Chapitre29 : Shadar Logoth
Les pas précipités du groupe résonnaient lourdement alors qu'ils fuyaient à travers la plaine. La horde de Trollocs et de Myrddraals les poursuivait inlassablement, une masse de créatures monstrueuses assoiffées de sang qui ne leur laissaient aucun répit. La peur était palpable, mais l'épuisement commençait aussi à peser sur leurs épaules. Chacun des compagnons sentait la proximité du danger, et la moindre hésitation pourrait être fatale.
"Bon, je vais être honnête… on pourrait peut-être tous signer un traité de paix, non ? Genre, vous nous laissez vivre, et en échange… je chante une chanson," plaisanta Arno, son sourire en coin. Il savait que ses blagues faisaient parfois lever les yeux au ciel, mais en ce moment, il n'y avait rien de mieux pour alléger l'atmosphère. Et face à une armée de Trollocs, il préférait dédramatiser plutôt que paniquer.
Moiraine, en tête du groupe, jeta un coup d'œil sévère en arrière, mais elle ne dit rien. Elle savait que l'humour d'Arno, aussi mal placé soit-il parfois, gardait les esprits vifs et en alerte.
"On est proches," souffla Lan, le visage impassible malgré l'urgence. "Shadar Logoth… il n'y a pas de meilleur endroit pour semer ces créatures."
Les mots tombèrent comme une sentence. Shadar Logoth. Une ville maudite, abandonnée depuis des siècles, où même les ténèbres n'osaient pas s'aventurer. Les murs de cette cité étaient imprégnés de malédictions anciennes, de secrets sombres et de magie ténébreuse. Aucun être, qu'il soit mortel ou monstrueux, ne sortait indemne de ce lieu.
"Oh, génial… un endroit où même les monstres n'osent pas aller. Pourquoi on ne ferait pas un pique-nique là-bas pendant qu'on y est ?" ironisa Arno, son ton léger contrastant avec l'inquiétude qui planait sur le groupe.
Alors qu'ils approchaient des immenses portes brisées de Shadar Logoth, l'atmosphère se fit plus lourde. Un silence pesant semblait envelopper la ville, et même les cris des Trollocs se faisaient plus distants. La lumière elle-même semblait refuser de pénétrer au-delà des murs effondrés, comme si l'ombre de la ville avalait toute clarté.
Leurs pas ralentirent alors qu'ils pénétraient dans les ruines. Autour d'eux, les bâtiments éventrés semblaient se pencher dangereusement, comme s'ils allaient s'effondrer d'un moment à l'autre. Les fenêtres béantes ressemblaient à des yeux morts, et les pavés fissurés étaient couverts de lierre noirâtre, témoignages d'un mal ancien qui refusait de mourir. L'air était glacial, chargé d'une aura maléfique qui hérissait les poils sur la nuque.
"Bienvenue dans la belle Shadar Logoth, capitale de… je ne sais pas, la fin du monde ?" lança Arno en haussant les épaules. "Je parie que le guide touristique a oublié de mentionner les Trollocs et les Myrddraals dans sa description."
Rand et Mat, silencieux jusque-là, restèrent proches d'Arno. L'humour du sorceleur, bien que mal placé, semblait leur apporter un certain réconfort dans cet endroit sinistre. Ils marchaient prudemment, leurs yeux balayant l'obscurité environnante, comme s'ils s'attendaient à ce que quelque chose surgisse de l'ombre à tout moment.
"Pourquoi ici ? Qu'est-ce qui fait fuir même les Trollocs ?" demanda Mat d'une voix faible, jetant des regards inquiets autour de lui.
"Parce que ce qui hante cet endroit est bien pire que des monstres affamés," répondit Moiraine d'une voix sombre, son regard fixe sur les ruines devant elle. "Nous ne pouvons pas rester longtemps. Shadar Logoth n'épargne personne."
Arno leva les yeux au ciel avec une fausse exaspération. "Eh bien, c'est sûr qu'on est passés de l'option 'mort rapide par des monstres' à 'mort lente et maudite par un truc encore plus flippant'. Moi, je dis, bravo à nous pour cette décision stratégique."
