le pire est que j'avais fini le chapitre avec la réponse (le 35) mais il m'a fait un gros f* et c'est effacé presque en totalité. J'avance d'autres fics avant de revenir dessus.
Cobra : laisse-moi en finir avec Wa et on verra comment se porte Hermione.
Sur ce, à bientôt !
XxXxX
Heiji et Kazuha étaient de nouveau venus d'Osaka pour quelques jours pour profiter des Mouri (et pour Heiji, prendre des nouvelles de son rival de l'Est toujours aussi minuscule). Au dîner ce soir-là, le fils du Préfet de Osaka avait ramené sur le tapis une vieille affaire avec une avocate peu scrupuleuse qui les avaient séquestrés, Kazuha et lui, pour récupérer des preuves qu'on avait accumulées contre elle. C'était une épreuve qu'ils avaient pu affronter avec l'aide toujours discrète et anonyme de Conan.
- …Et c'est là que je lui ai sorti une phrase qui l'a estomaquée!! raconta Heiji en se servant dans le plat central. «Tu ferais mieux de te rendre maintenant, tu n'es pas de taille dans cette affaire»! C'est ce que je lui ai dit!
Ran et Kogoro étaient assez impressionnés alors que Kazuha (qui avait assisté à tout ça) souriait doucement devant le comportement de son ami d'enfance. Conan se contenta de manger, n'écoutant que d'une oreille ce que disait son rival d'Osaka. Qu'il raconte quelque chose de neuf et ça l'intéresserait plus.
- Mais c'est grâce à vous qu'on s'en est sortis! sourit joyeusement Kazuha à l'adresse de Kogoro qui la regarda sans comprendre. Vraiment, heureusement que vous avez réussi à comprendre le code secret que Heiji avait inséré dans le message!
Les deux jeunes détectives se raidirent en déglutissant.
- C'est vous qui avez collé une raclée à ceux qui nous avaient enfermés et c'est encore vous qui avez appelé la police, n'est-ce pas?! continua joyeusement la demoiselle.
- He?
Kogoro la regarda sans comprendre. Il allait devoir sérieusement consulter un médecin pour ses troubles de mémoire et les voix qu'il entendait, sans parler de cette étrange manie qu'il avait de s'endormir durant les enquêtes et sa tendance à la somniloquie qui permettait apparemment de résoudre des enquêtes. Il aimerait vraiment rester éveillé durant une affaire et la résoudre en étant conscient. Il allait finir par croire qu'il souffrait d'un trouble psychiatrique lui offrant une seconde personnalité qui ne se manifestait que durant ces moments de sommeil, et seulement pour résoudre une affaire.
- Enfin!! Tout ça, c'est fini!! Tournons la page!! s'empressa d'intervenir Heiji en remplissant de bière le verre de Kogoro avec un sourire forcé. Allez! Buvez!!
Conan adressa un regard noir à Heiji.
Pour rappel, c'était cet idiot d'Osaka qui avait lancé le sujet.
- Mais tout de même, quelle déception… commenta tristement Ran. Cette brillante et célèbre avocate avait une activité secrète et malhonnête, et afin de la dissimuler, elle est allée jusqu'à séquestrer Hattori-kun et Kazuha-chan.
- Ceux qui font le plus de mal sont souvent les plus habiles quand il s'agit de le cacher, lui dit sagement Kogoro en buvant son verre de nouveau plein.
- C'est vrai que c'était une femme vile, approuva Kazuha. Elle prévoyait de nous faire brûler, confirma Kazuha.
- Vous faire brûler? souffla Ran avec effroi.
Son amie hocha tristement la tête.
- Elle voulait mettre le feu à sa maison dans laquelle nous étions enfermés, Kazuha, le détective Kusukawa et moi, explicita Heiji. Elle avait l'intention de dire que c'était quelqu'un qu'elle avait condamné qui lui en voulait et qui aurait allumé l'incendie avant de périr dans les flammes.
- Vous avez eu chaud, marmonna Kogoro sans plus d'émotion en continuant de manger. Elle aurait très bien pu aussi mettre ça sur le compte du pyromane qui sévit dans le quartier.
- Un pyromane? répéta Heiji.
- Oui! confirma Ran en tirant un air inquiet à Kazuha. Depuis le début de l'année, quelqu'un déclenche des incendies dans la ville!
Heiji regarda Conan qui, comprenant qu'il lui demandait pour la possible implication de Red, secoua la tête. Non, le pirate n'était pas coupable. Il s'était indigné quand Conan l'avait accusé, disant qu'il ne mettait le feu qu'à ce qui l'embêtait ou le mettait en danger. Les maisons en question, vu qu'il ne pouvait même pas les voir, ne risquaient pas d'entrer dans cette catégorie.
- On parle d'un pyromane, donc, ça veut dire que c'est toujours la même méthode qui est employée? demanda Heiji en rapportant son attention à Ran maintenant qu'il savait que le pirate n'avait rien à voir là-dedans.
- Non, les moyens utilisés sont différents, intervint Kogoro. Mais à chaque fois, sur les lieux de l'incendie, on a retrouvé une figurine en forme de cheval, toute couverte d'un rouge très foncé, couleur de sang!!
- Un cheval rouge? s'inquiéta la jeune fille d'Osaka.
- Je comprends mieux, nota son ami. C'était donc ça le sens de cette expression Cheval Rouge employée par la police.
- Pourquoi le pyromane utilise-t-il un cheval rouge?
- On dit que les flammes, par leur couleur et leur forme, font penser à un cheval rouge. C'est comme ça qu'on désigne les incendies criminels. On parle aussi de chien ou de chat rouge. Il est très probable que le criminel dépose ce cheval rouge en guise de message pour la police, comme pour dire "Je suis un pyromane! Attrapez-moi si vous le pouvez!!".
- Enfin, par chance, il n'y a eu aucune victime à déplorer dans aucun des trois incendies, pointa Kogoro en reprenant son verre. Les gens dont les maisons ont brûlé affirment ne pas avoir possédé d'objet de ce genre chez eux. Il est donc probable que ces chevaux rouges aient bien été déposée par le criminel. Mais de mon temps dans la police, les expressions chien rouge ou cheval rouge n'étaient déjà plus très utilisées…
- C'est peut-être un message pour un policier plus âgé? supposa Heiji. Sinon, quoi d'autre? Des points communs entre les trois incendies? Les propriétaires seraient détestés par la même personne?
- Non, il n'y a absolument aucun point commun entre les trois. Si ce n'est que ces personnes habitent dans la même ville. Les adresses sont éloignées les unes des autres. Le premier incendie était dans le premier district de Rizenchô. Le deuxième dans le district de Toriya-chô et le troisième dans le troisième district de Okuhochô.
Du premier coup d'œil, Heiji vit la logique:
- Dans ce cas, le prochain aura lieu quelque part dans le quatrième district, non?
- Oui, enfin… si le pyromane s'amuse et qu'il déclenche les incendies au hasard, c'est une éventualité. En tout cas, les autorités le pensent puisqu'elles ont demandé aux policiers de tous les quatrièmes districts de la ville, de rester très vigilants, grommela Kogoro dans sa bière.
- Cela fait beaucoup, pointa Ran. Presque chaque quartier de Tokyo a un quatrième district.
- Moi, j'ai ma petite idée sur une maison dans un quatrième district qui pourrait être visée… sourit férocement Heiji.
- Comment? s'étonna Conan.
Il avait autant d'informations que son camarade, mais il n'avait pas la moindre idée de la possible cible.
- C'est le détective Kusukawa qui m'en a parlé. Dans le quatrième district de Haido, quelqu'un aurait aperçu un individu suspect qui rôdait autour de sa maison durant la nuit. On a fait appel à lui, mais Kusukawa-san est toujours hospitalisé, donc, il m'a demandé de le remplacer!
Ébouriffant le crâne de Conan assis juste à côté de lui à la table du salon, Heiji continua avec un grand sourire:
- De toute façon, je ne savais pas où aller pendant ces quelques jours de vacances. Demain, Mouri-san et moi, on embarque le petit et on va voir cette maison!
Conan lui jeta un regard blasé et retourna à son repas.
- Mon père, je comprends, mais pour Conan-kun, ça ne sera pas possible, informa Ran.
- Pourquoi? s'étonna Heiji.
C'était bien la première fois que Ran refusait qu'il embarque Conan. Mais la raison était juste ahurissante pour Heiji
- UNE EXCURSION?! MOI JE VAIS ALLER CHERCHER DES INDICES SUR UNE SERIE D'INCENDIE ET EUX, ILS VONT PARTIR MAIN DANS LA MAIN EN EXCURSION!?
Conan adressa un regard blasé à Heiji. Il n'y pouvait rien s'il devait se faire passer pour un vrai gosse. Sans compter qu'en pleine nature, Dawn avait tendance à devenir incontrôlable, et il n'avait vraiment pas envie de faire la nounou pour un pirate hyperactif.
- Et alors? demanda Kazuha avec perplexité. C'est bien pour un enfant.
- Et la météo? pointa Kogoro. Il pleuvait un peu tout à l'heure, tu sais.
Ran se leva et alla à sa chambre pour revenir avec une petite poupée de papier accrochée à une cordelette, toute souriant et fière d'elle.
- Pas de soucis à se faire, j'ai ça!! Ce Teru-Teru Bôzu a toujours repoussé le mauvais temps à chaque fois que Shinichi avait un match de foot important!
- Waouh!! On se lâche, Ran-chan!! taquina en souriant Kazuha.
La lycéenne tokyoïte prit une intéressante couleur rouge sous son aveu et le sous-entendu de son amie. Elle essaya, tant bien que mal, de se justifier:
- Ano… c'est-à-dire que… je n'aime pas regarder les matchs sous la pluie!
Puis, souriante, elle rassura Conan sur le fait qu'il n'y aurait pas besoin de s'en faire et qu'il ferait beau demain. Pendant que Heiji adressait un regard noir à l'innocente poupée de papier, Conan était lui aussi tout rouge de l'attention qu'avait portée Ran aux conditions de ses matchs quand il était encore au lycée.
Ainsi, après manger, les deux filles accrochèrent la petite poupée à l'extérieur d'une des fenêtres du bureau, adressant une prière pour avoir du beau temps avant d'aller se coucher.
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Le lendemain, ce fut deux lycéennes en pyjama qui ouvrirent la fenêtre pour voir la pluie torrentielle qui tombait sur la pluie, aussi perplexe l'une que l'autre.
