Histoire mise en ligne sur mon deuxième compte FF (fluuor) mais dont j'ai perdu les codes d'accès... Donc, je remet tout en ligne ici directement. Bonne lecture à vous. Le 1er chapitre a été réécrit.
LA FEMME AUX MILLES INVOCATIONS
— Kiyo-san. Vous pouvez expliquer la situation aux Seigneurs Uchiha, ordonna le Daimyô, en agitant frénétiquement un éventail finement brodé devant son visage.
Il avait chaud. L'air était lourd et tendu dans la salle. Il cherchait de l'air frais, ouvrant fermant la bouche comme une carpe koï hors de l'eau. Son visage était couvert de sueur et sa respiration était pénible. L'assemblée avait été réunie en urgence sous les ordres de ce petit homme agité et en sueur. La scène était ironique : il était à la fois le plus puissant et le plus faible de tous.
En effet, les plus puissants samouraïs du pays du Feu et meilleurs stratèges étaient présents. Des hommes en armures épaisses et d'autres en costumes impeccables. Les amures brillantes des samouraïs étaient bien ternes à côté des yeux rouges sanglants. Le dernier groupe hommes dominaient la salle par leur simple présence. Ils imprégnaient avec une violence lente et silencieuse. Des shinobis, et pas n'importe qui. Il s'agissait des guerriers Uchiha. Ils s'étaient déplacés, concernés par la demande et surtout intéressés par les bénéfices qui découleraient de cette affaire.
La jeune femme appelle par le Daimyo se décolla doucement du mur, et s'inclina pour répondre à l'ordre. Elle focalisa l'attention de tous sans vraiment l'avoir pour autant. Kiyo n'était qu'une simple servante du Daimyo. Ses yeux se levèrent doucement pour rencontrer les regards des hommes présents. Un conseil exclusivement masculin.
— Seigneurs Uchiha, notre honorable Daimyô du Feu souhaite faire appel à vos qualités de guerriers. Le conseil s'inquiète de la présence d'un voleur au sein du palais impérial, débuta-t-elle.
C'était elle qui devait expliquer la raison de leur venue ici et répondre à leurs questions. Intermédiaire. Les yeux de la servante glissèrent sur deux hommes Uchiha, elle savait qu'ils écoutaient ses mots avec attention et elle savait aussi qu'ils étaient des guerriers redoutables.
Des rumeurs sanguinaires couraient à leur propos à travers le pays du Feu et, au-delà. Les rumeurs soufflaient qu'ils avaient livrés des combats sanglants contre les Senju, dépassant la violence elle-même et la mort. Et d'autres clans aussi, massacrés en entier. Tous connaissaient les rumeurs sur le clan Uchiha, elle y comprit.
Ses yeux dorés observèrent les frères Uchiha : le plus jeune des deux frères était droit. Il attendait la suite des explications de la jeune femme, les bras croisés sur son torse et les sourcils légèrement froncés. Ses yeux charbonneux étaient fixés sur elle. Elle glissa doucement les yeux sur la personne à ses côtés, observant maintenant l'aîné Uchiha. Il était en légèrement en retrait, le creux de son coude posé sur son genou avec nonchalance calculée. Maître des lieux par sa simple attitude et aisance. Son dos était adossé contre le mur derrière lui. Et ses yeux étaient braqués aussi sur elle, une intensité suffocante.
Leurs regards étaient intenses. Ils l'écoutaient. Kiyo continua alors, s'inclinant une nouvelle fois et observant désormais le sol.
— Le conseil soupçonne un voleur au sein du palais. Il possède des informations importantes sur les différentes positions militaires, les prochains transferts d'or entre les nobles familles du pays du Feu et également des informations sur les clans shinobis et leurs répartitions sur le territoire. Ces infor–
— Vous collectionnez des informations sur les clans shinobis? Coupa le plus jeune Seigneur Uchiha, tournant ses yeux vers le Daimyô à l'éventail devant lui.
L'homme flanqué de deux immenses samouraïs se recroquevilla sur lui-même, percé par les mots vifs du guerrier.
L'amusement suintait sous la voix de l'Uchiha. Situation amusante, n'est-ce pas? Plusieurs des hommes à table se raidirent à la remarque judicieuse du cadet. Il appuyait sur un point sensible de la demande du Daimyô. En effet, faire appel à des shinobis pour reprendre des informations volées sur des shinobis. Le Daimyô agita son éventail, un peu plus vite, mal à l'aise et répondit d'une voix mal assurée.
