Chapitre IV - Le monologue du Breton


"Merci, Madame Potter. Je suis désolé, je dois y retourner".

Le jeune médicomage avait remis sa cape et jetait de fréquents coups d'œil vers le canapé du salon, alors que Ginny Potter née Weasley venait de sortir subitement de la cheminée dans un nuage de cendre.

"J'ai fait du thé, dit le jeune homme en prenant une belle poignée de poudre de cheminette dans le petit pot situé sur la table basse, mais elle n'a rien bu.

— Ne vous en faites pas, je m'en charge. Monsieur… ?

— Wilkins, Madame. Willy Wilkins.

— … Wilkins. Très bien. Allez-y, allez-y, je suis là maintenant.

— Ah, j'ai oublié. Votre mari me fait vous dire, qu'il passera d'ici 1 heure ou peut-être moins.

— Très bien, très bien."

Ginny n'écoutait plus le jeune Wilkins, et ne s'aperçut même pas qu'il avait disparu dans un nuage de cendres vertes.

Elle avait le regard rivé sur son amie. Cela faisait une bonne heure, qu'Hermione Granger était prostrée sur son canapé sans dire un mot. Ginny avait reçu un patronus d'urgence de la part d'Harry qui lui avait dit de venir ici, le plus vite possible. Ginny avait laissé, en panique, sa classe de primaire sorcière à son tout nouvel assistant Martin. Et elle ne savait même pas pourquoi. Cependant, plus elle regardait la tête d'Hermione, et plus elle se disait que ce devait être une sacrée bonne raison.

"Hermione ? ! C'est moi Ginny, dit-elle doucement en remettant une mèche rebelle derrière l'oreille de son amie. Tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ?

— Ginny ?

— Oui ? Tu veux du thé ?

— Je ne sais pas ce que c'est qu'une babille, sanglota Hermione en s'essuyant le nez dans la manche humide de son pull.

— une babille…". Murmura Ginny.

Alors c'était ça ! Hermione ne savait pas ce qu'était une babille. Ginny hésitait entre se mettre à rire ou se mettre en colère. Hermione lui avait déjà fait le coup, plusieurs fois, mais elle n'avait jamais été aussi extrême. Ah si ! Une fois, elle était venue réveiller Ginny dans son lit, pour lui dire qu'elle était atteinte d'Alzheimer. Parce qu'elle avait oublié si c'était en l'an 1402 ou 1403, qu'Éloïse Roulet-Bouley avait été téléportée.

Se faire réveiller dans une chambre noire par le visage d'Hermione Granger à littéralement 10 centimètres du sien, en train de murmurer, "Ginny ! Ginny ! Je suis malade… ", valais le détour.

Harry devait s'en souvenir comme si c'était hier. Ginny avait hurlé en reculant violemment dans son lit et poussant, de ce fait, son mari. En tombant, Harry s'était tordu le petit orteil dans le drap, frappé la tête contre la table de chevet, avant de s'écraser face contre terre. Quand il s'était relevé en sautillant sur un pied, baguette à la main, il avait eu la vision de sa femme à genoux dans leur lit, les cheveux dans tous les sens, en train de littéralement hurler sur une Hermione penaude. Après ça, ils avaient instauré un sortilège anti-Hermione autour de leur chambre.

Connaissant son amie, Ginny savait qu'il ne fallait pas laisser s'installer cette torpeur trop longtemps, sinon ils étaient bons pour deux semaines de dépression Hermionesque. Et Ginny, avait prévu un petit week-end en amoureux d'ici trois jours.

"Hermione, heu, tu… "

Dans une bourrasque, Harry Potter sortit de la cheminée en époussetant sa cape.

" ...Harry !"

— Hey Gin. Il l'embrassa rapidement. Merci d'être venu, je m'en serais bien occupé mais j'avais des papiers à remplir.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé au juste ? Je n'ai rien pu en tirer. Elle pointait Hermione de son pouce, par-dessus son épaule.

— Et bien justement, rien ! Il contourna Ginny pour se placer devant Hermione et lui sortit son plus grand sourire. Herm' ! Tu peux arrêter de pleurer. Tout. Va. Bien.

Hermione se leva d'un coup, le regard fou.

