Chapitre 44 : Aigle et Faucons
L'oasis apparut comme une bénédiction au milieu de l'immensité brûlante du désert Aiel. Un joyau de verdure entouré de sable doré, ses arbres fruitiers ondulaient doucement sous une brise bienvenue. Le murmure d'une source d'eau claire se mêlait au chant discret des oiseaux. Pour Arno, qui avait traîné Shaia à travers des kilomètres de chaleur implacable, c'était comme tomber sur un mirage — sauf que celui-ci était bien réel.
« Enfin, de l'eau potable et des fruits, » murmura-t-il pour lui-même, tout en se tournant vers Shaia endormie sur son dos. Il la porta avec précaution jusqu'à un coin ombragé où l'herbe douce semblait parfaite pour poser la jeune fille. Ses paupières lourdes s'étaient fermées depuis longtemps, épuisée par la marche. Il l'installa contre un tronc d'arbre, ses cheveux emmêlés reposant sur ses joues. Un sourire fatigué se forma sur ses lèvres.
La grand-mère de Shaia, une femme âgée aux cheveux argentés tressés en un chignon serré, les attendait déjà à l'entrée du petit village qui formait le cœur de l'oasis. Ses yeux brillèrent de larmes de gratitude en voyant la jeune fille saine et sauve. Sans un mot, elle s'approcha d'Arno et lui tendit une main tremblante mais ferme, son visage marqué par les années mais empreint d'une force résiliente.
« Merci... » souffla-t-elle simplement. Les mots semblaient lui manquer face à l'émotion. Elle effleura doucement la joue de Shaia avant de se tourner vers le groupe.
Les guerriers Aiels, pourtant habituellement sévères et distants, se détendirent visiblement dans cette atmosphère apaisante. Rhuarc, leur chef, observa le lieu avec un regard calculateur, mais même lui ne put ignorer le calme régnant dans l'oasis. Tarak, toujours le plus rapide à s'adapter, esquissa un sourire en regardant les arbres fruitiers.
« Je crois qu'on pourrait presque oublier qu'on est dans un désert... » plaisanta Tarak en se penchant pour boire à la source d'eau fraîche.
Daeva, quant à lui, resta en retrait, comme s'il n'osait pas s'abandonner complètement à cette quiétude. Ses yeux scrutaient les environs, à la recherche du moindre signe de menace. Pourtant, même lui finit par céder à la douceur de l'endroit, croisant les bras en s'appuyant contre un palmier, l'air plus relaxé qu'il ne l'avait été depuis des jours.
La grand-mère de Shaia, ayant repris son calme, se mit aussitôt à l'œuvre. Elle n'était pas du genre à laisser ses émotions prendre le dessus trop longtemps. Avec une détermination renouvelée, elle se dirigea vers une petite cuisine en plein air, composée de pierres plates disposées autour d'un feu. Elle cueillit rapidement des fruits frais des arbres et prépara une sorte de ragoût épicé, parfumé de saveurs locales. Les guerriers s'assirent autour du feu, sentant leurs estomacs grogner à l'odeur enivrante qui se répandait dans l'air.
Arno, toujours aux aguets malgré l'apparente sécurité du lieu, resta assis près de Shaia, la surveillant tout en jetant un œil aux Aiels. Ils avaient un air plus détendu, mais il savait que la méfiance pouvait revenir à tout moment. Il se pencha vers la petite fille endormie et murmura pour lui-même : « T'as bien choisi ton moment pour dormir... si tu savais que j'étais assis au milieu de ce groupe de géants baraqués, tu aurais peut-être choisi un autre moment. »
Les guerriers échangèrent des regards, observant Arno avec une curiosité renouvelée. Ils savaient qu'il n'était pas un homme ordinaire, et son calme mêlé à une certaine nonchalance piquait leur intérêt. Tarak, fidèle à son habitude de briser les silences, se tourna vers Arno.
« Alors, mystérieux étranger, tu comptes te joindre à nous pour ce festin ou tu restes là à bouder dans ton coin ? » lança-t-il avec un clin d'œil malicieux.
Arno ne put s'empêcher de sourire. « Oh, je ne suis jamais contre un bon repas. Surtout si c'est gratuit, » répondit-il en se levant, prenant place aux côtés des guerriers.
