Bonjour à tous !

J'espère que vous êtes toujours là, hyper, à attendre la suite, parce que ce que j'ai tant repoussé arriver enfin. Alors, comment va se passer la rencontre entre les deux Portgas ? Nous allons le savoir immédiatement. Il est temps de conclure de vol et ainsi, cette attente stressante !

N'hésitez pas à me faire part de vos retours, je les attends avec impatience !

Bises !

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Rouge s'en allait en humant doucement alors que Takagi essayait de comprendre ce que voulait dire Conan. Le tableau avait été volé après tout, impossible qu'il soit toujours dans la maison. Et pourquoi le voleur Hiken accepterait de le rendre ?

- Je suis certain que Hiken a pris les devants pour s'assurer qu'on le trouve plus facilement, justement. Il doit l'avoir laissé quelque part, pour nous, je suis persuadé que vous pouvez le retrouver.

Takagi était perplexe, mais soit, si le gosse croyait en lui. Alors, il tourna les talons et retourna en courant vers la maison.

- Vous direz aussi à Megure-keibu que Kogoro-jii-san va bientôt commencer son show, donc, personne ne doit entrer dans l'atelier à part lui et moi !

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Sauf qu'à côté, eh bien, Kogoro, il était avec Megure, donc, il entendit parfaitement. Et à sa connaissance, il n'avait aucun show de prévu. Alors, pour avoir une réponse à leurs questions, il fallait trouver Conan. Le gosse, lui, était dans l'atelier. Ce fut donc dans cette direction que se rendirent Kogoro et Ran.

Chiba ne les regarda pas partir. Non, lui, il se demandait ce qu'il avait pour se faire mitrailler par les flashs dès qu'il s'approchait d'une fenêtre. Juste à l'instant où Satô lui demanda si tout allait bien, une nouvelle rafale de photos l'aveugla à moitié. Ce qu'il ignorait, c'est que les journalistes avaient eu une info juteuse : l'inspecteur Chiba dans la maison était un faux, ils avaient trouvé le vrai endormi dans un sac de matériel. Conclusion, celui avec le reste de l'équipe ne pouvait être qu'un imposteur.

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Conan attendait à côté des policiers qui gardaient l'atelier. Quand il vit Kogoro arriver avec Ran, il leur fit un grand geste de la main en appelant le détective. Ran fonça sur le gamin et l'attrapa sous le bras alors que Kogoro s'adossait en baillant au linteau de la porte.

- J'ignore ce que tu as l'intention de faire, mais le KID est déjà parti ! reprocha Ran en saisissant le gosse. Tu dois laisser faire la police !

Conan se tortilla entre les bras de son amie d'enfance et parvint à avoir Kogoro dans son viseur pour lui tirer dessus. Droit dans la carotide, sa spécialité. L'adulte se laissa glisser le long du linteau de la porte jusqu'au sol. En un tour de main, il tira son nœud papillon déjà sur la voix du père de famille et commença à parler :

- Non, c'est inutile. Je sais ce qu'il s'est passé. Ran ! Va dire à Megure que s'il veut savoir la vérité, il n'a qu'à regarder les images de la caméra de surveillance de l'atelier !

Il était donc le temps pour Ran de relâcher Conan pour aller porter le message à Megure qui n'y comprit rien du tout. Jusqu'à ce qu'on lui donne les images en question de l'atelier à l'instant T.

Et ce fut le choc.

Le tableau était de retour.

C'est comme s'il n'avait jamais été volé. Il était toujours sur le chevalet, recouvert de son drap. Même le peintre n'en croyait pas ses yeux. Le téléphone à côté de l'ordinateur se manifesta, apparemment sur haut-parleur et la voix de Kogoro en sortit :

« En effet inspecteur, le tableau est là, et je dirais même qu'il n'a jamais été volé. On a fait en sorte qu'il apparaisse comme tel. »

- Ce n'est pas possible ! assura le peintre à côté de Megure. Je vous assure qu'il a disparu !

- Mouri, ce que montre la vidéo, ce doit être une peinture de la même taille sur laquelle on a jeté un tissu, grommela Megure.

« Venez donc vérifier ici, par vous-même. »

Et c'est avec un pas rapide que le groupe de policiers, avec le peintre sur les talons, se rendit vers l'atelier pour voir Mouri toujours assis dans l'encadrement de l'une des portes. La seule d'ouverte. Conan s'était caché derrière le détective pour continuer de parler avec sa voix :

- Voici l'authentique Vent Vert.

Alors, le groupe passa le seuil et entra dans la pièce pour voir le tableau en question. Pour rester sans voix devant la découverte. Il n'y avait pas de tableau. Seulement un bout de ficelle tendu entre la porte et la fenêtre sur lequel on avait jeté le tissu qui aurait dû servir à masquer le tableau et dessous, le chevalet. Tout pour donner l'illusion que la toile était à sa place, quand ce n'était pas le cas. Megure se rapprocha pour mieux voir.

- Mais c'est du fil de pêche !

Il souleva le drap dévoilant la supercherie.

- Je ne vois qu'un tissu posé sur un fil de pêche… où est le tableau ?

- C'est le même principe que le tour joué par Takaji-keiji. Si on regarde la feuille de papier journal qui a pris la forme du verre, on croit que le verre est dessous. En ayant placé ce tissu sur le fil de pêche tendu, juste au-dessus du chevalet, on a ainsi l'illusion que le tableau est bien là. C'est une astuce très simple qui marche parce que le fil de pêche ne se voit pas sur les images filmées par la caméra de surveillance, expliqua Conan de derrière Mouri.

- Pourtant, quand l'inspecteur Nakamori et ses hommes ont défoncé la porte, il n'y avait pas de fil !

- Le meurtrier a fait en sorte qu'il disparaisse. Il a d'abord fait une boucle à une extrémité du fil, l'a accroché à l'écrou de la porte qu'il a fermée à clef, pour ensuite faire passer le fil juste au-dessus du chevalier.

Conan bougea la tête de Kogoro pour lui faire désigner la fenêtre à laquelle était relié l'autre bout du fil qui passait devant deux pots de pinceaux entassés l'un sur l'autre devant la rainure de la fenêtre.

- Il a rempli les deux boites de pinceaux et a fait passer le fil à travers afin de palier la différence de hauteur entre la fenêtre et la serrure, et ainsi, mettre le fil à l'horizontale. Pour garder le fil bien raide, il a placé un hameçon à l'autre bout qu'il a placé dans le petit trou fait préalablement dans une pierre. Pierre qu'il a sorti par la fenêtre, donc, le fil était bien tendu. Ensuite, il a posé un tissu sur le fil tendu au-dessus du chevalet où était placé Vent Vert avant d'être présenté au public dès qu'il serait achevé. Puis pendant la panne de courant, il a suffi d'enfoncer la porte à laquelle était accroché le fil. Allez-y messieurs.

