Bonjour à tous ! On se retrouve pour notre dose mensuelle de Conan ! Et aujourd'hui, on fini notre aventure sur le stradivarius. Merci à tous et à toutes pour votre présence et surtout à Maenas pour son commentaire ( Conan est poissard, je pense qu'au bout de quarante chapitre, on l'a tous réalisé. Kogoro va faire ce qu'il sait faire de mieux : dormir et se faire traiter d'oiseau de mauvais augure).

A bientôt pour la suite ;)

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Dans le chapitre précédent : Conan reste coincer sur la mélodie qui sert de numéro pour le boss de l'Organisation et cherche à la retrouver. Sans le savoir, Kogoro l'aide en annonçant qu'il doit mener une enquête chez une famille de musicien dont l'un des membres à une oreille absolue. Fana de musique, Red se joint à l'expédition. Sur place, il s'avère qu'il y aurait une malédiction sur un vieux stradivarius qui aurait coûté la vie à déjà plusieurs membre de la famille. Kogoro doit donc trouver la parade avant que sa cliente ne doive en jouer pour l'anniversaire du doyen de la famille. Mais sous leurs yeux, le grand-oncle, puis la grand-mère meurent tour à tour durant la soirée dans de tragiques circonstances. Il est temps de mener l'enquête.

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Conan cherchait à comprendre ce qu'il s'était passé. La mort de la femme troublait sa théorie sur l'ordre alphabétique. Il avait bien l'intention de mener l'enquête. Après que l'intendante eut contacté la police, il lui demanda son passe-partout et s'en alla fouiner dans la demeure, suivi par les dames qui voulaient savoir ce qu'il traficotait. Le petit détective commença l'enquête par la chambre de la défunte. Elle était plongée dans la pénombre, et les seules sources de lumière étaient l'ampoule du couloir et la lune croissante au dehors.

- Où se trouve la pièce où est conservée le stradivarius ? demanda le petit détective en s'avançant dans la pièce sombre.

- Au fond à droite, lui répondit la vieille intendante en lui montrant la porte en question.

Le petit bout d'homme alla rejoindre la porte et tourna la poignée. Fermé de l'intérieur.

Un coup de vent le fit se tourner vers la fenêtre pour constater qu'elle était grande ouverte, les rideaux dansant doucement dans le vent. Une chaise richement brodée était appuyée tout contre le mur, servant de marche pour accéder au rebord de la fenêtre. Il allait s'en approcher quand ses pieds percutèrent quelque chose.

Un violon était par terre, brisé, la caisse ouverte et les cordes cassées. Ignorant l'exclamation des femmes, Conan jeta un œil autour de lui pour repérer, sur le lit à proximité, l'étui vide du stradivarius. Un bel instrument réduit en miette, ce devait être ça que Red avait entendu tomber.

Le regard acéré s'arrêta sur l'étiquette du fabriquant.

Voilà qui était intéressant…

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Megure avait cessé d'être surpris. Autant en vouloir à la pluie de mouiller.

On avait appelé Mouri à la base pour éclaircir de vieilles affaires et au final, il se retrouvait témoin d'un incendie et d'un suicide.

- Vous attirez la mort, comme d'habitude, Mouri, nota le commissaire en détournant vaguement son regard du corps étendu en bas des fenêtres pour regarder le détective par-dessus son épaule.

- C'est qu'une suite de malencontreux accidents ! se défendit le privé avec un sourire embarrassé. Je ne suis qu'un détective, qui, où qu'il aille, se retrouve entrainer dans des affaires…

- Dans ce cas, je préfèrerai que vous restiez chez vous.

- Peine perdue ! Hop !

Megure releva la tête pour voir que Red venait de réussir à s'asseoir sur le rebord de la fenêtre du salon au rez-de-chaussée, un sourire blasé sur le visage alors que Takagi se demandait s'il pouvait paniquer ou pas de l'idée de voir l'enfant tomber.

- Mouri-occhan serait capable de se retrouver mêler à une histoire rocambolesque même sans se lever de son bureau, alors, ne pariez pas sur le sujet.

- Et toi tu vas tomber, lui dit Megure.

- Pas moyen ! Il faudrait que je fasse une crise pour ça et encore !

Il se rappelait d'une fois où, de garde nocturne, il avait trouvé le moyen de faire une crise de narcolepsie alors qu'il était assis sur un espar et de se réveiller le cul toujours sur le même morceau de bois. Cela avait fait une sacrée surprise au réveil et là, il avait failli tomber.

- Avez-vous des informations sur la victime ? demanda Megure à Takagi.

L'agent Takagi ouvrit son carnet de notes et transmit à son supérieur tout ce qu'il savait de la femme :

- Elle s'appelait Ayane, elle était l'épouse de Shitara Chôichiro, le doyen de la famille.

Il leva le nez vers la fenêtre ouverte du dernier étage.

- Elle a sauté à minuit depuis la fenêtre de sa chambre au deuxième étage à l'arrière du bâtiment principal.

- Où étiez-vous alors ? demanda Megure en se tournant vers Mouri.

L'homme pointa la fenêtre entre celle de la défunte et celle où Red s'était assis.

- Dans la chambre d'Hasuki-san, la petite-fille d'Ayane-san, juste en dessous. Haga-san avait pris Red-kun à part pour parler guitare avant de se mettre au violon pour un requiem.

- Un requiem ? répéta Megure avec perplexité.

- Oui, en hommage à son oncle mort dans l'incendie, Haga-san a joué un requiem au violon.

Mouri lui fit un petit cours sur la généalogie de la famille, mais ça n'aidait pas à savoir pourquoi la femme s'était suicidée. Personne n'en avait la moindre idée. Outre l'intendante qui apparut presque par magie derrière Mouri :

- C'est à cause du violon.

Comme personne ne comprenait de quoi elle parlait, elle proposa de les conduire à la chambre de la victime pour leur montrer.

- Takagi-keiji ? demanda Red avec une moue adorable.

Takagi regarda l'aveugle qui offrait une mine de chaton suppliant. Il ne savait vraiment pas sur quel pied danser avec lui. Il devrait peut-être demander conseil sur le sujet à ce Thatch Newgate. Il attrapa le gamin sous les aisselles et le souleva pour le déposer à côté de lui dans la cour. Comment un garçon qui mangeait autant pouvait peser aussi peu ? L'aveugle tira de son dos sa canne et marcha avec à côté du policier après l'avoir chaleureusement remercié. Autant Conan que Red le déstabilisaient.

On avait allumé la lumière de la chambre entre temps, et découvrir la présence du stradivarius cassé était une réponse en soit de la raison pour laquelle la femme avait sauté.

