est juste amusé à le torturer dirons-nous avec un entraînement./ Désolée s'il t'a semblé court, je pensais l'avoir fait d'une bonne longueur. Peut-être en effet un manque d'ambiance. pour Ace, plus et il volait la gloire de Conan / Oui, Takagi en apprend lentement plus, mais ça ne l'aide pas pour autant./ Comme je te l'ai dit, l'affaire de Hattori ne peut pas être exploitée, mais le Cheval Rouge le sera, parole de scout ! Après tout, comment laissez passer l'affaire du pyromane / Ne te donne pas de fausses excuses Miss, on le veut notre chapitre, nous aussi !

Neko chan 124 : Heureuse de t'avoir fait apprécier un univers que tu ne suis pas forcément. J'ai prévu pleiiiin de trucs pour Ace :)

Je vous laisse avec le chapitre à présent ! Bonne lecture !

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Red n'avait pas besoin de voir les images de la télévision pour se dire que Conan avait merdé.

- « Détective Mouri ! S'il vous plaît ! Quelques mots sur cette affaire ! Monsieur Nagumo, qui vient d'être arrêté, a déclaré qu'il avait agi parce qu'il ne supportait plus l'attitude de Monsieur Kazami à l'égard de son fils… qu'en est-il réellement ?! »

L'aveugle se prit le visage dans une main quand la télévision lui fit parvenir la voix ultra sérieuse de Kogoro :

- « Si c'est ce que dit Nagumo-san, alors, c'est certainement la vérité. Moi, je me suis contenté de comprendre sa mise en scène pour cacher l'arme du crime et de le raisonner pour qu'il se rende avant que les preuves de son acte ne soient découvertes… ça me paraissait plus intelligent. Au revoir. »

- « Ah… Monsieur Mouri… monsieur Mouri ! »

- Hum. Les hommes, les vrais, tournent le dos et s'en vont sans dire un mot, commenta le détective dans son fauteuil en regardant son image dans la télévision qui s'éloignait en se contentant d'un geste de la main sans se retourner. J'AI TROP LA CLASSE ~ !

Ouep, Conan avait fait une grosse boulette sur ce coup là dans l'opinion d'Ace. Il donna une taloche à son camarade qui s'appuyait au dossier du canapé juste derrière lui. Le petit détective serra les dents en lançant un regard noir à l'aveugle devant lui, avant d'adresser un air blasé à Kogoro qui était assis sur la même banquette.

Habituellement, l'homme apprenait ce qu'il s'était passé et ce qu'il avait fait aux nouvelles. Devant son comportement actuel, ça ne donnait pas du tout envie à Conan de le laisser de nouveau résoudre de lui-même une affaire.

- Je rembobine ! se décida joyeusement Kogoro.

Sentant que ce cirque allait recommencer encore une fois, Ace descendit du canapé et tapota au passage le bras de Conan. Comprenant le message, le petit détective sauta du dossier auquel il était accoudé et sorti avec son camarade dans la cage d'escalier, refermant la porte du bureau derrière eux. Là, avec un soupir de soulagement, ils s'assirent lourdement sur les marches menant à l'appartement au-dessus de l'agence.

- Rappel-moi pourquoi tu as eu cette idée merveilleuse de faire de lui un célèbre détective ? demanda Ace en se laissant aller en arrière sur les marches, sa canne abandonnée dans le bureau.

- J'espérais que cela m'aiderait à recueillir plus facilement des informations sur les Hommes en Noir, mais c'est est vrai que pour l'instant, ça ne me mène pas très loin, maugréa Conan. A ce jour, je peux compter huit personnes faisant partie ou ayant fait partie de cette organisation.

- Pole position, le duo Gin et Vodka, je suppose ?

- Ils m'ont fait boire ce poison au Tropical Land, donc, oui, forcément. On a aussi Hirota Masami, alias Miyano Akemi, la sœur de Haibara, abattue dans l'affaire du vol d'un milliard de yens. Vient Tequila qui est mort durant la cérémonie de présentation d'un nouveau jeu dans une explosion. Pisco aussi, que tu as fait brûler vif durant la cérémonie d'hommage à Sakamaki. On a Kiichirô Numabuchi qui s'est enfui avant de servir de cobaye pour expérimenter le médicament et qui a été arrêté par la police.

- Et qui a reçu sa sentence, il a bel et bien été exécuté.

- Vient ensuite Haibara Ai, alias Sherry dont le vrai nom serait Miyano Shiho. Et enfin toi, Portgas D. Ace, un autre cobaye.

- A cette liste, je peux rajouter Vermouth, une salope sans cœur, maîtresse des apparences et des faux semblants et Whisky.

- Whisky ? C'est pas le gars dont parlait Haibara qui aurait formé Numabuchi ?

- Un membre qui a retourné sa veste, oui. Mais ça n'aide pas à savoir ce qu'ils visent. Je doute que ce soit de bons samaritains qui à construisent des hôpitaux avec de l'argent sale, comme notre équipage faisait, soupira le D. en s'étirant sans se redresser, cognant légèrement ses mains contre les marches au-dessus de lui.

Conan s'allongea lui aussi contre les marches, ignorant l'inconfort, les mains sous la nuque, regardant le plafond de ciment.

- Ils amassent de grosses sommes illégalement, jouent avec les morts, fabriquent des médicaments et rassemblent de programmeurs informatiques de haut niveau… résuma pensivement le petit détective.

- Certainement pas pour faire un jeu vidéo dont les gosses sont fanatiques.

- C'est pas drôle, Portgas.

Driing !

Reconnaissant la sonnerie du téléphone du bureau de Mouri, les deux curieux se relevèrent et retournèrent dans la pièce pour voir que Ran avait répondu au téléphone.

- Comment ? Un jeu ? questionna Ran d'un air interdit dans le combiné.

Elle se saisit du bloc-notes à proximité et commença à écrire ce qu'on lui disait.

- Un ingénieur en conception de jeux a disparu et vous souhaiteriez que nous le retrouvions, c'est bien ça ? se fit confirmer la lycéenne.

Cela attira l'attention du duo.

Ça ne pouvait pas être une coïncidence. C'était juste trop gros.

- Si ça a un rapport, je te jure, je porte plainte contre l'univers, parce que j'en ai marre qu'il se foute ainsi de ma gueule, annonça le criminel du duo. Merde à la fin ! J'ai déjà payé mes crimes et ceux de Roger en élevant Luffy et avec Marine Ford, sans parler d'Impel Down et Banaro ! J'aimerais qu'on arrête de se foutre de ma gueule !

- C'est surement un hasard sans grand rapport, mais ça vaut le coup de vérifier, rassura Conan.

Pas très efficace, parce que le D. partit en quête de sa canne blanche avec un reniflement narquois.

Voyant que ça sentait un boulot, Kogoro souffla aussi discrètement que possible depuis son canapé une consigne de dire qu'il n'était pas là, parce qu'il ne voulait pas louper la rediffusion d'un feuilleton avec Yôko Okino, et qu'il voulait l'enregistrer sans les coupures de pubs.

Ran jeta un long regard à son père, le téléphone toujours à l'oreille, avant de répondre avec un immense sourire au client :

- Bien sûr ! Vous pouvez venir maintenant ! Mon père est là aujourd'hui et n'a pas l'intention de sortir !

- Eh oh ! protesta Kogoro.

La demoiselle raccrocha et se tourna vers son père avec un lourd regard menaçant qui fit blanchir le détective.

- Allez. Tu te rases et tu arranges ta cravate. Et plus vite que ça ! rouspéta la lycéenne.

- Oui… répondit faiblement son père, en sueur, avant de filer arranger sa présentation.

Avec un grand rire, le petit pirate monta en souriant vers Ran, les bras croisés dans le dos avec sa canne, souriant tellement qu'on en voyait ses gencives.

