Merci à Maenas pour son commentaire (c'est normal qu'il paraisse plus calme avec ce piège qu'avait tendu Vermouth, mais l'excitation ne va pas tarder à revenir).
Je vous souhaite à tous et à toutes une bonne lecture et à bientôt !
.
.
Thatch était appuyé contre le mur de l'hôpital, les bras croisés, la tête basse, écoutant la conversation entre Jodie et le vrai Araide qui avait repris du service dans le lycée. Apparemment, grâce aux informations fournies par le FBI, personne n'avait suspecté l'échange, tout s'était donc bien passé. Il était donc temps pour le médecin d'oublier tout de cette affaire. Seulement voilà, le bon médecin Araide avait une dernière question :
« Cette personne qui avait pris ma place… est-ce… est-ce… est-ce vraiment quelqu'un de mauvais ? Le comportement de tout le monde à mon égard, on… »
Jodie blanchit à cette question hésitante. Elle revoyait parfaitement le visage de Vermouth quand celle-ci avait arrangé la position de son père quand elle l'avait tué, mais aussi son sourire, ces quelques semaines auparavant, alors qu'elle lui braquait une arme dessus.
« Tous les professeurs et les élèves que je croise m'incitent à penser le contraire… »
- IMBECILE ! rugit la femme. Elle tue le sourire aux lèvres ! Ce ne peut pas être quelqu'un de bien !
Thatch lui prit le téléphone des mains et lui montra le couloir du doigt, l'air de dire d'aller prendre l'air. Avec un claquement de langue, la malade se détourna des téléphones publics de l'hôpital et s'en alla. Le faux blond soupira et porta le combiné à son oreille.
- Araide-sensei ? Je suis Newgate, un camarade de Jodie, dit-il calmement.
« Oh, bonsoir… je suis désolé, je suis juste perplexe… » s'excusa son interlocuteur.
- Il n'y a aucune honte à avoir. Je veux juste vous expliquer les choses afin que vous ne vous trompiez pas. La femme qui a pris votre identité est une actrice de talent. Si elle a un bon fond, il faut gratter très profond sous la surface pour le trouver. Ce qu'elle a fait, c'est s'immerger totalement dans son rôle. Elle vous a observé, elle a vu comment vous agissiez et réagissiez pour être votre parfaite copie, sensei. Mais cette femme n'est pas quelqu'un de bien. La prochaine fois que vous voyez Conan-kun, avec cette fois, sa bande de camarades de classe, demandez gentiment à Red-kun ce que lui a fait Vermouth. Là, vous reverrez votre jugement sur cette femme.
« Je vois. Merci pour l'éclaircissement. »
- N'en voulez pas à Jodie. Ce qu'il y a entre elle et cette femme, c'est presque une affaire personnelle.
« Je comprends parfaitement. Dîtes à votre camarade que je suis désolé et que je ferai comme elle me l'a demandé. Je vais oublier au maximum cette affaire. »
- Sage décision. Bonne soirée docteur.
Et il raccrocha.
.
.
On the road again.
Si ça n'avait pas été pour l'assurance qu'il pourrait vadrouiller dans les environs, Red serait bien resté sur Beika. Après, c'était aussi une opportunité pour Iro de sortir, alors, pour la santé autant physique que mentale de son bébé, le pirate n'allait pas laisser une occasion pareille.
Il fallait dire aussi que la rencontre avec les enfants avait été très drôle. Parce que malgré le petit anneau en kairoseki à l'oreille (prouvant ainsi que la couleur noire qu'elle abordait en général n'était pas sa teinte naturelle, la classifiant comme un Léopard de l'Amour de par sa fourrure épaisse couleur crème virant presque aux roux et aux tâches bien marquées et très espacées) et le keffieh oranger à son cou, Iro restait un prédateur, certes, pas sauvage, mais ceux qui la croisaient ne le savaient pas. Alors, forcément, rencontrer un grand félin dans le salon de Agasa avait fait paniquer le trio Ayumi-Genta-Mitsuhiko. Mais tout comme Red l'avait déjà dit à Takagi (venu s'assurer vraiment de l'absence de danger de la bête puisqu'il avait fourni la liste des pièces et documents à réunir pour l'autoriser), la panthère tenait plus du gros chat qu'autre chose. Haibara avait bien aidé à le prouver vu que la froide et féroce scientifique, derrière ses allures quelque part entre la kuudere et la tsundere, s'était très vite attachée au félin qui arrivait à la faire sourire et rire. Ce qui n'était pas un mince exploit. Alors, si Haibara, tête froide et rationnelle, disait que Iro était ok, alors, c'est que ça devait être le cas. Et Ayumi avait donc fini par adopter le félin, même si les autres garçons, à l'instar de Conan, restaient méfiants.
Donc, pour cette sortie, ils allaient dans les montagnes de Gunma rejoindre une auberge qui avait pour habitude de prêter gratuitement des longues-vues afin d'observer les étoiles. Cela n'avait pas réjoui des masses Genta qui trouvait qu'il faisait trop froid pour ça et aurait préféré une visite d'un onsen. Red aurait bien voulu lui dire que s'il avait froid, c'était parce que Haibara voulait qu'il garde son logia sous clef, mais il avait la fille en question d'assise sur ses genoux. Et il avait plus d'instinct de survie qu'on pouvait le croire.
Peu importe, Conan, occupé à pianoter sur internet depuis l'ordinateur portable d'Agasa, de l'autre côté de la banquette arrière, expliqua à Genta les avantages du temps froid pour leur mission d'observation céleste :
- Au Japon, l'air est plus pur en hiver, nous verrons mieux les étoiles. En plus, c'est la nouvelle lune, ce soir. Toutes les conditions sont réunies.
- Ah bon ? s'étonna Ayumi.
Voyant que la fillette était intéressée par ce qu'il racontait, Conan leva le nez de ses recherches et lui sourit en rajoutant :
- Si la lune est trop claire, elle éclipse les autres astres.
- Eh ben ça alors !
C'était une chose que Conan commençait à apprécier dans sa nouvelle situation et qu'il n'avait vu qu'en de trop peu nombreuses occasions avec Ran. Genta mis à part, on ne boudait pas devant son trop plein de connaissances en disant de lui qu'il était un monsieur-je-sais-tout ou qu'il était arrogant. Non, Mitsuhiko et Ayumi l'écoutaient avec attention pour apprendre chaque jour quelque chose de nouveau sur le monde dans lequel ils vivaient. C'était agréable dans un sens, différent, et il en tirait une certaine fierté. Surtout quand c'était mis en application, comme pour cette affaire impliquant un meurtre en zone de chasse. Mitsuhiko avait non-seulement réussi à appliquer des premiers soins sur Haibara qui s'était tordue une cheville alors qu'ils n'avaient pas grand-chose sous la main, mais en plus, ils avaient utilisé sa leçon sur les champignons pour faire passer un message à Conan concernant le coupable de l'affaire. Oui, quand on appliquait ses enseignements, il se sentait très grand.
- Regarder les étoiles, ça à l'air ennuyeux… bougonna Genta.
Bien sûr, il y avait toujours le râleur de service qui n'aimait pas les activités trop cérébrales.
- Pas du tout ! assura Agasa. On peut apprendre beaucoup de choses sur les constellations et si l'on découvre un nouvel astre, on pourra peut-être lui donner un nom !
Wait, what?
Le cerveau de Red fit un arrêt sur image. Depuis quand on pouvait donner un nom à un astre ?
- S'il s'agit d'un astéroïde, il faut l'observer d'innombrables fois et confirmer sa trajectoire pour faire reconnaître sa découverte, alors, ça me parait difficile, expliqua Haibara aux enfants. Par contre, c'est peut-être possible pour une comète, car il suffit de l'avoir vue juste une fois.
- Que dîtes-vous de la comète du Club des Détectives de Beika ?! proposa Mitsuhiko.
- Génial ! s'exclama Ayumi.
- Oi ! Pas si vite ! tempéra Red. Tout ce qui est scientifique a ses règles et ses normes, je suis pas certain qu'on puisse donner n'importe quel nom à un truc pareil et que ça soit reconnu comme tel ! Un surnom, je veux bien, mais légalement parlant, on doit avoir des critères à respecter. La communauté scientifique n'est pas bête !
Iro sortit la tête du coffre où elle était installée et la posa sur le sommet du dossier de la banquette arrière pour savoir ce qu'il se passait. Haibara lui caressa immédiatement le sommet du crâne pour lui faire comprendre que tout allait bien, même si Mitsuhiko se décala un peu sur son siège pour en pas être trop proche d'elle. Ce n'était pas parce que Red lever la voix qu'il fallait se faire du souci.
- Dawn a raison, confirma Conan toujours dans ses recherches. On ne peut donner un nom de son choix qu'à des astéroïdes, et encore, il ne peut pas être composé, ne peut dépasser seize caractères et il faut fournir un document qui explique pourquoi on veut donner ce nom à l'astéroïde, avant que tout cela ne passe devant le Comité de Nomenclature des Petits Corps du Système solaire de l'Union Astronomique Internationale, où onze astronomes, dont les travaux portent sur les astéroïdes, étudieront le dossier. Pour une comète, c'est le nom de la personne qui l'a découverte, voire du lieu ou des instruments utilisés. En cas de découvertes simultanées, on peut la faire enregistrer avec maximum trois nom si on s'y prend assez tôt.