C'était le signal pour les deux autres gardes devant la seconde porte. A trois, ils enfoncèrent la porte. Dès l'ouverture, le fil se décrocha du verrou. Le poids de la pierre fit le reste du travail, attirant le fil vers l'extérieur, attirant légèrement le bout du tissu qui glissa légèrement avant d'être retenu à un bout du chevalet l'empêchant de tomber par terre. Mais le fil continua son voyage, passant à travers les pots de pinceaux qui percutèrent la fenêtre, la poussant à s'ouvrir. Ainsi, le tout finit par terre, sous la fenêtre, au pied des gardes mobiles qui surveillaient le bas de la maison. Quelqu'un ne connaissant pas le truc croirait naïvement que les pinceaux étaient tombés quand quelqu'un avait pris la fuite par la fenêtre en emportant le tableau.

- Le fil et la pierre utilisés par le meurtrier ont été retrouvés par Conan-kun et Minaguchi-san en bas de la maison, puisqu'elle a bien voulu me fournir son assistance dans l'affaire pour ne pas alerter le meurtrier, justifia Conan.

- Pourquoi ces éléments n'ont-ils pas été découverts tout de suite comme l'ont été les boites à pinceaux et les pinceaux eux-mêmes ? demanda Satô en parlant pour la première fois.

- Quand des choses tombent dans l'obscurité, il faut les chercher en éclairant le sol avec une lampe. Des boites et des pinceaux ne sont pas censés se trouver là, donc, il est facile de les trouver. Mais comme il y a un lac près d'ici, où l'on peut pêcher, il est normal de trouver du fil de pêche, rien de suspect à première vue donc. Et comme le bas de la maison est envahi de pierres, il est presque impossible d'en discerner une qui serait tombée de la fenêtre. Autrement dit, Inspecteur Satô, même si on croyait que ces éléments n'étaient pas là, ils l'étaient bel et bien !

- Mais quand et comment quelqu'un a-t-il pu installer ce dispositif ? demanda Megure en fixant avec colère le chevalet vide.

- Quand Oikawa-san a demandé d'éteindre la caméra, au moment de retoucher une dernière fois son œuvre, répondit Conan.

Tout le monde se tourna vers le peintre qui fit de son mieux pour garder sa contenance.

- Il a fait croire que le tableau qui n'a jamais été là a été volé, et c'est lui aussi qui a tranché la gorge de son beau-père à l'aide d'un couteau pendant la panne de courant. La preuve en est qu'au moment de retoucher votre œuvre, vous avez entrouvert la porte incriminée et avez demandé spécifiquement au garde mobile de ne pas regarder dans la pièce. Sans ça, vous n'auriez pas pu accrocher la boucle du fil au verrou de la porte.

Et comme toujours, la personne qu'il incriminait tenta le bluff pour se sortir d'affaire. Un jour, les coupables accepteraient de se rendre sans discuter. Du moins, il l'espérait.

- Qu'est-ce que vous racontez, Mouri-san ? se moqua presque Oikawa. J'ai simplement dit cela pour que mon œuvre ne soit pas vue avant d'être achevée. De plus, quand j'ai voulu que mon beau-père sorte de l'atelier une fois mon œuvre terminée, il a continué à avancer et il est entré tout seul, n'est-ce pas ? Il a dit vouloir la surveiller lui-même, pourquoi aurais-je fait une chose pareille ?

- Non, ceci était votre version des faits. Kanbara-san vous a répété maintes fois qu'il avait à vous parler et vous l'avez rejeté, faisant ainsi en sorte de le faire venir à l'atelier. Là-bas vous pourriez parler en tête à tête, réfuta le petit détective. C'est alors que vous l'avez assommé avec l'arme de décharge électrique. Ensuite, vous avez attendu l'heure que vous aviez programmée sur la minuterie réglant l'électricité. Vous deviez profiter de l'extinction des feux pour aller trouver l'inspecteur Nakamori et lui demander de tenter de convaincre votre beau-père de sortir de l'atelier. Quand vous êtes entré dans l'atelier à la suite de la police, qui avait enfoncé la porte, vous vous êtes immédiatement approché de la victime qui gisait au sol, assommée et vous l'avez achevé en lui tranchant la gorge avec un couteau.

Oikawa se permit de rire.

- Je suis désolé, mais c'est absurde ! sourit-il. Je n'avais pas de lumière à ce moment-là. Impossible de savoir où était mon beau-père dans l'atelier. Comment diable aurais-je pu le voir et le tuer sans lumière ?

Pour toute réponse, Conan appuya sur l'interrupteur, éteignant la lumière.

- Vous le pouviez, même sans lumière.

Et il composa le numéro du défunt sur son téléphone. Rouge avait fait la négociation avec lui pour le tableau, à la base, simple de l'obtenir donc.

Dans la pièce obscure, un téléphone sonna. Tout le monde regarda son téléphone, mais la réponse leur vint de la veste de Oikawa. Quand celui-ci sortit son téléphone noir, une lumière provenant de l'écran et de la diode servant au flash l'éclaira.

- Avec un téléphone mobile, c'est possible, conclut Conan.

Et il ralluma la lumière.

- Vous l'avez posé sur Kanbara-san alors que vous l'aviez assommé et ensuite, vous avez appelé ce téléphone dans l'obscurité. Il a clignoté, vous permettant ainsi de localiser votre victime. La trace en V au niveau du cou de Kanbara-san en est la preuve. Vous avez fait en sorte qu'il ne sonne pas pour que la police, concentrée sur les bruits des pinceaux et des boites, ne remarque pas la petite lumière.

Il était temps d'apporter la touche finale à cette déduction :

- Oikawa-san, vous avez deux téléphones mobiles, n'est-ce pas ? Un pour les affaires privées, blanc, et un pour le travail, qui est noir. Et en dépit du fait que vous ayez vos deux téléphones sur vous, vous avez répondu à un appel de votre jeune frère sur le téléphone noir servant normalement au travail. La question est donc de savoir si le téléphone blanc, qui porte des traces de sang, vous appartient réellement. Je me doute bien que la mémoire a dû en être effacée, mais la police n'aura pas de mal à savoir qui est le propriétaire de ce téléphone et de qui est provenu l'appel reçu pendant la panne de courant.

Il passa enfin aux aveux.

Il l'avait tué par vengeance, parce que l'homme l'avait forcé à peindre une peinture sur le vent alors que sa femme venait de mourir. Normalement, sa série était composée de trois tableaux. Neige, Lune et Fleur afin d'évoquer la beauté de la nature. Blancheur n'évoquait, à la base, pas l'oiseau, mais la neige. Seulement, c'était son beau-père qui était allé raconter aux Suzuki, qui avaient fait acquisition des toiles Chatoiements et Dorure aux enchères, que s'ils payaient encore plus cher pour Blancheur, l'œuvre suivante, Vent Vert, leur serait vendue en exclusivité. Il avait menti en évoquant Les Splendeurs de la Nature. Même si cela devait payer les frais d'hôpitaux pour sa femme qui se mourrait, ça restait un geste cruel de lui demander de prendre un pinceau dans cette situation et de faire cette toile en question. Puis, l'épouse passa l'arme à gauche, et le peintre n'était plus en état de peindre Vent Vert. Il avait alors songé à l'idée de faire disparaître le tableau, mais c'est là que son beau-père lui avait sorti qu'il avait une meilleure idée.

