Merci à Maenas pour son commentaire : le site, tout comme l'application, ont tendance à bugger, donc, rien d'étonnant à ce que ton commentaire ne soit pas arrivé à destination. Mais c'est pas grave, celui-ci a réussi à venir jusqu'à moi ! Donc, oui, la couleur de Iro est très belle, il suffi d'aller chercher l'espèce en question sur n'importe quelle site d'image pour voir la beauté du félin, d'où mon choix :3 / Ah ! Je suis pas la seule à me poser des questions sur la chance pourrie de Conan (tu me diras, si dans un manga détective, il n'y a pas de meurtre ou d'incident tout les dix mètres, ça bousille un peu le principe...) ; oui, le nom de la comète était très belle, mais vu qu'on a tué celui qui a eu l'idée du nom avant qu'il en l'enregistre, elle porte désormais le nom d'un assassin, ce qui est plus triste / Tu aimes le moment de complicité entre Rouge et Thatch ? Dis-toi que Rouge n'est pas l'amante de Gol D Roger pour rien. Elle va finir par prendre en main l'affaire et on aura un autre moment que j'espère bien tendre entre la mère et le fils.
Sur ce, je vous dis au mois prochain pour la suite des aventures de Conan ! Bye bye !
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Red leva le nez du livre en braille qu'il lisait du bout des doigts pour mieux écouter l'échange en bas, dans le salon, entre Agasa et Conan. Cela devait être important pour que le petit détective attende que Haibara soit occupée ailleurs pour le faire. D'après les cliquetis, le pirate pouvait déduire que son camarade d'infortune était sur l'ordinateur du professeur.
Et comme souvent, ses étranges questions laissaient tout le monde perplexe.
- L'indicatif de la préfecture de Tottori ? répéta Agasa avec de la perplexité dans la voix. Pour quoi faire ?
- Je vous l'ai dit, s'agaça Conan. Je pense toujours à ce coup de téléphone donné par Motoyama-san durant l'enquête à Okinawa.
Ah oui, cette enquête concernant le meurtre d'un joueur de Base-Ball que Kogoro aurait dû interviewer.
- N'a-t-il pas tout simplement appeler un ami ? supposa Agasa.
- Et cet ami habite dans la préfecture de Tottori à Kurayoshi, grommela le chibi détective.
- Ah bon ?
S'il savait ça, pourquoi il insistait ? Qu'est-ce qu'il voulait trouver de plus ?
- Et quand nous sommes revenus de notre excursion en montagne pour voir les étoiles, l'inspecteur Yamamura a appelé sa grand-mère qui habite aussi dans cette préfecture, à Yazu, poursuivit Conan en continuant de pianoter sur le PC.
Red se souvenait de cette affaire. Ça avait été la première fois qu'ils avaient voulu prendre Iro en balade. Thatch avait dû venir le chercher avec son bébé pour que l'inspecteur Yamamura ne trouve pas le félin.
Mais ça n'expliquait pas l'intérêt de Conan pour la préfecture et son indicatif.
- Le point commun entre les deux, c'est le zéro huit, cinquante-huit, expliqua Conan en toquant contre l'écran du pc d'après le bruit.
Mais qu'est-ce que ça pouvait bien leur apporter ? En quoi savoir l'indicatif ou le code postal de Tottori était important ? Et bien heureusement pour Red, Agasa posa la même question.
- Quand Vermouth a appuyé sur les touches de son téléphone portable, les sons étaient identiques, raconta Conan. Oui, quand elle m'a endormi dans la voiture et qu'elle est parvenue à s'échapper, elle a tapé une adresse e-mail sur son téléphone[AC1] . Et ce n'est pas celle de n'importe qui. Vous-même avez entendu les mots qu'elle chuchotait en répondant à l'e-mail qu'elle avait reçu… « O.K. Boss »…
- Mais il s'agit du numéro… s'étrangla Agasa.
Red fouilla ses poches et trouva rapidement son téléphone pendant que la conversation continuait en bas.
- Cette adresse mail pourrait bien nous mener au nom et à l'adresse du chef de Vermouth et des autres.
Profitant de l'exclamation de Agasa, le petit pirate fit appel à l'assistant que le scientifique avait installé sur l'appareil pour pouvoir envoyer un message à Thatch pour lui faire part de ce maigre indice. C'était peu, mais c'était un pas en plus pour se rapprocher de l'antidote et revenir chez eux.
- Elle a effacé le mail qu'elle avait reçu, et elle a pris la peine de taper l'adresse de son interlocuteur, expliqua Conan. Sans doute parce qu'elle a appris systématiquement à effacer toute trace de ses correspondants. Mais cela nous a rendu service.
Pourtant, la voix de Conan prit une tournure lasse alors qu'il se mettait à pianoter sur son téléphone portable au son de pi, pa, po des touches.
- Cependant, seuls les quatre premiers chiffres me semblent identiques. Enfin je crois, grommela le détective.
Red claqua doucement des doigts et Iro vint se frotter à lui sur le lit où il était assis, l'aidant à se remettre debout et se rapprocher en silence de la rambarde pour mieux entendre.
- Huit ou neuf… enfin, je crois.
- Dis donc, il pourrait aussi s'agir de sons produit par un mot que tu tapes quand tu utilises le service e-mail sur ton téléphone mobile ! proposa Agasa. Dans ce cas-là, il s'agirait donc de l'alphabet, on n'utilise pas uniquement les chiffres pour une adresse -e-mail.
- J'y ai pensé, lui répondit Conan d'une voix lasse. Mais les chiffres donnent les caractères espace et TJT. Cela n'a pas de sens !
Il soupira et un petit bruit indiqua qu'il venait de s'appuyer contre quelque chose, certainement le coude contre le bureau.
- Je ne me rappelle pas grand-chose d'autre outre son visage de profil quand elle tapait son message, elle avait l'air nostalgique, elle me rappelait quelqu'un, comme un sentiment que j'aurais déjà éprouvé…
- Elle te rappelait quelqu'un ? répéta Agasa.
- Ne vous en faîtes pas, si je trouve quoi que ce soit, vous serez le premier averti ! La dernière fois, ce Akai du FBI est venu au secours de Ai. Il n'y aura pas toujours quelqu'un pour nous aider, et au moindre faux pas, ça pourrait mal tourner. Je dois devenir plus fort et je compte sur l'aide de Dawn pour ça.
Red s'éloigna de la rambarde et retourna vers son lit. Il avait très bien senti Haibara de son Haki, juste sur le seuil de la cave à espionner la conversation.
Oui, ils étaient sur une ligne très fine.
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Conan était toujours concentré sur ces mêmes lettres quand il revint au cabinet du détective. Il laissa tomber son sac sur la table basse de l'agence et s'assit sur le canapé alors que Kogoro était assis à son bureau en lisant son journal.
- Ran va revenir un peu plus tard avec une amie, informa Kogoro en tournant une page de sa lecture.
Certainement Sonoko.