Lan, toujours en alerte, ne laissa pas le temps à l'humour de détendre l'atmosphère. "Nous devons nous déplacer rapidement. Si nous restons trop longtemps, ce ne sera plus les Trollocs qui seront notre souci."
Les Trollocs, qui les avaient poursuivis jusqu'ici, s'étaient arrêtés à l'entrée de la ville, hésitants, comme s'ils sentaient la présence de quelque chose de bien plus dangereux à l'intérieur. Mais même les plus intelligents d'entre eux finiraient par entrer, poussés par l'ordre implacable des Myrddraals.
Les compagnons continuèrent à avancer à travers les ruelles défoncées et les bâtiments en ruine, leurs pieds résonnant sur le pavé fissuré de la ville maudite. À chaque pas, l'atmosphère devenait plus lourde, plus étouffante, comme si la ville elle-même les observait. Les ombres semblaient se mouvoir de manière étrange, toujours à la périphérie de leur vision, et le murmure du vent ressemblait à des voix chuchotantes, appelant depuis les ténèbres.
"Bon," murmura Arno en souriant, mais plus doucement cette fois. "J'espère que les monstres de cette ville acceptent les pourboires, parce que je sens qu'on va avoir besoin de renforts... ou d'une bonne vieille chanson pour nous remonter le moral."
Le silence oppressant de Shadar Logoth se resserrait autour d'eux, mais pour l'instant, ils avaient réussi à échapper aux Trollocs. Le vrai danger ne faisait pourtant que commencer.
Le groupe avançait avec précaution à travers les ruelles sombres de Shadar Logoth, chacun tentant de garder son calme malgré l'atmosphère oppressante qui semblait les envelopper. Les bâtiments éventrés et les ombres mouvantes autour d'eux donnaient l'impression qu'ils étaient observés de toutes parts, comme si la ville elle-même avait des yeux dans chaque recoin. Le poids de la malédiction qui flottait dans l'air semblait s'intensifier à chaque pas.
Moiraine, en tête, menait le groupe, son visage concentré malgré l'angoisse qui les entourait. Lan, toujours à ses côtés, gardait une vigilance de tous les instants, tandis que Rand, Mat, Egwene et Perrin suivaient de près, scrutant chaque ombre avec appréhension.
"Bon, quelqu'un veut parier sur combien de temps il nous reste avant que cette ville ne décide de nous avaler vivants ?" lança Arno, un sourire ironique aux lèvres, tout en balayant les environs du regard. "Je suis partant pour une bonne vieille séance d'exploration de ruines maudites. Et je sais pas vous, mais j'ai l'impression d'être dans un mauvais remake d'un film d'horreur."
Mat lui répondit par un sourire nerveux, mais l'humour d'Arno ne parvint pas à dissiper totalement la tension. Il n'y avait pas de doute que la situation était sérieuse. Soudain, un hurlement bestial retentit au loin, faisant écho à travers les murs effondrés de la ville.
"Les Trollocs," murmura Lan en tournant brusquement la tête. *"Ils approchent."
Le groupe accéléra le pas, cherchant un abri ou une cachette plus sûre dans le dédale de rues. La lumière des torches des Trollocs commençait à vaciller au loin, signe que la horde entrait dans la ville malgré leur terreur palpable.
"On va se disperser," ordonna Moiraine d'une voix tendue. *"S'ils nous trouvent tous ensemble, ce sera la fin. Suivez-moi, et restez groupés !"
Mais à ce moment précis, une clameur soudaine de pas précipités résonna derrière eux. Un groupe de Trollocs, guidé par un Myrddraal, venait de surgir à l'autre bout de la rue, forçant le groupe à se séparer dans la confusion.
Dans le chaos, Arno se retrouva aux côtés de Rand et Mat. Ils échangèrent un regard rapide avant de s'élancer dans une ruelle adjacente, se faufilant entre des bâtiments à moitié effondrés. Derrière eux, les cris gutturaux des Trollocs et les ricanements glaçants des Myrddraals retentissaient, mais les créatures hésitaient visiblement à avancer plus loin dans la ville maudite.
"Super Nanny, c'est parti pour la mission ! Allez, mes loulous, on bouge !" plaisanta Arno, tout en jetant des coups d'œil furtifs derrière eux pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis de trop près.