- Et si une comète est observée simultanément dans plusieurs endroits différents, les noms des observateurs sont mélangés ! reprit Haibara. Comme pour la comète Kobayashi-Berger-Milon, par exemple.
Pour le petit Mitsuhiko, il n'avait qu'à regarder à gauche et à droite les deux petites demoiselles qui l'encadraient pour savoir ce qu'il voulait et ça lui fit monter le rouge aux joues.
- Alors, si nous trouvons une comète, elle s'appellera Yoshida-Tsuburaya-Haibara !
- Euh d'accord…lui accorda Haibara avec perplexité.
Elle se retourna pour regarder Red qui avait caché son hilarité dans ses mains. Son fou-rire finit par lui échapper quand Genta protesta de ne pas être inclus dans la nomination.
- Et tu as oublié Red-kun et Conan-kun aussi ! renchérit Ayumi.
- On ne peut utiliser que trois noms ! se justifia maladroitement Mitsuhiko.
- Et le nom de famille Dawn est déjà en rapport avec l'astronomie, dans un sens, puisque c'est la traduction anglaise de l'aube et de l'aurore, marmonna Conan en continuant ses recherches.
Recherches qui finirent d'ailleurs par intriguer tout le monde, faisant que Conan se retrouva bientôt avec non seulement Ayumi et Mitsuhiko à lire par-dessus son épaule, mais aussi Iro toujours aussi curieuse.
- Dawn, rappelle ton chat, demanda Conan en grimaçant.
- Iro, viens ma belle, rappela à l'ordre Red en glissant un bras dans le coffre.
Elle retira sa tête de l'épaule de Conan pour venir la fourrer sous le bras de Red.
- Tu fabriques quoi depuis tout à l'heure ? demanda Genta en se retournant sur son siège à côté de Agasa, pour voir Conan derrière lui.
- Tiens, mais c'est le site officiel du présentateur sportif Motoyama Seiji ! reconnut Mitsuhiko. C'est lui qui a assassiné ce joueur de l'équipe des Jaguars !
- Tu étais sur place quand c'est arrivé, n'est-ce pas ? se rappela Ayumi.
- Oui, répondit Conan d'un air absent. Pendant une pause dans l'enquête, Motoyama-san a appelé quelqu'un depuis son mobile. Je n'arrête pas d'y penser…
Il se prit la tête dans une main, se rappelant clairement de ce bref instant où il avait revu Vermouth écrivant un mail sur son téléphone. Cette image s'était imposée à lui quand Motoyama avait composé le numéro de son correspondant.
- Je regarde sa Home Page, pour savoir à qui il a téléphoné, mais je ne trouve rien, grommela le petit enquêteur en grinçant des dents.
- Tu n'arrêtes pas de penser à quoi ?
- Rien d'important ! répondit immédiatement Conan avec un sourire qui sonnait faux. Je me demandais juste à qui il avait téléphoné.
Il soupira et revint à l'écran.
- La police avait déjà annoncé la nouvelle aux proches de Nose-san, alors Motoyama-sana a dû appeler une connaissance...
Il se prit la tête dans ses mains, se reprochant de ne pas avoir posé la question. Red n'avait pas besoin de ses yeux pour deviner que ça devait avoir un rapport avec les Hommes en Noir. Qu'est-ce que Kudô ne leur disait pas ? Haibara devait elle aussi sentir que quelque chose d'important leur était caché.
- Il s'agissait peut-être de Komori-san ? proposa Agasa pour l'aider. Il est entré dans l'équipe des Jaguars en même temps que Motoyama-san et Nose-san ! Ils faisaient souvent des apparitions communes dans une émission sur les voyages présentée hors saison. Ils avaient l'air de bien s'entendre.
- Exact, il a très bien pu être la personne que Motoyama-san a appelé pour l'informer de la mort de Nose-san, accorda Conan.
Agasa réfléchit un instant pour se rappeler de ce qu'il savait de l'homme avant de lui dire :
- Il a pris sa retraite il y a quatre ans pour reprendre le royokan* familial. Je crois qu'il est du côté de Tottori, à Kurayoshi.
Il détourna un instant la tête de la route pour sourire à Conan.
- Je l'ai vu une fois à la télévision, cet hôtel avait l'air bien !
- Ah ? D'accord…
Avec un soupir déçu, Conan éteignit et plia l'ordinateur portable. Mais son expression n'échappa certainement pas à Haibara.
.
.
La présence de Iro était un chouilla problématique. Leur hôte, Amatsuchi Ryôji, n'accepterait certainement pas la présence d'un animal sauvage. Mais Red trouva la parade. Pour l'instant, il s'agissait juste de poser les affaires et de prendre la longue-vue, avant d'aller observer les étoiles. Plus tard, quand il serait temps d'aller se coucher, il la ferait monter par la fenêtre et personne ne saurait jamais qu'une panthère s'était baladée dans les environs. Aussi, quand ils descendirent de la voiture, Red avait senti l'odeur des arbres à proximité et avait dit à la panthère d'aller s'y cacher. Et pour la plus grande fascination des enfants, l'animal avait obéi comme si elle le comprenait parfaitement. Puis, ils étaient entrés dans l'auberge, laissant automatiquement Red à côté de la rampe dans l'escalier menant jusqu'à la bâtisse pittoresque qu'il grimpa avec sa canne. Amatsuchi-san vint leur ouvrir la porte avec son gros pull et son tablier et les salua avec une chaleur qui faisait plaisir à voir après la fraîcheur extérieure. Il les mena jusqu'au poste d'accueil en demandant à Agasa de signer le registre, avant de se pencher vers Red pour savoir s'il aurait besoin de quoi que ce soit durant son séjour avec un sourire chaleureux. L'aveugle fit l'effort de le remercier en souriant pour ne pas laisser paraître son agacement qu'il masqua en ramenant ses lunettes sur son nez.
- Il est très débrouillard, c'est pour ça qu'il fait lui aussi la sortie, ne vous inquiétez pas pour lui, rassura Agasa à l'adresse du propriétaire en lui rendant le registre.
- Surtout pour s'assurer qu'il ne mette pas le feu à sa maison par ennui, marmonna Conan.
Red lui adressa un regard aussi noir qu'il le pouvait en dépit qu'il l'envoie un peu au-dessus de la tête de son destinataire. Il tourna brusquement la tête en reniflant quelque chose. C'était de l'alcool.
- Où est-il ? demanda une femme à Agasa.
Elle venait de l'étage et avait une bouteille d'alcool bien entamée en main alors qu'elle s'adossait au mur à proximité de l'escalier pour en pas tomber.
- Je vous demande pardon ? s'enquit Agasa.
- C'est Asao qui vous a demandé de venir, vous aussi, non ?
Avec une démarche incertaine à cause de son état d'ébriété, elle rejoignit le scientifique bedonnant pour le prendre par l'épaule, clairement agitée :
- Répondez ! Je voudrais tant qu'il me pardonne ! Où est Asao ?!
- De qui parlez-vous ? demanda le scientifique qui avait droit à une belle rasade de l'haleine alcoolisée de la femme.
L'ivrogne s'énerva en réponse. Elle brandit une alliance à son doigt devant Agasa, manquant lui mettre un coup dans le nez en lui hurlant de ne pas jouer les ignorants.
- JE PARLE D'ASAO KÔNO ! IL PORTE UNE BAGUE IDENTIQUE À CELLE-CI ! AVEZ-VOUS RECU UN MESSAGE !?
- Non, pas du tout, nous venons ici pour la première fois…
Cela coupa le vent dans les voiles de la femme qui s'excusa pour la méprise et remonta à l'étage de sa démarche incertaine.
- Qui est-ce ? demanda Agasa.
- Nonomiya Etsuko, répondit le gérant. Elle est entrée à l'université quelques temps après moi. Kôno y est entré en même temps qu'elle, ils étaient fiancés. Ils venaient souvent séjourner ici, avant. Mais lors de leur dernière venue, l'an passé, ils se sont disputés et il a disparu.
Red haussa un sourcil. Pouvait-il oser espérer une banale dispute de couple et un gars qui a décidé de faire sa vie ailleurs ? Il fallait croire que non, là où Conan passait, il y avait toujours des ennuis !
- La semaine dernière, elle a reçu un message de sa part lui demandant de venir, continua Amatsuchi. Cela fait maintenant trois jours qu'elle attend. Il ne s'est toujours pas montré, alors, elle s'est mise à boire ce midi.
- Mais pourquoi elle a demandé à hakase s'il l'avait vu ? demanda innocemment Conan.
- C'est vrai, après tout, je ne les ai jamais rencontrés, approuva le professeur.
Deux nouveaux venus, certainement attirés par les cris de la femme, lui donnèrent une réponse. Ils avaient reçu un étrange message de ce Kôno. Le duo en question était un rédacteur en chef (Mikami Heihachi) et son assistant (Futagawa Hajime) d'un magazine d'Astronomie. Ils avaient bien rencontré l'individu en question une fois l'an dernier. C'était un appât parfait pour quiconque s'intéressait un minimum à l'astronomie, avec les quelques arguments pour s'opposer au rendez-vous, comme l'argent par exemple étant réduit à néant. Cela promettait une grande révélation sans en dire assez. Pour le coup, ils étaient là depuis deux jours, mais toujours aucune trace de l'homme, laissant supposer à une mauvaise blague.
