Salut à tous !
Bon, mon intro m'a dit fuck it, je fais la grève, donc, je dois la refaire ce matin. Maravilloso...
M'enfin.
Je disais donc dans mon blabla habituel que j'étais contente de voir que vous aviez apprécié l'arrivée inopinée de Rouge dans la trame, parce qu'à la base, ba... j'étais pas des masses certaines en le faisant. Mais j'ai prévu des trucs sympatoch. On parle de deux D., dont la femme qui a réussi à mettre à ses pieds le Roi des Pirates, après tout.
Je remercie aussi ceux et celles qui m'ont laissé des reviews : Shadows of Samhain ; leaf firegreen ; Meriem et Misstykata.
Je vous laisse à présent en tête à tête avec nos minis-héros et à bientôt !
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Red esquiva aisément l'assaut de Conan, le laissant frapper le vide et manquer de perdre l'équilibre au passage.
- Tu étends trop ton bras, Tantei-san~ ! caqueta le D.
- Je vais te retirer ce sourire suffisant de ton visage ! T'as volé un antidote expérimental à Haibara pour faire le con en présence de caméras !
- J'avais envie de me dégourdir, se justifia Red. Et il est essentiel pour ma survie personnelle et celle de mon équipage que je sois apte à me démerder seul en dépit de mon handicap.
- Si on se fait tuer avant, par ta faute…
Le D. sauta pour éviter un coup de pied de Conan, se hissant aisément sur la jambe tendue du garçon et se projeta derrière le détective miniature.
Conan retrouva aussi vite que possible son équilibre pour attaquer de nouveau Red qui esquiva encore une fois le coup.
- KID ne cherchait pas cette pierre, donc, le vieux Jirokichi a de nouveau sa Merveille Bleue, affaire bouclée.
- CERTAINEMENT PAS !
Red se baissa pour ne pas se prendre une riposte de Conan qui tenta de lui administrer un shoot en vengeance.
La nouvelle attaque fut bloquée, surprenant le petit détective qui savait qu'un entraînement ne s'arrêtait jamais aussi rapidement.
- Mooo, Shin-chan, au lieu de rester en permanence dans tes livres, tu devrais sortir un peu plus, tu te fais laminer ! se moqua une voix de femme.
Conan se retourna, haletant, et reconnut la ravissante femme aux cheveux ondulés qui attirait les regards par sa personnalité et sa beauté.
- Maman ? Qu'est-ce que tu fais encore ici ? T'es pas encore rentrée ?
- Mon avion ne part pas avant tard ce soir, alors, je me suis dit que j'allais passer un peu de temps avec mon adorable fils !
Et elle captura Conan dans ses bras sous le regard blasé de Haibara et l'air amusé de Red, laissant une magnifique trace de rouge à lèvres sur la joue du détective en herbe. Elle porta ensuite son attention sur Red et lâcha son enfant pour capturer l'aveugle dans ses bras.
- Et toi, tu dois être Ace-chan ! T'es un poussin tellement trognon avec tes airs de mauvais garçon ! Ouuuh ! Je sais pas ce qui me retient de t'adopter !
- Yukiko-san, c'est bien ça ? Je pense qu'à vingt-trois ans, je peux me passer d'une adoption, mais merci pour le sentiment, informa Ace avec une grimace en se glissant de son mieux hors des bras de la femme.
- Vingt-trois ? Je croyais que tu en avais vingt et un ! pointa Conan en fronçant les sourcils.
- Kali m'a dit que ça faisait deux ans depuis Marine Ford, donc, j'ai vingt-trois ans. Je sais, je les fais pas.
- En effet, tu as une apparence en adéquation avec ton âge mental, Portgas, marmonna Haibara en sirotant son café.
Red tira la langue dans sa direction générale pour toute réponse, faisant lever les yeux au ciel à la scientifique qui cacha son bâillement derrière sa main en retournant dans la maison. Red annonça que l'entraînement était fini et rentra à son tour, évitant de se prendre le mur en pleine tête en gardant une main devant lui, avant de suivre la façade jusqu'à la porte vitrée menant dans la maison.
- Bon, sinon, tu fais quoi ici ? demanda Conan à sa mère.
- J'ai reçu un message d'une connaissance que je me suis faite au cours d'un tournage, et je me suis dit que ça serait une occasion de faire connaissance avec ta petite bande d'amis.
- Tu te rappelles que Portgas, aussi adroit soit-il, est aveugle ?
Bam !
Yukiko leva haut les sourcils devant la floppée de jurons que déversa Red suite à sa chute.
- Rien de cassé, Ace-kun ? demanda Agasa dans la maison.
- Mon égo, grommela le D. Foutues pantoufles des deux à Kaidou !
La mère et le fils allèrent jeter un œil à l'intérieur pour voir Red assis au bord de l'escalier menant à l'étage, retirant d'un geste hargneux ses pantoufles, pour ensuite les laisser en plan et grimper les marches.
- Tu ne serais pas tomber si tu utilisais ta canne, pointa Haibara depuis le canapé.
- Personne ne l'aide ? s'étonna Yukiko en voyant que personne ne bougeait pour aider l'enfant à monter les escaliers.
- Portgas a un égo aussi gros que le Mont Fuji, pointa Conan en retirant les baskets qu'il avait chaussés pour l'entraînement. Et prétendre qu'il ne peut pas se démerder seul revient à froisser sa fierté. Si tu veux t'y risquer, c'est ton problème. En attendant, moi, je vais me doucher et tu me diras quand je serais sorti ce que tu veux, réellement.
Et Conan se dirigea d'un pas déterminé vers la salle de bain d'Agasa. Yukiko regarda son fils en clignant des yeux, puis, une fois qu'il eut disparu, elle esquissa un sourire machiavélique et alla à l'étage pour voir le petit Red qui s'était laissé tomber sur le ventre dans son lit pour lire un bouquin traduit en braille.
- Je peux vous aider, Yukiko-san ? demanda le D. en tournant la tête vers la jeune femme.
- Ah ! J'essayais de te prendre par surprise ! Zut ! rit la femme en allant rejoindre l'enfant.
- Mon petit-frère est plus discret que vous, et je vous parle d'un garçon qui pense que la discrétion est quelque chose qui se mange.
Yukiko continua de rire avant de demander si elle pouvait s'asseoir. En réponse, Red referma son livre et se redressa pour aller s'asseoir en tailleur sur ses coussins, permettant à la femme de prendre place sur le reste du lit.
- Je me doute qu'à ton âge et avec ta cécité, l'idée que j'avais prévue risque de te poser problème, cependant, j'aimerais beaucoup que tu acceptes de te joindre à nous. Tu prends la peine d'entraîner mon petit Shin-chan et tu m'as l'air, tout criminel sois-tu, de quelqu'un de très bien. J'aimerais donc faire ta connaissance.
- Vous en avez parlé à Miyano ? demanda Red.
Yukiko eut un rire embarrassé et le pirate sourit, comprenant parfaitement ce qu'il en était. La scientifique miniature n'était pas la personne la plus sociale qui soit.
- Je supporte les activités des enfants pour apprendre un maximum sur le fonctionnement de votre monde et me fondre dans la masse, donc, franchement, même si je vais râler, ça me pose pas de vrais problèmes. Sans compter que je suis pas une lumière, donc, les conversations scientifiques d'Agasa, ça va bien cinq minutes. Même si quoi que vous ayez en tête peut me poser des difficultés sans mes yeux, si y'a bien une chose dans laquelle je suis doué, c'est m'adapter.
- Parfait alors ! je vais voir avec la demoiselle et on pourra décoller ! Tu as besoin d'aide pour te préparer ?
- Je suis assez grand pour le faire seul.
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Dans une voiture taillée pour la vitesse que Yukiko avait louée, les trois enfants étaient en route pour aller récupérer le reste de la bande des Détectives Boys. Assis à l'avant, Conan se rappela brutalement qu'il avait des questions à poser aux deux autres.