- Shinichi-nii-san a intérêt à bien se tenir !

- Pourquoi tu dis ça, petit farceur ? demanda Ran en s'accroupissant au niveau du gosse.

- Parce que c'est plus qu'évident qui va porter le pantalon dans votre couple !

- Dis pas de bêtise, Shinichi n'est qu'un ami, pouffa la lycéenne sans voir que Conan avait pris une belle couleur tomate.

- J'ai une amie qui m'a appris la voyance, je sais que vous finirez en couple, et que ça sera toi la chef !

La tomate qu'était devenue Conan commença lentement à fumer des oreilles.

- Voyez-vous ça, le vilain petit farceur fait dans la voyance, maintenant ? Et qu'est-ce que tu vois d'autres ?

- Hmmm…

Red porta deux doigts à son front, faisant semblant de se concentrer avant de pointer Conan avec sa canne.

- Il sait où le occhan a caché les photos de son mariage !

Ran releva le nez pour regarder Conan qui recula avec une grimace.

- Tu sais où papa a rangé les photos de son mariage avec maman ?

Doucement, le binoclard hocha la tête, se jurant de faire payer à Ace sa traîtrise. Comme si de rien n'était, Red se hissa avec son sourire de morveux sur le bureau.

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Pour cette affaire, ils avaient trois clients : trois hommes de statures et d'allures différentes, à la recherche d'Itakura, ingénieur informatique spécialisé dans la conception de jeu. L'homme avait disparu depuis une semaine et ils avaient fourni une photo à Kogoro. Malheureusement, ce n'était pas la première fois qu'il faisait ça. En effet, il avait tendance à le faire quand la deadline de la remise d'une commande de jeu se rapprochait, soi-disant pour éviter les pressions inutiles de coups de téléphones.

La fois précédente, ils avaient fait appel à la police, pour se faire vertement réprimander suite à la réapparition de Itakura.

De là où il écoutait l'affaire, accoudé au dossier du canapé de Mouri, Conan eut un soupir de soulagement mental. Un informaticien fugueur, rien à voir avec les Hommes en Noir.

Le plus rondelet du groupe et aussi le seul à porter des lunettes sortit sa carte en demandant à être contacté dès que Kogoro aurait des informations. Alors que tous avaient pensé qu'ils étaient tous trois de la même boite, il s'avéra que chacun des trois clients réclamaient à être contacter en premier, laissant supposer qu'ils n'étaient pas de la même entreprise.

- Ano… vous ne travaillez pas pour la même société ? se fit confirmer Kogoro.

Eh bien non.

On avait Sugai qui avait fait une commande pour un jeu de Go, Naito pour les jeux d'échecs et Sôma pour un jeu de shôgi. Construire trois jeux différents en même temps et tout seul, c'était assez étrange. Surtout qu'il avait menti à tout le monde en disant qu'il n'avait rien pour l'instant alors que c'était clairement faux. Et il y a une semaine, ils avaient reçu un mail vidéo de l'homme où il avouait qu'il avait pris la commande de trois jeux en même temps et qu'il quittait le bureau pour se reposer pour ne pas avoir de problème cardiaque et leur demandait de la patience.

- Il avait besoin d'argent, ça arrive à tout le monde, non ? pointa Red de là où il était assis, sur le bord du bureau de Kogoro.

- Toi, tu t'occupes pas de ça ! rouspéta Kogoro en levant son poing en menace vers Red.

- Occhan, il voit pas la menace, te fatigue pas, soupira Conan.

Ran, elle, s'était penchée sur la vidéo du mail que l'un des clients leur avait montré, les sourcils froncés, avant de s'exclamer qu'elle connaissait l'homme.

- Je ne l'avais pas reconnu à cause des lunettes sur la photo, mais c'est Itakura Suguru, le célèbre réalisateur d'images en 3D !

- Oui, il porte des lentilles de contact lorsqu'il apparaît en public, expliqua l'un des clients.

- Tu sais qui c'est ? s'enquit Kogoro.

- Mais oui ! On voit souvent son nom durant le générique des films ! « Studios Itakukura. Effets Spéciaux. »

- Cependant, il y a trois ans, ses problèmes de vue l'ont contraint à arrêter de travailler sur les images 3D et c'est pourquoi il s'est reconverti dans la programmation de logiciels.

- S'il est si célèbre que ça, on peut éliminer les problèmes d'argent, marmonna Red.

- Il est cardiaque, suivant sa couverture maladie, il peut en effet avoir besoin d'argent, sans parler du fait que les lentilles et les lunettes, ce n'est pas non plus quelque chose de gratuit, donc, ton hypothèse peut être bonne, rassura Conan.

Il se retrouva l'instant suivant accroupi derrière le canapé, une bosse sur le crâne, courtoisie de Mouri.

- S'il est si célèbre, on peut songer à un enlèvement, pointa le détective privé.

- Non, tout de même pas, réfuta Naito-san avec une voix embarrassée.

- Avec lui, tout est possible, vous savez... commenta pensivement Sôma-san en se frottant le menton. Il y a environ deux ans de cela, lorsque je suis allé lui rendre visite à son bureau, j'ai aperçu un homme bizarre, grand, avec une moustache et un fort accent de l'ouest.

Conan escalada de nouveau le canapé, intrigué par la description.

- Mouri-san, vous aussi, vous avez dû le voir, continua Sôma-san. Il était présent à la cérémonie de présentation des nouveaux jeux Mantendô.

- Oui ! reconnut Naito. Je vois, un homme à la mine patibulaire !

- Bien sûr ! se rappela le dernier. Grand, assez effrayant, vêtu de noir de la tête aux pieds…

Le sang de Conan ne fit qu'un tour.

Il sauta par-dessus le canapé pour se rapprocher de Sôma-san, criant questions sur question :

- Cet homme, de quoi a-t-il parlé ?! Lorsqu'il est venu au bureau de Itakura-san, que voulait-il ?

L'adulte regarda le gosse avec beaucoup de perplexité mais lui répondit tout de même, si ce n'était avec une voix hésitante montrant son incompréhension devant le comportement de l'enfant :

- Je ne sais rien… il partait quand je suis arrivé… « je n'ai plus rien à faire avec toi », c'est tout ce que je l'ai entendu dire !

Ran ne lui laissa pas le temps de poser d'autres questions : elle le prit dans ses bras pour le retirer du canapé. Ayant compris le pourquoi de la réaction aussi expressive qu'étrange de Conan, Red sauta de son perchoir sur le bureau et quitta la pièce pour rejoindre la cage d'escalier.

- J'ai entendu dire que cet individu avait été pris dans l'explosion qu'il y a eu ce jour-là et qu'il en est mort… grommela Kogoro en regardant toujours le message vidéo. Par conséquent, il n'a sûrement rien à faire avec la disparition. Le problème est de savoir comment le retrouver à partir de cette vidéo…

- Elle a certainement été prise dans une chambre d'hôtel quelconque, mais vu que ça touche à la vie privée d'un client, les hôtels refusent de donner le moindre renseignement… pointa l'un des clients. Sans compter que pour ne pas être reconnu, il a dû s'inscrire sous un faux nom et garder ses lunettes.

Vous avez une énigme, demander à Conan, il a une solution.

Depuis les bras de Ran, retrouvant son sourire innocent et enfantin, le garçon décida du menu de la soirée :

- Ne, ne, Ran-nee-chan ! Ce soir, moi, je veux manger du riz cantonais, des sushis et du bœuf bourguignon !

- Mais ce sont trois plats de trois cuisines différentes ! protesta Ran. Où veux-tu qu'on trouve un restaurant qui serve ça ?

- Tu crois que si je commandais ça tout seul dans un même restaurant, on me prendrait pour un client bizarre ? demanda toujours aussi innocemment le gamin.

