Ils avaient ramené les trois survivants (parce que Luffy en avait trouvé un troisième dans l'antre du géant) à Kaer Trolde. C'était dur à croire, surtout quand Virgil était le seul témoin de la bagarre, mais un petit bout d'homme comme le jeune pirate au chapeau de paille avait réussi à venir à bout d'un géant des glaces avec seulement ses poings. Même si c'était digne d'un étrange rêve, Crach n'y prêta pas grand cas. On lui avait ramené son fils, qui avait semble-t-il pris du plomb dans la cervelle, et sa fille était à la maison. Il ne demandait rien de plus. Il offrit son hospitalité aux deux frères, mais Luffy déclina. Parce qu'il avait fini par comprendre une chose que Ciri ne savait certainement pas, ou alors, lui avait caché, et qu'il découvrait là, en pleine action : son frère était mal. Le plus jeune était apparemment la seule chose qui permettait à son aîné de rester ancré à la réalité. Alors, il n'allait pas pousser et faire la chose intelligente qui était de revenir auprès de ceux qui avaient vécu ces dernières années avec Ace et saurait comment gérer cette situation. De préférence avant que le fils de Roger ne lui arrache l'épaule par accident. Avec la promesse d'être présent durant la cérémonie qui élirait le prochain roi, ils s'en allèrent.
Pour retrouver les autres, ils avaient les Vivre Card de Marco et Kali.
C'était… effrayant pour le plus jeune de voir son frère aîné aussi craintif et docile. Tout aussi bizarre que de le voir vomir à la vue d'un ours à la broche. Il fut très reconnaissant de voir l'époux de son frère jaillir de la tente et prendre les choses en mains. Mais ça ne changeait pas les faits. Il n'avait pas su quoi faire pour son grand-frère. Il avait eu l'impression misérable d'échouer, même s'il y avait cette douce voix de femme qui lui assurait à son oreille qu'il avait fait son maximum et même plus que beaucoup à sa place. Il suivit Marco et Ace à l'intérieur et regarda le Phénix ramassait une fiole que l'elfe noir avait posé sur la table, avant de disparaître dans les profondeurs de la tente avec le Chat Noir.
- Putain, Kali ! C'est pas l'moment ! ragea brusquement Thatch.
- Je fais quelque chose d'utile, contrairement à ce que tu crois. Ce sont des runes magiques ce que je trace, dit calmement l'elfe noir comme si rien ne se passait autour.
Une autre goutte de henné tomba au sol et en rageant, le vampire se remit à genoux pour nettoyer avec une brosse à dents qui avait dû connaître des jours meilleurs.
- Au fait, Thatch. Swift m'a sauté sur l'épaule tout à l'heure. J'ai un peu mis de la potion au sol. Et c'était vraiment pas fait exprès, indiqua Mandos.
- Je te hais Mandos. Toi, tes tripes et ce foutu écureuil !
- Soit pas méchant avec Swift, il veut juste de l'affection ! défendit Anaïs.
Luffy cligna des yeux, et haussa des épaules pour aller s'asseoir dans un coin avec King qui s'étala voluptueusement sur ses genoux. Qu'est-ce qui n'allait pas avec son frère ? Qu'est-ce qu'il ne lui avait pas dit ? Qu'est-ce qu'il loupait ?
- /Tu l'sais, toi, ma feignasse, ce qui va pas avec nii-chan ?/ demanda doucement le jeune D. en prenant la tête du léopard des neiges entre ses mains.
L'animal se contenta de lui lécher le bout du nez.
- Alors, ce géant ? demanda Thatch en chassant la moindre saleté sur le sol.
- Vaincu, répondit d'un ton neutre le plus jeune.
Thatch bondit sur ses pieds en sentant quelque chose lui passait au travers. Il réprima un frisson et chercha ce qui l'avait percuté avec sa brosse à dent en main en guise d'arme.
- Plus c'est petit, plus c'est vicieux, le commandant Haruta le prouve régulièrement, commenta Kali avec un désintérêt général.
- Je sais pas qui m'a traversé, mais je vais lui apprendre à se foutre de ma gueule ! grommela le vampire excédé.
Luffy cligna des yeux. Mort par brosse à dent. Il n'avait jamais vu ça. Ace lui avait montré le coup de la mort par tasse en métal, mais la brosse à dent comme une arme… sauf si on est une carie ou une tâche, c'est pas bien efficace.
- C'est Kiyan. Il s'est loupé… il se marre en fait. Donc, Luffy ? En combien de coup de poings tu as envoyé ce géant dans la montagne ? demanda Mandos.
- Une droite dans les dents et un coup de pied au cul. Il a traversé le toit et Ace l'a vu à l'atterrissage, plus bas dans la vallée. On a ramené le fils du chef chez lui et on nous invite au couronnement dans une semaine.
- Je vois, dit Geralt en se massant le nez. Et avec ton frère, qu'est-ce qu'il ne va pas ?
- Sais pas.
Kali pointa de la queue le sac de voyage d'Ace qui avait été laissé derrière dans l'expédition pour Undvik. Le sorceleur n'avait pris que le strict nécessaire, laissant sa médication derrière. Il devait être dans un très mauvais trip. Et avec ce qu'on racontait sur les géants, ça n'avait pas dû aider. L'invitation leur laissait du temps pour qu'Ace retrouve ses esprits et secouent Marco. Thatch alla rejoindre la zone sinistrée par l'accident de potion pendant que Geralt s'en allait en quête d'un contrat. Kali prit Anaïs avec elle pour faire on ne savait quoi dehors, laissant Mandos et Luffy seuls dans la tente avec les deux félins.
- Ne, Mandos… dans les fantômes qui vous suivent, y'a une femme, non ?
- Oui. Il y a quatre hommes et une femme, confirma l'elfe. Elle t'a parlé, c'est ça ?
- C'est Rouge, c'est ça ? Ace en a de la chance qu'elle veille sur lui encore maintenant. Je lui en suis reconnaissante. De le surveiller et de m'avoir donné un frère comme Ace. C'est pas le gars le plus facile à vivre… mais c'est un frère génial. Et sans Rouge, je l'aurais pas eu.
Il aurait été seul pendant longtemps, bien trop longtemps, bien assez longtemps pour qu'il en devienne fou et fasse une bêtise. Même après son départ, son frère lui avait envoyé assez de lettres histoire de lui dire qu'il y avait toujours quelqu'un, là, dehors, qui avait besoin de lui.
- C'est bien Rouge.
Luffy se mit à rire.
- Elle doit être aussi têtue que Nii-chan ! Et je parle d'un idiot qui a cherché à me tuer volontairement plus d'une fois avant d'accepter de me supporter !
- Oui définitivement aussi têtue. Et je pense que tu l'entends te remercier d'être là pour ton frère, n'est-ce pas ?
Le plus jeune eut une grimace.