La grand-mère de Shaia servit généreusement chacun d'eux, plaçant devant eux des bols remplis à ras bord de fruits et de ragoût, accompagnés de galettes plates. Il y avait une douceur dans chaque geste qu'elle posait, une façon de remercier sans mots, simplement en nourrissant ceux qui avaient veillé sur sa petite-fille.
L'atmosphère, autrefois chargée de tensions et de méfiance, se transforma peu à peu en un moment de répit. Les guerriers savouraient leur repas en silence ou échangeaient quelques mots apaisés. Arno, quant à lui, observait avec amusement cette transformation. Il se savait encore sur la sellette, mais pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds dans ce désert, il se permit de relâcher un peu sa garde.
« Bon... autant profiter du calme avant la tempête, » pensa-t-il tout en mordant dans une galette chaude, satisfait du repas et prêt à entamer des discussions plus sérieuses.
Autour du feu, l'atmosphère s'était considérablement détendue. Le crépitement des flammes et l'odeur du ragoût épicé servaient de toile de fond à une scène de camaraderie inattendue. Les Faucons des Dunes, d'ordinaire austères et concentrés, s'autorisaient quelques sourires, surtout après avoir goûté à la cuisine de la grand-mère de Shaia. Le silence pesant du désert avait laissé place à une sorte de tranquillité partagée. Arno, fidèle à lui-même, saisit l'occasion pour alléger l'ambiance avec quelques remarques humoristiques.
« Alors, c'est comme ça qu'on mange ici ? » lança-t-il en mordant dans une galette. « Pas de pizza, pas de bière ? Franchement, je m'attendais à mieux de la part des grands guerriers du désert. »
Tarak éclata de rire en entendant Arno. Son sourire s'élargit, et il leva son bol en direction du sorceleur. « Je ne sais pas ce que c'est, cette 'pizza', mais je suis certain que ça n'égale pas le ragoût de la vieille Aiel. Tu devrais te compter chanceux ! »
Arno fit semblant de réfléchir, une main sur le menton. « Peut-être que tu as raison, Tarak. Mais si tu me trouves une bière, je te promets de ne pas te faire la peau dans les deux jours à venir. » Il accompagna sa plaisanterie d'un clin d'œil, arrachant de nouveaux rires au guerrier.
Même Rhuarc, assis droit et silencieux, ne put s'empêcher de sourire en coin face à la légèreté d'Arno. Bien que le chef des Faucons des Dunes restât réservé, son regard perçant ne quittait pas Arno. Il observait chaque geste, chaque mot, comme s'il essayait de décoder un mystère.
Tarak, visiblement plus à l'aise maintenant, décida de plonger dans le vif du sujet. « Alors, l'étranger, j'dois t'avouer que je me pose des questions. Toi et tes deux épées... C'est pas commun, même par ici. Une lame en acier, je comprends, mais l'autre, en argent... ça, c'est intrigant. Tu te balades toujours avec deux épées comme ça ? »
Arno, savourant une bouchée de ragoût, prit son temps avant de répondre, comme s'il réfléchissait à la meilleure façon de répondre tout en gardant une touche de mystère. « Ah, Paulette et Claudette, mes fidèles compagnes. On ne part jamais en voyage sans elles. Claudette, celle en acier, est parfaite pour couper dans le vif du sujet, si tu vois ce que je veux dire. Et Paulette, la douce Paulette en argent... Elle est spéciale, réservée pour des clients un peu plus difficiles. »
Tarak leva un sourcil, amusé. « Des clients ? »
« Disons que certains de mes... contrats... nécessitent des soins particuliers. Disons, des monstres qui n'aiment pas trop l'acier. L'argent, par contre, c'est comme du poison pour eux. »
Le groupe écoutait avec attention, y compris Daeva qui, malgré son apparence stoïque, semblait intrigué par les paroles d'Arno. Rhuarc, bien qu'il demeurât silencieux, sentait que c'était le moment opportun pour en savoir plus sur cet homme énigmatique. Tarak, quant à lui, ne semblait pas prêt à lâcher l'affaire.
Autour du feu, l'atmosphère paisible de l'oasis était ponctuée par les éclats de voix et les éclats de rire que provoquait la présence d'Arno. Pourtant, quelque chose d'indéfinissable pesait sur la scène. Les membres du commando, d'ordinaire si réservés, restaient pendus aux lèvres du sorceleur, avides d'en savoir plus. Arno, lui, jouait le jeu avec son humour habituel, mais une gravité sous-jacente teignait son discours.