Cela mit le moteur en marche dans le crâne de Kogoro, qui regarda de nouveau la vidéo pour remarquer que leur homme s'affichait avec un plateau de shôgi, de go et d'échec. C'était peut-être une piste à creuser…

- Vous savez s'il a emporté quelque chose de particulier de son bureau avant de partir ? demanda Kogoro à ses clients.

- Ses assistants m'ont dit qu'il était parti en prenant son ordinateur portable fétiche et plusieurs disques de données. Il aurait mis tout ça dans sa mallette et il serait parti…

- Alors, il n'a donc rien pris d'autre ? se fit confirmer le détective avec un sourire de coin, ayant déjà une petite idée de comment retrouver le fuyard.

Et la façon de faire était très simple, même si bizarre dans la tête de Red qui était revenu entre temps. En effet, en déguisant sa voix avec la vieille technique de « je me bouche le nez », le détective appelait tous les hôtels de la ville en se faisant passer pour le client qui aurait commandé les trois jeux de plateaux. Il ne devait pas y avoir beaucoup de clients comme ça, qui louaient une chambre toute une semaine avec des jeux en même temps. Cela devait vite circuler dans un hôtel, comme rumeur, donc, tout le personnel devait être au courant.

Et finalement, ils eurent une réponse.

Chambre 204 du New Beika Hôtel.

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Kogoro ne parvint pas à ne pas s'énerver. C'était trop pour lui. Pourtant, il aurait dû s'en douter, vu qu'on lui faisait le coup à chaque fois.

- Mais pourquoi faut-il que vous aussi vous soyez là ?! s'indigna le détective Mouri.

L'homme était assis à l'avant de la voiture de location qui était conduite par l'un des clients, les deux autres à l'arrière avec Ran au milieu qui avait les deux petits garçons sur ses genoux. La lycéenne avait tenté de s'expliquer, bien embêtée auprès de son père, mais les enfants la prirent de vitesse :

- Ce n'est pas juste, Kogoro-occhan ! protesta d'un ton enfantin Conan. Je suis sûr que lorsque vous aurez fini votre travail, vous allez empocher l'argent et manger sans nous dans un bon restaurant de l'hôtel !

- Moi aussi je veux goûter à la nourriture de l'hôtel ! renchérit Red. Thatch-nii-san m'a donné pour mission de saboter tous les concurrents ! Il veut tooooous les clients de la zone dans son restaurant ! Donc, pour ça, faut que je mange chez eux !

- La dernière chose pour laquelle j'ai envie de payer, c'est pour ton estomac, surtout si tu cherches à engloutir les réserves des restaurants !

- Ce n'est pas bien grave, Mouri-san ! assura Naito-san avec un sourire. Quand nous aurons retrouvé Itakura-san, nous vous inviterons pour un bon repas.

- Vous n'voulez pas payer pour ce sale gosse, sauf si vous voulez vous ruinez ! grommela le détective en regardant de nouveau vers l'avant.

Red afficha un énorme sourire, presque angélique, qui ne trompa pas le moins du monde Conan.

Oui, Red avait un trou noir dans l'estomac.

Ils finirent par arriver à l'hôtel où leur homme se cachait et descendirent tous de voiture, Ran marchant derrière le groupe en tenant la main de Conan et de Red pour avancer tout en s'assurant que personne ne trébuche sur la canne blanche de l'aveugle.

- Une chose m'échappe, avoua Kogoro alors qu'ils allaient entrer dans l'hôtel. Vous êtes rivaux sur le marché, non ? Pourquoi êtes-vous venus ensemble chez moi ?

Apparemment, suite au mail, ils avaient compris qu'il travaillait sur trois projets à la fois, faisant qu'ils avaient cherché à savoir qui était les concernés, et donc, avait appelé tous leurs rivaux dans le domaine, pour finir par se trouver.

Et une nouvelle dispute éclata entre les trois pour savoir à qui revenait le mérite d'avoir pensé à Kogoro, etc, etc. Cela soula rapidement le détective qui se disait qu'il aurait dû prendre l'argent et les laisser gérer seul la suite. Il jeta un coup d'œil à sa montre pour voir avec peine que le feuilleton de sa chère Yôko était terminé.

Regarder sa montre s'avéra être une erreur, puisque cela fit réagir les trois clients. Ils l'avertirent sur le côté maniaque de Itakura qui n'aimait pas les montres bons marchés et qui attendait à ce que ses visiteurs, en plus d'une belle montre, en ait une neuve. Donc, Kogoro, avec sa montre bon marché, allait déguster. Il ignora la conversation derrière lui sur les protestations des uns et des autres sur le fait qu'ils aient de vraies montres de marque et non pas des imitations (qui avait besoin de savoir que Sôma-san avait acheté la sienne il y a cinq jours ?). Ils passèrent les portes de l'hôtel et se dirigèrent dans l'ascenseur.

- On sera serré ? demanda Red en fronçant les sourcils alors qu'ils s'arrêtaient devant l'ascenseur.

- Oui, pourquoi ? s'enquit Naitô-san en regardant l'enfant.

- Tu veux qu'on prenne l'escalier ? proposa Ran avec un sourire.

- Je vais me débrouiller, assura l'aveugle.

- Il n'y a aucune honte à demander de l'aide, tu sais. Viens, on y va.

Elle prit la main d'un Red déprimé et l'entraîna avec elle vers l'escalier en disant que ça leur ferait du sport et qu'ils pourraient toujours prendre l'ascenseur à un autre étage.

Le reste du groupe se serra dans l'habitacle, laissant le petit Conan au milieu. Naitô-san fut le dernier à entrer et on lui demanda donc d'appuyer sur le vingtième. Au lieu pousser directement sur le bouton, Conan vit l'homme effleurer les signes en braille à côté des boutons, avant d'appuyer sur le numéro vingt.

Conan regarda les chiffres en plein défilé au fur et à mesure qu'ils montaient.

Et à chaque étage, son cœur battait de plus en plus vite sous l'inquiétude qui devenait rapidement terreur et panique. Il commençait à douter de ce qu'il faisait. L'homme qu'il allait rencontrer avait eu des contacts avec les membres de l'Organisation. Cela n'était pas prudent de laisser Kogoro et Ran entrer en contact avec cet homme, du moins, pas sans les mettre en garde. Sans compter que le « je n'ai plus rien à faire avec toi » de Tequila pouvait être interprété comme « je n'ai plus besoin de toi, je vais te tuer ».

Chacune de ses sombres pensées faisaient dégouliner de la sueur froide sur son visage et dans sa nuque alors qu'il blanchissait à vue d'œil, son cerveau tournant à cent à l'heure en envisageant toutes les possibilités.

Itakura-san pouvait être l'un des leurs. Ou alors, l'Organisation pouvait être déjà sur place pour l'éliminer, voir déjà dans la chambre.

Conan baissa la tête avec un sourire forcé, essayant de se rassurer, totalement ignoré par les adultes.

Il se faisait du souci pour rien. Cela faisait déjà deux ans que Tequila avait tenu ce discours à Itakura-san. Si ça avait été vraiment son intention, il l'aurait fait éliminer depuis longtemps. Sans compter que si le programmeur avait été un membre de l'Organisation, il aurait évité de recevoir Sôma-san au même moment que Tequila. Il n'aurait pas pris le risque que quelqu'un qui parle facilement et beaucoup voie un homme comme lui.

L'ascenseur s'ouvrit enfin sur le vingtième étage et tout le monde sortit.

Conan savait qu'il devait demander directement et habillement à Itakura-san ce qu'il en était sur la présence de Tequila chez lui. Il n'aurait pas de réponse avant ça. En avançant lentement, ils parvinrent jusqu'à la porte de Itakura et sonnèrent après avoir remarqué le panneau « ne pas déranger » accroché à la porte.

Pas de réponse.