Rand et Mat, bien qu'épuisés, échangèrent un sourire nerveux. Arno avait ce don étrange de faire paraître les choses légèrement moins terrifiantes, même au milieu d'une cité maudite, pourchassés par des créatures des ténèbres.
"Vous savez, j'ai l'impression qu'on devrait trouver un coin sympa, genre un hôtel abandonné avec service d'étage. Ça doit bien exister quelque part dans cette ville, non ?" continua Arno, tout en accélérant le pas. "Parce que personnellement, je commence à me dire qu'on va avoir besoin d'un peu plus qu'une bonne nuit de sommeil pour se remettre de ça."
Rand, le souffle court, hocha la tête en suivant Arno. "Ils sont toujours derrière nous ?" demanda-t-il à voix basse, jetant des coups d'œil furtifs dans l'obscurité environnante.
"Probablement," répondit Arno avec nonchalance. "Mais entre nous, je pense que ces Trollocs ont vu quelque chose d'encore plus effrayant que nous dans cette ville. Ils ont l'air moins motivés. Comme s'ils avaient oublié de prendre leur dose de café avant de se lancer à nos trousses."
Mat pouffa de rire malgré lui, mais le rire fut rapidement étouffé par un cri perçant au loin, suivi d'un hurlement guttural. Les trois compagnons se figèrent un instant, puis accélérèrent à nouveau le pas.
Ils s'enfonçaient de plus en plus profondément dans les ruelles étroites de Shadar Logoth, les bâtiments se faisant plus menaçants à chaque coin. Les ombres semblaient danser et se mouvoir de manière anormale, créant une sensation de malaise que même Arno ne pouvait complètement masquer avec son humour.
"Ouais, je confirme, cette ville a un sérieux problème de déco," commenta Arno en passant devant une façade délabrée où des gravures mystérieuses étaient presque effacées par le temps. "Je veux dire, si tu veux faire fuir les visiteurs, c'est réussi, mais là, ils en font un peu trop. Il manque juste une pancarte 'Interdit aux humains' pour compléter le tableau."
Les Trollocs et Myrddraals, bien qu'hésitants, semblaient toujours les suivre à distance. On pouvait sentir leur présence maléfique se rapprocher, malgré l'aura oppressante de Shadar Logoth qui semblait les retenir. Les créatures des ténèbres savaient qu'elles jouaient avec un danger bien plus grand que leurs proies habituelles.
Arno, tout en gardant son attitude décontractée, était en réalité extrêmement vigilant. Chaque bruit, chaque mouvement d'ombre, il les percevait avec l'acuité d'un chasseur aguerri. Il savait que ce lieu maudit dissimulait bien pire que des Trollocs, et qu'il ne suffirait pas d'une simple blague pour s'en sortir cette fois.
"Bon, si on survit à ça," dit-il en jetant un regard rapide à Rand et Mat, "on pourra écrire un bouquin sur comment fuir des monstres dans une ville maudite. Et franchement, je pense que ça deviendra un best-seller."
La tension augmentait, et bien qu'Arno blague sur la situation, il savait que les choses allaient empirer.
Alors qu'Arno, Rand et Mat progressaient prudemment à travers les ruelles étroites et sinistres de Shadar Logoth, l'atmosphère devenait de plus en plus oppressante. La ville elle-même semblait les observer, ses bâtiments en ruine paraissant vivants, leurs fenêtres béantes ressemblant à des bouches affamées. Chaque souffle de vent soulevait de la poussière, accompagnée d'un murmure éthéré, comme si des âmes perdues tentaient de communiquer depuis les ténèbres.
"Je vous l'avais dit, cette ville a un truc louche," murmura Arno, ses yeux balayant les ombres qui les entouraient. "Je parie que même les rats ont fui cet endroit."
Leurs pas résonnaient étrangement dans le silence, et chaque craquement de pierre ou chaque souffle de vent semblait amplifié, créant une symphonie sinistre autour d'eux. L'air était dense, presque étouffant, imprégné d'une malveillance palpable qui leur collait à la peau. Les murs, autrefois imposants, étaient désormais couverts de lierre noirâtre, et les rues, autrefois pavées et animées, n'étaient plus que des allées désertes où l'ombre semblait être le seul maître.