- Je ne comprends pas, avoua Ran avec déception. La météo avait pourtant annoncé une journée très ensoleillée.
- Tu t'es peut-être trompée de souhait, supposa Kazuha. En pensant à Shinichi-kun, ça se comprend…
- Mais non, enfin!! se défendit la tokyoïte en rougissant légèrement. Qu'est-ce que tu racontes?
Conan regarda la poupée avec perplexité. C'était très étrange, dans son opinion, parce qu'il se souvenait qu'en l'accrochant dehors, hier soir, elle était tournée vers l'extérieur, alors que là, elle était vers l'intérieur.
Heiji arriva en baillant, et un peu trop souriant, essaya de consoler les deux amies:
- On n'y peut rien, les dieux du ciel sont très capricieux!!
Non… il ne l'aurait quand même pas caché jusqu'au matin? Heiji ne pouvait pas être aussi gamin que ça, si?
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Red n'avait strictement pas la moindre idée de pourquoi il avait été embarqué. Pourquoi ce gamin de Osaka le voulait dans les environs? Il poussa un lourd soupir devant sa situation alors que la pluie finissait par partir pour laisser place à un magnifique soleil.
Trop tard, cependant, pour songer à relancer l'expédition avec Agasa.
- Ton Teru-Teru Bôzu a fini par agir! pointa Kazuha à Ran alors qu'ils accompagnaient les filles dans leur shopping jusqu'à l'heure du rendez-vous. C'est un peu tard, mais bon…
Ran regarda le soleil, contente de le revoir, même si c'était trop tard pour l'excursion des garçons.
- Oui, ça a presque marché… commenta Heiji d'une petite voix.
- Toi, tu vas finir par t'attirer des ennuis, grommela Conan avec un regard noir à son attention.
- Bon, nous, on va aller faire quelques courses et on rentre, bon courage pour l'enquête les garçons! lancèrent les filles en partant de leur côté.
Les garçons partirent de leur côté, suivant Kogoro qui avait une carte de Tokyo pour ne pas se perdre. Ils avaient rendez-vous à quatre heures de l'après-midi chez les Morozumi, dans le quatrième district de Haido-chô.
Notant le regard nerveux que jeta Heiji aux filles qui partaient en riant faire leur shoping, Conan eu un mot pour le rassurer, malgré sa mine blasée:
- Ne t'en fais pas. L'agence de Kogoro-occhan ne se trouve pas dans le quatrième district.
- Ah… tant mieux… marmonna Heiji, honteux de s'être fait percer à jour ainsi.
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Manque de chance, les voilà devant les Morozumi avec une voiture de location et une demi-heure de retard. Ce qui n'était vraiment pas de chance quand le client était un amoureux de la ponctualité.
Heiji s'avança le premier dans le jardin de la maison, dont le portillon était ouvert, les deux gamins sur les talons et Kogoro fermant la marche. Le lycéen ouvrit la porte de la maison, en s'excusant de l'intrusion, pour tomber sur un pauvre vendeur de porte à porte qui voulait laisser à la femme de la maison un catalogue de sa boutique d'antiquités. Sauf que voilà, la femme, ultra hautaine, n'était certainement pas intéressée par cela. Mais l'homme, clairement en manque de confiance en lui et sans le bagout d'un bon vendeur, insista quand même, rajoutant avec un porte-clef porte-bonheur. D'une claque sur la main, le catalogue et le porte-clef finirent par terre.
- Allez-vous-en! Allez! Je ne vous retiens pas! cria la femme avec colère.
Le pauvre homme se dépêcha de ramasser le catalogue et le porte-clef pour s'en aller tristement en jetant un dernier regard à la maison qu'il quittait la queue entre les jambes.
- Bon… et vous? Que voulez-vous? demanda la femme en retrouvant un minimum de calme pour faire face au reste de ses visiteurs.
- Nous sommes les détectives envoyés par Kusukawa-san, se présenta Kogoro avec un sourire nerveux.
- Ah, je vois. En fait, ce n'est plus la peine. Apparemment, je m'étais fait des idées…
HE?!
Comment peut-on se faire des idées sur la présence ou non d'un rôdeur ? Si on pense qu'il y en a un au point d'embaucher quelqu'un c'est pas pour des prunes !
- Il y a deux ou trois jours, j'ai annulé ma demande, mais Kusukawa-san étant toujours absent… je suis désolée, mais je crains que vous soyez venu pour rien.
La demande était en très gros: elle les voulait hors de chez elle.
Le groupe ressortit et ils se dirigèrent vers la voiture.
- Pff! Qu'est-ce que c'est que cette histoire! grommela Kogoro avec les mains dans les poches, l'air clairement mécontent.
- On n'y peut rien, raisonna Heiji. Sans parler que Kusukawa-san a été séquestré pendant trois jours sans boire ou manger, il a aussi été passé à tabac. Devant ça, on ne ressort pas de l'hôpital comme ça.
- Elle est pas nette cette bonne femme, j'ai pas besoin de le voir pour le noter, marmonna Red qui essayait de ne pas donner de coup dans les chevilles des autres avec sa canne.
- C'est vrai qu'elle est bizarre, admit Conan. Elle était inquiète au point d'appeler un détective et finalement, elle dit s'être fait des idées.
- Si elle s'est fait des idées, alors je suis Sengoku.
Ils virent à cet instant une voiture se garer juste derrière la leur et un homme en sortir pour aller à la porte encore ouverte, dépassant le groupe sans lui accorder la moindre attention.
- Ara, sensei, vous êtes en avance! salua joyeusement la femme au foyer.
Professeur? Il n'avait aucun cartable ou quoi que ce soit indiquant le genre de cours qu'il devait donner et encore moins une sacoche médicale pour qu'on puisse supposer qu'il était un médecin en visite à domicile.
- Regardez! pointa la femme quand l'homme l'eut rejoint. Comme vous me l'avez conseillé, j'ai mis une poterie dans l'entrée.
- Positionnée correctement, une poterie dans le hall d'entrée d'une maison représente la voie d'accès de la chance, c'est quelque chose de très important dans le Feng Sui.
Ah. Un professeur de Feng Sui.
Et l'homme fut invité à entrer.
- Vous cherchez quelque chose?
Le groupe sursauta quand une femme débarqua dans leur dos, maquillée à l'excès et avec un air de mauvais augure, adressant un regard clairement suspect aux visiteurs avant d'entrer à son tour dans la maison.
Et contrairement au professeur de Feng Sui, la bonne dame n'eut pas un très bon accueil. Ce qui était compréhensible quand on savait qu'elle venait demander de l'argent. Et elle se prit la porte au nez sur ces tendres mots:
- SI TU N'AS PAS DE CHANCE, TU N'AS QU'À PRÉVOIR UN PEU MIEUX TON AVENIR, PUISQUE TU ES VOYANTE!!
A la demande de Heiji, le groupe alla s'asseoir dans la voiture et patienta.
Conan jeta un regard à Red quand il étouffa un rire dans une toux peu convaincante, mais le pirate ne donna aucune explication, se contentant d'un petit soupir en marmonnant quelque chose comme quoi ça lui manquait. Sans préciser de quoi il parlait.
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Le groupe avait patienté pendant deux heures dans la voiture, mais rien d'intéressant ne se produisit, outre que le professeur de Feng Sui n'était toujours pas ressorti et que Red avait fait une crise de narcolepsie. Les deux amis détectives se décidèrent à se glisser dans le jardin pour jeter un œil dans la maison par les fenêtres. Ils tombèrent sur la fenêtre du salon, sur le côté de la maison, dont on n'avait pas totalement fermé les rideaux. Le professeur de Feng Sui et Morozumi-san étaient étroitement enlacés, clairement sur la fin d'activité physique très intense sur le canapé de la pièce.
Clairement un cas d'adultère.
- Ce n'est pas pour les enfants… rouspéta tout bas Kogoro au deux apprentis détectives.
La femme était déjà de nouveau décente alors qu'elle quittait la pièce en disant qu'elle allait se prendre une douche, laissant son amant vaguement habillé s'allumer une cigarette. Une fois la porte fermée, le professeur se leva du canapé et se mit à fouiller nerveusement dans la pièce à la recherche de quelque chose apparemment. Dans son dos et discrètement, la femme revint, le prenant la main dans le sac dans sa fouille.
- Quel dommage, n'est-ce pas?
L'homme sursauta de se voir prit en flagrant délit.
- Elle n'est pas là, la cassette vidéo de notre nuit d'amour à l'hôtel. Elle est quelque part bien cachée dans cette maison. Je la garde pour m'assurer que tu quitteras bien ta femme pour moi. Mon mari va bientôt rentrer. Pendant que je me douche, tu seras gentil de finir de te rhabiller.
Et c'est ainsi que le trio revint à la voiture.
- Épargne-moi tes commentaires, Dawn, grommela Conan en voyant le sourire moqueur du D.
Le petit pirate se contenta de lever les mains pour dire qu'il se rendait mais conserva son expression moqueuse.
Heiji s'assit à l'avant avec Kogoro qui s'alluma une cigarette.
Les mains derrières la nuque, le jeune d'Osaka commençait à comprendre pourquoi le couple Mouri vivait séparément depuis des années. Commentaire qui valut un «je t'ai rien demandé» de la part de l'adulte.
Conan, qui regardait derrière eux pour tromper l'ennui et ne pas voir les moqueries de Red, leur pointa que le vendeur d'antiquité traînait dans le coin. En même temps, à l'avant, on pouvait voir un homme arriver vers la maison. Un individu qui correspondait clairement à la description qu'on avait donné à Heiji du mari de la femme qu'ils avaient rencontrée. Peu après, il ressortit en riant et discutant joyeusement avec le professeur de Feng Sui, ayant l'air de bien le connaître.
- Je pari une place de concert que ce gars sait qu'il a des cornes, mais qu'il veut quelque chose de sa femme avant de lui en toucher deux mots, commenta Red en baillant.
- Pari non tenu, ça me semble évident, répondit Heiji.
Ils auraient bien voulu savoir de quoi ces deux hommes allaient parler, mais ils ne purent pas continuer leur filature suite à un coup de fil assez colérique de Ran qui leur demanda en des termes très clairs de renter immédiatement à la maison. Le quatuor avait donc pris, avec une certaine résignation, le chemin du retour.