Un peu trop élaboré pour une simple blague.
- Dawn ? Tu n'as pas l'impression qu'on se retrouve au beau milieu d'un piège ? demanda tout bas Conan à Red alors que les gosses s'extasiaient sur le fait que Mikami ait trouvé une comète et qu'elle porte désormais son nom.
- Ah, donc, je suis pas le seul à avoir l'alarme d'allumer dans mon crâne. Merci, je deviens pas parano, soupira le pirate ave un soulagement évident. Tu sais, Kali est une pro pour tout ce qui est occultisme, elle pourrait essayer de lever ta malédiction.
- Je suis pas maudit ! s'indigna le petit détective.
- Je suis certain que tu dois être dans le top dix des causes de mortalité dans ce pays.
- Arrête avec tes bêtises.
En attendant, l'aubergiste leur recommandait un coin idéal pour l'observation des étoiles en suivant le chemin montant derrière l'auberge pour arriver jusqu'à une colline où la vue était dégagée. Il leur prêta une longue vue pour la modique somme de 5000 Yens* . Et dire que le professeur avait cru que c'était gratuit…. Le groupe se mit donc en route en sachant que le dîner serait servi à vingt heures, ce soir-là. C'était parti pour une petite expédition à la découverte des étoiles.
.
.
Ils marchèrent une bonne heure entre les conifères sur un terrain rocailleux légèrement en pente. Red s'était désigné d'office pour porter le télescope dont il avait passé le sac en travers son dos pour pouvoir éviter les obstacles avec sa canne blanche. Iro gambadait en tête de groupe, sautant parfois dans les arbres ou sur les rochers pour le plus grand amusement de Haibara et Ayumi.
Cependant, il y en avait un qui ne s'amusait pas autant.
Agasa peinait clairement, le pas lent et lourd en fin de file, transpirant à grosses gouttes sous l'effort, se plaignant de la distance, quand Genta pointa un sommet terreux à peine plus loin devant eux, supposant que c'était la colline qu'ils cherchaient. Sauf que une fois à son pied, il fallait se rendre à l'évidence qu'elle tenait plus d'une falaise que d'une colline. La simple idée de trouver un moyen d'y monter vida Agasa de ses forces. Il se laissa tomber sur un gros rocher en soufflant d'épuisement.
- Je fais une pause… soupira le vieux scientifique bedonnant.
- Allez ! Il faut grimper tant qu'il fait jour ! encouragea Conan.
- Un peu de ménagement pour les plus âgés ! s'indigna le vieux.
Conan lui adressa un regard dubitatif. Dire qu'Agasa était le premier à demander à ne pas être traiter comme un papi…
- Faîtes-moi penser à vous présenter au jiji, il vous aidera à vous remettre en forme, commenta Red avec un sombre amusement.
Haibara eut un reniflement hilare. Avec les histoires qu'il avait sur le vieux vice-amiral, Conan voulait bien admettre que la rencontre serait très drôle… même si certainement fatale pour le pauvre Agasa. Pour le coup, la petite scientifique décida qu'une pause de dix minutes ne devrait pas faire de mal. Alors que les enfants se trouvaient des pierres pour s'asseoir, Red se débarrassa du télescope et se déchaussa.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Ayumi qui cherchait une pierre où s'asseoir.
- Je vous attends là-haut, je vais pas rester dix minutes à me faire chier quand je sais que je vais déjà grave m'embêter pendant que vous regarderez les étoiles.
- C'est pas une petite falaise, Dawn, lui dit Mitsuhiko.
- Tu serais surpris.
L'aveugle posa sa canne à côté de ses chaussures et fut guidé jusqu'à la paroi rocheuse par Iro avant d'en commencer l'escalade avec lenteur vu qu'il devait trouver ses prises avec juste le toucher. Tout le monde le regarda faire un instant, s'assurant qu'il s'en sortait et qu'il n'allait pas tomber, avant de tenir un conseil de guerre au sujet de l'étrange lettre qui avait été envoyée aux autres clients. Ayumi cherchait toujours une pierre pour s'asseoir, avant d'en voir une petite, blanchie par le temps et légèrement sale. Elle était là, dans l'herbe, juste au pied de la falaise.
Parfait.
Juste en la ramassant, elle trouva la texture bizarre avant de la portée à hauteur d'yeux.
Deux orbites vides lui rendirent son regard, la faisant hurler de frayeur.
Même pas le temps de demander ce qu'il se passait avec Ayumi qu'ils eurent un autre souci. Le cri de la demoiselle déconcentra l'acrobate en herbe qui loupa sa prise et perdit son adhérence dans la paroi. Tous les enfants et Agasa hurlèrent en voyant Red faire une chute qui lui serait mortelle… pour le revoir se réceptionner sur ses mains dans un piquet, avant de se remettre debout en un salto. Il se tourna vers Ayumi en époussetant ses mains comme si tout était normal et lui demanda ce qu'il se passait. C'était tellement facile d'oublier la vitalité et les compétences inhumaines d'Ace.
Heureusement, la petite fille ramena tout le monde à l'affaire la plus importante du moment. Elle avait mis la main sur un crâne humain. Allez savoir pourquoi il était ici. Iro trouva le reste du corps en y donnant des petits coups de patte pour se faire rappeler à l'ordre par son ami.
On avait le reste de la mâchoire, un fémur et la cage thoracique que Conan dégagea des herbes. Tous les ossements étaient blancs, sans la moindre chair ou tendon de rattachés.
- Son accident doit remonter à quelques temps, il a dû tomber de la falaise, supposa Haibara. Les animaux, la pluie et le vent ont dû disperser les restes. Donc, ne refais plus ça à l'avenir, Dawn, si tu ne veux pas finir comme ça.
Conan continua d'examiner le cadavre et ne fut même pas surpris que la panthère se mette à éternuer.
- Tu fais fausse route, Haibara, gronda le petit détective. Il a été assassiné et de façon atroce, en plus.
- Envoyez la monnaie, les garçons, demanda Red en tendant ses mains dans la direction approximative de Genta et Mitsuhiko.
- Ils sont pas un peu jeunes pour faire des jeux d'argents ? demanda Haibara en voyant les garçons se rembrunirent et donner quelques billets au pirate.
- Il n'est jamais trop tôt pour apprendre que si quelqu'un propose un pari, c'est qu'il sera forcément gagnant.
Conan eut un claquement de langue agacé et demanda à l'aveugle de le rejoindre.
- Ta panthère a trouvé ça, tu reconnais ? demanda Conan en ramassant quelque chose ressemblant à une sorte de poudre condensée.
Il attendit que le pirate soit à côté de sa panthère pour lui mettre sa trouvaille sous le nez, lui faisant froncer des sourcils.
- C'est de la chaux, non ?
- Oui, malheureusement, confirma Conan.
Il se tourna vers les enfants et leur expliqua pourquoi c'était important :
- La chaux a pour caractéristique d'émettre de la chaleur après avoir absorbé de l'eau. En répandant de ce produit sur un cadavre et tout autour de lui, avec l'aide de la pluie, on accélère la décomposition du corps, faisant qu'on se retrouve en très peu de temps avec juste des os. Il devient alors quasiment impossible de savoir l'heure et la cause de la mort.
- C'est une façon très simple de faire le ménage après un meurtre, renchérit le pirate.
- Comment connaître l'identité de la victime ? grommela Agasa.
- Il n'y a plus qu'aucun vêtement, donc, la seule chance reste le fichier dentaire et la comparaison avec ceux des personnes portées disparues, indiqua Haibara.
- Et si ce squelette était celui de ce fameux Kôno-san ? supposa Ayumi qui avait repris ses esprits maintenant que le choc était passé.
- C'est affreusement probable, lui dit Red.
- J'espère que non, avoua Genta.
- En admettant que ce soit le cas, il reste le problème de ces lettes qui ont été envoyées, pointa Mitsuhiko.
Conan fouilla tout autour par curiosité, souleva une pierre à proximité, dévoilant une alliance et un paquet de cigarettes. L'alliance disait clairement qu'elle avait été offerte à Kôno Asao de la part de Nonomiya Etsuko. Et malgré la saleté et la terre, on pouvait voir qu'elle était strictement identique à celle que la femme avait montré à Agasa. Un regard vers le haut de la falaise, qui s'élevait sur plusieurs dizaines de mètres, disait qu'on avait certainement poussé volontairement la victime de son sommet. Mais le cacher sous une pierre était étrange, cela pouvait suggérer que le meurtrier l'y avait caché volontairement pour les induire en erreur. Cependant, comme le pointa Mitsuhiko, l'assassin aurait mis l'alliance au doigt, dans ce cas-là. Et on pouvait bien lui accorder ce point.
Les réflexions des enfants commençaient vraiment à être très perspicaces, ils feraient de bons enquêteurs quand ils seraient plus vieux.
- Quelqu'un a-t-il un mouchoir ? s'enquit le petit détective.
Ayumi en sortit un immédiatement qu'elle donna à Conan qui le déplia pour l'étaler dans l'herbe.
- Dawn, tes gants.
Red sortit de ses poches arrière ses gants de cuir qu'il jeta dans la direction de la voix de Conan qui les rattrapa au vol. Il les enfila et les utilisa pour se saisir du paquet de cigarettes qu'il vida sur le mouchoir de Ayumi, dévoilant six cigarettes sales et aplaties, dont certaines étaient tâchées de sang. Parmi les six, deux n'étaient plus que des moitiés de cigarette avec juste la zone filtre encore présente.