Rand serrait son épée, regardant nerveusement autour de lui. "On ne devrait pas rester ici plus longtemps. Il doit y avoir une sortie quelque part."
"Et moi qui pensais que le tourisme local aurait au moins une brochure avec un plan," répondit Arno avec un sourire. "Allez, on continue. On trouvera un coin où les murs ne chuchotent pas à nos oreilles, et peut-être qu'on aura une chance de s'en sortir."
Ils se déplaçaient rapidement, pénétrant dans des bâtiments à moitié effondrés et longeant des ruelles plus sombres que l'encre. L'aura de la ville semblait s'épaissir à chaque pas. Arno restait en tête, ses sens de sorceleur en alerte, son instinct le poussant à rester vigilant. Paulette, son épée en argent, était dégainée, prête à fendre l'air au moindre danger.
"Les gars, je vous conseille de ne pas trop fixer les ombres," chuchota-t-il en se retournant brièvement vers Rand et Mat. "On sait jamais si elles fixent en retour."
Tout à coup, un bruit sourd résonna dans une des ruelles adjacentes. Le cri guttural d'une créature émergea de l'obscurité, suivi par le martèlement de pas lourds. Les Trollocs étaient là. Arno fronça les sourcils en se tournant vers les deux garçons.
"Bon, j'espère que vous êtes prêts à courir si ça tourne mal. Et par 'mal', je veux dire... maintenant."
Un groupe de Trollocs jaillit de l'ombre, leurs yeux rouges brillants d'une malice primitive. Ils semblaient hésiter un instant en entrant plus profondément dans la ville, mais la faim et leur nature brutale prirent le dessus. Les créatures monstrueuses chargèrent vers eux, brandissant leurs armes rudimentaires avec des grognements bestiaux.
"Oh, les gars, on a des invités !" cria Arno en se plaçant devant Rand et Mat. "Et moi qui pensais avoir une soirée tranquille. Paulette, c'est ton moment de briller, ma belle !"
Arno fonça en avant avec un éclat d'humour dans les yeux, sa lame d'argent brillant sous la lumière diffuse et lugubre. Il tourna Paulette avec une dextérité hors pair, fendant l'air pour rencontrer la première vague de Trollocs. Les créatures, bien que massives, ne purent esquiver la précision de ses coups. Paulette fendit la chair avec une facilité déconcertante, tranchant à travers la peau épaisse des monstres comme un couteau dans du beurre.
"Allez, encore un coup pour la postérité," lança Arno tout en évitant l'attaque d'un Trolloc qui s'élançait vers lui avec une hache. "Hé, tu veux vraiment jouer à ça ? Très bien !"
D'un mouvement rapide, il para le coup, enchaînant aussitôt avec une estocade qui fit jaillir un flot de sang noirâtre du monstre. La créature recula, hurlant de douleur, mais avant qu'elle ne puisse riposter, Arno lui asséna un coup fatal au niveau de la gorge, envoyant sa tête rouler sur le sol poussiéreux de la rue.
Pendant ce temps, Rand et Mat, bien qu inquiets, se tenaient en retrait. Mat serrait son poignard, prêt à intervenir si nécessaire, mais la rapidité et la maîtrise d'Arno les laissaient fascinés.
Au milieu de l'atmosphère oppressante de Shadar Logoth, où l'ombre semblait s'accrocher aux murs comme un voile malveillant, Arno, Rand et Mat se tenaient face à une nouvelle vague de Trollocs. Les créatures, aussi bestiales qu'elles étaient, semblaient hésiter à pénétrer plus profondément dans la ville, comme si la malédiction qui la hantait les effrayait plus que leurs proies.
"STOP !" hurla Arno d'une voix claire et forte, levant une main comme s'il dirigeait un orchestre invisible.
Contre toute attente, les Trollocs se figèrent, leurs yeux rouges écarquillés, surpris par l'autorité de l'injonction. Rand et Mat échangèrent des regards incrédules, incapables de comprendre ce qui venait de se passer. Même les Myrddraals, qui les commandaient depuis l'ombre, semblaient légèrement perplexes, observant Arno avec méfiance.
Arno esquissa un sourire, satisfait de l'effet dramatique de son intervention. "Bon, maintenant que j'ai votre attention, il est temps d'égayer un peu l'ambiance. Après tout, on est en plein concert ici, non ?!"