- Il est peut-être sorti manger, proposa l'un des clients. Nous n'avons qu'à l'attendre devant la porte.

Conan remarqua un garçon d'étage ouvrir la porte à un client à proximité.

C'était l'heure de l'improvisation.

Le garçonnet l'interpella d'une voix urgente en disant que leur ami avait oublié qu'ils venaient et qu'il était sorti, mais que lui, eh bien, il devait rapidement entrer sous peine de faire dans son pantalon. Le choix était vite fait et la porte leur fut ouverte, permettant à Conan de faire semblant de foncer aux toilettes alors que les adultes remerciaient le garçon d'étage.

- Vous avez fini par prendre l'ascenseur ? s'étonna Kogoro en regardant sur le côté d'un couloir pendant que Conan se faisait complimenter sur son ingéniosité.

- Red-kun a fait une crise, alors, j'en ai profité, répondit la voix de Ran. Itakura-san est là ?

Elle arriva devant la porte, portant Red endormi dans ses bras.

Conan allait lui répondre mais Sugai-san le devança depuis le seuil de la chambre de la suite hôtelière.

- Oui, il est là et on aurait pu attendre longtemps avant qu'il nous réponde. Je crois qu'il s'est endormi sur son bureau, au beau milieu de son travail.

Le petit garnement passa entre les jambes des adultes pour voir l'intérieur de la chambre. L'homme, Itakura, était assis à son bureau, la tête sur le meuble devant son ordinateur portable visiblement toujours allumé, les bras repliés entre le bureau et sa poitrine, la tête tournée à l'opposé de l'entrée.

Quelque chose manquait.

Quelque chose clochait.

Sans compter la position assez bizarre de l'homme endormi, Conan avait l'impression qu'il manquait quelque chose ici sans arriver à mettre le doigt dessus. Les clients allèrent réveiller le dormeur, le secouant gentiment.

Itakura glissa de sa chaise, tombant comme une masse sur le sol, les yeux grands ouverts, de la bave séchée sur son menton.

Kogoro entra immédiatement en action, repoussant tout le monde, avant de donner le résultat :

- Il est mort et ça fait déjà plus d'une journée…

Ran déposa Red contre un mur à côté du sac de voyage du défunt et fila prévenir la police.

Pendant ce temps, Kogoro et Conan observèrent le bureau. Avec les pastilles renversées, on pouvait penser à une attaque cardiaque. Il aurait voulu prendre ses médicaments, mais dans la panique, il aurait échoué.

Alors que tout le monde gémissait sur la mort du concepteur de jeu, Conan s'arrêta sur les mains et la bave du mort. À quatre pattes sur le sol, il serra les dents de colère. Pour lui, ce n'était pas le cœur le responsable, c'était un assassinat, il en était certain. Un meurtre camouflé en crise cardiaque. Mais pourquoi ça ?

Pourquoi n'arrivait-il jamais à temps pour récupérer des indices qui menaient à cette sombre organisation ?!

Red s'agita en revenant à lui, cognant par erreur le sac à côté de lui, attirant l'attention de Conan.

Là, sur le dessus du sac de voyage ouvert, une disquette attira son attention.

Un Journal Intime informatique, s'il en croyait l'étiquette.

Conan se leva et se rapprocha du sac.

Itakura était peut-être mort sans avoir pu parler de sa rencontre avec Tequila, il y a deux ans, mais en supposant que cette disquette contienne le compte rendu de ses journées, jour après jour, il pourrait peut-être apprendre la raison de cette entrevue.

Le garçon tendit une main tremblante vers la disquette.

Peut-être qu'en examinant le contenu de cette disquette, il pourrait découvrir ce que manigançaient les Hommes en Noir…

- AAAAAAAAAH !

- ET ALORS ?! DEPUIS QUAND ON FOUILLE DANS LES AFFAIRES D'UN MORT ! s'énerva Kogoro en le saisissant par le col pour le soulever du sol.

Et il relâcha plus loin l'enfant, avant de faire subir le même sort à Red qui se mit à l'insulter copieusement. Le coup sur le crâne du D. augmenta la cacophonie quand le détective Mouri secoua sa main toute rouge qui avait triplé de volume suite à l'impact avec la tête de l'enfant.

- C'est quoi on problème ? s'enquit Red en retirant ses lunettes de son crâne pour les examiner manuellement afin de s'assurer que Kogoro ne les avaient pas cassées.

Conan adressa un regard noir à l'adulte alors qu'il s'éloignait avec son camarade.

- Itakura est mort, mais il a un journal intime sur disquette. J'ai voulu le récupérer mais Mouri m'en a empêché, marmonna le petit détective.

- Ah. Tu aurais pu me le dire, je l'aurai volé, pointa le pirate.

- C'est mon erreur. On ne peut pas récupérer l'objet parce que, pour l'instant, c'est encore une pièce à conviction. Si je veux pouvoir l'examiner, il faut que je fasse comprendre à Mouri ce qu'il s'est réellement passé.

- Laisse-moi deviner, tout le monde pense à un accident, une mort naturelle, mais c'est un meurtre, c'est ça ? Tu sais, à ce rythme, ta présence va devenir la cause de mortalité la plus importante de ce pays. Je commence même à me demander qui de nous deux a vu le plus de morts, à cause de la poisse que tu traînes.

Conan roula des yeux et scruta la pièce, regardant le trio qui avait engagé Mouri, penché sur le corps du défunt. Il y avait une forte probabilité que celui qui avait voulu faire croire à une attaque cardiaque soit l'un des trois.

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La police était au rendez-vous, encore une fois, avec la même équipe de pro.

- Il y a encore quelques années, Itakura-san était très célèbre pour ses conceptions d'effets spéciaux dans les films, raconta Takagi.

- C'est vrai que j'ai dû voir son visage une ou deux fois à la télévision, admit Megure de là où il s'était accroupi près de la tête du défunt. Quelle est la cause de la mort ?

Le médecin légiste lui répondit que sans examen approfondi, ça sera difficile à dire, surtout au vu du manque de blessure. Cependant, la présence de pilules pour la régulation cardiaque laissait suggérer une crise cardiaque ayant entraînait la mort. L'état de la cornée et le durcissement du corps après décès indiquaient qu'il était mort il y a environ deux jours.

Chiba revint à cet instant avec des nouvelles du cardiologues du défunt, leur annonçant que leur homme était dans une situation critique à la base. Prendre trois fois par jour ses médicaments était une nécessité s'il voulait rester en vie. Et apparemment, il avait prévu de se faire opérer après avoir terminé son travail actuel.

- Ce qui nous mène donc à la conclusion d'une mort naturelle et non pas d'un meurtre. Il semblerait que cette fois, nous n'aurons pas à voir Kogoro l'endormi, n'est-ce pas ?

Megure adressa sa dernière remarque à Mouri qui se tenait debout derrière lui avec un air embarrassé.

Takagi avait cependant une question intelligente que Conan et Red applaudirent mentalement :

- Mais s'il est mort depuis déjà deux jours, pourquoi le personnel de l'hôte n'a-t-il rien remarqué ? Les femmes de chambre passent tous les jours, non ?

C'est là que le groupe d'employés qui avait embauché Itakura se manifesta, disant que l'homme était assez maniaque pour piquer une colère si on bougeait de dix centimètres des dossiers sur son bureau. Il était donc possible que leur homme ait fait une demande pour qu'on le laisse tranquille. Cela attira sur eux l'attention de la police, laissant Kogoro leur expliquait qu'ils l'avaient engagé pour retrouver le défunt.

A voir l'homme malade du cœur qui s'était enfermé dans une chambre d'hôtel, le retrouver mort n'était pas si surprenant.

- Vous pensez vraiment ? intervint Conan qui était revenu vers le corps. Moi, je crois qu'il aimait la propreté.

- Hein ? demanda intelligemment Kogoro.