Conan se contenta d'un "hmmm" absent et recommença son jeu avec les touches à essayer de retrouver le son qu'il avait entendu provenant du portable de Vermouth. Au bout d'un moment, Kogoro lui jeta un regard noir, mais ne fit aucun commentaire, sachant que le gosse n'en faisait qu'à sa tête de toute façon.
Puis, une bonne heure plus tard, alors qu'aucun des deux hommes n'avaient bougé de leur poste, Ran rentra enfin avec son sac de classe et son kimono, saluant tout le monde d'un « bonsoir » rayonnant de bonne humeur.
- Tu te souviens de mon père ? demanda Ran à quelqu'un.
Conan et Kogoro levèrent le nez pour voir que l'amie de Ran n'était nul autre que Kali qui portait l'uniforme du lycée de Ekoda, son sari enroulé consciencieusement autour de son crâne et sur ses épaules pour lui retenir les cheveux hors du visage et lui faire un semblant de foulard/écharpe/châle au passage.
- Je m'attendais à te voir débarquer avec Sonoko, commenta Kogoro.
- Sonoko n'est pas ma seule amie ! rétorqua Ran. Et Kali-kun m'avait déjà proposé de m'apprendre des bases de Parkour, c'est ce qu'on a fait ce soir ! C'est la moindre des choses de la remercier en l'invitant à dîner.
- Elle a prévenu ses gardiens ? demanda le père.
- La chose la plus proche d'un gardien que j'ai, c'est Thath-san, et il me juge bien assez responsable pour faire ma vie seule de mon côté. Je n'ai personne qui m'attend chez moi, lui répondit froidement Kali avec une royale indifférence.
- Et le chat ? Iro c'est ça ? s'enquit Ran en déposant son sac sur un meuble à côté de la porte.
Elle tendit une main pour prendre celui de Kali pour le déposer avec.
- Dawn l'a récupéré, ce fameux chat. Il est chez Agasa, marmonna Conan qui essayait toujours de résoudre le mystère du numéro de Vermouth.
- Tu écris un mail ? s'enquit Ran en venant se pencher par-dessus son le dossier du canapé.
- Non, il s'amuse juste à appuyer sur les touches, répondit le détective Mouri. D'ailleurs, il m'embête avec depuis tout à l'heure.
Se disant que ça ne coûtait rien d'essayer, le petit détective se tourna vers son amie d'enfance en jouant les quatre chiffres dont il était presque certain qu'ils soient corrects.
- Ano, Ran-nee-chan, tu t'y connais en musique, non ? Tu connais cet air ?
Et il joua les notes sur le clavier de son téléphone.
- D'où vient-il ? s'enquit la lycéenne.
- C'est pour un quizz que nous faisons à l'école, mentit maladroitement Conan. Je me demandais s'il ne s'agissait pas d'un air connu.
Il jeta un regard noir à Kali quand elle s'assit en face de lui avec un reniflement moqueur.
- Peut-être bien, réfléchit Ran.
Elle tendit une main et Conan lui laissa son téléphone, la laissant refaire les notes en question.
- Fa, Mi, Ré, Mi… réfléchi la lycéenne.
- N'est-ce pas plutôt Si, La, Sol, La… en décalant juste un tout petit peu ?
- Tu en penses quoi, toi ? demanda Ran à Kali.
- Ace n'a pas d'éducation, mais il est doué dans les arts contrairement à moi. J'ai aucun talent musical.
- Ace… le frère du petit Red, c'est ça ? se fit confirmer Ran.
- Biologiquement parlant, c'est son cousin, rectifia la brune en croisant ses jambes pour se laisser aller dans son dossier. Mais comme pour le cas de Luffy, ils ont passé tellement de temps ensemble et sont tellement proches qu'ils sont venus à se considérer comme des frères, même si Ace n'a jamais réussi à avoir le droit de garde sur les deux. Le fait est qu'Ace, et Red par extension, ont un talent pour la musique.
- Oooh. On pourrait lui demander, alors ?
Kali haussa des épaules en sortant son propre téléphone.
- Je lui demanderai plus tard, mais toi, t'as pas une idée ? intervint Conan.
Ran se redressa avec le téléphone et tenta d'autres touches.
- Peut-être avec un Sol Fa Mi Fa ?
- Mais non ! refusa le petit bout d'homme. C'est Si La Sol La le plus proche !
Vexée, la jeune femme se pencha vers le gamin avec un sourire sinistre pour le mettre au défi.
- Tiens, tiens ! Tu m'as l'air de tout savoir, toi ! Si c'est ça, chante-moi une gamme, je te prie !
Mauvaise idée parce que la prestation vocale du garçon hérissa les cheveux sur la tête des deux filles dans un véritable massacre musical. C'était presque comme si chacune des notes hurlait à l'agonie et réclamait qu'on abrège ses souffrances.
« Iro vient de se mettre à hurler à mort. Kali, c'est la première fois que je le dis, mais tu n'es pas aussi mauvaise que ça quand il s'agit de chanter. » commenta la voix horrifiée de Red depuis le téléphone de Haiiro.
- Merci, sourit d'un air blasé la pirate.
« Nan mais vraiment, Edogawa... Ta voix est à elle seule une arme mortelle. » continua l'aveugle.
- Je t'ai pas causé, Dawn, bougonna le détective.
- Quand on ne sait pas chanter, Conan-kun, on s'abstient de faire des commentaires ! rabroua Ran.
- Mais je t'assure…
- Tu es aussi obstiné que Shinichi !
- SILENCE ! rugit Kogoro. Je demanderai à quelqu'un de vous le chanter demain, alors, maintenant, taisez-vous !
Le hurlement en fit sursauter plus d'un.
« Y'en a un qui s'est levé du mauvais côté du lit, ou alors, qui n'arrive pas à suivre les courses hippiques » commenta Red avec hilarité.
- Si t'as rien d'intelligent à dire, gamin, raccroche, maugréa Kogoro.
« Kali m'a appelé pour une raison, j'attends de savoir laquelle. »
- Gros débat pour identifier à partir de quatre notes un air qui serait apparemment connu, résuma Kali.
- Tu veux demander à qui de nous la chanter ? demanda Ran à son père qui était retourné à son journal.
- J'ai reçu une lettre me confiant une mission hier. Elle provient d'un membre issu d'une famille de musiciens, donc, il y aura bien parmi eux un compositeur qui aura plus le sens de la mélodie qu'une bande de mômes comme vous. Il paraît qu'un membre de la famille à l'oreille absolue.
« Je peux venir ? » demanda d'une voix légèrement suppliante Red.
On voyait presque sa mine de chat triste abandonné sous l'orage qui miaule pour qu'on le laisse rentrer à l'abri.
- Si vous lui mettez une guitare entre les mains, vous aurez de longues heures de tranquillité, assura Kali.
- Et toi, tu veux venir ? proposa Ran.
- Nan, j'ai un rendez-vous, je dois tirer les cartes à une camarade de classe.