— Seigneurs Uchiha, la situation est très particulière. J'implore votre aide dans cette affaire urgente, son ton vacilla sur les dernières syllabes. Continuez Kiyo-san.
— En effet, comme souligne notre honorable Daimyo, cette affaire est très importante car elle concerne autant la cour impériale que les clans shinobis établis dans le pays. Le conseil pense que les informations ont été dérobées par un shinobi. Aucun des gardes du palais ou samouraïs n'a réussi à mettre la main dessus.
— Vos samouraïs et vos gardes sont incapables de l'attraper?
L'arrogance dans les mots de l'Uchiha. Un sifflement bref de la part d'un samouraï répondit. Un avertissement, indiquant clairement ce que beaucoup pensaient ici. Un garçon parmi les hommes. En effet, le cadet Uchiha, était le plus jeune d'entre tous à la table – Kiyo était plus âgée que lui, quelques années sans aucun doute. N'était-ce pas arrogant de se permettre une remarque qui souligne l'incapacité des samouraïs et gardes impériaux dans une pièce remplie de samouraïs et de gardes impériaux ?
Mauvais calcul, effectivement. Mais aucun homme du conseil ne répondit clairement à la provocation l'Uchiha, connaissant parfaitement les capacités du jeune homme et son rang. L'Uchiha était fait de feu, d'un feu puissant sur lequel personne ne souhait souffler à l'instant.
Les yeux de Kiyo quittèrent le sol légèrement pour se poser sur le samouraï grinçant. Son expression en colère ne mentait pas sur ce qu'il pensait du jeune guerrier Uchiha. Et elle tourna son regard, attirée par les Seigneurs Uchiha.
Les yeux de l'aîné Uchiha était sur son petit frère.
— Hm, fit-t-il, toujours adossé au mur.
L'adolescent à la posture droite haussa les épaules pour toute réponse, sans grande préoccupation de la colère qu'il soulevait en face de lui. La servante décroisa les mains de son dos pour replacer derrière son oreille une mèche qui flottait. Le long bracelet en métal qui ornait son avant-bras attira les regards des samouraïs et shinobis, concentrant leurs attentions sur Kiyo. Etrange bijou.
La servante reprit ses explications, assurée d'avoir l'attention de tous.
— Seigneurs Uchiha, notre Daimyô est prêt à payer vos services avec générosité. Votre prix est le sien. Il souhaite également vous offrir quelques informations sur les clans de votre choix en échange de votre aide.
— Oui! Ponctua le Daimyô en repliant enfin son éventail d'un claquement sec, appuyant les mots la jeune femme. J'ai besoin que cette affaire soit réglée rapidement pour me déplacer en sécurité ! J'ai besoin de savoir que mon or n'est pas sous le regard avide d'un clan shinobi, ou même de plusieurs! Quel est votre prix? Je vous paierais.
Le silence engloba la pièce.
L'agitation du Daimyô et son angoisse vis-à-vis de l'affaire était facile à percevoir. Mais, il était le seul homme agité dans la pièce. Tous les autres hommes étaient immobiles depuis le début du conseil d'urgence, y compris Kiyo. Calmes et posés. Les visages des hommes se firent plus durs alors que les secondes filaient. Ils attendaient une réponse du chef Uchiha.
L'ambiance était lourde. La servante ne bougea pas, calme et concentrée. L'impression d'une femme soumise et respectueuse? Non. Sa place de femme au sein du palais impérial lui imposait une posture soumise et discrète mais elle était bien plus que ça. Beaucoup plus.
Le Daimyô du Feu relança sa question. Perdre du temps signifiait offrir le temps de réaction au shinobi caché au sein du palais. L'homme en robe reprit son éventail et l'agita devant son visage à nouveau. Il répéta sa question, s'adressant précisément à l'aîné Uchiha.
— Uchiha-sama, quelle est votre réponse?
Kiyo leva les yeux légèrement à travers ses cils, souhaitant voir la réaction du guerrier. Ses yeux se heurtèrent aux pupilles rouges de l'Uchiha. Depuis quand avait-il activé son Sharingan ? L'échange visuel dura quelques secondes avant qu'elle ne baisse à nouveau les yeux, sentant l'adrénaline qui remuait dans son estomac.
Inspiration. Calme. Concentration.
L'adrénaline retomba et quitta le système de la jeune femme.
