Bonjour tout le monde !
On se retrouve aujourd'hui devant un petit souci pour des détectives en herbes : une affaire mais pas de corps. Sans compter qu'à côté, on a toujours le souci avec Kir. Alors, comment tout ça va se gérer ? Eh bien, je vous laisse voir.
On se dit à bientôt !
Bises !
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Il faisait peut-être un peu frais, mais il y avait un très beau soleil et les cerisiers étaient en fleurs. Un jour parfait pour une sortie au temple à l'occasion du hanami. Sous les lanternes de papier traditionnelles, Kazuha et Ran étaient aux anges, profitant de la vue et des stands installés sur la colline pour l'occasion. Mais ce qui faisait de cette occasion quelque chose d'exceptionnel, c'est qu'elles étaient toutes les deux ensembles.
- Hum-hum.
La bonne humeur s'arrêta quand Kogoro se racla la gorge.
- Pourquoi ne pas remercier quelqu'un qui a pris la peine d'aller chercher deux lycéens venus d'Osaka pour apprécier la fleuraison des cerisiers à une heure aussi matinal ? Personne qui est donc allé les chercher et les a conduits à la fleuraison en voiture… ne serait-ce pas Mouri-sama ?
En l'entendant en dépit du fait qu'il était avec Heiji et Conan plus loin à se goinfrer, Red manqua mourir de rire.
- Merci Mouri-san ! remercia Kazuha avec un grand sourire.
- Au lieu de me remercier, je vois quelqu'un de plus intéressé par les dango que par les cerisiers, nota le détective avec aigreur en jetant un œil vers les garçons.
- J'en suis désolée ! Surtout que c'est môsieur Heiji qui a insisté pour venir voir les cerisiers ! gronda Kazuha en voyant son ami d'enfance au stand.
- Hey, Kazuha-chan ! appela Ran.
La visiteuse regarda son amie qui lui montra des moulins à vent en papier à un stand.
- Ils sont mignons, n'est-ce pas ? sourit la tokyoïte.
- Absolument ! Je vais m'en acheter un !
Elle en prit un et demanda le prix.
- Deux cents yens, jeunes demoiselles ! répondit en souriant le vieil homme.
- Je vais en prendre deux ! annonça Ran.
- Deux ? s'étonna Kazuha.
- Oui. Sonoko a dit qu'il allait venir en famille plus tard, donc, elle n'a pas pu se joindre nous, mais Kali-chan avait l'air de vouloir venir alors qu'elle avait d'autres obligations. Alors, je vais lui en prendre un pour la consoler.
Et elle souffla doucement sur le petit jouet, le faisant tourner. Conan s'arrêta de manger pour la regarder, la trouvant particulièrement belle et mignonne comme ça, ce qui le faisait rougir alors que son cœur battait que plus fort dans sa poitrine.
- Fuuuuuuuu~… souffla Heiji en envahissant le champ de vision de Conan, le faisant sursauter.
Conan recula de deux pas pour ne pas que son homologue d'Osaka soit trop collé à sa figure et déglutit.
- Oi… je peux savoir ce que tu as à rêvasser comme ça ?
- Ah… euh…
- T'avais pas besoin de moi par hasard ? Au sujet d'un certain lycéen binoclard ?
- Oui et non.
- Comment ça ?
- Parce que s'il s'amuse à t'embaucher pour enquêter sur Hondou, je lui en colle une, dit sérieusement Red.
Son regard noir aurait été impressionnant s'il ne finissait pas au-dessus de l'épaule droite de Conan.
- C'est un de tes potes ? Comme miss Bonne Humeur ? demanda Heiji.
- Eisuke Hondô n'a rien à voir avec La Grise. Ce n'est pas un de mes gars. C'est un gamin stupide qui fonce droit à la mort dans sa quête de réponse, c'est tout, répondit le pirate.
- Et donc ? On me veut quoi ? Cela doit être forcément en rapport avec Osaka, se renseigna Heiji.