- Quand nous sommes venus ici avec la gouvernante et Conan-kun, après qu'Ayane-san eut sauté, l'entrée était fermée à clef, c'est Conan-kun qui l'a ouverte avec le passe-partout. Conan-kun a vérifié que la porte de la salle sécurisée soit elle aussi fermée et elle l'était de l'intérieur. Il n'y avait que la fenêtre d'ouverte, raconta Ran aux policiers.

Aucune trace de bagarre, pas de trace non plus laissant suggérer que quelqu'un était rentré par la fenêtre.

- Le violon a sans doute été cassé avant que madame ne le sorte de l'étui, et elle a été tellement choquée en le voyant qu'elle s'est suicidée, supposa la gouvernante.

- Tout ça pour un simple instrument de musique… soupira Megure.

Et il se fit remettre à sa place par Kogoro qui lui hurla dessus en lui disant qu'il ne s'agissait pas d'un simple instrument mais d'un stradivarius qui devait valoir quelques centaines de millions de yens.

- Une fois, j'ai cramé par erreur un kimono d'Izou-nii-san quand il a voulu que je fasse l'effort de bien m'habiller pour nouvel an, se rappela Red. Je crois que le vêtement devait avoir le même prix que ce stradivarius.

- Comment ça s'est fini ? demanda Ran.

- Je sais plus, je me suis réveillé huit jours plus tard et Marco-nii-san a appuyé Cassandra-nee-san pour que je reste au lit pendant encore deux semaines. Izou-nii-san m'a fait la tête pendant les deux mois qui ont suivi. Il aime ses kimonos. Autant que les vieux flingues. Ces trucs sont lourds.

Pour expliciter le commentaire, il se frotta le crâne.

Conan se prit le visage dans une main. Comptez sur Red pour prendre une tangente. De son côté, Kogoro était déjà de retour sur l'affaire. Au moins, il connaissait les priorités du moment, lui.

- Ayane-san considérait ce violon comme une partie de Furuto-san, son fils disparu, réfléchit à voix haute Kogoro. Elle le prenait avec elle chaque soir pour le cajoler. Le voir cassé a pu la pousser à mourir.

L'idée était bonne, mais Conan savait qu'ils faisaient fausse route.

- Vous faites erreur, leur dit le petit détective. Personne ne l'a cassé, si ce n'est Ayane-san elle-même.

Pendant que tout le monde se posait des questions sur la raison ayant poussé la victime à faire un geste pareil, Kogoro, lui, il râlait en silence. Il en avait marre des interventions de l'enfant. Cependant, le petit détective ne se manifestait jamais sans preuve. La première était une égratignure sur la table à proximité de l'enfant où était tombé le violon. Quand Kogoro lui rappela en hurlant qu'elle n'aurait jamais brisé le violon qu'elle considérait comme son fils, Conan eut la réplique qui fit mouche :

- L'original. C'est l'original qu'elle n'aurait jamais cassé.

Devant le regard perplexe de tout le monde, Conan alla s'accroupir devant le violon et montra l'étiquette à l'intérieur, pleinement visible maintenant que l'instrument était ouvert. L'étiquette portait une signature en G.A.

- S'il avait été fabriqué par Antonio Stradivari, il porterait les initiales A.S, pointa Conan.

- Et comment le sais-tu ? demanda Kogoro d'un ton soupçonneux.

- Nii-san a un violon, intervint Red.

Conan regarda son camarade, ne se rappelant pas d'avoir vu de violon chez Jodie et Thatch.

- On est nombreux à avoir appris la musique en autodidacte. Izou-nii-san est doué au shamisen, Marco-nii-san a des cordes vocales d'oiseaux et Thatch-nii-san joue du violon.

- Kali aussi ? demanda Ran avec curiosité.

- Elle a appris un peu la guitare avec Ace-nii-chan, mais elle n'est pas musicienne. Elle préfère jouer les voyantes.

Les capacités de ce garçon à pouvoir mentir sans se faire prendre étaient juste incroyables.

Takagi enfila ses gants et ramassa délicatement le violon pour ne pas l'abîmer plus, se demandant à quoi correspondaient les initiales.

- L'artisan qui a fabriqué cette copie a sans doute mis ses propres initiales sur cette élégante étiquette semblable à celle de l'origine, répondit Kyôsuke qui venait d'arriver avec Hasuki qui séchait encore ses larmes. Les copies de Stradivarius sont célèbres. Elles sont produites depuis très longtemps, dans des genres différents.

Sans même mettre des gants, il prit le violon des mains de Takagi et examina l'étiquette avant de leur montrer une petite ligne au bas de l'étiquette.

- Regardez, sur la dernière ligne il est écrit made in Germany. Il est cent pour cent faux.

Tout bas, Megure se renseigna sur les nouveaux venus que Kogoro lui présenta.

- C'est vous qui jouiez le requiem ? comprit Takagi.

- C'est exact, confirma l'homme.

- Et vous l'écoutiez dans la pièce en dessous ? se fit confirmer Megure.

- Nous étions six sans compter Kyôsuke-san, lui dit Kogoro.

Il attrapa Red et Conan par le col comme pour les montrer à l'inspecteur.

- Il y avait Ran, ces gamins et moi. Ainsi que Hasuki-san et la gouvernante. Pendant que Kyôsuke jouait…

- J'ai entendu quelque chose tomber à l'étage. Ce devait être le violon, coupa Red.

Kogoro le laissa tomber pour le faire taire, mais c'était sans compter sur l'agilité de l'enfant qui se rattrapa aisément sur ses pieds.

- Donc, pendant que Kyôsuke jouait, le dos tourné à la fenêtre, on a vu derrière lui une forme apparaître, reprit Kogoro. Nous avons accouru pour regarder en bas et vérifier ce que c'était, pour réaliser avec effroi qu'il s'agissait d'Ayane-san.

Ce fut trop pour Hasuki. Elle ne comprenait pas pourquoi cela avait pu arriver, surtout que Kyôsuke l'avait sauvée de l'incendie. Takagi se tourna vers Red, l'expert en la matière d'incendie pour lui et se renseigna sur ce qu'il s'était passé.

- Il y a eu une dispute un peu plus tôt, parce que Hasuki-nee-san s'entraînait au violon et cela avait rappelé à Ayane-san son défunt fils. Le doyen l'a embarqué dans l'autre bâtiment pour se détendre en écoutant des enregistrements de leur fils disparu, expliqua clairement Red. Apparemment, elle se serait endormie là-bas, donc, le doyen est revenu seul ici. Quand l'incendie s'est déclaré, c'est là que tout le monde a appris que la baa-san était prisonnière du feu. Edogawa et Haga-nii-san sont montés la chercher. Ils ont sauté par la fenêtre sur la voiture de location de Mouri-occhan.

- A t'entendre, on croirait presque que tu as vu tout ça de tes yeux, nota Haga.

- C'est pas possible, je suis aveugle, répondit calmement Red avec un sourire étrange.