« Bon, les gars, je vais vous expliquer un truc. Vous avez probablement remarqué que je ne suis pas exactement comme vous autres. » Arno lança un regard amusé à Tarak qui, un sourire en coin, acquiesça.
Arno hocha la tête, le sourire effleurant à peine ses lèvres, puis posa lentement son bol. « Exactement. Je suis un sorceleur, un mutant. J'ai été entraîné à chasser les monstres depuis que j'étais gamin. Pas par choix, croyez-moi. »
Il fit une pause, laissant son regard balayer les membres du commando. Shael observait chaque mot avec une attention presque religieuse, ses yeux brillant d'une curiosité nouvelle. Daeva, lui, restait silencieux, les bras croisés, visiblement encore méfiant, tandis que Rhuarc écoutait avec son calme habituel, impassible mais attentif.
Arno prit une profonde inspiration, puis, d'un geste lent et mesuré, il détacha son masque et le posa à côté de lui. Un silence s'installa tandis que les guerriers découvraient son visage marqué, ravagé par les effets des mutations. Les cicatrices, les veines noircies autour des tempes, les yeux aux pupilles fendues comme celles d'un prédateur. Des séquelles visibles, témoignant d'un passé douloureux et d'une transformation qui avait laissé sa trace.
« Voilà pourquoi je porte ça, » dit-il en désignant le masque. « Pas vraiment pour le style, même si je fais un malheur avec. »
Tarak resta silencieux, l'humour le quittant l'espace d'un instant. Rhuarc, lui, ne bougea pas d'un pouce, mais son regard devint plus perçant, comme s'il essayait de lire au-delà des cicatrices. Shael eut un léger sursaut de surprise, mais elle n'exprima pas sa réaction. Seul Daeva, toujours aussi pragmatique, lâcha un commentaire laconique.
« Impressionnant. Mais ça n'explique pas tout. »
Arno sourit, son air redevenant celui du farceur, même s'il savait que ce qu'il allait dire serait pris au sérieux. « Laissez-moi vous raconter un truc que vous allez trouver encore plus bizarre. Dans mon monde, y'a bien plus que ces créatures que vous appelez des Scorpius. Là d'où je viens, le monde grouille de monstres. Des goules, des loups-garous, des vampires... et je vous parle pas des pires. Bref, ça grouille tellement que les humains ont dû trouver une solution. Et cette solution, c'était nous. Les sorceleurs. »
Un murmure de surprise parcourut le groupe. Tarak, toujours prêt à l'humour, ne put s'empêcher de lever les sourcils. « Alors, en gros, t'es une sorte de nettoyeur à plein temps. Pas le genre de boulot où on s'ennuie, hein ? »
Arno éclata de rire. « Tu l'as dit ! Mais le truc, c'est que pour faire ce boulot, faut pas être humain. Du moins, pas complètement. On est passés par un truc qu'on appelle l'Épreuve des Herbes. Des plantes magiques, des potions, tout ça. Neuf gosses sur dix crèvent pendant l'épreuve, mais ceux qui survivent... eh bien, regardez-moi. » Il fit un geste vers son visage défiguré. « Je suis l'un des chanceux. »
Shael, toujours attentive, fronça les sourcils. « Des plantes magiques ? Une transformation aussi brutale... et tu es le seul de ton genre ici ? »
« À ma connaissance, ouais, » répondit Arno, tout en s'étirant nonchalamment. « J'ai été envoyé dans ce monde par accident. Un portail, de la magie, vous connaissez le refrain. Maintenant, je cherche juste un moyen de rentrer chez moi. Mais en attendant, je fais ce que je fais de mieux : je chasse les monstres et je casse des culs. » Il fit un clin d'œil, mais personne ne rit cette fois.