- Je m'intéresse à quelqu'un qui ressemble à Hondou. J'ai un soupçon, mais c'est tellement gros… et Portgas-san n'a pas encore attaqué ce côté de l'enquête, donc…
- Portgas-san ? Depuis quand tu parles de lui avec un san ? s'étrangla Heiji en toquant sur le crâne de Red.
- Peut-être parce qu'il ne s'agit pas de moi mais de Portgas D. Rouge, lui dit simplement Red.
Le détective marqua un temps d'arrêt, le temps de faire le récap mental de tout ce qu'il savait du pirate, pour parvenir à une conclusion logique et donc, à la question suivante :
- J'ai dû mal à croire qu'une organisation pareille ait pu faire trois fois la même erreur.
- Ma mère a été ramenée avant. Ça fait quinze ans qu'elle s'est barrée, expliqua Red. Elle s'est faite passée pour morte. C'était du quitte ou double, et ça a payé puisqu'ils ont pas détruit son corps. Comme elle était jugée comme une expérience ratée, cela n'a certainement surpris personne, son subit trépas.
- Depuis, elle fait profil bas en tant que secrétaire particulière du vieil excentrique Suzuki Jirokichi, mais il ne s'agit pas d'elle, dit avec lassitude Conan. Mais plutôt de l'ouverture qu'elle laisse.
Heiji se contenta de lever un sourcil.
- Ma mère était une informatrice avant que mon géniteur ne débarque et foute sa merde, informa Red. Le plus proche que tu trouveras comme équivalent, c'est un détective privé, mais c'est loin des faits. Son rôle est de réunir un max d'informations et de les vendre au plus offrant. Parfois, ils prennent des contrats. Les plus doués pourraient faire chanter jusqu'à Sengoku en personne. Je lui ai donc gentiment demandé si elle se sentait de reprendre du service pour mener l'enquête sur Hondou…
Et l'aveugle pointa Conan de la main qui donna son téléphone portable à son camarade d'Osaka, le mail de Rouge déjà présent à l'écran. Et Heiji dut se retenir de siffler. Toute l'histoire et la vie de cet Eisuke était dans ce mail, jusqu'à la moindre pellicule.
- C'est… effrayant, si la moitié est vraie, commenta le lycéen à la peau sombre.
- Tu crois vraiment qu'elle aurait inventé des trucs dans une enquête que lui demande son propre fils ? demanda d'une voix grinçante Red.
- Le fait est que dans le rapport, il est question d'une sœur, mais Portgas-san a dit avoir du mal à retrouver des traces d'elle, indiqua Conan. Pas que c'était infaisable, simplement que cela était un brin compliqué. Mais à côté, on a Mizunashi Rena, alias Kir, de nos amis en noir.
- MIZUNACHI RENA !? MAIS C'EST LA PRESENTATRICE PHARE DE NICHURI TV !
L'exclamation de Heiji fut récompensée par un double coup de pied dans les tibias de la part de Red et Conan, le laissant à l'agonie. Conan reprit son téléphone alors que le pirate engueulait Heiji pour crier ainsi dans un lieu public.
- Elle est officiellement en vacances, mais dans les faits, elle a eu un mauvais accident de moto pendant une poursuite avec le FBI. A présent, elle est à l'hôpital, informa Conan.
- Et mon rôle dans cette affaire ?
- Avant de devoir elle-même entrer à l'hôpital pour son hospitalisation trimestrielle, Portgas-san m'a envoyé une photo.
Et il la montra à Heiji.
Une photo d'une touriste japonaise devant la tour d'Osaka. Et dans l'arrière-plan, une demoiselle, certainement une adolescente ou alors un jeune adulte, passait au travers le cadre avec un sac de courses dans les bras. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de Mizunachi Rena.