- Portgas ! Ta copine, là…
- Kali n'est pas une copine, c'est une nakama, quasiment une sœur pour moi, rectifia Red avec agacement. Et certainement pas ma petite-copine, le dernier qui a sous-entendu ça a fini castrer par elle.
- Sympathique demoiselle, commenta d'un air désintéressé Haibara.
Conan se pencha entre les deux sièges avant pour regarder Red assis derrière lui, qui avait la tête appuyée contre la vitre et les yeux fermés.
- Donc, ta nakama, elle a réussi comment à échapper à l'Organisation après qu'ils l'aient sortie comme toi et ce Newgate, de sa tombe ?
- Kali n'est pas morte, elle a utilisé ses autres compétences pour nous retrouver. Elle est ici en mission pour nous ramener au bercail.
Conan adressa un regard dubitatif à Red, persuadé que le pirate se foutait de sa gueule.
- C'est elle, la Quezacaotl dont tu m'as parlé ? se fit confirmer Haibara avec un début d'intérêt.
- Yup.
- Tu penses vraiment qu'elle peut aider ?
- Je vous mets en contact quand tu veux. Entre la tsundere et la kuudere, ça sera très joyeux.
- Je suis celle qui te fournit en antidote temporaire, Portgas, ne me cherche pas, menaça la scientifique en plissant des yeux.
Yukiko éclata de rire au volant devant le clair manque d'instinct de survie du garçon à l'arrière. Garçon qui n'avait clairement aucune compétence pour ce qui était de réfléchir avant de parler, surtout avec une femme.
- Oi. C'est quoi cette affaire ? demanda Conan en plissant les yeux.
- Kali, en plus de son zoan, est ce que l'on peut appeler une sorcière, même si généralement, elle évite de faire usage de tout ce qui n'est pas une compétence physique ou de son akuma no mi.
- Que je me perde pas, ces akuma no mi, c'est ce qui te donne ton don sur le feu, c'est ça ? se fit confirmer Yukiko.
- C'est une des versions existantes parmi d'autres.
- Tu sais que la magie, ça n'existe pas, Portgas ? se fit confirmer Conan.
Le détective eut une forte envie d'étrangler le D. qui chantonna « Cadre de Référence » avec une moquerie évidente. Le rire de Yukiko redoubla devant ça.
- Je suis sérieux, alors, j'attends une réponse sérieuse, Portgas.
- Et je te réponds encore une fois que tu n'as pas le cadre de référence. J'ai vu des géants, des animaux anthropomorphes avec une conscience humaine, des sirènes, des hommes poissons, des anges. Même les trois yeux de cette garce de Pudding ou les cornes de Kaido deviennent banals, passé un stade. Alors, franchement, la magie, c'est pas ça qui sort de l'ordinaire ! Ce qui te parait bizarre est juste courant pour moi.
- D'où tes difficultés, comprit Yukiko.
- Yup. Ce qui est commun pour tout le monde ici, je le découvre et ce qui était banal pour moi, c'est MIA. Donc, pour revenir au sujet de base, Kali a fait appel à ses capacités spéciales pour nous retrouver, Thatch et moi. Il lui faudra du temps, une affaire de plusieurs longs mois, pour qu'elle puisse réunir de nouveau assez d'énergie pour faire le trajet inverse, avec des passagers cette fois. Vu les risques encourus, je préfère voir comment l'Organisation s'y est prise pour nous sortir de nos tombes alors qu'on est pas de ce monde, plutôt que faire appel à ses dons. J'ai pas envie qu'elle se tue en voulant trop forcer.
Conan eut un soupir las. Il avait déjà des difficultés à saisir toutes les subtilités des dons d'Ace là, avec ce qu'il venait d'apprendre, il sentait son cerveau au bord de la crise.
- Dis-moi que Newgate a pas de surprise de ce genre dans ses manches, supplia à moitié Conan.
- Thatch n'a aucun akuma no mi. Il a cependant un entraînement physique qui lui permet de faire ce que tu ne pourrais pas imaginer. Par exemple, l'autre jour, le coup de KID qui flotte dans les airs, il peut le faire avec une technique qui s'appelle le Geppou.
- Tu te fiches de moi, Portgas.
- Me crois pas si ça t'arrange, je sais qu'il a des jambes assez solides et rapides pour le faire. Demande-lui une démonstration un de ces jours, tu flatteras son égo !
- Kudô, tu sais très bien que tu ne peux pas gagner à ce jeu avec Portgas, alors, abrège avant de finir en dépression, conseilla Haibara avec un air toujours aussi indifférent alors qu'elle regardait au dehors de la fenêtre.
- Tant que j'y suis, Haibara…
La petite scientifique jeta un bref coup d'œil au détective pour signifier qu'elle l'écoutait.
- L'Organisation fait quoi de ses membres malades ?
- Tu entends quoi par-là ? s'enquit Sherry en fronçant les sourcils, son attention sur le garçon à l'avant.
- Que se passe-t-il pour un membre de l'Organisation qui a une mauvaise santé ?
- Rien, sauf si c'est quelque chose d'handicapant ou de mortel. Dans ce cas-là, le malade devient un cobaye pour des recherches quelconques, avant qu'on se débarrasse des corps. Il vaut mieux éviter de poser trop de questions si on ne veut pas disparaître à son tour.
- Tu soupçonnes quelqu'un, Shin-chan ? s'enquit Yukiko en tournant à l'angle d'une rue.
- Disons que je trouve la secrétaire de Suzuki Jirokichi assez étrange.
- Minaguchi Yûko… marmonna Red d'un air pensif.
Il secoua la tête lentement à la négative.
- Non, elle donne pas la même impression que les membres de l'Organisation. Elle cache quelque chose, ok, mais, tout le monde à des squelettes dans son placard. Les siens sont peut-être tout simplement du genre encombrant.
- Excuse-moi de vouloir la garder à l'œil un minimum, protesta Conan en se rasseyant dans son siège.
- Fais ce que tu veux, si t'as que ça à faire. Et honnêtement, ça m'arrange. Parce qu'elle m'est familière, mais j'arrive pas à savoir d'où. Et ça me fait très chier.
- Allez, on range ces affaires de l'Organisation, on est devant la résidence où vit Ayumi-chan ! demanda Yukiko en entrant dans le parking d'un immeuble.
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Conan regrettait l'amour de sa mère pour les belles voitures et surtout, les voitures de sport.
- C'est tout ce qu'ils avaient comme voiture de location ? demanda-t-il d'un air désabusé à sa mère en regardant l'aiguille du compteur grimper dangereusement.
- Qu'est-ce que ça peut faire ! Cette voiture est faite pour moi ! sourit largement Yukiko.
On aurait dit une gamine avec un nouveau jouet tellement elle était heureuse au volant.
- Si tu le dis. Il n'empêche que tu n'es pas obligée de rouler si vite, on est d'accord, non ?
- Ne t'en fais pas ! rassura joyeusement la conductrice. Je surveille bien si nos amis de la police ne montrent pas leur nez !
- Ce n'est pas la police qui m'inquiète, mais la vitesse que le compteur affiche ! rouspéta le fils en jetant son regard le plus noir possible à sa mère.
Yukiko se contenta de humer joyeusement alors qu'à l'arrière, avec Haibara sur les genoux, Red essayait de ne pas s'étouffer de rire.
- Ano… demanda Mitsuhiko avec hésitation. On va où comme ça ?
- Vous ne voulez toujours pas nous le dire ? grommela Genta assis au milieu.
- Allez, s'il vous plaît ! insista la petite Ayumi qui était assise sur le second genou de Red.
- Nous allons dans un endroit que vous allez tous adorer~ ! répondit joyeusement la jeune mère.
- Conan-kun, elle n'est pas gentille avec nous, ta maman ! se plaignit la petite Ayumi.