"J'ai tué mon patient mais apparemment tout va bien. Bonjour Madame Torpen. Votre fils ? Oh, eh bien les médicomages… "

— Elle a tué son patient ? Chuchota Ginny à Harry.

— Bah non, c'est ce que j'essayais de lui dire.

— …Le décolle actuellement du sol du grand hall. Avec quoi ? Mais avec une spatule, Madame. Votre fils est devenu une crêpe…

— Mais, je croyais qu'elle ne bossait plus aux urgences.

— Ben non. Elle était au service de psychiatrie comme d'habitude.

— …Vous allez me dire, il y a une évolution. Il était tarte, il est devenu crêpe. Vous dites, Madame ? Ah ses consultations…

— Comment elle a fait pour tuer son patient ? Pouffa Ginny, en regardant son amie. Elle a doublé le prix de ses consultations ?

— Gin ! Harry étouffa un rire, faussement outré.

— …mais Madame ! La babille là, elle ne va plus sauter. Après, si vous trouvez une très grande poêle...

— Ah… C'est la babille sauteuse qui est mort ?

— Gin ! Souffla Harry. Oui. Mais je te l'ai dit, il n'est pas mort ! À la rigueur, un peu choqué.

— …De ma faute, Madame ? Mais ce n'est pas moi qui ai élevé une crêpe, Madame ! Et puis, si vous lui aviez lâché la grappe, un peu. Mais non…

— Et il est mort comment la babille ?

— Il a voulu prendre un raccourci. Il pouffa en disant cela.

— …vous êtes là. Telle une vieille buse défraîchie qui pue le xérès. Et vos invitations, j'en ai plein le c…

— Non, mais vraiment ? Dit Ginny en lui donnant un coup de coude dans la pommette.

Harry s'était baissé pour éviter un geste brusque d'Hermione, alors que celle-ci continuait son monologue.

" Aïe ! Sérieux Ginny ? ! " Harry se massait la joue en la regardant.

— Désolé mon amour, je n'ai pas fait exprès. Alors, il est mort comment la babille ?

— …outrée ? Vous êtes outrée Madame ? Mais ce n'est pas vous qui avez entendu une tarte devenue crêpe, se plaindre qu'une fajita le lui avait mis à l'envers. Et ce depuis deux ans, deux ans Madame. Deux fois par...

— Il a fait une crise sauteuse. Hermione l'a pétrifié. Il a percuté la baie vitrée et il a chuté de deux étages.

— Ah oui, quand même.

— ...6 heures d'avance, mais qui a 6 heures d'avance, Madame ? Je devrais…

— Heureusement à l'étage de psychiatrie, toutes les fenêtres sont protégées avec un sort de coussinage. Du coup, tout va bien. Juste un bleu à l'œil et un bras cassé.

— Mais tu n'as pas dit qu'il y avait un sort de coussinage ?

— …Ce n'est pas moi qui ai une crêpe pour cracmol. Je veux dire un cracmol pour crêpe, Madame. Je devrais…"

Harry et Ginny ne surent jamais ce qu'elle aurait dû faire puisque Hermione s'était brusquement tue.

" Ça y est ? Tu as terminé ? Demanda Harry.

— Oui… Je suis…

— Il n'est pas mort ton patient. Je te l'ai dit tout va bien." Harry alla s'asseoir sur le canapé et se servit une tasse de thé.

"Comme je le disais à Gin, pendant ton petit monologue… Du thé ? "Hermione et Ginny acquiescèrent.

"Il y a des charmes de coussinage sur toutes les fenêtres de l'étage de psychiatrie. La babille est sain et sauf. Dit en souriant Harry. Enfin, juste un coquard et un bras cassé."

— Mais tu viens de dire qu'il y avait un charme de coussinage…

— Ah oui ! La babille a rebondi en touchant le sol. Il a atterri devant Graup, qui lui a marché sur le bras par inadvertance. Ce n'était pas beau à voir.

— Et le coquard ? Demanda Ginny.

— Ça, c'est moi ! Harry trouva un intérêt soudain pour le petit pot de poudre de cheminette. Il n'arrêtait pas de crier "Je suis une babille, je suis une babille ".