Et cela sans se douter que quatre des personnes qu'ils avaient rencontrées dans l'après-midi verraient leurs pensées respectives prendre étrangement la forme d'immenses flammes rouges très foncées, qui entouraient une femme dans sa demeure. Et au milieu du désastre, un cheval rouge observait calmement la scène, comme s'il se moquait du comportement étrange du criminel.
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«Enfin! Heiji! qu'est-ce que tu fais!? On a préparé le diner pour vous et c'est en train de refroidir!!» protesta Kazuha au téléphone. «Où es-tu en ce moment!?»
Dans la foule nocturne éclairée par la lueur dansante de flammes, Heiji essaya de ne pas s'agacer du comportement de son amie:
- On est devant la maison de la cliente de Kusukawa-san…
«QUOI?! Mais tu m'as dit que vous en aviez terminé avec ça!!» coupa la demoiselle avec colère. «Dépêche-toi de rentrer!»
- C'était bien notre intention, mais sur le chemin du retour, on a croisé des camions de pompiers. Intrigués, on les a suivis et…
Le jeune détective soupira et regarda les pompiers qui commençaient tout juste à actionner leurs lances incendies.
- La maison de la cliente brûle dans des flammes immenses, expliqua finalement Heiji au téléphone. Donc, on ne va pas rentrer avant un bon moment… Ne nous attendez pas pour manger et allez vous coucher.
Il raccrocha avant que la lycéenne ne proteste.
Dziing!
Une fenêtre à l'étage venait de se briser, laissant s'échapper une silhouette étrange d'entre les flammes à une vitesse surprenante. Étrange apparition qui termina sa chute sur le portillon avant de se projeter d'un saut au milieu des curieux, loin de l'incendie. Tout le monde s'écarta pour faire un large cercle devant l'étrange apparition sortie de la fournaise. C'était deux femmes. La cliente, couverte de suie et légèrement brûlée, était dans les bras d'une demoiselle assez jeune qui portait une longue étoffe mauve autour de sa tête. La sauveuse en saroual posa la victime à terre et entreprit de lui faire du bouche-à-bouche, lui répétant comme un mantra de respirer.
Mais il était clairement évident que la femme au foyer ne respirait plus.
Les actions de l'inconnue devinrent plus frénétiques et sa voix monta d'une octave.
- Mademoiselle… il n'y a plus rien à faire, lui dit un pompier en la rejoignant.
Il fut ignoré.
- Mademoiselle, venez, on va-
- NE ME TOUCHEZ PAS!
Avec une force surprenante, elle repoussa le pompier et recommença sa tentative de sauvetage désespérée. Sous le regard attristé et curieux de Heiji, l'étoffe mauve glissa du crâne de la fille à la peau sombre, dévoilant une impressionnante crinière d'encre. Crinière qui ne cachait pas les larmes qui dévalaient ses joues.
- Mademoiselle… venez, c'est trop tard, insista le pompier.
- NE M'APPROCHEZ PAS!! rugit la fille en repoussant le pompier de nouveau.
Ses mains tremblantes aux ongles émoussés se serrèrent sur le chemisier de la défunte.
- Pourquoi… pourquoi j'échoue à chaque fois… pourquoi j'y arrive pas…
Elle essuya futilement ses larmes du revers de la main et recommença ce qu'elle faisait.
- Pourquoi j'arrive pas à sauver les gens… pourquoi…. POURQUOI!!?
Elle s'effondra dans un sanglot hystérique sur le corps de la femme.
Se connaissaient-elles?
- Oi, Kudô, tu penses quoi de cette fille? demanda tout bas Heiji.
Conan allait répondre qu'il se retrouva brutalement avec la canne blanche de Red dans les mains. Le petit pirate avait le visage fermé à toute émotion, lui donnant un air pourtant mélancolique et lointain.
- Qu'est-ce que tu fabriques? demanda le petit détective.
- Je te l'ai dit une fois, Kudô. Il n'est pas question que je mente aux miens et tu ne peux pas comparer ce qui n'est pas comparable. Maintenant, on discutera plus tard, j'ai un devoir à remplir.
Ses lunettes dans sa poche, l'aveugle joua des coudes pour sortir de la foule et s'approcher de la jeune femme qui sanglotait comme une hystérique sur le cadavre, sans que le pompier ne puisse intervenir, puisqu'elle résistait à toute tentative de séparation. Lentement, avec une démarche incertaine, Red s'orienta vers la femme. Kogoro voulut le rappeler à l'ordre mais Heiji l'en empêcha d'un bras tout en lui faisant comprendre de garder le silence.
Quand il fut quasiment à côté de la pleureuse, le petit pirate hésita un instant, avant de tendre un bras devant lui, finissant par toucher le dos de sa cible. Elle ne le remarqua même pas. Délicatement, il se rapprocha et le doigt devint une main aplatie sur l'épaule. La jeune femme sursauta et allait éjecter le garçon comme elle l'avait fait avec le pompier, quand son poignet fut attrapé au vol sans avoir pu toucher sa cible.
- Je pense qu'au fond, les gens qu'on n'arrive pas à sauver, malgré toute notre bonne volonté, ce sont ceux qui devaient mourir d'une façon ou d'une autre. Pleurer ne changera pas les choses, on ne peut que continuer à vivre. Alors, laisse-la partir.
Les yeux toujours masqués par sa frange, la demoiselle porta une main à sa bouche pour étouffer un hoquet de stupeur. Red s'avança un peu plus et… lui fit un câlin.
Le barrage de la brune céda réellement devant les larmes, mais l'enfant tint bon, lui caressant doucement le dos et lui chuchotant des mots que seuls eux deux pouvaient entendre. Cela permit au pompier de prendre la défunte pour la mettre sur un brancard qu'il recouvrit d'un drap blanc, alors qu'un de ses collègues tentait sa chance pour examiner la brune. Red prit une main de l'inconnue et sa simple présence permit au pompier de faire son travail.
- Ryôko… Ryôko!!!
Les sanglots déchirants du mari prirent la relève de ceux, désormais apaisés, de la mystérieuse femme, que l'on avait assise à l'arrière du camion de pompier. Red ne lui avait toujours pas lâché la main et elle-même s'accrochait à la menotte de l'enfant comme à une bouée de sauvetage.
- Si seulement on était restés devant la maison à surveiller, ça ne serait pas arrivé, grommela Heiji.
Conan jeta un dernier œil à son camarade pirate pour regarder ensuite le mari éploré et le professeur de Feng Sui, tous deux auprès de la dépouille de la victime des flammes.
- Tu ne trouves pas ça bizarre?
Heiji regarda le petit détective pour savoir ce qu'il avait remarqué et son camarade ne le fit pas attendre:
- Ces deux hommes étaient sortis boire un verre ensemble. Il ne s'est même pas écoulé une heure et pourtant, ils sont déjà de retour.
- Oui, c'est vrai, commenta Heiji.
- Ils ont peut-être eu vent de l'incendie par hasard, supposa Kogoro même si son expression disait qu'il était d'accord avec la remarque.
- Tu vois maman, je t'avais dit qu'il était là! Le cheval tout rouge qui allume les incendies!
Conan et Heiji se retournèrent pour voir un enfant du voisinage faire ce commentaire à sa mère. Il était donc prévisible que le duo aille lui demander des prévisions, ce qui laissa la mère de l'enfant très perplexe puisqu'elle ne savait pas qui ils étaient.
Oui, l'enfant avait vu le cheval. Du moins, son ombre.
- Son ombre? répétèrent les deux détectives.
- Oui!! C'était juste au moment où j'étais en train de regarder Yaiba le vengeur masqué à la télévision! Le génériquement de début venait tout juste de commencer quand soudain, il y a eu une grande lumière et quand j'ai regardé vers la fenêtre, j'ai vu l'ombre d'un cheval énorme qui se reflétait sur le rideau! Et là, maman est entrée dans la pièce. Elle m'a grondé parce que je regardais la télévision dans le noir, alors, elle a allumé la lumière et l'ombre a disparu.
Regardant la maison en flammes par-dessus son épaule, Conan demanda à l'enfant où il vivait pour apprendre qu'il était question de la demeure de droite.
- DAWN!! ON PART EXPLORER!! cria Conan.
Sans bouger du chevet de la femme, l'aveugle hocha la tête.
Les deux jeunes détectives se regardèrent pour se confirmer leur idée commune, puis ils foncèrent vers le jardin de la maison du garçon qu'ils venaient d'interroger, escaladant le muret qui le séparait de la rue. Ils longèrent le mur, voyant à côté d'eux les flammes qui s'éloignaient sous l'impulsion du pouvoir du pirate.
Cela leur facilita la tâche, parce que très vite, ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient:
Au bord d'une fenêtre ouverte, narguant la nuit avec sa robe rouge, un petit cheval, pas plus long qu'un doigt, était dressé.
En se retournant, ils voyaient parfaitement les rideaux tirés de la maison voisine dans laquelle l'enfant avait dû regarder la télévision. Rideaux sur lesquels l'ombre du cheval s'était retrouvée projetée.
- Yaiba commence à sept heures et demie du soir, informa Conan alors qu'ils revenaient vers la rue sous les injonctions d'un des pompiers. Si le gamin a vu une grande lumière au moment du générique de début…
- Cela veut donc dire que le feu a été allumé et qu'on a posé le cheval vers cette heure-là, compléta Heiji.
- Oui. Et on peut penser, avec une faible marge d'erreur, que le criminel se trouvait près de la fenêtre à ce moment-là!!
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Ce ne fut qu'une heure plus tard que le feu put être maîtrisé, avec l'aide discrète de Red. Mais rien ne pouvait changer qu'une vie avait été perdue. Morozumi avait péri suite à l'intoxication à la fumée, certainement bien avant qu'elle n'eût droit à ce sauvetage miraculeux.
- Dîtes, vous ne voudriez pas nous laisser voir les lieux? Juste quelques instants… demanda Heiji aux deux agents qui surveillaient les lieux en attendant que la brigade incendie arrive.
- Pas question!! refusa l'un des policiers.
- Dans ce cas, dîtes-nous au moins où le feu s'est déclaré! demanda Conan en faisant ses yeux de chiots.
- Impossible!!
- Allez, faîtes un effort, insista Kogoro.
- Je suis désolé! Même si je connais votre réputation, je ne peux pas.
- Oi! Les incendies ne sont pas du ressort de la brigade criminelle, tu sais, intervint un nouveau venu.