L'homme adossé contre le mur bougea ensuite ses rouges vers son frère, avec une lenteur monstrueuse. Ses yeux étaient rouges, marque du Sharingans et témoignage du clan Uchiha. Il attrapa le regard de son petit frère près de lui. Les secondes étaient silencieuses, ils communiquaient silencieusement. Ils restèrent ainsi, se regardant dans les yeux, sans un mot et immobiles tels deux statues sacrées. Une communication silencieuse, plus qu'admirable au sein d'une fratrie.
Puis, ils brisèrent le contact visuel.
— C'est d'accord, fit Madara Uchiha, sa voix posée et lourdes de promesses implicites.
— Seigneurs Uchiha, comment comptez-vous agir? Questionna un homme en amure de samouraï, ses yeux acides étaient sur l'aîné Uchiha.
Il posait la question que tous les hommes avaient sur le bout des lèvres: comment? L'âge du samouraï ne laissait aucun doute sur son expérience vis-à-vis du combat. Ses traits étaient fatigués, barrés par quelques cicatrices anciennes et monstrueuses. Madara Uchiha jeta un regard sur le samouraï, referma les yeux sans répondre à la question. Il installa un peu plus confortablement son dos contre le mur, reposant tout aussi tranquillement le creux de son coude sur son genou. Confiance et assurance.
Ce fut Izuna qui répondit, tout aussi confiant et assuré que son aîné.
— Un piège, il marqua une pause pour tourner légèrement son attention sur la servante et rattrapa le regard du samouraï hargneux. Nous allons remettre un parchemin avec des informations séduisantes sur le clan Uchiha et, prendre votre voleur.
— Sauf votre respect, nous avons déjà essayé cette méthode, contra le même homme.
— Peut-être. Nous verrons bien, fut sa seule réponse.
Le Daimyo claqua son éventail, satisfait de l'échange et désormais certain de l'aide des guerriers Uchiha. Il se leva, signifiant la fin du conseil d'urgence et quitta la table avec deux gardes à ses côtés ainsi que la servante sur ses pas. La suite dépendait des shinobis aux yeux rouges.
La jeune femme aux cheveux sombres posa sa main sur le haut du visage de la petite fille accrochée à sa jambe. Les larmes coulaient sur les joues potelés du petit. C'était la plus jeune des dix-huit filles du Daimyô, la petit Bara-hime. En effet, le Daimyô du Feu avait de nombreuses femmes, toutes différentes et aux allures plus ou moins exotiques selon ses lubies. Il désirait absolument un héritier pour prendre le trône du pays du Feu après sa mort. Mais, sans succès, ses femmes lui avaient toutes accouchées d'une fille. Il avait donc eu dix-huit filles, qu'il avait toutes prénommées par des couleurs sans réfléchir et sans un regard pour les nouveau-nées. Indifférence totale.
Kiyo passa une main douce sur le visage de la princesse, essuyant les grosses larmes de crocodile qui brouillaient ses yeux. Le visage potelé de l'enfant était appuyé contre la cuisse de Kiyo, mouchetant celui-ci de traces humides.
— Kiyo-san … Sanglota l'enfant, son souffle irrégulier et presque épuisé. Shiro-hime ne veut pas jouer avec moi.
— Shiro-hime est très occupée en ce moment avec ses leçons,répondit Kiyo d'une voix apaisante et tendre tendre. Ne sois pas triste, tu trouveras toujours quelqu'un pour jouer.
Bara-hime renifla, ne sachant pas quoi répondre, les larmes s'étant calmées dans une éclatante lumière d'espoir. Le cœur de l'enfant s'apaisa également, devenant plus léger avec la douceur en face d'elle. La princesse n'avait que cinq ans, mais savait que Kiyo était différente des autres servantes. Elle n'avait pas d'airs ni de faux sourires ; elle était réelle et cela suffisait pour qu'elle ait une place dans le cœur de Bara-hime. Elle appréciait beaucoupt Kiyo. Elle s'occupait d'elle très souvent, jouant avec elle quand les autres étaient occupés et raconter des belles histoires.
La princesse tendit ses bras, demandant un câlin.
— Kiyo-san! Kiyo-san, prends-moi dans tes bras! La petite fille leva ses petits bras, demandant un câlin.
La jeune femme plia les jambes souplement, enveloppa la petite fille dans ses bras avec une douceur cotonneuse. Bara-hime adorait sa servante, oui. Elle l'adorait plus que sa propre mère. L'authenticité de Kiyo était frappante. Authenticité unique et mordante. Rien en comparaison aux autres servantes du palais qui gloussaient ou criaient sur la petite princesse. Bara gloussa, heureuse d'être dans les bras de la jeune femme. Les bras de Bara-hime s'enroulèrent autour de son cou, un soulagement palpable dans ses gestes. Le calme était de retour.