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Tsumagari Benio était une femme d'un peu plus de la cinquantaine, avec une mine sévère, qui les accueillit au portail de la vieille résidence des Shitara. Et juste devant l'entrée, on entendait parfaitement le son d'un violon mélodieux et enchanteur qui s'échappait d'une fenêtre.
La gouvernante avait consulté l'agenda de son patron pour voir qu'il n'y avait aucun rendez-vous avec Mouri d'inscrit dedans.
- Non, en fait, il s'agit de Shitara Hasuki, la petite-fille de Chôichirô-san, explicita Kogoro en sortant une lettre de sa chemise. C'est elle qui m'a écrit pour me demander de venir.
La vieille femme prit possession de la lettre, la lut avec attention en ajustant ses grosses lunettes, avant de hocher la tête.
- Je vois… Mademoiselle n'est pas dans le bâtiment résidentiel pour le moment, elle fait une répétition de violon dans la salle de musique.
Et elle se tourna légèrement vers le bâtiment d'où venait la musique.
- C'est elle qui joue ? demanda Red avec un air admiratif en tournant la tête dans la direction de la mélodie.
- Exactement, confirma Tsumagari.
- Alors cette mélodie que l'on entend depuis tout à l'heure est jouée en direct ? s'étonna Kogoro.
- Shitara-san est très douée ! s'émerveilla Ran.
La gouvernante tourna les talons en les invitant à la suivre.
- J'ignore de quoi vous devez parler, mais je vous prie de ne pas la déranger pendant qu'elle joue. Mademoiselle doit donner un récital très important ce soir.
- Il y a une occasion particulière pour cela ? s'intéressa Kogoro.
Il adressa un regard noir derrière lui en sentant des coups contre ses chevilles, avant de réaliser qu'il s'agissait de la canne blanche de Red, faisant qu'il se décala sur le côté pour ne plus être dans la zone. Il ne pouvait pas décemment engueuler un enfant aveugle pour cette raison, même si ça le faisait chier.
- C'est l'anniversaire de monsieur, ne vous l'a-t-elle pas dit ?
- Euuh… non…
Ils pénétrèrent dans une salle pour trouver une jeune femme debout sur le parquet, sous un chandelier magnifique. Elle jouait de son instrument avec passion, souriant d'un air serein, les yeux fermés, bougeant tout son corps dans le rythme de la mélodie.
- Mademoiselle ? appela la gouvernante.
La jeune musicienne s'arrêta pour demander ce qu'il se passait avant de réaliser la présence de Kogoro à la rencontre de qui elle vint avec une joie non feinte.
- Eh bien ça alors, vous êtes venu ?!
- Bien sûr, assura le détective avec une voix qu'il voulait charmeuse. Pour une jolie fille comme vous, c'est bien normal.
Reconnaissant le manège de son père, Ran adressa un regard noir au détective.
- Vous auriez dû m'appeler, j'aurais envoyé quelqu'un vous chercher, lui dit la jeune musicienne.
- Vous m'avez parlé de votre famille dans votre lettre, mais vous ne m'avez pas laissé de numéro de téléphone.
- Oh pardon, je suis un peu étourdie… s'excusa-t-elle en rougissant d'embarras.
- Étourdie, mais douée. C'était magnifique ! commenta Red qui avait passé sa canne dans son dos.
- Merci !
- Ano, c'est vous qui avez l'oreille absolue ? demanda Conan à côté de son camarade.
- Non, ce n'est pas moi, lui répondit-elle.
C'est là qu'un homme intervint, lui disant qu'il était temps de reprendre.
- Je te rappelle que tu es censée jouer à la place de ton père pour l'anniversaire de Chôuchirô ce soir ! Avec tu sais quoi… pointa le nouveau venu.
- Oui, frissonna-t-elle.
- Il te réprimandera à la moindre fausse note.
Sympa la motivation.
L'homme se fit disputer par la gouvernante pour être revenu à la demeure familiale sans avoir averti quiconque.
- Quelle sévérité, bougonna l'homme du haut de ses soixante ans. Mon rendez-vous avec l'orchestre a tourné court, et je suis parti aussitôt.
Il masqua un bâillement de sa main et annonça qu'il allait faire un somme, demandant à ce qu'on le réveille au début de la fête.
- Je vous réveillerai avant qu'elle ne commence, assura la gouvernante.
- Vous n'avez touché à rien, j'espère ?
- J'ai tout laissé en place, tout comme le faisait votre défunte épouse. Je vous laisse faire et j'évite de me faire réprimander.
- C'est un chef d'orchestre ? devina Red.
- Exact, mon grand-oncle est un célèbre chef d'orchestre, répondit la demoiselle.
- Serait-ce lui qui a l'oreille absolue ? demanda Conan.
- Non, c'est…
Avant qu'elle ne puisse répondre, une sirène leur parvint de la route proche. Apparemment, une ambulance était de passage.
- Si Sol, Si Sol… c'était un Si Bémol, commenta un homme accoudé à la fenêtre ouverte.
Tout le monde se tourna vers lui. Il avait une apparence légèrement négligée, un mauvais rasage, lui donnant un air cool. Apparemment, il était au téléphone, parlant avec son correspondant d'une démo musicale de la veille dont le rythme méritait d'être augmenté.
- Serait-ce lui ? demanda Ran.
- Oui, il a l'oreille absolue et c'est un compositeur génial qui a déjà créé un tas de génériques pour des séries télévisées. C'est mon oncle Haga Kyôsuke.
- Oooh.
La fierté dans la voix de la jeune fille était indéniable. Conan s'approcha de lui en sortant son téléphone, et attendit que l'adulte finisse sa conversation avant de pianoter les quatre chiffres qui l'obsédait tant.
- Ano, est-ce que cet air vous dit quelque chose ? demanda le petit détective.
Red se frappa le visage. Et on disait de lui qu'il n'avait pas d'éducation ?
L'homme écouta la musique produite et sourit.
- C'est moi !
- Pardon ? demanda Conan sans comprendre.
- Tu vois, comme je passe mon temps au téléphone…
Son explication fut coupée par la violoniste qui voulait avoir son avis sur sa façon de jouer.
- C'était bien, sauf un quart de note que tu as joué en bémol. Mais je préfère quand tu joues ainsi.
- Merci ! s'exclama-t-elle avec joie.
Et déjà, l'homme était de nouveau au téléphone pour parler avec quelqu'un d'un morceau dont il voulait accentuer le côté langoureux.
- C'est donc ça d'avoir l'oreille absolue, commenta Kogoro.
- Quelqu'un vient, annonça Red.
Et l'équivalent de deux minutes plus tard, une vieille femme entra d'un pas chancelant en répétant le nom de Furuto.
- Où est Furuto ? demanda la femme.
- Grand-mère ? s'étonna Hasuki.
- J'ai entendu le son d'un violon… sors de ta cachette !
- PAPA EST MORT CE JOUR MÊME L'ANNEE DERNIERE ! s'exclama la jeune violoniste avec colère. L'AS-TU OUBLIE !