Sans plus attendre, il brandit Paulette, son épée argentée scintillant dans la faible lumière, et se mit à chanter, transformant l'horreur du moment en un spectacle aussi inattendu que déconcertant.
Couplet 1 :
"Dans les montagnes, un loup-garou errant,Moi, Arno, je l'ai découpé en un instant,Pas besoin de magie, juste Claudette en main,Les monstres ? Bah, je les déchire comme du pain."
Il tourna autour des Trollocs, Paulette dans une main, mimant des mouvements dramatiques, tandis que les créatures semblaient trop choquées pour attaquer. Les yeux de Rand et Mat étaient écarquillés, à mi-chemin entre l'effroi et le rire.
"Qu'est-ce qu'il fait ?" murmura Rand à Mat, dont le visage était partagé entre amusement et panique.
"J'en sais rien, mais... ça marche ?" répondit Mat, incapable de retenir un sourire nerveux.
Refrain :
"Ohh, lâche un sou pour Arno,Ce sorceleur qui fait le show,Il botte des culs, il tranche des têtes,Tout ça en gardant l'humour en tête."
Tout en chantant, Arno effectua une pirouette avant de trancher la gorge d'un Trolloc qui s'était aventuré trop près. Le monstre s'effondra au sol avec un bruit sourd, mais Arno ne s'arrêta pas, enchaînant directement sur le deuxième couplet.
Couplet 2 :
"Un chat-garou, il pensait m'avoir,Mais je l'ai surnommé Hello Kitty, histoire de voir,Si avec des blagues, il fuirait en pleurant,Pas de chance, je l'ai coupé en rugissant."
La lame d'Arno fendait l'air avec précision, et chaque Trolloc qui osait s'approcher était abattu avec une facilité déconcertante. Pourtant, c'était sa chanson qui capturait l'attention, transformant cette confrontation macabre en une sorte de comédie macabre.
Refrain :
"Ohh, lâche un sou pour Arno,Ce sorceleur qui fait le show,Avec Paulette, j'ai fendu des monstres,Et toujours avec le sourire aux lèvres, sans bronche."
Un autre Trolloc s'effondra, et cette fois Mat ne put s'empêcher de rire. C'était absurde, mais il était impossible de nier l'efficacité d'Arno. Chaque parole lancée avec humour s'accompagnait d'un coup mortel, et chaque note de la chanson semblait perturber un peu plus les créatures monstrueuses.
Couplet 3 :
"Un guerrier du futur, un certain Cable,Pensait m'éliminer, mission instable,Mais j'ai survécu, pas besoin de médecine,Un trou dans la poitrine ? C'est juste une routine."
Arno s'arrêta brièvement pour pointer sa poitrine, faisant référence à une vieille cicatrice qui, en temps normal, aurait tué n'importe qui. Mais pas lui. Paulette fendit à nouveau l'air, décapitant un autre Trolloc qui n'avait pas encore réagi à cette étrange performance musicale.
Refrain :
"Ohh, lâche un sou pour Arno,Ce sorceleur, l'anti-héros,Il combat des bêtes et des mutants,Avec du style et des ricanements."
Arno continuait à se battre, ses mouvements parfaitement synchronisés avec le rythme de sa chanson. Même les Myrddraals, d'ordinaire implacables et impitoyables, semblaient hésiter, incertains de la marche à suivre.
"Et voilà, j'espère que vous appréciez le spectacle, les gars. Parce que je commence à sérieusement envisager une carrière musicale," lança Arno en direction de Rand et Mat, avant de lever les bras en direction des Trollocs restants, comme s'il attendait une ovation.
Pont :
"Et quand je me perds dans une autre dimension,Je sors une blague pour relâcher la tension,Même si Triss va encore m'engueuler,Je suis Arno, je peux pas changer !"
La dernière strophe retentit alors qu'Arno lançait un regard malicieux aux monstres encore debout. "Allez, les gars, applaudissez, j'ai fait de mon mieux !"
Refrain final :
"Ohh, lâche un sou pour Arno,Le sorceleur au verbe rigolo,Il te protège et t'amuse,Alors, fais pas le radin, un sou, c'est pas l'excuse !"