- Ce n'est pas ma mère, c'est une grande tante…
Haibara esquissa un sourire pendant que Red agonisait en essayant de ne pas rire tout haut. Parce que tout le monde pouvait sentir le lourd regard noir et menaçant que Yukiko adressait à son fils à la mention de « grande tante ». Tellement flippant que l'atmosphère dans la voiture venait de perdre quelques degrés en plus de s'assombrir. Conan était livide de peur et de la sueur froide roulait sur son visage. Donc, il fut compréhensible que le petit détective choisisse de nuancer son propos par « grand cousine ». Heureusement pour lui, l'attention de sa mère fut distraite par son téléphone portable qui se mit à sonner.
- Ah, c'est vous Karata-san ? reconnut-elle en décrochant. Quoi ? Un problème de Timing ?... Et l'heure zéro est légèrement repoussée ?... Ok, ok ! Quoi qu'il en soit, je suis en route… Oui, à tout à l'heure !
Elle raccrocha pour se faire bombarder de questions par les enfants qui voulaient savoir de quoi il était question, mais Yukiko ne céda pas et conserva le secret. C'était sans compter sur Conan et ses connaissances astronomiques sur tout et n'importe quoi.
- Bah c'est clair qu'on va assister à une projection privée de Yaiba le Vengeur Masqué, le film II, non ? déduisit Conan alors que sa mère s'arrêtait à un feu rouge.
Même sa mère ne comprenait pas comment il avait réussi à deviner ça. Parmi les enfants alignés à l'arrière, Red et Haibara tiraient une sale tranche.
Et comment Conan avait réussi à comprendre ça ? Parce que le Timing, ça faisait référence aux corrections des couleurs de l'image, et le numéro zéro est le nom donné à un film qui vient tout juste d'être monté, autrement dit, une projection d'une version du film à laquelle le producteur et le staff assisteront avant l'attribution du numéro de distribution. Des termes utilisés dans le cinéma ou la télévision.
- Et si c'est quelque chose qu'on va tous adorer, je pense immédiatement à Yaiba le Vengeur Masqué, dont le deuxième film sort pendant les fêtes de fin d'année.
Conan adressa un regard blasé à sa mère avant de continuer sa déduction.
- Et je suppose que si nous aussi, nous sommes autorisés à voir cette version zéro, c'est probablement parce que la date de sortie approche et que cette projection privée fait office d'avant-première !
- Tout juste ! félicita Yukiko.
- Ano, le feu est vert depuis un moment, pointa Ayumi.
- Ah zut ! remarqua la conductrice.
- Attention, il passe au rouge ! pointa Genta.
- Désolée, j'étais dans la lune ! s'excusa la femme.
Elle fit rugir le moteur et démarra en trombe, partant dans un drift qui secoua les enfants à l'arrière alors que la voiture fonçait dans la rue. Conan lui demanda de se calmer, lui rappelant la présence d'enfants dans l'habitacle. Mais bientôt, ce fut des rires qui résonnèrent derrière lui, avec Genta s'exclamant qu'il avait l'impression d'être dans un parc d'attraction.
- OI ! rouspéta Conan.
- Elle est marante ta maman, Conan-kun ! rit joyeusement Ayumi.
- Je le répète, ce n'est pas ma… oh et puis zut.
Red leva ses mains au-dessus de la tête des filles pour applaudir.
- Très beau travail, Yukiko-san. Vous avez réussi à gagner un peu de temps. Et il y a longtemps que j'ai pas ressenti des sensations fortes telle que votre conduite.
- Ah ! Je savais qu'il y en avait un qui apprécierait ! Merci Red-chan ! sourit largement la femme.
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Et c'est ainsi qu'ils arrivèrent au laboratoire de développement de Tokyo, où ils furent accueillis par Karata-san, le « Timing Man » avec qui Yukiko avait déjà travaillé (et qui glissa un petit commentaire flatteur sur la beauté éternelle de l'ancienne actrice).
- Je vous présente Karata-san, c'est lui qui va vous montrer le nouveau film de Yaiba, présenta la femme.
- Bonjour monsieur ! saluèrent en cœur les enfants.
- Il est ce qu'on appelle un Timing Man. Dans tous les films où j'ai joué, il a toujours fait ressortir de bonnes couleurs !
Karata se frotta la nuque, clairement sensible au compliment sur ses compétences que lui avait fait Yukiko.
- Vous étiez actrice ? s'enquit innocemment Ayumi.
- Eh oui ! Vos parents faisaient peut-être partie de mon public !
Alors que l'ancienne actrice racontait des anecdotes de sa vie aux enfants, Haibara observait la scène en retrait avec Conan et Red, analysant le comportement de la femme.
- Je comprends mieux, finit-elle par dire.
- He ? s'étonna Conan.
Qu'est-ce qu'il y avait à comprendre ?
- C'est de ton père que tu tiens ton amour pour le mystère et ton don pour les enquêtes. Le besoin de se faire remarquer, cette confiance en soi débordante, ce goût pour les déguisements de voix, ce sens de la mise en scène… tous ces traits de caractères auxquels s'ajoute le fait d'agir sans réfléchir aux conséquences quand tu es au cœur de l'action…
Elle adressa un sourire de coin au petit détective.
- Tu tiens ça de ta mère.
- Oui et ?
Qu'est-ce que ça changeait qu'il ait hérité de ces traits de caractères de sa mère ?
- Bon, eh bien on gagne un répit avec le film, annonça Red qui ne s'intéressait pas à la conversation des deux autres. Apparemment, ils sont pas encore prêts.
Pour le coup, puisqu'ils devaient attendre jusqu'à vingt heures, ils eurent la possibilité de visiter le laboratoire, sous la houlette du responsable développement (Negami-san, un quarantenaire moustachu) et celle du responsable tirage (Hojima-san, un jeunot aux cheveux clairs). Ils eurent droit à un tour de la salle de projection, de la chambre noire, et tout et tout, avec des explications sur l'utilité de chaque secteur, ce qui plaisait aux gosses. Conan et Haibara étaient vaguement intéressés, alors que Red cachait son ennui sous sa casquette gavroche, s'accrochant à la manche de Conan pour ne pas avoir à sortir sa canne et montrer son handicap. Il releva la tête au son d'une alarme et heureusement pour lui, Mitsuhiko demanda à quoi correspondait ce bruit.
- Quelqu'un va utiliser la chambre noire. C'est un signal qui demande à ce qu'on n'ouvre pas le double porte sans précaution, leur expliqua Hojima. Pendant la vérification du film, un simple rayon de lumière dans la pièce peut suffire à gâcher toute la bobine !
Et ils repartirent dans leurs explications sur qui faisait quoi dans le développement de la bobine. Jusqu'à ce que l'on remarque qu'il était déjà sept heures moins vingt. Ils pouvaient se rendre dans la salle de projection.
- J'ai grandi dans le Grey Terminal, je n'ai pas le droit de faire de remarque sur l'odeur d'un lieu ou d'une personne, marmonna brusquement Red.
Conan allait lui demander pourquoi il disait ça, mais un homme arriva avec une chemise jaunie par l'usage, et même noircie par la saleté au niveau du col. Sa peau était graisseuse et son haleine abominable quand il baillât.
- Vous avez encore largement le temps, vous savez, pointa le nouveau venu. D'après Karata, au plus tôt, il sera prêt vers onze heures ce soir. De toute façon, j'ai été viré du plateau, alors, ça ne me regarde pas, mais…
Et il baillât de nouveau, plaidant coupable quand un de ses collègues l'accusa d'avoir joué au Mahjong jusqu'au petit matin.
Yukiko regarda sa montre en grimaçant.
- C'est embêtant, je vais manquer mon avion de retour si je reste aussi tard, dit-elle. Je ne peux pas non plus laisser les enfants ici jusqu'à une heure si tardive…
- Si vous voulez, je peux les garder chez moi, proposa le jeune Hojima. J'habite tout près d'ici. Ils peuvent dormir jusqu'à la projection, et à la fin du film, je les ramènerai chez eux en voiture !
- Vraiment ?! s'exclama Yukiko. Ce serait très gentil de votre part !
Le quarantenaire protesta sur l'idée, soi-disant que l'appartement en question était un vrai capharnaüm, mais les enfants étaient partants pour cette idée, surtout pour la possibilité de pouvoir se vanter le lundi auprès des autres élèves.