Tout le monde se retourna pour voir un homme avec une coupe en brosse qui avait une cigarette fumante au bec. L'individu surprit tellement Kogoro que le détective semblait presque effrayé.
- Le vieux Pyro de la première brigade!! identifia l'ancien flic.
Ah! En effet, ils se connaissaient.
Si Heiji avait l'air dubitatif devant la dégaine décontractée de l'individu qui faisait apparemment partie de la brigade incendie de la police, Conan, lui, était plus du genre admiratif avec un «o» silencieux aux lèvres.
- Ben alors, Mouri! C'est comme ça qu'on appelle un de ses ex-supérieurs hiérarchiques? demanda le vieux «Pyro».
- Ex-supérieur? s'étonna Heiji.
- Je vous présente le commissaire Yuminaga, de la première brigade d'enquête sur les incendies.
- Je croyais que vous étiez spécialisé dans les meurtres?
- Autrefois, j'ai un peu travaillé dans ce service aussi…
- Ouais, et tu nous en as fait voir de toutes les couleurs! confirma Yuminaga en tapotant moqueusement l'épaule de Kogoro. A chaque fois qu'il y avait un incendie, pour toi, ça ne faisait aucun doute, il était criminel! Tu te rendais sur les lieux que tu mettais sens dessus dessous, ce qui mettait les pompiers furax! N'est-ce pas?
Vu l'air de Kogoro, ce cher Yuminaga devait faire la même chose.
- Mais aujourd'hui, aucun doute, il s'agit d'un incendie criminel. On a encore trouvé le fameux cheval rouge. Les experts sont formels sur ce point: il est identique à ceux retrouvés sur les trois autres incendies.
- Yuminaga-san, les journaux ont parlé de ce cheval rouge, quelqu'un a très bien pu imiter ce qu'il y a lu concernant sur l'objet, afin de brouiller les pistes! pointa Kogoro.
- Tu es naïf! Il faudrait être très fort pour arriver à refaire le même cheval à partir des photos parues dans les journaux. On n'a pu trouver aucun magasin où ce cheval serait vendu ou fabriqué. Il est donc probable que le criminel le fabrique lui-même. Premier, deuxième, troisième et maintenant quatrième district… il fait ça dans l'ordre, comme s'il voulait se moquer de la police. Mais cette fois, l'incendie a fait une victime. Les choses deviennent très sérieuses.
- Oui, mais c'est une chance qu'on n'ait pas à en compter une seconde aujourd'hui.
Le groupe se tourna vers l'arrière du camion de pompier où la brune était toujours assise avec un masque à oxygène dans une de ses mains qu'elle gardait sur le visage et ne le retirait que brièvement pour parler avec Red qui la tenait toujours par la main.
- C'est elle l'écervelée qui a joué les super-héroïnes en voulant sauver la victime? se fit confirmer Yuminaga. Les jeunes de nos jours sont de plus en plus stupides pour risquer leur vie comme ça.
Crac!
Le masque à oxygène se fractura dans la main de la femme, comme s'il venait de se briser sous sa poigne. Red jeta son équivalent de regard noir à l'inspecteur qui dû cracher sa cigarette quand elle entra en combustion spontanée. Il l'écrabouilla consciencieusement sous son talon en se massant les lèvres qui avaient légèrement trinquées.
- Ils ont entendu, devina Conan.
- Si c'est elle qui a cassé le masque à oxygène, elle a une sacrée poigne. J'ai pas envie de lui serrer la main, commenta Heiji.
- C'est pour ça que tu ne le fais pas avec Dawn.
- Je tiens à mes doigts.
Heiji arrangea sa casquette toujours à l'envers et demanda à l'inspecteur s'il savait d'où était parti le feu. Après que Kogoro ait présenté Heiji comme étant plus ou moins son apprenti, l'homme accepta de leur répondre. Le feu avait pris naissance dans une petite pièce dans le fond de la maison, sur le côté droit. Une petite pièce de deux tatamis en taille, tout au plus, qui servait de débarras. C'était à sa fenêtre qu'on avait posé le cheval rouge. Ils avaient retrouvé des traces de fuel domestique sur le sol, laissant suggérer qu'il l'a versé par la fenêtre ouverte pour ensuite déclencher le feu.
- Sous la fenêtre du living-room et devant le débarras, on a retrouvé d'étranges traces de pas, continua l'homme en se prenant une nouvelle cigarette. En les examinant de près, on a une chance d'obtenir des indices sur le criminel.
Oups?
Kogoro fut forcé de signaler la présence de leurs propres traces de pas dans les environs et le pourquoi de leur présence à l'origine. Même si pour le coup, la police devait prendre leurs empreintes pour les séparer du reste, ils avaient des informations qui pourraient être importantes pour l'enquête.
- Quatre personnes en tout sont venues la voir, raconta Kogoro. Le professeur de Feng Sui, qui était l'amant de Morozumi-san. Le mari qui n'a pas l'air commode, la sœur qui est voyante et un homme venu donner le catalogue de son magasin.
- Mais à mon avis, le mari et l'amant sont hors du coup, intervint Heiji. D'après le témoignage du petit garçon qui habite à la droite de la maison, le cheval rouge aurait été déposé vers sept heures et demie ce soir. Vu que les deux hommes sont sortis ensemble pour aller boire un verre environ dix minutes avant, ça ne peut pas être eux.
- Nous avons hésité cinq bonnes minutes pour savoir si nous les suivions ou pas, avoua Conan. Mais il n'y avait toujours pas de fumée, ni de flammes qui s'échappaient de la maison.
- Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ces deux hommes sont revenus si tôt du restaurant ou du bar où ils s'étaient rendus, avoua le jeune d'Osaka.
- Certainement parce qu'un voisin a appelé le mari sur son portable pour lui qu'il y avait le feu chez lui, supposa l'enquêteur.
- Autrement dit, il nous reste la voyante et l'homme au catalogue, résuma Kogoro. On doit compter la demoiselle comme suspecte?
- Je verrais après lui avoir posé quelques questions. Ensuite, je pense qu'on devrait aller faire un tour du côté de la gare de Haido, je sais qu'il y a un étage où se réunissent plusieurs voyants, on la trouvera peut-être là-bas.
Et sur ces mots, le quatuor alla rejoindre la jeune femme qui s'était levée pour draper autour d'elle l'étoffe mauve qu'elle avait portée sur ses cheveux durant l'incendie. Un sari et un saroual, c'était un étrange ensemble. Elle avait débarassé la frange de son visage, mais elle gardait la tête baissée tout en serrant nerveusement la main de Red dans la sienne.
- C'est toi qui a eu l'idée de te jeter la tête la première dans une incendie sans protection? demanda Yuminaga.
- Je suis une écervelée, après tout, rétorqua la femme avec venin.
Ouep, elle l'avait entendu.
- Désolé pour l'inspecteur, intervint Heiji. Je trouve que c'était très courageux de vouloir sauver cette femme. Vous la connaissiez?
Conan voulut s'avancer pour voir mieux le visage de la demoiselle mais Red tendit le bras, lui faisant bien comprendre de rester à distance.
- Je suis pas du coin, j'habite à quelques pâtées de maisons de là. J'étais sortie faire des courses quand j'ai vu les flammes.
Son ton était peut-être moins agressif, mais elle n'était toujours pas sympathique. Elle tendit un bras vers la maison, la main légèrement inclinée vers le sol.
- J'étais dans la rue derrière. C'est là que j'ai laissé mes achats, d'ailleurs.
- Si vous ne connaissiez pas cette femme, pourquoi avoir risqué votre vie? Et surtout, comment saviez-vous qu'il y avait quelqu'un dans la maison? demanda Yuminaga.
Comme si la question l'avait vexée, elle releva brutalement la tête, dévoilant un visage mince, presque osseux, éclairé par les yeux les plus étranges que Conan ait jamais vus. Il savait que suivant la lumière, certaines couleurs pouvaient donner une impression d'être violettes, mais cette fille avait deux améthystes haineuses dans les yeux, fendues par des pupilles laiteuses de la forme que celles des chats, en dépit de la dilatation due à la lumière rare de l'heure tardive. Dans la lueur des lampadaires, elle faisait une vue peu rassurante. Les hommes eurent un mouvement de recul devant ce regard peu commun.
Elle allait dire quelque chose mais Red serra sa main, lui faisant fermer les yeux pour essayer de retrouver un semblant de calme.
- Ce qui m'a dit qu'il y avait quelqu'un dedans, c'est ce qu'on appelle un pressentiment, expliqua-t-elle froidement en bougeant à peine la bouche. Quant à pourquoi j'ai sauté dans la fournaise, outre que je voulais me prouver quelque chose, je pense pas avoir lu quelque part que chercher à sauver une vie était interdit.
De nouveau, Red lui serra la main.
- Et c'est quoi ton nom? demanda Kogoro.
- Haiiro Kali. Haiiro avec le kanji de la cendre.
- Ano, onee-san, vous connaissez mon ami Dawn? demanda innocemment Conan.
Le regard hautain qu'il se reçut le fit grimacer. Le pirate devait l'avoir vendu, parce que l'hypothèse qu'elle n'aimait pas les enfants, était annulée par la simple présence de Red.
- Je dois ma vie à son grand-frère. Ace m'a littéralement sortie de l'enfer pour me redonner une raison de vivre. Vu que le salopard de vioc, qui se prétend leur grand-père, a bousillé les chances de mon meilleur ami de pouvoir récupérer la garde de ses jeunes frères, on fait notre possible pour surveiller les plus jeunes de loin.
- On? répéta Heiji.
- Les Newgate, comme Thatch-nii-san! On est une très grosse famille! répondit avec entrain Red.
- Et vous avez quel âge, demoiselle? demanda le policier.
- Aussi bizarre que ça puisse paraître, je vais sur mes dix-sept ans.
Le sourire satisfait qu'esquissa Red pointa le mensonge de la dénommée Kali, mais seul Conan le remarqua, puisqu'il était à la même hauteur que l'aveugle.
- Je vais avoir besoin d'un numéro et d'une adresse. On vous attend demain matin au commissariat pour une déposition. Vous pouvez vous faire accompagner par vos parents, si vous le souhaitez.
- Je demanderai à Thatch-nii-san de venir te chercher, ça ira? proposa Red.
- Il se rappelle du message d'Ace? se fit confirmer Kali.