Le dernier Trolloc s'effondra, et Arno abaissa lentement Paulette, l'air satisfait. "Bon, les gars, je pense que j'ai gagné mon ticket pour The Voice. Si vous voulez bien m'excuser, je dois juste m'assurer que personne ne va voter contre moi."
Il se tourna vers Rand et Mat, qui étaient à la fois soulagés et bouche bée. "Alors, vous pensez quoi de ma performance ? Pensez-vous que l'auteur a encore d'autres chansons à me faire chanter, ou je devrais juste me contenter de botter des culs ?"
Mat éclata de rire, incapable de répondre autrement. Rand secoua la tête, un sourire discret aux lèvres. "Je... je suppose qu'on devrait continuer."
Mais Arno, fidèle à son style, ne put s'empêcher d'ajouter une dernière remarque. "Allez, on bouge avant que ces monstres ne me demandent un rappel. Moi, je dis, la prochaine fois, je tente un duo avec un Myrddraal."
Et sur cette note, ils se mirent en marche, laissant derrière eux les corps inertes des Trollocs, tandis que les ombres de Shadar Logoth s'étiraient toujours plus autour d'eux.
Alors que le calme retombait après la bataille, Arno essuya sa lame d'un geste rapide avant de la rengainer. Les corps des Trollocs gisaient inertes autour d'eux, mais il savait que le véritable danger n'était pas encore passé. Shadar Logoth était une ville maudite, et ses horreurs dépassaient de loin celles que pouvaient représenter ces créatures monstrueuses. Il jeta un coup d'œil à Rand et Mat, qui semblaient encore sous le choc de ce qui venait de se passer.
"Bon, les loulous, il est temps de bouger. Ce n'était que le premier acte. La vraie fête commence maintenant," dit-il en affichant un sourire en coin, essayant de détendre l'atmosphère.
Rand acquiesça, serrant son épée d'une main tremblante. Mat, encore sous l'effet de l'adrénaline, murmura un commentaire à peine audible, mais Arno ne prêta pas attention. Il se concentra sur leur environnement, guidant les deux jeunes hommes à travers les ruelles sombres et tortueuses de la ville. L'air autour d'eux semblait devenir de plus en plus lourd, presque irrespirable, comme si Shadar Logoth lui-même tentait de les asphyxier.
"Dites, vous avez remarqué comme l'air est devenu... disons... carrément sinistre ? Genre, si l'air pouvait avoir une personnalité, celui-là serait probablement un psychopathe en puissance," plaisanta Arno tout en avançant prudemment.
Les ruelles étaient de plus en plus étroites, et les murs des bâtiments en ruines paraissaient se rapprocher, comme s'ils cherchaient à les piéger. Chaque pas résonnait de manière étrange, le son se répercutant contre les pierres comme un écho lointain et funeste. Les ombres s'étiraient et semblaient se mouvoir d'elles-mêmes, dansant autour d'eux avec une vie propre.
Mat jetait des regards nerveux autour de lui. "Je déteste cet endroit, Arno. Ça me donne des frissons dans le dos."
"Ah, mon petit Mat, bienvenue dans le club," répondit Arno en souriant. "Je te promets que je n'aime pas ça non plus. Mais hey, on a vu pire, non ? Et puis, dis-toi que si on sort d'ici vivants, tu auras une super histoire à raconter à tes futurs enfants. 'Hey les petits, Papa a survécu à une ville maudite où même les ombres essaient de te dévorer.' Ça claque, non ?"
Mat hocha la tête, pas vraiment convaincu. Rand, lui, restait silencieux, concentré sur la situation. Son regard parcourait les alentours, guettant le moindre mouvement suspect. Mais c'était inutile, car tout à Shadar Logoth était suspect.
Soudain, une brume noire émergea des fissures des murs et des pavés, s'élevant comme un brouillard mortel. Elle avançait lentement, sinueuse, comme une créature en chasse. Les poils sur la nuque de Rand et Mat se dressèrent en même temps, une peur instinctive prenant possession de leurs corps.
"Et voilà, le comité d'accueil. Dites bonjour aux horreurs maison," murmura Arno, son ton sarcastique ne cachant pas la gravité de la situation. "On continue d'avancer, mais doucement. Si cette chose nous touche, on est morts."