- Ace aime jouer les durs. Il refuse d'admettre que ça va pas. Et je serais le dernier à qui il dira s'il a un problème, donc, le dernier à pouvoir l'aider…
Il serra les poings et King se frotta à son cou pour essayer de le détendre. Il avait voulu l'aider, il avait traversé en aller et retour l'Enfer, et mit son grain de sel dans une guerre qui le dépassait, pour au final, voir son aîné mortellement blessé par sa faute, avant de disparaître.
- On peut dire ce qu'on veut de nous, mais on est des manches… désolé de te raconter tout ça, tu dois avoir tes propres soucis.
- Je pense que tu avais besoin de parler. Les aînés ont toujours tendance à croire qu'il faut cacher ses soucis alors que la famille est là pour aider souvent. Et pour mes soucis … pour l'instant, je ne peux rien faire à part attendre. Quant à ton frère … ce qui lui est arrivé ici a laissé des traces ancrées, comme un fer rouge.
- Oui, mais quoi ? Je vois bien que quelque chose ne tourne pas rond, il m'utilisait littéralement comme guide et me demandait de parler à sa place, alors que c'est pas son genre ! Qu'est-ce qui va pas avec Ace ?
- Je ne peux te le dire car ça relève du secret médical, pour ma part. Tu peux, par contre, demander à ton frère ou à quelqu'un qui sait. Tu as l'embarras du choix dans le groupe.
Luffy plissa les yeux. Il aurait le fin mot de cette histoire.
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Il n'y avait qu'eux deux. Les nixas n'étaient même pas dans le coin. Il n'y avait que le sable et les ruines du naufrage de ce qui était le navire qui aurait dû les conduire à la base ici. Marco s'était appuyé contre un rocher, le cul par terre, et Ace s'était calé entre ses jambes. Tous les deux profitaient de cet instant de calme, entre eux. Avant, le plus vieux aurait passé ses bras autour des hanches de son époux, mais aujourd'hui, surtout quand le sorceleur était en crise, le prendre ainsi dans ses bras et le faire se sentir prisonnier…. mauvaise idée. Alors, il se contentait de lui serrer une main et garder un menton sur l'épaule du brun.
- Ca va aller, chaton ?
- Mh.
- Il t'en a fallu du temps avant de réaliser que tu n'avais pas pris ta médication, yoi. Tu sais ce que ça veut dire ?
- Que Luffy est un miracle sur patte ?
- Entre autres, mais pas que. Cela veut dire qu'il serait possible, sous de bonnes conditions, que tu puisses vivre avec cette psychose, sans médication. Arriver à vivre avec tes hallucinations, yoi.
- Ah…
Le blond pencha la tête sur le côté, continuant de jouer machinalement avec l'alliance de son époux juste accessible avec les gants mitaines de l'uniforme des Chats.
- Qu'est-ce qui t'a traumatisé à ce point ? Au point que tu sois allée vomir quand Thatch a mis de la viande sur la table.
- Quelque chose de bien traumatisant, même pour un sorceleur.
- Donc, yoi ?
- Et toi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé avec la petite Cerys pour qu'elle me demande de te dire qu'elle est extrêmement désolée ?
- Le chantage n'est pas un motif de divorce ?
- C'est mon argument, ça, Fushisho.
Le blond eut une grimace quand son époux lui tira la barbiche dans un geste joueur, avant que le brun ne se retourne assez pour l'embrasser.
- Et toi, tu changes de sujet, yoi. Mais je ne me plains pas de la méthode.
- Tu veux que je continue, peut-être ?
Nouveau bisou plus poussé en langoureux. L'autre main de libre du médecin remonta jusqu'à la joue tachetée, pour le repousser doucement.
- Parle-moi. On est marié, je te rappelle.
- Tu aimes utiliser ça pour obtenir ce que tu veux, salaud.
- Oh, j'en ai d'autres. Je suis ton supérieur hiérarchique, ton médecin traitant, entre autres.
- Sur le dernier point, je me dois de vous rappeler, cher docteur, que mon médecin actuel est le guérisseur Mandos Cerbin.
- Oh, donc, tu vas lui dire ce qui ne va pas, yoi ?
- Pas pour autant.
- Allez, soyons sérieux, dis-moi ce qu'il s'est passé.
Ace l'embrassa sur la joue et se leva.
- Tu as dit à ton frère…
- Qu'on est marié ? Oui.
- …Pour les dégâts des mutations ?
- Pas besoin de l'inquiéter. Il n'aura pas à me supporter.
- Il sait que tu lui caches quelque chose, yoi. Tu connais ton frère. Tu crois qu'il va laisser tomber ?
Le Chat Noir ne dit rien. Il connaissait son frère, et il savait qu'il reviendrait à la charge. Il n'était pas du genre à chercher des moyens détournés, donc, Ace pouvait s'attendre à ce que son jeune frère vienne le hanter et le harceler pour des réponses.
Et cela commença dès qu'il entra dans la tente.
Geralt était en train de faire une leçon à Anaïs sur comment détecter les poisons et comment les rendre inefficaces. Kali couvrait un papier de runes pour former un papillon, pendant qu'on entendait quelque part dans la tente Thatch râlait sur les tâches de potions. Mandos était à la table, lisant tranquillement et offrant des commentaires sur la leçon de temps à autre. Luffy était assis dans un coin, avec King. Et dès que son frère aîné entra, le jeune capitaine commença sa vieille méthode pour obtenir des informations avec Ace. Le regard noir qui fait un trou dans le crâne et assombri tout autour. On sentait presque de la menace.
- Tu sais que j'ai plus de patience que quand on était gosse, Luffy. Je sais pas ce que tu veux, mais tu l'auras pas comme ça.
Le lourd regard continua de faire un gros trou dans la tête du sorceleur.
- Déa est réveillée, Iro joue avec elle, dit Kali d'une voix éteinte.
- Je vais la voir, ça va être son heure.
Et il s'en alla rejoindre la petite dans sa chambre, toujours suivi par le regard bouillonnant de son jeune frère.
Kali posa son calamus et appliqua ses mains en triangle sur son travail, laissant les runes en henné en contact avec le papier. Ils avaient quelques jours à attendre, donc, ça lui permettrait de se remettre. Elle travaillait depuis un moment sur cette idée. Depuis qu'ils avaient fini dans ce monde. Et aujourd'hui était une bonne idée de la mettre en application.
- Mandos, regarde-moi un instant, demanda l'elfe noir.
Le guérisseur releva la tête de son livre pour la regarder, se demandant pourquoi elle le lui demandait.
- Est-ce que tu vas bien ?
Il baissa la tête pour réfléchir à la réponse, même si malheureusement, sa pâleur en disait beaucoup sur son état.
- On peut dire que oui, finit par dire le jeune elfe.
Ace revint à cet instant avec Déa dans un bras qui gazouillait joyeusement en agitant ses ailes. Ce qui faisait une étrange vue en sachant que le pirate avait quand même sa tenue et ses armes de sorceleur. Mais il trouva quand même le moyen de dire une connerie, ignorant volontairement son frère et son regard noir.