Rhuarc croisa les bras, réfléchissant à ce qu'il venait d'entendre. « Et ces créatures que tu chasses, » demanda-t-il d'un ton mesuré, « elles sont aussi nombreuses que tu le dis ? »
Arno acquiesça. « Plus que vous ne pouvez l'imaginer. Des hordes. Les humains de mon monde ont appris à s'en débarrasser, mais c'est un boulot constant. Les monstres, ça ne disparaît jamais vraiment. »
Daeva, toujours sceptique, secoua légèrement la tête. « Je trouve tout ça difficile à croire, mais tes capacités parlent pour toi. Je suis juste curieux de savoir pourquoi tu n'es pas déjà mort dans ce désert si tu viens d'un autre monde. »
Arno sourit de toutes ses dents. « Parce que je suis un sacré dur à cuire, mon pote. Mais sérieusement, j'ai passé une bonne partie de ma vie à m'entraîner dans un désert semblable. Mon école, l'École de l'Aigle, est dans une région aride. Donc, oui, disons que je sais comment m'y prendre dans les environnements comme celui-ci. »
Rhuarc, toujours impassible, acquiesça lentement, son esprit évaluant l'homme en face de lui. « Cela explique beaucoup de choses. Mais il reste encore des zones d'ombre. Et tu dis que tu cherches un moyen de retourner dans ton monde ? »
La lumière du feu de camp jetait des ombres dansantes sur les visages des guerriers. Après les révélations d'Arno, un silence étrange s'était installé, chargé d'une tension douce mais palpable. Rhuarc, impassible comme toujours, était en pleine réflexion. Tarak, lui, observait la scène avec ce sourire en coin qui ne le quittait jamais vraiment, tandis que Daeva restait en retrait, ses bras croisés, visiblement sceptique. C'est Shael, plus concentrée que jamais, qui rompit le silence, sa voix douce mais ferme tranchant l'air.
« Il y a peut-être un moyen... Un moyen de te ramener chez toi. » Tous les regards se tournèrent vers elle, curieux et intrigués. Arno haussa un sourcil, attendant la suite.
Shael inspira profondément avant de continuer. « J'ai certaines compétences dans le Monde des Rêves. C'est un lieu où les frontières entre les mondes sont floues, où la réalité et les rêves se confondent. Si nous atteignons Rhuidean, je pourrais essayer de te connecter à ce Monde. Peut-être qu'à travers cet espace, nous pourrions trouver un portail, ou un moyen de communication avec ton monde. Mais... c'est risqué. Très risqué. »
Arno éclata de rire, brisant l'atmosphère sérieuse qui s'était installée. « Risqué ? Eh bien, c'est pas un vrai plan si ça n'implique pas de risques, non ? » Il lui fit un clin d'œil. « En plus, c'est exactement ce qu'il me faut pour épicer un peu ma journée. »
Tarak, ne manquant jamais une occasion d'ajouter une touche d'humour, intervint à son tour, un sourire narquois aux lèvres. « Alors quoi, on a un touriste inter-dimensionnel en visite ? Si ça se trouve, tu es là pour tester notre hospitalité ? »
Arno se tourna vers Tarak, un large sourire sur le visage. « Exactement ! D'ailleurs, je dois dire que le désert est pas mal, mais j'ai déjà vu mieux. Le service à l'oasis laisse à désirer, et les Scorpius, franchement, pas très accueillants. »
Les rires fusèrent autour du feu, brisant une partie de la tension accumulée. Même Rhuarc, pourtant sérieux de nature, esquissa un sourire discret avant de reprendre son expression concentrée.
Shael, cependant, ne se laissa pas distraire par l'humour ambiant. Elle scrutait Arno avec une intensité nouvelle, comme si elle évaluait le poids de ses paroles. « Ce n'est pas une décision à prendre à la légère, Arno. Le Monde des Rêves est instable. Il y a des dangers auxquels même moi, je ne peux pas toujours faire face. Si nous devons tenter quelque chose, cela doit se faire à Rhuidean. Là-bas, les chances de succès seront plus élevées... mais même là, rien n'est garanti. »
Daeva, qui était resté silencieux jusque-là, prit enfin la parole, sa voix grave trahissant une pointe de scepticisme. « Tu parles comme si c'était facile, Shael. Mais tu sais aussi bien que moi que les voyages vers Rhuidean ne sont jamais simples. C'est dangereux, et nous n'avons aucune garantie que cela fonctionne. » Ses yeux perçants se tournèrent vers Arno. « Es-tu vraiment prêt à risquer cela, juste pour un espoir de retrouver ton monde ? »
Arno, toujours souriant, haussa les épaules. « Tu sais, Daeva, je vis pour ce genre de trucs. Du danger ? J'en mange au petit-déjeuner. Et franchement, après tout ce que j'ai vu ici, ça ne me paraît pas si différent de chez moi. Des déserts, des monstres, des types en armures... la routine, quoi. »
Tarak pouffa de rire, mais Rhuarc restait pensif. Il n'était pas du genre à prendre des décisions impulsives. Son regard se posa longuement sur Arno, puis il tourna les yeux vers Shael. « Quels sont les risques réels, Shael ? »
Shael se mordilla la lèvre, pesant ses mots avec soin. « Le principal risque est que le Monde des Rêves est un lieu instable. Si nous ne faisons pas attention, nous pourrions nous perdre, ou pire, attirer l'attention de... choses que nous ne voulons pas rencontrer. De plus, contacter un autre monde via ce moyen est... inédit. Il n'y a aucune certitude que cela fonctionne. »
Un silence lourd suivit ses paroles. Rhuarc ferma un instant les yeux, prenant le temps de réfléchir. Ses guerriers le regardaient, attendant sa décision. Tarak, bien que toujours souriant, semblait plus sérieux. Daeva, quant à lui, fronçait les sourcils, peu convaincu de la nécessité de prendre ce risque. Et Arno, fidèle à lui-même, attendait la réponse tout en observant la scène avec un détachement presque nonchalant.