- Il avait l'intention de tout révéler ! s'écria avec colère Oikawara. Dire que Vent Vert n'avait jamais existé et que c'est moi qui avais inventé le message de KID ! Sans penser une seule seconde qu'ainsi, mon nom serait sali et ma carrière finirait aux oubliettes !

- Je pense que vous faîtes fausse route, informa Takagi en arrivant dans la pièce avec quelque chose entre les mains.

Personne ne parvenait à prononcer un mot devant la toile que le policier avait entre les mains. Une toile montrant des arbres ployant sous un vent léger et un soleil estival.

- Le vent du début de l'été qui fait s'envoler les feuilles vertes… Vent Vert. Ce tableau est d'autant plus différent des trois premiers qu'il a été peint par le maître de la peinture de paysages, Kanbara-san en personnes, expliqua le policier.

Et il donna la toile à Oikawa qui n'en croyait pas ses yeux.

- C'est impossible ! Il avait mal à la main, il ne pouvait pas peindre.

- Vous êtes un bien piètre peintre, commenta Hiken.

La voix sortait de nulle part. Tout le monde chercha son origine, sans la trouver. Le regard de Conan s'arrêta sur une bougie installée dans un discret coin de la pièce. La flamme ondulait de façon irrégulière, avant de prendre brutalement en puissance. Et juste en suivant, la voix d'Ace se remanifesta :

- Me cherchez pas, je suis déjà loin mais rien ne m'empêche de m'intéresser à ce qu'il se passe ici. Si vous étiez un peu plus attentif, vous auriez remarqué et reconnu la marque au pouce de la main gauche de votre beau-père. Cette trace de forme ovale est faite par une palette de peinture. J'ai trouvé cette toile dans le coffre-fort de sa chambre en compagnie d'un pinceau qui portait clairement des traces de dents. Ce qui veut dire que la toile que vous avez entre les mains a été faite par lui, qui tenait son pinceau avec sa bouche. J'ai laissé tout ça dans le coffre, et celui-ci ouvert, dans l'espoir que quelqu'un le trouve.

Et la flamme retrouva un aspect normal.

- De toute évidence, il a fait son possible pour peindre dans votre style, pointa Takagi à Kanbara.

- Le problème réside dans le fait que cette toile, même si elle a été faite avec le plus grand des talents, reste une copie, pas un de vos originaux. Minaguchi-san a l'œil assez fin, elle aurait vu aisément la supercherie. Et votre nom aurait fini par être trainé dans la boue, reprit Conan avec la voix de Mouri.

Devant la toile que son beau-père avait peinte, Oikawara se retenait de pleurer, ne sachant que faire ou penser devant la réalisation de son geste absurde.

- Pour un tableau peint avec la bouche, je le trouve plutôt vif, commenta Megure. J'aime bien cette version de Vent Vert.

- Certainement parce que c'est la même intention qui animé le peintre, derrière. Ce désir fou d'aider quelqu'un. C'était ce qui avait motivé les trois autres, pointa Ace. Je vous dis à une prochaine fois messieurs dames.

Cela sembla réveiller Megure qui ordonna aux hommes sur place de lancer une fouille complète de la maison. Peine perdue. Qui passerait des menottes à une bougie ?

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Après avoir constaté que Hiken ne semblait pas être dans la maison, la police décida de quitter les lieux avec le coupable du crime. Takagi regarda le groupe partir et ouvrit une porte dans le couloir, revenant dans la pièce avec l'ordinateur qui avait servi à accéder à la caméra de surveillance. Il marcha calmement vers la fenêtre et l'ouvrit en grand.

- Tiens, Takagi-keiji, qu'est-ce que vous faîtes ?

L'officier se figea sous la surprise en reconnaissant la voix de Conan et se retourna pour faire face au gamin qui avançait vers lui avec calme, les mains dans les poches.

- Eh bien, je voulais juste sentir le vent du soir, prétexta le policier.

- Voyez-vous ça…

Un sourire féroce étira les lèvres de Conan.

- Et moi qui pensais que tu allais déployer tes ailes pour t'élancer dans les airs. Me serais-je fait des idées ?

Un sourire blasé apparut sur le visage de Takagi.

- Tu avais raison, je suis grillé depuis le début, dit KID en reprenant sa vraie voix malgré le déguisement qu'il portait toujours.

La porte se referma dans le dos de Conan, dévoilant Ace qui s'était caché derrière.

- Ce gosse est un manipulateur, tu aurais dû t'en douter, se contenta de dire l'aveugle en s'avançant dans la pièce en dispersant autour de lui ses lucioles de feu pour y voir correctement.

- Qu'est-ce qui m'a trahi ? s'enquit KID en revenant au petit détective qui activait avec ses talons la capacité spéciale de ses chaussures.

- Si je dis Haki, je doute que tu saches de quoi je parle, et on ne renifle pas, le pirate, c'est preuve de mauvaise éducation.

Au commentaire suite à son reniflement hilare, Ace se contenta de laisser échapper un maigre rire. Il n'avait aucune éducation, juste Makino qui lui avait appris un semblant de bonne manière.

- Cependant, j'aurais pu agir aussi par déduction. Tu ne pouvais pas être Nakamura, puisque Hiken ci-présent m'a dit que tu n'étais pas encore dans la maison quand le meurtre a été commis. Lui, il était déjà là, ce qui le mettait hors de soupçon, surtout qu'il est parti peu après. Il restait donc ce tour de passe-passe que tu as sorti. Tu n'avais aucune raison de savoir quel truc avait utilisé Megure durant la fête de Nouvel An de la première division, quand il était jeune. Satô-san le connaissait parce que c'était une histoire que lui avait raconté son défunt père, mort il y a dix-huit ans en mission. Elle n'était donc pas suspecte. Il restait Chiba, suspect parfait, qu'on a retrouvé dans un sac près du camion de la Nichiuri TV. On est entouré de forêts, pourtant, le sac a été laissé dans un endroit facile à trouver.

Conan s'avançait doucement, contournant Ace pour avoir une ligne de tir claire vers KID.

- La fermeture éclair du sac était coincée au niveau du cou afin de dissimuler une astuce qui consistait à cacher qu'on avait mis un masque de Chiba sur le visage d'un Takagi endormi. Cette découverte aurait fait une diversion bien assez importante pour que tu puisses te glisser en dehors de tout ça sans difficulté. Mais merci en tout cas, grâce à vous deux, cette affaire a pu être résolue et la vérité a éclaté au grand jour.