- Ce jour-même ? répéta doucement Kogoro.
- Non… refusa la vieille femme. Furuto est… il est toujours…
Un autre homme, clairement le doyen, arriva ensuite en se tenant courbé sur une canne. Et il était en colère.
- TU ME FAIS HONTE AYANE ! TU COURS APRES UN MORT ! TU N'AS TOUJOURS PAS COMPRIS QUE NOTRE FILS EST PARTI À JAMAIS !
Il se mit à tousser au point que la jeune fille se précipita sur lui avec inquiétude. Elle prit la vieille dame (certainement sa grand-mère) par un bras et le vieillard par l'autre.
- Je m'occupe d'eux, attendez-moi dans le bâtiment principal, nous parlerons là-bas. Je voudrais vous montrer quelque chose.
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Ils étaient tous assis autour d'une table quand Hasuki revint avec un étui de violon qu'elle ouvrit sous leurs yeux. L'instrument était vieux, avec des couleurs passées, mais il conservait une grande beauté.
- Il a été fabriqué il y a de cela trois cents ans, leur dit la musicienne.
- C'est ce qu'on appelle un vieux violon, commenta Red.
- C'est une véritable antiquité ! rit Kogoro en prenant le violon en main pour passer vaguement l'archer sur les cordes afin de produire du bruit.
- C'est une création de l'italien Antionio Stradivari.
L'annonce aspira tout l'air de la pièce, faisant relever la tête à Red avec perplexité.
- Mais alors, ça veut dire que c'est un stradivarius ? s'étrangla le détective.
- C'est quoi un stradimachinechose ? demanda Red en penchant la tête sur le côté. Ça vaut cher ?
- N'y songe même pas ! siffla Conan.
Hors de question de laisser le pirate faire un nouveau vol devant son nez !
- Ce sont des véritables légendes ! gémit Kogoro Il doit valoir des millions de Yens !
Sa voix criait presque au-secours.
- Lâche ça papa ! encouragea Ran effrayée par l'idée que l'objet soit cassé. Allez !
- Je peux pas, je suis trop crispé… gémit le pauvre homme.
C'est après moults précautions que le violon fut reposé dans son étui qui fut refermé avec tout autant de délicatesse. Hasuki leur raconta tout ce qui avait entouré le violon. Il appartenait à la base à Danjiô, le père de Kyôsuke et le frère du grand-père Chôichirô. Sauf que le jour où le violon aurait dû être offert, ils avaient reçu la visite de cambrioleur. Seul Danjirô avait tenté de leur résister et il avait reçu un coup violent qui finirait par lui coûter la vie. Heureusement, les voleurs avaient loupé le Stradivarius. Ils s'étaient trompés et avaient pris un autre violon à la place. Quand on sait qu'il est question d'une vieille famille de musiciens, avoir plusieurs violons n'avait rien d'étrange.
Le fait est que cette histoire avait bien trente ans.
- Vous pensez que les voleurs vont revenir ? demanda Kogoro.
- Non… leur dit Hasuki. Je vous ai demandé de venir au sujet de deux affaires atroces survenues durant ces deux dernières années. La première a eu lieu il y a deux ans. Emi, l'épouse de mon oncle Genzaburô était une grande sportive. Or, chose incroyable, elle a manqué une marche dans l'escalier et a été mortellement blessée dans la chute.
Red haussa un sourcil. Mouais, pas de pot.
- La seconde remonte à l'année dernière. Furoto, mon père, par ailleurs un homme très précautionneux, s'est appuyé sur le parapet usé de la véranda comme s'il était attiré par quelque chose, et il est tombé avec la balustrade en métal. Sa mort est tout aussi mystérieuse. Ce sont les deux enquêtes que je voulais vous confier, Mouri-san.
Le pirate se racla la gorge pour ne pas rire, alors que les deux Mouri échangeaient un regard.
- Euuuh… ce sont des accidents, pointa gentiment Ran.
Hasuki sortit les arguments ultimes du mystère :
- Ils sont morts tous les deux le jour de l'anniversaire de grand-père ! Et plus, tous les deux avaient joué pour lui avec ce stradivarius ! J'ai l'impression qu'une malédiction nous frappe depuis trente ans !
La peur fit blanchir ses traits alors qu'elle joignait ses mains devant son visage pour qu'elles ne tremblent pas.
- Cette année, c'est moi qui dois jouer… qui sait ce qu'il va m'arriver !
- Alors ne jouez pas, lui répondit Conan avec pragmatisme.
- Mais j'y tiens ! chouina la musicienne.
La tête de Red heurta la table. Son rire presque narquois était la seule chose qui disait qu'il n'avait tout simplement pas eu une crise de narcolepsie. Cependant, Kogoro pointa quelque chose de logique :
- Vous pourriez le garder avec vous et jouer quand vous voulez.
- Je n'ai pas cette liberté, chuchota-t-elle en mettant la main devant sa bouche pour que ça reste entre eux.
Elle jeta un regard nerveux à l'intendante qui faisait un énième passage dans la pièce.
- Grand-père me l'a exceptionnellement prêté que je puisse me familiariser avec avant le concert. Vous avez bien vu, non, que notre intendante, Tsumagari-san, ne cesse de passer ? Sans doute est-ce parce qu'elle le surveille.
- Tout ça pour un violon. Les humaines sont fous, marmonna Red.
Conan lui jeta un regard noir. Il pouvait parler, lui, il était le plus fou du lot.
Kogoro craignit pendant un moment d'avoir des ennuis pour avoir joué un tout petit peu avec le violon, mais Hasuki le rassura en disant que ça resterait entre eux, parce que de toute façon, elle y touchait pour la première fois aujourd'hui.
- Si grand-père venait à mourir, il irait à oncle Genzaburô, et je ne pourrais sans doute plus jamais l'approcher. Je suis une violoniste, je tiens à en jouer.
Conan regarda Red quand il lui tira la manche.
- Mon logia réagit, chuchota le pirate entre ses dents. Je vois une fenêtre avec des rideaux pratiquement fermés, depuis l'extérieur. Je vois aussi des victimes prisent au piège des flammes.
Conan regarda autour de lui pour identifier la flamme à laquelle Red avait pu se connecter pour avoir ces visions quand il remarqua de la lumière filtrant au travers les rideaux alors qu'il faisait presque nuit noire dehors. Le petit détective sauta de sa chaise et se précipita vers la fenêtre dont il écarta le rideau. La lumière venait d'un incendie qui dévorait rapidement l'autre bâtiment.
- C'est pas votre oncle qui devait dormir là-bas ? demanda Red quand il entendit les commentaires sur l'incendie.
Cela tira un cri d'horreur à Hasuki.
- RAN ! APPELLE LES POMPIERS ! hurla Kogoro avant de filer dans les couloirs avec Hasuki et Conan.
