Salut à tous ! On se retrouve en ce pluvieux février pour un nouveau chapitre. Et je pense que vous l'attendiez celui-ci. Ooooh oui. Quand vous allez voir ce quoi il est question, vous allez être trèèèès content.

Sans parler que je vous réserve une petite surprise ;)

Mention spéciale à Artemis666 ; Misstykata ; Jadeisa31 (Pas de Marco hors flash Grand Line ou fin de l'histoire) et blue firegreen pour les commentaires et je vous dit mille fois merci pour votre accueil à Kali ! Voir mon OC avec autant de fans, c'est un pure régale !

Sur ce, merci encore et toujours pour votre fidélité et on se retrouve en mars pour la suite ! Bises !

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Sonoko était en mode déprime en sortant du cinéma, alors que Red avait presque le panneau « Not Impressed » au-dessus du crâne. Comment avait-il réussi à suivre Ocean's 12 correctement, juste avec les bruits et les dialogues, ça restait un mystère.

- Qu'est-ce que tu as ? demanda Ran à son amie. C'est toi qui voulais aller voir ce film de gangsters, non ?

- J'avais bien aimé le premier, alors, j'attendais beaucoup du second ! lui répondit la blondinette. Mais là, ça n'a plus rien à voir !

- Ah bon ? Moi, j'ai assez bien aimé !

- Luffy a plus de talent que toute cette bande de guignols réunis, grommela Red en mettant sa casquette sur son crâne.

Conan se contenta de secouer la tête. Il s'était parfaitement douté qu'il ne fallait pas attendre grand-chose d'une suite.

- Aaah~ ! Je voudrais tant qu'il se passe quelque chose ! soupira Sonoko. Un évènement étonnant et extraordinaire qui fasse résonner les battements de mon cœur !

Conan leva les yeux au ciel et tomba sur la lune ronde et pleine qui lui rappelait que cela faisait un moment qu'il n'avait plus eu signe de vie de Kaitou KID.

- Si tu cherches du sensationnel, j'ai rendez-vous avec Kali-san demain, tu pourrais m'accompagner, ça serait l'occasion de faire un peu plus sa connaissance ! proposa Ran. Elle m'a promis de m'apprendre des bases de parkour.

- La fille bizarre de l'autre affaire ? se fit confirmer Sonoko d'un air dubitatif.

- Elle appréciera pas des masses Sonoko, avertit Red.

- Hee ? Et pourquoi ça ? Elle a quoi en critère de sélection pour pas m'apprécier, cette fille ! s'indigna la blonde en se penchant vers le garçon.

- Tu aimes bien parler garçon, on est d'accord ?

- Oui, et ?

- Elle n'aime pas les hommes, à quelques exceptions. Elle va te jeter un long regard noir et se contenter de monosyllabe avec toi.

- Tu veux dire… qu'elle aime les femmes ? se fit confirmer l'héritière Suzuki avec hésitation.

- Non, même si elle est une partisante LGBT, c'est pas ce que je veux dire. Elle… est effrayée par les hommes, alors, pour pas le montrer, elle les évite ou se montre froide avec eux. Même Thatch-nii-san respecte une sorte de distance de sécurité avec elle.

- Mais tu es un homme, Red-kun, pointa Ran.

- Moi, je suis le petit-frère d'Ace-nii-chan, donc, je suis une exception, sans compter que je reste un enfant ! Après, elle est pas très douée pour ce qui est des relations amicales. Thatch-nii-san dit que c'est une Kuudere !

- Elle m'a tout l'air d'avoir besoin d'amies ! Ce qui tombe bien, parce que j'ai envie de la connaître ! sourit la brune.

Le reniflement sarcastique du D. souhaitait d'avance un bon courage à Ran.

Conan regarda son camarade pensivement, lisant assez entre les lignes pour deviner les possibles raisons de cette peur du sexe masculin.

- Viol ? demanda doucement le petit détective au pirate pour confirmer son hypothèse.

- T'es sur la bonne piste, juste au sommet de l'iceberg, répondit le petit commandant tout aussi bas. C'est ironique, tu sais ? J'ai passé ma vie à me demander ce que je foutais là, et pourtant, j'ai aidé une nana que je venais tout juste de rencontrer à apprendre à vivre.

- Ironique, mais admirable. Si tu n'avais pas pour passion de faire les poches des passants, j'aurais pu presque croire que t'étais un bon gars.

Red éclata de rire, s'attirant le regard perplexe des deux lycéennes, mais Conan agita la main pour leur dire de ne pas y faire attention.

- Sinon, j'ai une question au sujet de cette fille, enchaîna Conan quand les deux adolescentes se désintéressèrent des enfants. Elle est voyante, médium, un truc du genre ?

- Pourquoi tu me demandes ça ? s'étonna le D. en cessant de rire.

- Durant l'affaire des incendies en série, elle m'a demandé de rappeler à une allumette la devise monétaire japonaise quand cette personne parlerait du prix du marché. Chose que tu as faite l'autre jour au Tropical Marineland avec cette affaire de transaction de drogues, en te basant sur la valeur que tu connais, largement supérieure à celle que nous avons. Comment a-t-elle deviné que ça serait nécessaire de te faire ce rappel ?

- Oh, ça ? Elle est comme moi.

- Ce qui ne répond pas du tout à ma question.

- Si je te dis qu'elle porte, outre Haiiro, le surnom de Quezacoatl, ça te par-

Il ne termina pas sa phrase qu'il tomba tête la première dans une crise de narcolepsie. Conan soupira et appela Ran qui ramassa le garçon endormi.

- Il est de plus en plus lourd, nota-t-elle. Pourtant, il a pas l'air de grossir.

Le petit détective se contenta de ramasser la canne blanche de son ami, ne voulant pas parler des poids qu'il portait.

Le cri de Sonoko les alerta. Elle venait de se faire percuter par un voleur à la tire qui s'en allait en courant avec son sac. Immédiatement, Ran confia Red à son amie et partit à la poursuite du voleur, Conan sur les talons. Un vieil homme en Harley les dépassa, son sidecar dans lequel un chien était assis attirant l'attention de Sonoko.

- Allez Lupin ! ordonna le conducteur en montant au niveau du voleur.

Le chien obéit et se jeta sur le fuyard, le plaquant facilement à terre en un saut, le tenant par la veste. Le conducteur arrêta son véhicule et alla prendre la place du chien, son casque toujours sur le nez, faisant mention d'une autobiographie quelque part dans son sermon contre le voleur.

- Ojou-san, appelez vite la police, demanda le vieil homme assis sur le dos du voleur.

- Oui ! Merci beaucoup ! remercia Ran.

Elle s'accroupit pour remercier aussi le chien qui aboya joyeusement avec son propre casque de moto.

- Ce n'est rien, assura le vieil homme en relevant ses lunettes de moto. Même s'il avait réussi à se débarrasser de mon cher Lupin, il n'aurait pas pu échapper à ma Harley Bi-motorisée 1500 centimètres cubes !

Il sourit à Conan de dessous ses moustaches ébouriffées et blanchies par l'âge.

- En cas d'urgence, je mets les gaz !

Et il ricana de sa propre blague sous le regard interloqué de Sonoko.

- Ano… Oncle Jirokichi ? demanda-t-elle comme si elle n'en croyait pas ses yeux.

Le vieil homme se tourna vers elle et eut un sourire encore plus grand.

- Ohoh ! Tu es la fille de Shirô ! La dernière fois que je t'ai vue, tu étais toute petite !

Essayant de ne pas faire tomber Red entre temps, Sonoko leur présenta le cousin de son père, Suzuki Jirokichi, conseiller de l'entreprise familiale.

- Oh ça ! Je laisse la partie administrative à ton père et moi, je passe mon temps à m'amuser ! ricana le vieil homme.

- Quand êtes-vous revenu au Japon ? J'ai entendu dire que vous étiez parti en voyage au début de l'été, s'enquit l'héritière Suzuki.

- Je suis rentré la semaine dernière ! J'ai parcouru le monde et j'ai trouvé ce que je voulais, aussi, suis-je revenu… Il s'agit du plus gros appât.

- Un appât ? répétèrent les filles avec perplexité.

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L'homme ne vivait pas à la résidence Suzuki mais dans un manoir un peu en retrait de la ville. Et il avait une secrétaire avec lui, une femme grande et maigre, au regard gris terne et aux cheveux teints en noir qui engueula avec une voix froide et stricte le vieil homme pour être sorti sans l'avertir. Mais en dehors de ça, Minaguchi Yūko semblait aussi émotive qu'un gardien de cimetière, cachant sa fatigue sous une bonne couche de maquillage.

- Ne faîtes pas attention à Yûko, elle ne connaît pas le sens du mot « bonne humeur », leur recommanda le vieil homme en les entraînant vers sa « salle des trophées ».

La femme adressa un regard noir à Jirokichi avant de partir dans une abominable quinte de toux dans un mouchoir qu'elle sortit de son tailleur. Quand elle rangea le tissu, Conan ne put s'empêcher de remarquer qu'il y avait du sang.

- Avant que vous ne me le demandiez, oui, je suis allée à mon rendez-vous médical, devança la femme avec une voix tranchante en avançant aux côtés de son patron.