- Y'a plus de pompadour pour ça, mais la menace de cracher du cuir reste! assura le gnome avec un grand sourire.
La brune esquissa un sourire et annonça qu'elle attendrait Thatch. Elle prit ensuite le calepin et le stylo que lui tendit l'inspecteur pour noter les éléments demandés, appuyant énormément avec le stylo, plus que nécessaire. Avec un tour de main digne de cet horripilant Kaitou Kid, elle parvint à arracher discrètement la seconde page sans que Yumigana ne le remarque.
- Je dois rentrer et surtout, récupérer mes courses. Tu fais attention à toi, Red? demanda doucement la jeune femme en s'accroupissant au niveau du garçon.
Elle passa une main délicate dans les mèches sombres de l'aveugle avec beaucoup d'affection avant de la glisser jusqu'à son cœur, là où Conan avait déjà vu les restes de la blessure qui avait été fatale au pirate.
- On t'a perdu une fois déjà. C'est un miracle que l'on soit parvenu à te retrouver. Ne fais pas deux fois l'erreur, la tête de piaf ne le supportera pas.
Red lui tapota la main et elle se releva.
- Iro m'attend. Je vous souhaite une bonne soirée et bonne chance avec votre incendie.
- Iro? répéta le petit détective.
- Iro, c'est notre grande fille à Ace-nii-san et moi. C'est un gros chat. Un très gros chat, répondit Red avec un sourire de morveux en glissant dans sa poche le papier que lui avait transmis sa camarade.
Le reniflement narquois de la femme qui s'éloignait disait que les informations données étaient certainement loin de la vérité.
XxXxX
Les détectives avaient traîné Red avec eux, d'abord à l'étage voyance pour annoncer à la sœur de la défunte le triste sort qui s'était abattu sur sa sœur. Le D. avait eu quelques commentaires bien acides sur les larmes qu'il jugeait «forcées» pour son oreille.
Ensuite, il fut question d'aller au commissariat.
Le pirate ne savait toujours pas pourquoi on voulait qu'il vienne avec eux. Après tout, lui, il n'avait pas d'empreinte à déposer. Cependant, en chemin, alors qu'ils parlaient de l'inconnu qui avait voulu distribuer un porte-clef et un catalogue, l'aveugle perçut l'étrange nuance dans la voix du policier quand il nia connaître l'individu, possiblement antiquaire, dont il était question.
Un mensonge.
Une fois au commissariat central, l'aveugle demanda gentiment la possibilité d'aller squatter ailleurs le temps que les détectives fassent leur boulot. Bien heureusement pour lui, Takagi faisait des heures supplémentaires au bureau pour boucler un rapport et accepta sa compagnie, laissant les trois autres avec le commissaire de la brigade incendie.
Parce que les deux jeunes détectives voulaient absolument voir les chevaux précédents.
Le premier attira immédiatement l'attention, parce qu'il était plus brûlé que les autres, mais aussi le seul à avoir un socle sous lequel on avait l'idéogramme du lièvre d'inscrit.
- Ce cheval, c'est Sekitoba, identifia Heiji.
Conan hocha la tête en accord, lui aussi avait reconnu la bête.
- Nani?! Tu veux dire que ce cheval en plastique représente la célèbre monture du Roman des Trois Royaumes? s'étrangla Kogoro en ramassant l'un des chevaux sous plastique.
- Oui. Regardez sous le socle du premier qui a été retrouvé!! On n'arrive pas à lire le premier et le troisième idéogramme, mais celui du milieu, c'est celui du lièvre, et il est encore bien lisible.
Le jeune d'Osaka fit glisser l'objet à Kogoro pour qu'il puisse voir le socle de plus près en continuant son explication:
- Des chevaux rouges, dont le nom comporte l'idéogramme du lièvre, il n'y en a pas trente-six. Sekitoba, dit aussi, Lièvre Rouge. C'est la monture que chevauchaient les grands généraux sur le champ de bataille.
Le tout était de savoir pourquoi ce cheval était présent sur l'incendie et le rapport de ces crimes avec l'histoire ancienne de la Chine. D'un côté, on avait le Feng Sui qui était un art originaire de là-bas, donc, ça pouvait être une piste à suivre.
- Ce professeur de Feng Sui que vous avez vu entrer dans la maison de Morozumi-san, avant l'incendie, il n'aurait pas parlé d'anciennes histoires chinoises? demanda l'inspecteur.
- Non, pas que je me souvienne, répondit délicatement Kogoro avec un embarras évident. Il avait d'autres préoccupations apparemment.
- Il n'a peut-être pas parlé de la Chine, mais il a un mobile tout trouvé! intervint Heiji. Il s'agit d'une cassette, preuve de leur liaison, qui a certainement brûlé dans l'incendie. Lorsque Morozumi-san est sortie de la pièce, il en a profité pour fouiller à droite et à gauche.
Alors que Kogoro clamait que c'était une solution trop radicale pour ce genre de chose, un policier entra dans la pièce et chuchota quelque chose à son supérieur qui hocha la tête et le congédia en lui demandant de le prévenir en cas de nouveauté.
- Apparemment, l'amant n'est pas le seul à avoir un mobile, transmit le commissaire au reste de l'équipe. La sœur de la victime est celle qui va hériter de toute la fortune de leurs parents. Leur mère est morte il y a un moment et leur père, lui, il n'y a pas très longtemps.
- Pourtant, elle était venue emprunter de l'argent à sa sœur, pointa Conan. Pourquoi aurait-elle fait ça si elle devait recevoir l'héritage?
- Dans son testament, le père a tout laissé à la défunte, parce qu'elle s'était mariée et avait fait prendre leur nom à son époux. La sœur aînée morte, la voyante pouvait donc tout récupérer, puisque le testament de leur père n'avait aucune clause qui excluait celle-ci en cas de décès de l'héritière principale. Le mari aussi a un bon mobile. Morozumi Akira est psychanalyste. Il voulait détruire la maison pour y faire construire son cabinet, mais sa femme y était opposée, ce qui en faisait une source de conflit entre eux. Et comme la maison et le terrain étaient des biens hérités de la famille de Ryôko-san…
Exact. Vu que ça appartenait à la femme, l'époux ne pouvait pas y toucher sans son accord. Et en supposant qu'il savait qu'elle le trompait, il avait un mobile en béton armé. Ces trois là avaient un bon motif pour la tuer, mais malheureusement, ils avaient tous un alibi à l'heure des faits.
Cela ne laissait que l'antiquaire qui faisait du porte-à-porte avec son porte-clef et le catalogue de son magasin. Malheureusement, ils ne savaient rien de lui.
- Dis, c'est quoi ça?
La question de Conan alerta Heiji qui se pencha vers le petit détective pour voir ce qui l'intriguait.
Le premier cheval montrait une trace bizarre sur le corps de l'animal. Cela ressemblait vaguement à un pied humain, laissant supposer que quelqu'un avait monté la monture.
- Voyons voir, le guerrier qui montait Sekitoba… réfléchit Kogoro.
Une clef tourna dans le crâne des deux jeunes détectives.
- Kan.U!! s'exclamèrent-ils.
Kogoro les regarda sans comprendre, mais Heiji enchaînait déjà:
- ce type à lunettes… il y a quelque chose de louche!!! Kan.U est aussi considéré comme le Dieu de la prospérité dans le travail. Et si on regarde la taille du cheval, il rentre parfaitement dans la boite de porte-clefs que cet homme voulait offrir.
Ce n'est pas pour autant que le commissaire se leva.
- Qu'est-ce que vous attendez!! rouspéta Heiji. Il faut prévenir vos hommes à Haido pour qu'ils se rendent chez tous les antiquaires!! Si on ne se dépêche pas, il va s'enfuir!!
Avec un soupir résigné, Yuminaga sortit un portrait de sa veste et le montra aux détectives, leur demandant si c'était l'homme qu'ils avaient vu.
L'homme était déjà apparu dans l'enquête. Genda Takanori, un antiquaire de Haido-chô. Il avait été remarqué sur les lieux du premier incendie dans la foule de curieux, parce que pendant qu'il regardait les flammes, il ne cessait de murmurait: «papa… papa...».
- Son père était pompier, raconta le commissaire. Il est mort quand Genda était au collège, en essayant de sauver quelqu'un qui n'avait pas pu s'échapper d'une maison en feu.
Il y avait une forte chance que leur homme soit le coupable et qu'il mette le feu en pensant à son père, avec l'idée que son défunt parent allait ressortir des flammes.
XxXxX
Un coup de fil leur apprit que leur suspect n'était pas à son bureau. Apparemment, il avait fait un passage à cinq heures au magasin avant de renter chez lui parce qu'il était fatigué, ce qui était compréhensible, puisqu'il avait apparemment tourné du quartier pour distribuer le catalogue du magasin, dont il était le propriétaire, avec un porte-clef cadeau. Cadeau qui n'était nul autre que Kan.U. Cependant, le modèle n'était pas très apprécié des clients, il l'avait fait changer et aujourd'hui, il avait voulu distribuer des Manukineko.
Juste à côté, pendant que le commissaire se renseignait sur Genda, Kogoro, lui, avait appelé sa fille.
- Ce n'est pas la peine de t'énerver, Ran… tenta de pacifier Kogoro. Pour l'instant, on ne peut pas rentrer.
«Vraiment, papa!!» gronda la fille au téléphone.
- Au fait, tu es incollable sur le Roman des Trois Royuames, non?
«Euh, ça peut aller, oui…» répondit-elle clairement perplexe.
- Le guerrier qui monte Sekitoba, le célèbre cheval, c'est bien Riyofu n'est-ce pas?
«Oui! Mais après, il le donne à Sôsô! Finalement, Sekitoba deviendra le fidèle compagnon de Kan.U!!»
- Tu es sûre?
Et lui qui était pourtant persuadé que ce n'était pas ça la réponse…
«Oui! Aujourd'hui, j'ai même reçu un porte-clé de Kan.U chevauchant Sekitoba!!»
Sous la surprise et la peur, Kogoro répéta, presque en criant, ce que venait de lui dire Ran. Et apparemment, c'était un homme avec des lunettes qui le lui avait donné dans le bus du retour.
- Mouri-han!! Votre bureau se trouve dans quel district!! demanda Heiji avec empressement.
La réponse fit blanchir le détective.
C'était le cinquième.