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Il fallut peu de temps pour avertir l'intendante qui discutait de la soirée d'anniversaire avec Haga en présence de deux servantes. Kyôsuke se joignit au groupe et tous les quatre se précipitèrent dans le second bâtiment pour sauver l'oncle, grimpant rapidement jusqu'à sa chambre. Le musicien à l'oreille absolu frappa à la porte du chef d'orchestre sans réponse avant d'essayer de l'ouvrir.
- Elle est fermée à clef !
- Tant pis, nous allons l'enfoncer ! dit Kogoro.
Et les deux hommes prirent leur élan avant de foncer sur le panneau de bois. Cela causa un appel d'air qui manqua de les cramer proprement sauf que, pour on ne savait quelle raison, le feu avait décidé de ne pas les approcher. Il resta tout de même assez haut pour leur barrer le chemin. Malgré les appels de Kyôsuke, Conan savait très bien ce que ça voulait dire. Il n'y avait pas de survivant.
Il fronça les sourcils en essayant de ne pas tousser à cause de la fumée.
Il avait entendu une voix, il en était certain.
- La femme…
Là ! C'était si faible qu'en dépit des craquements du bois, Conan le percevait tout juste. Et comme en écho, le vieux grand-père tomba à genoux sur le palier en toussant à cause de la fumée, appelant sa vieille épouse. Apparemment, pour se calmer, le couple avait décidé de se passer un récital du défunt Furoto. Comme la femme s'était endormie, le vieil homme était rentré seul.
Du coin de l'œil, Conan vit une luciole verte quitter le brasier proche pour filer vers des toilettes à proximité.
- Vite…
- IL Y A QUELQU'UN !? cria Kogoro devant l'escalier qui était méchamment attaqué par les flammes.
Conan se précipita vers les toilettes et ouvrit à fond le robinet d'eau pour s'asperger, imiter par Kyôsuke qui partit le premier vers la sale audio.
- Allez placer votre voiture sous la fenêtre de la salle audio ! Vite ! ordonna Conan avant de foncer dans l'escalier, les flammes l'évitant avec langueur.
Kogoro voulut le suivre mais des poutres tombèrent du plafond pour couper l'accès à l'escalier.
N'ayant pas d'autres choix, tout le monde ressortit aussi vite que possible et Kogoro alla chercher sa voiture de location pour aller mettre sous la fenêtre en question. Quand Ran le rejoignit pour savoir ce qu'il faisait, un ballon de foot cassa la fenêtre de la salle audio, ouvrant les deux battants avec violence juste au-dessus de la voiture.
Haga sauta le premier de la fenêtre sur le toit du véhicule, portant dans ses bras la vieille Ayane. Conan arriva ensuite. Ils étaient tous les trois légèrement roussis et la femme était inconsciente, même si le simple fait qu'elle se mette à tousser soulagea tout le monde.
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Les pompiers arrivèrent peu après pour éteindre les flammes, il avait été impossible de sauver Shitara Genzaburô, et le monde avait perdu un grand chef d'orchestre. Ayane, revenue à elle entre temps, eut une crise de panique quand les pompiers voulurent la faire monter dans l'ambulance pour la soigner, parce que leur fils Furoto était mort dans l'ambulance, et ça l'avait traumatisée. Comme il ne s'agissait que de brûlures minimes, on accepta de la soigner au domicile.
Conan et Haga reçurent des remerciements du vieil homme qui suivit donc les infirmiers avec sa femme, jusqu'au bâtiment résidentiel de la famille.
- Vous n'êtes pas blessé, jeune maître Kyôsuke ? demanda l'intendante au jeune Haga.
- Non, ça va, rassura le musicien. Et cessez de m'appeler jeune maître, je ne suis plus cet enfant dont vous vous êtes occupé il y a trente ans de ça.
Le commentaire surprit Ran qui eut une explication de la part de Hasuki. Tsumagari-san avait auparavant travaillé pour le père de Kyôsuke. Mais avec la disparition de ses parents, il avait été adopté par la famille maternelle, les Haga, mettant Tsumagari au chômage. Elle avait donc été employée par le doyen de la famille Shitara pour remplacer leur gouvernante qui n'était plus apte à assurer ses fonctions.
- Ce cambriolage a fait d'autres victimes à part le père de Kyôsuke-san ? demanda Ran.
- Oui, sa mère Chinami-san. Elle était déjà affaiblie par la maladie. Elle a tenue à veiller et prendre soin de son époux Danjirô-san qui après les coups infligés par les cambrioleurs, n'était pas revenu à lui. Elle ne vivait que pour cela, raconta Hasuki. Finalement, elle s'est épuisée et elle a précédé le départ de Danjiro-san.
- Et votre propre mère, au fait ? demanda Kogoro à la demoiselle.
- Mes parents ont divorcé et elle est repartie dans sa famille, elle avait un amant. Il y a deux ans, juste avant de fêter les soixante-dix ans de grand-père, Emi-san, l'épouse d'oncle Genzabuô, avait décidé de jouer du violon. Grand-père entrait dans une nouvelle décennie et elle voulait aussi consoler un peu mon père. Ce stradivarius était resté enfermé pendant trente ans.
Danjirô avait offert le violon au grand-père il y a trente ans de ça, cependant, il y a eu plusieurs incidents à la suite de ça. Le père de Hasuki, Furoto, avait voulu l'utiliser pour un concours quand il avait dix-huit et plusieurs cordes se sont cassées durant la représentation. Emi a eu une soudaine poussée de fièvre avant son passage en télévision où elle devait chanter, et ce, après avoir joué du violon. Quant à Genzaburô, il aurait dû diriger un orchestre à l'étranger, mais il s'est déclenché une ténosynovite aiguë [AC2] à la main après avoir trop répété avec le stradivarius. Il a donc été mis sous scellé pour une bonne raison. Sauf que trente ans plus tard Emi en fit usage et tomba dans l'escalier en suivant. Et l'année suivante, c'était Furoto qui y passait.
- Et si quelqu'un avait délibérément mis le feu pour faire une diversion et le voler ?! s'étrangla Kogoro.
Conan se figea brutalement. Ils avaient laissé Red seul dans le bâtiment principal avec le violon. Un voleur devant un objet de valeur sur une table devant lui.
L'intendante mit fin à leurs inquiétudes en disant qu'elle l'avait immédiatement mis en lieu sûr l'objet. Ouf, c'était un soulagement.
- Me croyez-vous incompétente au point de laisser une telle pièce à la merci d'inconnus ? demanda la femme avec un air sévère pendant qu'elle réajustait ses lunettes.
Un pompier débarqua à cet instant. Il allait leur dire les conclusions sur l'incendie quand un cri strident leur parvint du bâtiment principal. Tout le monde fila en courant, la peur au ventre, craignant le pire, pour revenir dans le petit salon où ils étaient tous précédemment. Une servante était à genoux au sol à secouer Red étalé sur le parquet.
- Il… Il… il s'est effondré ! paniqua la pauvre femme devant le pompier, les visiteurs et les habitants de la maison. Il… il était en train de me parler…. Quand… quand soudain… il a perdu connaissance !