- Toujours aucun remède ? grommela-t-il sombrement.

Le silence de la femme valait toutes les réponses du monde.

Ils entrèrent enfin dans une immense pièce dédiée aux exploits du vieillard. Des tas et de tas de récompenses s'alignaient sur les murs et les étagères. Open Européen de golf, Coupe américaine de yacht, le prix du champion du monde de mangeur d'hamburgers le plus rapide, rallye des savanes… jamais deux fois la même récompense.

Sans parler des records.

C'était impressionnant.

- C'est dingue, tu trouves pas, Dawn ? demanda Conan à son camarade étrangement silencieux.

- Je connais plus impressionnant, mais cadre de référence oblige, j'en parlerai pas ici, marmonna le D.

- Ah ! T'es comme Yûko ! ricana Jirokichi devant la mine du garçon qui s'ennuyait ferme. Impossible d'impressionner ce bout de femme !

- Vous connaissez plus impressionnant que toutes ces récompenses ? demanda Ran à la secrétaire.

- Si c'était le cas, j'ai oublié, répondit froidement la femme en plongeant le nez dans son agenda qu'elle trimbalait depuis tout à l'heure sous le bras.

- Yûko-san travaille depuis quinze ans pour mon oncle, raconta Sonoko à Ran. Il l'a prise à son service alors que les urgences l'ont ramassée suite à un accident de la route. Elle est amnésique.

- Oh, je suis désolée, s'excusa Ran.

- Ne le sois pas, c'est peut-être mieux ainsi, marmonna la femme sans émotion.

Conan plissa les yeux.

Il y avait quelque chose chez cette femme…

- Dis… y'a un bouquet d'hibiscus ici ? demanda brusquement Red.

- Non. Pourquoi tu demandes ça ? s'étonna Conan.

- Je sens cette odeur de fleur, ultra familière, mais j'arrive pas à la caser.

- Ah, c'est le parfum de Yûko, gamin ! répondit Jirokichi. Elle a pas besoin de parfum, cette femme est un bouquet d'hibiscus sur pattes !

La femme porta son poignet à son nez, perplexe, mais au vu de sa mimique, elle ne dû pas sentir l'odeur florale qu'elle dégageait.

Sonoko, elle, elle ne s'intéressait pas à cette affaire de fleurs. Son regard était tombé sur une sculpture d'une femme, à genoux et nue, en or brandissant un joyau devant elle, tel un flambeau.

- Cette sculpture n'était pas là, la dernière fois, n'est-ce pas ?

Jirokichi se tourna vers la statuette en question, et leur raconta l'histoire de cette pièce d'art :

- Autrefois, au temps de grandes croisades entravées par les agressions des pirates, cette sculpture de la déesse de la mer a orné la proue d'un vaisseau capable de repousser ses assaillants ! Elle tient dans la main droite la larme d'une sirène transformée en pierre précieuse, une aigue-marine légendaire dont on raconte qu'elle détient le pouvoir de protéger les bateaux des naufrages.

- La Merveille Bleue est son nom, présenta Yûko. Cette sculpture aurait été accompagnée de deux sirènes en fer, comme soutien, mais le temps a fait son œuvre, ne laissant que la pièce principale, en or massif, et la pierre.

La pierre était énorme, d'un bleu pâle et radieux, clairement représentative de la mer qu'elle avait dû écumer.

- Cette œuvre d'art a aussi une grande valeur artistique. Je l'ai acquise aux enchères, non sans mal, mais la voilà chez moi depuis la semaine dernière, informa Jirokichi.

- S'agirait-il de ce fameux appât ? s'enquit Sonoko.

- Appât ou pas, je mords… souffla Red.

Conan regarda son ami qui salivait littéralement devant l'idée certainement pas légale qui venait de lui traverser l'esprit.

- Dawn, sois sérieux, tu vas pas voler quelque chose que tu ne peux pas voir ! tenta de raisonner Conan en parlant le plus bas possible.

- Je suis un pirate doublé d'un D., Edogawa, tu espères quoi ?

Pendant que le petit détective essayait de raisonner son camarade, sans voir le regard subitement acéré de la secrétaire sur eux, Jirokichi confirmait à sa nièce qu'il s'agissait en effet d'un appât pour pêcher cette « petite crapule ».

- Qui donc ? demanda sa nièce.

- Je suis né voici soixante-douze printemps et j'ai toujours obtenu ce que j'ai convoité. Oui, j'ai gagné tous les prix que je souhaitais et tous mes rêves ont été exaucés… mais il est un être que je ne suis pas parvenu à amadouer, raconta le vieil homme. Tel un démon, il force la garde la plus rapprochée, le coffre-fort le plus solide. Ce criminel vêtu de blanc déploie ses ailes dans le ciel nocturne avant de disparaître on ne sait où…

Tout le monde connaissait cette présentation.

Kaitou KID.

- Et je l'attraperai moi ! assura Jirokichi.

Yûko roula des yeux dans ses orbites, essuya un peu de sang de sa bouche après une quinte de toux et sortit de la pièce en disant qu'elle allait avertir le chauffeur pour ramener leurs invités chez eux. Son employeur hocha la tête et elle quitta la pièce, jetant un dernier regard perçant aux deux enfants. Elle referma la porte derrière elle et s'y adossa un instant, fermant les yeux, une main dans ses cheveux teints.

- Allez, Rouge, Roger a continué, en dépit de tout. Tu peux le faire toi aussi, chuchota la femme.

Elle expira profondément, et se redressa, ajustant son tailleur alors qu'elle allait à la recherche du chauffeur dans la résidence de Jirokichi.

- Tu me fais bien rire, mon gars, marmonna-t-elle. Tu veux tout faire, tout avoir, mais tu n'as pas le même panache que lui. Trouve le One Piece, et tu arriveras peut-être à m'impressionner.

Elle eut un reniflement narquois très masculin avant de tousser de nouveau dans son mouchoir.

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On ne pouvait pas louper l'intention de Jirokichi.

Après tout, elle était à la Une de tous les journaux. Le Torimitsu que lisait Kogoro ne faisait pas exception.

- « Annonce à l'Insaisissable KID, le gros bijou Merveille Bleue que vous convoitez est installé sur le toit de mon musée, chez moi, à Shiotome. Si vous désirez vous en emparer, venez le chercher. » De Suzuki Jirokichi, conseiller chez Suzuki. Non mais vraiment, utiliser la première page pour lancer un défi, c'est fou ce que les riches peuvent faire.

Et en bougonnant, Kogoro ouvrit son journal.

- En même temps, c'est plutôt excitant ! pointa Ran avec excitation.

- Idiote ! Tu ne crois quand même pas qu'il viendra ? Les gens immensément riches sont si imbus d'eux-mêmes qu'ils ne se gênent pas pour mettre au grand jour ce genre de défi ! Personne ne s'amuserait à tomber dans un piège aussi évident.

Pour une fois, Conan était totalement d'accord avec Kogoro.

- Mais Sonoko me l'a dit. La secrétaire de son oncle a reçu un e-mail du KID disant qu'il relevait le défi.

- Ah bon ?! s'étranglèrent les deux détectives.

- Il viendra passer une inspection préliminaire samedi.

Elle sortit son téléphone portable de sa poche en disant que son amie le lui avait transféré.

Kogoro prit le téléphone de sa fille pour regarder le mail en question qu'il lut à mi-voix :

- « J'accepte avec joie votre proposition. Je viendrai le douze octobre, à vingt heures, après une visite préliminaire la veille au soir. Visite dont vous me pardonnez l'impolitesse. »

Et en signature, toujours le petit griffonnage moqueur du KID, avec son monocle et son haut de forme.

- Toujours aussi snob, celui-là, marmonna Kogoro.

- Regardez, après le P.S., montra Conan qui s'était hissé sur l'accoudoir de la chaise du bureau pour voir le message.

Kogoro remarqua le Post Scriptum :

- « J'aurai l'honneur de venir chez vous à pied, tel un miracle à la hauteur de l'extraordinaire Merveille Bleue. » Comment ça à pied ?!

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Kuroba Kaito souriait en lisant la Une, ignorant les commentaires rageurs de son amie d'enfance qui espérait que son père mette enfin cette crapule de KID sous les verrous. Le nez plongé dans un de ses livres flippants, Kali passa à proximité du magicien voleur qui l'ignora jusqu'à ce qu'une enveloppe n'apparaisse sur le bord de sa table, mais déjà, la brune avait regagné sa place sans jamais se détourner de sa lecture. Curieux, le garçon replia le journal et prit l'enveloppe. Dedans, il trouva un As de pique légèrement brûlé, lui faisant froncer les sourcils. Il retourna la carte et trouva un message qui le laissa à la fois perplexe et inquiet.

« Faisons la course, KID. J'ai entendu parler de tes prouesses et je me rouille. »

Et c'était signé Hiken.

Rangeant la carte dans la poche de sa veste d'uniforme, Kaito jeta un coup d'œil à sa camarade de classe, ne sachant que penser de ce message.

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Quand il était question de Kaitou KID, l'inspecteur Nakamori ne faisait pas les choses à moitié. Les hélicos patouillaient partout autour du musée, les passants et la foule de curieux étaient passés au détecteur de métaux. Les patrouilles étaient armées autant que possible. On aurait presque cru que l'Empereur était de sortie.