Notant qu'il y avait du texte sous la photo, Heiji descendit pour voir le message qui allait avec l'image :
« J'ai trouvé ceci sur l'un des blogs de fan de Mizunachi. Elle remonte à dix ans en arrière. C'est clairement le Tsuuten, et c'est un sac d'un convenience store, donc, notre Kir vivait à Osaka il y a dix ans. Le site d'où la photo est tirée a fermé. J'ai découvert qu'on a cherché a confirmé que c'était bien la présentatrice en s'adressant à Nichiru TV à la même période de la fermeture du blog. Donc, quelqu'un a fait ce qu'il faut pour qu'on ne trouve aucune trace d'elle hors de la vie fantaisiste qui va avec son faux nom. Reste à confirmer si c'est la sœur de ce petit Eisuke, et cette image est notre seule piste. »
- Le temps qu'elle sorte de l'hôpital et qu'elle trouve la force de se déplacer jusqu'à Osaka, tu auras déjà eu le temps de mener ton enquête, pointa Red.
- S'il est le frangin des méchants de l'affaire, y'a une possibilité qu'il fasse partie du lot, lui aussi, non ? pointa Heiji.
- Non, Hondou n'a pas les épaules pour faire le mal. Il est trop bon pour ça, lui dit Red.
- Il ne cherche pas un collègue ou un ami, mais des réponses. Il y a deux possibilités. Soit elle est la grande sœur de Hondou, soit elle l'a tuée pour prendre son visage, pointa Conan.
- Dans tous les cas, te fais pas chopper. Si ça sent le roussi, tu te retires et ma mère prendra la suite, recommanda Red.
- Pourquoi j'ai l'impression de me faire sous-estimer ?
- IL A DISPARU ! JE VOUS JURE !
Le cri les alerta.
Un jeune moine avec un sac de courses venait d'interpeler Kogoro avec passion.
- C'est comme si les dieux eux-mêmes l'avaient emporté ! Vous rencontrez ici, vous, un détective si célèbre, ne peut être qu'un signe divin ! Je vous en supplie ! Vous pouvez bien résoudre ce mystère !?
Kogoro était clairement hésitant devant cette affaire alors que les trois garçons les rejoignaient, Red plus lentement en devant se guider avec sa canne d'aveugle. Il aurait apprécié avoir Iro avec lui, mais Thatch et Kali s'étaient chargés de l'accompagner au vétérinaire, comme le stipulait l'accord avec la préfecture. Avec de la chance, il pourrait la retrouver dans l'après-midi s'il ne la revoyait pas en rentrant chez Agasa.
Une fois tous autour du jeune moine, ils eurent enfin toute l'histoire. Une femme aux longs cheveux avait disparu alors qu'elle passait la nuit au temple de Denkyuu pour voir le prêtre en charge. Le jeune moine était allé à sa rencontre pour lui dire que le petit-déjeuner était servi, mais il l'avait retrouvée avec un couteau dans l'estomac.
- Vous avez averti la police ? demanda Conan.
- Ca, on s'en fiche, moi, je veux savoir l'affaire de disparition, parce que jusqu'à présent, on a un corps, pointa Red.
- Eh bien, après avoir réveillé le prêtre, nous avons averti la police, mais quand elle est enfin arrivée, il ne restait plus rien, même pas une ombre ! Il n'y avait même plus de sang sur les tatamis !
- Impossible ! s'exclama Ran.
- Et alors ? demanda Kazuha. Qu'a dit le prêtre ?
- Que… que l'invitée… elle était partie tôt ce matin-là… que j'avais dû rêver…
- Et vous êtes certain que vous n'avez pas rêver ? demanda Kogoro.
- CERTAIN ! protesta le jeune moine. JE L'AI VU DE MES YEUX !
- D'accord, d'accord, accorda Heiji. Si vous en êtes aussi certain, on va aller faire un tour au temple et parler au prêtre.
C'est donc ainsi que le petit groupe se retrouva dans le temple pour parler au prêtre. Et d'office, Red pouvait dire qu'il n'aimait pas le gars. Il y avait quelque chose en lui qui l'incommodait mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
Surtout dans la façon dont il parlait de ce qu'avait vu son élève.
Heiji devait le sentir puisqu'il attaqua d'office en disant qu'il soupçonnait la possibilité que l'homme ait caché le corps avant l'arrivée de la police.