Après avoir demandé à Ran de faire attention, de ne laisser entrer personne et de les attendre, Kogoro raccrocha et le groupe fonça pour sortir du commissariat, manquant de percuter Takagi qui venait justement les voir.
- Newgate-san est venu récupérer Red-kun, expliqua l'inspecteur de la criminelle en les suivant jusqu'à l'ascenseur.
- On aura pas à ramener ce sale gosse chez Agasa, c'est déjà ça, grommela Kogoro.
- Conan-kun, tu pourras donner ce papier à ton ami?
Les portes de l'ascenseur se referma sur le groupe et Takagi sortit de sa veste une feuille pliée en deux.
- Il m'a demandé de faire ça pour Newgate-san.
Malgré l'inquiétude qu'il avait au sujet de Ran et Kazuha, Conan déplia le document pour voir qu'il s'agissait d'un modèle type de lettre pour le Préfet… afin d'obtenir une étrange dérogation.
Que voulait faire le pirate avec un animal sauvage pour faire une demande pareille?
Se disant qu'il y réfléchirait plus tard, il le plia de nouveau pour le ranger dans son blouson et suivit Heiji quand ils se précipitèrent dans la rue.
XxXxX
- Comment?! Le domicile de Genda se trouve à Rizen-chô!? s'exclama Kogoro alors qu'il était assis à l'avant avec le commissaire Yuminaga.
Le gyrophare sur le toit de la voiture s'assurait qu'ils arrivent rapidement au bureau du détective.
- Oui, et alors? s'enquit le policier.
- Lorsque le mari de Ryôko-san est rentré vers sept heures, on a aperçu Genda près de la maison qui a pris feu ensuite. Le bus que Ran a emprunté pour rentrer est certainement celui qui part de Shibuya et passe par Haido-chô, Beika-chô pour aller à Rizen-chô.
- Genda-san a vraiment dû penser renter chez lui, mais, pour une raison quelconque, il est revenu sur les lieux de l'incendie!! supposa Heiji qui était assis à l'arrière avec Conan.
- J'y pense, mais c'est bien à Rizen-chô qu'a eu lieu le premier incendie, n'est-ce pas? se fit confirmer le plus petit de la bande.
- Oui, c'était la maison juste à côté de la sienne qui a brûlé. Les familles se connaissaient depuis longtemps et les parents venaient, semble-t-il, souvent à son magasin.
- Dans ce cas, il existe peut-être une autre raison possible aux incendies: il aurait vendu des antiquités qui seraient en réalité des fausses, supposa le jeune d'Osaka. Pour éviter d'être découvert, il mettrait le feu aux maisons.
- Oui, c'est possible, admit le policier de mauvaise grâce.
- Quelque chose m'échappe, pourquoi ne pas avoir arrêté un homme aussi suspect?
Le flic soupira et donna une excuse sur la perte de son flair, mais le ton de sa voix disait qu'il ne voulait pas croire que ce Genda soit coupable.
En arrivant devant le bureau, ils virent qu'il y avait déjà une voiture de police de présente. Les officiers finissaient l'arrestation de Genda et le mettaient dans la voiture. Ran et Kazuha sortirent dans la rue pour rejoindre le groupe, toujours vêtues de leur pyjama, leur racontant que l'homme était venu juste après leur coup de fil, avec un discours décousu et des larmes en leur demandant de lui rendre le porte-clef, parce que «le monsieur allait encore mettre le feu». Les filles avaient préféré appeler la police, pour le coup.
Ils regardèrent le commissaire demander à Genda s'il avait vraiment mis le feu à toutes ces maisons, mais le pauvre homme, assis dans la voiture avec la tête basse, ne pouvait que pleurer en s'excusant. Et c'est ainsi qu'il fut conduit au commissariat.
- A première vue, il ne devrait pas se faire prier pour avouer, commenta Kogoro.
Conan et Heiji, eux, ils avaient une toute autre idée en tête. Quelque chose n'allait pas dans cette affaire, la réponse était trop facile.
- Dis, Hattori, ça ne te rappelle rien? demanda avec sérieux Conan en regardant la voiture de police qui s'éloignait.
- Si, j'y pensais justement, répondit Heiji sur le même ton. Des affaires qui se produisent les unes après les autres, dans un certain ordre…
- … un coupable faible qui se fait arrêter, et finalement, le véritable but du criminel…
- … s'en prendre à la vie d'une seule et unique personne!! conclurent-ils en cœur.
Alors qu'ils cherchaient à savoir pourquoi ce mode d'action leur était familier, Kogoro avait ses propres priorités. Après avoir dit au revoir à la police, il demandant à Ran de leur préparer quelque chose puisqu'il mourrait de faim.
- Quoi? Vous n'avez pas encore mangé? s'étonna Ran.
- On a mangé tout le dîner à deux, avoua Kazuha.
- Cinq parts à deux?! s'étrangla le détective.
- Six parts! On pensait qu'avec l'heure, Red-kun resterait avec nous, mais le professeur vient d'appeler pour dire qu'il est rentré.
- On était un peu énervées.
- Et le frigo aussi est vide! pointa Ran. Je pensais me lever tôt et aller faire les courses.
Cela fit grogner Kogoro.
- Je ne vois qu'une solution. Le café Poirot est fermé, mais je vais demander au patron s'il ne peut pas nous servir quelque chose.
Heiji et Conan se retournèrent pour regarder la pancarte du café. Mais oui!! Leur affaire ressemblait étrangement à ce fameux roman d'Agatha Christie: ABC contre Poirot. Une histoire racontant une série de meurtres où la première lettre du nom des victimes est aussi celle du lieu où elles sont assassinées, en suivant l'ordre de l'alphabet. A chaque fois, on retrouvait sur les lieux l'ABC des horaires de train, laissant supposer que c'était l'œuvre d'un meurtrier en série. Finalement, la véritable victime du coupable était la personne qui avait le nom commençant par la lettre C. En bref, il était question d'une enquête visant à masquer un arbre au milieu d'une forêt, ou plutôt, un crime très préparé parmi d'autres commis au hasard.
Les incendies avaient fonctionné sur le même principe, laissant croire que le pyromane suivait un ordre précis, avec un cheval rouge laissé sur les lieux pour induire l'idée de crimes en série. Ainsi, la victime du quatrième incident n'était qu'un malheureux accident en apparence. Même le coupable était dans le même genre. Il avait partiellement avoué mais tellement faible, mentalement parlant, qu'il s'était laissé persuader par le vrai meurtrier que tout était de sa faute. Ici, seule différence, ils étaient plusieurs à pouvoir manipuler leur homme, sans parler de leurs alibis.
Ce quatrième crime était une mise en scène, ça se sentait à plein nez.
XxXxX
Le lendemain, la décision de Heiji de retourner sur les lieux du crime ne fut pas accueillie avec enthousiasme, surtout quand il décida, une fois de plus, d'embarquer Conan avec lui. Les filles étaient très mécontentes, puisqu'elles avaient prévu qu'ils aillent tous ensemble à Tropical Land.
- Je te rappelle que le criminel a été arrêté hier soir, marmonna Kogoro.
- Oui! renchérit Kazuha. C'était le monsieur qui nous avait donné un porte-clef!
- C'est bien lui que la police a arrêté hier soir devant chez nous, non? se fit confirmer Ran.
- Peut-être, accorda Heiji. Mais je me demande si Genda-han n'a pas été manipulé par quelqu'un.
- Manipulé?
Kogoro était la définition même de dubitatif devant l'idée.
- Réfléchissez un peu! insista le jeune d'Osaka. Vous vous souvenez des professions qu'exercent les différentes personnes qui sont venues chez la victime hier soir? Le mari est psychanalyste, l'amant est professeur de Feng Sui et la sœur est voyante! Chacun d'eux pourrait bien avoir des facultés pour manipuler quelqu'un et ils ont tous un alibi.
- Peut-être, accorda Kogoro. Mais on ne sait pas encore s'ils ont été en contact avec Genda-san qui lui aussi a un mobile.
Remettant sa casquette à l'endroit sur son crâne, Heiji annonça qu'il voulait revérifier la scène de crime. Après tout, il y avait peut-être une information grosse comme un camion qui leur échappait.
XxXxX
Malgré le beau temps, la carcasse noircie de la maison faisait un triste effet. Tout ce qu'il y avait autour semblé gris et terne, alors que la police faisait leur enquête.
- C'est répugnant, souffla Ran en restant en retrait dans la rue avec Kazuha. C'est bien ici que quelqu'un est mort brûlé vif, n'est-ce pas?
- Je ne comprends toujours pas pourquoi Heiji a voulu venir ici, avoua Kazuha.
Cela n'empêchait pas pour autant la curiosité morbide de les clouer sur place à fixer la carcasse de maison. La curiosité était d'ailleurs une des raisons pour laquelle elles étaient venues… sans parler qu'elles voulaient que tout soit réglé rapidement pour aller au Tropical Land.
- Eh bien, c'est le grand rassemblement aujourd'hui, nota le commissaire qui se tenait dans la rue.
Il leur raconta qu'il avait passé la nuit en salle d'interrogatoire avec Genda, mais que la seule réponse qu'il avait eu était un «je ne sais pas».
- Il raconte qu'il y aurait une deuxième personnalité en lui qui allume des feux inconsciemment. Enfant, il lui arrivait d'être somnambule et récemment, ça lui est arrivé de nouveau. C'est pour ça qu'il voyait un psychanalyste.
Et par le plus grand des hasards, il s'avérait que le spécialiste en question était Morozumi, qui lui avait prescris des antidépresseurs.
- Il était très surpris d'apprendre que le pyromane était Genda.
Il allait faire un autre commentaire que la fille de la nuit d'avant sauta par une fenêtre cassé de l'étage avec un rouleau de couverture dans les bras, pour finir de nouveau sur le portillon, puis sur le béton. Un policier apparut à l'étage et fit un signe avec un pouce levé à l'adresse du commissaire.
- Vous êtes sacrément douée, mademoiselle, commenta le commissaire en la débarrassant du rouleau de couverture.
- J'ai eu un bon professeur. Il est plus adepte de la version Freerunning et de tout ce qui est aspect spectaculaire, mais il m'a enseigné bien assez de base pour que je maîtrise le parkour à bon niveau, répondit-elle froidement.
- Qu'est-ce que vous faîtes ici? demanda Kogoro.
- Reconstitution, répondit-elle succinctement.