La brume semblait vivante, rampante et affamée. Chaque fois qu'elle s'approchait, Arno, Rand et Mat prenaient des détours dans les ruelles étroites pour l'éviter. Mais à chaque tournant, Shadar Logoth se refermait un peu plus sur eux, comme si la ville elle-même les poussait vers un piège inéluctable.
Les bâtiments de chaque côté paraissaient se resserrer. Des ombres épaisses, presque tangibles, se glissaient entre les interstices des murs, prenant des formes vaguement humanoïdes. Arno plissa les yeux en voyant ces figures mouvantes.
"D'accord... Note à moi-même : la prochaine fois qu'on me propose une virée dans une ville abandonnée et maudite, je décline poliment. Promis."
Ils arrivèrent finalement dans une ruelle plus large, mais cette fois, les ombres n'étaient plus seulement des illusions dans les coins. Elles prenaient forme devant eux, s'épaississant, se rassemblant en une masse tourbillonnante qui barrait leur chemin.
"Bon, ça devient franchement bizarre," dit Mat, sa voix trahissant sa panique.
Arno dégaina Paulette, et l'éclat de l'argenté refléta les ombres dansantes. "Je te l'avais dit, Mat. Cet endroit a un mauvais karma."
Les ombres se mirent à avancer vers eux, lentement mais sûrement. Elles n'étaient pas seulement une menace visuelle ; elles semblaient aspirer toute chaleur, toute vie autour d'elles. Arno sentit l'air devenir glacial, comme si chaque respiration était volée par la présence maléfique.
"Reculez, les gars," murmura Arno, plaçant son épée devant lui. "Je vais m'occuper de ça. Vous, essayez de trouver un autre chemin."
Rand et Mat hésitèrent un instant avant d'obéir. Ils commencèrent à s'éloigner, cherchant une autre sortie tandis qu'Arno faisait face aux ombres mouvantes. Il leva Paulette, prêt à attaquer, mais quelque chose lui disait que ces créatures n'étaient pas de simples ennemis physiques. C'était comme si la ville elle-même les créait, les nourrissait de son essence maléfique.
"C'est ça, les gars," dit Arno en murmurant pour lui-même. "Je suis sûr que dans un autre monde, on aurait été potes. Vous, les ombres, moi, le sorceleur sarcastique. On aurait formé un sacré groupe, mais désolé, j'ai déjà une équipe."
Il se jeta en avant, Paulette brillant dans l'obscurité, frappant l'ombre la plus proche. Mais au lieu de la dissiper comme il l'aurait fait avec un être tangible, son épée passa au travers, comme si elle ne frappait que de la fumée. Les ombres, apparemment irritées par sa tentative, se mirent à onduler plus rapidement, se rapprochant dangereusement de lui.
"Eh bien, on dirait que les règles ici sont différentes," dit-il en reculant, ses yeux scrutant les ombres. "Et si on essayait quelque chose de plus original ?"
Arno se redressa et fit un geste vers Rand et Mat, qui avaient trouvé un passage latéral. "Allez, suivez-moi. On ne va pas traîner ici plus longtemps. Je commence à me lasser de ce décor lugubre."
Mais la brume et les ombres étaient loin de les laisser partir si facilement.
Arno, Rand, et Mat se tenaient à l'abri des regards, leurs respirations haletantes alors qu'ils observaient les Myrddraals fouillant les ruines derrière eux. Les créatures les avaient traqués sans relâche à travers Shadar Logoth, mais il semblait que, pour l'instant, ils étaient en sécurité.
"Bon, on pourrait rester là et attendre que ces joyeuses créatures fassent demi-tour, mais j'ai comme l'impression qu'elles n'ont pas prévu de nous laisser tranquilles avant un moment," murmura Arno, jetant un regard vers les jeunes. "Alors, des idées pour une sortie théâtrale ? Parce que là, je commence à manquer d'inspiration, et je n'ai pas envie de chanter à nouveau."
Rand et Mat échangèrent un regard. Ils étaient fatigués, les muscles tendus et l'esprit embrumé par la peur et l'adrénaline. Mais ils savaient qu'ils devaient agir vite, avant que les Myrddraals ne les repèrent. C'est alors que Rand remarqua les remparts effondrés non loin de leur position.