Se faisant la voix de la responsabilité, Conan demanda aux gosses d'appeler leurs parents pour les avertir qu'ils rentreraient tard. Le prenant au mot, Red sortit son téléphone et usa d'une touche d'appel rapide pour ensuite mettre son portable à l'oreille.
- Yo, Nii-san ! C'est mort pour la réunion de ce soir… Pourquoi je te dis ça ? T'as déjà eu le courage de dire non à Cassandra ? C'est bien ce que je me disais, eh bien c'est la même ici !...
Et il s'éloigna un peu pour continuer sa conversation.
- Voilà qui est réglé ! pointa l'homme à l'hygiène douteuse. Comme ça, on pourra faire un petit somme après le boulot, nous aussi !
- Oui, c'est vrai ! Et après, on pourra fêter la fin de notre travail entre Blancs Men.
Genta demanda ce que voulait dire l'expression, pensant qu'il s'agissait d'un autre travail du développement, pour apprendre qu'il s'agissait du nom de ceux qui font nuit blanche pour jouer au Mahjong.
- Shin-chan~ ! appela Yukiko à l'attention de son fils.
Conan se retourna avec un regard méfiant vers sa mère.
- Quoi encore ?
- Dis donc, tu as beaucoup de succès auprès des filles~ !
- Ah… tu veux parler d'Ayumi ?
Il jeta un regard par-dessus son épaule à la fillette en grande discussion avec Haibara et rougit légèrement d'embarras.
- Oui, mais pas seulement. La petite Ai.
- Quoi ? s'étrangla le petit détective.
- Rien qu'aujourd'hui, elle a dû te regarder au moins une dizaine de fois !
- Ah… elle est sûrement en train d'observer sur moi les effets du médicament qu'elle a conçu.
Yukiko eut un petit rire. Malgré toutes les horreurs que son fils voyait, il restait d'une innocence et d'une naïveté sur certains aspects que ça ne pouvait être que drôle.
- Mais non, imbécile ! lui dit-elle tout bas avec un grand sourire. Lorsqu'une fille regarde un garçon comme ça, c'est soit parce qu'il a quelque chose sur le visage, soit parce qu'elle est tombée amoureuse de lui !
Conan regarda d'un air dubitatif Haibara.
- Elle ? Non…
- Je t'assure. Ace-chan est lui aussi un sujet du même produit, pourtant, elle le regarde pas autant que toi, et surtout, pas de la même façon.
- J'ai entendu mon nom, j'ai fait quelque chose ? s'enquit le D. en revenant avec les mains dans les poches.
- Rien de bien important, ne t'en fais pas ! assura l'ancienne actrice avec un clin d'œil à son fils.
- Laisse, c'est ma mère qui délire, grommela Conan.
Red cligna des yeux, absolument perplexe, mais laissa le sujet pour s'enquérir auprès de Yukiko si elle ou son époux était victime d'une malédiction.
- Pas à ma connaissance, pourquoi ? s'enquit Yukiko en retrouvant son sérieux.
- Eh bien, j'ai vu avec Ran pour l'embarquer au temple et le faire purifier, mais y'a strictement rien à faire. Il attire toujours autant les morts !
- Eh oh, dis que j'apporte la poisse, protesta le détective.
- Tu portes la poisse, Kudô Shinichi.
- Si je risquais pas de me briser la main, je t'en collerais bien une.
- Essaye toujours !
Et le pirate tira la langue vers un point à gauche de son camarade qui se pinça le nez pour ne pas perdre son calme. Il compta jusqu'à dix, expira profondément, avant de se tourner vers sa mère avec sérieux :
- Dis-moi plutôt, tu as une idée concernant cette étrange voiture ?
- Ah ? Alors tu l'as remarquée, toi aussi ?
- Même Portgas a remarqué qu'on était suivi.
- Vrai ? s'étonna Yukiko en regardant le D.
- Vous croyez que je vous ais applaudi pour-
Il tomba vers l'avant dans une crise de narcolepsie, se faisant rattraper de justesse par Yukiko, alors que Conan continuait sur sa lancée pour dire comment il avait remarqué la voiture.
- Quand on était arrêté au feu, qu'il est passé au vert et que nous étions toujours à l'arrêt, son conducteur n'a même pas donné le moindre coup de klaxon ! C'est sûrement parce qu'il ne voulait pas qu'on le remarque. Autrement dit, cette voiture nous suivait, et ce, depuis un bon moment.
- C'est ce que j'ai pensé, avoua Yukiko avec un air pensif. C'est pour ça que j'ai démarré juste avant que le feu ne repasse au rouge. Qui cela peut-il bien être ?
- En supposant que la cible de ses occupants, autrement dit, Haibara, Portgas ou moi, alors, la probabilité que ce soient eux est forte.
- Il y a aussi une autre possibilité.
Yukiko se redressa, Red dans ses bras pendant qu'il était encore inconscient.
- Laquelle ? demanda Conan avec perplexité.
- Ceux qui se trouvaient dans cette voiture… sont mes plus grands fans !
Le petit détective n'arrivait pas à savoir si sa mère se foutait de sa gueule, si elle était sérieuse ou si elle essayait juste de le rassurer.
- Ils devaient attendre devant la maison en quête d'un autographe ! Les pauvres ! Les pauvres~ ! minauda l'ancienne actrice.
- Oui, je préfèrerais ça, mais bon… grommela son fils de mauvaise grâce.
- Quoi qu'il en soit, travaille dur avec Ace-chan et protégez-la bien, tous les deux ! Vous êtes les seuls sur qui elle peut compter, et Ace-chan a besoin de tes yeux pour ne pas faire d'erreur.
Le détective miniature hocha la tête, sachant déjà tout ça.
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L'appartement était un peu en désordre.
Juste un peu.
Pour que Genta dise que Hojima devrait ranger un minimum quand même, c'était que l'appartement était un réel foutoir. On avait des piles de livres, de BD, de CD, DVD et VHC. Et cela côtoyait des cartons au contenu mystérieux, des sacs poubelles, des maquettes d'avions, sans parler des meubles.
Deux pas dans le domicile et Red avait failli faire tomber quelque chose.
- Si j'en crois la description que tu me fais, j'ai l'impression que le Grey Terminal était mieux rangé, marmonna le pirate à l'adresse de Conan.
- Et c'est quoi ? s'enquit le détective.
- Un bidonville.
- Vu comme ça… la comparaison peut se tenir.
Ayumi, pleine d'entrain et de bonne humeur, se dirigea vers une pile de livres en disant qu'ils pouvaient tous s'y mettre et tout ranger avant de se coucher. Hojima la coupa dans son élan en lui disant de ne rien toucher, parce que sinon, il ne retrouverait rien.
- Ayumi-chan, c'est ce qu'on appelle un bordel organisé, expliqua Red. Viens m'aider, va.
Pendant que Furumura (l'homme à la chemise sale) se mettait sur le sofa pour dormir, Hojima conduisit les enfants à sa chambre, leur présentant son lit en disant que s'ils se serraient, tous les six pourraient dormir dessus en utilisant la longueur. Furumura sortit un camescope avec lequel il se filma pour raconter des conneries sur du Mahjong. Negima leur expliqua, avant de partir retourner au travail, que l'homme tenait un journal intime en vidéo.
- Les gens sont fous, déclara d'un air blasé le D. en retirant sa canne de son dos.
Bientôt, tous les enfants furent installés dans la longueur du lit, discutant du film à voir, le temps de s'endormir. Quand, agacé par les bêtises débitées, il s'énerva en leur rappelant le sous-titre correct du film qu'ils allaient voir, Conan réalisa que les trois vrais enfants sur la gauche du lit était déjà endormis.
- C'est normal, ce sont des enfants, ce qui n'est pas notre cas, répondit d'une voix lasse Haibara qui était couchée à la droite de Conan, le séparant de Red qui dormait déjà apparemment.
- Au fait, Haibara…
La scientifique tourna légèrement la tête pour regarder Conan derrière elle.
- Je voulais te demander…
Que lui voulait-il ?
