Chapitre III - Hermione et la babille sauteuse
Hermione Granger, en internat de médicomagie, non diplômée de son état, travaillait avec acharnement au service psychiatrique de Sainte-Mangouste. Elle ne s'était accordée ces derniers mois que deux jours de vacances. Le premier étant pour l'anniversaire de Harry au mois de juillet précédent. Dans 6 mois, le 6 mai pour être exact, elle serait diplômée et titularisée dans le service. C'était l'aboutissement de plusieurs années de travail, de sacrifices et de postes de subalterne.
Quand elle s'était inscrite à l'université, après avoir obtenu tous ses Aspics durant la 8e année post-guerre, elle s'était dit que peu importe le temps que cela lui prendrait, elle obtiendrait le titre de Guérisseuse.
Dans un premier temps, elle avait envisagé une spécialisation en blessure par sortilège ou objet magique. Mais, lorsque le premier patient, lors de son stage de découverte, était arrivé aux urgences de Sainte-Mangouste, avec son globe oculaire qui n'arrêtait pas de sortir de sa cavité orbitaire dans un pop assourdissant, elle s'était évanouie. Lorsqu'elle s'était réveillée, le patient dont l'œil pendait au bout d'un long nerf optique, était penché au-dessus d'elle et lui avait demandé si elle avait besoin d'aide. Ses collègues rigolaient encore du fait que pour toute réponse, elle avait vomi sur les chaussures dudit patient.
Le sang et les blessures, finalement, ce n'était pas pour elle. Elle considérait qu'elle en avait déjà vu assez avec la guerre. La psychiatrie, dans un premier temps, elle n'y avait pas pensé, c'était une branche encore toute récente de Sainte-Mangouste. C'est en parlant du sortilège d'amnésie de ses parents et des traumatismes présents chez différentes personnes de son entourage que le Guérisseur en charge de son internat lui avait parlé du service psychiatrique de l'hôpital. S'y intéressant par curiosité et un peu par nécessité, elle finit par apprécier ce tout nouveau cursus qui s'offrait à elle.
Cela faisait donc presque 2 ans qu'Hermione bossait dans le service et quasiment autant de temps qu'elle suivait son patient le plus chiant. Frederik Torpen, 40 ans tout rond, était le genre de type que l'on pouvait croiser dans la rue sans se dire qu'il était dérangé. Tout du moins, jusqu'à ce qu'il se mette à sauter partout en criant "Je suis une babille, je suis une babille".
La première fois que cela lui arriva, Frederik venait de se faire quitter, d'une manière plus ou moins abrupte, par son conjoint. José, un bel Espagnol qui ne parlait pas un mot d'anglais. Celui-ci, lui avait envoyé un colis, qui avait explosé en écrivant "¡Te dejo ! ", sur la vitrine du magasin de potions de Frederik. C'était le nouveau truc du magasin des frères Weasley. Le colis vengeur d'ex qui sentait la bombabouse. L'espagnol avait bien choisit son jour, un samedi après-midi sur un chemin de traverse bondé, pour cibler son ex.
Si Hermione n'avait pas vu la photo qui était parue dans la gazette le lendemain, elle aurait volontiers cru à un canular pour ce premier patient.
Depuis, Hermione voyait régulièrement Frederik deux fois par semaine en consultation. D'après ses confrères, Frederik avait subi un choc émotionnel sur un terrain psychiatrique, déjà fragile. Pour Hermione, après deux ans de thérapie, elle commençait à croire que Frederik était juste con et qu'il avait besoin d'envoyer paître sa mère, une bonne fois pour toutes.
Parce qu'en plus d'une rupture émotionnelle et physique avec l'homme de sa vie, Frederik souffrait d'un fort complexe d'Œdipe. C'était une rombière de la haute société sorcière qui accompagnait parfois son fils à son rendez-vous et qui une fois sur deux tentait d'inviter Hermione à dîner.
Depuis 1 an, Frederik avait mué son malheur en une espèce de sentiment amoureux envers la seule personne qui l'écoutait, Hermione. Et ce mardi matin ne faisait pas exception. Quand Hermione arriva, Frederik attendait déjà dans la salle d'attente du service, avec 6 heures d'avance.
— Il est peut-être là depuis hier soir ? Lui murmura sa collègue, en la faisant sursauter.
Les deux jeunes femmes regardaient Frederik à travers la vitre sans tain de la salle de repos, en buvant leur café.
— Ça m'étonnerait, je suis partie la dernière et il n'y avait plus personne.