C'était pour ça que les flammes ne les avaient pas approchés, conclu mentalement Conan. Red avait réussi à s'y connecter pour les suivre dans l'incendie et les protéger.

Megure ne comprenait toujours pas pourquoi on avait cassé une copie. Peut-être parce qu'elle s'était mise en colère en réalisant que ça en était une, ce qui n'était pas logique, puisque la gouvernante assurait que le doyen avait fait expertiser le Stradivarius qui avait été jugé authentique.

- Alors, où est le vrai violon ? demanda Kogoro en essayant de ne pas râler.

- Vous parlez de ceci ?

Tout le monde se tourna vers le vieil homme qui entrait dans la pièce en tenant avec précaution le violon dans ses bras.

- Je l'ai caché dans les rideaux du lit baldaquin, Ayane n'en prenait pas soin.

Kyôseku demanda gentiment à le voir et avec reluctance, le vieil homme lui laissa l'instrument. Un œil dans la caisse confirma la présence du label d'Antonio Stradivari.

- Voulez-vous que j'en joue ? Je saurai tout de suite si c'est un authentique, proposa le musicien en mettant le violon sur son épaule.

Alors que Megure lui disait de se faire plaisir, Takagi revenait à la copie dont il essayait de comprendre l'origine. Kogoro supposa que la vieille femme avait acheté un autre Stradivarius pour surprendre tout le monde avant de réaliser qu'il s'agissait d'une ingénieuse copie et elle aurait ainsi préféré le suicide plutôt que l'humiliation d'avouer qu'elle avait dépensé une fortune pour une copie.

- Ce n'est pas très réaliste, leur dit Takagi.

- Vous faites fausse route ! s'exclama Conan. Quand nous sommes entrés dans la chambre, nous avons cherché partout, y compris dans le lit et nous n'avons rien trouvé ! Quelqu'un a sans doute ramené en cachette le stradivarius qui avait été auparavant remplacé par une copie ! Quelqu'un est entré ici après moi dans de but précis !

- Conan-kun ! rouspéta Ran.

- T'as l'air d'un gamin qui fait un caca nerveux, Edogwara, se moqua Red.

Conan adressa un regard noir à son compagnon qui, s'il remarqua le poids de son regard, n'y fait aucune mention.

- Eh bien, vous saurez de qui il s'agit en analysant les empreintes laissées sur ce violon, leur dit le doyen en regardant l'objet avec un air possessif. Il va sans dire que vous y trouverez aussi les miennes, puisque j'entre et sors librement dans la pièce où il est conservé.

- Ainsi que les miennes, continua Kyôsuke. Je suis venu ici hier midi pour l'accorder afin de préparer le récital d'anniversaire.

- Dans cette chambre ? s'enquit Megure.

- Oui, elle jouxte la pièce sécurisée et il y a un piano, donc, c'est pratique. Quand j'ai eu terminé, j'ai appelé Hasuki qui allait jouer pour la fête et je lui ai passé le violon, n'est-ce pas ?

- Ce qui signifie qu'il portera aussi mes empreintes. J'ai joué un petit moment ici pour écouter comment il avait été accordé, confirma la demoiselle.

- Y'avait-il des témoins ? demanda Takagi.

- J'étais seule, oncle Kyôsuke est tout de suite parti. Grand-mère était sortie dans le jardin pour éviter d'être dérangée par le bruit des accords. Ensuite, j'ai montré le violon à Mouri-san qui venait tout juste d'arriver et c'est à ce moment-là que l'incendie s'est déclaré.

La gouvernante conclut en disant que c'est à cet instant qu'elle avait rangé le violon à sa place.

Si on prenait donc tout ça en compte, il y avait des chances que la personne qui ait fait l'échange soit l'un des membres de la maison.

- Mais peu importe inspecteur ! s'exclama Mouri avec un sourire qui énerva Megure. L'original a repris sa place et ce gamin n'a pas bien cherché, il ne fait qu'inventer des histoires !

Conan lui en ferait bouffer s'il le pouvait.

- Nous sommes tout de même face à une énigme ! insista le garnement.

Kogoro s'énerva et pencha sa tête vers le garçon pour lui gueuler dessus :

- ET POURQUOI !? LA PORTE D'ENTREE ET CELLE DE LA PIECE OU ETAIT CONSERVE LE VIOLON ETAIENT VERROUILLEES DE L'INTERIEUR, NON ? IL Y A MÊME UNE CHAISE POSEE PRES DE LA FENÊTRE ! IL NE PEUT S'AGIR QUE D'UN SUICIDE !

Plus calmement que le détective en colère, Megure vérifia toutes les options et se renseigna sur l'existence d'un double.

- Outre la clef que madame avait sur elle, il n'y a que mon passe-partout, répondit la gouvernante en montrant son trousseau.

L'autre clef, elle, on l'avait retrouvée dans les poches de la défunte. Il s'agissait d'un crime impossible.

- AH ! TU VOIS BIEN QUE CE NE SONT PAS DES MEURTRES EN SERIE ! pointa Kogoro à Conan.

Cela intrigua Megure. Il y avait d'autres morts ?

- Non ! rassura Kogoro en ébouriffant les cheveux de Conan avec un peu trop de force. Ce gamin divague complètement ! Il prétend que les initiales des membres disparus depuis trente ans suivent l'ordre alphabétique, ce qui prouverait qu'il s'agit de meurtres en série.

- Ah, se contenta de répondre Megure.

Et la colère revint à la surface parce que le détective n'avait pas fini de crier sur Conan.

- MAIS LA MORT ACCIDENTELLE DE GENZABURÔ, DONC G, EST SUIVIE DE CELLE D'AYANE-SAN, DONC A, QUI S'EST SUICIDEE ! AUTREMENT DIT, RIEN A VOIR !

Et Ran, merveilleuse Ran, lui coupa l'herbe sous le pied.

- Ano… « DEFGA », ça pourrait faire une gamme, non ? Le « Do, Re, Mi » italien donne « CDEFGAB » en anglais ? On parle dans ce cas de code C, non ?

Elle avait un bon point.

Cela faisait que le B serait le suivant.

- Benio Tsumagari, dit la gouvernante. Serai-je la prochaine sur la liste ? Quand j'ai commencé à travailler ici, il y a trente ans, monsieur m'a dit qu'avec moi, la boucle serait bouclée.

C'était bien beau ça, mais il restait une enquête à continuer. Megure renvoya tout le monde dans sa chambre pour laisser faire les experts.

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On trouva aisément la marque d'un pied de la défunte sur le rebord de la fenêtre, laissant penser qu'elle s'était jetée résolument dans le vide.

- Ne, Dawn ?

Red, assis sur une chaise de la chambre de la défunte, releva le nez quand son camarade vint le rejoindre.

- Tu voulais dire quoi tout à l'heure ? Avant que le Occhan ne dise des conneries ?

L'aveugle soupira et croisa ses bras sur un des accoudoirs avant d'y appuyer sa tête.