Depuis sa voiture, le micro de sa radio en main, Nakamura dirigeait les opérations.

- Contrôle ! Contrôle ! Élargissez le périmètre de sécurité, ne laissez filer personne qui vous paraîtra suspect !

La personne à l'autre bout lui fit remarquer qu'on ne savait pas à quoi ressemblait KID. Et cela agaça le policier.

- Comment ?! Vous ne savez pas à quoi il ressemble ?! CONTENTEZ-VOUS DE ME LE RAMENER ! DE TOUTE FAÇON, IL CHANGE TOUT LE TEMPS D'APPARENCE !

Depuis l'autre côté de la barrière de sécurité, Conan, Ran et Kogoro regardaient avec compassion la scène sous l'œil assez indifférent du clan pirate qui les accompagnait.

- Je comprends comment Aoko arrive à crier aussi fort sur Kuroba. Elle a de qui tenir avec un père pareil, marmonna Kali qui avait les mains dans les poches de sa veste de jean qu'elle avait enfilé à la place de son habituel sari.

- Je suis certain d'avoir entendu sa voix quelque part, mais j'arrive pas à savoir où… réfléchit Thatch qui se tenait pas loin d'elle avec Red sur les épaules et la canne blanche de son frère accrochée dans son dos.

- Il a la voix du singe, pointa Red.

- Du singe ? répétèrent ses nakamas sans comprendre.

- Oui ! Ce foutu singe qui met trois plombes pour parler, qui se fout de la gueule de tout le monde et qui porte ces foutus costards d'un jaune immonde !

- Aaah ! Oui ! Exact ! C'est clairement la voix de Kizaru, reconnut Thatch.

- Sauf qu'il parle largement plus vite que cet enfoiré. Et qu'il a plus d'énergie. Ah, et qu'il fait moins de dégâts quand il bosse, énuméra Kali.

- Marco lui a envoyé un super coup de pied, vous auriez vu ça, c'était dééémeeent, soupira Red. J'étais peut-être pas dans la meilleure des situations, mais j'avais une vue splendide.

- Splendide jusqu'à quel point ? demanda avec taquinerie Thatch.

Les joues rouges du D. voulait tout dire.

- Vous parlez de qui ? demanda Ran avec curiosité.

- Un des collègues de travail de mon barge de Jiji, répondit Red en croisant ses bras sur le crâne de Thatch. Borsalino est surnommé Kizaru. Une gigasse qui porte d'immondes costumes jaunes. Il est ultra rapide quand il bouge, mais quand il parle, c'est m'sieur deux-tensions.

- Et encore, t'es gentil, nota Kali.

- On est pas tous une Kuudere sans cœur et sans âme, Quezacoatl ! Buuuuu !

D'une façon très gamine, depuis son perchoir, il tira la langue à Kali qui secoua la tête.

- J'en connais un qui va pas être content de savoir que tu te comportes comme ça~ rappela Thatch avec amusement.

Le D. rentra immédiatement sa langue sous le rire de Ran et le sourire vaguement amusé de Kali.

C'est là que Jirokichi arriva avec sa moto, passant devant le ruban de sécurité, Sonoko dans le sidecar faisant un signe de la main à son amie Ran en lui demandant si KID était déjà arrivé. Ce qui n'était pas encore le cas. La moto fut garée plus loin et Sonoko présenta son oncle à Kogoro, puis à Thatch (après tout, l'homme avait the Best Restaurant Ever de la capitale, si ce n'est du pays), puis Ran présenta Kali qui se contenta d'un sec hochement de tête. Red allait lui dire d'être un peu plus sympa, mais Nakamura venait de se jeter sur Jirokichi pour lui crier dessus :

- ALORS, C'EST VOUS L'AUTEUR DE TOUT CE REMUE-MÉNAGE ?! FAÎTES QUELQUE CHOSE AVEC VOS HÉLICOPTÈRES ! ILS EMPÊCHENT LA POLICE DE TRAVAILLER AVEC SON PROPRE APPAREIL !

Jirokichi leva le nez au ciel nocturne pour voir l'hélico de la police.

- Un hélicoptère de la police ? Mais le KID a prévenu qu'il viendrait à pied ! s'étonna le vieillard.

- Alors pourquoi faîtes-vous voler les vôtres ?!

- C'est pour le tournage de la version filmée de ma vie !

- Pardon ?! s'étrangla le policier.

Le Suzuki montra un camion de télévision un peu plus loin.

- Vous voulez voir ? Toutes les images sont contrôlées à l'intérieur de ce camion.

Et il invita le groupe à l'accompagner.

- Pas intéressée, refusa Kali.

- Garde le monstre, alors, il vient de faire une crise, demanda Thatch.

Il retira Red endormi de ses épaules et Kali le prit dans ses bras comme s'il ne pesait rien, ce qui fut admiré par les deux autres filles qui justement ne le trouveraient pas des plus légers ces derniers temps. Le commandant suivit le reste du groupe jusqu'à la caravane, découvrant un studio de télévision mobile. Yûko était dedans, surveillant d'un œil éteint que tout se déroulait sans incident.

- Nous recevons des images des hélicoptères, tout comme d'une centaine de caméras installées dans le musée Suzuki, informa la femme après avoir toussé dans son mouchoir. Bien entendu, le musée est vide, ainsi, nous saurons s'il essaye de s'infiltrer dans le musée en usant d'un déguisement.

- Toutes les manœuvres permettant l'ouverture et la fermeture des porte sont opérées d'ici, et si notre homme parvient au dernier étage, là où se trouve la sculpture, nous pourrons au moins l'y enfermer. Enfin, s'il vient bien comme il nous en a informé !

Et le vieillard eut un rire à son propre commentaire.

- Presque aussi sécurisé que Impel Down, marmonna Thatch dans sa barbe.

Le sursaut de Yûko n'échappa certainement pas à Conan, mais l'arrivée du deltaplane de KID l'empêcha de s'y intéresser plus. Leur homme, dans sa tenue blanche, venait depuis l'arrière du musée. Sur les talons de Nakamura, Conan fila pour voir au plus près les actions de KID. Sur place, ils apprirent que leur homme était apparu entre deux bâtiments avant de s'évaporer.

Conan doutait qu'il vienne réellement à pied. Pour ça, il fallait qu'il descende du ciel, et le Magicien du Clair de Lune n'était pas assez stupide pour faire une chose pareille. Une petite explosion de fumée se manifesta au-dessus de la foule, lui faisant lever la tête.

Il était là.

Debout dans le ciel, les mains dans les poches, sans son deltaplane, regardant de haut tout le monde, la pleine lune dans son dos lui faisant une immense auréole.

En se tenant ainsi dans les airs, comme s'il était sur la terre ferme, Kaitou KID leur présentait un miracle.

Un véritable tour de magie.

Comment faisait-il ?

Tout le monde se posait la question, et son sourire arrogant sur sa Poker Face montrait qu'il savait ce à quoi on pensait.

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- Ok, j'admets, il a un certain style, admit Kali. Je lui dirai jamais en face, mais il se démerde pas trop mal.

- Qu'est-ce qu'il fait ? demanda Red.

- Il se tient immobile dans le ciel. Je n'arrive pas à voir ou sentir à cette distance s'il a une aide quelconque ou quoi que ce soit. Il flotte littéralement dans le ciel.

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Conan n'arrivait pas à comprendre ce qu'il se passait.

Tout être humain normalement constitué est attiré par la pesanteur. Personne ne peut flotter dans les airs.

Il secoua la tête pour chasser la voix moqueuse de Red qui avait envahi sa conscience en chantonnant « cadre de référence ».

Il était peut-être suspendu à un ballon d'hélium noir ?

Un hélico vint se positionner juste au-dessus de KID, sans que celui-ci ne cesse de flotter.

Si ce n'était pas par au-dessus, c'était certainement sur les côtés ? Il serait rattaché à chacun des deux bâtiments ! Alors que Nakamura filait vers l'un des deux bâtiments pour dévoiler la supercherie, Conan se précipitait vers l'autre. Pourtant, arrivé sur le toit, il fallait se rendre à l'évidence : il n'y avait rien pour retenir KID.

Comment arrivait-il à flotter ?!

KID se racla la gorge, et sous le faisceau de lumière que l'hélico braquait sur lui, KID écarta les bras, comme s'il présentait un show.

- Ladies and gentlemen ! En cette soirée préliminaire, contemplez par quel miracle j'apparais devant vous !

Et remettant les mains dans les poches, il se mit à marcher dans le ciel, toujours sous le projecteur de l'appareil au-dessus de sa tête. On percevait même le bruit de ses pas.

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Devant le spectacle que transmettait la caméra, Yûko resta sans voix alors que Thatch se penchait vers l'écran pour mieux voir. Ce n'était clairement pas du Geppou. Il détourna la tête pour regarder la femme si froide, si morte, se mettre à rire. Rire qui lui valut une nouvelle toux sanglante, mais le sourire qui lui mangeait la moitié du visage ne vacilla pas.

- C'est ce que j'appelle venir à pied ! pouffa-t-elle en essuyant le sang de sa bouche.