Donc, le Chat Noir était prêt pour une de ses conneries. Et ici, c'est Mandos qui fut victime, puisque le sorceleur l'attrapa par le menton dans la paume, lui aplatissant les joues avec les doigts le forçant à faire la grimace.
- Mais oui il va bien. Œil vif, truffe humide, belles dents ! Ahahahaha !
Pendant un instant, Mandos se mit à grogner, avant de se calmer assez pour bougonner :
- Ace ? Lâche mes joues.
Geralt secoua la tête avec lassitude et amusement. Kali se concentra, poussant sa magie et son souvenir dans le papier, qui immédiatement se froissa pour devenir un papillon. L'acte lui avait fait blanchir et pousser d'un coup les cheveux et fait naître des écailles, mais en regardant le papillon disparaître hors de la tente, elle était satisfaite.
- Simple cadeau pour aider d'autres à garder espoir.
Mandos se dégagea de la main d'Ace pour regarder l'elfe noir.
- Qu'as … qu'as-tu envoyé, Kali ?
- D'après toi ?
Il ne fallut pas longtemps pour que le jeune elfe comprenne.
- Un souvenir. Tu viens d'envoyer un souvenir à mes amis et à ma famille.
- Kal ? appela Ace.
Il tendit sa main de libre à sa nakama qui frappa dedans, en souriant, sans donner de réponse à leur jeune camarade qui, même si touché par l'intention, restait perplexe. Ça viendrait.
Quand le jeune se mit à grogner, il était clair qu'il venait de comprendre le souvenir qui avait été envoyé. Bon, de base, l'intervention d'Ace n'était pas prévue, mais au moins la famille et les amis de Mandos sauraient qu'il était entre de bonnes mains.
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C'était leur dernier jour sur Skellige. Ce soir, après la désignation du nouveau roi des îles, ils partiraient. Kali avait en plus de ça demandé aux druides de lui confier un jeune saule pleureur. Ce qu'elle comptait faire avec, c'était une bonne question. A présent, à quelques heures du banquet et de la cérémonie, l'elfe noir avait une annonce à faire.
- J'ai eu une vision. Il va y avoir une attaque durant le banquet. Je sais que ce n'est dans les habitudes de personne, outre celles du capitaine Monkey, de mettre son nez dans la politique des autres…
- Qu'est-ce que j'ai fait ? demanda Luffy avec perplexité.
- L'île Konomi, Drum, Arabasta… décompta Marco sur ses doigts.
Ace cacha son rire derrière une aile de Dea qu'elle avait dans ses bras.
- Vous n'êtes pas censé servir un empereur des mers ? demanda Geralt.
- On protège un territoire comprenant des îles avec des gouvernements indépendants, on ne les contrôle pas, ni ne les dirige, rectifia Thatch. Ne me compare pas à quelqu'un comme Big Mum.
Pour le coup, le Chat Noir avait moins envie de rire et plus la nausée. Après ce qu'il avait vu à Undvik, il ne pourrait plus regarder en face la Yonkou. Eurg. Ouais, il avait bien fait de devenir végétarien.
- Je sais aussi que le commandant Marco est en froid avec Cerys. Cependant, si on intervient, en plus de permettre à la meilleure option du lot de monter sur le trône, on peut aussi nous assurer des alliés dans les batailles à venir. Et on en aura vraiment besoin.
Ils s'arrêtèrent quand Mandos sortit la reine noire la faisant tourner un instant pour la poser sur la table. Puis, posa à l'envers la carte de l'Empereur du tarot divinatoire. Il regarda Kali.
- Vous comprendrez le moment venu. Mais, je vous rappelle que c'est un banquet de Skellige. Ils ont toujours une façon très à eux de finir un repas.
Marco prit la reine et la fit tourner entre ses doigts.
- Il faut faire attention à une reine, donc ? devina Anaïs.
- Et nous n'en avons qu'une seule sur Skellige, nota Geralt en croisant les bras. Sauf si Cerys monte sur le trône, mais les mentalités sont bien trop traditionnelles pour que cela arrive.
- Justement, nous sommes à la croisée des chemins, dit Kali. Je ne sais pas les détails de ce qu'il s'est passé à Undvik, mais jusqu'à ce qu'Ace s'y rende, nous avions trois options. A présent, nous n'en avons plus que deux. Et suivant nos actions, nous pouvons changer la face des îles Skellige.
- Pourquoi on s'prend la tête ? demanda Luffy. On y va, on bouffe et on avise sur le moment.
- Tu veux toujours recruter mon frère ? demanda Ace avec un sombre amusement à Thatch quand il se frappa le visage.
- Je vais refaire l'inventaire de ma sacoche de premier soin, au cas où, yoi, annonça Marco.
- Petit-frère, as-tu une rune de contrôle ? s'enquit Kali.
- Kali… J'ai deux runes qui correspondent à ce dont tu as besoin mais… ça va être la dernière fois que j'utiliserais la magie.
- Je ne te demande pas de faire de la magie, seulement si tu as quelque chose de déjà prêt qui corresponde à ça. Tu auras besoin de toute ton énergie pour faire ce que tu es en priorité. Un médecin, un guérisseur, quelqu'un qui sauve des vies.
- Et c'est ce que je ferais.
- Je n'en doute pas un instant. Alors ? Est-ce que tu as quelque chose de prêt ou pas ?
Elle reposa son menton sur sa main, dans une pose qui rappelait énormément Robin à Luffy.
- J'ai passé ma semaine à préparer des potions et des runes d'immobilisations. J'ai beaucoup de choses de prêtes.
- Juste une rune qui pourrait me faciliter une prise de contrôle sur un des attaquants.
La rune changea de main, avec un sourire du plus jeune. Kali le lui rendit.
- Tu sais que si les Spades te voyaient, ils crieraient à l'imposture ? demanda Ace avec amusement.
- Et je les emmerde, malgré tout mon respect pour toi, mon capitaine. J'ai dit ce que j'avais à dire, on peut y aller.
Et elle glissa la rune dans son foulard crânien pour l'avoir à portée. Il était temps de lever le camp.
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Les rumeurs allaient bon train et Ace ne savait pas trop s'il devait se faire du souci ou non. Ou s'il devait s'en faire pour son frère. Apparemment, Hjalmar s'était retiré de la course. Certains disaient que Undvik l'avait traumatisé, d'autre que c'était parce qu'on racontait que quelqu'un avait tué le géant avant lui, lui volant toute possibilité de se démarquer pour accéder au trône. Anaïs marchant entre eux, ils avancèrent le long du pont menant au bastion An Craite qui servait d'hôte pour la cérémonie et le banquet.
- /Lu', j'ai qu'une demande pour toi../ marmonna Ace alors qu'ils arrivaient en vue de la herse qui était en train d'être relevée.
- /Hmm ?/
- /Fais-toi plaisir mais ne te fait pas prendre./
- /Mhmhm. Mais j't'ai pas oublié./
Le D. roula des yeux et arrangea Déa dans ses bras.