- Je voulais dire que c'était facile de faire croire qu'une porte est fermée de l'intérieur. Il suffit de tenir correctement la poignée pour faire une résistance, avant que ça ne cède soi-disant, puis mettre le verrou ensuite.

- On est d'accord que si ce que tu dis s'avère être ce qu'il s'est passé, ça ne laisse qu'un coupable.

- Ouais, malheureusement.

- T'as une idée de comment faire tomber une personne par une fenêtre sans être dans une pièce ?

- A part la tirer avec une corde, j'ai pas d'idée. Désolé.

- Pas grave, merci quand même.

Le détective se détourna de son camarade et regarda la chambre à la recherche d'une idée. Il pouvait expliquer comment Genzaburô était mort, mais pas Ayane.

Avec tout le monde concentré sur la fenêtre, Conan ne put s'empêcher de regarder dans la même direction. Il pencha la tête sur le côté en remarquant quelque chose sur un des carreaux et se rapprocha pour montrer sa trouvaille du doigt à un des experts qui identifia cela comme un bout de ruban adhésif. Et on trouva la même chose sur l'autre vitre.

Conan commençait à avoir une idée de ce qu'il s'était passé.

Il revint vers Red qui leva un sourcil de confusion.

- Dawn, j'ai besoin que tu te rappelles du suicide, lui dit Conan.

- Tu cherches quoi ? demanda le pirate.

- Un son. Dis-moi tout ce que tu as entendu en dehors du requiem, jusqu'à la mort de Ayane-san.

Le D. soupira et se redressa pour se laisser aller dans le dossier profond du siège, les yeux fermés de concentration.

- Je me souviens du violon. L'impact avec la table, je l'ai pas entendu, mais avec le sol, oui. J'ai senti Ayane traverser la pièce quand Haga-san s'est mis à jouer. Elle a tiré la chaise. Et y'a quelque chose qui a cogné le mur en même temps que les fenêtres, avant que la femme ne saute.

Un sourire se dessina sur les lèvres de Conan. Oui, il avait une idée.

- Merci, Dawn, je commence à comprendre ce qu'il s'est passé.

Et sans un mot de plus, il fila rejoindre les experts en bas dehors, en train de chercher des indices là où Ayane avait fini sa chute. Le corps n'était plus là, seulement la silhouette dessinée au scotch sur le sol. La question était prévisible :

- Mouri-san veut savoir si vous auriez pas trouver quoi que ce soit de bizarre ou de particulier ici ?

En réponse, on lui montra un petit morceau de bois plat avec des encoches sur une de ses arrêtes.

Un chevalet de violon. Le stradivarius et le faux violon les avaient tous les deux, il y avait donc un troisième violon. Il avait bien une idée, mais ça restait infaisable. C'est là que l'un des experts montra un autre sachet, contenant la pointe d'une baguette qui avait dû rouler par terre.

Maintenant qu'il y pensait…

En courant, il alla rejoindre le bâtiment incendié où il trouva encore des pompiers à qui la police avait demandé de rester sur place le temps de la fin de l'enquête. C'est à eux que Conan s'adressa.

- Vous auriez trouvé des baguettes ?

Les deux pompiers se regardèrent.

- De quel genre de baguette tu veux parler, petit ?

- La personne qui est morte ici était un chef d'orchestre, vous avez bien dû remarquer un étui pour ses baguettes quelque part, non ?

- Ah oui, en effet, mais il a brûlé. Il devait y avoir deux baguettes à l'intérieur.

- Et elles sont où ? pressa Conan.

- Nulle part, lui répondit le pompier.

- L'étui était vide, donc ? sourit froidement le détective.

- Exactement.

Bingo ! Il en était sûr. Maintenant, il fallait qu'il trouve la preuve qui expliquerait le truc de cette chambre close. Regardant le sol, Conan arpenta le plancher humide de ce qui fut la chambre de Genzaburô et remarqua un bout de métal tordu par terre. Il le ramassa. Oui, ça venait de la porte et c'était justement la preuve qu'il lui manquait.

Mais cela n'expliquait pas pourquoi on s'était donné cette peine d'aller d'agir quand le résultat revenait au même

Sans qu'il ne comprenne pourquoi, un souvenir lui revint à la surface. Il se rappelait de quand il était un vrai enfant, d'une fois où sa mère s'était mise au piano pour chanter. Elle s'était arrêtée quand elle avait remarqué l'expression perplexe de son fils…

Il avait sa réponse.

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Dans la chambre d'Ayane, Red commençait à avoir mal au crâne à force d'entendre Kogoro répéter encore et encore qu'ils perdaient leur temps à spéculer, que tout ça était qu'une triste histoire de suicide et qu'ils devraient boucler l'affaire.

Ce qui fut le plus drôle, c'est quand Kogoro se mit à bailler.

Tout le monde se figea et fixa le détective, le surprenant.

- Nanda ? demanda Kogoro.

- D'habitude, quand tu te mets à bailler avec ton drôle d'air, tu commences ta démonstration « endormie », lui expliqua Ran.

- Un drôle d'air, moi ?

- Oui, confirma Megure. Et vous faites toujours un drôle de bruit. Vous dîtes quelque chose comme Gah !

- Ne serait-ce pas plutôt Hips ? songea Takagi.

- Non, c'est Glou il me semble, proposa Ran.

Ce genre de débat stupide, Red les avait avec Thatch avec au minimum deux grammes d'alcool dans le sang… ou pour faire crisé un autre Commandant, généralement Jozu, parce que Marco se vengeait au lit, lui, quand il en était la victime.

Et la réponse leur vint de Conan qui endormit Kogoro avec sa montre.

- Nyoo… gémit l'homme en s'endormant avec une tête absolument stupide.

- Voilà ! C'est exactement ça ! s'exclama Ran en pointant le visage de son père du doigt.

Lentement, le corps de Kogoro cessa de lui répondre. Conan se contenta d'avancer une chaise et l'homme s'effondra endormi dedans avec un bras sur le dossier.

- Vous avez l'air bien content de vous dans cette position, maugréa Megure.

Red cacha sa tête dans ses bras. Comment avait-on pu ne pas encore réaliser le subterfuge ? C'était tellement flagrant.

- Evidemment que je suis content de moi, répondit Conan avec la voix de Kogoro en se cachant derrière le siège. J'ai résolu une énigme que vous n'êtes, après tout, pas capable de résoudre commissaire. Laissez-moi vous rappeler les faits de ces meurtres en séries qui ont eu lieu dans cette maison depuis deux ans maintenant.

- Vous parliez pourtant de suicide, rappela Megure.

Conan l'ignora.

- A partir de maintenant, disposez les choses de façon dont je vous l'indiquerai. Les installations devront être faites exactement comme je le demanderai. Et faîtes venir aussi les quatre suspects ici, sans oublier l'infâme instrument.