- Je le savais, Kôno-san a bien laissé un message pour leur indiquer son assassin.
- Ce ne sont que cinq vieilles cigarettes dont une coupée en deux, pointa Genta.
- Observe bien. Les deux morceaux déchirés comportent un filtre, tu vois ? C'est la preuve qu'il les a coupées exprès avant de les remettre dans le paquet ! Ce n'est pas tout.
Il souleva de nouveau la pierre qui recouvrait l'alliance.
- On aurait dû trouver l'autre partie des cigarettes, or ce n'est pas le cas. Autrement dit, la victime a voulu attirer notre attention sur ces quatre cigarettes et ces deux morceaux déchirés qu'elle a glissés dans le paquet.
- Nous devons informer l'auberge, annonça Agasa en sortant son téléphone portable.
- Non, la police d'abord, coupa Conan.
- Pourquoi ? s'étonna Mitsuhiko.
- C'est évident, lui dit Haibara. Tous les clients de l'auberge ont reçu ce message de Kôno-san. S'il s'agit bien de son squelette, il ne peut pas en être l'expéditeur, n'est-ce pas ? En plus, les personnes qui ont été invitées séjournaient ici il y a un an, période à laquelle la victime a disparu. On peut donc supposer que les ossements ont été dispersés volontairement par quelqu'un, non ?
- Conclusion, quelqu'un voulait qu'on trouve cette dépouille, soupira Red. Iro, aide-moi à retrouver mes chaussures.
La panthère se leva de là où elle s'était assise à côté de son papa d'adoption et l'escorta jusqu'à la canne blanche et les chaussures pour qu'il puisse les remettre.
- C'est peut-être un coup du propriétaire de l'auberge ! supposa Ayumi.
- Exactement, renchérit Genta. D'ailleurs, c'est le seul à n'avoir rien reçu !
- C'est son auberge, il vit ici, Kojima, pas besoin de l'inviter, rappela Red avec un sourire narquois.
- Dawn a raison, approuva Conan. Sans parler qu'il peut s'agir de quelqu'un qui s'est lui-même adressé un message et qui est venu en faisant semblant d'avoir été convié. Vous y arrivez, hakase ?
Agasa fronçait toujours autant les sourcils en regardant son téléphone portable.
- Qu'est-ce qu'il vous arrive ?
- Je n'ai aucune couverture réseau ici.
- Amatsuchi-san ? Qu'est-ce que vous faîtes ici ? demanda Red en tournant la tête vers les bois.
Quelques instants plus tard, l'aubergiste sortit des arbres, légèrement haletant en brandissant un poids qu'il avait apparemment oublier de mettre dans le sac du télescope qu'il leur avait prêté.
- Je vous ai entendu parler de la police, il se passe quelque chose ?
Il voulut s'avancer, mais Agasa se mit sur sa route pour l'empêcher de s'approcher trop. Pas assez parce que l'homme était quand même plus grand que le scientifique et parvint facilement à voir par-dessus son épaule la cage thoracique dans l'herbe, ce qui le fit hurler d'effroi avant de partir en courant de peur.
Dire que cet homme attira l'attention de Conan était un euphémisme. Surtout que le gars n'avait même pas remarqué la panthère.
.
.
Ils étaient tous rentré à l'auberge (Iro toujours cachée dans les bois environnants) et bien entendu, l'histoire avait déjà été rapportée à tout le monde. La jeune femme, encore ivre, fut la plus touchée et apprendre qu'on avait retrouvé l'alliance la frappa durement.
Sauf que toute cette histoire, pour les deux envoyés du magazine Space Sunday, c'était plutôt ce Kôno-san qui avait tué quelqu'un et se faisait passer pour mort avec cette bague.
Conan avait une réponse à ce soupçon.
- Dîtes, il n'avait pas une carie ? demanda-t-il à la femme. Sur la seconde dent en partant du fond, à droite, sur la mâchoire supérieure ?
- La mâchoire supérieure ? répéta Etsuko.
Elle eut un rire nerveux.
- Dans ce cas, ce ne sont pas les ossements d'Asao ! dit-elle avec soulagement. Il avait bien une carie, mais elle était située au beau milieu de la mâchoire inférieure !
C'était la confirmation qu'ils voulaient. Conan avait fait, ce qu'on appelle, prêché le faux pour avoir le vrai.
- Nous avons retrouvé la trace de soins effectués sur une dent au milieu de sa mâchoire inférieure, annonça Haibara d'une voix atone. Cela correspond à la description que vous venez de nous faire. Edogawa-kun vous a fait croire qu'il s'agissait d'une dent différente pour vérifier que vous n'inventiez pas d'histoires.
- Gomen nasai…
La femme craqua pour tomber en larmes, s'effondrant dans les bras de Red qui ne comprit pas le pourquoi du comment il se retrouvait à servir de doudou à la pauvre veuve éplorée.
- Il faut appeler la police sans tarder, enjoignit Agasa.
Sauf que voilà, le téléphone ne répondait pas et il s'avéra qu'il était saboté. Il manquait le câble modulateur. Cela avait dû être fait très récemment puisqu'il avait été utilisé encore il y a peu. Suite à un étrange pressentiment, Conan sortit dehors alors que le professeur demandait s'il y avait un autre moyen de contacter la police. Et comme on pouvait s'y attendre, quelqu'un craqua. Le rédacteur en chef se décida à rentrer chez lui et se dirigea vers la sortie, pour tomber nez à nez avec Conan qui avait une bien mauvaise nouvelle. Quelqu'un avait enlevé les pistons de tous les pneus, les bloquants tous ici. Il y avait bien d'autres auberges dans les environs, mais il n'y avait que la leur qui ouvrait à ce moment de l'année. Et pour les maisons de campagne, elles n'étaient occupées qu'en été. Ils étaient seuls, piégés et coupés du monde. Cependant, il restait le bus, il y avait un arrêt à une vingtaine de kilomètres de là, mais le dernier bus venait de passer et il était trop dangereux de descendre la montagne dans le noir. Il faudrait attendre demain matin.
- Mais qui a pu faire ça ? demanda le rédacteur en chef Mikami.
- Vous croyez que cela est lié à la mort de Kôno-san ?
Quand Conan rabroua le trio de gosses qui venaient de crier que cela ne pouvait être que le cas, Red se dit qu'il faudrait les former très rapidement au mensonge.
- Quand j'ai vu les ossements, vous regardiez autre chose, quelque chose ne va pas, n'est-ce pas ? vous aviez mis quatre cigarettes entières et deux déchirées sur un mouchoir…
- Cela serait-il un message de Kôno-san ? demanda l'assistant.
- Je n'en sais rien, avoua l'aubergiste.
- Non, refusa la femme. Ce n'est pas un message. Asao a fait semblant de mourir pour m'embêter, ce n'est qu'une petite méchanceté. Il n'avait pas de raison de mourir.
Et elle monta dans sa chambre avec un rire alcoolisé.
- En tout cas, restons à l'intérieur de l'auberge pour la nuit et attendons qu'il fasse jour pour sortir, proposa Agasa.
Conan alla rejoindre son camarade aveugle qui avait passé sa canne blanche en travers de ses épaules.
- Tu l'as remarqué ?
Le D. se contenta de hocher la tête.
.
.
Assis sur le sol de leur chambre, réunis autour de Mitsuhiko, ils essayaient de décoder le message secret de leur victime. Sans succès pour l'instant. En tout cas, il ne concernait pas les personnes dans l'auberge à l'instant. Avec l'aide d'allumette pour remplacer les cigarettes (c'était une preuve, ils ne pouvaient pas les manipuler comme ça), ils essayaient de reproduire les noms des clients.
- Donc, on a en tout six cigarettes avec deux déchirées dans le lot, récapitula Mitsuhiko en cassant deux allumettes.
Il commença à les positionner pour faire le nom de l'assistant.
- S'il s'agit de Futagawa-san, on en a une en trop.
Il manipula les morceaux d'allumettes pour faire un autre nom, mais il se retrouva trop court.
- Pour Amatsuchi-san, il nous en manque une, constata Haibara.
Mitsuhiko ne chercha même pas à faire la tentative pour les deux autres.
- Pour Nonomiya-san et Mikami-san, c'est impossible avec six cigarettes.
- Pourquoi tu dis ça ? s'étonna Red. À ma connaissance, Mikami peut s'écrire justement avec six traits.
- C'est parce que tu songes à la graphie commune de mi, celle du chiffre trois, répondit Conan. Mais son nom ne s'écrit pas avec ce kanji. Quiconque regardant le registre le verra que ce n'est pas la bonne graphie.
- Ah. Alors j'ai rien dit.
- Et en katakana ? proposa Ayumi.
- Impossible, réfuta Agasa. Futagawa prend onze traits, comme ça, Amatsuchi douze, Nonomiya huit et Mikami neuf. Il lui aurait fallu bien plus de cigarettes.
- Et si c'étaient pour les initiales ? proposa pensivement Haibara. Pour les miennes, H. et A. on a bien six traits avec quatre grands et deux petits.
- Alors c'est toi qui l'as tué ! s'exclama Genta avec effroi.
- C'est juste un exemple, lui dit la scientifique avec lassitude.