Ils passèrent la herse et Arnvald, l'intendant du clan An Craite, fit signe de la refermer avant de les accueillir avec le sourire.
- Messieurs dames ! Un plaisir de vous revoir ! salua l'homme. Un garde vous a vu depuis la tour et on m'a envoyé vous ouvrir la porte !
Le petit regard en coin à Marco disait qu'il craignait que Crach ne s'emporte en présence du blond.
- Je n'ai pas l'intention de m'approcher de sa fille ou quoique ce soit. Je veux juste savoir qui sera le nouveau chef et je m'en vais, yoi, rassura Marco. Je vais rester loin de Cerys.
- Qu'est-il advenu de la fameuse hospitalité de Skellige si on ferme la herse ? se renseigna Geralt alors qu'Anaïs jetait un regard nerveux à ce qui les enfermait désormais dans le bastion.
Ace lui serra l'épaule pour la rassurer, même si son attention était plus sur les deux panthères qui grognaient à l'adresse d'Arnvald.
- C'est la tradition, informa le sénéchal en ignorant les deux fauves. Pendant le banquet, les portes doivent rester fermées jusqu'à ce qu'un nouveau souverain soit désigné par les Jarls. Seuls les fils et filles de Skellige peuvent rester dans le château. Cependant, aujourd'hui, vous êtes des nôtres, car nul ici n'ignore ce que vous avez fait pour Hjalmar et Cerys. Pour le clan Torrdaroch, ou la forêt à laquelle vous avez rendu la vie. Aujourd'hui, vous êtes des enfants de Skellige.
- Nous sommes des enfants de la mer, autant les uns que les autres, on est pas si différent que ça, dit Thatch avec un sourire et une bonne tape sur l'épaule du gars.
- Un autre point très justement souligné, maître Thatch. Crach vous attend, maître Geralt et dame Anabela. Quant à vous, je doute que vous ayez besoin que je vous indique la salle du banquet.
- Du tout. Anaïs, prend Dea, on y va, yoi, dit Marco.
Le Chat Noir déposa délicatement la petite dont les ailes étaient cachées par la couverture qui la gardait au chaud. La princesse récupéra la fillette et Ace les serra contre lui, à la fois pour les rassurer, mais aussi pour s'assurer discrètement que sa protégée était armée.
- Crach en a déjà après moi, évite de le vexer à ton tour, yoi, demanda Marco à son époux.
- Aucune promesse !
Et les deux mutants suivirent le sénéchal dans les couloirs, Iro trottinant dans leurs pas.
- /King l'aime pas, commenta Luffy.
- /Moi, c'est son parfum qui m'incommode, siffla Kali.
- / Reste auprès de moi, Anaïs, d'accord, yoi ?/
- /Oui, oncle Marco./
- /Bon on va le voir ce banquet ou pas ?/ demanda Thatch.
Le grognement assourdissant de l'estomac de Luffy voulait tout dire.
- Bon sang, ça m'avait pas manqué, ça… gémit le vampire. C'est qui ton cuisinier de bord que je lui recommande la méthode qui a été efficace pour faire de l'estomac d'Ace un truc humain et non pas monstrueux.
- Sanji ? Je vais pas t'aider à le trouver si c'est pour l'encourager à m'affamer.
Marco fronça les sourcils au nom et regarda Thatch qui avait le même air que le blond sur le visage.
- Qu'est-ce que j'ai dit ?
- On verra plus tard, yoi. Allons au banquet.
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Le banquet était trop calme, de ce que disait Arnvald en conduisant les deux mutants jusqu'à Crach. Beaucoup trop calme, surtout quand quasi tous les Jarls de Skellige étaient présents. Et il fallait prendre en compte le proverbe de Skellige "A bon banquet, hydromel et sang doivent couler à flot". Ils avaient de l'alcool. À quand le sang ?
Les deux sorceleurs échangèrent un regard avant qu'Ace ne se penche pour essayer de calmer Iro qui grognait toujours.
Ils traversèrent la salle du banquet où ils trouvèrent Cerys qui essayait de faire parler son frère pour savoir pourquoi il s'était retiré de la course. Peine perdue vu que le roux restait obstinément fermé. En les voyant passer, Hjalmar regarda Ace et lui adressa un signe de la tête. Ils traversèrent le banquet. Bien trop bruyant, cependant, ils avaient l'habitude. Et c'était toujours mieux que ces repas où tout le monde se regarde du coin de l'œil et complote en chuchotant. Le sénéchal leur indiqua la grande porte et resta dans la salle des fêtes pour observer ce qu'il s'y passait. Les deux mutants comprirent l'invitation et finirent le chemin seuls. Ils passèrent la porte, montèrent les marches du couloir, pour s'arrêter quand une porte sur leur gauche s'ouvrit. Birna, la veuve du roi Barn, en sortit et s'arrêta en voyant les mutants.
- Bonjour, Birna, le banquet n'est pas à votre goût ? se renseigna poliment Geralt.
- Vous appelez ça un banquet ? C'est une foire agricole, où les votes s'achètent et se vendent comme des moutons, ragea la veuve.
- Votre fils ne cherche pas de partisan, alors ? Il me semble que Svanrige s'est avancé pour la succession, nota innocemment le D. de dessous son chapeau noir.
- Le fils de Bran ne s'abaissera pas à quémander une couronne qui lui revient de droit.
- Sauf si je me trompe, mais le principe d'une monarchie élective est que le souverain est celui qui a le plus de votes. Pas parce qu'il est le morpion de celui qui était là avant.
- C'est la tradition, oui… mais c'est une mauvaise tradition. La destinée des îles devrait être confiée à une seule famille.
- J'imagine que vous avez une famille particulière en tête...
- Bien sûr. Bran était le meilleur roi que Skellige ait connu depuis des siècles. Le trône devrait revenir à Svanringe, son fils aîné… puis à ses descendants.
Geralt préférait le système de Skellige. Moins de disputes et de coups foireux pour un trône, tout le monde pouvait tenter sa chance et ça réduisait de beaucoup les emmerdes, les assassinats et les complots. Quoique si on en croyait Mandos et Kali, cette femme était au cœur d'un gros qui pourrait changer Skellige. Son discours ne faisait que renforcer le soupçon.
- En quoi est-ce un mal de choisir son roi ? se renseigna Geralt.
- Tendez l'oreille, vous comprendrez. Titres, terres, privilèges...les prétendants promettent monts et merveilles pour obtenir des votes. On dirait des catins soulevant leurs jupons pour racoler les passants. Un roi élu par ses pairs n'est pas un souverain, c'est un débiteur. C'est le fils aîné de Bran qui doit monter sur le trône, j'espère que les Jarls finiront par le comprendre. À moins qu'ils n'entendent raison, je quitte Kaer Trolde demain à l'aube pour le continent.
Et ils la regardèrent s'éloigner pour rejoindre la salle de banquet.