- Est-ce que j'ai quelque chose sur le visage ? demanda sérieusement le petit détective.
- Quoi ? demanda Haibara avec un air totalement interdit.
Red roula dans le lit, étouffant son rire dans son coussin.
- Quoi ? se défendit Conan.
- Dors, au lieu de poser des questions stupides, ordonna la scientifique. Et si le radiateur voulait bien ne pas bouger, ça serait bien.
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Tic, tac, tic, tac.
Dans le silence de la nuit, seul l'horloge de la pièce à vivre et la respiration des dormeurs se faisaient entendre, rythmant l'obscurité des lieux.
Puis, un hurlement perça l'immobilité et la tranquillité des lieux.
- THATCH ! appela Red en se redressant immédiatement.
Conan n'eut même pas le temps d'allumer la lumière que le pirate était déjà hors de lit, titubant vers la porte, pour se prendre le mur.
- Red-kun ? Qu'est-ce qu'il se passe ? marmonna Ayumi en frottant ses yeux encore ensommeillés.
Le petit pirate finit par trouver la porte alors que Conan allumait la lampe de chevet. Cela ne changea pas vraiment les choses pour l'aveugle qui déboula dans le salon, se guidant avec l'odeur de sang. Son camarade fut derrière lui et alluma la lumière de la nouvelle pièce, dévoilant la dépouille de Furumura sur le canapé où il s'était endormi, un couteau planté dans la poitrine, Hojima essayant en vain de le réveiller, même s'il était clairement trop tard.
Haibara arriva en suivant pour prendre Red par les épaules et l'éloigner du corps, essayant de le raisonner et de le rassurer. Mais clairement, les circonstances de ce meurtre avaient ramené à la surface quelques mauvais souvenirs.
- Conan-kun, Dawn n'a pas remis ses lentilles, pointa Mitsuhiko en montrant la boite destinée aux contacts de l'aveugle.
Le petit détective regarda l'étui, puis Red en plein délire cauchemardesque avec ses yeux tranchés grands ouverts et soupira. Il règlerait ça plus tard.
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- La victime est Furumura Norihiro, trente-neuf ans, présenta Takagi à son chef. Il travaillait au laboratoire de développement qui se trouve en face de cet immeuble.
- Un couteau en plein cœur, nota Megure.
Pendant que les restes de l'équipe faisait l'inventaire de tout l'appartement pour voir si ça avait un rapport ou non à l'enquête, Megure et Takagi se tenaient derrière le canapé où était toujours le corps.
- Apparemment, s'il a été poignardé à travers la couverture, c'est pour éviter les projections de sang, déduisit le commissaire.
- D'après la pièce d'identité retrouvée sur lui, il habitait à Haido-chô, informa Takagi en regardant dans son carnet les notes qu'il avait prises.
- Haido-chô ? Mais nous sommes à Toriya-chô !
Ce n'était pas logique, que faisait cet homme à dormir dans l'appartement d'un quartier qui n'était pas le sien.
Hojima se manifesta, disant aux enquêteurs que son collègue était venu se reposer quelques heures chez lui. Le film étant enfin achevé, ils avaient prévu de le fêter en jouant au Mahjong toute la nuit.
- Il y a une projection privée ce soir, qui a été repoussée à vingt-trois heures. Et nous étions venus ici nous reposer avant d'y assister avec ces enfants…
Takagi se pencha vers le groupe d'enfants avec lequel il était plus que familier. Il remarqua immédiatement l'absence de Haibara et Dawn parmi la brochette de gosses.
- Dans quelle chambre dormiez-vous ? demanda l'inspecteur.
- Dans celle d'à côté ! répondit Genta en montrant la porte ouverte.
Le jeune inspecteur alla y jeter un œil pour voir Red assis contre un mur, les genoux contre sa poitrine, la tête dans ses bras. Haibara était accroupie à côté de lui. Elle porta un doigt à ses lèvres pour faire comprendre à Takagi de ne pas déranger le garçon dans son coin. Bien heureusement, Mitsuhiko et Ayumi se chargèrent de raconter ce qu'il s'était passé, de l'instant où ils s'étaient allongés tous les six sur le lit, jusqu'au cri et la lumière qu'on allume.
- Mais c'est bizarre quand même, pointa Conan.
- Quoi donc ? s'enquit Takagi.
Si quelque chose choquait le petit Conan, alors, il fallait y faire attention.
- On n'a pas entendu le meurtrier. Absolument aucun bruit, informa le petit binoclard.
- C'est normal, puisque vous dormiez ! pointa Megure.
- Non, je veux dire qu'on ne l'a pas entendu après le cri de Furumura-san ! Ok, Dawn a pas été des plus silencieux non plus, mais entre un adulte qui prend la fuite et un gosse qui tombe du lit, y'a une différence. Normalement, on aurait dû entendre le coupable partir. On a, après tout, bien entendu la voix de Hojima-san qui demandait à Furumura-san ce qu'il lui arrivait, mais à part ça et Dawn, rien du tout… Pas vrai ?
Les trois enfants confirmèrent les propos de Conan.
- C'est probablement parce que vous n'étiez pas encore bien réveillés ! leur dit gentiment Megure.
- L'assassin a certainement dû partir sur la pointe des pieds, renchérit Takagi.
- On n'était pas endormis ! protesta Ayumi avec colère.
- S'il y avait eu du bruit, on l'aurait entendu ! gronda Mitsuhiko.
- Pour qui prenez-vous la bande des Détectives Boys ?! accusa Genta sous l'air assez perplexe de la police.
- Dawn, tu as entendu quelque chose ? demanda doucement Haibara en frottant doucement le dos de l'aveugle.
Celui-ci secoua doucement la tête à la négative avant de se recroqueviller un peu plus sur lui-même. Conan ramassa une couverture sur le lit et la déposa sur les épaules du garçon à terre, histoire de lui fournir un peu de réconfort.
- Dans une pièce classique, il aurait pu s'enfuir sans faire de bruit, accorda Haibara. Mais ici, sortir malgré tout ce désordre rapidement et sans faire le moindre bruit, ça me paraît impossible.
D'un geste de la main, elle montra le bordel monstre du salon, donnant ainsi de la crédibilité à ce qu'elle venait de dire. Ce qui menait à la conclusion que le meurtrier n'était pas sorti de la pièce, faisant de Hojima-san le suspect numéro un, puisqu'il dormait à côté de la victime sur un autre canapé et que la porte était fermée à clef. Sauf que pour les clefs, Karata et Negami avaient eu aussi un double, pour les soirées Mahjong. Les deux hommes furent ainsi convoqués pour répondre à quelques questions. Karata-san avait bouclé l'essentiel du Timing à l'heure du meurtre, et avait donc confié le reste à un employé pour aller dormir dans une autre pièce du laboratoire, parce que cela faisait deux jours qu'il travaillait d'arrache-pied. Il y avait bien d'autres personnes dans la même pièce, mais elles aussi dormaient, donc, niveau alibi, ce n'était pas ça. Pour ce qui était de Negami, il était seul à travailler dans la chambre noire. La raison des nombreux doubles de clefs, il était convenu que les premiers qui finissaient leur tâche devaient venir ici pour préparer le jeu en attendant les autres pour une partie de Mahjong.
- Pour quelqu'un qui a l'habitude de venir ici, connaître l'emplacement des objets dans la pièce n'est pas impossible, commenta Megure.
- L'option de traverser l'appartement dans le noir devient alors envisageable ? supposa Takagi.
Conan n'était pas d'accord et pour le montrer, il éteignit la lumière, plongeant tout le monde dans une obscurité profonde.
- Mais vous voyez, il fait vraiment tout noir dans cette pièce ! On s'en sortirait aussi bien que Dawn pour la traverser sans éclairage !
Clac
Negami venait de rallumer la lumière, disant à Conan de ne pas déranger la police de son travail. Mais le message était passé néanmoins sur pourquoi il était impossible de voir quoi que ce soit. Parce que d'un côté, la lumière de la rue était masquée par un lourd rideau, et même les façades éclairées des appareils hifi étaient cachées par autre chose. Déformation professionnelle qui faisait que Hojima ne pouvait pas regarder un film sans être dans le noir complet.