- Roger aurait adoré ce truc. Ce gosse a un putain de culot qui aurait fait hurler de rire ce vieux Gol, sourit largement le cuisinier. En tout cas, là, je dis bravo.

Yûko perdit son sourire pour observer avec attention le cuisinier toujours penché vers l'écran.

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Sans que quiconque ne comprenne comment il s'y prenait, KID continua sa marche miraculeuse dans le ciel, traversant dans les airs les jardins de Shiotome à l'arrière du musée, à juste une minute de sa destination.

Conan posa un genou à terre, réglant ses chaussures pour pouvoir gonfler un ballon rapidement et shooter dans KID.

Brusquement, celui-ci s'arrêta.

- C'est tout pour ce soir, pour moi. Est-ce qu'un certain Hiken est présent dans la foule, ce soir ? Si c'est le cas, en réponse à son message, je lui donne rendez-vous demain, même heure, même endroit !

Et dans une bombe de fumée, il disparut de nouveau.

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Nakamori avait décidément beaucoup d'air dans ses poumons. Bien assez pour vouloir en dépenser en hurlant comme un charretier sur Jirokichi pendant qu'ils suivaient le vieil homme et sa secrétaire dans les couloirs du musée. À l'arrière du troupeau, Conan faisait la morale à Red pour avoir d'une part, pris contact avec le KID dans le dos de tout le monde sans préciser la véritable identité de celui-ci et d'autre part, pour vouloir faire ce vol.

Il fallait dire aussi que voir le voleur débarquer ainsi et marcher tranquillement dans le ciel, ça en avait secoué plus d'un.

Le groupe monta un escalier (Yûko proposa son aide à Red pour les monter avec une voix douce qui détonnait avec son comportement général, mais le garçon assura qu'il pouvait se démerder) pendant que le propriétaire du musée continuait de parler avec l'inspecteur :

- Il ne s'agissait ce soir que d'une première visite. Le KID a prévenu que demain serait le grand jour. Nous avons vu comment il s'y prendrait, à nous d'en profiter au mieux pour l'empêcher de s'emparer du trésor que j'ai acquis en parcourant le monde.

Le vieux Suzuki ouvrit la porte d'une salle vide donnant sous le toit. Accrochée à une poutre, la tête en bas, la statue en or les accueillit.

- La Merveille Bleue.

- Pourquoi l'avoir placée au centre et à l'envers ? demanda Kogoro.

Pour toute réponse, Jirokichi sortit une télécommande et appuya sur un bouton. Immédiatement, la poutre se mit en rotation, s'enfonçant dans le renflement du mur prévu à cet effet. Kogoro alla au balcon pour voir dehors et leva la tête vers le toit où venait d'apparaître la statue. Ce système de rotation permettait de remplacer l'originale par une copie.

Thatch fit courir ses doigts sur le sommet de la casquette de Red à côté de lui qui hocha la tête en comprenant la question silencieuse. Il prendrait garde à ce mécanisme.

- Le KID n'aura aucun mal à découvrir votre petit tour, pointa Nakamori au vieil homme. Il ne se laissera pas duper, c'est évident. Alors, soyez raisonnable, mettez vos hélicoptères au garage et laissez faire la police.

- Au contraire ! rétorqua le vieux riche.

- Pardon ?

- Avant de s'évaporer, le KID a laissé entendre qu'il reviendrait demain soir, au même endroit. En ce cas, je me prépare à le recevoir comme il se doit. Nous équiperons tous les bâtiments entourant la zone et nous le ferons surveiller par d'innombrables hélicoptères, ainsi que des policiers. J'ignore comment il a réussi à marcher dans les airs, mais en concentrant bien nos regards, quelque chose finira bien par se révéler ! S'il daigne réapparaître, il sera arrêté et ajouté en dernière ligne de mon autobiographie.

L'homme s'interrompit, en pleine panique, demandant à ce que personne ne bouge.

- Je sais pas ce qui est tombé, mais c'est pas loin de Mouri-ji-san, informa Red.

- Qu'est-ce qui est tombé ? demanda Conan à son camarade.

Le brave Lupin attrapa un bout du pantalon de Kogoro et lui souleva la jambe, lui faisant perdre l'équilibre. Yûko s'accroupit et ramassa quelque chose par terre.

- Bon chien, lâche-le maintenant.

Content, le toutou relâcha Kogoro alors que la femme tendait à Jirokichi ce qu'elle avait ramassé. Une lentille de contact.

- Tu n'y vois pas clair, Jirokichi-ji-san ? s'enquit Sonoko.

- J'ai soixante-douze ans, mon corps commence à ne plus m'obéir, soupira tristement le vieil homme. Merci ma chère Yûko.

A le voir ainsi, plein d'entrain et de vie, on le croirait plus jeune.

- Oyaji avait son âge, non ? se fit confirmer Kali à Thatch.

- Ouais. C'est vrai que les vols planés qu'il faisait faire à Ace étaient impressionnants, surtout quand la tête brûlée finissait plantée dans un mur, mais Oyaji avait déjà bien vécu.

Yûko ouvrit la bouche, comme pour parler, mais changea d'avis, d'autant plus que Nakamori avait demandé au vieux Suzuki pourquoi il tenait autant à attraper KID.

- Comme vous le savez, j'ai, jusqu'à aujourd'hui, remporté d'innombrables titres m'apportant la gloire, expliqua le vieil homme. Ils ont continuellement fait la première page des journaux. Il n'y a eu qu'une exception !

- Une affaire de mauvais timing a fait que le tour du monde en avion du Suzuki-san a été relégué en seconde page, laissant la première à Kaitou KID, résuma la secrétaire en roulant des yeux dans ses orbites.

- J'ai été humilié ! Yûko ! Peux-tu comprendre ma souffrance !?

- Non. Pour moi, c'est juste un problème d'ego, c'est tout, répondit sans le moindre tact la secrétaire.

- Que de cruauté, après tout ce que j'ai fait pour toi !

Conan fut surpris par le pas en arrière de Thatch alors que le regard dubitatif de la femme était pourtant destiné à son employeur. La fausse brune se détourna pour tousser dans son mouchoir.

- Écoutez-moi tous ! rugit le vieil homme. Quand KID sera arrêté, Suzuki Jirokichi signera son grand retour en première page !

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Le lendemain après-midi, ils étaient aux premières loges pour admirer la parade des hélicoptères dans le ciel. Qui aurait pu croire qu'on en trouve autant dans une seule et unique ville ?

Conan raccrocha son téléphone portable.

Red était injoignable. Avec le message de KID d'hier soir, ça ne rassurait pas du tout le petit détective. Surtout qu'il n'y avait aucun moyen de s'assurer auprès des camarades du pirate que le D. ne ferait aucune connerie. Thatch bossait et Conan ne connaissait pas le numéro de Kali.

- Mon oncle préfère qu'il y ait tous ces gens ! informa Sonoko quand Kogoro fit une remarque sur la foule. Oncle Jirokichi dit que pour la scène d'arrestation du KID, rien de tel que des images filmées avec des gens de la rue !

Conan savait aussi que l'homme avait profité des plans aériens pour se faire une publicité monumentale de son beau musée. Enfin, il n'allait pas râler quand ils avaient une place réservée, avec table et collation, sur le toit d'un des immeubles. L'un de ceux entre lesquels KID était apparu hier soir. Et étrangement, il n'était pas très surveillé.

- Voyez ça avec Suzuki-san, marmonna Yûko qui leur tenait compagnie, adossée au grillage de protection pour regarder les hélicos.

- Yûko-san, vous ne voulez pas vous asseoir ? Dans votre état, ça serait peut-être mieux, s'inquiéta Sonoko.

- Ce n'est pas parce que je m'assois cinq minutes que je vais guérir miraculeusement.

Conan n'écoutait pas la conversation, se repassant dans sa tête les images du KID qui avaient été filmées, cherchant à comprendre ce qui lui échappait.

- A quoi tu penses, bonhomme ?

Conan sursauta et remarqua que Yûko venait de se pencher à côté de lui pour lui sourire doucement. Sans comprendre pourquoi, le petit détective ne put s'empêcher de rougir.

- Euh… à rien. Dîtes, Minaguchi-san, vous souffrez de quoi ? Vous avez l'air très malade, mais pourtant, vous faîtes comme si tout allait bien.

- Je ne sais pas.

- He ?

- D'après les médecins, je souffre du contre-coup d'un déni ou d'une prolongation de grossesse, si ce n'est les deux. Ils disent que j'aurais dû mourir, mais je suis là, avec un corps fatigué, mais je me bats.

- Et votre enfant ?

- Je sais pas ce qu'il est advenu de lui. Amnésique comme je suis… quand on m'a retrouvée, je n'avais strictement rien sur moi qui permettait de dire qui j'étais. Jane Doe, diraient les anglais. Suzuki-san m'a sortie de l'hôpital et m'a offert un job en attendant que je retrouve la mémoire. Et je suis encore ici, avec un nom qui n'est pas le mien, quinze ans après.

Il y avait quelque chose dans le discours de cette femme qui faisait vibrer son antenne de détective, mais quoi… Ran eut un petit cri quand le vent des hélicos fit s'envoler sa casquette. Conan sauta de sa chaise et se précipita à la poursuite du vêtement qui s'arrêta contre le mur. Il la ramassa et remarqua une étrange égratignure dans le béton du mur, comme si on avait accroché quelque chose. Et ce, tout récemment.