- Ben oui ! Quand on est arrivés, il était assis sur sa chaise et avait le visage contre son bureau, pourtant, il n'y avait aucune trace dessus !

Kogoro jeta un œil dubitatif au bureau en lui demandant de quoi il parlait.

- Ben oui, de bave ! lui dit Conan avec ses mains dans les poches. Vu qu'il a bavé, il aurait dû en laisser sur le bureau ! Mais comme il aimait la propreté, il a dû l'essuyer !

Ace essaya de ne pas rire quand Conan se prit l'engueulade du siècle de la part de Kogoro qui lui demandait depuis quand un homme à l'agonie incapable de prendre ses médicaments pouvait se permettre de nettoyer sa bave.

- Dans ce cas, qui l'a essuyée ? demanda pensivement Megure.

La question prit Kogoro de court. Le point était valide, après tout.

- Sans parler que personne ne m'avait encore dit que Itakura-san était assis sur sa chaise quand vous l'avez trouvé.

- Ils pensaient qu'il était endormi et ils ont voulu le réveiller. Il est tombé à cet instant et c'est comme ça que tout le monde a compris qu'il était mort, expliqua Ran.

- Dans ce cas, il y a un autre point qui est bizarre, intervint le légiste avec les nouvelles informations. La position des mains du cadavres n'est pas naturelle ! S'il était réellement mort dans cette position, les mains auraient été prises entre le corps et le bureau, ce qui ferait qu'en durcissant, cela aurait laissé des marques, marques qui sont absentes à cet instant.

- Alors, Itakura-san ne serait peut-être pas mort à son bureau ? supposa Megure.

- Mais enfin, Megure-keibu ! Le corps a pourtant durci exactement dans cette position assise, non ? protesta Kogoro. S'il avait été juste assis, les bras auraient balancé le long du corps et s'il avait été allongé, le corps aurait durci avec les jambes tendues et non pliées. Pour qu'il prenne cette position, il faudrait attacher le corps sur cette chaise avec les deux bras repliés, sinon, ça ne marche pas…

Le duo s'arrêta dans leur débat, réfléchissant à ce que Mouri venait de dire alors que Conan était à deux doigts de faire une dance de la joie. Oui, l'accident devenait un meurtre si on supposait que la victime avait été attachée et qu'ainsi, elle n'avait pas eu accès aux médicaments qui lui étaient vitaux.

Cependant, pour corroborer cette théorie, il aurait fallu des marques de cordes sur le corps, chose qui était absente, même s'il avait de légères marques de pressions sur le corps en allant des épaules jusqu'aux genoux.

- Mais qu'est-ce que ça signifie ? demanda Megure en essayant de comprendre la raison de ses pressions.

- Euuurg ! Beurk ! C'était un porc ! Ahh ! grimaça Red qui avait fini par on ne sait quel tour sur le lit. Il aurait pu changer sa couverture ! Elle est toute collante !

Un frisson théâtral accompagna sa langue tirée alors qu'il essuyait méthodiquement ses mains sur son sweat alors que Ran se précipitait sur lui pour le sortir de là. Mais le message était passé à Megure qui avait entendu le commentaire soi-disant innocent de l'enfant. Il venait de comprendre le tour. Le meurtrier avait très certainement dû enrouler Itakura-san dans une couverture, l'asseoir sur la chaise et le maintenir en position avec du ruban adhésif. En utilisant un coussin, il aurait pu le forcer à conserver une certaine position. Comme ça, il ne restait aucune trace disant qu'il avait été attaché.

- Dans ce cas, la chaise a dû être fixée aux pieds du bureau, nota Takagi qui examinait l'un des pieds du meuble en question. Apparemment, ça a été nettoyé, mais il reste encore un peu de colle du ruban adhésif.

- Autrement dit, le meurtrier a dû endormir Itakura-san à l'aide d'un somnifère, supposa Megure, Après quoi, il l'a attaché à une chaise qu'il a fixé dos au bureau pour l'immobiliser. Suite à ça, il est sorti quelques temps de la pièce pour ne revenir seulement quand il fut certain que l'homme était bien mort. Une fois que la crise cardiaque a fait son office, et juste au moment où le corps commençait à durcir, l'assassin est revenu pour enlever le ruban adhésif et la couverture, pour finir par changer l'orientation du corps et a fait en sort que l'on croie à une mort naturelle !

Megure donna des ordres à son équipe pour savoir si des personnes suspectes avaient demandé à joindre ou rencontre leur défunt, ou si eux-mêmes avaient rencontré des gens bizarres. Et étrangement, ça ramena quelque chose en mémoire à Kogoro qui raconta à son ancien supérieur comment il était arrivé jusqu'ici.

- L'idée a bien marché puisque j'ai réussi à retrouver la chambre de Itakura-san, mais ensuite, les gens au bout du fil se sont mis à rire en disant « encore ?».

Cela voulait clairement dire que quelqu'un d'autre c'était fait passer pour Itakura. Et Takagi revint rapidement avec la confirmation en disant qu'un homme qui parlait doucement les avait appelés avant Kogoro. Par la suite, ils avaient contacté Itakura dans sa chambre, mais celui-ci avait nié avoir passé un appel. De toute évidence, cet homme mystérieux était le meurtrier.

- Mais comment savais-tu qu'il avait emprunté ces trois jeux à l'hôtel ? demanda suspicieusement Megure.

- Grâce au mail, répondit Kogoro. J'ai pu voir le message vidéo qu'il avait envoyé à ces trois messieurs – il montra du menton les trois hommes en question – et on le voyait assis dans une chambre d'hôtel avec ces trois jeux devant lui.

Et malheureusement pour eux, avec les circonstances actuelles, ça faisait d'eux des suspects. Ce qui, bien entendu, amena des protestations. Qui serait assez fou pour revenir sur les lieux du crime, et surtout faire appel à un détective avec le talent de Mouri Kogoro. Sans compter qu'il leur fallait des preuves.

C'était maintenant ou jamais pour Conan.

- Ano…

- Quoi encore ? grommela Kogoro en se tournant vers l'enfant qui se tenait aux pieds de Ran qui avait toujours Red dans ses bras.

- Et si on regardait le journal intime qui se trouve dans ce sac ? C'est sûrement celui de Itakura-san, non ? Si quelqu'un est venu lui rendre visite avant nous, il l'a certainement noté dedans !

Les policiers se penchèrent sur la disquette en question et Takagi se plaça devant le PC pour lire le contenu de l'objet. Apparemment, la victime écrivait son journal depuis cinq ans.

Cela tira un sourire féroce à Conan. Il y avait donc de forte chance que la rencontre avec Tequila y soit écrite.

Une entrée d'il y a trois jours les interpela tous. C'était la discussion avec l'employé de l'hôtel qui lui avait rapporté l'étrange appel qu'ils avaient reçu. À cela, il avait dit qu'il supposait qu'une des trois entreprises l'avait retrouvé, mais que ce n'était pas grave puisqu'il pouvait toujours changer d'hôtel.

- Il n'y a pas la suite ? demanda Megure qui se tenait derrière le Takagi à l'ordinateur.

- Euh non… répondit l'inspecteur.

- Eh bien, dans ce cas, je vais la remettre à sa place ! annonça Conan en se précipitant vers le lecteur de disquette.

Avec une main fébrile et des yeux brillants, il éjecta la disquette.

Tac !

Megure récupéra la disquette avant que Conan ne s'en empare, disant à son collègue qu'il préférait la remettre au laboratoire pour analyse.

- Oui, accorda Takagi. Il y a peut-être d'autres indices dans les pages des jours précédents.

Conan jura mentalement.

Si la police mettait la main sur cette disquette, il pouvait faire une croix dessus, parce qu'il ne la reverrait plus.