- Oh, tu es un garçon bien intéressant. Très bien, allons donc visiter cette fameuse chambre qui aurait avalé quelqu'un.
Le prêtre se chaussa de sandales et les embarqua avec lui jusqu'à la pièce la chambre en question, qui était très isolée du temple. Un vieux bâtiment qui avait apparemment presque cinquante ans. Il avait une belle vue sur l'océan malgré la végétation.
- Elle a été construite pour le confort des invités important visitant le temple, mais à aujourd'hui, elle est bien peu utilisée.
Il leur ouvrit une des portes coulissantes et les invita à entrer. Dans ce bâtiment très sobre, sans meuble ni décoration, en dehors d'une statue sous verre d'une divinité bouddhiste protectrice qu'on trouvait dans un coin de la pièce, il n'y avait rien. Le jeune moine leur indiqua avoir trouvé le corps dans le coin supérieur droit de la pièce par rapport à la porte. Red partit en exploration, cherchant de son côté, pendant que Heiji et Conan inspectaient les tatamis du sol sur les deux faces.
Quand les filles s'intéressèrent à la statue, le prêtre leur indiqua qu'il s'agissait de Tamonten, car ils étaient dans la chambre orientée vers le nord. Ce bâtiment avait trois autres chambres toutes orientées aux points cardinaux avec dans chacune un des quatre souverains divins. Elles veillaient sur le temple depuis des générations, leur accordant une certaine valeur. Ce qui fait que Kogoro renonça à les examiner.
Quand le prêtre leur pointa qu'il commençait à se faire tard, et qu'à moins qu'ils ne veuillent rester pour la nuit au temple, il était temps de partir. Conan regarda Red qui avait froncé le nez.
- Dawn a senti quelque chose, je pense, supposa Conan à l'adressa de Heiji.
- Toute cette affaire est louche, donc, je suis pas surpris, accorda le détective d'Osaka.
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- Yo !
Le groupe s'arrêta alors qu'ils allaient arriver à la voiture de location pour voir qu'un 4x4 familier était garé à côté. Et adossé contre, un faux blond familier leur adressa un grand sourire avec un geste de la main.
- Newgate-san ? s'étonna Ran alors que Kazuha se cachait à moitié derrière elle avec un air intimidé.
- Thatch ? Kali ? Qu'est-ce que vous faites ici ? s'étonna Red avec ses sourcils si haussés qu'ils avaient presque rejoint ses cheveux en dépit de la taille de son front.
Kali sortit de l'habitacle sans un mot et alla ouvrir le coffre. L'instant suivant, le pirate miniature était les quatre fers en l'air avec Iro se frottant à lui en gémissant de tristesse.
- Ah, nota Kogoro. Je me disais que ne plus voir ce fauve était bizarre.
Pendant ce temps, les filles prenaient des nouvelles de Kali (bien que Kazuha garda une certaine méfiance envers Iro qu'elle n'avait jamais vue encore).
- Rendez-vous chez le véto. Et impossible à louper, puisque c'est dans les conditions de la préfecture, expliqua Thatch. C'est soit ça soit finir dans une réserve quelque part entre la Chine et la Russie, ce qui briserait le cœur autant d'Iro que de Red.
A la façon dont le pirate miniature resserra sa prise sur la panthère sans prendre la peine de se redresser, la séparation n'était pas envisageable.
- Vous deviez pas aller voir des cerisiers ? Qu'est-ce qui vous amène dans un temple ? se renseigna le cuisinier curieux. Vous avez trouvé un moyen de guérir le porte-poisse de sa malédiction ou le gamin paye pour le mauvais karma de toutes ses vies antérieures ?
Heiji se mit à rire à gorge déployée alors que Conan gonflait les joues. Il n'y pouvait rien s'il y avait toujours une affaire qui lui tombait sur le coin de la figure où qu'il aille. Mais avant qu'ils ne puissent répondre, le jeune moine revint vers eux en hurlant qu'un corps était apparu à nouveau dans la pièce.