Takagi sortit son calepin pour prendre des notes, mais Conan avec une autre mission pour lui.

- Red-kun a besoin de bouger, accompagnez-le donc se dégourdir dans le couloir jusqu'à ce qu'on vous rappelle. Il a déjà failli tomber deux fois dans les escaliers aujourd'hui, évitons que ça se reproduise.

Perplexe, Takagi referma son calepin et obtempéra. Il alla rejoindre le garçon qui s'était levé de sa chaise et le conduisit dans le couloir. Le policier ferma la porte derrière eux et Red soupira en s'étirant avant de siffler.

- Pourquoi tu siffles ? s'enquit Takagi.

- L'écho. Il me permet d'avoir une idée de la place que j'ai pour faire mes quatre cents coups. Vous en faîtes pas pour moi, installez-vous juste au niveau de l'escalier que je sache par où je ne dois pas aller.

Il retira sa canne blanche de son dos et la jeta à Takagi qui la reçut avec étonnement.

- Elle est lourde, nota l'adulte.

- Ah bon ? s'étonna laconiquement le D.

Et sans autre commentaire, il leva les mains pour se laisser aller vers l'avant en un poirier et resta en équilibre sur ses mains avec aisance, ignorant le regard curieux et perplexe que le policier adressa à l'encre qui fut légèrement dévoilée dans son dos quand son sweat glissa. En sifflotant, le pirate commença son avancée acrobatique dans le couloir, suivi par l'inspecteur perplexe, à la fois du comportement de l'enfant, mais aussi de ce que mijotait Kogoro.

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Tout avait été mis en place et on avait tiré les rideaux pour cacher les préparations. Ainsi, quand les suspects arrivèrent avec le violon, il était temps de commencer la révélation.

- Je sais qui est le meurtrier, leur dit d'emblée Conan avec la voix de Kogoro.

- Il s'agit donc bien de meurtres en série, finalement ? s'enquit Haga avec un étrange calme.

- Oncle Genzaburô et grand-mère ont eux aussi été assassinés ? demanda Hasuki avec émotion.

- Oui, confirma le détective. Tous ont été tués par une seule et même personne. Emi-san, morte il y a deux ans dans les escaliers, ainsi que Furuto-san et sa chute fatale de la véranda, font eux aussi partie des victimes.

- Vraiment ? souffla Hasuki.

- Pourquoi avez-vous besoin du stradivarius ? demanda le doyen qui tenait le violon contre lui d'un air possessif.

- Parce qu'il a compris, il sait qui l'a remplacé par une copie avant de venir le replacer, lui dit la gouvernante.

- Non, réfuta Conan. Je voudrais vous faire écouter un morceau avant de vous exposer mon raisonnement. Un prélude à la résolution de cette affaire.

Qu'est-ce que c'était que cette demande ?! Même Ran était offensée par la démarche. Il s'agissait d'un stradivarius, pas d'un jouet.

- Je voudrais rejouer comme je l'ai fait devant vous, Hasuki-san, vous permettez ?

Ce n'était pas de l'art, il ne valait peut-être mieux pas qu'il recommence.

- Il vaudrait mieux en rester là, recommanda maladroitement la demoiselle.

- ABSOLUMENT ! renchérit le doyen. SI JE LE PRÊTE A UN AMATEUR ET QU'IL L'ABÎME, QU'ADVIENDRA-T-Il ?!

Et Haga, dans son calme typique, prit la défense de Kogoro :

- Pourquoi ne pas faire ce qu'il demande ? Il a sans doute une idée derrière la tête. A moins que vous ayez une raison particulière de refuser, Chôichirô-ji-san ?

- Mais pas du tout, se défendit faiblement le vieillard.

Haga tendit une main et avec réluctance, le précieux violon changea de main. Tenant l'objet avec précaution, le génie de la musique s'avança et offrit l'instrument à Kogoro.

- Tenez, montrez-nous vos talents.

Kogoro ne prit pas l'instrument.

- C'est vous, Haga Kyôsuke, qui avez échangé les violons, lui dit calmement Conan avec la voix du détective.

- Pardon ? Mais je vous le donne parce que vous vouliez jouer…

- C'est certainement ainsi que vous avez fait l'échange. D'abord, vous êtes venu l'accorder dans cette chambre, vous l'avez passé à Hasuki et le feu s'est déclaré alors qu'elle était en train de me le montrer. Et voyant qu'il trainait sur la table, Tsumagari-san est allée le ranger. Si l'auteur de cet échange était elle ou Choïchiro-san, qui avait lui aussi accès à la pièce sécurisée, celui-ci a eu lieu après que j'ai joué du violon devant Hasuki-san. Donc, si j'ai bien joué sur l'original et que l'on y retrouve mes empreintes, il s'agira bel et bien de l'un d'eux. Dans un cas, comme dans l'autre, le coupable devait faire en sorte que je le touche, afin de tricher sur le moment où il a laissé ses empreintes. De même, si l'auteur de l'échange est Kyôsuke-san ou Hasuki-san, l'absence de mes empreintes sur l'original aurait signifié que les violons ont été intervertis avant que je ne commence à jouer, ce qui aurait aussitôt révélé la vérité. Or, alors que l'autorisation m'en avait été refusée, Kyôsuke-san a persuadé son oncle de me laisser jouer. Vous voyez, mon cher, cela prouve que vous êtes l'auteur de tous ces meurtres.

Personne n'arrivait à le croire, il était la dernière personne qui aurait pu faire ça !

- Et si les violons avaient déjà été échangés avant que le jeune maître Kyôsuke ne vienne l'accorder ? tenta de défendre la gouvernante.

- Non, il a une telle oreille qu'il peut distinguer un instrument authentique d'une copie rien qu'en jouant.

- Pourquoi cela ferait-il de lui un meurtrier ? demanda Megure qui était resté silencieux jusqu'à présent. La chambre d'Ayane-san était fermée de l'intérieur. Ce qui était aussi le cas pour la chambre de Genzaburô-san.

- Même l'autre aveugle a compris l'astuce sans même voire comment ça s'est passé. Oi, gamin, montre-leur !

Répondant à sa propre injonction, Conan remit son nœud en place et sortit de derrière la chaise et tendit à Megure le morceau de métal qu'il avait ramassé dans l'autre partie du bâtiment, le tenant dans le creux d'un mouchoir.

- Regardez, dit-il en souriant. Cette pièce de métal faisait partie du mécanisme de fermeture de la porte de la chambre de Genzaburô-san. Elle s'est tordue uniquement pour le trou de la partie supérieure, si elle avait sauté au moment où nous avons enfoncé la porte, les deux côtés devraient être tordus, n'est-ce pas ? Quand nous l'avons trouvé, les pompiers l'ont bien dit ! Le système de fermeture de cette porte comprend un bouton en haut et un loquet en bas. Selon la direction dans laquelle on a essayé de tourner le bouton, il se peut qu'elle ne s'ouvre pas. Donc, il se peut qu'elle n'ait pas été fermée à clef quand nous l'avons enfoncée !