- Laisse-moi te le dire, s'il te plaît… souffla Red qui venait de le rejoindre avec un sourire de coin moqueur.

- Me dire quoi ? s'enquit avec méfiance son camarade d'infortune.

- Toi, Kudô Shinichi, tu es pathétique ! lui dit joyeusement le D. en baissant la voix sur le nom de son interlocuteur.

- Boucle-la, Dawn, grommela Conan, vexé. Aide-moi plutôt à avoir une idée pour résoudre cette affaire en prouvant que cette disquette n'a rien à voir avec tout ça pour qu'on puisse la récupérer.

- Si tu m'avais demandé mon aide bien avant, j'aurais pu la voler sans difficulté. Mais monsieur n'aime pas quand je fais les poches des gens, donc, je ne peux pas l'aider à reprendre la disquette.

- La ferme et aide-moi à réfléchir. On sait qu'ils sont trois à avoir reçu le mail, on a donc trois suspects, et qu'il y a trois jours, quelqu'un a retrouvé sa trace. Naitô-san avait demandé un jeu d'échec, Sugai-san un jeu de Go et enfin Sôma-san un jeu de shôgi.

- Et tout ça nous fait une belle jambe, nota Red en se laissant aller contre le mur en jouant d'un air absent avec sa canne blanche.

- Tu ne m'aides vraiment pas, Dawn. Allez, réfléchi Conan, tu vas trouver quelque chose… un indice qui mène au meurtrier… se secoua le petit détective en se mettant à tourner autour du bureau.

Et la grâce lui tomba du ciel juste en suivant.

Le légiste avait trouvé une marque de mauvaise circulation sur l'une des chevilles à cause des chaussettes. Pourtant, la seconde n'avait pas la trace de l'élastique.

Pour Conan, cela voulait donc dire qu'on lui avait remis sa chaussette après sa mort. Il était possible que le défunt ait retiré exprès l'une de sa chaussette. Le petit détective fit le tour du bureau pour se positionner là où la victime avait dû être pendant qu'elle agonisait et regarda autour de lui pour savoir pourquoi il avait dû se débarrasser de sa chaussette. Son regard tomba sur le plateau de Go et il retint une exclamation. Il avait trouvé qui était l'assassin et avec de la chance, il arriverait, en même temps de sa déduction, à récupérer la disquette.

.


.

La police était en train de tout remballer. Le corps était emmené et Takagi mettait la disquette sous plastique. Il restait le cas des témoins qui voulaient partir, soi-disant que c'était un hasard qu'ils aient suivi Mouri dans la chambre.

- Bon ! Nous avons la certitude que monsieur Itakura a bien été tué par quelqu'un, mais nous ne disposons d'aucune preuve qui désignerait le coupable, nota Megure. Aussi, je pense que vous je vais vous demander de revenir vous présenter à nouveau au commissariat dans les prochains jours.

- Oui ! renchérit joyeusement Kogoro. Ce serait mieux ! J'ai enregistré un feuilleton et je me demande si ça a bien marché… et puisque c'est le commissaire qui le propose…

- …Je pense qu'il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin, conclut la voix du détective.

- Quoi ? demanda Megure en regardant Mouri.

- Euh… je… qui a parlé ?! bégaya Kogoro en cherchant la personne qui se faisait passer pour lui.

- Ce que je veux dire, poursuivi Conan par le nœud papillon, c'est qu'il est un peu tôt pour libérer les suspects.

Conan fit mouche avec sa montre car le dard toucha Kogoro dans la nuque avant de reprendre ce qu'il disait en regardant Kogoro tomber vers l'arrière, quasiment sur lui :

- Tout simplement parce que le coupable est sous nos yeux…

Red recula de son perchoir sur le lit pour ne pas se faire percuter par Kogoro qui s'effondra sur la couverture, les bras levés.

- … prêt à lever les bras en signe de victoires. La maladresse du commissaire a fini par être un atout.

- QUOI ?! gronda Megure. Mouri, ne soyez pas vexant quand même !

- Enfin, otousan ! Ce n'est pas une façon de parler à la police ! rouspéta Ran.

Toujours assis sur le lit, Red tendit ses jambes devant lui jusqu'à sentir les épaules de Kogoro en se repérant par rapport à la voix de Conan. Ainsi, il poussa l'homme hors du lit, aidant son camarade à positionner l'adulte assoupi dans une posture plus naturelle.

- Je veux des explications sur ton cirque, Mouri ! On sait déjà que quelqu'un a attaché Itakura-san à une chaise pour l'empêcher de prendre ses médicaments ! Si tu as quelque chose de plus à dire, c'est le nom de l'assassin, alors parle !

- En effet, je sais qui est le coupable, après tout, c'est Itakura-san qui me l'a dit.

- Ok, le vieux a pété un boulon si maintenant il entend les morts, annonça clairement Red en essayant de ne pas rire.

- Je suis d'accord avec le gamin, tu n'as pas intérêt à me dire que tu entends les morts, marmonna Megure.

- Non. Je parlais de ses chevilles. Vous les avez vues, Megure-keibu. Sur celle de droite, il n'y a pas de trace de chaussette. Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque le meurtrier est revenu dans la chambre, il a vu qu'il manquait une chaussette à Itakura-san. Il a pensé que ce n'était pas naturel et il a donc choisi de remettre sa chaussette à sa victime déjà morte depuis un certain temps. La question est donc de savoir pourquoi il a retiré sa chaussette.

- Alors ? insista Megure.

- Il avait le pied qui le grattait ? proposa Red. C'est horrible les démangeaisons juste sous la plante. S'il avait les bras attachés, il lui restait que les pieds pour se gratter.

- Red-kun, laisse otousan finir son explication sans dire de bêtise, gronda gentiment Ran en retirant le garçon du lit pour le ramener auprès de sa canne blanche.

- Si on ignore le commentaire inutile du gosse, vous saurez que s'il n'avait pas retiré sa chaussette, il n'aurait rien pu saisir, ou déplacer…

Conan laissa la phrase en suspens, le temps que la police trouve ce que le défunt aurait pu faire avec un pied. Ce fut Takagi qui le remarqua : le plateau de Go avec les pions presque tous renversés par terre en contraste avec ceux soigneusement aligné sur le plateau.

- Oui, confirma Conan. Des pions de Go. Itakura-san, avant que les effets de la dernière prise de ses médicaments ne se dissipent, a disposé des pions de Go sur le plateau avec ses doigts du pied droit pour nous laisser un dernier message.

Takagi et Megure se penchèrent sur le plateau de Go, cherchant à comprendre dans l'alignement de pièces un message, mais ils ne voyaient rien d'écrit à cet instant. Pour eux, c'était plus une partie de Go en cours.

- Afin que tout le monde comprenne, je vais demander l'aide du commissaire pour la démonstration, annonça Conan avec la voix de Kogoro.

Bon, c'était maintenant que tout se jouait pour la disquette.

- Inspecteur Takagi, donnez au commissaire la disquette contenant le journal, ainsi qu'une autre disquette neuve qui se trouve dans le sac de Itakura-san.

Perplexe, le jeune inspecteur s'exécuta et donna les deux disquettes au commissaire qui s'installa au bureau, devant l'ordinateur.

- Quel rapport avec le message laissé ?

- Les explications arrivent… patience. Lancez l'ordinateur, je vous prie.

- Je le lance ? répéta Megure.

Perplexe, il prit l'ordinateur portable à deux mains en se relevant, laissant pendre tous les fils qui le rattachait au courant et à internet.

- Je le lance de quelle manière ? Comme ça ? demanda l'homme perdu en faisant mine de jeter l'objet.

- NON ! Megure-keibu ! intervint Takagi en l'empêchant de mettre à l'œuvre son idée. Lancer signifie faire démarrer, ou mettre le contact.