Cette fois, au lieu que ce soit dans un coin, elle était étendue au beau milieu de la pièce selon les dires du jeune moine. Alors, ni une ni deux, les hommes, en compagnie de Iro, filèrent voir ce qu'il en était. Mais en entrant dans la pièce, il fallait se rendre à l'évidence que le jeune moine avait un souci.
Personne.
Pas de corps.
Pas de sang.
- Comme on pouvait s'y attendre, dès que tu en parles à quelqu'un, le corps disparaît, nota le vieux prêtre en venant calmement à leur rencontre. Je pense que ces corps que tu voies, c'est probablement l'ombre ou le fantôme de ta défunte mère.
- C'est… c'est impossible… gémit le jeunot en prenant sa tête rasée entre ses mains.
Red eut un discret claquement de langue. Conan le regarda et nota qu'il tenait fermement la fourrure de sa panthère qui avait les babines retroussées en un rictus.
- Mais j'ai vraiment vu le corps d'une femme ! Elle avait un couteau dans l'estomac ! Elle était morte ! insista le moine.
- Je te l'ai dit, ce n'est qu'une illusion produite par ton cœur, parce que tu aimes ta mère… mais il faut te rendre à l'évidence, ta chère mère t'a abandonné en ce temple avant de se jeter à la mer.
- Abandon ? répéta Kogoro.
- Oui. Cela s'est passé juste après que je sois devenu le chef spirituel de ce temple. Ce jeune a été laisser au temple pour être élevé, il y a de ça dix-huit ans. Il n'est pas le seul que j'ai accepté d'accueillir et d'éduquer. C'est contre ma nature de refuser quoi que ce soit à quelqu'un dans la détresse. Cela arrange tout le monde puisque ce temple est discret et peu visité. Quand la police est venue, pour ne pas rendre la situation plus difficile, je leur ai dit qu'elle était partie, mais dans les faits, elle n'a jamais été là, cette visiteuse.
- Stop, intervint Thatch. J'ai pas besoin d'avoir un détecteur de mensonge intégré comme un certain piaf de ma connaissance…
Red manqua de s'étouffer de rire.
- … pour savoir que tu essaies de balader tout le monde. Alors, soit tu te la boucles, soit tu dis la vérité.
- Depuis cette fameuse visiteuse, vous n'avez pas eu d'invité, n'est-ce pas ? se fit confirmer Conan qui observait la pièce avec Heiji.
- T'as écouté ce qu'il a dit ? La femme n'a jamais existé ! rappela Kogoro.
- On a une preuve de son existence, dit simplement Conan. Ou du moins, que quelqu'un, très certainement une femme, est bel et bien venu ici.
- Vraiment ? s'étonna le prêtre. Pourtant, cette pièce n'a pas été utilisée depuis plus de deux-trois ans… nous n'en faisons même plus le ménage.
- Pour une pièce dont le ménage n'a pas été fait depuis plus de deux ans, ça manque de poussière je trouve, pointa Red.
- Et on remercie l'aveugle pour pointer ce qui crève les yeux ! sourit largement Thatch.
- C'est cringe, mais j'approuve ! ricana le D. en levant une main.
En réponse, le cuistot eut un petit rire et frappa dedans.
- En ignorant les deux clowns derrière, une femme a forcément séjourné récemment ici, sauf si Denkyuu aime se travestir, pointa Heiji avant de lever les mains. Après, je ne juge pas, c'est son choix.
- Non non, je ne m'habille pas en femme, réfuta le jeune moine.
- Pourquoi poser une question aussi stupide ? bougonna Kogoro.
- Pour ceci, répondit Conan.
Et il sortit un mouchoir de sa poche qu'il présenta ouvert à tout le monde. Dedans, c'était le petit fermoir en métal d'une boucle d'oreille.
- On l'a trouvé pendant qu'on vérifiait que les tatamis n'étaient pas juste retournés pour cacher du sang, expliqua Heiji. C'est le gosse qui l'a trouvé. Vu qu'il n'y avait que ça, le fermoir a dû tomber sans que son propriétaire ne le réalise. Il était coincé entre deux tatamis.