Elle regarda sa servante, à sa hauteur et rigola naïvement. Un rire enfantin simple.
Kiyo était simple. Elle était tout sauf une servante typique du palais. Loin de se démarquer physiquement des autres femmes, elle était moyenne. Habillée sobrement, dans des vêtements noirs usés par le temps, et des sandales vieillies par le temps, seuls avant-bras étaient visibles et soulignés par ldes longs bracelets métalliques. Les traits de la jeune femme n'étaient pas maquillés, elle ne portait pas non plus de coiffure extravagante (contrairement à beaucoup de femme dans ce palais). Kiyo se s'affichait pas comme toutes les dames ou servantes de la cour, colorées par les étoffes riches et une peau parfaitement blanche mais sa posture droite et sa présence silencieuse dégageaient une force inaltérable, une prestance que peu auraient osé défier.
Le regard noisette de l'enfant s'attarda sur les longues plaques en métal qui ornaient ses avant-bras. Ils brillaient doucement sous la lumière, attirant le regard par les éclats furtifs. Personne n'avait jamais vu la jeune femme sans ses bracelets, même pas la petite fille.
— Pourquoi portes-tu toujours tes bracelets? demanda la petite princesse, fascinée.
Kiyo sourit doucement, sans détour.
— Parce qu'ils me rappellent ma force.
À ces mots, un éclat furtif attira son attention et elle tourna lentement la tête vers la fenêtre. Son regard se durcit, les traits de son visage se tendirent légèrement. Bara-hime, absorbée par ses pensées enfantines, ne remarqua pas le changement qui s'opérait dans la posture de sa servante. L'attention de la jeune femme n'était plus sûr elle, Kiyo regardait par la fenêtre avec une expression étrange.
Bara-hime regarda à son tour les jardins, cherchant ce qui retenait l'attention de sa servante. Mais ses yeux de heurtèrent à l'obscurité et l'enfant ne vit pas les deux ombres. La position de la servante était légèrement reculée dans l'embrasure de la fenêtre comme pour se cacher. Une idée perça dans l'esprit de la princesse, joyeuse et inconsciente de ce qui se passait.
— Kiyo-san, je veux voir les poissons !
Kiyo sourit, et avec un regard de complicité, elle baissa la tête vers la princesse.
— Très bien. Mais sois silencieuse, et n'oublie pas : ton père n'apprécierait pas de te voir dehors à cette heure. Nous devons être discrètes
— Je le serai! Promis! Répondit Bara-hime, déterminée, un éclat de joie dans ses yeux.
Le sourire paisible sur le visage de Kiyo arracha un nouveau gloussement enfantin à la princesse. Kiyo-san avait une une patience redoutable qui permettait à la petite fille de cinq ans de s'épanouir tranquillement dans un environnement qui était loin d'être parfait : la cour impériale du Daimyô du Feu, un vrai nid de vipères.
La brunette passa ses bras autour du cou de Kiyo, obéissant à son ordre– celle d'être silencieuse. Il était tard. Les gardes avaient déjà débuté leurs rondes nocturnes. Les femmes retiraient leurs couches de maquillages en se prélassant dans les bains du palais ou dans les lits. Les hommes jouaient à des jeux d'argent dans les étages supérieurs. Et les domestiques s'occupaient de la journée de demain, sauf Kiyo qui était avec la princesse. Était-elle vraiment une domestique ?
La jeune femme s'arrêta au coin d'un couloir, ne bougeant plus.
Bara-hime respira doucement, les yeux grands ouverts dans le noir. Impressionnée par le talent de Kiyo-san. Comment parvenait-elle à voir dans le noir ou même à se déplacer aussi silencieusement ? Le manège continua. Elle avançait avec assurance dans les couloirs noirs du palais impérial et s'orientait aisément.
— Bara-hime, chuchota la jeune femme d'une voix mélodieuse à l'oreille de la princesse sur son épaule. Jouons à un jeu : ferme les yeux et compte jusqu'à dix. Si tu ouvres les yeux pendant que nous sommes encore dans le palais, j'aurais perdu.
— Est-ce que je gagne quelque chose?
— Je t'offrirais quelque chose.
— C'est vrai?
— C'est vrai, confirma-t-elle.