- Mais je t'en prie, s'inclina KID. Ce genre d'opération est ma spécialité, même si j'ai apprécié avoir un coéquipier sur ce coup.

- Je me fais chier, alors, on remet ça quand tu veux, que ce soit en duel ou en coopération ! sourit largement le D. en lissant les bandages qui masquaient le haut de son visage.

- Oui, vous avez autant l'un que l'autre un flair indéniable pour trouver des objets cachés et la bonne méthode pour faire main basse dessus.

- Oh, donc, c'est pour ça que tu m'as demandé de trouver le tableau, c'était pour me coincer, alors que tu savais déjà que Hiken avait mis la main dessus, conclut KID en croisant les bras.

- Soyons honnête, je pouvais pas marcher directement vers Megure et lui dire que j'avais trouvé le tableau, c'est pas la meilleure des idées, grimaça le pirate.

- Il t'arrive de réfléchir, au moins, nota Conan avec un regard noir pour son camarade qui se pencha vers lui en tirant la langue.

KID soupira et brandit en souriant son pistolet fétiche lanceur de carte de jeu.

- J'ai bien peur que tu ne m'aies pas cette fois. Je ne suis venu que pour me blanchir, avec l'aide de Hiken, de fausses accusations. Je suis totalement innocent. Tout autant que les sous-vêtements de ta copine.

A cet instant, la porte s'ouvrit sur Ran et Kogoro qui cherchaient Conan, pile à l'instant où le petit détective activait sa ceinture. KID tira deux cartes par-dessus la tête de Conan, droit sur la jupe de Ran. Sauf que Kogoro passa devant sa fille et les cartes lui coupèrent sa ceinture de part et d'autre de la boucle, faisant tomber le pantalon pour dévoiler le caleçon rayé du détective qui se cacha de son mieux.

KID réagit immédiatement en lançant un fumigène. Conan tira immédiatement pour ne pas laisser passer sa chance, envoyant son ballon dans le ventre du voleur.

Sauf que quand la fumée se dispersa, Ace se tenait devant la fenêtre, le ballon de Conan dans sa poigne, se dégonflant lentement entre ses doigts. Par-dessus son épaule, on voyait le deltaplane blanc s'envoler vers la lune. Avec une révérence exagérée, le D. disparut dans une gerbe de flammes.

Conan eut une moue.

Mouais, il aurait sa revanche sur KID un autre jour.

Quant à Ace… il savourerait sa vengeance demain en classe.

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C'était sa limite. Il avait placé sa bougie à cet endroit précis, parce que d'une, elle était en bordure de route, donc, aucun risque d'incendie, et de l'autre, elle était à portée de ses pouvoirs pour qu'il puisse prendre la fuite.

Le D se reforma sur le bitume, laissant de la cire fondue derrière lui et une mèche finissant de se consumer. Il dispersa de nouveau ses lucioles et les utilisa pour repérer son portable qu'il avait laissé par ici. Il ramassa enfin l'objet dans les gravillons. Il mit fin à sa technique et se massa le nez en grognant. Il commençait déjà à avoir sacrément mal au crâne. A l'aveuglette, il appuya sur la fonction d'appel rapide pour obtenir Thatch en ligne.

« Alors ? » demanda son nakama.

Il avait une étrange intonation qui mit le brun sur ses gardes.

- Qu'est-ce que tu mijotes ? demanda le plus jeune.

« Moi ? Rien du tout, voyons ! »

Ace soupira et se massa un peu plus fort le nez au travers les bandages.

- Peu importe. J'ai fini, tu viens me chercher ?

« Mhmh. »

Et sans rien dire de plus, ni même demander des renseignements sur le lieu de rendez-vous ou quoi que ce soit pour retrouver son camarade à pied, le cuistot raccrocha. Le D. resta un instant interdit, puis émit un grognement animal. Il allait botter le cul de cet idiot.

Un bruit de moteur le fit sursauter.

Tout juste le temps de se retourner et il se fit percuter par un véhicule. Il roula sur le capot et tomba lourdement au sol, le souffle coupé.

Rouge mit le frein à main, arrêtant les pneus de sa voiture à un cheveu de la tête de son fils.

Kali l'avait dit. Aussi fier et puissant que soit le léopard, le jaguar reste plus rapide. Ace avait une panthère comme familier, connue aussi sous l'appellation de léopard. Quelle voiture avait offert Jirokichi pour ses longs et loyaux services, à Rouge ? Une Jaguar XJ220-S. Facile de comprendre l'implication. C'était un peu brutal, mais au moins, c'était efficace.

Elle ouvrit sa portière et sortit dehors pour aller rejoindre son fils qui se relevait en grognant. Il n'eut pas le temps de faire grand-chose que la femme le saisit par l'oreille avec une poigne pleine de Haki.

- Des hommes stupides et têtus, j'en ai vu des tas, mon père et mon frère en premier lieu. Après avoir rencontré ton père et Garp, je me disais que personne ne pouvait surpasser ces deux-là, mais je dois avouer que tu remportes la palme à toi tout seul, Portgas D. Ace !

Avec un pas énergique, elle l'entraîna vers le siège passager. Il était étrangement silencieux et docile, ça mettait Rouge sur ses gardes. Elle ouvrit la portière et poussa son fils sur le siège sans lui lâcher l'oreille. Il serrait peut-être les dents pour rien laisser paraître, mais il n'avait pas l'air d'apprécier le traitement. Sa faute pour ne pas l'avoir recouverte avec le bandage.

- Tu vas rester sagement sur ce siège parce que j'ai du kairoseki dans le vide poche, et je n'hésite pas en faire usage ! menaça la mère.

Le pirate ne pipa mot.

Prenant ça comme un signe qu'il allait la suivre, elle referma la portière et rejoignit sa place au volant. Elle referma sa propre portière et se pencha vers l'arrière pour récupérer des affaires qu'elle posa sur les genoux du criminel immobile et silencieux.

- Tu as une chemise propre sur les genoux, avec tes lunettes de soleil pour tes yeux, je sais que tu n'as pas tes lentilles, ton camarade m'a dit qu'elles ne supportaient pas les embrasements complets. Elles sont chez moi. En attendant, change-toi et mets tes affaires sous ton siège.

Sans rien dire, sans un soupir, ni même un grognement, comme s'il était résigné ou effrayé, le jeune homme retira son chapeau qu'il laissa tomber entre ses pieds. Sans briser le silence, Rouge retira le frein à main et reprit la route, le pied bien enfoncé sur l'accélérateur pendant qu'elle mâchonnait sa langue, le regard sur la route bien qu'elle jetât fréquemment un œil sur son fils silencieux à côté d'elle qui se changeait. Elle constata qu'il tenta tant bien que mal de cacher ses cicatrices pendant qu'il changeait sa chemise. Il avait toujours son bandage sur les yeux et garda un vêtement contre sa poitrine pour masquer la marque sur son cœur, tout en restant collé au dossier.