Finalement, Rhuarc ouvrit les yeux et posa son regard sur Arno. « Je ne peux pas prendre cette décision à la légère, » dit-il d'une voix grave. « Mais si ce que tu dis est vrai, et si Shael est capable de t'aider à retrouver ton monde... alors peut-être que nous devons tenter quelque chose. » Il marqua une pause, sondant les visages de ses guerriers avant de reprendre. « Cependant, tu dois comprendre que si nous allons à Rhuidean, ce ne sera pas sans danger. Et si tu te trompes... »
« Je sais, » coupa Arno, le visage soudain plus sérieux. « Je sais que c'est risqué. Mais je n'ai pas vraiment le choix, vous savez. Ce n'est pas comme si j'avais beaucoup d'options. » Il sourit de nouveau, un sourire fatigué, mais sincère. « Tout ce que je veux, c'est rentrer chez moi. Alors, je prendrai les risques qu'il faut. »
Shael hocha doucement la tête, reconnaissant dans les paroles d'Arno une détermination qu'elle respectait. Tarak, fidèle à lui-même, lança un dernier commentaire léger : « Eh bien, si on doit faire ce voyage, autant qu'on le fasse avec style, hein ? Après tout, c'est pas tous les jours qu'on accompagne un touriste inter-dimensionnel. »
Cette fois, même Daeva esquissa un sourire, malgré lui.
Rhuarc finit par se lever, un signe que la décision était prise. « Très bien. Nous irons à Rhuidean. Mais sois conscient, Arno, que si cela échoue... tu devras assumer les conséquences. »
Arno se leva à son tour, sa main se posant sur son épée Paulette. « Pas de problème. Je suis plutôt doué pour gérer les conséquences. »
Et sur ces mots, l'alliance inattendue entre Arno, le sorceleur d'un autre monde, et les Faucons des Dunes prenait forme, prête à se lancer dans une quête périlleuse à travers les mystères du désert.
Le soleil se levait à peine sur l'oasis, répandant une lumière dorée à travers les palmiers et l'eau cristalline. Arno, debout près du bord de l'eau, observait les dernières lueurs du jour éclairer le visage de Shaia. La petite fille se tenait devant lui, les yeux embués de larmes. Malgré sa peine, elle essayait de rester forte. Arno, accroupi devant elle, lui posa une main réconfortante sur l'épaule.
« Eh, eh, pas de larmes, petite guerrière. Tu es plus forte que ça, non ? »
Shaia renifla, essuyant ses larmes du revers de sa main avant de se jeter dans ses bras, l'étreignant fermement. Arno resta un instant surpris, puis lui rendit doucement son étreinte. Il sentit la chaleur de son petit corps contre le sien et la douleur dans sa voix lorsqu'elle murmura un merci contre son épaule.
« Écoute-moi, » dit Arno en reculant légèrement pour la regarder dans les yeux. « À chaque fois que tu te sentiras faible, que tu auras besoin de courage... pense au héros masqué, d'accord ? »
Shaia hocha la tête, encore tremblante. Arno lui sourit, ajustant son masque avant de se lever.
« Sois forte, Shaia. Tu as survécu à plus que la plupart des adultes que je connais. Maintenant, promets-moi de ne pas pleurer. »
Shaia acquiesça de nouveau, les larmes cessant peu à peu. Elle serra une dernière fois sa petite main dans celle d'Arno, puis il la libéra, se tournant vers les Faucons des Dunes qui l'attendaient déjà. Rhuarc, le visage impassible, lui fit un signe de tête, tandis que Tarak, un peu plus enjoué, esquissa un léger sourire.