Et avec un sourire nerveux, Takagi reprit l'ordinateur pour le reposer sur la table de bureau et appuya sur le bouton de démarrage.

- Oui, je sais, je plaisantais ! se défendit Megure avec un ton qui ne trompa personne.

- Ensuite, ouvrez les données du journal et copiez-les sur votre bureau. Enfin, collez-les sur la disquette vierge.

- Ouvrir… copier… coller ? marmonna Megure clairement perdu dans ce charabia informatique.

- En fait, il suffit de recopier le contenu du journal sur une autre disquette vierge, lui dit Takagi en prenant la main de son supérieur sur la souris pour le guider dans l'acte. Comme ça…

- Dis donc, Mouri, si tu fais ça pour montrer mon ignorance en matière d'informatique…

- Pour finir, éteignez l'ordinateur.

Megure soupira et en bougonnant appuya sur le bouton d'extinction de l'ordinateur en dépit du fait que Takagi lui dise de ne pas le faire.

- Vous ne devez pas l'aider, Takagi-keigi, pointa Conan.

- Ahah ! rit narquoisement Megure en se retournant sur la chaise du bureau pour regarder Mouri. Les appareils électriques, c'est très simple. Il suffit de retirer la prise pour les éteindre !

Il se leva avec agacement pour aller aux prises et débrancher le câble d'alimentation en dépit du hurlement de Takagi.

- Nanda ? demanda d'un air penaud le commissaire bedonnant en se relevant avec la prise toujours en main.

- Vous ne devez surtout pas faire ça ! En coupant le courant de cette manière, vous risquez d'effacer toutes les données contenues dans l'ordinateur ! lui expliqua Takagi.

- Mais quand j'ai appuyé sur le bouton pour éteindre, ça n'a pas marché, alors…

- C'est fait exprès ! C'est une mesure de sécurité pour éviter de couper le courant trop soudainement !

- Oui, c'est quelque chose qu'un utilisateur averti ne fera pas. De même, les termes ouvrir, copier, coller et lancer une application sont des termes que seuls les habitués peuvent comprendre. Maintenant, je pense que vous avez compris ce qui est écrit sur le plateau de Go.

Les policiers revinrent vers le plateau, mais c'était toujours du charabia.

- A défaut, adressez-vous à Red-kun, il pourra vous faire la lecture.

- Eh ? Ore ? s'étonna Red de là où il se tenait contre un mur avec Ran.

Conan ne donna pas plus d'explication. Profitant que Sugai-san se soit rapproché pour voir le plateau, le petit détective fila vers l'ordinateur et récupéra discrètement la copie du Journal Intime, écoutant d'une oreille les explications de l'expert en Go sur les erreurs du plateau qui disait qu'on n'avait pas le droit de laisser un pion encerclé par l'adversaire en jeu.

Le petit détective fronça les sourcils.

C'était quoi cette présence qu'il sentait ?

- Qu'est-ce que tu fais, Conan-kun ? demanda Ran alors que le garçon venait tout juste récupérer la disquette.

Conan manqua de faire un arrêt cardiaque et se retourna en cachant dans son dos la disquette.

- Tu ne caches pas quelque chose, qui pourrait nuire au travail des policiers, n'est-ce pas ?! gronda la demoiselle en se rapprochant du garçon blanc comme un lingue et mort de trouille.

- Euh… non… rien… rien du tout… balbutia l'enfant.

- Alors dis-moi ce que tu fais là !

« Réfléchis Conan, allez, vite ! » s'encouragea le petit détective.

Il jeta un regard à l'ordinateur et répondit immédiatement :

- Euh… je… je trouvais qu'il y avait une ressemblance avec le jeu de Go. Les petits signes bizarres qui sont collés sur les touches ! Dawn a la même chose sur le portable qu'il a en classe !

- Des signes bizarres ? Ah ! C'est du braille, non ? nota Ran en observant les touches. Tu fais comme ça en classe, Red-kun ?

- Agasa l'a fait pour moi, répondit laconiquement l'aveugle en haussant des épaules.

- À ce propos, c'est vrai que Itakura-san avait, tout comme moi, une vue très basse, il m'avait dit qu'il connaissait ce langage, pointa Naitô-san.

- Le braille… réfléchi Takagi. Mais oui ! Je comprends ! Un langage que seuls les habitués peuvent saisir ! Mais alors, si c'est bien du braille…

Naitô-san s'avança puisqu'il pouvait les lire, ajustant ses lunettes pour voir mieux le plateau. D'abord, ça ne lui dit rien du tout, puis, en faisant abstraction des pièces blanches sur le plateau, un message lisible lui apparut, qu'il déchiffra pour tout le monde.

Le meurtrier est Sôma.

La preuve la montre.

L'homme se défendit, disant que quelqu'un voulait lui faire porter le chapeau, mais Conan le coupa en disant qu'il portait encore sur lui une preuve irréfutable de son acte.

- Mouri, attends un peu… ne va pas si vite dans tes explications, on a du mal à te suivre, dis-nous d'abord qu'elles sont les preuves qui l'accusent…

Conan fit un lourd travail sur sa respiration, essayant de calmer son cœur qui battait à la chamade et de retrouver son calme. Il glissa une main dans sa poche, là où la copie du journal se trouvait. Il n'avait plus besoin de s'en soucier, tout allait bien à ce niveau.

Il reprit son calme et recommença ses explications avec plus de clarté avec la voix de Kogoro :

- Itakura-san savait que son bourreau reviendrait dans cette pièce achever sa mise en scène. Il fallait couper le ruban adhésif et libérer le corps de la couverture. Pour cela, il devait laisser un message codé que Sôma-san ne puisse ni comprendre, ni voir, parce que sinon, il risquait de l'effacer. Par ailleurs, il était certain qu'après être venus tous les trois ici, lorsque la police vous aurait interrogés, on vous aurait montré une photo du plateau de Go ! Il était très probable que Naitô-san comprenne, puisqu'il avait les mêmes problèmes de vue que lui, qu'il lisait les étages de l'ascenseur à partir des inscriptions en braille. Sugai-san avait commandé un logiciel de Go. Par conséquent, il verrait certainement les anomalies du plateau et si quelqu'un venait à penser que cela était peut-être un message codé, alors, il y avait une chance qu'une personne comprenne un jour !

- Je vois. Bon, et la montre qui doit être une preuve ? demanda Megure.

- Sôma-san porte une montre en ce moment. Cela faisait une semaine que Itakura-san avait disparu. On sait qu'il était très regardant sur les montres et qu'il avait une mauvaise vue. La première fois que vous êtes venu dans cette chambre, il est évident que Itakura-san a regardé votre montre, que vous avez acheté il y a peine cinq jours.

Il était donc probable qu'on y retrouve les empreintes.

L'homme fini par avouer son crime.

Le motif ?

Une histoire d'il y a vingt ans, alors qu'ils commençaient tout juste à se lancer dans leurs carrières respectives, ils s'étaient fixés comme objectif de créer un jeu de shôgi capable de défier les plus grands. Cependant, il y a trois jours, alors qu'il était venu le rejoindre pour parler de ça, il s'était entendu dire « trop tard ». Pendant vingt ans, Sôma y avait cru, il avait rassemblé des données sur les meilleures parties de shôgi, recevant à chaque fois le message « on y est presque ». Il y avait cru. Il avait même emprunté de l'argent. Pour finalement, entendre « trop tard ». Sans parler du fait qu'il s'était plaint plus d'une fois que le jeu n'avançait pas.

Cependant, la triste réalité était qu'en vingt ans, ils avaient vieilli et s'étaient éloignés, faisant que les rêves changent.

Mais la mort ne permet pas de remonter le temps à une époque où le « trop tard » n'était pas d'actualité. Un temps où ils étaient deux jeunes buvant et rêvant.

.


.