- Elle nous a montré comment elle a procédé au sauvetage de la victime. Elle a sauté d'une poubelle jusqu'au muret arrière de la maison, avant de se jeter vers une fenêtre pour trouver la victime et fuir par le devant.
- Une poutre m'a barré la route, ça m'a empêché de faire demi-tour, se justifia la brune en haussant des épaules.
- Woaah! Vous devez être ultra douée pour réussir à faire ça!! s'exclama Kazuha avec admiration.
Aussi dingue que ça puisse paraître, surtout au vu de son air ultra froid, Kali se mit à rougir comme une pivoine. Certes, ce n'est pas très visible, vu qu'elle avait la peau aussi sombre que celle de Heiji, mais c'était marquant.
- Je t'ai jamais vu dans le coin, tu es dans quel lycée? demanda joyeusement Ran.
- Ekoda…
Sans même demander à la police s'ils en avaient fini avec elle, les deux amies prirent Kali en otage pour discuter, s'émerveillant sur la couleur si particulière de ses yeux. Même si clairement réservée, elle était moins froide avec les deux filles qu'elle ne l'avait été la nuit dernière avec eux.
Le commissaire regarda la scène et soupira en revenant à l'affaire.
- Genda connaissait aussi Soga-san, l'amant de la victime. Lui et Genda se voyaient souvent dans les brocantes. C'est à lui que l'on doit le choix d'un spécialiste pour ses problèmes de somnambulisme. Soga-san et Morozui-san sont d'anciens camarades d'université. C'est un homme assez spécial. Il a arrêté ses études pour se lancer dans le Feng Sui. Il a d'ailleurs conseillé à Genda de se rendre chez les Morozumi ce jour-là parce qu'il lui aurait dit que les ondes de chance étaient très fortes dans ce quartier en raison de sa disposition. S'il connaissait la voyante, on en est pas certain, mais il est vrai que cette femme est suspecte.
Le commissaire tira de son veston un sachet en plastique contenant un petit coussin que la victime avait tenu dans sa main. La voyante avait eu une étrange réaction, suite à la convocation de ce matin, en le voyant.
- Vous pensez que c'est un message posthume? demanda Ran.
- Pourquoi l'avoir relâché? s'enquit Kazuha.
Les deux filles tenaient fermement un bras de Kali, qui, bien qu'impassible, avait un maintien laissant présager qu'elle n'avait pas l'habitude de ce genre de situation. C'était presque drôle à voir.
- Elle avait un alibi, je ne peux pas la retenir, répondit le policier. Bien entendu, tout ça dépend de l'heure de départ du feu que vous avez donnée.
Heiji pointa du pouce la maison voisine.
- Dans ce cas, on pourrait peut-être redemander au témoin, c'est un gosse qui habite juste là.
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Le groupe était allé revoir l'enfant, avec juste les trois filles restant à l'entrée pour discuter. Le gamin confirma avoir vu l'énorme ombre du cheval sur les rideaux au début du générique, soit à 19h30. L'enfant avait la mauvaise habitude de regarder la télévision dans le noir, pour se donner l'impression d'être au cinéma. Avant ça, toujours dans le noir, il avait regardé le baseball dans l'obscurité en surveillant l'heure. Comment pouvait-il voir les aiguilles de la montre? Parce qu'il faisait clair au dehors. Très clair.
Cela dû donner une partie de l'énigme à Conan et Heiji parce qu'ils se précipitèrent au dehors.
- C'est étrange, commenta Yuminaga en regardant par la fenêtre la maison incendiée. La lumière parvenait jusqu'à cette fenêtre, alors qu'il y a un muret... pourtant, il n'y a que depuis la fenêtre de ce débarras, placée suffisamment haut, qu'elle pouvait arriver… Comment pouvait-il y avoir de la lumière avant que le cheval soit déposé?
- Peut-être passait-elle par la fenêtre de la chambre située au-dessus du débarras? proposa Kogoro.
- Non, on a jeté un œil à cette pièce, parce que c'est là où la gamine a trouvé la victime, et les experts ont dit qu'il devait y avoir des rideaux très épais.
L'attention des deux hommes fut attirée par la vue de Conan et Heiji qui sautaient aisément par-dessus le muret de séparation des deux propriétés. Les deux jeunes détectives finirent dans le débarras, fouillant les décombres pour trouver les pièces du puzzle qu'ils nécessitaient pour prouver leur théorie. Et finalement, chacun d'eux mis la main sur un morceau d'ampoule à fort ampérage avec d'étranges marques de brûlure sur le verre, sans parler des restes de mouchoirs en papier carbonisés. Avec cette méthode, on pouvait mettre en route l'incendie sans même être sur place.
Il ne restait à présent qu'à trouver la preuve que ce brave Genda avait été manipulé.
Ils allèrent retrouver les autres, demandant à aller voir chez le bouc-émissaire pour trouver la preuve qu'il ait été manipulé.
Kali en profita pour s'éclipser, bien qu'apparemment, Ran avait réussi à obtenir d'elle une promesse de se revoir et un numéro de téléphone.
- Vous avez fait amie-amie avec Miss Bonne Humeur? s'étonna Heiji en regardant l'étrange brune s'éloignée.
- Elle est timide, c'est tout, ne sois pas méchant, rouspéta Kazuha.
- En plus, elle sait des trucs qui sortent de l'ordinaire! Je l'inviterai à l'occasion et j'en profiterai pour la présenter à Sonoko! s'enthousiasma Ran.
Kali s'arrêta brusquement et se retourna vers le groupe qu'elle venait de quitter pour revenir vers Conan. Elle s'arrêta devant le garçon et s'accroupit à son niveau en arrangeant son saroual.
- Quand l'Allumette parle du prix du marché, rappelle-lui pour moi qu'ici, on marche en Yen. Merci d'avance, dit-elle tout bas avec une voix sans émotion.
Sans laisser l'occasion au petit détective de lui demander des précisions, elle se redressa pour s'en aller définitivement. Elle répondit d'un simple salut de la main au «à bientôt» des filles et continua sa route à pied.
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit? demanda Heiji en se mettant au niveau de son ami.
- Elle m'a demandé de transmettre un rappel sur la monnaie qu'on utilise à quelqu'un qu'elle nomme Allumette. M'en demande pas plus, marmonna Conan, clairement perplexe.
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Le voyage jusqu'au domicile de Genda ne fut pas très long, mais il permit aux deux jeunes de résumer leur hypothèse au commissaire, pendant que Kogoro conduisait sa voiture de location avec Kazuha et Ran. Yuminaga devait admettre que l'idée des deux jeunes se tenaient, même si les brûlures avaient pu être faîtes n'importe quand durant l'incendie. Sans parler du fait que leurs trois suspects étaient aussi capables les uns que les autres d'entrer et sortir de la maison.
- C'est justement pour trouver le coupable que nous sommes venus chez Genda-san, alors, ne restons pas là!! dit avec entrain Conan en sortant de la voiture.
- Oui! Qui sait? On va peut-être trouver un journal intime ou quelque chose comme ça: renchérit Heiji.
Le pauvre commissaire commençait à se demander d'où sortait cet étrange duo.
Dans l'autre voiture, Kazuha regarda l'heure en soupirant. Il était déjà quinze heures, c'était trop tard pour Tropical Land.
Les hommes entrèrent dans la maison du suspect, qui avait donné la clef en pleurant quand on lui avait dit qu'on cherchait des preuves de son innocence.
Première constatation en passant le seuil: pour quelqu'un qui vivait seul, il avait une sacrée baraque. Apparemment, il vivait ici depuis la mort de son père, avec sa mère. Sauf qu'elle-même était partie l'an dernier, à cause de la maladie.
Seconde constatation: d'étranges marques boueuses dans l'entrée qui correspondaient à une paire de chaussures trouvées dans les environs. Et pour bien enfoncer le clou de leur soupçon, dans une poubelle, Conan trouva des chaussettes boueuses et une chemise avec des traces de brûlure. Mais en dépit des preuves, Yuminaga garda la foi en l'innocence de leur suspect.
- Oi! Kudô! Viens par ici! appela Heiji depuis l'angle d'un couloir.
Perplexe, le petit détective alla rejoindre son camarade de Osaka qui lui montra une facture qu'il avait trouvée sur le meuble à chaussure. Une facture de téléphone.
- Trente mille Yens pour un mois… tu ne trouves pas que ça fait beaucoup? nota Heiji en regardant le montant.
- C'est vrai que pour un homme comme lui, c'est étrange, commenta Conan. C'est à peu près ce que paye Ran qui passe son temps pendu au téléphone avec Sonoko.
- Maintenant que tu le dis, Kazuha passe aussi des heures au téléphone avec ma mère… grommela le lycéen. Pourquoi est-ce que les femmes aiment autant parler au téléphone?
Le mystère restera irrésolu encore un moment parce que les deux demoiselles débarquèrent dans l'entrée, les mains sur les hanches, prenant les garçons la main dans le sac à médire sur elles.
- Alors comme ça, on est pendues au téléphone?! demandèrent les filles, faisant blanchir les garçons.
- Vous espionnez notre conversation à travers la porte?! accusa Heiji pour ne pas avoir à se justifier.
- Tu nous prends pour qui! protesta Kazuha.
- On écoutait la radio dans la voiture et on a entendu vos voix! expliqua Ran.
- La radio? répétèrent les deux garçons.
Pourquoi la radio?
Ils échangèrent un regard dubitatif avant qu'une idée ne les prenne. Heiji ramassa le vase sur le meuble, si semblable à celui sur le meuble d'entrée de la maison qui avait brûlé, et l'examina attentivement, finissant par trouver un micro espion caché dedans.
- C'est le même vase que dans l'entrée des Morozumi, non? se fit confirmer Conan.
Oui, le même vase.
Comprenant que les bizarreries qu'elles avaient entendu depuis la radio de la voiture, les deux filles mentionnèrent qu'elles avaient perçu aussi une conversation au sujet d'une poubelle. Il en fallu pas plus pour que les deux détectives en herbes foncent dans la pièce avec la poubelle pour chercher dans tout les coins une cachette pour un autre micro espion. Conan le trouva dans le petit coussin de couleur sur lequel on avait posé une petite boule de cristal.
- Je sais ce que c'est, ça!! informa Ran qui les avait suivis après avoir enfilé une paire de pantoufles. C'est un cristal porte-bonheur que vend une voyante dans le bâtiment de la gare de Haido!! Il paraît que cette voyante est très forte et que ses prédictions se vérifient toujours.