Il se tourna vers Kogoro et retourna se cacher derrière lui pour reprendre son manège avec la voix du détective :

- Quand nous sommes entrés dans la chambre, nous avons vu qu'elle était fermée à clef car Kyôsuke-san venait de le faire. Il nous a fait croire qu'elle était fermée et nous l'avons enfoncé, nous empêchant ainsi de sauver Genzaburô-san consumé par les flammes.

- Je vois, mais quel est le rapport avec l'échange des violons ? demanda Megure.

- Ce procédé a servi à inciter Ayane-san à sauter.

- Mais il était justement en train de jouer dans la pièce en dessous !

- C'était un piège, afin d'attirer Ayane-san vers la fenêtre. Essayez d'imaginer la scène ; Ayane-san voit que le stradivarius qui lui rappelait tant son fils a été remplacé par une copie, cela la met en colère et elle casse le faux. Puis, elle entend cette si belle mélodie. Elle se tourne alors vers la fenêtre…

Conan garda son dos face à tout le monde alors qu'il allait ouvrir les rideaux.

- Imaginez ce qu'elle ressent quand elle voit ceci !

Dehors, accroché à la fenêtre par on ne sait quel tour, tout le monde pouvait voir le dos d'un violon.

- Elle a dû penser qu'il s'agissait du vrai stradivarius. Oui, d'autant plus si le violon, avec lequel Kyôsuke-san jouait, se trouvait être ce même stradivarius. Elle a approché une chaise, enlevé le loquet en haut de la fenêtre et elle a commis l'erreur de vouloir le récupérer.

- Comment a-t-elle pu tomber aussi facilement ? demanda Megure.

- Eh bien, faisons une expérience avec Takagi-san, proposa Conan.

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Pour la énième fois, Takagi ne pouvait que rester pantois. Malgré son handicap, Red avait une mobilité incroyable, restant capable de reproduire des déplacements de Free Running avec une certaine aisance, sans parler de sa force et de son équilibre. Encore une fois, il se demandait comment un garçon aussi mobile et futé avait réussi à se faire prendre ses yeux de façon aussi barbare, sans parler de son affinité avec le feu.

- Ne, Takagi-san. Je peux vous poser une question un peu personnelle ? demanda Red alors qu'il s'était remis en position du poirier.

- Est-ce que tu répondras aux miennes ? s'enquit l'inspecteur.

L'enfant eut un reniflement narquois tellement typique d'un adulte que ça en faisait peur.

- Je vous aime bien, donc, je vous accorde une question, mais qu'une seule, alors, réfléchissez bien.

C'était déjà pas mal. Il devrait donc réfléchir à la bonne question parmi toutes celles qu'il voulait lui poser.

- Tu voulais savoir quoi ?

Red cessa son poirier et vint s'asseoir dans l'escalier à côté de l'inspecteur, croisant ses bras sur ses genoux, le visage tourné devant lui.

- Admettons… commença l'enfant avec précaution. Admettons que… que l'homme le plus dangereux, la pire crapule de ce monde… ait un enfant…

- Eh bien ?

- Est-ce… est-ce que vous pensez que cet enfant a le droit de vivre ?

- Bien sûr, répondit le policier sans la moindre hésitation. Dans mon humble avis, il n'a rien à voir avec les actes de son père, il a droit à sa chance. Tous les enfants naissent au monde innocent. C'est le reste, le monde, l'éducation, l'entourage, qui fait qu'il devient quelqu'un de bien, ou s'il suivra la voie de son père. On n'a pas à le juger coupable pour son père, l'enfant lui-même n'a pas à se cacher derrière son géniteur pour se justifier, sauf s'il est menacé ou contraint d'une façon ou d'une autre.

- Vous… vous êtes sincère ?

- Totalement.

Une étrange expression passa sur le visage de Red si vite que Takagi n'eut pas le temps de l'identifier. En partie parce que l'enfant baissa ses lunettes sur ses yeux, rendant son expression encore plus indéchiffrable.

- Vous avez choisi votre question ? s'enquit plaisamment le gamin avec une voix neutre.

Il y avait quelque chose dans son sourire… le policier n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Il soupira et réfléchit intensément. Il en avait tellement. Qui est-il vraiment ? Est-il un vrai enfant ? D'où sortait-il puisqu'aucune enquête n'avait permis de retrouver la moindre information sur son sujet, ou au sujet de son camarade Thatch, pas plus que sur Conan ? Et il y avait ses dons aussi, personne ne devrait pouvoir se changer en feu ou le contrôler comme il le faisait ! Et il y avait aussi l'affaire de ses yeux. Comment avait-il pu survivre à une blessure pareille ? Qui la lui avait réellement infligée ?

En grognant, l'inspecteur se frotta la tête avant de soupirer. Autant commencer par le plus bizarre.

- Comment formuler… grinça l'inspecteur. D'où… d'où te vienne tes dons ?

- Mes dons ? Vous parlez des flammes ou de mes capacités physiques hors normes ? se fit confirmer le D. en fronçant les sourcils. Parce que si c'est le second cas, je vous assure que c'est rien d'extraordinaire et que c'est juste le résultat d'un entraînement de barbare.

Il n'avait encore jamais utilisé le Haki devant Takagi qu'il se souvienne, donc, c'était à exclure.

- Tes flammes, précisa l'inspecteur.

- Je pourrais vous dire l'origine, mais ce n'est pas quelque chose que vous pouvez demander à droite ou à gauche pour savoir d'où ça sort. Sans compter que tout ce qui entoure l'origine pourrait vous paraître invraisemblable et remettre en doute tout ce que je raconte.

- C'est déjà dur à croire ce que tu es capable de faire, Red-kun, et les preuves physiques ainsi que les témoins tel que ton ami ou Conan-kun sont tout ce qui me permet de dire que je n'ai pas tout simplement halluciné.

L'enfant ricana en secouant la tête.

- J'vous accorde le point. Alors, déjà, deux points. Le premier, ce n'est pas quelque chose avec lequel je suis né. Seconde chose, je ne suis pas le seul à avoir ce genre de don. Et j'ai bien dit ce genre. Pas spécifiquement les flammes, mais il y a beaucoup de pouvoirs qui ont la même origine que la mienne. Par exemple Iro. Vous vous souvenez de la panthère, n'est-ce pas ? Eh bien, sa particularité est de pouvoir changé de couleur à volonté. Mieux qu'un caméléon.

Takagi resta totalement pantois. Il avait beau dire que le cas de Red était déjà assez incroyable, mais là, il commençait à se dire qu'il avait peut-être sous-estimé cette affaire.