En sentant la neige sur son visage, Red ne savait pas s'il devait maudire le kairoseki qui pendait sur sa poitrine ou pas. Alors que Megure recommandait au groupe de prendre un taxi parce qu'il avait encore des détails à régler avec Kogoro, Red remit sa casquette sur son crâne et remonta sur son nez son keffieh pour se protéger du froid. Une main dans la poche pour la garder au chaud, l'autre ouvrant sa route avec sa canne, il marcha aux côtés de Ran qui tenait une main de Conan.

Il sentait son camarade préoccupé par autre chose que la marche. Il devait certainement se concentrer sur la copie de la disquette dans sa poche, qui représentait un indice sur la longue route contre les Hommes en Noir.

- Dîtes-moi, les garçons… vous croyez que les gens changent ?

- Eh ?

Les deux garçons levèrent la tête vers Ran qui avait le nez en l'air à regarder la nuit tombante.

- Vous croyez que les gens changent ? Que lorsqu'ils sont séparés, vous croyez que le cœur des gens changent ? C'est triste quand même, juste à cause de l'attente…

Red retira ses lunettes du sommet de sa casquette et les mis sur ses yeux pour cacher son émotion. Il percevait le sourire triste de Ran et les larmes qu'elle retenait en vain. Il entendait tout ça dans sa voix.

Comprenant à quoi son amie songeait, Conan sauta immédiatement sur la question pour essayer de la rassurer :

- Ne t'en fait pas, Ran-nee-chan ! Je suis sûr que Shinichi-nii-san ne change pas ! Qu'il est comme tu l'imagines ! C'est pour ça que tu n'as pas à t'inquiéter du…

La voix du garçon mourut devant les larmes de la lycéenne.

- Si seulement toi, tu pouvais être Shinichi… souffla-t-elle en larme. Je suis bête ! Qu'est-ce que je raconte !?

Elle se mit à essuyer ses larmes sous le regard triste du petit détective qui la regarda pleurer en serrant les dents de rage et de peine. Il aurait tant voulu lui dire la vérité, la rassurer, mais il ne pouvait pas le faire, du moins, tant qu'il n'aurait pas démasqué l'Organisation et mis hors d'état de nuire. Si on apprenait qu'il était vivant, Ran aurait des ennuis.

Regardant avec colère le sol, il ne remarqua pas immédiatement la personne qui sortait de la cabine téléphonique devant eux sur le trottoir nocturne. Ran le vit et s'arrêta, surprise. Conan se figea d'effroi en le remarquant enfin. Les entendant cesser de marcher, Red en fit autant, penchant la tête de perplexité.

L'homme grand et maigre qui venait de sortir en fumant une cigarette était reconnaissable entre mille avec son visage allongé et osseux, accentué par le bonnet noir sur son crâne.

Shûichi Akai…

Les remarquant, il referma la porte de la cabine téléphonique pour s'appuyer contre.

- Encore en train de pleurer ? demanda l'homme.

Conan se demanda pourquoi Red venait de faire un pas en arrière mais il avait autre chose en tête, comme s'assurer que Ran ne s'approche pas de cet individu suspect.

- Comment ? demanda Ran sans même voir que Conan s'était mis devant elle comme pour qu'elle reste en arrière.

- Tu es toujours en train de pleurer, hein ? répéta Akai.

- Et alors ? J'ai le droit, non ?

Et elle s'essuya les yeux.

Conan les regarda tour à tour.

Ils se connaissaient ?

- En fait, tu me rappelles quelqu'un, dit l'homme en mettant ses mains dans ses poches. Quelqu'un qui te ressemblait.

Il les dépassa en marchant tranquillement, emportant avec lui son odeur de tabac.

- Elle portait un masque de sérénité et pleurait dans l'ombre. Une idiote, tu l'auras compris…

- Et toi, ossan, t'es encore plus un manche à balais avec les femmes que la personne avec qui tu partages ta voix, commenta Red.

Akai s'arrêta et se tourna vers l'aveugle qui lui tournait toujours le dos.

- Nan, franchement, c'est la grosse déception. Je sais pas, venant de quelqu'un qui supporte l'autre idiot, j'attendais un peu plus de savoir-vivre ou de délicatesse, mais faut croire qu'il a trouvé un entourage aussi con que lui pour les filles.

- Red-kun ! C'est quoi ce langage ?! s'indigna Ran.

Akai eu un petit rire au commentaire, un sourire jouant sur le coin des lèvres.

- Little Devil, c'est ça ? Fais attention à ta langue, elle pourrait t'apporter beaucoup d'ennuis.

- T'es pas l'premier ni l'dernier à m'le dire, ossan. L'autre abrutit fait partie du nombre !

Akai eut un reniflement narquois et s'éloigna.

Conan regarda son camarade aveugle totalement camouflé entre la casquette, les lunettes et le foulard rouge qu'il avait sur le nez, alors que Ran s'offusquait encore d'avoir été traitée d'idiote. Le petit détective leva enfin le nez vers son amie en pointant l'inconnu qui s'éloignait du doigt.

- Ano, Ran-nee-chan, tu connais ce monsieur ?

- Oui, je l'avais rencontré quand j'étais allée à New York avec Shinichi.

Conan ne se souvenait pas d'avoir rencontré un homme pareil là-bas, mais Ran était positive.

- Alors que j'attendais Shinichi devant un immeuble désaffecté, cet homme est arrivé. Il m'a demandé si je n'avais pas vu un homme japonais avec des cheveux décolorés gris et une barbe.

Oui, il se rappelait de l'immeuble et de l'homme en question, il s'agissait d'un tueur en série qu'il avait rencontré par hasard alors qu'il ne voulait que récupérer un mouchoir de Ran. Il l'avait poursuivi sur le moment. Oui, il se souvenait de cette nuit. Donc, Akai était apparu ce soir-là ?

- Mais je pense que ce n'est pas un mauvais homme, malgré les apparences. Il était accompagné par un autre homme qui portait un blouson avec les inscriptions FBI dans le dos.

FBI ?

Non ?!

Le FBI au Japon ? Qu'y ferait-il ?

Conan tourna la tête vers Akai, mais forcément, l'homme avait disparu.

- Allez, on rentre les garçons ! dit avec enthousiasme Ran en reprenant la main de Conan.

- Oui… souffla le garçon, l'esprit tournant à cent à l'heure.

Est-ce que cet homme appartenait bien au FBI ?

S'il se rappelait de l'affaire, le tueur avait été assassiné alors que le FBI encerclé le bâtiment. Un meurtre maquillé en suicide. Si le FBI avait été là, ils n'auraient jamais laissé une chose pareille arriver. Sans parler que le jour de l'enlèvement de James Black, Haibara avait réagi à sa présence. Si c'est lui qui avait éliminé le tueur et qu'il y avait un lien avec Haibara…

Shûichi Akai… qui était-il ?

- On va appeler Agasa-hakase pour lui dire que tu passeras la nuit avec nous, d'accord Red-kun ?

Un coup de tonnerre résonna dans le crâne de Conan.

Il revoyait dans sa tête la voiture de Akai le jour de l'enlèvement.

Il y avait deux personnes dans la voiture ce jour-là. Akai et un blond. Un homme qui leur avait souri. Un homme aux cheveux blonds en épis et deux yeux ambrés.

Thatch Newgate !

- Ran-nee-chan ! Je vais ramener Dawn chez Agasa ! Ne m'attend pas ce soir !

Et sans laisser le temps à Ran ou Red de dire quoique ce soit, Conan prit son camarade par la main et fila en courant dans la rue, ignorant les nombreuses fois où l'aveugle manqua de trébucher. Plus vite ils seraient chez le scientifique, plus vite il pourrait voir cette disquette et avoir des réponses. Que ce soit sur le contenu de l'entretien entre Tequila et Itakura-san, que sur la relation entre le pote d'Ace et Akai.