- Tu sais ce que je pense, Geralt ? demanda Ace alors qu'ils reprenaient leur route.
- Je pense que je vais le regretter, mais dis toujours.
- Elle dit que son fils n'a pas à chercher des votes par droit de sang, mais au vu du personnage, je suis certaine qu'elle n'a pas hésité à se mettre à genoux ou baisser sa culotte pour assurer le couronnement de son fils.
- Pourquoi ça tombe toujours dans le pervers avec toi ?
- Reste abstinent aussi longtemps que moi et on en reparlera.
Ils arrivèrent devant les appartements de Crach qui observait le feu dans sa cheminée d'un air pensif, tournant presque le dos à la porte. Geralt toqua au battant et le Jarl se retourna pour les inviter à entrer.
- Je vous attendais, leur dit le Jarl alors que Geralt fermait la porte derrière eux. J'espère que le banquet vous plaît. C'est bien mieux que vos petits bals continentaux, n'est-ce pas ?
C'est certain, mais si Ace ne passait que rarement sur Skellige, c'est parce que ça lui donnait à chaque fois le mal du pays. Alors, même pour un vrai banquet, il préférait ne pas s'attarder plus.
- De ce que j'en ai vu, on ne risque pas d'avoir soif, nota Geralt en croisant les bras devant le feu.
Crach y remit une bûche et sourit aux deux mutants.
- J'espère bien, j'ai vidé ma cave ! Bière, hydromel, liqueur de prune cintrasienne, eau-de-vie de Mahakam qui vous arrache le gosier…
- De l'alcool zerrikanien aussi ? demanda avec espoir Ace.
- Bien entendu ! Le clan an Craite sait recevoir en beauté, qu'on se le dise !
- Bon, ben je vous laisse, je vais me torcher la gueule.
Le jarl attrapa Ace par l'épaule pour le retenir avant qu'il n'aille trop loin.
- Je veux vous remercier. Tous les deux, pour mes enfants.
- Tout le monde dit que Hjalmar s'est retiré par fierté de la course, parce que quelqu'un d'autre a vaincu le géant, pointa Geralt.
- Un petit bonhomme qui ne paye pas de mine qui renverse à mains nus un géant des glaces… Si j'avais pas vu le Chat Noir rayonnait de fierté en me disant ça, j'y aurais pas cru, avoua Crach. Mais j'ai eu une longue discussion avec mon fils quand il m'a annoncé qu'il se retirait de la liste des prétendants. J'ignore comment, mais vous avez réussi à lui faire entrer du plomb dans le crâne. Il a réalisé que son impulsivité a mené de braves guerriers à leur mort prématurée. Si sa sœur est choisie, il apportera autant de conseils que moi, et sera son bras armé, pour ensuite, me succéder à la tête du clan.
- Vous croyez que les anciens oseront mettre une femme sur le trône ? demanda Geralt.
- Vous m'auriez demandé ça quelques mois auparavant, j'aurais hurlé de rire… mais aujourd'hui. Tout le monde peut voir qu'elle a quelque chose de très rare sur ces îles : de la patience. Elle réfléchit, pèse le pour et le contre, là où d'autres agissent avant de penser. Cependant, une fois décidé, ma fille est inarrêtable.
- De base, Portgas n'était pas prévue, mais on peut partager la récompense, cela ne nous pose aucun souci.
- Eh bien, j'avais dans l'idée…
La parole de Crach fut noyée par les exclamations de la salle du banquet.
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Dès l'entrée dans la salle des banquets, Kali avait repéré le combat organisé par les Vildkaars qui tentaient d'inviter Hjalmar à se joindre à eux. Mais le roux n'était pas d'humeur et les ignorait clairement pour la plus grande incompréhension de sa sœur. Celle-ci, en remarquant les voyageurs, chercha immédiatement Marco du regard mais le blond s'était volatilisé avec Anaïs et Déa. Et Thatch n'avait pas envie de dire où était le blond. Luffy aussi avait disparu dans la foule, mais les assiettes vides toutes proches disaient où et pourquoi.
- J'vais m'faire quelques ronds, histoire d'attendre le début des hostilités, si vous voulez négocier votre part, c'est maintenant ou jamais, annonça Kali.
- Je passe mon tour, je vais manger un morceau.
Dans les faits, c'est plutôt qu'ils se dispersaient dans la salle. Ils savaient que ça allait barder. Autant couvrir un maximum de terrain. Cependant, Thatch rappliqua rapidos auprès de Mandos quand il sentit la tension monter. Surtout que le jeune elfe était clairement sur les nerfs. Clairement, ça allait péter, et dans pas longtemps.
Après un regard d'avertissement à des idiots du clan Drummond qui avait cherché des noises à Mandos, Thatch fit signe à l'elfe de s'éloigner.
- /On est prêt pour le bordel. Il y aura du grabuge, mais il ne durera pas longtemps. On va faire notre maximum pour abréger tout ça./
- LU-GOS ! LU-GOS ! LU-GOS !
Le vampire se retourna pour voir que Lugos la Beigne était monté sur une table pour descendre une barrique entière d'hydromel. Son Haki se manifesta et il fonça à l'assaut en usant du soru pour atteindre sa cible, poignardant un ours sorti de nulle part.
- OURS ! AUX ARMES ! hurla Mandos.
Dommage pour l'effet de surprise de ces trouble-fêtes, mais le banquet était tout de même saccagé. Mais ils étaient prêts. Dès le cri de Mandos, Geralt et Ace étaient revenus dans la pièce, même s'ils durent se baisser quand Luffy envoya voler un des ours géants dans le couloir derrière eux. Lugos eut la vie sauve juste à temps par une rapide intervention de Marco.
- Des berserks, nota Geralt alors que son camarade fonçait à l'assaut pour donner un coup de main à Cerys et Hjalmar.
Du coin de l'œil, il vit Kali planquer derrière une colonne, faisant apparemment de la magie, mais impossible de savoir le but ou la cible. Ou peut-être pas tant que ça, parce qu'un ours plus fort que les autres se jeta sur Lugos le Dingue et le fit passer par la fenêtre dans un grand vacarme, allant le poursuivre jusqu'au dehors.
Geralt le poursuivit, étant donné que c'était la dernière bête à être encore debout.
- Tissu propre, eau chaude, alcool fort ! Les blessés n'attendent pas ! cria Marco en se penchant sur le cas de Lugos Junior puisque Mandos prenait en charge Halbjorn.
- Quelqu'un veut aller voir si le Dingue est vivant ? demanda Donar.
- J'en reviens. Y'a plus rien à faire, pointa Geralt qui était parti à la poursuite de la créature et du jarl.
Cela ne fit ni chaud, ni froid aux autres clans. Thatch faisait le tour des personnes à terre, comptant les morts. Sans Mandos ou leur nombre, ou le fait qu'ils étaient préparés à du grabuge, cela aurait pu être bien pire.
- Thatch ! Coup de main pour amputer ! appela Mandos.