Mais Hermione avait un doute. La veille au soir, Cormac McLaggen, son compagnon du moment, l'avait rejointe dans son bureau. Ça n'avait pas été prévu par Hermione, mais elle avait adoré, quand il l'avait plaquée et portée contre la porte de son bureau. Et comme, elle avait été persuadée d'être seule dans son service à une heure si tardive, elle n'avait pas lésiné sur les gémissements et les cris, pour le plus grand bonheur de Cormac.
Suite à cela, ils avaient transplané, directement chez Hermione pour poursuivre leur extase, alors que d'habitude, elle faisait le tour des bureaux avant de partir.
— Dans tous l'cas, quand j'suis arrivé à 6 heures, l'était déjà là et l'attendait assis dans l'noir. Rigola Georges, le responsable du service de ménage qui passait par là.
Hermione se pinça l'arête du nez. Sa journée ne faisait que commencer.
Tous ses rendez-vous du matin s'étaient plutôt bien déroulés. Elle avait eu deux cas de stress post-traumatique, et une jeune fille qu'elle suivait depuis bientôt 1 an pour des troubles du comportement. À midi, Harry et Ron vinrent la chercher pour leur pause déjeuner, et en repassant par la salle de repos, elle remarqua que Frederik n'avait toujours pas bougé de place. Il avait sorti une serviette, un petit bol, et de ce qu'Hermione voyait, il tentait de transformer un des prospectus de la salle d'attente en fourchette. Elle rit en silence, et attrapa son manteau sur la patère de l'entrée.
La pause lui ferait le plus grand bien et de toute façon, elle n'avait pas rendez-vous avant 15 heures avec Frederik.
"... Et là Harry lui a lancé un sortilège de confusion, ri Ron.
— Vous avez fait votre choix ? Demanda l'elfe de maison.
— Une tourte maison et des pommes de terre pour moi, lu Harry.
— La même chose, et vous pouvez rajouter un supplément pomme de terre ? Renchéris Ron.
— Et pour vous Miss ?
— Je vais vous prendre une salade du chef, avec de la sauce à part. Et on va prendre un pichet de Bièraubeurre. Merci !
L'elfe qui s'occupait du service s'en alla et avant qu'ils n'aient pu dire Quidditch, tous leurs plats étaient posés devant eux.
— Une salade, Hermione ? Tu es malade ?
— Non Ron, j'ai juste l'estomac noué ça va passer. Alors tu disais, Harry a lancé un sortilège de confusion à Malefoy en pleine cafétéria du ministère ? Elle fronça les sourcils en disant cela.
— Oui ! Si tu avais pu voir la gifle qu'il s'est prise. Je crois que ça a dû résonner jusqu'au département des mystères.
— La gifle ?
— Oui ! Tu ne suis pas Hermione. Il s'est pris une gifle de la part de la fille qu'il draguait.
— Parce que…
— Je lui ai lancé un sortilège de confusion, répondit Harry.
— Mais pourquoi ?
— Pourquoi je lui ai lancé un sortilège de confusion ? ! S'étonna Harry, mais Hermione, on vient de te le dire.
— Non, non, ça, je le sais, le père de Ron et Blablabla". Elle fit un geste de rotation avec sa main en même temps. "Pourquoi il s'est pris une gifle alors que tu lui as jeté un sortilège de confusion ?
— Haha… Dit Harry avec un sourire vainqueur, ça, c'est parce que le sortilège lui a fait dire de la merde."
Il avait murmuré le mot merde, pendant que Ron hochait la tête d'un air ravi.
"Comment ça ? Il a dit quoi ?"
Hermione n'était généralement pas fan de ragot, mais quand il s'agissait de Malefoy, elle pouvait se laisser tenter facilement. Harry se pencha au-dessus de la table avec un air de complotiste et Ron fit de même, sans remarquer que sa cravate trempait désormais dans sa tourte. Pour faire bonne figure, Hermione se pencha, elle aussi légèrement en avant.
"Il lui a dit, et je te répète mot pour mot ce que j'ai entendu, …
— Mot pour mot, répéta bêtement Ron.
— … Il lui a proposé de venir passer une journée seule avec lui pour sucer son bob. Et qu'il bandait sur ses seins d'enfer.
— Sucer son bob ? Répéta Hermione.
— Ouais, on s'est dit avec Ron que ça pouvait être le nom de son pénis. Et je pense que, vu la gifle, l'autre fille a dû penser ça aussi.
— Bob le suçoteur", ricana Ron.
Et tous les trois, partirent en fou rire sous le regard courroucé du couple attablé à la table voisine.
"J'ai [...] entendu, hi hi, qu'il a été convoqué ce matin [...] Haha, Goldstein, dans son bureau.
— Sérieux ? S'étonna Harry. Son fou rire s'était calmé.