- L'origine de ces dons vient de ce qu'on appelle des akuma no mi. L'une des légendes à son sujet raconte que c'est un cadeau du démon des océans aux mortels. Quiconque mangerait au moins une bouchée d'un de ces fruits se verra doter d'un pouvoir, mais en échange, il sera maudit par l'océan. On nous appelle les noryokusha pour certains, voire devil's user pour d'autres.

- Un fruit ? répéta Takagi d'un air dubitatif.

- Yup. Quand un akuma no mi se forme, un fruit tout à fait banal se déforme et commence à prendre des caractéristiques étranges. Que ce soit la forme, la couleur ou le relief. Sans parler du goût qui est infect dans tous les cas. A moins d'avoir un bon instinct, une encyclopédie ou tomber sur quelque chose d'évident, rien ne dit le genre de pouvoir que nous réserve le fruit entre nos mains. Tout, je dis bien tout est possible. Tout ce que vous pouvez imaginer et tout ce qui dépasse votre imagination. On a trois catégories bien définies. Logia pour tout ce qui se rapporte aux éléments étendus : sables, feu, lumière, eau, glace, fumée, obscurité… vous avez compris la logique.

- Ce que tu es, comprit surtout Takagi.

- Yup. Et sauf une exception, on est intangible, à moins que nos dons soient annulés. Et si malgré tout, on arrive à être blessé, on pourra immédiatement se régénérer. Conclusion, j'ai perdu mes yeux parce que je n'avais plus accès à mes flammes et quand j'ai pu de nouveau les utiliser, il était trop tard.

Cela répondait déjà en partie à une autre question de Takagi, mais en ouvrait des tas d'autres.

- Ensuite, on a les zoan pour tout ce qui se rapporte aux animaux et insectes. Dedans, on a un autre système de classification. Un très large entre les prédateurs et les proies, ou plutôt carnivore et herbivore. On considère les prédateurs comme les plus dangereux, et avec raison. Cependant, en plus, y'a une autre échelle de puissance et de rareté. On a les zoan préhistorique, oui, je confirme, des gens peuvent se transformer en dinosaures. Les zoans divins, une de mes amies que vous ne connaissez pas est la femme Quetzalcóatl, avec des dons qui se rapportent à la divinité en question et aussi des zoans mythiques, et là encore, je suis très familier avec un homme-phénix qui peut se prendre une balle dans le crâne et se relever juste en suivant pour donner un bon coup de serre à celui qui l'a attaqué. Le reste, comme le changement de couleur de Iro, c'est dans la catégorie fourre-tout de paramecia.

C'était… tiré par les cheveux. Incroyablement bizarre et étrange.

- Donc, il existe quelqu'un qui a un pouvoir sur… je sais pas… les mochis ? demanda le policier vraiment dubitatif.

- L'homme-mochi existe et il s'appelle Katakuri. Il peut créer des mochis et son corps peut avoir les mêmes propriétés, à savoir, s'allonger, se déformer etc etc, sans qu'il ne perçoive autre chose que peut-être une gêne passagère.

Takagi tira une tête de six pieds de long en réalisant qu'il s'était fait avoir à son propre piège.

- Et donc toi, tu contrôles le feu ?

- Jusqu'à ma mort, je serai le seul homme-feu. Des personnes pourront avoir des dons semblables ou même imiter ce que je peux faire, mais le feu pur, je reste le seul. Quand je disparaîtrais, un autre fruit se formera pour recommencer le cycle. Je suis le maître du feu, le feu en personne.

- Donc, si tu le voulais, tu aurais pu éteindre l'incendie, non ?

- Oui. Mais je ne l'ai pas fait parce que ça aurait attiré l'attention des mauvaises personnes et que j'ai quelque chose à protéger qui est ma priorité par rapport à un homme qui avait déjà bien vécu. Oui, j'ai un sens des priorités et une moral tordu, ce n'est pas nouveau. Nous en avons fini.

Red se leva tranquillement alors que Megure ouvrait justement la porte de la chambre de la défunte à l'autre bout du couloir.

- Takagi-kun, nous avons besoin de toi.

- J'arrive Megure-kebu.

Takagi se leva et alla rejoindre la chambre avec quelques réponses et encore plus de questions dans la tête.

Conan se tenait sur le tapis à proximité de la porte quand le jeune inspecteur entra.

- Ne, Takagi-san, pendant ses explications, Kogoro-ji-san a coincé le stradivarius dehors, vous pouvez le décrocher ?

Et il pointa la fenêtre avec le violon accroché en haut des vitres, à l'extérieure. Ce fut la panique pour l'inspecteur.

- Vous êtes grand, vous devriez pouvoir le récupérer, insista Conan.

- Peut-être qu'en ouvrant la fenêtre… supposa le brun.

Il la déverrouilla et jeta un regard suspect à Megure et quelques policiers qui le fixaient avec un peu trop d'intensité à proximité.

- Ce n'est pas un piège, n'est-ce pas ? se fit confirmer l'inspecteur soupçonneux.

- Non non ! rassura son chef. Cependant, faîtes attention, c'est une pièce qui vaut apparemment plusieurs centaines de millions de yens !

- Ah mais s'il tombe, je n'y suis pour rien !

Et il poussa les battant. A sa plus grande surprise, le violon s'éloigna, restant hors de sa portée. Il se pencha vers le dehors en tendant un bras pour essayer de l'attraper mais l'instrument continua de reculer, faisant que Takagi manqua de tomber dans le vide. Il fut rattrapé juste à temps par ses collègues policiers qui le ramenèrent dans la chambre.

- Il…il…il a bougé tout seul… le violon a bougé ! s'exclama-t-il.

Il n'avait pas besoin de ça après la discussion surréelle qu'il avait eue avec Red !

Puis, il réalisa qu'on avait accroché des baguettes sur la rainure du haut des fenêtres et que le violon était suspendu à l'une d'elle et n'avait, en faîte, fait que suivre les mouvements de la fenêtre.

C'était facile à présent de comprendre pourquoi Ayane avait sauté. Quelqu'un avait attaché ce qu'elle avait cru être le stradivarius à l'extérieur avec du fil, qu'il avait passé autour de deux baguettes qui se croisaient. Si pour la démonstration, ils avaient pris des baguettes longues servant à la cuisine, celles utilisaient durant le meurtre étaient celles de chef d'orchestre de Genzaburô. Longues, fines et souples, elles n'auraient pas tenu le poids de l'instrument et il serait automatiquement tombé. En rajoutant un autre fil qui relié la fenêtre et le violon, il avait la possibilité d'empêcher que l'instrument ne chute trop bas et il pouvait le récupérer et le faire disparaître en toute discrétion pendant que tout le monde se concentrait sur ce qu'il s'était passé. Les baguettes ayant été rattachées à du ruban adhésif et reliées à un fil par en-dessous, il n'avait eu qu'à tirer sur la ficelle pour les récupérer.