C'est tout juste si le vampire ne se téléporta pas pour lui filer un coup de main. Tout le monde donnait du sien, à son niveau, que ce soit pour suivre les instructions des deux médecins et du druide, faire des soins de surface. C'était le plus important. La colère et les questions viendraient après. Les querelles et les rivalités n'étaient plus de mise. C'étaient les frères et les fils qui étaient entre la vie et la mort. Il était nécessaire de les sauver. C'est pour ça que Crach suivit sans broncher la moindre demande de Marco. Mais ce n'était que partie remise. Une fois ceux qu'on pouvait sauver, remis sur pied, on demanderait des comptes à Crach, puisqu'il était l'hôte de l'événement.
- Cinq morts, et une douzaine de blessés, annonça finalement Luffy qui avait fait le tour de la pièce.
- Avec ou sans l'autre con qui est passé par la fenêtre ? se renseigna Ace qui s'occupait des soins de surface pour un Hjalmar grognon.
- Ce sont cinq de trop, Crach, nota le vieux jarl Donar du clan Heymaey. Il est de votre responsabilité de trouver qui est derrière tout ça. Il en va de l'honneur de votre clan.
Le jarl An Craite ne dit rien, mais son regard sombre sur le désastre autour d'eux était parlant.
Clac !
Hjalmar venait de se recevoir une bonne claque d'un chat agacé.
- Tu bouges une oreilles, et je te castre. Souviens-toi de Undvik, et de ce que ça a coûté de foncer tête baissée, rappela à l'ordre le pirate.
- On ne frappe pas les blessés, koneko-chan, rappela à l'ordre Marco en se lavant les mains après sa dernière opération.
Les différents Jarl quittèrent la pièce après un regard et différent avertissement pour Crach sur les conséquences que cela entraînerait la non-découverte des coupables. Seul le jarl Holgar resta, parce que son fils était parmi les blessés.
- Quelqu'un a vu les ours entrer ? demanda Geralt.
- Ce ne sont pas des ours, ce sont des berserkers, informa Ace qui examinait l'une des bêtes. Ours-garou, Luffy.
- Ooooh… comprit le petit pirate.
- Où sont les filles ? se renseigna Thatch.
- Dehors, avec Sac-à-souris, yoi, répondit Marco en montrant la fenêtre cassée.
Kali, qui venait de les rejoindre après avoir soigneusement caché tous ses cheveux dans son foulard sans pour autant dévoiler ses plumes, perdit ses couleurs à l'information. Elle n'avait pas réalisé qu'en prenant le contrôle de l'un des monstres, elle avait mis en danger les deux gamines.
- Ce sont les Vildkaarls, dit Hjaalmar avec colère. Je les ai vu se transformer.
- Merci, mais j'étais en train de me battre avec eux à cet instant, j'étais en première ligne et sans mes compétences, je serais parmi les victimes, ironisa Kali.
- Stop, on se calme et on réfléchit, exigea Marco.
- Il est question de l'honneur de mon clan, je ne vais pas rester les bras croisés à attendre ! s'insurgea Hjalmar.
- Tu ne vois que le sommet de l'iceberg, Hjalmar ! lui reprocha sa sœur. Tu ne trouves pas ça bizarre, venant d'une communauté isolée et auto-suffisante, qu'ils décident un beau jour de venir à Kaer Trolde, le jour même où tous les jarls et prétendant au trône de Skellige sont réunis ? S'ils avaient avancé l'un des leurs, j'aurais pu comprendre leur motivation…
- On se sert d'eux, conclu Crach. Je trouve ça étrange, aussi.
- J'y pense, mais… il est où le gosse de Birna ? On attend à ce que tous les prétendants soient présents aujourd'hui, afin de décider de qui sera le prochain roi, yoi.
- Regarde vers l'entrée.
Ceux qui ne s'intéressaient pas à Mandos et ses oreilles pointues remarquèrent que le fils du défunt roi venait de rentrer dans la salle de banquet et découvrait le massacre avec effroi.
- Permets-tu que je l'interroge, Crach an Craite ? demanda tranquillement Marco. Et puisque ta fille a une idée derrière le crâne, elle pourrait faire sa petite enquête avec un de nos sorceleurs. Koneko-chan ?
- Tu le surveilles à ma place, peut-être ? demanda Ace en montrant son frère qui avait un air de perplexité innocente.
- Faîtes… marmonna Crach avec un grand geste du bras.
- Je vais accompagner Cerys, annonça Geralt.
- Je pars avec Hjalmar, annonça Ace. Et Luffy, aussi.
C'était inattendu.
- Essayer de guérir les jeunes cons de leur tendance à foncer tête baissé m'aide à remettre en question mon propre défaut. Et on peut apprendre quelque chose d'intéressant en allant voir nos amis les ours.
- Chasse à l'ours, donc ? compris Luffy.
- Manque plus que les bars de fer et on serait de retour à Dawn ! rit l'aîné.
Le sourire physiquement impossible du plus jeune aurait pu faire plaisir à voir si ce n'était pas pour les conséquences que cela pourrait avoir. Autrement dit, des morts.
- On s'y met, Hjalmar ? demanda Ace.
Geralt commençait déjà à parcourir la salle alors que Marco et Mandos disaient comment transporter les blessés les plus graves ailleurs que sur la zone sinistrée. Crach organisait déjà les démarches pour rendre les morts à leur famille. Geralt revint vers Cerys pour avoir plus de précision sur ce qu'il s'était passé, alors que Hjalmar partait avec les deux D. et les félins à la traque aux ours.
- On a entendu des cris, qu'est-ce qu'il s'est passé avant le massacre ?
- Lugos la Beigne, ou plutôt, le nouveau jarl Lugos le Borgne, s'est vanté de pouvoir vider un fût de bière cul-sec, raconta Cerys. Il est monté sur la table, s'est saisi d'un tonnelet et a commencé à boire…
- Intoxication à l'alcool noté, marmonna Marco en passant à proximité pour aller interroger Svanringe.
Cerys le regarda passer. Elle ouvrit la bouche pour lui parler, mais se ravisa pour revenir à Geralt.
- Il était rouge comme une tomate et sa gorge prête à exploser… mais il a continué. Tout le monde s'est mis à scander son nom : Lu-gos, Lu-gos.
Oui, ça, ils l'avaient bien entendu.
- C'est à ce moment que le guérisseur Cerbin nous a hurlé qu'on était attaqué. On s'est retourné comme un seul homme… mais ils s'étaient déjà transformés. Les personnes les plus proches n'ont même pas eu le temps de prendre leurs armes, les berserks les ont… déchiquetés.
- Nous les vengerons, je vous le promets. Qui est mort ?
- Le barde Drogodar, le skald Draig Bon-Dhu, Lugos le Dingue, une servante et deux gardes. Otrygg an Hindar a eu de la chance de se trouver à côté de Marco quand le berserker a foncé sur lui, plus de peur que de mal pour lui.