— Ouais, j'ai entendu dire par une secrétaire du niveau 4, à la fille qui vend les journaux dans le hall, qu'en fait la fille qu'il draguait, c'était la nièce de Goldstein, dit Ron avec un grand sourire, Laurène, qu'elle s'appelle ou un truc comme ça.
— Et du coup ? S'enquit Harry.
— Bah Harry, il va être viré. C'est de Goldstein dont on parle. Franchement…"
Harry regardait Hermione avec des yeux ronds horrifiés. Faire une blague à Malefoy, c'était une chose, provoquer son renvoi c'en était une autre. Harry ne pouvait décemment pas laisser faire ça.
"… Confusion, et hop plus de Malefoy. Je l'aurais fait avant. Harry, où vas-tu ?"
Harry s'était levé en panique et avait jeté une poignée de gallions sur la table, beaucoup trop si l'on y regardait bien, avant de s'enfuir à toute allure hors de la taverne.
"Il lui arrive quoi ? Ron regardait la porte par laquelle Harry s'était enfui.
— Il est parti réparer ses bêtises.
— Réparer ses bêtises ? ! S'étrangla Ron, mais c'est de Malefoy dont on parle !
— Oui ! Mais on a plus 15 ans Ron, et il y a une différence entre faire une blague et faire perdre son job à quelqu'un. Même si c'est Malefoy."
Hermione réussit à convaincre Ron que Harry avait pris la meilleure décision, et que oui Draco Malefoy était peut-être un con, mais que ça faisait 3 ans qu'il bossait plus ou moins dur pour son père. Elle finit par rajouter, en lui faisant la bise sur le pas de la porte de la taverne, que faire virer quelqu'un juste pour s'amuser ce n'était pas là l'image qu'elle avait de ses meilleurs amis.
Avec cette pause longue riche en émotion, Hermione avait totalement oublié Frederik Torpen. Le souvenir du rendez-vous lui revint en mémoire, quand elle croisa le regard de Monsieur Torpen, toujours assis à la même place dans la salle d'attente. Mais cette fois, il n'y avait plus ni serviette, ni bol. Et à en juger par le bordel qu'il y avait sur la table de la salle d'attente, il n'avait pas réussi à métamorphoser un seul prospectus en fourchette.
Lorsque dix minutes plus tard, Hermione ouvrit la porte de son cabinet, à un Frederik Torpen, le nez et les yeux rouges, prêt à pleurer, elle se dit que le pire était encore à venir.
Parfois, Hermione était persuadée que si McGonagall voulait lui filer le poste de Trelawney, elle irait jusqu'à accepter volontiers tellement ses prédictions étaient bonnes. Ce qui était un comble quand on connaissait Hermione Granger.
Elle avait à peine eu le temps de fermer la porte, que Frederick Torpen s'était mis à sauter dans son bureau en hurlant "Je suis une babille, sniff, sniff, je j-je suis u-une Ba-babille". Le visage tordu par ses pleurs.
"S'il vous plaît, Monsieur Torpen, calmez-vous, ou je serais obligée d'appeler la sécurité."
— J-je su-suis u-une b-babille, répliqua Monsieur Torpen en faisant un bond en avant si brutal, qu'il explosa le vase moche en terre cuite offert par un autre patient.
— Monsieur Torpen, avertit Hermione d'une voix maternelle, calmez-vous, c'est moi, Hermione.
— J-je su-suis u-une b-babille,
— OK, bon, souffla Hermione en se pinçant le nez, vous ne me laissez pas le choix.
Elle effectua un petit mouvement de sa baguette et ; le sortilège toucha Monsieur Torpen en plein dos.
Malheureusement pour Hermione, le sortilège toucha Frederik Torpen alors que celui-ci effectuait un bond violent au-dessus du canapé. Le canapé, lui, se trouvait devant la baie vitrée donnant sur le grand hall de Sainte-Mangouste deux étages plus bas.
Hermione vit la scène se dérouler au ralenti. Elle vit le halo de lumière du sortilège entourer Frederik Torpen. Elle vit ses pieds, raidis par le sortilège, buter violemment contre le dossier du canapé. Hermione vit le corps figé de Frederik Torpen, basculer contre la vitre, fracasser celle-ci dans un bruit assourdissant et s'évanouir dans le vide.
Postée devant son bureau, la baguette à la main, elle n'osait plus bouger. Le bruit avait alerté ses collègues qui s'étaient précipités dans son bureau.
Pendant que deux de ses collègues étaient en train d'enjamber le canapé pour aller regarder à travers le trou béant de la baie vitrée, une de ses collègues se tourna vers elle pour lui demander comment elle allait.
La seule chose que prononça alors Hermione Granger fut.
"Putain ! Je ne sais même pas ce que c'est qu'une babille".