« Bien, on y va, » annonça Rhuarc d'une voix ferme. « Il est temps. »
La compagnie du Faucon, silencieuse mais déterminée, se mit en marche. Arno se retourna une dernière fois pour regarder Shaia, qui lui fit un petit signe avant de courir vers sa grand-mère. Avec un soupir léger, il ajusta son équipement et emboîta le pas des guerriers.
Le paysage changea rapidement alors qu'ils quittaient l'oasis et s'enfonçaient dans l'immensité du désert Aiel. L'horizon, d'abord limpide, commençait à se charger de nuages de poussière. Une tempête de sable, typique de cette région, s'approchait dangereusement. Arno, habitué à ce genre d'environnement, lança un coup d'œil vers Rhuarc, curieux de voir comment ils allaient gérer la situation.
Rhuarc, toujours aussi calme, scrutait l'horizon avant de donner ses ordres d'une voix ferme mais posée.
« Restez groupés. On avance en ligne et on ne se lâche sous aucun prétexte. Shael, tu guides le groupe. »
Shael hocha la tête, prenant place à l'avant de la formation. Elle avait un air résolu, parfaitement concentrée, consciente de la responsabilité qui pesait sur ses épaules. Arno, quant à lui, enfonça son masque un peu plus fermement sur son visage pour éviter que le sable ne s'infiltre.
« Vous savez, » dit-il en un murmure audible, « j'aurais pris une journée au spa plutôt que ça, mais bon, qui suis-je pour refuser une bonne vieille promenade dans le désert ? »
Tarak, qui marchait à ses côtés, ne put s'empêcher de sourire. « Une promenade avec une tempête de sable en prime. Quoi de mieux ? »
« Exactement ! » répondit Arno, son ton dégoulinant d'ironie. « Je suis certain que ça va être un moment inoubliable. »
La tempête se rapprochait rapidement. Déjà, le vent commençait à fouetter leurs vêtements, et des tourbillons de sable dansaient autour d'eux. Rhuarc jeta un coup d'œil à Shael, lui faisant un signe pour qu'elle commence à ressentir la direction à prendre.
« Faites-moi confiance, » dit-elle d'une voix calme, tout en fermant les yeux pour mieux se concentrer. « Je nous guiderai à travers. »
Arno leva un sourcil sous son masque, amusé par la confiance de Shael. « C'est bien beau tout ça, mais si je me perds, c'est vous qui m'expliquerez comment retrouver mon chemin à ma grand-mère. »
Tarak éclata de rire, tandis que Daeva, toujours aussi sérieux, secoua légèrement la tête.
Le vent se leva brusquement, et en un instant, la visibilité tomba presque à zéro. La lumière du jour se noya dans une mer de sable tourbillonnant. Rhuarc, fidèle à son rôle de chef, fit signe à tout le monde de se rapprocher et de former une chaîne.
« Prenez les épaules de celui qui est devant vous, » ordonna-t-il. « Et surtout, ne relâchez pas votre prise. »
Arno, bien qu'habitué aux tempêtes de sable dans son monde, ne put s'empêcher de plaisanter. « Alors, c'est comme ça que vous faites les rondes ici. J'aime bien. C'est convivial. »
Tarak, juste devant lui, répondit en riant à travers le vent rugissant. « Oh, tu n'as encore rien vu. Attends que ça se corse ! »
Le groupe se serra, avançant lentement dans un mur de sable qui semblait vouloir les avaler tout entier.
Le rugissement du vent devint assourdissant, rendant toute conversation difficile alors que la tempête de sable se déchaînait. Le jour se dissipa rapidement, englouti par la mer de grains de sable qui tourbillonnaient autour du groupe. Chaque rafale de vent fouettait leur visage, les forçant à plisser les yeux pour ne pas être aveuglés. Le désert, si vaste et aride, semblait soudain se refermer sur eux, comme une bête affamée prête à engloutir tout ce qui croisait son chemin.
Arno, bien que masqué, sentait la puissance brutale de la tempête à travers son équipement. La poussière se glissait sous ses vêtements, le griffant presque comme un prédateur invisible. Mais il gardait son calme, tout en murmurant quelques répliques pour alléger la tension palpable.