Il dut sentir son regard parce qu'il ne bougea plus.

Rouge soupira, ferma un instant les yeux et les rouvrit. Elle appuya son coude droit à sa portière, conservant sa main gauche sur le volant.

- Je suis concentrée sur la route, dit-elle.

Pourquoi cachait-il ses cicatrices ? Elle était sa mère, elle était en droit de les voir !

Elle conserva son attention sur le bitume que ses phares éclairaient, son pied toujours profondément enfoncé sur l'accélérateur. De sa main libre, elle tira un mouchoir de sa poche pour tousser un peu de sang dedans quand elle le sentit s'accumuler dans sa bouche.

Un léger bruit attira son attention, lui faisant lâcher la route un instant pour voir qu'Ace avait fini de retirer son costume. Le jeune homme finissait de mettre ses lunettes et croisait les jambes l'une sur l'autre pour appuyer son bras gauche et son crâne contre sa fenêtre, le visage impassible. Dernière chose que Rouge nota avant de revenir à la route, c'était qu'il avait crispé nerveusement sa main droite sur son pantalon.

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Le silence était si lourd qu'on aurait eu besoin d'une tronçonneuse pour le couper. Rouge n'avait pas levé d'un iota son pied de l'accélérateur, pourtant, elle avait l'impression de faire du sur-place. Elle aurait juré que le temps s'était arrêté, mais l'horloge annonçant qu'il n'était pas loin de deux heures du matin prouvait que ce n'était pas le cas.

Cela faisait des jours, des semaines, des mois, qu'elle attendait cet instant.

Et ils y étaient.

Mais maintenant… tout ce qu'elle avait voulu lui dire, lui demander, lui faire comprendre… ce n'était plus qu'un lointain souvenir. Elle n'avait qu'une envie, c'était de le serrer fort dans ses bras et pleurer. Pleurer sur ces années perdues. Pleurer pour toute la souffrance que son enfant avait affrontée sans elle. Tout ce qu'il lui était arrivé.

- Police droit devant, dit brutalement Ace.

- Eh ? s'étonna Rouge en le regardant.

Le jeune homme pointa devant lui.

- Agent Miyamoto Yumi, en charge du trafic.

La secrétaire retourna à la route et vit juste à temps la voiture de police sur le bas-côté qu'ils dépassèrent à toute vitesse. Même pas une minute plus tard, les sirènes résonnèrent dans leur dos. Rouge jeta un œil à son compteur et avec résignation, commença à ralentir. La voiture de police derrière elle lui fit clairement signe de se ranger sur le bord de la route et la femme obtempéra avant de couper le moteur. Elle défit sa ceinture de sécurité et se pencha par-dessus les jambes de son fils pour ouvrir sa boite à gant et prendre ses papiers.

- Tout est bien sous le siège ? demanda-t-elle en récupérant ses affaires.

Pour toute réponse, Ace remit correctement ses jambes et donna un petit coup de talon sous le siège pour s'assurer que rien ne dépassait.

Yumi arriva à leur niveau, l'air agacé et toqua à la vitre. En réponse, Rouge baissa la fenêtre.

- Bonsoir, vos papiers.

Sans un mot, la carte grise, l'attestation d'assurance et le permis de conduire passèrent de la secrétaire à la policière qui les examina, avant de demander à son collègue dans le véhicule de faire les vérifications. Bien heureusement, s'il y avait bien une chose que Rouge savait faire, c'était se fondre dans la masse. Certes, elle était une amoureuse de la vitesse, mais elle était assez maline pour ne pas s'amuser à ça sur des routes à forte fréquentation et donc, avec risque de contrôle. Ce soir était une erreur qu'elle aurait dû anticiper. Bonne leçon pour elle. Ne pas perdre son calme.

- Vous avez conscience de la vitesse à laquelle vous rouliez ? demanda Yumi. Vous étiez à cent kilomètre/heure au-dessus de la vitesse autorisée, Minaguchi-san.

Avant que Rouge ne puisse s'excuser ou trouver une justification, c'est son fils qui prit la parole :

- On revient de loin et ma mère a besoin d'aller à l'hôpital rapidement. Vu que les pompiers en ont assez de faire le chemin pour elle, elle doit bien se démerder.

- A l'hôpital ? répéta Yumi d'un air dubitatif.

A ses yeux, « Minaguchi » avait l'air en bonne santé.

Puisque son fils avait trouvé une bonne excuse, autant aller dans son sens. Rouge ouvrit sa portière et se leva de son siège pour aller s'appuyer d'une main à la carlingue de sa voiture. Elle commença à tousser et bientôt, elle se mit à vomir son propre sang. C'était une méthode comme une autre de se vider les poumons. Les médecins la lui déconseillaient, soi-disant pour ne pas se noyer au passage ou s'abîmer plus les poumons, mais c'était parfois utile. Yumi eut un cri d'effroi en voyant le flot de sang que la femme recracha. On pouvait difficilement accuser la personne en face de faire de la comédie.

Elle ferma les yeux en sentant une main sur son dos qui ne pouvait appartenir qu'à Ace. Un pauvre sourire fit une furtive apparition sur son visage quand il parvint à lui attraper les cheveux avec quelques difficultés, pour qu'elle ne se mette pas du sang et de la bave partout.

Quand elle se redressa, elle prit une profonde inspiration et se tourna vers son fils.

- Tu auras dû rester dans la voiture, lui dit-elle avec une voix rauque.

Ace leva les yeux au ciel et de la main, suivit le contour de la voiture en passant par l'arrière.

- Il devrait plutôt être au volant ! Dans un état pareil, vous ne pouvez pas conduire ! s'exclama Yumi.

- Je porte pas des lunettes de soleil en pleine nuit pour faire joli, rétorqua le pirate avec lassitude.

Il s'arrêta au niveau du coffre et l'ouvrit. Comprenant le message, Yumi vint le rejoindre et tomba nez à nez avec une canne blanche qui était rangée là. Le coffre fut refermé et Ace reprit sa route pour rejoindre sa place. Rouge en profita pour prendre une bouteille d'eau qu'elle avait toujours dans sa boite à gant pour se rincer la bouche. Après cette démonstration, Yumi les laissa partir avec un simple avertissement et la Jaguar reprit la route à une vitesse plus raisonnable.

- Comment tu as su pour mes mésaventures avec les pompiers ? s'enquit Rouge après deux minutes de silence.

- C'est vrai cette histoire ? s'étonna le pirate.

Rouge essuya un peu de sang qui perlait sur ses lèvres en retenant un maigre rire et répondit à son fils, heureuse qu'il accepte de discuter un tout petit peu.