L'idée du jeu rendit la princesse excitée : l'idée de recevoir un cadeau de la part de Kiyo-san était juste grandiose. Quel genre de cadeau ? Un bijou ? La brunette resserra sa prise autour du cou de Kiyo, et commença à le décompte immédiatement dans sa tête. Elle voulait gagner le jeu. La tête enfouie dans le cou de sa servante, elle ferma les yeux. L'odeur fraîche la berça.
Un.
Deux.
Trois.
Quatre.
La petite fille nota un mouvement fluide de la part de Kiyo mais n'ouvrit pas les yeux, ne voulant pas être perturbée dans son décompte. Elle ne ressentait rien, aucun mouvement de la jeune femme. Le monde semblait immobile et Kiyo aussi.
Cinq.
Six.
Sept.
Huit.
Neuf.
Dix.
Les grands yeux bruns s'ouvrirent brusquement, cherchant à savoir si elles étaient hors du palais ou non. Si elle avait gagné. Elle plissa et pinça ses lèvres, sa servante avait gagné. Elles étaient dehors et devant l'un des grands bassins de carpes koï du palais. La prise de Kiyo-san se resserra doucement sur l'enfant dans ses bras. Elle était rapidement et aérienne, émerveillant l'enfant. Elle avait traversé les derniers couloirs où les gardes étaient nombreux sans faire un bruit et sans que la princesse puisse sentir le mouvement.
Les yeux sombres se posèrent dans ceux de la jeune femme, brillants d'admiration et joyeux. Le regard brillant de Kiyo lui répondit mais un doigt se glissa devant la bouche de l'enfant. Elle demandait son silence total comme elle l'avait demandé quelques instants plutôt dans les appartements de la princesse. Silence. C'était la clef. Elle approuva d'un signe de tête vif, obéissante à la requête et tourna son attention vers les carpes koï dans le bassin d'eau limpide devant elle.
La servante bougea lentement, l'enfant toujours dans ses bras. Elle contourna l'un des bassins pleins de poissons, laissant la petite princesse adsorbée par les formes colorés qui bougeaient dans l'eau. Les lumières du palais se reflétaient dans l'eau limpide. Adsorbée, à un tel point qu'elle ne vit pas Kiyo-san bouger souplement dans l'herbe.
Quelques pas souples, afin d'écouter les murmures à quelques mètres.
Bara-him était concentrée sur les carpes koï, n'entendant rien. La jeune femme s'accroupit, posant sa main sur le bord du bassin pour rester stable et tourna la tête vers la direction d'où provenaient les voix. La princesse, elle, se pencha plus près pour toucher l'eau, silencieuse.
La conversation continua. Kiyo fronça les sourcils en reconnaissant la voix du cadet Uchiha. Que faisait-t-il à cette heure-ci dans les jardins? Venait-il voir les carpes koï comme la princesse ? Elle en doutait fortement. Les lèvres de la servante se pincèrent en une ligne droite, mince et serrée.
— Tout est arrangé avec le Daimyô. Nous devrions être fixés d'ici peu. Son chakra est vraiment discret et difficile à percevoir...
Le silence répondit à la courte explication. Elle recula doucement dans l'herbe, s'éloignant doucement de la princesse qui avançait un peu plus sa main dans l'eau pour toucher les curieux poissons colorés. Sa main se posa sur sa hanche, doucement, prête à réagir. Elle soulevant légèrement un pan de son pantalon, pour laisser apparaître une pochette. Réagir à quoi?
Elle s'arrêta dans son mouvement, reposant sa main au sol. Incertaine.
Ne pas montrer son jeu. Pas ici.
— J'ai demandé aux hommes de brûler les documents. Ils n'ont plus aucune trace. Les informations sur le Sharingan et les stratégies militaires…
— Bien, répondit une voix plus grave. Celle de Madara Uchiha, reconnaissable entre toutes.
Kiyo recula, tendant l'oreille, son regard se durcissant. Les Seigneurs Uchiha Madara et Izuna étaient là, proches, discrets. L'air était tendu, un poids lourd pesant sur elle. Mais elle savait que l'espionnage dans ce palais était risqué. Trop risqué.
Elle bougea, doucement dans l'herbe jusqu'à revenir vers Bara-hime, toujours occupée par les poissons dans l'eau. La princesse jouait joyeusement, touchant minutieusement le dos des carpes curieuses qui approchaient du bord. La servante avança sa main pour la poser sur l'épaule de la princesse pour lui faire signe de se redresser et de grimper dans ses bras.
Mais son mouvement fut stoppé.
Son regard devint acier.