Après avoir rassuré Hermione pendant encore 45 minutes, Harry et Ginny retournèrent à leur vie. L'assistant de Ginny l'attendait, et Harry devait faire un rapport au service des Aurors. Juste avant de disparaître dans les flammes vertes, Harry s'exclama :

"Ah oui, Hermione, j'ai oublié de te dire. Tu as rendez-vous avec ton chef dans une demi-heu…'.

Hermione attendait dans la salle d'attente, qui avait accueilli la babille, enfin, Monsieur Torpen, quelques heures auparavant. Elle se tordait les doigts en regardant la porte close du bureau de son chef.

La porte s'ouvrit soudain pour laisser passer une vieille dame qu'Hermione avait déjà aperçue. Son chef salua ce qui devait être sa patiente, et attendit au seuil de son bureau qu'elle quitte la salle d'attente.

"Hermione, à nous ! Si tu veux bien…"Il ne lui donnait pas vraiment le choix. Elle entra alors dans le bureau, plus stressée qu'elle ne l'avait jamais été de sa vie et alla s'asseoir sur le siège visiteur, en face de son chef qui fit de même.

"Hermione. Tout d'abord, est-ce que ça va ? "

— Ça va mieux. Beaucoup mieux. Je pourrai reprendre dès demain, se précipita-t-elle, ou même dans une heure si vous voulez.

— Doucement Hermione. Il fit un signe de ralentissement avec ses mains. J'ai discuté avec le comité, il y a.…Il regardait sa montre. A peine 1 heure. Tout ça est très fâcheux, Hermione. Très fâcheux.

— Je suis désolé, monsieur, je…

— Je sais Hermione, je sais. Madame Torpen est très en colère. Elle demande des comptes. Et, je ne sais pas si vous le savez, mais Madame Torpen est une grande donatrice pour l'hôpital.

— Je suis viré, monsieur ? Soyez franc !

— Oh non par la barbe de Merlin, non, non. Mais, j'ai dû malheureusement vous changer de poste.

— Quel poste, monsieur ? "Pas les urgences, pas les urgences" Pensa Hermione.

— Vous êtes rétrogradée au service des addictions, Hermione. Avec Monsieur Gregory.

— Il y a vraiment un service des addictions ? !"

La légende, qui circulait chez les jeunes médicomages de Sainte-Mangouste, disait qu'il existait un service d'études aux addictions non magique et pathologiques, dans les sous-sols de l'hôpital. Celui-ci, toujours selon la légende, était tenu par un vieux grincheux qui devait sûrement être mort depuis le temps.

En résumé, Hermione se retrouvait au placard.

En la congédiant, gentiment, son chef tenta de la rassurer.

"Vous savez Hermione, c'est juste le temps que toute cette histoire se tasse. On en reparle dans 4 ou 5 mois. Vous verrez d'ici là, on en rira tous." Et il lui avait fermé la porte au nez.

"Au service des addictions ! Des addictions ! Tu y crois Gin ?"Hermione s'était invitée chez les Potter pour l'heure du repas, incapable de rester seule chez elle à ruminer. Elle marchait de long en large, à travers leur salon, un verre de vin à la main.

" J'ai envie de dire au moins, tu n'es pas virée, tenta Ginny, et Cormac il en pense quoi ?"

— Qui parle de MacMac ? Demanda Harry en descendant l'escalier. J'ai couché James. Il a encore perdu son doudou à la crèche.

— Ah ! Je demanderai à Parvati si elle l'a trouvé, en le déposant demain matin. Et c'est moi qui parlais de MacMac. Je voulais savoir ce qu'il pensait de cette histoire.

— Alors ? Dit Harry en déposant un rapide baiser sur les lèvres de Ginny.

— Je l'ai quitté avant de venir ici.

— Quoi ? !

— C'est un énorme connard. Un super plan cul, certes, mais un énorme connard. Et ne faites pas les étonnés, vous deux. On le savait tous les trois.

— Il t'a dit quoi pour que tu le quittes ce soir ?

— Il m'a dit que baiser dans un sous-sol, ce n'était pas son truc et que ce n'était pas en arpentant les archives de l'hôpital qu'il allait battre le record de Malefoy. Il a fini en me disant que lui, il voulait bander fort sur des petits culs, ferme comme le mien, mais des culs de vraie guérisseuse.