Il ne restait que deux heures et cinquante-quatre minutes avant l'heure H du vol de KID. La télévision était sur place pour retransmettre en direct la tentative de vol, présentant aussi un ciel couvert d'hélico et des rues noires de monde, sans parler des curieux et fans. Comment en vouloir à KID quand il faisait de ses vols un spectacle si époustouflant et qu'ensuite, il rendait à leur propriétaire légitime.

Yûko leur avait mis une petite télévision portative sur la table pour qu'ils puissent suivre l'émission en direct, et Sonoko était plus qu'enthousiasmée par la possible venue de son idole qu'elle rêvait de rencontrer rien qu'une fois.

- Sonoko-san, il serait grand temps d'arrêter de vivre dans votre petit monde et vos contes de fées. La vie, surtout l'amour, ne marche pas ainsi, reprocha Yûko avec l'air sévère d'une mère qui gronde sa fille.

- Mooh, vous êtes pas drôle, Yûko-san, bougonna la blondinette.

- Quand on en vient à proposer de rester sur le toit à attendre un voleur avec la statue de la déesse dans les bras, je pense qu'on peut affirmer que vous ne vivez pas dans la même réalité que tout le monde. Il serait grand temps que vous cessiez de rêver au prince en cheval blanc, il n'existe pas.

- Elle n'a pas tort, sourit Ran à l'attention de son amie d'enfance.

- Tu veux qu'on parle de Shinichi ? attaqua sournoisement Sonoko.

- Ce petit idiot est plongé dans ses affaires de meurtre, qu'il y reste. Ran est trop bien pour lui, grommela Kogoro en buvant son café.

- Je vous rappelle aussi que vous avez déjà un petit-ami, Sonoko-san, pointa clairement Yûko.

- C'est pas sérieux cette histoire de vouloir rester sur le toit avec la déesse ! Imagine qu'il t'enlève avec ! gronda gentiment Ran.

- Mais ainsi, j'aurais été prisonnière et Makoto serait venu me sauver ! Kyaaa ! Deux hommes se seraient battus pour moi~ !

Souriante et rougissante, Sonoko se prit la tête dans les mains, perdue dans son petit monde. Yûko poussa un profond soupir. Décidément, cette fille avait un gros problème.

Kogoro se retourna sur son siège pour regarder le grillage de protection qui devait empêcher qu'on s'accroche au toit. Il doutait qu'il serait efficace, après tout, hier soir, KID était apparu entre les deux bâtiments, et avait marché entre eux jusqu'au musée, dans les airs.

- On avait vraiment l'impression qu'il marchait, sourit Ran.

- Pourtant il devait faire semblant !

Tout le monde se tourna vers Conan qui revenait avec la casquette de Ran.

- Les oiseaux s'étonneraient de voir un homme marcher tranquillement dans le ciel, non ? Je suis sûr qu'il y a un truc !

- Les oiseaux… répéta Sonoko d'un air dubitatif.

- Oooh, tu es si mignon Conan-kun~ ! fondit Ran.

Heureusement, parce qu'il n'avait pas lésiné sur la gaminerie et il se sentait à la limite honteux de ce qu'il venait de dire. Yûko regarda le petit garçon et se détourna pour essayer de reprendre son air impassible. Elle porta le dos de sa main à sa bouche, les yeux fermés pour retrouver son calme. Pleurer sur le passé et songer aux « et si » ne ramènerait pas ce qu'elle avait perdu. Elle avait aujourd'hui une chance de se rapprocher de ce qu'elle avait laissé derrière. Elle devait simplement saisir le bon moment pour se manifester auprès de la personne qui pourrait certainement l'aider. Elle devait garder le contrôle et faire profil bas, comme elle l'avait fait en ce temps-là.

- Le fait que ce KID puisse voler comme un oiseau grâce à ses tours de passe-passe te fascine, on dirait, commenta Kogoro en regardant Conan.

- J'ignore encore comment il fait, mais j'ai trouvé une piste susceptible de nous aider ! assura le garnement.

Il pointa du doigt sa découverte.

- Regarde ces égratignures ! On dirait que quelque chose s'est accroché au mur ! Elles sont toutes fraîches, je suis certain qu'elles proviennent du KID !

Cela fut remonté à la police et aux agents de surveillance et l'on vérifia le toit de tous les bâtiments environnants. Celui en face d'eux présentait les mêmes marques. Le tout était de savoir d'où venait ces traces.

- Peut-être ces câbles étaient-ils attachés entre ce bâtiment et celui d'en face ? supposa Ran. Grâce à eux, le KID nous a fait croire qu'il flottait dans l'air !

- Impossible, réfuta son père. L'inspecteur Nakamori est monté sur l'autre bâtiment hier soir et il a affirmé n'y avoir rien vu ! En plus, s'il avait été suspendu, il n'aurait pas pu marcher !

- Et s'il s'agissait de traces de projecteurs 3D ? proposa Sonoko. Il aurait pu projeter son image ainsi, d'entre deux bâtiments.

- Impossible aussi. C'est infaisable de projeter en trois dimensions dans le ciel et surtout pour des mouvements aussi précis ! Sans parler que les gens qui ont vu KID hier n'avaient pas de lunettes 3D.

- Tu as une autre idée papa ? s'enquit Ran.

C'était bien beau de démonter les théories des autres, mais il pourrait en proposer une, au moins. Rien qu'à la pose qu'il voulut classe, Conan savait que le vieux aller sortir une connerie.

- Quand un humain est convaincu que quelque chose ne se peut pas, même si cette chose s'avère réelle, sa préconception l'empêchera de la voir !

Oui, jusque-là, on pouvait suivre…

- Par exemple, avec l'usage d'une plaque de verre extrêmement grande et solide ! Le KID a facilement pu marcher dessus, une fois disposée entre les deux bâtiments ! L'inspecteur Nakamori ne s'en est pas rendu compte parce qu'il ne pouvait pas l'imaginer ! Il est donc possible que ces marques aient été faites lorsque les outils pour fixer le verre ont été retirés.

Yûko resta un instant à fixer Kogoro en clignant des yeux, mais son travail fut fait par les deux adolescentes :

- Quelqu'un se serait tout de même aperçu de la présence de cette plaque !

- Et puis d'abord, comment veux-tu que soit transportée et installée une chose pareille !

- C'était juste un exemple, se défendit Kogoro devant le double assaut.

- Même si la théorie était stupide, on est néanmoins d'accord que ce KID est venu ici pour y mettre quelque chose et que ça l'a aidé à faire ce spectaculaire tour d'hier soir, toussa Yûko dans son mouchoir.

L'idée de la plaque de verre était certes à bannir, mais ce qu'avait dit Kogoro menait tout de même à réflexion.

Nous sommes aveuglés par nos préconceptions…

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Il ne restait plus qu'une heure avant le coup d'envoi du vol, et Kali se mordait le pouce de nervosité. Elle avait foi en son camarade, elle savait qu'il pouvait aisément faire un vol de ce genre, mais l'état de son ami l'inquiétait. Il passait son temps dans la peau d'un enfant aveugle, comment diable espérait-il pouvoir s'y prendre sans se faire prendre ?

Au premier rang de la foule qui était tout juste contenue par les policiers, elle observa la scène aux côtés de la fille de l'inspecteur Nakamori. La police pouvait à tout moment perdre le contrôle des fans du KID, toujours plus nombreux, qui avaient reçu des tracts parlant d'une réception. La police finit par céder et les laisser circuler afin d'éviter l'émeute. La pirate respira un peu plus sereinement. Une fois dans la foule, Ace aurait plus de chance de disparaître.

Jirokichi finit par arriver sur sa moto, ses lunettes de protection sur son casque, s'arrêtant au niveau du journaliste pour adresser quelques mots au public.

- Soixante minutes avant l'heure H, toutes les mesures pour la venue du KID ont-elles été prises ? demanda le journaliste avant de tendre son micro au vieil homme qui retirait son casque de moto.

- Hm ! il nous a présenté hier soir un numéro de magie assez médiocre, mais c'est moi, ce soir, qui ferai ma démonstration… Un film noir, à faire pâlir le cinéma Hollywoodien !

- Vous semblez confiant.

- Je l'exhiberai devant vos caméras avant de le remettre à la police ! Ahahahaha !

- Et que faîtes-vous de cet étrange rendez-vous à ce mystérieux Hiken qu'il a donné, hier soir ? Des rumeurs circulent comme quoi il ne serait pas seul à convoiter votre Merveille Bleue.

- Qu'il soit seul ou en équipe ne changera rien ! Ce soir, je serais le grand vainqueur ! Tout le pays verra ça en direct ! Ahahahaha !

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Sur le toit, assis sur les genoux de Ran, Conan regardait la diffusion en direct transmise par la chaîne de télévision, avec, malheureusement, une page de publicité présentant le musée Suzuki, ce qui fit rire narquoisement Kogoro.

- La chaîne Nichiru et Suzuki-san collaborent sur ce projet, expliqua Yûko depuis son coin contre la barrière grillagée. Suzuki-san est très doué dans ce domaine.