Un bras stoppa Kiyo attrapant son épaule avec force, pour la tirer en arrière. Bloquée contre quelqu'un. Sa réaction fut immédiate et viscérale, elle se déplaça pour saisir le poignet sur son épaule et le tenir en face d'elle dans un angle menaçant. Pas douloureux mais simplement menaçant pour la personne qui l'avait tirer. Vive et silencieuse. Dans le silence complet. Elle ne fit pas un bruit, grinçant des dents simplement et prête à l'attaque. La princesse Bara, à quelques mètres, jouaient toujours avec les carpes, sans voir la scène quelques mètres derrière elle.
Elle était une ombre prête à frapper.
La voix moqueuse de l'inconnu s'éleva alors.
— Agréable surprise de la nuit, Kiyo-san.
Le ton ne mentait pas sûr la personne: le cadet Uchiha. Elle tenait son poignet dans un angle de menace mais aucun doute qu'il lui suffisait d'un mouvement simple pour s'en dégager.
— Seigneur Uchiha, répondit-elle, conservant un calme total.
Le calme que dégageait Kiyo était absolument violent. D'autres auraient céder à la panique, coincé avec l'un des frères Uchiha. Pas elle, imperméable à la pression. Un calme mortel, enseigné à une élite spécifique. Une élite combattante. Les yeux d'Izuna se firent plus étroit alors qu'il analysait la servante. Hm. La fausse servante plutôt. Quelle genre de servante apprends à se défendre et à tenir un poignet adversaire dans cet angle précisément ?
Kiyo relâcha le poignet, consciente du regard fin qui analysait tout. Elle s'inclina doucement et pinça ses lèvres lentement en remarquant que les pupilles du guerrier étaient rouges. Signe du Sharingan.
— Pourquoi êtes-vous dehors ?
— Bara-hime voulait voir les poissons.
La tension montait encore, mais la jeune femme ne cilla pas. Même face aux Sharingan qui se fixaient sur elle avec une intensité acérée, elle resta immobile, sereine.
A son prénom, la princesse tourna la tête avec un sourire. Mais son sourire disparu immédiatement lorsqu'elle vit la scène. Kiyo en face d'un guerrier inconnu, aux yeux rouges. La peur effaça les couleurs du visage de Bara-hime. Elle se releva d'un coup, courant vers sa servante. Mais, dans sa précipitation, elle se cogna contre la jambe de Kiyo, s'y agrippant avec une force désespérée. Les larmes jaillirent sur ses joues, brisant le silence lourd de la nuit.
— Je suis désolée! Je voulais juste voir les poissons dans l'eau, je… Désolée! Ne punissez pas Kiyo-san! Pas elle! Kiyo-san n'est pas méchante!
Une voix tranchante, autoritaire, interrompit l'enfant.
— Silence, claqua la voix glaciale de Madara Uchiha.
L'enfant referma la bouche immédiatement, toute trace de vie écrasée par la peur et le ton lourd. Pétrifiée par la terreur.
Madara s'avança lentement vers la servante, se détachant de l'ombreet d'un geste presque trop fluide, saisit sa mâchoire entre ses doigts gantés. Ses yeux étaient rouges aussi, brillants et violents. L'étreinte était ferme, mais Kiyo ne se déroba pas. Elle sentit la pression de la main de Madara, lourde comme un poids mort. L'air semblait se resserrer autour d'elle, suffocant. Les bras de l'Uchiha la maintenaient dans une étreinte de fer, mais la servante n'émit pas le moindre son. Elle avait appris à encaisser ce genre de pression.
Ses maîtres auraient été fiers de sa maîtrise.
Madara força ses doigts dans sa chair, tirant son visage dans une position qui rendait la respiration difficile. Les yeux de Kiyo se durcirent alors qu'elle observait avec une acuité glaciale les mouvements de l'Uchiha. L'un de ses bras se leva lentement, presque mécaniquement, son poignet se dirigeant vers le point précis où elle pourrait faire pression sur le bras de Madara. Un point vital. Un mouvement précis, mais elle attendait. Elle savait qu'un faux mouvement et tout serait terminé.
Les pupilles de Madara se fixèrent sur ses doigts, un éclair de compréhension traversant son regard. Il remarqua la position de ses doigts était familier avec le réseau de chakra et les points de pression. Ses yeux plongèrent à nouveau dans ceux de Kiyo et un silence pesant s'installa. Aucun des deux ne bougea. Le temps semblait suspendu. Le silence se fit plus dense encore.
Kiyo attendait, l'air lourd de tension. Aucun des deux ne bougea.