- Sombre idiot.
Les adultes se tournèrent vers Red qui se tenait sur le seuil de la chambre, drapé dans la couverture comme dans une cape, Haibara à côté de lui. L'aveugle n'avait pas remis ses lentilles, faisant que personne ne pouvait louper l'état de ses yeux.
- Faut profiter de la lumière, au lieu de la prendre pour acquise ou de la trouver gênante. Parce que quand elle disparaît, elle ne revient jamais. Et on regrette toutes les fois où on a insulté copieusement le soleil de nous avoir ébloui. Alors, faîtes pas la fine bouche et profitez de vos loupiottes.
Il tourna les talons, manquant de se casser la figure dans la couverture et disparut dans la chambre en suivant le mur des doigts. Megure resta un instant transfixé par la vision qu'avait offerte l'enfant, alors que les gosses avaient baissé piteusement la tête devant la leçon qu'avait fait leur ami. Ayumi était au bord de larmes suite à la vision des yeux tranchés de son ami, toujours aussi choquée que la première fois qu'elle les avait vu.
L'attention des adultes fut recapturée par un commentaire d'un expert scientifique.
Apparemment, la victime avait lutté contre son agresseur puisque le troisième bouton de la chemise avait été arraché. Megure jeta un œil à la chemise en question, ne pouvant s'empêcher de la trouver rudement sale.
- Furumura-san n'aimait pas se laver, expliquèrent les collègues du défunt. Une fois par semaine, c'était le maximum pour lui. Il y a quatre jours, quand on a joué tous ensemble au Mahjong, il la portait déjà.
- Quoi qu'il en soit, ce n'est pas moi qui ai fait ça, se défendit Hojima. Même si je dormais non loin de lui, me battre avec lui et le poignarder dans le noir complet, ça m'est impossible !
- Mais vous étiez le seul réveillé à ce moment-là, pointa Megure. Rien ne vous empêchait d'avoir une petite lampe pour vous repérer dans le noir. De plus, les enfants n'ont pas entendu l'assassin s'enfuir. Mais vous l'avez peut-être entendu, non ?
- Euh non… l'état de Furumura-san focalisait mon attention…
Clac
Le bruit attira tout le regard de tout le monde vers le pied la table basse pour voir que c'était le petit camescope qui venait de faire ce bruit. Au sol, l'appareil continua de faire ses bruits bizarres, indiquant qu'il était en train de se rembobiner. Megure ramassa la caméra vidéo, perplexe. Quand on lui expliqua qu'elle appartenait à la victime, la supposition que le défunt l'ait laissé allumer fit qu'on raccorda l'appareil à la télévision pour savoir s'ils auraient un indice dessus. Megure et Takagi se penchèrent avec attention sur l'écran, prêts à ne rien louper de la scène.
Bientôt, le défunt apparut sur l'écran, parlant joyeusement de Mahjong et annonçant qu'il donnerait les résultats plus tard. Puis, l'image se coupa, indiquant qu'il avait cessé de filmer. Un petit bruit à l'écran leur apprit que le film avait repris, mais il faisait noir comme dans un four.
Le hurlement de la victime les fit sursauter, suivi par un « THATCH » tonitruant. Par la suite, la voix de Hojima se fit entendre alors qu'il demandait à Furumura ce qu'il se passait, suivi d'un choc assourdissant.
- Dawn a foncé dans le mur en voulant sortir, expliqua Conan à côté de l'écran. Et ce clac, là, à l'instant, c'est quand il arrive enfin à trouver la porte. Et comme vous l'entendez, il a essayé de se rapprocher du corps. Là, j'allume la lumière du salon.
On entendit le cri de Ayumi en découvrant le corps, avec en fond, Haibara essayant de raisonner Red, puis la remarque de Mitsuhiko sur les lentilles de contact du D… mais c'était tout.
- Mais pourquoi la caméra a-t-elle était mise en route ? demanda Takagi.
- Il est probable qu'elle se soit enclenchée en tombant par terre lorsqu'il s'est battu avec son agresseur, supposa Megure. Le problème vient bien du son. On entend le cri, le manège de Red-kun, Conan-kun qui entre dans la pièce à son tour, le cri d'Ayumi-chan… mais c'est tout ! Autrement dit, le meurtrier…
En disant cela, il se tourna vers Hojima qui se défendit immédiatement de l'accusation implicite, soi-disant qu'il n'avait aucun mobile et surtout, il n'aurait invité aucun gosse à dormir chez lui s'il comptait tuer un de ses collègues.
- Tu es bien sûr de ça ? insinua Negima. Tu lui en voulais après tout d'avoir gâché un film très important, non ?
- Oui, la dernière partie du Journal des parents idiots, se souvint Karata.
- Quoi ? Mais c'est aussi valable pour vous eux ! Vous étiez tout aussi en colère que moi pour ça ! rouspéta Hojima.
Megure voulut avoir plus d'informations sur l'histoire, et on la lui raconta. En faisant la vérification de la pellicule, Furumura avait laissé passer un morceau abîmé et l'avait développé en l'état. Pour le coup, elle s'était donc déchirée, faisant que la scène avait dû être refaite au frais de la société. La vérification des films se fait dans le noir par simple toucher, nécessitant de la concentration. Un travail pas du tout adapté pour Furumura qui jouait au Mahjong jusqu'au petit matin presque tous les jours. Problème réglé par sa mutation à la division commerciale. La raison de la colère du reste de l'équipe ? La série de film Journal des Parents idiots était un travail de leur équipe depuis le premier volet, leur fierté, et la scène qui avait été bousillée appartenait au dernier volet de la série. Apparemment le défunt était le seul à ne pas être fier de ce travail. Mais de là à vouloir le tuer…
Conan les regarda un instant, avant de se diriger vers l'entrée de la pièce menant vers la sortie du loft pour réfléchir. De l'entrée à la porte, il n'y a rien au milieu, faisant qu'on pouvait facilement passer. Red l'avait prouvé après tout puisqu'il avait réussi à avancer sans sa canne sans incident. La difficulté venait du salon. Conan retourna sur ses talons pour s'avancer jusqu'à l'entrée de la pièce en désordre. Il est juste impossible de tout passer au milieu de tout ça en se dépêchant, sans rien faire tomber. Ce faisant, Hojima ne pouvait être que le meurtrier puisqu'il était là depuis le départ. Le regard qui balayait la pièce s'arrêta sur une petite tache noire à l'angle d'un meuble… puis d'un second. Le garçon se rapprocha, identifiant cela comme de l'adhésif noir légèrement fluorescent. Conan alla voir la caméra vidéo sous plastique entre les mains d'un des experts de la scientifique. Et le même genre de petit adhésif était là, sur l'appareil.
Un sourire féroce fit son apparition sur le visage du petit détective.
Il voyait à présent au travers la mascarade, et comprenait même la panique que l'homme avait eu à un moment donné. Vu comme ça, il avait même l'explication de la bande son de la vidéo et du bouton de chemise arraché. Cela lui donnait sans nul doute l'explication sur qui était le coupable et comment il avait pu agir dans le noir complet, mais il n'avait aucune preuve pour le confondre.
Le sourire fondit en une moue pensive pendant qu'il réfléchissait à un plan pour arrêter le criminel. Pendant ce temps, Haibara avait abandonné un Red plus ou moins calme pour se rendre à la fenêtre. Un regard inquiet derrière le lourd rideau lui fit monter la pression sanguine. Son attitude fut remarquée par les autres enfants. Ayumi vint la voir pour savoir si elle avait un problème, mais Haibara la rassura d'un sourire. Tout allait bien. La fillette repartit voir les garçons pour le leur répéter, permettant à la scientifique de jeter un dernier regard derrière le rideau. La même voiture, encore. Elle était là, en bas, garée dans la rue.
.
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Et elle n'aimait pas ça.
Megure faisait le point sur ce qu'ils savaient de l'affaire.