Kogoro et Conan regardèrent la silhouette enfantine de Red au sol, alors que le pompier se rapprochait de l'enfant.
- Vous embêtez pas, lui dit Kogoro d'une voix blasée. Il a un sévère cas de narcolepsie.
Il suffisait de prendre son pouls pour réaliser qu'il était vivant et l'écoutait en silence pour voir qu'il respirait parfaitement. Finalement, le gamin s'agita et se redressa en baillant avant de se frotter le crâne d'un air endormi.
- M'suis encore endormi… maugréa-t-il.
- Tu t'es fait mal ? Tu permets, je vais t'ausculter, lui dit le pompier.
- C'est un pompier, Dawn, rentre les crocs, explicita Conan en voyant son camarade se tendre. Où est ta canne ?
Red se détendit légèrement et laissa le combattant du feu lui ausculter le crâne pour voir s'il s'était fait mal, avant de le prendre sous les bras et de le remettre debout pour revenir aux adultes, la fausse frayeur n'étant pas la priorité du moment.
- L'origine du feu n'est pas criminelle. Il a été causé par quelqu'un qui s'est endormi en fumant. Le feu a démarré près d'un cendrier trouvé dans l'une des chambres. C'est vous qui avez défoncé la porte pour pouvoir entrer, n'est-ce pas ? La chambre était fermée de l'intérieur, il ne s'agit donc pas d'un incendie criminel.
C'était bon à savoir.
- Faîtes donc attention aux mégots mal éteints ! Le mieux étant encore de ne pas fumer.
- Exactement ! approuva Kogoro avec un sourire faux.
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Dans un autre salon du bâtiment principal, les invités s'étaient réunis autour d'une table avec Hasuki à la droite de Kogoro et Haga dans le fond. Et malgré ce qu'il venait de se passer et les avertissements du pompier, le détective était en train de fumer, ce qui tira un regard blasé à Conan depuis le haut des genoux de Ran.
- Ces coïncidences sont tout de même troublante. Chaque année, le jour de l'anniversaire du grand-père, on déplore des morts, résuma Kogoro en prenant des notes sur son calepin. En comptant le cambriolage d'il y a trente ans qui a coûté la vie à votre père, cela fait quatre victimes.
Ils mirent donc de l'ordre dans un vague arbre généalogique.
La première victime était Danjirô, père de Kyôsuke et frère cadet de Choîchirô. Puis, il y a deux ans, Emi, épouse de Genzaburô le benjamin de la fratrie, était morte à son tour. L'année dernière, c'était au tour de Furoto, fils de Chôichirô et de Ayane mais aussi père de Hasuki, de mourir. Et maintenant, c'était Genzabuô.
Dans la liste que dressa Kogoro, quelque chose alerta Conan.
- Chôichirô-san ferait mieux de ne plus fêter son anniversaire, grommela Kogoro.
- Cela ne risque pas de se reproduire, puisqu'il a un cancer, leur dit Kyôsuke.
- Poumons ? devina Red en penchant la tête sur le côté depuis sa place entre Ran et Hasuki, face à Kogoro. J'arrête pas de l'entendre tousser et c'est pas une belle toux.
- Exactement. On ne lui donne pas plus de six mois à vivre
- Ça veut rien dire, ça.
- Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? demanda Ran en regardant le bonhomme.
Red sembla hésiter en jouant machinalement avec un bout de son sweat-shirt avant de répondre :
- Mon géniteur avait une maladie incurable. On ne lui donnait pas plus d'un an à vivre, de ce qu'on m'a dit. On lui prévoyait une lente et douloureuse agonie. C'est pas ça qui l'a arrêté et rien ni personne n'aurait pu deviner en le voyant qu'il était moribond. Il a résisté quatre ans, bien assez longtemps pour pouvoir me faire, puisque ma mère était enceinte de cinq mois à sa mort. C'est Oyaji qui m'a raconté ça quand j'ai accepté de rejoindre sa famille. Conclusion, juste pour faire chier tout le monde, le vieux Shitara pourrait ignorer les diagnostiques et survivre plus longtemps.
- Ce serait tout à fait son genre, se moqua Kyôsuke. Mais on était tous persuadé qu'aujourd'hui serait son dernier anniversaire.
- D'où l'importance de la fête, pointa Hasuki.
L'intendante arriva à cet instant, leur disant que le doyen était parti se coucher et ne voulait pas être dérangé jusqu'à demain matin. Quant à l'épouse, elle se reposait après avoir reçu ses soins.
- Il ne risque donc pas de se passer grand-chose, nous allons donc vous laisser, annonça Kogoro.
Il écrasa une de ses cigarettes dans le cendrier sur la table, alertant Conan. Le gamin tendit le bras et tira l'objet à lui pour observer les cigarettes dedans et en prit une en particulier.
- Dîtes, à qui appartient ce mégot ? Elle n'est pas de la même marque que les cigarettes de Kogoro-ji-san.
- Elle est de la même marque que celle de l'oncle Genzaburô, répondit Hasuki.
- Il a dit qu'il était passé par ici en rentrant, avant d'aller rejoindre l'autre bâtiment. Sa présence remonte certainement à ce moment-là, supposa Haga.
Conan continua d'observer le mégot. Si c'était celui de Genzaburô, il était donc normal de les retrouver dans le cendrier de l'autre bâtiment s'il avait survécu aux flammes.
- Viens avec moi ! réclama Conan en se précipitant hors de la pièce en attrapant Red au passage.
Le pirate protesta sur le traitement alors qu'il tombait de sa chaise. Il se rattrapa de justesse sur ses pieds et commença à siffler pour prévoir les obstacles sur son passage pendant que le détective l'attirait avec lui. Il entendit vaguement Haga identifier son sifflement comme un Si bémol, avant d'être entraîné ailleurs. Il manqua se rompre le cou dans l'escalier. Deux fois.
Les deux enfants traversèrent la cour et entrèrent dans la ruine dégoulinante d'eau qu'il restait de l'autre bâtiment. Pataugeant dans l'eau, Conan slaloma entre les pompiers qui voulaient savoir ce qu'ils faisaient ici. Ils finirent par arriver dans la chambre où l'incendie avait commencé.
- Bon, tu me dis pourquoi tu me traînes comme ça derrière toi ?
- Pour que tu puisses m'aider à faire entendre raison dans le crâne de Occhan.
- Et c'est une raison pour me faire tomber d'une chaise, presque perdre l'équilibre dans un escalier et manquer de m'envoyer trois fois dans un mur ? Edogawa, je t'assure, quand on en aura fini avec tout ça, je te tuerai de mes mains.
- Au moins, ça me laisse un délai pour faire mon testament, rétorqua le détective en se rapprochant du cendrier de cristal rempli d'eau et de mégot noyés.
Il regarda le contenu avec attention.
Il avait la confirmation à son soupçon, c'était bien un meurtre.