« Honnêtement, » cria-t-il au-dessus du hurlement du vent, « c'est la pire journée spa que j'aie jamais eue. Et croyez-moi, j'en ai vu des mauvaises ! »
Tarak, qui se trouvait juste devant lui, pouffa de rire, ses épaules secouées de manière presque imperceptible. « On t'avait promis une aventure mémorable, non ? » répondit-il en haussant la voix pour se faire entendre.
Rhuarc, quant à lui, restait concentré et silencieux. En tête du groupe, il surveillait Shael d'un œil attentif, comptant sur ses capacités pour les guider à travers ce chaos. Chaque mouvement de Shael semblait mesuré et précis, ses yeux fermés, comme si elle se laissait guider par une force invisible, ses mains légèrement tendues pour capter les vibrations subtiles du terrain sous ses pieds.
« Vous êtes sûre de savoir où on va ? » lança Arno, esquissant un sourire sous son masque. « Parce que si on finit dans une autre tempête, je vais devoir me plaindre au service clientèle de votre désert. »
Shael, concentrée, ne répondit pas immédiatement. Mais Rhuarc jeta un coup d'œil à Arno, un léger sourire perçant son masque de stoïcisme. « Fais-lui confiance, étranger. Elle connaît ce désert mieux que quiconque. »
Les pieds des guerriers s'enfonçaient dans le sable instable à chaque pas, et malgré la chaîne qu'ils avaient formée, il était facile de sentir combien il serait simple de se perdre dans cette tempête. La visibilité était réduite à presque rien, le jour ayant cédé sa place à une obscurité oppressante. Le sable tourbillonnait autour d'eux comme des esprits furieux, cherchant à les désorienter.
Malgré l'intensité de la tempête, Arno restait vigilant. Son instinct aiguisé par des années de survie dans les environnements les plus hostiles lui permettait de garder une certaine orientation, même sans voir clairement le paysage autour de lui. Il se fiait aux mouvements subtils du vent et à la façon dont le sable changeait sous ses pieds. Bien que Shael ait la responsabilité de les guider, il veillait à ce qu'ils ne dévient pas de leur route.
« J'espère juste qu'on ne va pas se réveiller dans un remake de Dune, » plaisanta-t-il à voix haute. « Je ne suis pas vraiment prêt pour une bataille avec des vers géants aujourd'hui. »
Daeva, silencieux jusque-là, lâcha un soupir. « Même dans une tempête mortelle, tu ne peux pas t'empêcher de faire des blagues, hein ? »
Arno haussa les épaules, bien que le geste fût à peine visible dans la tourmente. « Eh, l'humour, c'est ma façon de rester en vie. Et puis, on a déjà assez de gravité avec tout ce sable qui essaie de nous ensevelir. »
La chaîne humaine qu'ils avaient formée avançait avec précaution, chaque membre tenant fermement les épaules de celui devant lui. Arno veillait à garder sa prise sur Tarak, tout en lançant de temps à autre un coup d'œil vers Shael, qui ouvrait les yeux de temps à autre pour vérifier leur direction.
« La tempête ne durera pas éternellement, » dit finalement Shael, sa voix étonnamment calme malgré les circonstances. « Je sens que nous approchons d'une zone plus stable. Encore un peu de patience. »
Rhuarc fit signe au groupe de continuer. Son visage était concentré, mais son calme inspirait une certaine confiance. Il savait que le désert Aiel était impitoyable, mais il faisait confiance à ses guerriers et à Shael pour les guider à travers cette épreuve.
Arno, malgré ses plaisanteries constantes, restait à l'affût du moindre signe de danger. Il savait que ce genre de tempête n'était pas uniquement un défi physique. Elle avait aussi la capacité de dissimuler bien d'autres dangers. Il gardait son esprit concentré, surveillant leurs alentours avec une acuité presque surnaturelle.
Finalement, après ce qui sembla être une éternité, la tempête commença à perdre de son intensité. Le sable retombait doucement, le vent faiblissait, et la visibilité revenait lentement. Le soleil, voilé par les restes de la tempête, réapparut, baignant le paysage dans une lumière diffuse.
« Bien, » souffla Arno, secouant les grains de sable accumulés sur ses épaules. « J'espère que vous avez tous apprécié cette petite balade. »
Shael ouvrit enfin les yeux complètement, ses épaules se détendant. « Nous avons traversé le pire, » dit-elle d'une voix tranquille. « Mais la route est encore longue. »
Rhuarc hocha la tête, un éclat de respect dans son regard. « Reprenons. Nous devons atteindre Rhuidean avant la nuit. »