Hermione but la fin de son verre de vin d'une traite.

"Du coup, mon cul et mes cuisses fermes ont propulsé, malencontreusement, mon genou dans son scrotum. Quand je suis partie du chaudron baveur, il pleurait en tenant son entrejambe à deux mains."

— Ah, ah, ah...

— Ah et il lui manque ses deux dents de devant. Elle pointa les siennes avec son index. En tombant, il s'est tapé la tête contre la table.

Harry et Ginny, pleuraient de rire, effondrés l'un sur l'autre dans le canapé.

"Tu es incroyable Hermione !"

Après avoir ri du sort de MacMac durant encore 5 bonnes minutes, les trois amis retrouvèrent leur sérieux.

" Quelle journée ! Souffla Hermione. Je n'ai pas hâte d'être à demain… Ah non c'est vrai, je suis en congé forcé jusqu'à lundi ! "

— En parlant de journée de folie, commença Harry avec prudence. Ma petite Mione, j'ai un énorme service à te demander.

— Je ne peux pas te faire d'ordonnance pour une potion de vigueur Harry.

— Gin ! Il lança un regard noir à une Ginny hilare. Ce n'est pas ça, et puis je n'ai pas besoin de potions de vigueur. J'ai 25 ans !

— OK, OK ! C'est quoi ce service Monsieur l'Auror ?

— Tu te souviens de ce qu'on t'a raconté au sujet de Malefoy ce midi ?

— Oui…

— Quand je suis partie, j'ai essayé de trouver Goldstein mais il était absent tout l'après-midi.

— Oui… Je ne vois toujours pas où tu veux en venir, mais continue.

— Je lui ai donc laissé une note via sa secrétaire. Je lui ai écrit que Malefoy n'était pas responsable de ses actes et que la décision de le virer était peut-être un peu trop… Brute. J'ai dit aussi que les sentiments de famille, ne devaient pas entacher son impartialité. Je t'assure tout ça, c'était vachement bien tourné.

— Et donc ?

— Il m'a répondu par hibou tout à l'heure. Il a dit qu'il souhaitait débattre avec moi du sujet, demain à 11 heures, dans son bureau.

— OK, mais Harry, je ne vois pas en quoi je peux te rendre service ?

— J'y viens, j'y viens. Je ne peux décemment pas me dénoncer auprès de Goldstein. Oui, oui je sais, Hermione, ce n'est pas digne. Mais perdre ma promotion pour une petite blague sur Malefoy ? ! Et je ne vais pas dénoncer quelqu'un d'autre du service. Ce serait pire.

— Tu veux me dénoncer auprès de ton Directeur ? Sérieusement Harry !

— Non, non, tu n'as pas compris. Je me disais que tu pouvais venir avec moi chez Goldstein et attester devant lui que Malefoy souffre d'une maladie. Genre la sexalgie ou un truc du genre, qui le rend irresponsable...

— Tu débloques Harry, et tu as demandé à Malefoy s'il était d'accord avec ça ?

— Non, murmura Harry, je comptais le convaincre demain matin. Sans cet emploi, il va devoir repasser tout un parcours de jugement et Goldstein ne va pas être tendre. Allez, s'il te plaît Hermione. Tu pourras choisir la maladie de Malefoy si tu veux. Avec Ginny, on viendra même au bal de la S.A.L.E.

— Hey, ne me mêle pas à tes histoires Potter !" Hermione faisait tourner son verre de vin entre ses doigts en réfléchissant.

Qu'avait-elle à perdre après tout. Elle se retrouvait reléguer au sous-sol et était à deux doigts de se faire mettre à la porte par le plus grand Hôpital d'Angleterre. Et puis, qu'elle amie ferait-elle si elle n'aidait pas son meilleur ami, qui continuait de la supplier.

"OK, j'accepte"

Elle se leva, mit son manteau et prit son sac.

"On se retrouve à 7 heures ici avant d'aller chez Malefoy.

— 7 heures, s'étrangla Harry.

— Je te sauve les fesses Potter. 7h ! Et soit prêt je m'en voudrais de te réveiller.

Elle transplana en ricanant devant le visage blême de Harry.