- Ces prises de vues aériennes sont un montage d'images ayant servi pour une émission spéciale, expliqua Sonoko. C'est génial, parce qu'on a l'impression de les voir pour la première fois !

Elle joignit les mains sur son cœur, les yeux fermés, repartie dans son petit monde :

- Aaaah ! Viens vite, Insaisissable KID ! Et empare-toi de mon cœur brûlant !

- Il serait temps que vous cessiez de vivre dans votre petit monde, Sonoko-san, rappela froidement à l'ordre Yûko.

- Ce vacarme n'est pas propice à votre rencontre, ni ce vent, pointa Ran en montrant les hélicos.

La mention du vent titilla Conan.

Il venait de comprendre quelque chose de très important.

Sans attendre, il sauta des genoux de Ran et fila, laissant le groupe derrière.

Du moins, c'était son intention, jusqu'à ce que Yûko l'attrape par le col et le soulève du sol.

- Tu vas où comme ça, tout seul ? Si tu veux voir mon patron, je t'accompagne, hors de question que je te laisse vagabonder sans surveillance quand on a une foule pareille au dehors. Imagine qu'il y ait des gens malintentionnés !

Cette femme était encore plus mère poule que pouvait l'être Ran.

Le visage rouge de honte, il dut se résoudre à être accompagné par Yûko. Pour le coup, il devrait être discret dans son enquête.

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La secrétaire et le petit détective trouvèrent Jirokichi dans le studio mobile.

- Lupin n'est pas avec vous ? s'étonna Yûko en voyant l'absence du chien presque en permanence sur les talons de son patron.

- Il est parti faire une sieste, je pense, expliqua le vieux Suzuki. On a eu un problème de caméra dans la salle de la Merveille, mais bien heureusement, personne ne l'a touchée.

Une voix sortit du talkie-walkie du conseiller, annonçant la fin du remplacement de la caméra de surveillance et bientôt, le seul écran noir, parmi tous les autres, s'alluma, confirmant la présence de l'appât dans les murs du musée.

- Bon travail, félicita Jirokichi dans son appareil.

Il se tourna vers Conan et lui demanda ce qu'il voulait.

- Je voudrais revoir les images qui ont été filmées hier soir, Suzuki-san ! demanda le gamin. Vous avez vous-même dit que je le pouvais.

Les techniciens eurent un rire à ce commentaire.

- Petit, tu les as déjà regardées mille fois ! Et en plus, nous venons de les envoyer à la production pour le film sur la vie du conseiller.

- Oh non ! gémit le gamin.

- Toutes ces images seront ensuite présentées à la police, intervint Nakamori en entrant derrière le duo Yûko/Conan. Cette visite pleine d'éclat de l'Insaisissable KID est la première du genre.

C'est vrai que c'était une étrange méthode. Pourquoi est-ce qu'il s'était donné ainsi en spectacle ?

- Si vous voulez mon avis, c'est un leurre, leur dit la secrétaire. Il s'est mis en spectacle, pour nous faire croire qu'il refera le même tour ce soir, mais c'est faux.

Le sourire de coin un brin mystérieux et l'étrange éclat d'argent de ses yeux de cendre alertèrent Conan qui ne pouvait s'empêcher de trouver cette expression familière.

- C'est connu, après tout, un magicien ne montre pas deux fois le même numéro au même public, sous peine de le voir percer à jour, continua la femme. Je suis curieuse de voir ce qu'il nous réserve cette fois.

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Plus qu'une minute avant le retour du KID. Les fans avaient déjà commencé un compte à rebours.

Le vent des hélicos obligeait le voleur à devoir renoncer à son deltaplane, mais l'orgueil du voleur en blanc le ferait venir quand même. Et là, le vieux Suzuki ferait tomber sur lui son piège.

Pouf !

Depuis le studio mobile, on put voir aisément le cambrioleur en blanc apparaître dans le ciel nocturne sous les hélicos, sans qu'on ne puisse savoir d'où il était sorti.

Pile à l'heure.

Yûko eut une moue vexée de voir que sa théorie était tombée à l'eau.

C'est cet instant que choisit la pluie pour tomber.

Ziup !

Un des nombreux écrans du studio s'éteignit. C'était la caméra correspondant aux retransmissions de l'hélico numéro sept, qui apparemment, avait subi des perturbations à cause de la pluie.

- Le KID pourrait avoir demandé à un complice de provoquer des interférences, il a sans doute un plan, supposa Nakamori en sortant son talkie-walkie.

- Des complices ? s'étonna Conan.

C'était bien la première fois qu'il entendait parler de ça.

- Oui, les rapports évoquent un homme âgé ou une jeune femme. En tout cas, il a au moins un allié !

- Et si cet allié était dans l'hélico qui vient de couper sa caméra, proposa Yûko alors que le conseiller Suzuki mettait le voleur en marche au défi de venir jusqu'à la Merveille Bleue.

Pendant ce temps, Conan, lui, il venait de mettre tous les indices bout à bout. La lumière lui vint sur cette affaire. Il avait saisi l'astuce du KID pour faire croire à tout le monde qu'il marchait dans les airs, mais aussi comment il comptait voler la Merveille Bleue.

La caméra braquée sur le toit leur indiqua que la fausse statue de la déesse venait de remplacer la vraie.

- Monsieur ! L'opération de rapatriement de la Merveille Bleue est terminée ! annonça un technicien.

- Parfait ! sourit Jirokichi. Prenons les devants et éteignez toutes les lumières à l'intérieur du musée !

Conan voulut profiter que l'attention de tous soit sur les écrans pour filer, mais Yûko l'intercepta avec un regard sévère.

- Il est possible qu'il reçoive les images qui y sont filmées, continua Jirokichi en jetant un œil sur les retransmissions du musée.

- Attendez une minute, vous faîtes le jeu du KID, pointa Nakamori.

- En ce cas, que proposez-vous inspecteur ?

Il pointa l'écran où on voyait KID faire sa marche miraculeuse.

- Une idée lumineuse vous aurait-elle effleuré l'esprit pour empêcher ce bandit de s'approcher en gambadant fièrement dans le ciel comme un ermite ?!

- Mais qu'avez-vous en tête en retirant la sculpture et en éteignant toutes les lumières ?

- L'important est qu'il ne puisse rien voler. S'il ne parvient pas à s'emparer de la Merveille Bleue, j'aurai gagné. Et si je vous laissais la supervision des opérations ici, en échange d'un prêt de quelques-uns de vos meilleurs subordonnés ?

- Mes subordonnés ?

- En effet. La nuit dernière, j'ai veillé afin d'élaborer un plan secret infaillible.

- Vous auriez pu m'en parler quand je suis arrivée ce matin, monsieur le conseiller, pointa amèrement Yûko. Cela m'aurait évité une nuit blanche pour rien afin justement de trouver un plan pour empêcher ce vol.

- Navrée, ma chère, mais le secret le plus absolu est nécessaire pour ce plan.

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KID n'était plus qu'à cent mètres de l'objectif. Jirokichi était en tenu de moto, un gros sac à ses pieds regardant les inspecteurs boucler un caisson sécurisé. Le plan était parfait, KID ne pouvait que tomber dans le panneau.

Cependant, un des techniciens alerta Nakamori de l'étrange comportement du voleur qui tremblait légèrement ce soir. Même Ran, depuis le toit, après l'avoir vu passé, pouvait dire que l'homme ne marchait pas réellement. Il était rattaché à quelque chose au-dessus de lui par des fils très fin au niveau des épaules. Ainsi, il était rattaché à l'hélico numéro sept.

Un nuage de fumée sortit du KID, le faisant disparaître de la vue de tous aux abords du musée.

Bien heureusement, tous les hélicoptères étaient numérotés sur l'empennage. Il serait facile d'encercler l'appareil qui contenait le complice de KID. Du moins, c'est ce qu'espérait Nakamori. Sauf que le KID était plus malin. Tous les appareils avaient vu leur numérotation remplacée par le numéro sept. Pour éviter qu'on ne s'en rende compte avant de monter dans l'appareil, il avait dû mettre de faux chiffres par-dessus, afin de masquer le subterfuge.

- Inspecteur ! J'aperçois des suspects à l'entrée du musée ! Ils ne sont pas un ni deux ! interpella un des techniciens.

Nakamori reconnut immédiatement les hommes qu'il avait prêté à Jirokichi. Et l'homme au centre semblait transporter dans sa mallette la statue de la déesse. Cela fit peur à Nakamori qui alla à la rencontre du groupe en leur criant de se mettre à couvert en les traitants de crétins.

- Tout va bien ! rassura l'homme qui portait la mallette. Elle est vide, nous ne faisons que servir d'appât. Suzuki-san s'est déguisé en éboueur et sort par derrière avec la sculpture.

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Le vieux Suzuki était déjà sur la voie rapide avec sa moto, jetant un œil à la statue de la déesse, installé dans un sac poubelle, dans le sidecar.

Ce fut plus fort que lui, il poussa un juron bien senti.

- Vous réalisez maintenant que vous êtes loin, que vous vous êtes fait doubler, monsieur l'Insaisissable KID ?

De la couverture autour du sac, Conan se dégagea avec le bonnet de protection qui était généralement utilisé par Lupin.