Furumura dormait sur le sofa et avait été poignardé vers vingt-deux heures dans un appartement en désordre. Si le meurtrier avait pris la fuite, il aurait buté forcément sur quelque chose. Cependant les enfants qui dormaient dans la pièce d'à côté n'avaient rien entendu. Sans compter que la caméra avait été allumée quand l'agresseur et sa victime s'étaient battus, mais en dépit de l'enregistrement audio, ils n'avaient rien pour dire qu'il était question d'un agresseur extérieur. Ce qui ne laissait que Hojima comme possible coupable.
Hojima chercha à se défendre…
- Tu fais assez perdre de temps comme ça, les faits sont contre toi. Alors, boucle-là, coupa une voix.
Tout le monde se retourna pour voir le nouveau venu immanquable avec sa coloration qui commencer à s'effriter pour dévoiler du auburn.
- Newgate-san ? s'étonna Takagi.
Que faisait l'homme ici ?
Outre Conan, le reste de la troupe d'enfants était surprise.
- On m'a appelé parce qu'une tête brûlée avait un souci, et vu l'heure, je pense que je peux ramener le reste de cette bande chez leurs parents, expliqua le chef cuisinier. Sans parler que le petit détective m'a raconté au téléphone votre affaire.
L'homme secoua la tête avec exaspération.
- Faut pas être une tronche pour comprendre que peu importe comment on retourne l'affaire, c'est toujours la même réponse. Sauf si on sait voler, ou si on n'a aucune substance, le seul moyen de se déplacer dans le noir complet, ici, c'est d'avoir l'habitude. Donc, être l'habitant des lieux, en d'autres termes. Bon, où est mon frangin ?
- Vous pensez ça aussi, que ce ne peut être que Hojima-san le coupable ? s'enquit Megure alors que Ayumi prenait le nouveau venu par la main.
- Moui. Par contre, y'a un point qui me fait ch… qui me chagrine.
- Quoi donc ?
- Cette affaire du troisième bouton qu'on m'a rapportée. Je veux bien que ce soit petit, mais ça ne s'envole pas comme ça. A moins que vous l'ayez retrouvé entre temps.
- Non, pas encore.
- Alors, soit le meurtrier l'a sur lui, soit il est quelque part dans ce bordel. Même la chambre de mon frère Atmos est mieux rangée que ça, pourtant, ce mec est juste bordélique. Je vous recommande donc une fouille minutieuse de votre homme. Je connais des endroits originaux pour cacher un bouton, mais je ne le dirais pas parce qu'il y a des enfants impressionnables par ici.
Megure accepta la suggestion sous le regard curieux des enfants. La police demanda à Hojima de le suivre alors que Thatch suivait la petite Ayumi jusqu'à la chambre où Red avait retrouvé sa place dans un coin. L'adulte fit un petit geste de la main pour que la demoiselle comprenne qu'elle devait les laisser seuls. La fillette jeta un regard inquiet à son ami recroquevillé sur lui-même, puis un autre plein d'espoir au cuisinier, avant de sortir en fermant la porte derrière elle.
- Ace ?
Le D. releva la tête et son camarade vint s'accroupir devant lui. L'instant suivant, le petit brun était accroché à la chemise du plus vieux, les dents serrées, les poings crispés jusqu'à calciner presque le tissu entre ses doigts.
- Hey, tête de nœud…
- Je… je suis désolé… c'est… c'est ma faute… Si… si j'avais pas décidé que c'était un bon soir pour s'envoyer en l'air, on aurait entendu l'attaque et Marco aurait pu te sauver… j'étais tellement con !
- Nan, tu n'es pas responsable. Marco n'aurait pas pu me sauver, je le savais. Marshall s'en est assuré. Et c'est de ma faute si j'ai foutu, pour blaguer, du gingembre dans vos assiettes. Ça m'apprendra à faire des blagues quand on est pas à terre.
Un sourire amusé apparut sur le visage du quatrième commandant.
- Je suis mort avec l'idée qu'au moins, vous deviez bien vous amuser !
- Espèce de salaud… marmonna Red d'une voix morte.
- Merci.
Thatch repoussa son frère de son étreinte et lui ébouriffa le crâne.
- On aura Marshall pour ce qu'il a fait à notre famille, ne t'en fais pas. Mais ne songe pas un seul instant que tu es responsable. C'est lui le coupable, avec l'aide de ma connerie et de mon manque d'attention. C'est tout.
- 'suis pathétique.
- Nan, juste trognon !
- Et toi, t'es un salopard de première.
- Allez, viens. Le reste des enfants attendent après toi pour qu'on s'en aille.
C'est cet instant qu'on choisit pour toquer doucement à la porte. L'adulte se remit debout et alla ouvrir, dévoilant Conan qu'il laissa entrer dans la pièce.
- J'ai dit ce qu'il fallait pour ton idée, Tantei-kun ? demanda le pirate.
- C'est parfait, merci encore, assura Conan.
Il sortit de sa poche l'étui pour les lentilles de Red en se rapprochant de son camarade qui pliait avec plus ou moins de difficulté la couverture que le détective lui avait mis sur les épaules plus tôt dans la soirée.
- Tes lentilles, tu en fais quoi ? Tu les mets ou pas ?
En silence, le pirate miniature posa la couverture vaguement pliée derrière lui et tendit une main pour récupérer son bien. Une fois l'invention d'Agasa en main, il l'ouvrit délicatement et entreprit de se mettre seul les lentilles de contact avec pas mal de difficulté.
- On t'a pas déjà dit qu'il n'y avait aucune honte à demander de l'aide ? demanda Thatch avec exaspération.
- Ce ne sera que la huit cent trentième fois qu'on me le dit, mais j'ai pas besoin d'aide, je peux me débrouiller très bien tout seul.
Il cligna des yeux un instant, comme pour chasser la légère irritation due à l'insertion des contacts, avant de refermer le boitier et de le ranger dans sa poche.
- Elles sont en face ? ça serait con que je me retrouve avec du gris au niveau du blanc de l'œil.
Conan souleva ses lunettes-radars pour mieux voir les yeux de son ami et lui assura qu'elles étaient bien installées. Ainsi, le trio quitta la pièce pour rejoindre le reste des enfants à l'extérieur. Haibara regardait toujours nerveusement par la fenêtre alors que le trio de vrais gosses discutait entre eux.
- Bon, nous aussi, allons au commissariat pour faire notre déposition ! lança Conan. Vu que nous avons dormi quelques heures, on devrait pouvoir rester éveillés, non ?
Les enfants répondirent avec un enthousiasme renversant.
- Haibara, on décolle, appela Red en se faisant guider entre les piles de désordres du salon par Thatch.
- Ah… euh… oui… sursauta la scientifique en redescendant sur terre.
Elle regarda le groupe s'éloigner alors qu'elle voulait rajouter quelque chose, mais les mots moururent dans sa gorge devant l'innocente et commune discussion sur Yaiba. Elle jeta un dernier regard inquiet à la voiture en bas de la rue et suivit le mouvement.
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L'homme sur le siège passager s'alluma une cigarette et tira une taffe qui illumina brièvement sous son chapeau, pendant que le conducteur fixait la fenêtre avec attention.
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Il devait être deux voire trois heures du matin quand la porte de l'appartement de Hojima fut ouverte. Une silhouette se glissa dans le loft, refermant délicatement la porte derrière elle. Sur la pointe des pieds, elle rejoignit le salon et tout aussi délicatement, s'enferma dans la pièce. L'inconnu fouilla ses poches et en ressortit un bouton qu'il regarda en souriant. Sans bruit, sans cesser de balayer des yeux à gauche et à droite, l'individu s'avança délicatement dans l'obscurité…
Jusqu'à ce que son pied rencontre un obstacle qui n'aurait pas dû être là.
Grimaçant de douleur, il recula et regarda un peu mieux autour de lui, cherchant un repère. Sa manœuvre lui fit renverser une pile de livres qui n'aurait pas dû être à cet endroit.
Clic
Takagi alluma la lumière.