- Donc, tous les prétendants au trône, sauf Svanringe qui vient de revenir, auraient pu y passer sans l'avertissement de Mandos et la rapidité d'action de mon groupe.
- Oh oui. C'est… c'est la seconde fois que je dois ma vie à Marco.
Et elle se serra dans ses bras comme pour se donner confort et courage. La petite remarque n'avait cependant pas échappé à Crach, même s'il ne laissa rien paraître.
- Je vais examiner les alentours, dit Geralt. La lune n'est pas pleine, donc, quelque chose a dû provoquer la transformation. Aliment, boisson, sort, son…
- Il n'y a pas eu de magie ici, Gwynbleidd, dit tranquillement Kali qui s'était assise sur une chaise miraculeusement intacte. Outre la mienne.
- Bon à savoir.
- Je vais faire le tour des survivants encore ici, on aura peut-être…
Cerys ne termina pas sa phrase que quelqu'un se jeta sur elle avec inquiétude.
- Bon sang ! Cerys ! Je viens d'apprendre ! Tu vas bien ?!
- Folan ? Mais…
Laissant le duo ensemble, Geralt alla examiner les corps, plus particulièrement l'un des berserker. Oui, la langue était trop petite pour être celle d'un ours, et sous la fourrure, on avait une trace de suture en plus d'un tatouage d'une patte d'ours. Clairement un humain sous tout ce poil. Mais c'était l'odeur qui s'en dégageait qui était la plus intéressante. Sang, miel, alcool et une senteur terreuse. Il allait inspecter les bols et les cornes pour avoir plus d'idées sur ce qu'il se passait.
Toutes les cornes étaient vides, mais il y avait bien un tonneau portant la même odeur terreuse que la gueule de l'ours. Et ça tenait plus du champignon. Par précaution, il vérifia les autres cornes, bols et tonnelets, mais aucun n'avait cette odeur.
- Cerys, j'ai quelque chose, appela Geralt.
La rousse, légèrement embarrassée par le comportement de Folan, vint rejoindre rapidement le sorceleur qui lui montra la source de l'alcool qu'avait consommé le berserker.
- Ils se sont appropriés le tonneau dès qu'ils sont entrés ici et mettaient au défi chacun de venir le leur reprendre, raconta Cerys. Ils n'ont bu que de cet alcool et pas un autre.
Très intéressant.
Geralt leva le nez et trouva rapidement l'odeur caractéristique du champignon dans l'air. Cela le mena jusqu'à une corne, proche de la porte, encore pleine d'hydromel, mélangée au champignon et à du sang humain.
- C'est ce mélange qui a dû provoquer la transformation, pronostiqua Geralt. Mais je ne saurais dire de quel champignon il s'agit.
- Hjort devrait pouvoir nous aider. Il connaît les plantes et les champignons comme personne. Sac-à- souris est parti aider dans l'infirmerie, mais Hjort est en bas avec les petites.
- On peut toujours essayer.
Cerys lui fit signe de le suivre et elle le mena jusqu'à une petite porte de service qui menait sur un balcon et lui-même, dans les jardins. Dans un coin les jarls pestaient. D'un autre côté, la tâche sanglante et l'ours mort disait où avait fini la légende de Lugos le Dingue. Entre les deux, un grand arbre au pied duquel Hjort était assis avec Anaïs qui avait toujours Déa dans les bras. La petite se leva immédiatement pour rejoindre Geralt.
- Nii-chan ?
- Partie à la chasse à l'ours, ne t'en fait pas.
- D'accord.
Pour que la petite ait aussi peu de réaction, c'est qu'elle devait avoir l'habitude.
- Nous avons besoin de tes compétences, Hjort, annonça Cerys. Nous avons là une corne remplie d'hydromel et de sang humain, mélangée à un champignon ou une herbe.
- Montrez-moi ça, demanda le druide.
L'objet que Geralt avait gardé précieusement pour ne pas en perdre une goutte changea de main. Et il ne fallut pas attendre longtemps avant que le druide n'identifie l'odeur.
- Oui, c'est bien du champignon, du mardrome.
Geralt haussa un sourcil. Cet homme n'était pas druide pour rien s'il parvenait à percevoir cela aussi bien et vite.
- Est-ce qu'il y a un rapport avec les berserkers ? demanda Geralt.
- Oui, mais uniquement dans les histoires qu'on raconte aux enfants pour leur faire peur. D'après la légende, les guerriers qui consomment du mardrome se transforment en bête sauvage au combat, mais ce n'est qu'une légende…
Cependant, dans son métier, Geralt avait bien souvent appris que les légendes avaient un fond de vérité.
- Cerys avait raison, vous êtes un vrai expert.
La rousse eut un bref et maigre sourire à l'adresse du vieux druide.
- En effet, surtout ceux qui affectent l'esprit, apaisent ou provoquent des rêves éveillés. Udalryk a souffert pendant des années. Pour le soulager, j'ai tout essayé. Par la prière d'abord… puis avec du lait de pavot, puis j'ai entendu parler de la réputation du Phénix et j'ai tenté ma chance avec lui…
- Mais tout ça, c'est du passé, non ? dit Cerys.
- Certaines substances utilisées en médecine peuvent entraîner une dépendance, dit doucement Anaïs. C'est oncle Marco qui me l'a dit quand je lui ai demandé pourquoi il utilisait du fisstech en anti-douleur, pour certains patients.
- Et la petite demoiselle a bien raison. Mais je réussirais à le sevrer. Surtout qu'il le veut, pour le clan et pour le petit Aki.
- Pour revenir au champignon, je n'en ai jamais entendu parler, nota Geralt.
- Il a un autre nom sur le continent. Le psilocybe, si je ne me trompe pas.
- Je connais, les paysans l'utilisent pour soulager la douleur, et Marco s'en sert en décoction pour des anesthésies mineurs, reconnu le sorceleur.
- Udalryk a essayé, lui aussi… mais pas longtemps, expliqua le druide. A forte dose, le champignon provoque des visions… cauchemardesques.
- Compréhensible, c'était bien la dernière chose dont Udalryk avait besoin. Merci pour votre aide, souffla Cerys.
- Thatch ou Yn Toredig viendront récupérer les fillettes une fois le nettoyage de la salle de banquet fini, merci d'avoir accepté de les surveiller.
- Il n'y a aucun problème. Pour une continentale, cette petite demoiselle est vive, curieuse et ouverte. C'est un vrai plaisir.
La petite se mit à rougir comme une pivoine.
Geralt et Cerys s'éloignèrent pour réfléchir à quoi faire de plus.
- Du sang et du mardrome… le goût de la chair humaine et une substance hallucinogène, réfléchi la jeune femme. Cela a très bien pu provoquer l'accès de rage, voire la transformation.
- Peut-être, mais j'imagine mal quelqu'un verser ça dans un tonneau spécifique, durant le banquet, à la vue de tous.