- Qu'est-ce que tu racontes, petit ? Je jure parce que je viens de voir que tu t'es glissé là alors que je cherche à préserver mon trésor. Comment as-tu passé mon dragon de secrétaire ?

- Le coup des toilettes est un classique. Et j'ai saisi, en vous voyant arriver en Harley, que vous n'étiez pas le vrai KID, et je suis certain que Minaguchi-san le savait aussi. Après tout, vous ne portiez pas vos lunettes de protection, comme c'est le cas en ce moment même. Elles sont pourtant indispensables pour un individu portant des lentilles de contact. Avec le vent, les pupilles s'irritent et les yeux coulent. Il est tout bonnement impossible de conduire, même le temps d'une accalmie. Un vieil homme se promenant sur sa Harley voyante, sans le moindre garde du corps, malgré tout son argent… vous aviez toutes les chances de le forcer à faire la sieste quelque part et de prendre sa place. Vous avec emmené Lupin à l'ombre d'un arbre, dans les jardins de Shiotome et il doit encore dormir, probablement, avec les sédatifs que vous lui avez fait ingurgiter.

Le vieil homme se mit à rire, lui rappelant qu'il était à côté de lui à chaque apparition du KID, que ce soit aujourd'hui ou hier quand il s'était mis miraculeusement à marcher dans les airs.

- Il n'y a pas eu de miracle ! réfuta Conan. La magie, c'est facile, quand on est assisté. L'unité spéciale du groupe Suzuki ne fait pas partie de la police ou de l'armée ! Il ne vous a pas été difficile de glisser un complice parmi des professionnels engagés temporairement. Quand vous êtes apparu entre les deux bâtiments, hier soir, vous avez dissipé les doutes selon lesquels vous étiez attaché par au-dessus en faisant voler un hélicoptère au-dessus de votre tête. Ensuite, lorsque nous sommes montés sur les toits avec la police, afin de vérifier si des câbles ne reliaient pas les deux bâtiments, vous sembliez réellement flotter en l'air. Mais le miracle était un simple tour de magie, avec la complicité du pilote de l'hélicoptère volant au-dessus de vous ! Vous vous êtes déplacé en l'air entre les deux bâtiments grâce à cet hélico, vous avez suspendu un câble entre celui-ci et le toit du premier bâtiment et vous avez atterri sur l'autre bâtiment pour les relier ensemble. Ensuite, grâce à une poulie attachée à votre corps, vous vous êtes déplacé jusqu'au centre du câble avant d'abandonner votre cape noire dans un rideau de fumée, faisant ainsi entrée en scène Kaitou KID ! Vous avez ensuite fait en sorte que votre complice se dirige vers vous dans son hélico et vous vous êtes attaché solidement à des câbles, aussi fins que du fil de pêche, reliés à l'hélicoptère avant son décollage ! Puis, vous vous êtes débarrassé de la poulie que votre complice a récupéré avec les câbles qui reliaient les deux bâtiments. Et vous avez pu ainsi nous faire croire que vous vous promeniez tranquillement dans les airs sans être relié à rien ! Pendant que l'hélico faisait semblant de suivre votre avancée, vous vous êtes contenté de prétendre marcher, avec un enregistreur dissimulé dans votre poche pour diffuser des bruits de pas. Et afin que personne ne voit la supercherie, vous avez ajusté la taille de vos pas pour vous adapter aux tremblements provoqués par votre lien avec l'appareil au-dessus de vous. Ce n'est qu'une fois devant les jardins que vous avez quitté votre costume blanc en vous cachant sous un nouveau rideau de fumée. En profitant du mouvement des spots qui vous cherchaient vous vous êtes fait remonter dans l'hélico, pour disparaître dans les airs comme vous l'aviez planifié !

Conan conserva son regard satisfait et ses bras croisés en regardant le conducteur de la Harley.

- Pour ce qui est du KID de ce soir, ce n'était qu'une poupée articulée visant à attirer la police. Vous deviez avoir prévu de le remonter dans l'hélico à l'aide du nuage de fumée, mais on a bien vu qu'il y était tout simplement rattaché.

- Petit, tu étais monté dans un bâtiment à proximité du KID, n'est-ce pas ? Tu aurais alors dû voir ces fils par lesquels il était rattaché, pointa Jirokichi en jetant un bref coup d'œil à l'enfant sans se détourner de la route.

- Le vent et une préconception, répondit le petit détective. J'ai un peu honte de ma propre réaction. Au moment où l'hélicoptère est venu se placer au-dessus de vous, je me suis étonné, non seulement de l'absence de câbles, mais aussi du fait d'être à ce point persuadé que vous n'étiez pas rattaché. Je me suis laissé influencer par la mauvaise visibilité consécutive au vent. Je n'ai pas réussi à déceler les fils cachés. J'ai néanmoins retrouvé des marques de griffures sur les toits des deux bâtiments. Celles laissées par les crochets fixés au bout des câbles alors qu'ils étaient remontés par l'hélicoptère.

- Mais, petit, n'as-tu pas regardé d'innombrables fois les images du KID filmées hier soir ?

- Quoi que cela dépende aussi de la résolution de l'image, une chose aussi fine que du fil de pêche étant quasiment impossible à voir sur un moniteur normal, il faut regarder de près, à l'œil nu. La seule chance de l'apercevoir est une image en vue plongeante du KID avec les fils venant par devant et seul l'hélicoptère numéro sept, avec votre complice à bord, pouvait la réaliser. Si cette image avait été celle du montage du KID utilisée pour les programmes spéciaux consacrés au musée, et diffusée par l'hélico, on n'aurait pas pu voir les fils. C'est pour cette raison que votre complice a cessé de diffuser les images, quand la pluie s'est mise à tomber, n'est-ce pas ? Parce que personne dans ces prises de vues n'est muni d'un parapluie ! Et oui, c'est la même chose pour votre petit spectacle d'hier soir. Quand vous êtes soi-disant descendu du ciel, les contrôles au sol se sont interrompus. Vous vous êtes déguisé en Suzuki Jirokichi afin d'arranger votre venue. Quelle imprudence, n'êtes-vous pas apparu à l'écran, roulant sur votre Harley sans vos lunettes protectrices ?

Le conducteur retira les lunettes du sommet de son casque et les installa sur son visage en souriant, se justifiant d'une voix plus claire bien plus familière que celle de Suzuki :

- Je n'ai pas oublié de les mettre, je n'ai pas pu le faire, tout simplement.

Le masque de silicone se déchira au niveau des lunettes, faisant que Kaitou KID arracha le reste du déguisement pour laisser respirer son visage juvénile.

- Elles auraient abîmé mon déguisement.

- Alors ? demanda Conan. Et votre complice ? Que diriez-vous si la police était actuellement en train de l'encercler ?

- Je m'en fais pas, assura Kid. Les agents vont paniquer. J'ai fait coller des autocollants avec le chiffre sept sur tous les appareils, de quoi les désorienter !

- Comment ?!

Puis il comprit et il sortit sa montre pour viser Kid qui ne s'en occupa pas le moins du monde.

- Vous avez collé des autocollants avec de vrais numéros sur ceux marqués uniquement du chiffre sept. Vous les avez que très légèrement collés pour que le vent puisse facilement les détacher.

- Oui, et j'ai eu cette chance qu'aucun des pilotes ne s'en soit rendu compte au moment de monter à bord. Ils n'ont pas su que mon hélicoptère complice me suivait à la trace ! Ensuite, celui-ci a profité de la pagaille pour déguerpir…

Le sourire satisfait de KID vira en une moue vexée.

- La Merveille Bleue devait disparaître comme par un miracle céleste, mais je me suis fait doubler !

- Céleste ? Je pense que ce Hiken qui vous a devancé ne serait pas d'accord sur cette dénomination, puisque la couleur est censée évoquer l'océan.

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Sous la pluie, un embrasement attira l'attention vers le toit du musée. Les flammes disparurent rapidement, laissant place à une haute silhouette qui fut rapidement éclairée par les projecteurs des hélicoptères. Un homme vêtu d'un manteau de cuir noir tombant jusqu'à ses chevilles. Le vent des hélicos faisait claquer le vêtement ouvert autour de sa silhouette, dévoilant un pantalon cargo tout aussi sombre sur des bottes renforcées. Pour le haut, il n'avait qu'un veston sans manche sur une chemise bleutée mal fermée qui laissait voir une atroce cicatrice sur sa poitrine imberbe. Son visage était masqué par sa tête inclinée vers l'avant et son stetson noir aux smileys bleus qui se moquaient du monde depuis le sommet.

Si outre les flammes à présent disparues, il attirait l'attention, c'était parce qu'il faisait tranquillement sauter dans sa main un joyau bien connu.

La Merveille Bleue, apparemment décrochée de la main de la déesse.

- Yare yare… et moi qui voulais taaaant saluer ce gamin amateur des tours de passe-passe. Voilà qu'il tombe dans le panneau et se barre avec la copie que j'ai faite ! lança l'individu.

Vu comment la voix porta, il devait avoir un appareil pour augmenter le volume de ses paroles.

Il redressa la tête, mais ce n'est pas pour autant qu'on pouvait voir son visage, puisqu'il l'avait enroulé dans des bandelettes blanches jusqu'au nez, ne laissant de visible qu'un sourire immense et moqueur pendant qu'il dominait tout le monde depuis le toit du musée.