- Les deux premières années, je n'étais pas ce qu'on pouvait qualifier d'autonome et après tout ce temps passer comme cobaye suite à ma résurrection, je fuyais pas mal les hôpitaux. Il n'était donc pas rare que les secours doivent venir me chercher en urgence pour s'assurer que je ne me noie pas dans mon sang. Ils ont fini par en avoir marre. Ils ont vu, sans mon accord, avec le médecin qui me suivait à l'époque, pour la mise en place de rendez-vous réguliers. Tout pour ne plus avoir à venir à me récupérer dans une mare de sang. Mon prochain rendez-vous est en fin de mois.

Ace hocha la tête.

Ne voulant pas laisser ce début de conversation retomber aussi vite, Rouge enchaîna :

- Merci pour ton aide.

Le pirate haussa des épaules.

- Tu connais bien cette femme pour avoir réussi à la reconnaître aussi vite avec ton Haki, non ?

- Ouais, si on veut.

- Comment tu as su pour ta canne ?

- Le bruit. Je me balade presque tout le temps avec, donc, je sais la reconnaître au bruit, surtout qu'elle a une constitution assez particulière. Pour que je l'entende aussi bien, c'est que ton coffre doit être assez vide.

- Très bonne oreille, jeune homme, complimenta Rouge avec un petit rire.

Ace se contenta de hausser des épaules.

C'était mieux que rien. Ça restait toujours un début. Ils allaient y arriver. Elle s'en faisait le serment.

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Rouge gara sa voiture à la première place de libre du parking et coupa le moteur. De tous les habitants de l'immeuble, elle était celle avec la voiture la plus chère. Ce n'était pas pour autant qu'elle vivait dans le luxe. La Résidence du Cheval de Bois n'était pas connue pour ses appartements luxueux. Bien au contraire. Parfois, des étudiants louaient un studio le temps de leur année de fac. Parfois, c'était des ouvriers. Actuellement, la résidence comptait cinq personnes, outre elle, dans l'immeuble. Un charpentier, un travailleur à temps partiel, et le propriétaire qui vivait ici avec sa femme et son fils. Elle se tira de la voiture et alla rejoindre le coffre pendant que son fils sortait de l'habitacle à son tour. La canne blanche en main, un sac de sport dans l'autre, Rouge retourna auprès de lui.

- Ne ferme pas la porte, je vais récupérer tes affaires.

Le pirate leva les mains et s'écarta pour laisser l'accès au siège passager.

- Tiens.

Elle tendit une canne vers son fils qui ouvrit une main d'un geste incertain et résigné. Rouge y mit directement l'objet. Ace ne laissa pas le contact entre eux deux s'éterniser. Il ramena sa canne par terre, contre lui, la tête basse. Rouge garda la main levée, puis la baissa tristement. Elle s'accroupit devant le siège et récupéra le manteau, la chemise, le chapeau et les bandages que son fils avait utilisés durant l'affaire. Elle prit son sac à main dans la boite à gant et se releva. La porte claqua et Rouge approcha le sac de sport de l'épaule de son fils, lui faisant sentir la hanse contre le tissu de sa chemise qu'il avait retroussé au-dessus de ses coudes. Tant bien que mal, Ace l'enfila à son bras et même si elle mourait d'envie de l'aider, elle le laissa faire. Une fois le sac à l'épaule du pirate, sa mère put verrouiller la porte.

Bon, maintenant, rejoindre la résidence.

- Nous n'allons pas très loin. Tu…

- Je suis apte à faire un braquage, je suis apte à marcher seul, coupa Ace.

- Ma proposition reste ouverte, soupira Rouge.

Elle passa son sac à son épaule et ouvrit la route, se forçant à marcher lentement pour ne pas perdre son fils. Le léger bruit de la canne blanche qui testait le bitume était un bruit à la fois rassurant et déchirant pour elle.

Si elle tenait la personne qui avait privé son fils de ses yeux, elle se ferait un plaisir de lui apprendre que les Portgas n'étaient pas à prendre à la légère.

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Quelque part, Vermouth reposa son verre en réprimant un frisson. Quelqu'un avait semble-t-il marché sur sa tombe.

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Rouge prit ses clefs dans son sac à main et ouvrit la porte.

- Je suis au dernier étage. On en a deux à monter, informa-t-elle en s'écartant pour laisser passer son fils. L'escalier grince.

Ace ne prononça pas un mot, mais la chaleur, qu'il émettait, laissait supposer qu'il était nerveux. La secrétaire referma la porte à clef derrière son fils et se dirigea vers l'escalier menant aux étages, ses talons faisant un petit bruit sec que le sol. Ace suivit le mouvement jusqu'à ce qu'elle lui signale le début de l'escalier. Il siffla légèrement pour trouver le mur le plus proche et tendit une main à l'aveuglette pour trouver la rampe. Il sursauta quand des doigts fins et frais se refermèrent délicatement sur son poignet. Avec lenteur, histoire de ne pas effrayer et énerver son fils, la femme déposa la paume calleuse du pirate sur la rambarde en bois de l'escalier, avant de le lâcher.

- Au plaisir, dit-elle avec un sourire en voyant son enfant unique serrer les dents. Je te laisse monter l'escalier, tu as vingt-trois ans après tout.

Elle l'entendit clairement grincer des dents et ne retint pas un léger rire. Le gardant à l'œil, elle commença à grimper l'escalier, avant de s'arrêter au premier étage, là où vivait le propriétaire dans un appartement à droite du couloir, et le travailleur à temps partiel à gauche. Et justement, la porte de droite était entrouverte sur une petite tête curieuse. Elle sourit dans la pénombre et alla allumer la lumière histoire de rassurer l'enfant sur la personne qui circulait dans la résidence. En réponse, le petit ouvrit un peu plus la porte, montrant qu'il était en pyjama.

- Et alors, bonhomme, tu fais quoi debout à cette heure-ci ? s'enquit Rouge en allant le voir.

Elle jeta un dernier regard à son fils qui montait lentement les marches avant d'aller s'accroupir devant le gosse sur le seuil de chez lui.

Gosse qui baissa la tête en rougissant.

- Retourne au lit, sinon, tu seras fatigué pour aller à l'école, demain et tu ne pourras pas jouer avec tes amis, d'accord ?

L'enfant hocha la tête et attrapa la poignée de porte.

- Bonne nuit Minaguchi-san.

- Bonne nuit, bonhomme.

Et la porte se referma quand Ace posa le pied sur le palier. Rouge se releva et reprit la route pour son appartement. Cette fois, pour trouver la rampe, le pirate alla jusqu'au mur, se colla contre, et s'avança tout le long jusqu'au début de l'escalier afin de sentir le soutien.

Il détestait les nouveaux lieux, il avait toujours du mal à s'orienter.

Une fois tout en haut, Rouge déverrouilla sa porte et se retrouva nez à nez avec deux chats noirs et blancs, assis sur leur arrière-train, qui vinrent se frotter à ses chaussures quand elle entra.

- Moi aussi je suis contente de vous voir les garçons, mais je suis occupée pour l'instant, plus tard, d'accord ? leur dit Rouge en les repoussant légèrement du pied pour se déchausser.