- Si ce n'est pas à cette femme, à qui cela appartient-il ? C'est petit, facilement manquable, surtout s'il fait encore sombre dehors.
Denkyuu pâlit.
- Je… je me souviens avoir vu une… une boucle à son oreille… souffla le jeune moine.
- Les illusions ne perdent pas de boucles d'oreilles dont on peut ramasser le fermoir, pointa Thatch.
- Il y a une réponse toute simple à cela, dit calmement le vieux prêtre. Il doit appartenir à Bunkyuu ou Rinkyuu qui servaient au temple jusqu'à il y a environ deux mois.
- Qui sont-ils ? demanda Heiji.
- Ne l'ai-je pas dit que la localisation de ce temple fait qu'il est courant que l'on y abandonne des enfants ? Ces deux jeunes gens sont arrivés ici ainsi, mais à la différence de Denkyuu, ils étaient malheureusement de jeunes voyous. Nuit après nuit, ils se faufilaient hors du temple pour faire un tour en ville. Ils se déguisaient afin qu'on ne réalise pas qu'ils étaient moines.
- Et donc ? demanda Thatch pour tout le monde.
- J'ignore où ils ont trouvé ces déguisements, mais c'étaient des vêtements de jeunes de tous les jours avec en plus des perruques, des boucles d'oreilles, des colliers… vous savez, ce que portent les jeunes de nos jours.
- Alerte, vieux con dans la zone, marmonna Red avec un sourire.
Kogoro poussa un grognement de douleur après avoir frappé inutilement le crâne de l'aveugle. En réponse, Iro se mit à claquer ses mâchoires à proximité des chevilles du détective. Heiji se tourna vers le jeune moine qui confirma la chose et leur expliqua que le duo en question, avant de fuir, avait pour habitude de se cacher dans ce bâtiment pour se changer, ou même s'alcooliser. Quand ils furent pris la main dans le sac, ils ne restèrent pas plus longtemps avant de s'en aller définitivement.
Rien de bien surprenant après qu'il reste des bouts de leur déguisement ici.
- Vous voyez ! s'exclama Kogoro. Tout s'explique !
Conan et Heiji eurent une mine pensive et ça, cela n'échappa pas au vieux prêtre qui pour le coup, leur proposa de fouiller à nouveau le vieux temple pour si ça pouvait les rassurer. Après tout, si Denkyuu avait bien vu un corps, on devrait avoir encore du sang qui traîne.
- Iro. Tu sais quoi faire ? Trouve des odeurs étranges, demanda Red en frottant la fourrure de sa panthère.
Et celle-ci se mit en marche sous le sourcil levé de Heiji. Conan se contenta de croiser les bras, alors, son camarade d'Osaka laissa faire. D'abord, elle s'arrêta dans un coin et renifla délicatement le tatami. Avant d'éternuer.
- Elle a trouvé quelque chose, non ? se fit confirmer Kogoro.
Thatch accompagna les détectives pour voir ce qu'avait trouvé la panthère. Elle retira son museau pour leur montrer une trace de brûlure.
- C'est une marque de cigarette, reconnut Kogoro.
- Oui et non… c'est une roulée, pointa Conan.
- Je peux toucher, les experts ? se renseigna Thatch.
- Avec des gants, lui demanda Heiji.
Le cuisinier lui adressa un regard, lui demandant s'il avait une tête à se balader avec des gants.
- Un mouchoir marche, soupira le jeune lycéen d'Osaka.
- Fallait le dire.
Il tira un mouchoir et le frotta très légèrement sur un bord de la tâche avant de la porter à son nez. Il plissa les yeux et se leva pour rejoindre Red à l'entrée de la pièce et lui mettre le mouchoir sous le nez. Le petit brun eut un froncement de sourcils.
- Ganja, souffla le jeune pirate. Pas consommée assez régulièrement ou en trop forte quantité pour que je le remarque moi, mais juste assez pour qu'un félin le sente.