Yûko regarda l'image qui était transmise en zoom par les diverses caméras, les mains sur la bouche, les yeux ronds de surprise.

Nakamori attrapa un mégaphone et alla se planter dans la rue pour s'adresser à l'inconnu sur le toit :

- Je sais pas qui tu es, mais je te mets en état d'arrestation pour le vol de la Merveille Bleue !

Moqueusement, le voleur éclata de rire et glissa la pierre dans une de ses poches.

- Je ne pense pas, mon cher Inspecteur Nakamori !

Le voleur poussa le vice jusqu'à offrir un double doigt d'honneur à la police en leur tirant la langue, sans jamais se départir de son sourire.

- Je suis un pirate, mec ! T'es encore trèèès loin d'avoir le niveau pour mettre sous les verrous Hiken ! Mais t'en fais pas, j'ai l'intention de doubler de nouveau ce petit KID, alors, on se reverra !

Avec un petit salut militaire, Hiken tournoya un instant sur lui-même pour disparaître dans une gerbe de flammes. Nakamori se mit à hurler à tout le monde de retrouver le voleur.

- Ace… ? murmura avec peur et espoir Yûko.

- Vous disiez madame la secrétaire ?

- Rien du tout !

- Votre maquillage coule.

Réalisant qu'elle pleurait, la femme quitta sur le champ la caravane pour se diriger jusqu'à sa voiture garée un peu plus loin. Elle s'enferma dedans et attrapa son sac à main pour prendre de quoi réparer les dégâts. Elle ouvrit son miroir de poche, affrontant le mascara qui avait coulé partiellement, dévoilant sous ses couches de fond de teint quelques tâches de rousseur. Elle resta un instant tremblante, avant de s'effondrer en pleurant contre son volant.

- Ace… sanglota-t-elle.

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- C'est pareil ! réfuta KID toujours au guidon de la Harley. Le bleu de l'océan est le reflet du bleu du ciel, non ? C'est comme toi et moi aussi. Nous sommes pareils. De même que la terre est séparée du ciel, nous sommes des frères indiscrets qui utilisent une clef appelée curiosité pour forcer des portes que certaines personnes préféreraient garder fermées.

- Mais oui, marmonna Conan pas du tout convaincu. Le bleu du ciel et de la mer est une affaire de diffusion et de reflet de couleur. Mais leur nature reste totalement différente. Vous et moi n'avons rien à voir ! Pour preuve, les flaques d'eau ne sont pas bleues.

- Tu n'es pas poétique, commenta KID en tirant une tête de six pieds de long.

- A force d'être dans ses rêves, on ne sait plus distinguer la réalité.

- En parlant de réalité, pourquoi tu m'as poursuivi moi, et pas ce Hiken qui a la vraie pierre ?

- Parce qu'il est moins insaisissable que toi.

KID jeta un œil à la montre hypodermique redoutable qu'il avait déjà vu à l'action.

- Dis donc, tu comptes réellement me stopper avec ton anesthésiant ? Si je m'endors, à cette vitesse, je risque de provoquer un gros accident, non ?

- Je n'ai pas l'intention de l'administrer avant qu'on ne soit à l'arrêt. J'ai contacté l'inspecteur Nakamori. Quand il se sera fait une raison pour la poursuite de Hiken, il viendra s'occuper de vous.

- Hmpf ! Personne ne pourra m'arrêter ! Puisque tu connais bien Hiken, tu lui diras que la prochaine fois, il ne m'aura pas comme ça, n'est-ce pas ?

- J'aurai pas besoin de transmettre le message, puisque tu seras bientôt derrière les barreaux !

- Je ne pense pas. D'ailleurs, le vieux Jirokichi s'en était enorgueilli, non ?

- De quoi ?

- Cette Harley a les équipements adaptés pour une prise de vitesse ultrarapide !

D'un simple geste, KID détacha le side-car et prit de l'avance, envoyant la voiturette tourbillonner plus loin. La moto fit un dérapage un peu plus loin pour laisser au voleur l'occasion de dire au revoir à sa Nemesis :

- Au revoir, cher Détective ! Je ne repars pas avec la pierre, mais je sais qu'à présent, je vais pouvoir m'amuser avec ce Hiken ! Parce que même si j'ai relevé et gagné le défi qui m'a été lancé, je me suis fait quand même doubler !

Conan se pencha sur un côté pour arrêter la ronde effrénée du side-car, frottant le métal de la carlingue contre le béton. Les étincelles qui jaillirent enflammèrent la traînée d'essence du réservoir de la Harley que le petit détective avait percé. KID poussa un hurlement perçant en voyant la traînée de flammes venir à sa poursuite et il prit la fuite, envoyant la moto par-dessus la barrière qui séparait la rivière de la route. Le petit détective sauta du side-car et courut jusqu'à la barrière, jurant en voyant le deltaplane s'envoler au loin.

KID avait encore une fois prit la fuite.

- CONAN !

Une suite de voitures se rapprochait d'eux, Ran penché par la fenêtre de la première qui s'arrêta au niveau de l'enfant. Mais ce ne fut pas elle qui sortit la première.

Conan avait envie de se faire tout petit devant le dragon qu'était la femme, Minaguchi Yûko.

Deux yeux d'argent brillants de colère le fixaient au milieu d'un visage pâle démaquillé, parsemé de tâches de rousseur.

- Tu es fier de toi ? gronda la femme. Tout le monde se fait du souci pour toi et tu es fier de toi !

- Je suis désolé…

- Désolé ? Ah oui ! Désolé ? Tu pars à la poursuite d'un voleur, il aurait pu t'arriver n'importe quoi et tout ce que tu trouves à dire c'est désolé ?! Et ton amie qui se fait un sang d'encre pour toi !

Elle tomba à genoux, le pantalon de son tailleur s'éraflant sur le bitume alors qu'elle prenait les épaules de l'enfant entre ses mains, ses yeux s'embuant de larmes.

- Tu as peut-être l'esprit d'un adulte, mais tu restes un enfant.

Elle lui caressa doucement une joue.

- Vous êtes notre cadeau le plus précieux. Notre espoir de racheter nos fautes. Une chance pour un monde meilleur. Prends en force, prends en expérience avant de partir à la poursuite des criminels seul.

- Je ferai attention la prochaine fois.

- Mais tu recommenceras. Je sais lire entre les lignes, petit bout d'homme. Allez, excuse-toi auprès de ton amie.

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Ace sirotait un verre en riant chez Kali, profitant encore de l'efficacité de son antidote quand son portable sonna. Il fouilla ses poches et sortit son téléphone. Il décrocha, mais garda le silence.

« Portgas D. Ace… tu me dois des explications. »

- Miyano, que me vaut ce plaisir ? demanda joyeusement le pirate.

« Tu me voles un de mes antidotes temporaires pour faire un vol ! Tu as conscience des ennuis que… »

- Miyano, c'est un fait exprès. S'ils savent que je fais des vols, ils ne chercheront pas un enfant. Et il faut que je fasse ma rééducation. Sans parler qu'on sait que l'antidote temporaire marche sur Kudô, mais c'était moins certain pour moi dû à mon akuma no mi.

« Et l'idée de me demander avant ? »

- Tu m'aurais dit oui ?

« Le proverbe "mieux vaut demander pardon que permission" ne s'applique plus à toi. »

- Un mois chez les Shirohige et Oyaji l'avait déjà décrété. Ça m'a pas empêché de faire des conneries.

« Edogawa est venu gueuler pour le joyau. »

Kali ramassa le joyau sur sa table basse, regardant son camarade avec le téléphone d'un côté, la tête d'une panthère noire sur les genoux, les bandages qui avaient auparavant masqué ses yeux autour de son cou.

- La Merveille Bleue ? Je ne l'ai plus.

« Portgas… »

- Je prends ma responsabilité auprès de Kudô. On se retrouve plus tard !

Et il raccrocha.

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Kaito alla ouvrir sa porte, une serviette de bain autour du cou, clairement de mauvaise humeur.

Personne dehors.

Il avait échappé de justesse à l'explosion d'une moto et voilà qu'on lui faisait une sale blague !

Il allait refermer la porte quand il remarqua une petite boite au sol, pas plus grande qu'un livre de poche.

Perplexe, il la ramassa et ferma la porte de chez lui. Adossé à la porte, il ouvrit la boite et manqua de la faire tomber en réalisant que la pierre qu'il avait essayé de voler se trouvait là, entre ses mains. Il la retira de son écrin et remarqua dessous un morceau de papier. Il remit la pierre en place pour récupérer le papier qui s'avérait être un message :

« C'était la pierre que tu cherchais ? Je peux être chiant et con, mais pas cruel. Si c'est pas la bonne, j'espère qu'on pourra remettre ça. Signé Hiken. »

Il glissa le message dans sa poche et reprit la pierre en main, se rapprochant d'une fenêtre pour exposer le joyau à la pleine lune. Un sourire se dessina sur son visage.

- On se reverra très vite, j'espère, Hiken. Merci pour la pierre, même si ce n'est pas la bonne. Le vieux Jirokichi sera content de la récupérer.