À cet instant, Yuminaga vint les retrouver pour voir ce qui avait été découvert par les jeunes et sortit de sa veste le petit coussin que la victime avait dans sa main quand elle avait été tirée de l'incendie. La couleur était peut-être différente, mais le reste, c'était identique. Pris d'une intuition, Heiji se saisit du coussin entre les mains du commissaire et le déchira en deux.
Ce n'est pas un micro espion qu'ils trouvèrent dedans.
C'était encore mieux. Une simple petite plaque portant les caractères de Sekitoba.
Ils avaient la solution à cette affaire entre leurs mains.
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- Comme je vous le dis, le suspect, qui avait pourtant avoué, s'est soudainement enfermé dans le silence complet, annonça Yuminaga au téléphone. Il a effectivement reconnu que les chevaux retrouvés sur les lieux du crime étaient des objets de sa confection, mais pour ce qui est des incendies en série, il n'a absolument rien dit. A court de solution, nous sommes donc venus chez lui dans l'espoir de trouver des preuves, mais on a fait chou blanc. De plus, Genda-san disait être somnambule. Ce serait une deuxième personnalité en lui qui allumerait es incendies, mais là non plus, on n'a trouvé aucune preuve. De toute façon, demain, avec l'aide des experts du laboratoire, il nous reste une chance de trouver quelque chose. Je vous rappellerai si j'ai du nouveau…
Le commissaire raccrocha avec un long soupir et se tourna vers Heiji qui se tenait avec tout le monde, dans son dos.
- C'est ok comme ça? demanda l'inspecteur d'un air sceptique.
- C'est, c'est parfait commissaire!! assura le lycéen avec le même genre de sourire qu'affichait Conan à ses pieds.
- Mais qu'est-ce que tu mijotes? Mentir au téléphone aux trois suspects de cette manière… tu cherches quoi? demanda Kogoro.
- Mentir? s'étonna le jeune homme.
- Sans compter que pour l'instant, avec les micros espions, on ne peut soupçonner que Soga-san, avec le vase qu'il a offert et la boule de cristal vendue par la voyante. Et à côté, on a le psychanalyste qui nous confirme que Genda-san est somnambule. L'affaire est close.
- J'ai mes raisons!! Vous comprendrez plus tard!!
- Si les experts viennent examiner la maison demain, on a intérêt à effacer toute trace de notre passage, non? pointa Ran.
- Oui! On a sûrement laissé des cheveux un peu partout ici, approuva Kazuha.
- Comment on va faire? demanda innocemment Conan aux filles.
- Comment? répéta Ran.
- Moi, je ne vois qu'un grand ménage, non? proposa Kazuha.
- Et si on a pas le temps pour ça, comment on fera? insista Conan.
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Cette nuit-là, le piège de Heiji se referma.
Alertés du passage des experts de la police, leurs trois suspects se manifestèrent, chacun pour ses raisons. La voyante et le professeur de Feng Sui pour récupérer les micros qu'ils avaient cachés chez Genda. Ils n'eurent pas l'occasion de le faire que Kogoro et les filles les prirent la main dans le sac. Pour le veuf, Yuminaga et les deux détectives lycéens l'attendaient dans la chambre de Genda où le psychanalyste installait son système qui avait servi à déclencher un incendie chez lui: du papier autour d'une ampoule à fort ampérage, une allumette à glisser entre les couches et du journal autour du pied. L'imprévu était qu'on avait débranché la lampe de chevet en prévision.
Même s'il avait été pris la main dans le sac, l'homme tenta de se défendre, mais les faits restaient les mêmes. Profitant de l'inquiétude de Genda qui avait peur d'être redevenu somnambule et d'avoir causé l'incendie de la maison de ses voisins, il lui avait prescrit soi-disant des antidépresseurs, qui étaient en fait des somnifères assez puissants pour permettre à n'importe qui d'entrer chez lui et de laisser des traces qui pourraient accuser le pauvre homme des incendies qu'il n'avait pas commis (ce qui en soit, était déjà une faute puisque seul un psychiatre pouvait prescrire une prise de médicaments). Manipulation et abus de faiblesse se rajoutaient dans sa liste de crimes, en plus de meurtre avec préméditation et incendies volontaires. Sa femme avait fini par le découvrir, le voyant un soir fureter autour de leur maison pendant qu'il préparait le meurtre. En fouillant, elle avait découvert les supports et les chevaux rouges qui accusaient son époux. Puisqu'elle les avait renvoyés, il était probable qu'elle comptait faire chanter son mari. Et c'est ce qu'elle avait fait en réclamant le divorce pendant que lui n'avait voulu que détruire la maison afin d'y faire construire son cabinet de psychanalyste.
L'homme avait cru qu'en s'inspirant du plan parfait de ABC contre Poirot, il ne serait pas pris. Quelle blague, après tout, le détective belge aux moustaches impeccables avait toujours le dernier mot, et cela coûtait à cet assassin sa liberté à présent.
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- Bon Mouri, encore merci pour tout! remercia Yuminaga alors que la police venait chercher le coupable, laissant le groupe avec le commissaire, dans la rue nocturne.
- Ah, euh… je… bégaya Kogoro en se frottant la nuque, ne sachant que répondre.
- Enfin, c'est plutôt ces gamins que je dois remercier, non?
Yuminaga adressa un regard à Conan et Heiji qui lui répondirent d'un grand sourire, tous les deux fiers de leur travail.
Pour ce qui était de la voyante et du professeur de Feng Sui, ils s'en allaient avec seulement un avertissement pour leurs micros et leur tentative d'escroquerie, puisqu'ils n'avaient pas encore vendu quoi que ce soit de trop cher pour l'instant.
- Dites, Commissaire, vous nous expliquez pourquoi vous avez cru à l'innocence de Genda-han? demanda Heiji.
- Lorsqu'on a commencé à le soupçonner dans cette affaire, je l'ai appelé et nous avons discuté dans un jardin public, expliqua l'homme. Au bout d'une demi-heure, il n'avait presque rien dit, alors, je me suis levé en disant qu'on reprendrait cette discussion une autre fois. En m'éloignant, je me suis retourné et je l'ai vu qui cherchait quelque chose dans l'herbe à côté du banc avec un air inquiet. Il n'est parti qu'après un certain temps, quand il a commencé à pleuvoir. En voyant son visage, comme soulagé, j'ai fini par comprendre… Ce qu'il cherchait, c'était un mégot de cigarette que j'avais jeté, parce que c'était ce qui avait provoqué l'incendie dans lequel avait péri son père. Je ne pouvais pas penser qu'un homme pareil fasse brûler la maison d'autrui, je ne voulais pas non plus m'y résoudre. C'est tout…
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Kazuha s'impatientait parce que Heiji voulait absolument une petite horloge ancienne du magasin de Genda-san et pour seulement cinq cent yens, ce qui était un prix plus que bradé. Et l'adolescent insistait alors que son amie lui disait qu'ils allaient louper l'avion, tout ça sous le regard blasé de Conan et le sourire embarrassé de Ran.
- Tout le monde n'a pas besoin de savoir que t'as des doigts crochus, alors baisse d'un ton, gamin. On t'entend depuis l'autre bout de la rue, claqua une voix froide familière.
Le groupe se détourna du cinéma de Heiji pour voir Kali qui venait d'entrer dans la boutique avec son air froid et impérieux. Elle salua pourtant avec le même embarras que l'autre fois les deux jeunes lycéennes qui furent ravies de la revoir.
- Haiiro-san!! J'ai justement reçu ce que vous vouliez, et j'ai trouvé autre chose qui pourrait vous plaire! s'exclama Genda en abandonnant Heiji pour filer à sa réserve.
- Cliente ici? devina le jeune détective d'Osaka.
- C'est la seule boutique qui me regarde pas de travers quand je cherche des trucs bizarres, rétorqua la jeune femme en haussant des épaules. Si t'as fini…
Comprenant le message, Heiji et Kazuha s'écartèrent du comptoir, laissant leur place à l'étrange femme qui s'y accouda, conservant un œil sur Heiji. Genda revint à cet instant avec une planche en bois laqué sous un bras et une statuette dans son autre main, masquée par un drap. Il la déposa sur un coin du comptoir et présenta la tablette avec précaution. Conan rejoignit Heiji et se hissa sur la pointe des pieds pour voir de quoi il était question. Cela failli le faire rire.
Une planche de Ouija.
Cette femme s'adonnait au spiritisme.
Genda présenta la goutte du même bois au centre de la planche et laissa sa cliente examiner sa commande.
- C'est une vraie planche aux esprits? se fit confirmer Kazuha avec fascination.
Ran vint la rejoindre pour mieux voir.
- Il n'y a pas de vrais ou de fausses planches aux esprits, expliqua calmement Kali qui avait pris le plateau entre ses mains pour mieux l'examiner. Ce que je cherche, c'est une planche qui avait un propriétaire qui savait ce qu'il faisait en l'utilisant.
Elle effleura le bois de l'index et le suçota en suivant, hochant la tête pour elle-même, apparemment satisfaite.
- Je la prends.
- Tu n'as pas peur de t'en servir? demanda Ran d'une petite voix.
- J'ai fait des choses bien plus dangereuse que ça dans ma vie, assura avec le même calme Kali. Vous vouliez me montrer quoi d'autre?
Genda rapprocha la statuette du centre du comptoir et souleva le drap, dévoilant une petite statuette de jade avec des yeux noirs. Une statue de serpent dressé d'un air royal, avec deux immenses ailes sortant de son corps.
- Vous aimez Quezacoatl? demanda Conan.
- Lui et moi sommes bons amis, si on veut, répondit la brune en se baissant pour regarder l'objet dans les «yeux».
Elle se redressa et secoua la tête.
- Merci d'avoir songé à ça, mais il n'est pas assez coloré à mon goût. Je prends la planche.
Elle rejeta ses cheveux en arrière et sortit son porte-monnaie. Conan suivit des yeux quelque chose qui venait de s'échapper de la tignasse noire de la jeune femme et sauta à sa poursuite. La tache dorée voleta un instant avant de tomber un peu plus loin.
Une plume jaune que Conan ramassa, la trouvant encore chaude sous ses doigts.
Il regarda Kali saluer les filles, ignorant les hommes et s'en aller avec son achat dans une pochette du magasin.
Qui était vraiment cette Kali?