- Les deux autres moines fumaient, non ? se fit confirmer Heiji en s'adressant au jeune moine qui se tenait à côté de la porte avec le prêtre. En plus de boire, j'entends.
- Oui, confirma le moine. Où est le problème ?
- Le problème est que cette tâche n'était pas présente quand on a examiné auparavant la pièce. Et il n'y avait pas cette tâche, tout à l'heure, pointa Conan. Autre chose, Iro ?
Iro regarda Conan, puis se tourna vers son père adoptif avec un miaulement d'interrogation. Celui-ci hocha la tête et le familier se mit en marche, trouvant cette fois une marque de bière. Et encore une fois, la panthère se mit en marche, sans hésitation, pour s'arrêter à côté de la statuette bouddhique à l'angle de la pièce. Et elle commença la pousser de sa tête.
- HEY STOP ! appela le prêtre.
- Iro, appela Red.
La panthère s'arrêta d'office. Le casier en verre cessa de bouger et la divinité trembla un instant dedans avant de s'immobiliser. Un peu plus, et on aurait eu de la casse.
- Si vous voulez voir dessous, il suffit de soulever la statue, intervint le vieil homme.
Et il s'avança pour le leur montrer, mais n'alla pas bien loin à cause de la canne blanche de l'aveugle. Heiji alla soulever la statue pour voir le tatami dessous, mais il n'y avait aucune trace.
- Rien, informa le jeune.
- Alors elle fait erreur cette bestiole, grogna Kogoro.
- Impossible, elle se fit à son odorat. Donc, elle a senti quelque chose, lui dit Thatch. Je l'ai vue à l'œuvre, croyez-le ou non, même si ça ne se voit pas, il doit y avoir quelque chose.
- On va être fixés, annonça Conan.
Profitant du fait que Kogoro avait toujours la statue entre ses mains, le détective miniature alla soulever le casier en verre.
Une tache de sang sec apparut.
On avait collé un fin morceau de tatami sous le fond de verre du présentoir, rendant impossible de voir le dessous par transparence.
- Bon travail, Iro, félicita Conan.
- On doit demander à la panthère de chercher d'autres marques ou vous passez à table, le vieux ? grommela Heiji.
Le prêtre soupira et se rendit sans plus de résistance.
- Auriez-vous l'obligeance de me déposer au commissariat le plus proche ? Denkyuu, s soin du temple, je te pris.
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Le jeune moine restant derrière pour se remettre de la découverte et veiller sur le lieu sacré, le groupe put avoir l'explication de l'incident alors qu'ils retournaient jusqu'aux voitures.
La défunte était en fait la mère biologique de Denkyuu. La même personne qui l'avait abandonné dans un carton aux portes du temple quand ce n'était encore qu'un bébé. Et il y a trois jours, elle était venue au temple pour réclamer son fils, après dix-huit ans d'absence. Elle prétendait venir tous les ans pour le voir grandir et ce, en secret. Alors, il avait demandé à Denkyuu (qui ignorait tout de l'histoire) d'apporter un album photos des jeunes moines dont le vieil homme avait eu la charge. Et non seulement elle n'avait pas réussi à l'identifier sur les images, mais elle n'avait même pas compris que le garçon qui la réconforta quand elle s'effondra en larmes devant l'évidence. Le vieux prêtre s'était alors énervé et lui avait dit d'aller se refroidir les idées dans le vieux bâtiment et de réfléchir à la douleur et la solitude de l'enfant qu'elle avait laissé derrière il y a dix-huit ans. Elle l'avait tellement bien ressenti qu'elle s'était suicidée.
Pour éviter que Denkyuu ne découvre la vérité sur cette femme, mais aussi pour se détourner de ses propres erreurs sur cette affaire, le vieil homme avait mis en place le stratagème.