- Le bruit étrange que nous avons entendu avant la chute d'Ayane-san était celui du violon qui percutait le mur, reprit Conan avec la voix de Kogoro. Les éléments tombés à côté de la grand-mère en sont les preuves. D'une part, le chevalet du violon qui s'est enlevé au moment où l'instrument a tapé contre le mur, cassant les cordes au passage. Et d'autre part, la pointe d'une des baguettes qui a dû se briser à force de se tordre. Kyôsuke-san a installé ce dispositif quand il est venu ici accorder le stradivarius. C'est aussi à ce moment qu'il a échangé les deux violons. Les baguettes et le violon qu'il a récupérés sont sûrement cachés dans la pièce en dessous et ils portent ses empreintes. Il n'a pu réfléchir au moyen de faire disparaître ses empreintes ou cacher ces éléments car il voulait être présent aux côtés d'Hasuki-san qui était effondrée.

- Non ! C'est impossible ! refusa cette dernière avec véhémence. Kyôsuke-ji-san n'est pas un meurtrier ! Il a sauvé grand-mère au moment de l'incendie ! Pourquoi l'aurait-il tuée ensuite ?!

- En tant que musicienne, vous devez connaître cette règle de la gamme. Jouer deux notes qui se suivent…

- …provoque une dissonance, compléta calmement Kyôsuke. Le son produit est donc très désagréable.

- Alors vous avez sauvé Ayane-san parce que vous ne vouliez pas que A meure en même temps que G ?! s'étrangla Ran.

- Exact.

- Au mépris de leur vie !? gronda Megure.

L'homme à l'oreille absolue se tourna vers le doyen.

- Ces mots sont aussi valables pour Chôhichirô-ji-san. Il a laissé mon père mourir de ses blessures ainsi que ma mère qui est morte d'épuisement.

En se déplaçant lentement dans la chambre, il raconta qu'il y a deux ans, on lui avait demandé d'accorder le stradivarius pour l'anniversaire du doyen. Cependant, la sensation et le son lui avaient rappelé un violon identique que son père lui avait offert quand il était tout petit. Il en avait discuté auprès de sa tante Emi qui lui avait raconté la triste histoire. Il y a trente ans, pour l'anniversaire du doyen, on avait demandé au père de Kyôsuke le stradivarius pour que Furuto puisse jouer un morceau pour Chôichirô. Cependant, celui-ci avait été tellement charmé qu'il avait refusé de le rendre et avait donné un faux à la place. Le père s'en était aperçu et cela avait mené à une dispute, durant laquelle il avait perdu l'équilibre dans l'escalier. Ses blessures avaient eu raison de sa vie quelqu'un temps plus tard. Pourquoi, parce que Chôhichirô n'avait pas appelé l'ambulance et avait rendu les invités complices de son méfait. Il avait fait passer l'accident pour un cambriolage qui avait mal tourné, demandant à ce qu'on l'attache lui et son épouse. En échange, ils auraient eu libre accès au violon qui serait désormais en possession du doyen.

Le plan s'était formé dans sa tête pendant qu'il contemplait la dépouille de sa tante qui, comme son père, avait loupé une marche durant une dispute.

Toujours en marchant vers la fenêtre, il commença à raconter l'idée en faisant toujours face à la pièce :

- Chinami, ma mère, est morte selon l'ordre de la gamme, alors, en énumérant dans cet ordre, ceux qui doivent mourir ensuite, si on a commencé par le C, la série doit se terminé par C. L'année dernière, après avoir poussé Furuto de la véranda, j'ai compris que le dernier C, Chôihichirô, ne tarderait pas à mourir à cause de sa maladie, alors, je me suis impatienté…

- Dans l'ordre CDEFGA, la lettre qui suit logiquement est H, comme Haga et non pas Hasuki, compléta Red. Mais je suis désolé de dire, mais la logique ne se poursuivra pas.

Le musicien se retourna pour voir l'enfant assis sur le rebord de la fenêtre, sa canne d'aveugle pendant entre ses jambes, faisant face à l'intérieur de la pièce.

- Vous avez ramené le stradivarius pour que tout le monde sache pour l'échange des violons. Hasuki-nee-san a subi la même perte que vous à cause de ce violon, elle en est la plus digne, n'est-ce pas ? Mais en vous suicidant, vous tombez au même niveau que ce vieillard cupide. Assumez vos actes, payez vos crimes. Prouvez que vous êtes mieux que celui qui vous a pris vos parents et ce cadeau si précieux, lui dit Red d'une voix dure.

L'homme soupira et baissa la tête avec un maigre rire.

- Prends soin des guitares, gamin. Je te les laisse toutes les deux.

Il se détourna de la fenêtre pour tendre ses poignets à Takagi qui lui passa les menottes.

- Red-kun, dis aux pompiers qu'ils peuvent remballer, demanda Conan avec la voix de Kogoro.

C'était sans compter sur l'Adrénaline Junkie qui se jeta en arrière pour la plus grande frayeur de tout le monde, et rebondit sur le drap que les pompiers gardaient tendu sous la fenêtre à la demande de Conan à la base.

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- Ano…

Conan avait suivi Takagi et Haga dehors alors que la police allait partir avec le meurtrier. Ils s'arrêtèrent un instant devant la voiture quand Conan interpella le musicien.

- Quand je vous ai fait écouter cette mélodie sur mon téléphone, vous m'avez bien dit que c'était vous, n'est-ce pas ? Vous avez dit cela parce que les notes faisaient H-A-G-A comme dans Haga ?

- Effectivement, répondit le musicien avec un sourire. Toi aussi tu as de l'oreille, petit.

- Alors c'est Si La Sol La !

- Arrête Conan-kun ! lui demanda Ran en le prenant dans ses bras.

Mais Conan ne pouvait pas laisser passer cette opportunité.

- Connaitriez-vous un morceau qui commence ainsi ? continua le petit détective. Un vieux morceau, peut-être un peu mélancolique. Une chanson triste il me semble…

C'était son dernier espoir, il ne pouvait pas le laisser filer. Et Haga ne le déçut pas.

- Eh bien, il s'agit probablement de celui-ci…

Et il commença à siffloter quelques notes avant de s'asseoir en souriant dans la voiture.

- Nanatsu no ko * ? reconnut Ran.

Dubitative, elle chanta les premières paroles :

- Karasu naze nakuno*

Elle sourit à Conan avec joie.

- Oui ! C'est bien cette chanson !

Mais le petit détective resta figé. Il était blanc. Comme la mort.

Il l'avait.

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AN 1 : Nanatsu no ko veut dire Les sept petits, c'est une chanson populaire pour enfants au Japon et elle est trouvable sur Youtube

AN 2: "Corbeau, pourquoi pleures-tu ?" c'est le premier couplet de la comptine.