Ace entra à son tour et referma la porte derrière lui. Les chats le regardèrent avec une certaine curiosité, reconnaissant certainement son odeur depuis leur première rencontre dans le garage à l'abandon.

- Donne-moi tes chaussures, réclama Rouge.

Sans un mot, le jeune homme se déchaussa en marchant sur ses talons et laissa sa mère prendre ses pompes, le laissant pieds nus sur simili parquet de l'appartement.

- A gauche, tu as le salon et la causeuse est sur le mur en face de la porte. Assis-toi, je vais faire du café, lui dit-elle doucement en allumant la lumière de la pièce par réflexe bien que son fils n'en ait pas besoin.

Et elle rejoignit sa cuisine, les chatons sur ses talons lui réclamant son attention. Une fois dans la pièce, ils allèrent tourner autour de leur gamelle vide, puis revinrent vers Rouge en ronronnant bruyamment tout en se frottant à ses chevilles.

- Oui, une minute, les garçons, réclama la secrétaire.

En soupirant, elle ouvrit un placard sous son évier pour sortir la réserve de croquette des deux félins avant de leur donner à manger. Elle rangea le reste et se lava les mains avant de préparer le café. Pendant que le liquide se faisait, elle soupira et défit quelques boutons du col de sa chemise.

Pendant des années, elle avait rêvé de revoir son fils. Et là…

Son enfant était dans le salon et si elle en croyait le bruit, il venait de faire connaissance avec sa table basse.

Elle avait beau montrer de l'assurance, elle avait peur. Il s'était certes montré docile jusqu'à présent, mais il pouvait toujours la rejeter. Elle prit son téléphone dans la poche de son veston et eut un pauvre sourire en voyant que Thatch lui avait envoyé un message pour l'encourager… avec une image de pompon-girl.

Elle pouvait le faire.

Elle rangea son téléphone après avoir envoyé une réponse au commandant en disant qu'elle détenait son frère en « otage ». Elle prit un plateau qu'elle utilisait pour manger sur son balcon durant les beaux jours et le posa sur un coin de son petit plan de travail le temps de tousser de toute ses forces au-dessus de l'évier. Elle regarda avec lassitude le sang s'échapper par le siphon quand elle ouvrit l'eau et ferma le robinet quand l'inox fut propre. Elle posa deux mugs sur le plateau, plus la cafetière et le sucre. Elle prit le plateau et alla rejoindre le salon, éteignant la lumière avec son coude au passage. Elle retrouva le salon et s'arrêta sur le seuil en souriant. Ace s'était assis sur son canapé, en tailleur, les mains jointes au niveau des chevilles. Newgate s'était posé sur l'une des épaules du pirate pour ronronner alors que Gol D était posé à l'opposé sur dossier, observant le jeune homme avec curiosité. Rouge posa son chargement sur la table.

- Ça sent très fort l'hibiscus, nota doucement le jeune homme.

- J'ai toujours des tas de bouquets d'hibiscus dans l'appartement et j'en cultive dans le jardin de la résidence, informa Rouge en allant vers sa petite bibliothèque qui était décorée des-dîtes fleurs. Ces fleurs résument l'évènement le plus ancien qu'on conserve de l'histoire de notre famille. Evènement qui a aussi eu influence sur notre terre. Sur Baterilla. Raison pour laquelle j'en ai une de tatouée depuis que j'ai quinze ans. Je te raconterai un autre jour l'histoire du lien entre les olives rouges et les hibiscus.

Elle récupéra une vieille lampe à l'huile qu'elle utilisait régulièrement par simple nostalgie de son île natale et la boite ignifugée que lui avait déposée Thatch. Elle revint vers la table basse. Elle posa d'abord la lampe, puis prit une main de son fils avec douceur. Il se raidit, mais ne se dégagea pas. Rouge y déposa la petite boite, avant de se retourner vers la lampe à l'huile.

- Tes lentilles de contact, lui dit-elle.

Elle dévissa le haut de la lampe pour libérer l'accès à la mèche avant, de revenir vers son fils qui tournait la boite entre ses doigts avec nervosité.

- C'est pas mieux que les lunettes ? Ou tu veux simplement pas montrer ces marques à ta mère ?

- Portgas D. Rouge a donné sa vie à un garçon qui l'en remercie en crevant stupidement à tout juste vingt et un an, et en se faisant mutiler en agissant stupidement après sa résurrection, marmonna amèrement Ace.

En soupirant, Rouge s'assit à côté de son fils et lui passa une mèche de cheveux derrière l'oreille.

- Ce que je voulais, c'était que Gol Portgas D. Ace, le garçon que j'ai mis au monde, profite de sa vie. Soit heureux de chaque instant de son existence. Qu'il puisse vivre pleinement, lui dit-elle.

Elle lui prit une main et la tendit vers la lampe à huile pour mettre le feu à la mèche, avant de la ramener sur ses cuisses. Elle se rapprocha à peine plus du pirate, conservant la main de son fils entre les siennes.

- Là où tu vois des mutilations, je vois des marques montrant que mon fils a lutté pour ses convictions, pour ce à quoi il tient. Oui, je suis triste que cela te soit arrivé, mais je n'ai aucune colère ou haine envers toi. Tu es une simple victime. Et oui, jeune homme, même les pirates peuvent être des victimes.

- Tu dis ça à ton meurtrier, tu le réalises ?

Il ne broncha pas quand il se prit une claque pleine de Haki dans l'arrière du crâne.

- C'est Garp qui t'a enfoncé cette stupidité dans le crâne ? Tu ne m'as pas tuée ! J'ai causé ma mort toute seule, en étant têtue. Et surtout, parce que je t'aimais.

Elle resserra ses mains autour de celle de son fils quand il commença à trembler.

- J'ai fait ces choix seule. Tu ne les as pas faits pour moi. Je voulais que tu viennes au monde sans crainte et je pensais qu'attendre la fin de la traque était la meilleure méthode pour ça. Mais elle s'étirait en longueur et je n'ai pas eu la bonne idée de demander de l'aide parce que je voyais déjà mes amis et mes voisins subir les conséquences de l'amour que j'avais pour ton père. Si je t'avais laissé faire, Ace, tu serais né bien avant. Un mois après la mort de Roger et tu voulais déjà sortir. C'est moi et moi seule qui suis responsable de cette prolongation de grossesse. Je te disais deux à trois fois par jour d'être patient, d'attendre un peu, juste encore un peu. C'était dur, mais j'étais déterminée. Parce que je te voulais en sécurité. Et quand tu es venu au monde… c'était le moment le plus magique de ma vie. Le plus heureux et le plus triste. J'aurais tant voulu que ton père soit là, mais je t'avais toi…

Elle renifla légèrement et porta les mains jointes à son visage pour essuyer son début de larmes.