— Intéressant, murmura-t-il finalement. Un sourire presque imperceptible étirant ses lèvres. Puis, à la surprise de Kiyo, il relâcha son poignet et recula d'un pas en appelant son jeune frère. Izuna.
— Oui, le jeune homme se pencha pour prendre dans ses bras la princesse.
Celle-ci hoqueta avec violence, surprise. Sa prise se détacha de la jambe de Kiyo sous la force du plus jeune guerrier et, elle chercha un regard de sa servante : rien. La concentration de la femme était sur l'aîné, à distance désormais plus normal. Bara-hima hoqueta et refoula un cri de terreur dans sa gorge alors qu'elle était dans les bras du guerrier. Ses yeux sombres étaient ancrés dans ceux du chef Uchiha. Les sharingans restèrent ancrés dans les siens.
— Permettez-nous de raccompagner la princesse jusqu'à ses appartements, dit Izuna d'une voix sans nuance.
Kiyo, son calme apparent retrouvé, se pencha légèrement en avant pour prendre la princesse dans ses bras. Elle récupéra l'enfant confuse et terrorisée. La petite tendit ses bras vers elle, dans un dernier effort pour se raccrocher à l'unique personne qu'elle considérait comme son ancre. Kiyo prit soin d'éviter tout contact physique avec le cadet Uchiha. Il laissa un regard curieux courir sur ses avant-bras, s'arrêtant sur les deux longs bracelets qui couvraient ses avant-bras.
Elle capta le regard mais n'y répondit pas, ajustant le poids de l'enfant dans ses bras. Les petits bras glissèrent autour de son cou avec force. Bara-hime pleura, silencieusement. La jeune femme passant une main apaisante dans le dos de la petite fille en réponse à ses tremblements.
Le chemin fut rapide. Kiyo prit soin d'utiliser tous les raccourcis possibles qui menaient aux appartements de la princesse, désirant écourter la présence des guerriers Uchiha dans son dos. Son calme disparaissait, elle sentait le danger derrière elle. Vulnérable. Arrivant devant la porte des appartements, elle grinça des dents lorsque le cadet Uchiha s'avança pour ouvrir la porte. Ils étaient silencieux et suivaient aisément ses déplacements.
Une goutte de sueur glissa le long du dos de la servante. Ils étaient dangereux.
— Bonne soirée à vous Bara-hime, murmura Izuna avec un sourire narquois, avant de s'éclipser dans l'ombre, ses yeux toujours fixés sur la servante. Kiyo-san.
— Merci, répondit-elle, le ton poli mais froid.
Elle entra dans les appartements de la princesse, ressentant la lourdeur de la porte qui se refermait derrière elle. Un soupir imperceptible s'échappa de ses lèvres. Le danger n'était pas encore passé. Elle déposa Bara-hime dans son lit avec une douceur infinie, mais son regard restait fixé sur la porte, consciente de chaque bruit, de chaque mouvement autour d'elle.
Bara se risqua à poser une question, d'une voix faible et angoissée.
— Pourquoi sont-ils méchants avec toi?
— C'est dans leur nature, Bara-hime, souffla-t-elle d'une voix calme. Kiyo ajusta les couvertures autour de l'enfant, son expression se durcissant un instant, une lueur sombre traversant ses yeux. Les shinobis n'ont jamais été tendres avec les autres. Mais ne t'inquiète pas. Ils ne me toucheront pas. Je le promets.
— Mais … et s'ils te font du mal?
Kiyo sourit doucement, mais le regard qui passa dans ses yeux fut aussi froid que l'acier.
— Alors, j'invoquerai Jeongal-sama pour me défendre.
Un sourire rassurant étira ses lèvres tandis qu'elle fixait Bara-hime, dont les yeux se mirent à briller. La princesse, soudainement captivée, oublia sa peur.
— Jeongal? Le grand scorpion de nos histoires? Répéta-t-elle, ses yeux s'élargissant d'émerveillement et pétillants. La tension s'éloignait de l'esprit de la princesse. Il te défendra comme dans nos histoires?
— Oui, Jeongal viendra à mon secours. Il ne laissera personne me faire de mal.
Un petit cri d'admiration sortit de la bouche de la princesse. L'angoisse et la tristesse définitivement oubliée. Jeongal. L'immense scorpion respecté de tous. Il était le personnage principal des histoires de la servantes. La servante sourit aux yeux brillants de l'enfant et se pencha pour déposer un léger baiser sonore sur son front.