Ignorant le débat sur les initiales, Conan manipula pensivement les allumettes, obtenant les initiales F.H., comme celles de l'assistant Futagawa Hajime. Bien décidé à tirer les vers du nez de l'homme, Conan invita le groupe à venir avec lui jusqu'à la chambre du concerné.
- Ton plan a un énorme souci, lui dit Red.
- Lequel ? demanda Conan alors qu'ils allaient dans rejoindre la chambre de leur suspect.
- Tout le monde est parti, on est les derniers dans l'auberge. Je perçois plus personne.
Et il avait raison. L'auberge fut fouillée de fond en comble, mais impossible de trouver les adultes. Ayumi vit néanmoins la pauvre Nonomiya errant dans l'obscurité des bois qui longeaient l'auberge, poussant le groupe à partir à sa poursuite.
- Zut ! Je leur avais pourtant dit de ne pas sortir ! s'énerva Conan.
- Rends-toi à l'évidence, tu es un gosse, tu n'as pas l'aura et l'autorité nécessaire pour confiner quiconque au-dessus de dix ans dans une pièce ! lui rappela Red.
- Très bien, on s'organise. Mitsuhiko, Ayumi et moi, on va partir à la poursuite de Nonomiya-san. Hakase, Haibara et Genta, essayez de retrouver les trois autres. On se retrouve à côté du corps. Dawn, assure-toi que personne ne trouve Iro si tu veux pas qu'on te la retire et qu'elle finisse au zoo !
.
.
Et c'est ainsi qu'avec leurs montre-lampes torches, ils partirent à la recherche des clients, les appelant dans l'obscurité alors qu'ils couraient dans les bois. Mais rien à faire, ils étaient introuvables. Pour le cas de Nonomiya, il était possible qu'elle soit partie voir s'il s'agissait bien de son amoureux qui avait été retrouvé ; mais pour les autres, comment expliquer leur absence ?
Un grand fracas les alerta dans l'obscurité de la forêt.
Qu'est-ce qu'il venait de se passer ?
Ils finirent par arriver au pied de la falaise pour découvrir l'horreur.
Futagawa était là, allongé au sol, les yeux grands ouverts dans une expression de terreur. Conan se rapprocha de lui à la lueur de sa lampe-torche et l'examina en évitant de le toucher le moins possible pour ne pas mettre trop de trace dans sur l'homme. Les conclusions lui vinrent rapidement. Futagawa était mort, la nuque brisée. Et dans sa main, un paquet de cigarettes avec le même message, mais avec une cigarette en plus. Il y avait autant de possibilité que les coupables dans ces deux morts soient deux personnes différentes, tout comme il était possible que ce soit un faux message de l'assassin pour les induire en erreur. Ce qui était moins probable puisqu'ils avaient accouru immédiatement après le bruit de chute et que rien n'avait l'air d'être tombé, donc, le bruit ne pouvait venir que de Futagawa. Et si quelqu'un avait pris le temps de mettre en place ce faux message, ils l'auraient forcément vu. Et si ça avait été fait avant la chute, dans ce cas-là il se serait envolé ailleurs. Et même la présence d'un complice était impossible, puisqu'ils auraient vu la moindre source de lumière dans les environs, et il n'y avait rien.
Donc, ce devait forcément être un message de leur victime.
A la lueur des lampes-torches, Conan examina les cigarettes. Une seule avait du sang. La main qui avait tenu le paquet aussi en avait, tout comme un paquet différent que Conan trouva dans la poche. Par curiosité, il examina la chevelure noire du cadavre et la retrouva rapidement poisseuse de sang, présentant des marques de coups par un objet contendant.
- Conan-kun, ton badge sonne, interpella Ayumi qui se tenait derrière le petit détective.
En effet.
Conan décrocha le badge de son blouson et répondit.
C'était Agasa qui était passé par derrière pour escalader la colline, et qui leur faisait des signes avec sa torche.
- Vous n'avez vu personne ? demanda Conan.
« Non, personne, mais nous avons trouvé quelque chose qui a dû tomber d'une poche. » répondit Genta.
- Quoi donc ?
« Un téléphone mobile, » répondit Haibara dans le badge. « Avec le début d'un e-mail sur l'écran d'affichage. »
- Et il dit quoi ?
« Mon dernier message… » commença-t-elle.
.
.
Red était rentré depuis longtemps quand le groupe revint. Les suspects étaient de retour, eux aussi.
- J'ai trouvé Nonomiya ! sourit de toute ses dents le petit pirate.
La femme esquissa un aigre sourire.
- Vous n'auriez pas vu mon assistant ? demanda Mikami.
- Il est mort, leur annonça tristement Agasa.
Cela causa panique et horreur dans tout le groupe.
- Il est tombé de la falaise et il est mort sur le coup, informa Conan qui fixait les adultes avec les mains dans les poches de son blouson.
- Nous avons retrouvé son téléphone mobile, informa le professeur. L'écran affichait un e-mail sans destinataire dont le titre est « mon dernier message ».
Et il fit la lecture de ce qui se révélait être une lettre d'adieu où il avouait ses crimes. Conan écouta Agasa seulement d'une oreille. Son attention était sur Red qui s'était rapproché d'un des clients en fronçant le nez. Perplexe, le petit détective alla le rejoindre pour savoir ce qui n'allait pas, ignorant les pleurs de la fiancée qui, de toute façon, se faisait consoler par son ancien camarade de faculté.
- Dawn ? souffla Conan.
Le petit pirate toucha doucement son nez, comme pour lui dire de sentir.
Au même instant, le rédacteur en chef se retourna vers les deux têtes noires dans son dos.
- Vous faîtes quoi les enfants ?
- Rien du tout, rassura Conan.
Prenant Red par la manche, il revint vers le reste du groupe et se décida à montrer les cigarettes qu'ils avaient trouvées sur le corps, avec une seule contenant une tâche de sang.
- J'ai remarqué qu'il avait été frappé avec un objet long et fin, malgré tout solide. Il avait des marques de coups et beaucoup de sang sur le visage. Il est donc probable qu'il ait été frappé jusqu'à ce qu'il ne puisse plus tenir debout, puis son agresseur lui a volé son téléphone portable pour écrire ce mail. Pendant ce temps, Futagawa-san a pris les cigarettes pour laisser un message avant de se faire enfin pousser de la falaise.
- S'il n'avait plus que ces cigarettes dans son paquet, c'est parce qu'il avait fait toute sorte d'essais pour voir si le message s'appliquait à son nom, enchaîna Haibara. On a retrouvé une cigarette coupée en deux dans son cendrier.
Et ça n'avançait pas à grand-chose, parce que chacun des suspects y correspondait d'une façon ou d'une autre, que ce soit avec son nom de famille, son prénom ou ses initiales. Cela mena à un semblant de dispute entre les trois suspects jusqu'à ce que Agasa intervienne et leur demande pourquoi ils étaient sortis de la maison quand on leur avait spécifiquement demander de ne pas le faire.
- Je suis allée voir si le squelette était bien celui d'Asao, se justifia la femme avec une voix tremblante. Je voulais vérifier la présence de cette fameuse carie… mais… je me suis sentie mal en chemin. J'allais rentrer quand ce petit m'a trouvé, alors, j'ai pensé qu'il valait mieux qu'on rentre ensemble.
- Moi, je n'ai pas trouvé Futagawa dans sa chambre, s'expliqua Mikami. Je me suis fait du souci, alors, je suis allé le chercher dans la forêt. Mais en vain. Redoutant de me perdre, j'ai rebroussé chemin.
- Quant à moi, j'ai remarqué que deux clients étaient sortis, alors je suis allé les chercher, se justifia l'aubergiste. Mais je les ai perdus de vue dans la forêt. Je les ai cherchés encore un peu avant de revenir et de les trouver là avec l'enfant.
Et apparemment, ils ne s'étaient pas rencontrés au dehors.
- Si vous le permettez, nous allons fouiller vos chambres, annonça Conan avec sérieux. Après tout, personne ne veut se faire agresser par cette chose fine et solide, comme un tube en acier, que l'un de vous cache quelque part.
Du coin de l'œil, Conan perçut un furtif sourire sur les lèvres de Red. Faisant exprès de laisser Agasa monter devant, avec Mikami par la chambre de qui ils allaient commencer, Conan attrapa Red par le col pour savoir ce qui le faisait sourire. Il n'avait surtout pas intérêt à voler quoi que ce soit !
- Qu'est-ce que tu fabriques ? T'as pas intérêt à profiter de la situation pour faire les poches de quiconque ! siffla Conan.
- Tu me prends pour qui ? s'indigna Red tout aussi bas alors qu'il trébuchait en suivant Conan dans les escaliers.
Il allait se ramasser si le détective continuait de le tirer comme ça ! Il se rappelait qu'il n'y voyait rien du tout ? Et comme prévu, Red se rattrapa de justesse sur ses mains pour ne pas finir le nez dans les marches. Avec un soupir, Conan le lâcha simplement pour lui prendre une main et la mettre sur la rampe de l'escalier.
- Qu'est-ce que tu fabriques ?
- Je veux vérifier quelque chose, mais faut que ce gars ne réalise pas, je reste derrière quand vous aurez fini la fouille. J'ai pas l'intention de voler quoique ce soit.