"Les remparts," dit-il en pointant du doigt. "On peut peut-être sauter et tomber dans les douves. Ça pourrait nous éloigner suffisamment d'eux."
Mat regarda la distance avec des yeux légèrement écarquillés. "Attends, sauter des remparts ? Tu es sûr que c'est une bonne idée, Rand ?"
Arno haussa les épaules, un sourire en coin. "Écoutez, ça me semble être un excellent plan. Et puis, tomber de haut, je commence à m'y habituer. Allez, on y va avant que mes nouveaux amis sans visage ne nous rejoignent."
Sans plus attendre, Arno se dirigea vers les remparts, incitant Rand et Mat à le suivre. Le bruit des Myrddraals se rapprochait. Ils n'avaient pas beaucoup de temps. En arrivant au bord, ils jetèrent un coup d'œil vers le bas. Les douves étaient encore remplies d'eau, mais la chute semblait vertigineuse.
"C'est maintenant ou jamais," déclara Arno en dégaînant Paulette, prêt à tout. "Après vous, messieurs. Je vous promets que ce sera mémorable."
Rand et Mat échangèrent un dernier regard, puis sans un mot de plus, ils sautèrent. L'air siffla autour d'eux tandis qu'ils chutaient, le cœur battant la chamade. Arno sauta juste après, un sourire aux lèvres. "On se retrouve en bas, les gars !"
Ils atterrirent lourdement dans l'eau froide et boueuse des douves, éclaboussant tout autour d'eux. Le choc de la chute les fit tressaillir, mais ils étaient sains et saufs. Tandis qu'ils nageaient vers la rive, ils entendaient toujours les cris des Trollocs au-dessus des remparts, mais pour l'instant, ils semblaient avoir échappé au pire.
"Bon, je vous l'avais dit, rien de tel qu'un plongeon pour se remettre les idées en place," plaisanta Arno en secouant ses cheveux trempés et en aidant Rand à sortir de l'eau. "Et vous pensiez vraiment qu'on ne survivrait pas à ça ? Manque de foi en Super Nanny, les gars."
Mat, crachant un peu d'eau, secoua la tête en signe d'exaspération. "Je ne sais pas si je devrais rire ou pleurer après tout ça."
"Fais les deux, tu verras, ça soulage," répondit Arno avec un clin d'œil. "Maintenant, bougeons avant que nos copains ne décident de tenter le même plongeon."
Trempés et épuisés, ils s'éloignèrent des douves, se faufilant entre les arbres et les ombres qui se dessinaient autour de la ville maudite. Shadar Logoth s'éloignait, mais l'inquiétude pour le reste du groupe ne les quittait pas. Où étaient Moiraine, Lan, et les autres ? Étaient-ils toujours en vie, quelque part dans cette ville maudite ?
Rand, le regard sombre, brisa le silence. "Il faut retrouver les autres. Ils sont toujours dans la ville. On ne peut pas les laisser là-bas."
Arno hocha la tête, son expression devenant un peu plus sérieuse. "T'en fais pas, gamin. On va les retrouver. Mais pour l'instant, on doit continuer à avancer. Si on traîne ici, ce sera pire pour tout le monde."
Mat acquiesça, bien que ses yeux reflétaient son anxiété. "Mais où est-ce qu'on va ? On ne sait même pas où ils sont..."
"On va là où les ombres ne nous suivent pas," répondit Arno, ses sens de sorceleur en alerte. "Et avec un peu de chance, ils feront de même."
Le petit groupe reprit son chemin, s'éloignant de Shadar Logoth et des dangers qu'ils venaient de laisser derrière eux. Chaque pas les éloignait un peu plus du cœur maudit de la ville, mais ils savaient que la route à venir serait encore plus dangereuse.
Arno, toujours un sourire en coin, lança en s'étirant : "Bon, après tout ça, je pense qu'on mérite un bon dîner. Enfin, si quelqu'un trouve une auberge qui ne soit pas hantée par des fantômes ou des Trollocs, je paie la tournée. Allez, en route les loulous, la soirée n'est pas encore finie."
Les trois s'enfoncèrent dans la nuit, prêts à affronter ce que l'avenir leur réservait.