— Je veux être comme toi plus tard, Kiyo-san, souffla Bara-hime, la voix pleine de conviction. Je veux être aussi belle, forte et être gentille !
— Bara-hime, tu es une princesse. Tu n'es pas faite pour vivre comme moi. Tes mains ne doivent pas être couvertes de sang ni de poussière.
— Mais je serai comme toi! Je ferai tout pour être comme toi!
Les mots de la princesse étaient pleins de sincérité, mais Kiyo savait que ce rêve n'était qu'un mirage. Elle fixa la petite avec un sourire doux, avant de joindre ses mains dans un sceau complexe. Un sceau comme les shinobis.
— Madara? Appela Izuna alors qu'ils avançaient dans les longs couloirs du palais impérial.
Ils savaient. Ils avaient compris.
— Oui. Elle masque son chakra bien mieux que nos propres capteurs et son contrôle est parfait. Je pense qu'elle est redoutable.
Le silence pesait lourd dans la salle d'audience du Daimyô. La foule s'écarta au passage du shinobi, se divisant dans des murmures discrets. Murmures et regards fuyants accompagnaient son avancée. Izuna Uchiha tenait par une corde un homme mal en point. Son visage était tuméfié, constellé d'hématomes violacés et du sang séché souillait la commissure de ses lèvres. Un bras déformé pendait à un angle sinistre, témoignant de la brutalité à laquelle il avait eu le droit.
La foule assemblée s'écarta instinctivement au passage du guerrier.
Kiyo, dissimulée dans les rangs des serviteurs au fond de la salle, observa la scène alors qu'une tension invisible raidissait lentement ses épaules. Ses sourcils se froncèrent légèrement. Elle analysait chaque détail, chaque mouvement. L'arrivée d'Izuna et de son prisonnier était étrange. Trop théâtrale.
Ses yeux noirs traversèrent la foule, leur regard se croisa et une étincelle glaciale traversa ses pupilles. Kiyo sentit l'alarme grimper en elle, un frisson d'adrénaline serpentant jusqu'à sa nuque.
Danger.
— Daimyo du Feu, annonça Izuna Uchiha, sa voix claire résonnant dans la salle. Nous avons trouvé votre voleur.
Le Daimyô leva les yeux de son trône impérial. Son regard scruta Izuna avec une méfiance sous-jacente.
— Soyez sans crainte, le voleur est identifié. Il marqua une pause, pivota légèrement vers Kiyo dans la foule et termina d'un ton tragiquement exagérée. Ou plutôt... la voleuse.
Alerte.
L'espace sembla se comprimer autour de Kiyo, ses sens brûlant soudainement à la menace émise. Elle se tendit instinctivement, ses muscles déjà prêts à réagir. Ses mains glissèrent devant elle avec une lenteur calculée, adoptant une posture défensive. Mais elle n'eut pas le temps d'agir, une présence glaciale se manifestant dans son dos.
Le contact froid de l'acier se posa contre sa gorge.
Un kunaï, tenu avec une précision meurtrière, appuyait sur sa trachée. Le temps sembla s'arrêter. La foule s'écarta brusquement, laissant un cercle vide autour de Kiyo et de son assaillant. Madara Uchiha.
Son regard écarlate brillait sous la lumière tamisée, chaque motif du Sharingan semblant scruter son âme. Sa voix grave s'éleva, basse mais tranchante.
— N'essaie pas de danser, murmura-t-il, un avertissement clair.
Cependant, rester immobile n'était pas dans sa nature.
Avec une précision calculée, elle porta sa main à son poignet et retira l'un des bracelets d'argent qui ornait son bras. Le geste était d'une lenteur intentionnelle, comme une danse mortelle et provocatrice. Sous le bracelet, des kanjis étaient tatoués sur sa peau. Un sceau complexe et méticuleusement tracé.
Madara suivit ses mouvements du regard, curieux mais immobile. Il la laissait faire, comme un fauve observant une proie qui tente une dernière fuite.
Kiyo mordit son pouce avec détermination, laissant le kunaï entailler légèrement la peau de son cou. Une goutte de sang perlé roula sur sa trachée. Elle apposa rapidement le sang sur les inscriptions tatouées, activant le sceau.
— Invocation : Jeongal !
Un nuage de fumée blanche explosa dans la salle, s'élevant en une onde qui arracha des cris de surprise et d'effroi à l'assemblée. La fumée épaissit l'air, masquant brièvement les silhouettes.
Puis, un bruit sourd résonna. Un choc profond qui fit vibrer les murs de la salle.