Conan lui adressa un regard suspicieux avant de lui promettre qu'il allait l'aider. Ainsi, quand ils arrivèrent devant la chambre, le petit détective attendit qu'elle soit tout juste ouverte pour poser des questions à leur suspect, utilisant le défunt comme excuse, s'assurant que l'homme tourne le dos à la pièce. Agasa les regarda faire avec perplexité mais n'intervint pas, habitué à ne pas tout comprendre du comportement de son jeune voisin. Il ne remarqua donc même pas Dawn qui passa derrière lui pour se glisser dans la pièce le plus discrètement possible, quelques lucioles de feu ayant fait leur apparition autour afin qu'il puisse s'orienter. Quand ils entrèrent dans la pièce, Red n'était plus en vue. Il était donc temps de procéder à la fouille. Mikami resta sur le seuil de la porte, appuyé au chambranle, les regardant fouiller sa chambre. Agasa était à genoux par terre pour regarder sous le lit pendant que Conan fouillait le placard et le sac du suspect. Il y trouva un télescope professionnel qui apparemment appartenait à la rédaction. Le tube de vision n'était pas assez solide pour servir d'arme et le trépied se serait tordu s'il avait été utilisé. Un regard au cendrier montra qu'il avait essayé de faire sens au message de Kôno-san sans le moindre succès. N'ayant eu aucun succès, ils quittèrent la pièce, Mikami refermant la porte derrière eux en suivant le mouvement, dévoilant Red qui s'était caché derrière.
Seul dans la pièce, le pirate fit craquer son cou et tendit ses mains devant lui.
- Hotarubi.
Les lucioles s'échappèrent de sa main et il s'y connecta immédiatement, profitant ainsi d'une vue à trois cent soixante degrés de la pièce.
Bien, il avait du travail à faire pour confirmer ce qu'il avait senti.
.
.
Nonomiya était la suivante, mais elle n'apprécia pas des masses l'intrusion. Encore une fois, le duo Conan/Agasa se chargèrent de la fouille avec cette fois une grosse valise au lieu d'un télescope. Et la seule chose qui aurait pu être utilisée en tant qu'arme était un parapluie, mais celui-ci n'était certainement pas cabossé. Cependant, il remarqua l'absence de quelque chose :
- Dîtes, je ne trouve pas cette bouteille que vous aviez.
- Eh bien, j'ai voulu la jeter dans la forêt quand je vous ai vus passer.
- Vous nous avez vus ? s'étonna Conan.
- Vous étiez à ma recherche ! Je vous ai vus, vous avez vos lunettes, votre ami aux tâches de rousseur et la petite coiffée à la Jeanne d'Arc. Je me suis sentie mal à ce moment-là et je me suis appuyée contre un arbre. C'est là que le petit aveugle m'a trouvée. Comment, je ne sais pas. Il a débarqué comme ça. Il a pris la bouteille dans une main avant de me tendre l'autre en me proposant de rentrer. Quand on est revenu, il a demandé à Amatsuchi de la jeter.
D'accord, ça expliquait l'absence de l'objet et disait aussi environ quand l'aubergiste était rentré.
Agasa s'arrêta devant une fenêtre dont un coin était recouvert de buée qui commençait à disparaître. Pas assez vite, bien entendu, pour qu'on ne puisse pas voir qu'elle avait essayé elle aussi de faire des essaies pour découvrir le message de son fiancé. Cependant, n'ayant pas eu connaissance du prénom de Futagawa, elle n'avait pas pensé à lui.
Il ne resta donc que Amatsuchi, bien que toute l'auberge soit à lui. Ce furent les enfants qui s'en chargèrent pendant que Agasa faisait la conversation aux adultes. Il faudrait vraiment contacter la police, ça faciliterait les choses et ils pourraient même fouiller la forêt au cas où le tueur se cacherait dedans.
- Je pense qu'il y a un prédateur dans les bois, ou alors une très grosse bête au minimum, pointa la femme alors qu'ils étaient assis à une table.
Aïe, la présence de Iro n'était pas aussi discrète qu'ils l'avaient supposé. Il faudrait trouver un moyen de l'évacuer. La porte vitrée du salon s'ouvrit sur les enfants, dont Haibara à qui il avait spécifiquement demander de fouiller la chambre de Amatsuchi.
- J'ai bien regardé, mais je n'ai pas trouvé cette chose que tu m'avais demandé de chercher, lui dit la petite scientifique. Par contre, j'ai vu Dawn agir très bizarrement.
- Il est bizarre depuis tout à l'heure mais il ne veut pas dire ce qu'il a derrière la tête.
Quelque chose lui échappait dans cette affaire, il avait l'impression qu'il loupait quelque chose d'évident.
- Conan-kun ?
Le détective leva le nez pour regarder Mitsuhiko qui s'était adressé à lui.
- Pendant que vous avez fouillé les chambres, nous avons gardé un œil sur les personnes qui patientaient dans cette pièce… commença le garçon.
- Il est louche, ce Amatsuchi-san, grommela Genta.
- Oui, très louche ! approuva Ayumi.
- Pourquoi ? s'étonna Conan.
- Il n'arrêtait pas de regarder le registre de l'auberge, comme s'il vérifiait quelque chose ! Et il affichait une drôle de tête !
Le registre ?
Perplexe, Conan sortit du petit salon pour rejoindre le hall d'entrée avec le bureau de Amatsuchi. Il remarqua que Dawn était assis sur les marches de l'escalier avec un sourire satisfait. Quoi qu'il ait voulu faire, cela s'était bien passé. Le petit détective attrapa le registre et s'assit par terre pour le consulter. Mikami et Futagawa n'avaient rencontré qu'une fois Kôno-san avant de devenir des clients réguliers de l'auberge suite à sa disparition. Nonomiya, elle, venait jusqu'à deux fois par mois depuis la disparition de son compagnon. Enfin, ils tombèrent sur l'enregistrement des visiteurs de ce fameux jour. Kôno et Nonomiya étaient arrivés avant le duo Mikami et Futagawa.
Le petit détective resta immobile à regarder l'enregistrement.
Comment avait-il pu être si stupide et ne pas songer à cette hypothèse ?
- Dawn ? appela Conan en se levant.
Il laissa le registre entre les mains des enfants et alla rejoindre le petit pirate qui avait juste levé la tête à l'annonce de son faux nom. Conan s'assit à côté de lui et lui chuchota quelque chose qui lui fit afficher un sourire qui disait clairement « je-te-l'avais-bien-dit », avant que cela ne vire à la moue perplexe.
- Je peux compter sur toi ?
- Alors tu me payes un repas au plus chic restaurant de Beika ! exigea le pirate.
- Mais t'es pas bien ! s'indigna Conan.
- C'est ça, ou demander à Haibara qui demandera une sacoche de chez Fusae.
- La sacoche de luxe est moins cher que l'addition de ce que tu peux bouffer dans un restaurant de luxe avec ton appétit.
Conan se releva de l'escalier et interpella Haibara à qui il chuchota à l'oreille la même chose qu'à Red. Et comme l'avait prédit le petit pirate, elle voulait du Fusae.
Mais c'était toujours moins cher que payer un restaurant à Dawn.
.
.
- AÏÏÏÏÏÏE !
Haibara venait de s'effondrer en se tenant le ventre, recroquevillée sur elle-même, gémissante de douleur et sanglotant presque. Bien entendu, les enfants se précipitèrent sur elle pour savoir ce qui n'allait pas alors que les adultes sortaient du petit salon.
- C'est peut-être une appendicite ! s'exclama Conan à l'adresse d'Agasa qui blanchit sur le coup et vint les rejoindre.
- Comment on va faire, on n'a même pas de téléphone… bougonna le scientifique en rejoignant le groupe.
- En descendant la montagne avec elle sur votre dos, ça peut pas le faire ? proposa Red de là où il se tenait dans l'escalier.
- On est toujours sans voiture, Red-kun. Cela prendrait des heures, lui pointa Agasa.
Haibara gémissait toujours par terre en disant qu'elle avait mal, le tout sous le regard des adultes. Amatsuchi serra les dents. Finalement, il se dépêcha de sortir du salon avec le câble manquant pour faire fonctionner le téléphone. Il rejoignit l'appareil, brancha le câble et appela l'hôpital sans faire cas des regards abasourdis rivés sur lui.
Il n'eut pas le temps de dire grand-chose que Conan mit fin à l'appel avec un sourire satisfait.
Et pour répondre aux incompréhensions de tous, Haibara se redressa en s'époussetant, montrant qu'elle avait joué à la comédie.
Le but ? Démasquer celui qui avait caché le câble téléphonique et dégonflé les pneus des voitures, les coinçant tous ici.
- Mais alors, c'est lui aussi qui nous a envoyé des invitations au nom d'Asao pour nous attirer ici ! comprit Nonomiya.
- Alors, c'est vous qui avez tué Futagawa-san, aussi ! accusa Agasa.
- Non… réfuta faiblement Amatsuchi.
- Même s'il est vrai que Amatsuchi-san est celui qui nous a invité et coincé ici, dit Conan. Cependant, dans le message laissé sur le téléphone de Futagawa-san, il était dit « je vous ai invité ici pour vous avouer, à vous qui étiez présents dans cette auberge il y a un an, ce que j'ai fait… » Si c'était l'œuvre d'Amatsuchi, cela aurait été pour faire penser que Futagawa-san était celui qui avait fait les deux actes. Quand on laisse un indice, on a de fortes chances d'éveiller les soupçons.