Lui, Megure et Thatch se tenaient autour de Negima à terre.
- C'était donc vous, Negima-san. Je vous félicite pas, gronda Thatch avec ses mains dans les poches, un kit main libre discrètement installé à l'oreille.
- Mais… comment ? balbutia l'homme assis sur ses fesses suite à sa chute.
- Comment j'ai su que c'était vous le coupable ? Simple. Le bruit.
- Le bruit… ? Les enfants ont pourtant dit ne rien avoir entendu ! Et sur la cassette non plus, il n'y avait rien !
- C'est justement là toute la subtilité qui vous a trahi. Le fait qu'on n'entende aucun bruit suspect.
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Dans la voiture de Thatch, garée un peu plus loin dans la rue, les enfants attendaient. Le trio Genta, Mitsuhiko et Ayumi dormaient à l'arrière, pendant que Conan avait pris possession du siège conducteur, laissant Haibara et Red partager le siège passager avant. Son portable à l'oreille, le petit détective indiquait ainsi au cuisinier les points importants de l'affaire. Le fait que si la caméra était vraiment tombée par terre pour s'enclencher, les enfants auraient entendu quelque chose. Et c'était valable pour si c'était une autre raison à l'origine du début de l'enregistrement. C'était juste trop gros que la caméra se mette en marche juste après la bagarre, quand on n'entend justement plus rien. Conclusion, c'était le meurtrier qui l'avait mise en marche. Pourquoi ? Parce que l'assassin était certain de pouvoir s'en aller sans faire de bruit. Ce qui ramenait à la profession de développeur de Negima. Un travail qui s'effectuait dans le noir, en se servant tout simplement du toucher. Un travail a effectué dans le noir complet. D'où la nécessité d'astuces permettant de savoir où se trouvait chaque objet.
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- …et j'ai trouvé la preuve de l'usage de ces mêmes astuces ici, très facilement, dans cette pièce, juste au coin des objets aux positions si désordonnée, continua Thatch.
Il se pencha vers l'angle d'un meuble et montra un petit morceau d'adhésif noir.
- Un morceau d'adhésif noir posé sur de l'adhésif fluorescent, expliqua le pirate. En grattant légèrement, on voit parfaitement la couche fluorescente dessous. Ce doit être comme ça que vous réduisez la luminosité de l'adhésif afin de ne pas endommager la pellicule.
Un signe à Takagi et celui-ci éteignit la lumière.
- Pour quelqu'un qui n'est pas habitué, on ne remarque rien, mais le temps que l'œil s'adapte et les repèrent lumineux finissent par apparaître.
En effet, là où l'adhésif était installé, des petits points faiblement lumineux venaient d'apparaître.
- En s'en servant pour repaire et en avançant avec prudence, on peut donc éviter les obstacles. Merci, Takagi-san.
Le policier remit la lumière.
- C'est pour éviter que tout le monde ne remarque l'astuce que vous avez empêché le petit Edogawa d'allumer la lumière. Et quelque chose me dit que si l'on va dans une chambre noire, on trouvera la même astuce pour éviter les endroits susceptibles d'être bousculés dans l'obscurité. Et vous avez fait ça pour la caméra et le bouton de la chemise de Furumura. Vu son aversion pour l'hygiène, il y avait de fortes chances qu'il conserve le même vêtement plusieurs jours d'affilés. La saleté de son col et son odeur le dise. Un peu de peinture fluorescente et le tour est joué.
Thatch s'approcha de l'homme et lui prit dans sa poche le double des clefs de l'appartement, les faisant tourner négligemment autour de son doigt.
- Avec ce double, vous pouviez venir n'importe quand accomplir votre meurtre. Vous avez mordu à l'hameçon que j'ai lancé en parlant de l'étrange absence du bouton. Vous avez stupidement décidé de revenir sur les lieux pour l'y mettre après l'avoir débarrassé de sa peinture, sans savoir qu'on avait fait un peu de rangement par ici pour vous attendre, faisant que vous avez paniqué devant les changements subis par vos points de repère.
- A la demande de Newgate-san, j'ai fait en sorte que vous soyez rapidement libéré après votre interrogatoire et je suis venu avec Takagi-kun vous attendre ici, informa Megure.
Negima s'assit en tailleur à même le sol, laissant tomber le bouton qu'il avait voulu déposer.
Un rire amer lui remonta la gorge alors qu'il expliquait que cette idée de l'adhésif noir était à la base de Furumura-san lui-même, pour faire une blague à Hojima mais aussi pour aller aux toilettes la nuit sans réveiller tout le monde. Son motif pour le meurtre et pour avoir voulu faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre ? La négligence qui avait valu de refaire une scène du fameux Journal de parents idiot. Parce que la scène n'avait pas pu être faite à l'identique suite à la mort d'un des acteurs. Hojima était tout autant responsable dans l'affaire pour encourager le défunt à jouer au Mahjong jusqu'à pas d'heures.
Thatch regarda tout ça avec peine, une main accrochée à sa nuque.
Les gens avaient si peu de respect de la vie qu'ils tuaient pour des broutilles. Sans savoir que vivre était un cadeau si précieux.
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Dans la voiture, Conan écoutait les justifications du coupable, alors que Haibara regardait par la fenêtre pour passer le temps. C'est là qu'elle la remarqua.
Dans le rétroviseur, se rapprochant rapidement de leur position.
La voiture qu'elle avait déjà vue et qui les avaient pris en filature pendant toute la journée.
Le véhicule était de plus en plus près, alors que Conan remerciait Thatch pour son aide.
- Euh… dîtes… les garçons…
L'étrange voiture était juste à côté d'eux, au point qu'elle pouvait voir la cigarette fumante du conducteur. Elle sursauta quand Red lui plaqua une main sur la bouche, lui soufflant de se taire. Pourtant, les deux garçons souriaient.
- C'est la même voiture qui était derrière nous au feu rouge, chuchota Conan en regardant le véhicule s'éloigner. Ils n'avaient pas voulu se faire remarquer, d'où le pourquoi ils n'ont pas klaxonné alors que le feu était au vert. Tout comme ils ont fait attention de ne pas se faire remarquer en fumant pendant qu'ils surveillaient l'immeuble.
- En fumant, le bout incandescent de la cigarette pointe la présence d'une surveillance, expliqua Red. C'est la base d'une filature.
- Et l'un des codes fondamentaux de la police. Et le fait qu'il ait fumé en nous dépassant est la preuve qu'on a réussi à les semer.
- Puisqu'ils tournent encore, c'est qu'ils ignorent l'adresse où nous vivons. Sans compter qu'on n'est pas dans la voiture d'Agasa, mais celle de Thatch, qui est bien plus passe-partout, c'est un point contre eux. Et il faut rajouter à ça l'idée de Kudô d'avoir demandé à Takagi de nous déposer au hasard après le passage par un barrage de contrôle d'alcoolémie.
Red s'étira en baillant alors que Conan se laissait aller en arrière, les bras derrière la tête.
- Vous ne pensez pas que ça serait… demanda doucement Haibara en essayant de rester calme.
- Va savoir, lui dit le petit détective. De toute évidence, leur cible ne peut être qu'un de nous trois.
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« Tu les as perdus. » pointa avec amusement une voix dans le portable.
- Tu nous aides pas, grommela Akai avec son téléphone dans une main, le volant de sa voiture dans l'autre. Les gars poursuivent le plan.
« Vous êtes trop flagrant !»
- J'étais presque à deux doigts de t'accuser, tu sais ?
« Même pas besoin de vendre la mèche, j'y suis pour rien si tu sous-estimes la qualité des joueurs. »
- Peut-être… il est certain en tout cas qu'il y a une grande ressemblance.
Akai jeta un regard à la photo sur le siège passager à côté de lui, prise dans l'après-midi. On voyait Yukiko guidant vers l'immeuble la bande d'enfants, pendant que Haibara, au tout premier plan, cachant à moitié Red de sa silhouette, regardait par-dessus son épaule avec inquiétude.
Oui…
Troublante ressemblance.