Quand tout à l'heure, le moine avait cru revoir la femme, c'était en fait le vieux prêtre qui s'était déguisé et avait utilisé de la sauce pour parfaire l'illusion en usant des tatamis déjà tâchés. Malheureusement, il en avait tâché deux autres au passage, nécessitant de les masquer eux aussi. D'où la réapparition des marques des deux ex-moines devenus voyous.
Et comme si la nuit ne se promettait pas déjà bien triste, en arrivant aux voitures, ils virent Kali assise par terre, recroquevillée sur elle-même, sanglotant difficilement, son visage dans ses bras, à moitié masqué par le rideau de sa longue crinière d'encre noire. Ran et Kazuha étaient à côté d'elle, cherchant à la réconforter, mais elles avaient l'air clairement perdues et inquiètes.
- Bah alors ? Un souci la kuudere ? s'étonna Thatch.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Heiji.
- Je me suis assise par erreur sur l'un des moulins de papier, et ça a rappelé à Ran-chan qu'elle voulait lui en offrir un, expliqua doucement Kazuha. Dès que Ran-chan lui a donné le sien, Kali-kun s'est effondrée en larmes.
Iro vint se frotter à la zoan dévastée alors que Red passait sa canne dans son dos pour se rapprocher de son amie et la prendre dans ses bras. Immédiatement, la brune s'accrocha à lui comme à une bouée de sauvetage.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda doucement le D. à côté de l'oreille de son amie.
- Il a brûlé… le moulin n'existe plus… tout comme Blair… tout… tout n'est plus que cendre… sanglota-t-elle.
- On reconstruira. On est encore debout. Ce ne sera plus pareil, mais on peut continuer à avancer. Pas vrai, Thatch ?
- On dit très justement que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, dit avec un sourire amer le cuistot. Allez, lève-toi.
Il tendit une main à la jeune femme qui finit par lâcher Red et essuyer ses yeux. Elle hésita un instant avant de prendre la main du commandant qui la mena jusqu'à son véhicule.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda tout bas Conan à Red.
- Quand on était encore des petits nouveaux dans le circuit, je lui ai trouvé un moulin à vent en papier tout ce qu'il y a de plus banal. Son zoan lui donne un certain contrôle sur les éléments et elle a une certaine affinité avec le vent, alors, quelque part dans ma tête de linotte, je me suis dit qu'elle pourrait utiliser l'origami pour s'entraîner à son contrôle sans risque, raconta le logia en enfonçant ses mains dans ses poches. Ce n'est qu'un détail en apparence anodine qui nous rappelle qu'on a tout perdu dans cette guerre.
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Rouge ouvrit difficilement les yeux dans sa chambre d'hôpital, son esprit empli de brume avec le sommeil et la médication. Elle percevait le bruit familier de la machine qui la faisait respirer après la longue, lourde et malheureusement habituelle opération qu'elle avait subie pour libérer ses poumons du sang accumulé. Une tâche rouge attira son attention sur sa table de chevet. En dépit de l'appareillage et des tuyaux qui emprisonnaient son nez, sa bouche et surtout sa gorge, elle parvint à tourner la tête. Sa vision finit par se clarifier et malgré la pénombre de la pièce elle reconnut des fleurs. Des hibiscus rouges.
Un léger gémissement lui fit réaliser qu'elle n'était pas seule.
Elle regarda dans l'autre sens et nota que son fils était là, assoupi, à moitié avachi sur le lit, ses bras lui servant d'oreiller. Cela expliquait qu'on ait mis en marche la climatisation avec la chaleur que dégageait le logia. Doucement, elle passa ses doigts dans les sombres mèches folles de son fils. Clairement les cheveux de son père, jusqu'à la texture.
Si seulement Roger avait réussi à se battre plus longtemps contre la maladie, tout ceci ne serait pas arrivé.
- En rentrant, je te présente à un excellent médecin. Maintenant, repose-toi, je bouge pas, marmonna Red sans bouger.
Rouge ferma les yeux, les doigts toujours dans les cheveux de son fils qui se redressa. Bien vite, un poids très chaud se roula en boule contre elle et l'accompagna dans son sommeil chimique.