Conan jeta un œil au téléphone fixe puis revint à ses explications.
- Amatsuchi-san aurait dû dissimuler le câble téléphonique dans les vêtements de Futagawa-san ou alors dans sa chambre, pour appuyer son message. Il ne l'aurait certainement pas gardé sur lui. Je pense que si Amatsuchi-san nous a fait venir ici, c'est parce qu'il a découvert les ossements de Kôno-san. Vous l'avez identifié grâce à la bague trouvée sous la pierre avec le message, n'est-ce pas ? Sans ça, vous n'auriez pas pu savoir précisément qu'il y avait quatre grandes cigarettes et deux petits en faisant qu'y jeter un œil par-dessus nos épaules.
Amatsuchi avoua ce qu'il avait fait. Il avait cru qu'en envoyant à l'assassin un message de sa victime, celui-ci passerait aux aveux, mais avec la mort de Futagawa, il lui avait été impossible d'avouer qu'il était l'auteur des messages.
- Mais qui a tué Futagawa-san ? demanda Agasa.
- A mon avis, c'est Nonomiya-san ! accusa Genta.
- Moi ?! s'étrangla la femme.
- Pourquoi pas ? accusa Mitsuhiko. Quand vous avez trouvé que les six cigarettes de Kôno-san formaient les initiales de Futagawa-san, vous avez décidé de venger votre fiancé !
- Non, lui dit Conan. D'autant plus qu'elle a avoué ne pas connaître le prénom de Futagawa-san, elle était dans la forêt quand il a été tué, puisqu'elle nous a vus passer. Elle ne pouvait pas nous laisser passer devant pour ensuite aller trouver Futagawa sur la falaise pour le tuer, puis revenir en arrière pour que Dawn la trouve et qu'ils rentrent ensemble. Même s'il nous avait vus depuis le sommet de la falaise, il n'aurait vu que trois lumières, alors que nous étions huit à la chercher et à avoir besoin de lumières. Cinq enfants et trois adultes. Dawn n'a pas besoin de lumière.
Conan se tourna donc vers les autres adultes.
- C'est triste de se dire que c'est lui d'ailleurs qui a trouvé la solution avant même la mort de Futagawa-san. C'est vous, le meurtrier, Mikami-san.
Mikami eut un rire alors que Conan demandait quelque chose à Agasa à l'oreille.
Le rédacteur en chef voulait bien admettre que pour un enfant, l'hypothèse était brillante, mais il exagérait en l'accusant de meurtre. Le coupable pouvait très bien être quelqu'un qui se cachait dans la forêt ou cette possible bête sauvage.
- C'est un gros chat qui traîne dehors et qui m'a aidé à trouver Nonomiya-san, pointa Red alors qu'il descendait l'escalier pour se tenir à côté.
- Avec la cigarette en plus, on peut très bien écrire Heihachi, votre prénom ! renchérit Ayumi.
- Il ne s'agit que d'une coïncidence ! Et pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? Futagawa-kun a tué une personne que je n'ai rencontré qu'une fois, je n'avais aucune raison de vouloir la venger !
- Ce n'est pas pour ce motif, lui dit Conan. Mais la remarque de Ayumi-chan reste vraie malgré tout.
Conan reprit le registre et le brandit devant le nez de Mikami.
- Votre nom est inscrit après celui de Kôno-san. Il n'y avait aucune raison pour que Kôno-san regarde le registre, il ne connaissait, comme Dawn, votre nom que phonétiquement. Ici, le mi est écrit avec la variante utilisée en début de formule de politesse. D'habitude, on utilise le kanji du chiffre trois, ce qui donne donc six traits. Donc, que ce soit avec les cigarettes de Futagawa-san ou celles de Kôno-san, les deux désignent une seule et même personne : Mikami Heihachi ! Si Futagawa-san a ajouté une cigarette de plus, c'est pour faciliter notre compréhension, mais il a conservé les mêmes clopes, c'est pour dire qu'il s'agissait de la même personne pour les deux meurtres.
La colère blanchissait les traits de Mikami.
- D'ailleurs, peu avant sa mort, j'ai surpris Futagawa-san en train de regarder le registre en riant, se rappela Amatsuchi.
- Il avait compris qui était le meurtrier, expliqua Conan. Il a ensuite donné discrètement rendez-vous dans la forêt, là où avait eu lieu le crime odieux, pour vous confronter, n'est-ce pas ?
- N'importe quoi… gronda Mikami en commençant à perdre son calme. Quelle preuve as-tu ?!
- Vous puez le sang et la mort, commenta Red avec les mains dans les poches.
- Qu'est-ce que tu racontes gamin ?!
Agasa revint de l'étage avec le sac contenant le télescope, disant qu'il devait contenir la preuve irréfutable de la culpabilité de Mikami. Le sac fut posé par terre sous les cris de colère de son propriétaire qui disait qu'il avait déjà été fouillé.
- Exact, et nous n'y avons pas trouvé de tubes métalliques, mais quelque chose d'autre manquait.
- Quoi donc ? demanda Ayumi.
Conan toqua contre la lunette de vue.
- Le plomb du télescope que Amatsuchi-san avait oublié de nous donner m'a fait penser à ce qu'il manquait ici. En fait, Mikami-san, vous avez introduit quelque chose à l'intérieur du tube, et pour ne pas vous trahir par son poids, vous avez ôté le plomb de la longue-vue ! Étant votre assistant et l'ayant souvent portée, Futagawa-san en connaissait le poids lui aussi. Il fallait donc qu'il ne réalise pas qu'elle était plus lourde que d'habitude.
A genou devant le sac, il offrit un sourire défiant à Mikami.
- Si Dawn sent du sang sur vous, c'est que, à défaut d'avoir été éclaboussé de façon notable, vous avez tenu longtemps en main un objet ensanglanté. Il ne peut donc être que dans le tube devant nous. Et même si vous l'avez essuyé, le luminol prouvera qu'il y avait du sang.
- Hmph ? Parce que tu crois que je l'ai essuyé ? demanda Mikami avec un sourire foldingue. Il y en a encore plein, du sang de cet ingrat. Je l'avais pris sous mon aile à la rédaction et il a eu le culot de me demander cinq cents mille Yens* pour son silence ! Tout ce que je voulais, c'était donné une leçon à ce petit égoïste de Kôno.
Conan, Ayumi et Agasa reculèrent pour laisser Mikami ouvrir le tube de l'appareil pendant qu'il avouait le meurtre de Kôno. Le motif ? La comète. Le jour où Mikami l'avait approché en se présentant comme rédacteur en chef d'une revue d'astronomie, Kôno lui avait demandé si une comète, qu'il avait vue, était bien inconnue des scientifiques. Celle qui, aujourd'hui, portait son nom. Kôno l'avait trouvée et Mikami était allé le rejoindre en haut de la falaise pour vérifier. En échange, il lui avait simplement demandé d'ajouter son nom, mais en souriant, Kôno lui avait dit que ce n'était pas possible parce qu'elle avait déjà un nom : Amatsuchi-Nonomiya-Kôno.
Amatsuchi et Nonomiya se souvenaient de l'euphorie de Kôno ce jour-là. Il avait dit qu'il en avait trouvé une et qu'il comptait la leur présenter ce soir-là. Nonomiya avait cru qu'il était question d'une autre femme dont il était tombé amoureux, raison de leur dispute.
- J'attendais ce moment depuis mon enfance, leur dit Mikami alors qu'il trifouillait le télescope. Mais il n'a rien voulu savoir. J'ai décidé de rentrer à l'auberge pour faire la démarche avant lui. Il a voulu me retenir alors je l'ai poussé de la falaise.
- Vous êtes donc descendu voir s'il était bien mort pour revenir le lendemain et le recouvrir de chaux.
Mikami se figea brusquement, quelque chose de froid, métallique et légèrement humide touchant son front dégarni juste un peu au-dessus de ses lunettes.
- C'est ça que tu cherches, ossan ? demanda la voix moqueuse de Red juste devant son nez.
Le rédacteur en chef releva le nez pour voir l'aveugle juste devant lui, un fusil dans ses mains gantées, la crosse bien installée contre son épaule.
Pendant un instant, Mikami ne vit pas un enfant devant lui en train de braquer l'arme droit sur son cerveau. Il voyait un homme adulte, au sourire froid et moqueur d'un calme malsain. Un tueur.
Le temps de cligner des yeux et l'image disparut.
- L'avantage avec ce genre d'arme, c'est, qu'à moins d'avoir une force inhumaine, on peut s'en servir comme arme contondante. Plus discret, n'est-ce-pas, de frapper quelqu'un à mort. Un calibre douze, quand ça tire, c'est très bruyant. Pas l'idéal, ne ? pointa Red. Tu veux découvrir si je suis capable de tirer avec, malgré la cécité ou tu t'installes face au mur, les mains derrière la tête ?
- C'est ça que tu cherchais, donc ? comprit Conan avec calme en voyant son camarade armé.
- Je préfère avoir l'arme dans les mains plutôt que la laisser à ce gars. J'ai des gants, donc, aucun risque que je laisse mes empreintes, non ?
Au moins, l'affaire était bouclée.
.
.
Thatch se réveilla en sursaut, braquant l'obscurité avec un flingue qu'il avait gardé sous son coussin. Rien. Ah non, son téléphone sonnait.