- On me l'a dit, mais j'ai refusé d'écouter. J'en avais besoin. Je le voulais. Pourtant, on me disait que je devais me reposer, attendre d'avoir récupéré mes forces avant de te prendre dans mes bras. Mais tu avais l'air si vulnérable, si effrayé, si fragile, si loin de l'homme que tu es aujourd'hui, Ace. Je voulais juste te protéger, te prendre dans mes bras, te rassurer. Voir le si jolie bébé que j'avais mis au monde. Je suis morte en souriant, mon chéri. Je suis morte de fatigue, parce que je me suis poussée à bout alors que je n'aurais pas dû. Je suis morte et quand je suis revenue, j'avais encore l'image du magnifique bébé que tu étais. Tu étais là, encore dans mes rétines. Tu es resté là, mon chéri. Et être enfin là, assise à côté de toi, est un rêve que je ne pensais pas voir un jour devenir réalité. C'est égoïste et cruel ce que je vais dire, mais même si les circonstances qui nous ont mené à ce jour sont dramatiques… je suis heureuse qu'on soit là, aujourd'hui Ace.

Délicatement, elle porta une main au visage de son fils et lui caressa tendrement la joue, écrasant au passage une larme qui avait échappé au jeune homme.

- Je suis pas le genre d'homme… je… aucune femme saine d'esprit peut être fière d'avoir un fils comme moi, chuchota le D.

- Heureusement que notre D peut passer pour un certificat de démence, alors, parce que je doute que tu puisses me sortir quoi que ce soit qui puisse me décevoir, jeune homme ! rit Rouge. Je ne sais pas ce que Garp t'a raconté sur moi ou pas, mais je peux t'assurer que je ne suis pas une sainte. Et que j'ai aimé de toutes mes forces le Roi des Pirates en connaissance de cause !

Un maigre sourire fit une furtive apparition sur le visage d'Ace.

- Et puis, quand bien même le discours de ton nakama sur tes faits d'armes a peut-être été enjolivé, je reste de base une informatrice. Je sais obtenir les informations que je veux. Et j'ai rencontré ton amie zoan. Et tout, que ce soit venant d'elle, ou du commandant Thatch, me fait dire que tu es un garçon dont je peux, justement, être fière d'être la mère. Deux personnes avec des backgrounds différents, des expériences de vie différentes, des caractères différents… prêtes à affronter l'enfer pour toi. Alors, oui, Ace. Peu importe ce que tu peux me sortir, je serais fière de toi.

- Même si je te dis de faire une croix sur la continuité des Portgas ?

- J'ai entendu parler d'un beau blond, si c'est ce que tu sous-entends, et crois-le ou pas, c'est certainement pas ça qui va me choquer. J'ai eu quelques aventures de mon côté, avant de rencontrer ton père, et toutes ne se sont pas finies dans le lit d'un homme.

L'air abasourdi du jeune homme fit rire franchement Rouge, avant qu'elle ne soit prise d'une quinte de toux sanglante. Elle se leva pour aller chercher des mouchoirs et revint se rasseoir.

- Je suis désolé, s'excusa Ace.

- D'être têtu au point de me forcer à te renverser avec ma voiture ? Tu peux l'être, jeune homme ! lui dit sa mère.

Elle s'essuya la bouche et rangea le mouchoir pour servir le café.

- Non, pas pour ça. Pour ton mal actuel. Le sang, la toux…

- Oh, tu songes à ce que j'ai sorti au petit Kudô quand il m'a posé la première fois la question ? J'ai raconté des bêtises pour cacher ma résurrection. Si tu dis aux gens que tu vis avec des poumons qui ont commencé à se décomposer, ça soulève un peu trop de questions. Je sais pas vraiment de quand ça date, mais je sais que cette étrange organisation avait empêché la progression de la décomposition. Mais une partie des tissus est endommagée, d'où le sang qui me noie lentement. Je prends des médicaments pour essayer de ralentir l'écoulement sanguin, on m'a aussi fait passer sur le billard pour travailler sur mon problème, mais les faits restent là, je suis un ratage dans leur résurrection, un essai imparfait, et pour couvrir mes traces, j'ai sorti des années durant une connerie. Avec du recul, surtout en réalisant que pendant toute ta vie, tu as certainement grandi en te croyant responsable de mes erreurs, ce n'est pas la meilleure des excuses. Mais je t'assure, Ace, tu n'es en rien responsable de mon état.

Le pirate hocha sèchement la tête, mais ne dit rien.

En soupirant, Rouge tenta sa dernière carte.

- Tu es un adulte, avec une vie déjà bien établie. Tu as toujours vécu sans moi, je suis une étrangère qui ne ressemble certainement pas à l'idée que tu te faisais de moi. Je me doute que rien ne pourra remplacer ces deux longues décennies. Je te demande juste l'occasion de faire partie, ne serait-ce qu'un peu, de ta vie. Pouvoir te connaître et te laisser comprendre qui je suis. Si, vraiment, tu ne veux pas de mère dans ta vie, alors, je n'insisterai pas. Je veux seulement que tu saches qu'aussi longtemps que je vivrais cette vie, tu auras quelqu'un, quelque part, qui pense très fort à toi, et qui lira toujours le journal avec attention dans l'espoir d'avoir de tes nouvelles et sourire devant la moindre de tes photos qui lui prouveront que tu es heureux. C'est peut-être énorme ou trop dur, pour toi, Ace. Mais je ne peux décemment pas laisser glisser cette chance.

Elle prit le visage du jeune homme entre ses deux mains et lui retira ses lunettes pour coller leurs deux fronts ensemble.

- Je t'aime Ace. Je t'ai aimé dès le premier jour et je n'ai pas cessé depuis. Et ça ne changera pas demain. Tu peux tout essayer, faire le pire portrait de toi, mais ça ne changera rien aux faits. Donne-moi une chance de te le prouver.

Le barrage céda et Ace cessa de jouer les pirates de glace pour fondre dans les bras de Rouge. Il masqua ses yeux morts dans les longues boucles teintes de sa mère en serrant les dents pour étouffer son mieux ses sanglots. La D. eut un pauvre sourire et resserra son étreinte sur le jeune homme.

- Je… je… je t'aime… je t'aime… maman…

Rouge ferma les yeux alors que des larmes commencer à rouler sur ses joues. Elle crispa une main sur le dos de la chemise de son fils, sentant sous le tissu l'énorme cicatrice qui le marquait. Elle glissa sa seconde main dans la tignasse brune de son enfant pour lui caresser le crâne.

- C'est fini, Ace… tout va bien… maman est là, Ace. Maman est là, mon petit prince.

En réponse, le pirate resserra son étreinte sur elle et la flamme de la lampe à l'huile se figea de façon certainement pas naturelle. Rouge y adressa un sourire et déposa un baiser sur le crâne de son enfant.

- Je suis là, et je ne te laisserai pas une seconde fois aussi brutalement. Tu as ma parole.