Pas à droite.
Sans y penser, Conan obéit la voix dans sa tête et regarda avec surprise la main de Kogoro s'arrêter à un pouce de l'endroit où il avait eu sa tête auparavant. Qu'est-ce qui l'avait averti ?
- Qu'est-ce que vous fabriquez ici ! gronda l'adulte en se repositionnant pour faire face aux deux gosses, les mains sur les hanches.
Red haussa des épaules.
- Demande au binoclard, c'est lui qui m'a embarqué dans ce que je présume être les lieux de l'incendie.
Il leva le nez et prit une profonde inspiration pour expliquer comment il savait où il était :
- Y'a une forte odeur de brûler, et l'air est humide.
Conan n'en avait rien à faire. Non, même la voix dans sa tête ne l'intéressait pas. Ce qui le faisait serrer des dents, c'était cette affaire. C'était un meurtre, il en était certain et il était presque certain de l'objectif à atteindre…
- C'est un meurtre ! Pas un accident ! annonça clairement Conan.
- Et zut, même Thatch veut plus parier sur ça, bougonna Red en claquant des doigts de déception face à l'opportunité perdue de se faire du fric sur le dos de son frère et Conan.
- Et qu'est-ce qui te fait dire que c'est un incendie criminel ? demanda Ran d'un ton apaisant en voyant son père sur le point de s'énerver contre les enfants.
- On est d'accord que le feu est parti d'un mégot mal éteint comme ceux dans ce cendrier, non ? demanda Conan.
Et il montra l'objet en question sur une table de nuit calcinée.
- Ce sont les mégots de Genzubarô-san, vous ne les trouvez pas bizarre ?
- Ils sont pleins d'eau, mais c'est tout et c'est normal, grommela le détective en regardant les mégots qui nageaient dans la flotte.
Conan lui donna alors le mégot de cigarette que Kogoro examina et compara avec ceux dans le cendrier.
- Même marque, je vois pas le souci.
- Oh ! Une trace de dents ! remarqua Ran qui examinait elle aussi la cigarette. Il a mordillé le bout du mégot qu'il a fumé dans le hall, mais pas ceux dans le cendrier.
Conan attrapa les lunettes de Red et leur montra les bouts de branche. Même si elles étaient légèrement fondues, ça se voyait qu'elles étaient mordillées.
- Kogoro-ji-san, vous fumez tout en parlant ou en travaillant, vous avez donc ce tic de mordiller le filtre ! Que ce soit pour vous aider à vous concentrer ou à cause du stress ! Dawn fait pareil avec ses lunettes et Genzaburô devait avoir la même habitude.
Oui, bon, Red plaidait coupable, il avait la mauvaise habitude de mordre les branches de ses lunettes quand il était frustré. Vivre dans le corps d'un gosse quand on a un esprit et des souvenirs d'adulte, ça n'aidait pas du tout. Surtout quand il suffisait de s'aventurer innocemment dans ses pensées pour se rappeler d'une époque où il pouvait râler après son mec quand il avait du mal à marcher le matin.
Aaaah ! La grave erreur !
Red tendit une main vers Conan qui lui rendit ses lunettes et le pirate se remit immédiatement à mâchonner la branche. Agasa avait tout intérêt de développer quelque chose de plus solide.
- Les cigarettes, là, elles ont pas de traces ! pointa Conan.
- Je vois, comprit Kogoro.
Il avait déjà compris ? Diable, l'Endormi commençait à développer un cerveau ?
- Quelqu'un s'est introduit ici pendant la sieste de Genzaburô-san afin de faire croire que l'origine du feu était par un mégot qu'il aurait mal éteint. Il a fumé quelques cigarettes et en a laissé une allumée dans le cendrier pour mettre le feu, c'est ça ?
Conan hocha vigoureusement la tête en souriant. Oui, tout à fait ! C'était rare, mais Kogoro arrivait à parfois à dire des choses correctes tout seul comme un grand dans une enquête. Cependant, Kogoro était en train de se foutre de lui et lui prouva que les conclusions n'étaient pas valides :
- Cette porte était verrouillée, lui rappela Kogoro en montrant la porte à moitié défoncée de la chambre. Nous avons été obligés de la défoncer, non ? S'il s'agit d'un incendie criminel, comment le responsable a-t-il réussi à fermer la porte à clef et à sortir ?
- C'est vous qui aviez vérifié que la porte était fermée ? demanda Red. Non, c'est vrai, c'est facile de tourner une poignée dans le mauvais sens pour faire croire qu'elle était fermée et…
- Toi, tais-toi, tu n'es pas en état de faire le moindre commentaire avec ton handicap, coupa Kogoro.
La température monta rapidement. Conan bâillonna le pirate pour l'empêcher de répondre au détective, même si Red avait soulevé un bon point. Ils étaient en pleine enquête, péter une durite parce que Kogoro ne faisait preuve d'aucun respect ou de curiosité ne servait rien.
- Papa ! Pas la peine de parler à Red-kun de cette façon ! gronda Ran. Je suis certaine qu'il avait une bonne idée !
Ran, Sainte Ran, toujours au secours des enfants.
- Qu'est-ce que tu voulais dire ? demanda-t-elle en s'accroupissant pour se mettre au niveau du gamin.
Red remit ses lunettes sur son nez et se détourna.
- Puisque je suis pas en état de faire le moindre commentaire, je ne vois pas pourquoi je parlerais. C'est toi qui as ma canne ?
- Comment tu le sais ? s'étonna la jeune femme.
- Je l'ai entendu, elle fait toujours un bruit particulier.
Ran la retira de son dos et la donna au petit aveugle avant de se proposer pour le raccompagner auprès de Hasuki.
Conan soupira. Bien joué Kogoro ! Red avait sans doute eu une bonne idée et pour le coup, il ne pourrait pas l'entendre parce qu'il avait été vexé.
- Je sais pas encore comment l'assassin a fait pour passer au travers la porte fermée, mais ce que je sais, c'est qu'il s'agit d'un meurtre en série ! Regardez, si on prend les lettres des prénoms de tous ceux qui sont morts, ça fait D ; E ; F et G !
- C'est comme ça qu'on les rencontre dans l'ordre alphabétique, approuva Kogoro avec une mine pensive. Sans parler qu'ils sont tous morts le jour de l'anniversaire du doyen. Il y a peut-être du vrai dans tout ça, c'est trop gros pour être une simple coïncidence.
- La suite logique serait donc H, comme Hasuki !
Kogoro perdit ses couleurs et partie en courant, Conan sur ses talons, pour retrouver la demoiselle.
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Suants et paniqués, Kogoro et Conan trouvèrent Hasuki en compagnie de Ran, Kyôsuke et de l'intendante dans le petit salon où ils les avaient laissés précédemment, et ils étaient très calmes. Le génie de la musique s'était assis un peu à l'écart de la table avec Red à qui il avait passé une guitare traditionnelle. Lui-même en avait une et il semblait apprendre au petit pirate un morceau sous le regard amusé et attendri de Ran et Hasuki, et celui toujours sévère de l'intendante.