Avec un grognement, il se pencha hors de son lit pour atteindre sa table de nuit et récupérer l'objet. Il ne reconnaissait pas le numéro. Il s'assit contre la tête de lit, sa main armée pendant sur un de ses genoux et décrocha.
- Newgate en ligne… bailla le pirate.
« Désolé de vous réveiller, Newgate-san. » s'excusa la voix de Haibara.
- J'ai l'habitude des réveils en fanfare, t'en fais pas. Un souci ?
« Pas grand-chose de révolutionnaire, une simple difficulté que nous n'avions pas prévue. Vous vous souvenez que nous sommes normalement dans la région de Gunma pour observer les étoiles et permettre à Iro de se dégourdir les pattes ? »
- Hmhm.
« Pour faire court, la voiture du professeur a eu tous ses pneus de dégonflé et on attend la police pour rentrer. Mais on ne peut pas justifier auprès d'eux, même avec l'autorisation préfectorale, de la présence de Iro. Ils risqueraient de mal réagir rien qu'en la voyant. »
- Je comprends. Tu peux me passer Ace, s'il te plaît ?
« Je ne promets pas qu'il acceptera de vous parler, il est encore très remonté contre vous. »
- Je m'en doute.
Il entendit Haibara poser le téléphone et se leva du lit pour attraper le premier pantalon sur lequel il pouvait mettre la main. Il entendit vaguement une dispute de l'autre côté du téléphone, un peu lointaine, mais finalement, le téléphone fut repris alors que le cuisinier enfilait une chemise.
« Quoi ? » aboya Red dans le combiné.
Thatch revint à son portable et coinça derrière son oreille alors qu'il finissait de fermer son haut.
- Si je te promets de ne pas réaborder le sujet, tu acceptes mon aide pour ramener Iro à Beika ? Ce que je pense ne change pas, Ace, mais t'es mon frère et j'ai pas envie de foutre en l'air notre relation, surtout quand on est que trois ici. Je ne te présenterai pas mes excuses, je veux simplement qu'on mette l'affaire de côté à défaut que tu y réfléchisses.
Le silence répondit au pirate. Thatch reprit son flingue et le glissa dans sa ceinture avant d'arranger sa chemise par-dessus.
- Je viens chercher Iro. C'est à toi de voir si je te ramène avec elle, ou si tu lui dis de m'attendre et part devant, lui dit simplement le cuisinier. Fais ton choix. Demande à Haibara de me donner l'adresse, s'il te plaît.
Red appela la scientifique sans un mot de plus et Thatch rejoignit le salon de l'appartement pour prendre de quoi noter.
.
.
La police avait mis trois heures à les rejoindre.
Red était resté derrière, à l'auberge, disant qu'il attendait quelqu'un. Très certainement pour ne pas devoir supporter durant tout le chemin la voix de Yamamura qui lui rappelait ce qu'il n'était plus. De toute façon, pour son témoignage dans cette affaire, il assura qu'il les rejoindrait rapidement.
Dans le fourgon de police, Haibara reçut des félicitations sur son talent d'actrice de la part des enfants.
- On a vraiment cru que tu avais mal au ventre, lui dit Ayumi.
- Nous n'aurions jamais songé qu'il s'agissait d'une feinte, renchérit Mitsuhiko qui se tenait derrière les filles et Conan dans le fourgon.
- Eh bien, j'aurais préféré qu'une autre personne bien plus douée que moi en théâtre le fasse à ma place, leur dit Haibara avec un sourire en coin à l'adresse de Conan.
- Si Amatsuchi-san n'avait pas sorti le câble téléphonique, il aurait fallu trouver une autre stratégie pour qu'il le fasse, non ? se justifia Conan. Si la personne qui souffrait s'était alors levée calmement pour chercher cette autre solution, elle n'aurait plus eu la moindre crédibilité. Je voulais demander à Dawn à la base, mais en échange, il voulait que je lui paye un passage au restaurant le plus chic de Beika. Je suis pas fou, ça m'aurait ruiné. Sans compter que j'avais deux suspects à ce moment, donc, je voulais voir leur réaction.
- Je me demande pourquoi Kôno-san tenait absolument à ce que ce soit ces trois noms pour la comète, se demanda Agasa qui était lui aussi à l'arrière. Nonomiya-san, je peux comprendre, mais il aurait pu remplacer Amatsuchi-san.
- Impossible ! refusa Mitsuhiko. Ils avaient été étudiant ensemble, ils devaient être bons amis !
- Je ne crois pas ce soit l'unique raison, annonça Conan en se laissant aller en arrière contre le dossier, les mains derrière la nuque. Parce que si on prend un kanji dans chacun des noms, le tout forme Rivière Céleste*.
Le garçon reçut les félicitations enthousiastes de ses amis avant de se faire rappeler à l'ordre par un inspecteur Yamamura assis à l'avant, qui leur demandait un peu de calme avant qu'un bâillement ne fende son visage allongé de benêt. Cela surprendrait toujours Conan que deux hommes si distincts puissent avoir pourtant la même voix. Aussi surprenant que la capacité de cet homme à avoir réussi à intégrer la police de Gunma.
- On m'a appelé au beau milieu de la nuit pour cette affaire… j'suis crevé moi ! bougonna l'homme.
Et il sortit d'un air grognon son téléphone pour composer un message.
- Ne, Conan-kun, pourquoi Red-nii-chan n'est pas avec nous ? demanda doucement Ayumi.
- C'est à cause de Iro, expliqua tout aussi bas Haibara forçant les garçons à l'arrière à se rapprocher pour l'entendre. Si la police la remarque, connaissant l'inspecteur Yamamura, il aurait tiré sans prendre la peine de poser de question, par simple peur, et Iro n'aurait pas bien réagi. Sans compter qu'elle est une espèce en voie d'extinction. Dawn et Newgate-san ont eu beaucoup de mal à convaincre la préfecture de Beika de leur laisser l'animal, à la seule condition qu'un vétérinaire passe régulièrement la voir. Sans ça, elle serait déjà en zoo ou dans une réserve quelque part entre la Chine et la Russie. Le facteur pitié les a bien aidés, même si Red-kun déteste ça. J'ai vu l'expression du préfet et des scientifiques quand ils ont voulu prendre Iro. Quand un enfant clairement aveugle s'accroche à un animal qui n'a pas non plus envie d'être séparée de l'humain, à moins d'être sans cœur, aucun adulte ne peut vouloir les séparer.
Ah, donc, la préfecture ne s'était donc pas juste inclinée, il y avait quand même des conditions.
Un son particulier de touche fit se retourner Conan avec effroi. Il reconnaissait ce son.
L'image de Vermouth se superposa sur celle de Yamamura.
Oui ! C'était le même son !
- Où appelez-vous !? Où ?! exigea-t-il de savoir avec hargne, surprenant l'inspecteur.
On aurait pu croire que Conan avait la rage, même l'adulte semblait effrayé.
- A Yazu, dans la préfecture de Tottori… répondit l'inspecteur avec peur.
Tottori… il avait bien dit Tottori ?
Alors que Conan avait le cerveau qui tournait à cent à l'heure, il ne remarqua pas le regard intense que Haibara planta sur lui.
.
.
Rouge était en train de se maquiller, masquant ses tâches de rousseur sous le fond de teint, quand son téléphone sonna, lui disant qu'elle avait reçu un mail. Perplexe, elle jeta un regard vers le salon où elle avait laissé l'appareil avant de revenir à son miroir pour terminer ses préparations. Elle grimaça en écartant ses longs cheveux bouclés au niveau des racines, réalisant qu'elle devrait bientôt refaire sa couleur. Le blond au reflet rouge/rosâtre recommençait à se voir.
Elle verrait ça plus tard.
Un dernier regard dans le miroir, et elle ramassa sa veste de tailleur qu'elle enfila avant de retourner dans le séjour de son petit studio. Elle ramassa son téléphone sur l'ilot central et l'ouvrit. Elle leva brièvement un sourcil en constatant que le mail venait de Thatch. Et en titre deux émoticônes. Un pour le silence et un autre avec un clin d'œil.
Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Elle ouvrit le mail et un sourire à la fois triste et attendri se dessina sur ses lèvres. C'était une photo de son fils, visiblement assoupi, les lunettes remontées sur son front large. Il était allongé contre le ventre de ce qui ressemblait à une panthère, elle aussi endormie. Elle avait une patte sur lui, comme pour le protéger ou lui tenir chaud. Si ce n'est les deux. Même si dormir sur ce qui semblait être un escalier ne devait pas être très confortable, Ace avait l'air si paisible, si innocent, si fragile.
Son sourire se fit tremblant alors qu'elle caressait la photo du pouce.
- Mon bébé… mon tout petit… mon chaton… mon petit prince… chuchota la femme.
Elle renifla et attrapa un mouchoir pour sauver son maquillage de son émotion.
Elle était bonne pour le refaire.
La secrétaire envoya rapidement un « ça reste notre petit secret, commandant » en réponse à Thatch avant de retourner à la salle de bain pour avoir une idée des dégâts. Elle devrait peut-être investir dans le waterproof.
.
.
1 : Hôtel japonais traditionnel
2 : Environ 40€
3 : 3 671 euros
4 :1er Kanji de Amatsuchi signifie « Les cieux », 2ème du nom de Nonomiya pour « de » et 1er kanji du nom de Kôno pour « rivière ».