- Vous avez raison. J'ai participé à la préparation du banquet… j'aurais vu quelque chose. Sauf s'il s'est passé quelque chose avant qu'ils amènent l'hydromel ici. Dans le cellier peut-être ? C'est une piste comme une autre, allons-y. Et le plus vite sera le mieux. Les esprits commencent déjà à s'échauffer.
Et elle remonta vers la salle du banquet.
- Vous pensez qu'on pourrait s'en prendre à Crach ?
- Mon père ou un autre… La guerre civile est une tradition ancestrale sur Skellige. C'était trop calme, je savais que ça ne pourrait pas durer.
Ils revinrent dans le hall venteux de la forteresse et prirent une porte de service sur un côté menant à un balcon où armurier et forgeron travaillaient généralement. Là, ils prirent une autre porte, menant au quartier des serviteurs.
- C'est exactement ce qu'a dit Arnvald. Que tout banquet digne de ce nom doit avoir de l'alcool et du sang qui coulent autant l'un que l'autre.
- On dirait bien que son vœu a été exaucé…
Ils continuèrent à descendre des escaliers sur escaliers pour rejoindre le cellier.
- J'espère sincèrement que Hjalmar cherche autre chose que la bagarre, dit Cerys.
- Portgas a réussi à lui faire entrer un peu de plomb dans la cervelle, donc, je ne me fais pas trop de soucis…
Quoiqu'avec Ace, on pouvait s'attendre à tout. Surtout quand on rajoutait Luffy dans l'équation.
Cerys ouvrit finalement une porte et l'invita à le suivre dans la cave à vin. Les alcools forts étaient en bas du cellier sur deux étages. Mais en s'en rapprochant, une forte odeur leur monta au nez.
- Quelqu'un a gâché de l'eau-de-vie de Mahakam, informa le mutant. L'équivalent de plusieurs fûts.
En descendant les marches, ils notèrent que le sol était recouvert d'alcool sur de larges zones.
- Si père voyait ça, il serait anéantit.
Geralt ne fit aucun commentaire parce qu'il avait trouvé un fût d'hydromel différent des autres. Et l'odeur disait bien qu'on y avait mis aussi du sang et des champignons. Il allait demander à Cerys si elle savait d'où venait le tonneau quand son Haki se mit en alerte. Une porte s'ouvrit, une torche enflammée traversa le plafond et tomba sur l'alcool au moment où la porte claqua.
Réponse prévisible, tout s'enflamma.
- VITE ! Il y a une autre issue derrière ces tonneaux ! appela Cerys en voyant la porte de sortie couper.
Elle entraîna Geralt plus loin jusqu'à quelques tonneaux empilés qu'il balaya avec un Aard bien placé.
Sans ce passage dans la montagne, ils auraient fini brûlé vif. Clairement, quelqu'un voulait qu'ils clôturent leur enquête rapidement et sans trouver le coupable. Un chemin oublié dans la montagne où elle et son frère venaient jouer quand ils étaient enfants.
Et Cerys avait de la suite dans les idées. Quand ils revinrent dans la forteresse, elle avait déjà le cerveau en pleine carburation pour savoir comment confondre le coupable. Il avait dû forcément passer par le même endroit qu'eux, donc, peut-être laisser une marque de son passage.
Déjà, on avait sonné l'alarme, mais Thatch, Mélitèle le bénisse, avait gardé les curieux loin de la porte, ce qui permit de réaliser que quelqu'un avait marché dans l'hydromel. Et en dépit de l'attroupement, Geralt pouvait parfaitement voir l'empreinte de pas humide sur la pierre. Quand la piste s'arrêta, un autre indice les attendait déjà. Un morceau de tissu rouge, finement brodé, accroché à une torche.
- Il n'y a que Arnvald qui porte ce genre de tunique dans tout Skellige, nota avec émotion la demoiselle. Il est dans la grande salle avec les serviteurs ! Allons-y vite !
Il ne fallait pas le dire deux fois, parce que Geralt était déjà en train de courir dans les couloirs.
Et cette fois, ce n'était pas Thatch qui les sauva tous, mais Mandos qui gardait l'homme en respect avec une lame, contre un mur. Forcément, si c'était déjà du vécu, il pouvait prévoir cette fuite. L'homme sentait l'alcool, le feu et les champignons, en plus d'avoir une manche en moins. Quand on lui demanda sa motivation, il cracha sur son clan :
- Les an Craite ne sont pas dignes de monter sur le trône de Skellige, vous êtes impétueux et irresponsables.
Hjalmar était la personnification même de ces deux traits. Geralt voyait même pourquoi Ace avait autant d'intérêt pour le jeunot. Il devait se voir en lui, et essayer de guérir le gosse de défauts qu'ils avaient en commun et qui avaient déjà coûté cher au sorceleur.
- Skellige a besoin de stabilité, d'un roi fort. Pas d'un roi élu par des jarls ivres de faveurs et de vins.
- C'est étrange, mais j'ai déjà entendu les mêmes paroles de la bouche de quelqu'un d'autre. Birna Bran du clan Tuirseach, n'est-ce pas ? devina Cerys.
- J'ai entendu les mêmes mots, dame Cerys. L'avantage de mes oreilles pointues, j'ai bonne ouïe. nota calmement Mandos avant de revenir à la proie entre ses doigts. Mais un besoin de stabilité ne justifie pas les morts. Et tu vas préférer chanter toutes tes fautes aux jarls au silence du traître.
- Inutile de le cacher, Arnvald, tu n'as jamais su mentir, insista Cerys.
- Il nous faut des preuves, sinon, ce serait la parole de Birna contre la nôtre, pointa Geralt. A moins que tout le monde soit capable de faire le lien entre l'étrange absence de Svanringe durant l'attaque, ou qu'on accepte la parole de Marco et son don pour percevoir le mensonge. Ou alors, Hjalmar revient avec les D. et d'autres preuves à rajouter sur le dos de Birna.
Il fallut un moment avant que le sénéchal ne leur donne des lettres. Des instructions de Birna sur l'empoisonnement de l'hydromel. Mais pas de signature ou de sceau.
- Cela suffira ? demanda Geralt à Cerys alors que la jeune femme récupérer les documents.
- Je veux voir ce qu'a trouvé Hjalmar avant de faire réunir les jarls. Cela pourrait étayer nos accusations. Nous ne pourrons pas les attendre éternellement, les jarls deviendront vite impatients…
Mais ils avaient les pirates, dont l'un pouvait devenir invisible. Parfait pour trouver des preuves pour confondre Birna.
- Je vais envoyer Hugin rejoindre les autres, proposa Mandos. Il pourrait revenir avec les preuves dès qu'ils les auront.
Il lâcha sa menace et siffla. L'oiseau s'engouffra dans le couloir, sortant des ombres. Il se posa sur son épaule après qu'il terminait d'écrire en nordien. Il tendit le parchemin à son familier.
- Porte ça au Chat Noir et à son frère, demanda le jeune elfe avant d'expliquer aux autres. J'ai demandé à ce qu'ils envoient les preuves via mon corbeau.