- Qu'est-ce qu'il vous arrive ? demanda Ran en voyant l'état de son père.
- En réfléchissant à l'affaire, on a remarqué que les victimes de la malédiction de ce violon étaient toutes mortes dans l'ordre alphabétique ! Et la prochaine lettre est le H, donc, vous.
- Moi ? Voyons ! Nous ne sommes pas dans un roman policier, les gens ne tuent pas comme ça.
- Mais il est vrai que depuis la mort de ton père… commença Kyôsuke en levant brièvement le nez de ce qu'il faisait avec Red.
- Ce sont des sottises, lui dit la demoiselle.
- Vous faîtes quoi, tous les deux ? demanda Conan en allant à la rencontre des deux bruns avec les guitares.
- Ton ami n'a peut-être plus ses yeux, mais il lui reste ses mains et ses oreilles. Puisqu'il m'a dit qu'il savait joué de la guitare, je lui proposé d'utiliser une des miennes, expliqua Haga. Je lui apprends un morceau de musique que j'ai joué l'an dernier en Europe, pendant que l'intendante se décide à dire ce qu'elle a derrière la tête.
La vieille femme cligna des yeux, surprise qu'on ait réalisé qu'elle était préoccupée.
- Je songe au Requiem, expliqua la vieille femme.
Ce qui en soit, n'était pas très clair.
- C'est une tradition, précisa Hasuki. Depuis des générations, quand un parent disparaît, un membre de la famille joue un requiem.
- Genzaburô-san s'en chargeait jusqu'à l'année dernière, informa l'intendante.
- Ne comptez pas sur moi ! refusa Hasuki en levant les mains pour dire qu'elle ne voulait ne rien à voir à faire avec cette idée.
- Bon, je le ferai, se désigna Haga. Désolé petit gars, mais la leçon s'arrête ici.
- Merci de m'avoir appris ce bout, j'essaierai de faire la suite tout seul, remercia Red avec un sourire brillant.
- Les instruments se trouvaient pour la plupart dans l'autre bâtiment, ils ont disparu avec l'incendie, pointa l'intendante. Il ne reste plus que le piano de votre mère, jeune maître Kyôske, ces guitares que vous aviez laissées ici suite à votre concert en Europe l'an dernier et le violon.
- Ah non ! refusa Haga. Pas le stradivarius, j'en ai les mains qui tremblent !
- C'est moi qui en jouerai, lui dit Hasuki.
- Non, je vais apporter mon violon préféré, il est dans ma voiture, alors, attends ici. Il a beau ne pas avoir trois cents ans, il est tout ce qui me reste de mon père puisqu'il m'en avait fait cadeau, c'est un gage de qualité. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit avec cette satanée pièce de collection. Et puis, si on le prend sans sa permission, Ayane ne sera pas contente.
Kyôsuke se leva et rangea la guitare qu'il avait en main dans sa caisse.
- Tu peux la garder si tu veux, p'tit gars, elle te sera plus utile qu'à moi.
Avant que Red ne puisse dire quoi que ce soit, l'homme s'en allait avec la caisse en main, surprenant le mini-pirate. Hasuki se leva et proposa au garçon de l'aider à ranger l'instrument qu'il venait de gagner, pendant que Kogoro demandait pourquoi madame Ayane serait en colère si on prenait le stradivarius.
- Madame l'identifie à son fils disparu, répondit l'intendante. Juste avant de mourir, Furoto en avait joué devant son père. Depuis ce jour, quand minuit sonne, madame sort le stradivarius pour le cajoler comme si c'était son fils.
- Pardon ? s'étrangla Kogoro en se rasseyant à la table.
Ran attrapa Conan sous les bras et l'installa sur ses genoux en se mettant elle aussi à la table.
- Son mari est au courant ? demanda le détective.
Hasuki déposa la caisse de la guitare près de la porte et remit la chaise de Red à la table. Elle s'assura que le garçon puisse s'y rassoir avant de s'installer à sa place et de répondre :
- Très certainement. La pièce dans laquelle il est enfermé est entre leurs deux chambres. Il évoque certainement beaucoup de chose pour grand-mère. La dernière image qu'elle a de mon père, c'est lui jouant au stradivarius.
Le petit pirate leva le nez vers le plafond.
- Quelque chose est tombé à l'étage.
Avant qu'on ne lui pose des questions, Kyôsuke revint dans la pièce avec son violon et alla ouvrir la fenêtre.
- Si vous êtes prêts.
Tout le monde lui accorda son attention.
- De Wolfang Amadeus Mozart. Requiem en Ré mineur K626.
Et il se mit à jouer un son mélancolique, triste qui s'envola rapidement par la fenêtre, alors qu'il semblait répandre son cœur sur chaque note. Il avait un talent indéniable, et comme l'expliqua Hasuki, Kyôsuke était diplômé d'une école de musique allemande dans ce domaine.
- Pourquoi a-t-il ouvert la fenêtre ? demanda Conan.
- Nous le faisons toujours quand nous jouons un Requiem, afin que grand-mère entende, sa chambre est juste au-dessus, expliqua Hasuki.
- Si la pièce où est enfermé le stradivarius se situe entre sa chambre et celle de votre grand-père, et qu'elle communique avec cette dernière, on peut entrer et circuler librement entre les trois ?
- Les chambres peuvent se verrouiller de l'intérieur. Dans ce cas, impossible d'y entrer par la pièce sécurisée. Mais ça l'est depuis le couloir avec le passe-partout de Tsumagari-san.
- Pourquoi ont-ils chacun leur chambre ?
- Grand-père était un grand fumeur et la fumée dérangeait grand-mère. Seul son cancer des poumons l'a forcé à arrêter.
- Et s'il mourait, qui hériterait de ce précieux violon ?
- Ce devait être oncle Genzaburô, mais maintenant, il devrait revenir à grand-mère. Ceci dit, grand-père désire qu'il l'accompagne dans la tombe. En réalité, j'aimerais bien que quelqu'un d'aussi doué qu'oncle Kyôsuke en hérite.
Ran gronda Conan pour lui faire comprendre d'écouter en silence, mais ça ne détourna pas l'enfant de son pressentiment. Il avait l'impression que quelque chose s'était passé trop vite, que ça n'était pas fini.
Bam
Un bruit contre le mur extérieur leur parvint de l'extérieur.
Et sous le regard abasourdi de tous, Ayane chuta devant leur fenêtre, tête en bas, pour s'écraser contre le dallage deux étages plus bas.
Alors que tout le monde s'agitait en bas, un vieil homme au troisième étage regarda tout ceci avec un maigre sourire.
Jamais il ne le donnerait. C'était à lui.
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*Pour ce type de e-mail, il est apparemment possible de trouver des adresses commençant par le numéro de téléphone du mobile, puis le et enfin le reste de l'adresse
**Semblant de tendinite
